Couleurs, Divers

ROUGE

Carré rouge sur fond rouge, d’après Malevitch

Après le bleu et le blanc, continuons cette série des couleurs avec le rouge.

Voyons d’abord ce que nous en dit le grand spécialiste en couleurs Arthur Arc-en-ciel RIMBAUD, dans son Sonnet des voyelles : « I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles dans la colère ou les ivresses pénitentes. »

Arrivé là, je pourrais m’arrêter car l’homme aux semelles de vent a déjà tout dit (ou presque) du rouge : la pourpre, le sang, les lèvres, la colère, l’ivresse. Mais si je m’arrête là, il n’y aura pas de zizique dans mon billet ! Détaillons donc.

Le rouge est une couleur ambivalente par les sentiments qu’elle inspire. En effet, le rouge, c’est le sang, c’est le feu, mais le feu, on l’a vu, c’est aussi la passion ! Une illustration de ce caractère est la Vestale (1807), de SPONTINI. Les vestales étaient dans l’antiquité des vierges gardiennes du feu sacré. Dans l’opéra de Spontini, la vestale Julia est amoureuse de Licinius. Alors qu’il la rejoint dans le temple, Julia laisse s’éteindre le feu pendant qu’elle perd sa virginité (ce qui lui vaut un double carton rouge.) Elle est condamnée à mort, mais un miracle final lui accorde le pardon des dieux.

Spontini la Vestale Feu créateur, âme du mondeCliquez sur l’image

Parmi les planètes de notre système solaire, il en est une qui nous apparaît rouge, à cause de la présence d’oxyde de fer à sa surface, même à l’œil nu. Aussi les anciens l’ont-ils appelée Mars, lui donnant le nom du dieu de la guerre, qui avait le rouge comme attribut. Quelques noms de mois ayant une origine latine, le mois de mars vient de ce dieu. Cinq-Mars est le nom d’un opéra peu connu de GOUNOD datant de 1877.

Gounod Cinq-Mars À vous ma mèreCliquez sur l’image

Au début du sulfureux Salomé de STRAUSS, les soldats sont en admiration devant la princesse Salomé et comparent la lune, qui est rouge ce soir-là, avec Salomé. Salomé représente, au début du XXe siècle, la femme fatale emportée par des pulsions morbides et criminelles.

Strauss Salome scène 1 La lune est rouge ce soir Wie schön ist die Prinzessin Salome heute NachtCliquez sur l’image

Dans sa nouvelle le Masque de la mort rouge, Edgar Allan POE décrit les invités à un bal masqué qui se tient dans un château bien isolé du dehors, où la peste sévit. Survient un inconnu, porteur d’un masque rouge, survient. Il s’agit de la peste qui s’est ainsi invitée. CAPLET, un élève de DEBUSSY a mis ce conte en musique.

Caplet le Masque de la mort rougeCliquez sur l’image

Le rouge, c’est aussi le symbole de la révolution, que l’on trouve donc sur de nombreux drapeaux de pays, comme le drapeau chinois. Il y en a une belle représentation dans l’opéra Nixon in China de GLASS.

Adams Nixon in China METCliquez sur l’image

Autre pays se réclamant de l’idéal révolutionnaire, la Russie accumule le rouge, avec sa place rouge à Moscou ou son armée rouge et ses célèbres chœurs.

Hvorostovsky et Netrebkjo sur la place rougeLaissez-vous emporter sur la place rouge avec Dima et Anna

Si le rouge est la couleur de l’interdit ou du danger, avec les feux rouges ou les cartons rouges, c’est aussi une couleur qui évoque le luxe, comme ces théâtres ou opéras aux fauteuils de velours et aux rideaux de scène rouges.

À propos de la symbolique de la rose rouge, je vous ai déjà présenté un extrait de Iolanta de TCHAÏKOVSKI dans l’article consacré au blanc. Je vais donc vous proposer aujourd’hui un autre air, celui extrait de l’opérette Monsieur Vaucaire.

Opérette monsieur Vaucaire la Rose rougeCliquez sur l’image

Et si vous voulez un bonus surprise mystère, yakacliquer.

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Retrouvez d’autres articles consacrés aux couleurs :

Vert

Rose

Compositrices, Fables de la Fontaine, Oulipo

LE CHÊNE ET LE ROSEAU, de La FONTAINE

Après Le Loup et l’Agneau, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, encore un classique parmi les classiques, le Chêne et le Roseau, fable qui a été mise en musique par Pauline VIARDOT.

Viardot le chêne et le roseauCliquez sur l’image

Le Chêne un jour dit au Roseau :

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.

Beethoven sonate n 17 la Tempête (Grimaud)Cliquez sur la tempête

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;

Beethoven Symphonie pastorale l'OrageCliquez sur l’orage

Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.

Rameau les Boréades Suite des ventsCliquez sur les royaumes du vent

La Nature envers vous me semble bien injuste.
– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

Gluck alceste ombres, larves ...Cliquez sur Alceste s’apprêtant à rejoindre l’empire des morts

Citations :

Roseau : mythe de Pan et Syrinx dans les Métamorphoses d’OVIDE. DEBUSSY a écrit une pièce pour flûte qui porte ce nom de Syrinx.

la tempête : BEETHOVEN sonate n° 17 « la Tempête ».

l’orage : Beethoven « l’orage » extrait de la 6e symphonie « Pastorale »

des Royaumes du vent : Dans les Boréades, RAMEAU nous raconte l’histoire d’Alphise qui doit se marier avec un des deux boréades, les fils du dieu des vents Borée.

l’Empire des Morts : GLUCK Alceste Pour sauver son mari Admète, la reine Alceste décide de prendre sa place dans l’empire des morts.

Contes et légendes, Divers

VOYAGE ET ERRANCE

Je vous ai présenté il n’y a guère le Voyage d’hiver (Der Winterreise) de SCHUBERT. On retrouve souvent le thème du voyage ou de l’errance dans l’opéra.

Schubert Winterreise ErstarrungCliquez sur la partition

Restons un moment avec Schubert qui a également écrit pour le piano une extraordinaire Wanderer Fantasie (Fantaisie du Voyageur).

Schubert Wander Fantasie (Pollini)Cliquez sur le voyageur observant la montagne au-dessus des nuages

Dès les débuts de l’opéra, on y voit passer un fameux voyageur, puisqu’Ulysse, victime du courroux de Poséidon, a erré pendant 10 ans avant de pouvoir rejoindre Ithaque, sa patrie où la fidèle Pénélope l’attendait. MONTEVERDI mettra en musique ce Retour d’Ulysse dans sa patrie en 1640.

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse finalCliquez sur Pénélope et Ulysse enfin réunis après dix ans

WAGNER a mis en scène de grandes figures d’errants, à commencer en 1842 par celle du Hollandais volant (der Fliegende Holländer), qui reprend le thème d’un marin condamné à errer sans fin sur les mers pour avoir défié Dieu dans une tempête.

wagner vaisseau fantome ouvertureCliquez sur le vaisseau fantôme

Wagner reprend ce thème de l’errance dans Siegfried où Wotan incognito se fait appeler Der Wanderer (le voyageur) pour interroger Mime dans la forêt.

Wagner Siegfried Wotan der WandererCliquez sur Wotan et Mime

On peut rester dans l’univers wagnérien avec Le Voyage artistique à Bayreuth, écrit à la fin du XIXe siècle par LAVIGNAC, qui est une somme indispensable sur cet univers, et comporte notamment une explication très détaillée des livrets de ses opéras et des leitmotivs qui parcourent la musique.

ROSSINI a écrit en 1825, pour le sacre du roi Charles X, le Voyage à Reims.

Rossini le Voyage à Reims sextuorCliquez sur le sextuor d’élite

En 1969, dans leur opéra-rock Tommy, THE WHO font vivre à leur héros un voyage halluciné avec « the amazing journey ».

The Who Tommy Amazing journeyCliquez sur la pochette culte de l’album culte

En 1983, au second acte de son seul opéra, Saint-François d’AssiseMESSIAEN fait intervenir un impressionnant Ange voyageur. Voyons ce que Messiaen lui-même nous en dit dans le programme de la création à l’Opéra de Paris. « L’Ange voyageur » Un chemin en forêt, au mont de la Verna. L’Ange apparaît sur le chemin. Son magnifique costume et ses ailes quinticolores sont vus seulement par les spectateurs. Les autres personnages le prennent pour un voyageur. L’Ange frappe à la porte du couvent et cela fait un bruit terrible qui symbolise l’irruption de la grâce.

Messiaen Saint-François d'Assise l'Ange voyageurCliquez sur l’image

Et parmi les âmes damnées, condamnées à errer sans pouvoir mourir, citons Rusalka de DVORAK, qui a perdu sa condition d’ondine pour l’amour d’un homme.

Dvorak Rusalka Mladosti své pozbavenaCliquez sur Rusalka

Une autre de ces âmes damnées est la nourrice dans La Femme sans ombre de STRAUSS, qui est ainsi condamnée pour un trafic d’ombre.

Divers

LA SOLUCE DU CALENDRIER DE L’APPRÊT

Le 1er janvier, je publiais le calendrier de l’apprêt, vous proposant 24 morceaux de musique parmi mes préférés. Maintenant que vous avez eu le loisir de découvrir chacun de ces morceaux, et pour le Gibulène’s day, je voudrais prolonger le plaisir en les resituant dans leur environnement.

1er janvier : À tout seigneur, tout honneur je me suis fait un devoir de commencer par le premier opéra de l’histoire, l’Orfeo de MONTEVERDI.

2 janvier : C’était l’« Ave Maria » de BACH, chanté par Maria Callas.

3 janvier : « Je crois entendre encore », la romance de Nadir, extraite des Pêcheurs de perles, de BIZET.

4 janvier : Prélude de Lohengrin, de WAGNER

5 janvier : « Adio del passato », extrait de la Traviata de VERDI.

6 janvier : chœur « Va pensiero », extrait de Nabucco de Verdi.

7 janvier : « Il y a deux mondes », air du médecin maure extrait de Iolanta de TCHAÏKOVSKI.

8 janvier : Ouverture du Barbier de Séville de ROSSINI

9 janvier : Les trompettes d’Aïda, de Verdi.

10 janvier : la « Barcarolle » des Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH.

11 janvier : Chœur des prisonniers du Fidelio de BEETHOVEN

12 janvier : Air « When I am laid in earth », extrait de Didon et Enée de PURCELL

13 janvier : Duo « Nuit paisible et sereine  » extrait de Béatrice et Bénédict de BERLIOZ.

14 janvier : Ouverture du Freischütz de WEBER

15 janvier : Air de la lettre, extrait d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski

16 janvier : Chœur des pèlerins de Tannhäuser de Wagner

17 janvier : « Andante » du Trio op. 100 de SCHUBERT

18 janvier : « Duo des fleurs », extrait de Lakmé de DELIBES

19 janvier : Air « Sol da te » d’Orlando furioso de VIVALDI

20 janvier : Air « Pourquoi me réveiller » de Werther de MASSENET.

21 janvier : « Oui, c’est elle, c’est la déesse » Duo des Pêcheurs de perles de Bizet

22 janvier : Air « Voi che sapete » (« mon cœur soupire ») des Noces de Figaro de MOZART

23 janvier : Duo « Son nata a lagrimar » de Jules César en Égypte de HAENDEL

24 janvier : Air « Hymne à la lune » de Rusalka de DVORAK.

Et pour le Gibulène’s day, pourquoi ne cliqueriez-vous pas sur le bonus surprise mystère ?

point-dinterrogationPourquoi ne cliqueriez-vous pas sur le bonus surprise mystère

Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Mythologie, Nature

LIKE FLESH, de Sivan ELDAR (2022)

Grande émotion en ce mois de janvier 2022 à l’Opéra de Lille avec la création mondiale de l’opéra Like Flesh, de la compositrice israélienne Sivan ELDAR, sur un livret de la Britannique Cordelia LYNN. L’équipe artistique était complétée par la metteuse en scène italienne Silvia COSTA et le chef d’orchestre français Maxime PASCAL.

Like Flesh présentation opéra de LilleCliquez sur Caroline SONRIER, directrice de l’Opéra de Lille

Commandé par les opéras de Lille, Montpellier et Nancy en 2018, Like Flesh est donc l’aboutissement de plus de 3 ans de travail, pour lequel la compositrice a dû mettre en musique les mots de la librettiste, alors que la metteuse en scène a dû pour une fois, non pas déconstruire une histoire déjà connue de tous (ou presque) pour en proposer une autre lecture, mais au contraire nous proposer une scénographie nous permettant de comprendre une histoire que nous ne connaissons a priori pas déjà. Pour cela, elle s’est appuyée sur les avancées permises par la technologie, notamment avec un dispositif s’appuyant sur une intelligence artificielle pour animer les vidéos qui accompagnent le déroulement de l’action.

Eldar Like Flesh inteview Silvia CostaCliquez sur l’image pour entendre Silvia COSTA

La musique est composée pour un orchestre de chambre amplifié (sonorisé) et un second « orchestre » de 64 haut-parleurs disséminés dans la salle pour permettre au public d’être immergé dans le son des arbres.

Eldar Like Flesh Teaser de l'IRCAMCliquez sur la bande-annonce de l’IRCAM 

Eldar Like Flesh Maxime PascalCliquez sur l’image pour entendre Maxime PASCAL

Les personnages principaux de Like Flesh sont la Forêt, le Forestier (qui coupe les arbres), sa femme et une étudiante venue dans la forêt pour apprendre.

Le pitch : La Femme est malheureuse en mariage et aspire à un monde au-delà des frontières de la chair. L’arrivée dans la forêt de l’étudiante va lui faire découvrir un autre amour, et la poussera à se métamorphoser en arbre. Mais le monde est dur même pour les arbres, et après sa métamorphose, elle sera encore convoitée par le forestier pour l’argent qu’il pourra tirer de son bois et par l’amante qui continue à l’aimer.

Le thème de la métamorphose en arbre est librement inspiré des Métamorphoses d’OVIDE, et notamment de la légende de Daphné qui, poursuivie par Apollon, se transforme en laurier pour lui échapper.

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur la bande-annonce de l’Opéra de Lille

La construction narrative se fait suivant une alternance de scènes où la forêt (représentée par le chœur) s’exprime et d’autres où les humains parlent.

I : Ce que savait la forêt. La forêt nous raconte son passé depuis les temps immémoriaux.

II : Les oiseaux ne viennent plus ici. Pendant que le forestier expose sa vision de la forêt : du capital, la femme se désole de voir tout bétonné et la vie – plantes, insectes et oiseaux – qui s’en va.

III : Ce qu’ont fait les arbres. Les arbres annoncent la désertification de la Terre.

IV : La couleur rouge. L’étudiante arrive pour essayer de comprendre la vie, les arbres, la communion entre tous les arbres.

V : Leçons qu’apprend la gentillesse. La femme demande à son mari ce que ressentent les arbres quand il les coupe.

VI : Ce qu’a fait l’humain. L’humain est venu dans la forêt avec une hache, et nous avons crié de joie : « Regardez, le manche est des nôtres ! ».

VII : Le troisième rêve. La femme et l’étudiante découvrent leur amour naissant. La femme se métamorphose en arbre.

VIII : Ce qu’a fait l’humain après. Dans un crépitement de mots, la forêt égrène une litanie de tous les objets que créent les humains.

IX : Donc. Ta femme s’est changée en arbre. L’étudiante a appris au forestier que sa femme s’est changé en arbre. L’homme voit déjà le bénéfice qu’il pourra en tirer.

X : Regrets. Le forestier et sa femme discutent. Il se demande comment il aurait dû faire pour que leur amour perdure.

XI . Ce qu’a vu la forêt. La forêt sait la violence dont sont capables les hommes. Elle a la mémoire des juifs pendus à ses branches.

XII : Un arbre se souvient. L’étudiante et l’arbre discutent. Le forestier dit que l’étudiante dort dans les branches de son arbre. Mais les machines humaines arrivent , qui vont tout dévaster.

XIII : Entrelacement. Dans ce duo forêt, femme/arbre, la femme répond à la forêt que l’étudiante l’a blessée en voulant graver son amour sur l’écorce.

XIV : Comportement du bois. Le forestier et l’étudiante échangent leur perception de la femme devenue arbre.

Cliquez sur l’image

XV : L’hiver, à nouveau. Le forestier et l’étudiante concluent. L’étudiante a cherché à devenir arbre, comme son aimée, mais n’a pas réussi, alors elle en a fendu le tronc pour venir s’y loger/lover alors que le forestier, lui, ne cherche qu’à entretenir ce bois qu’il pourra un jour couper pour le vendre.

La forêt a le dernier mot : Écoutez. La vie, pleine d’espoir se forme dans les failles. Nos racines poussent en chantant, trouvent d’étranges fossiles : un arbre, un squelette, une hache.

(Sources principales : le dossier de presse de l’Opéra de Lille, la présentation par l’équipe artistique le 12 janvier, et bien sûr la création le 21 janvier 2022.)

Animation 1, Cinéma, Contes et légendes, Divers, Mythologie

BLANCHE NEIGE ET LES 7 NAINS

Je vous ai présenté dans mon article sur le blanc la Blanche neige de Poulenc et Apollinaire. Dès lors se pose la question : et si dans le conte Blanche Neige et les sept nains, les nains étaient des personnages en rapport avec l’opéra ?

Blanche Neige et les sept nains est le titre du premier long métrage d’animation de Walt DISNEY. Il est tiré d’un conte des frères Grimm paru en 1812.Son héroïne, Blanche Neige, se retrouve chez les sept nains, qui décident de la protéger de sa méchante belle-mère (qui a cherché à la tuer). En échange, Blanche Neige s’occupe de la maison et des tâches ménagères.

Amusons-nous à trouver quel personnage d’opéra pourrait représenter chacun des sept nains : Atchoum, Prof, Simplet, Timide, Grincheux, Joyeux et Dormeur.

Atchoum : Dans le Malade imaginaire de Molière et Charpentier, Argan est un hypocondriaque, persuadé d’avoir toutes les maladies.

Cliquez sur l’image

Prof : Borodine était professeur de chimie, et cette activité l’a empêché de développer pleinement son activité musicale.

Borodine Dans les steppes de l'Asie centraleCliquez sur le prof de chimie

Simplet : Dans Parsifal, de Wagner, le héros qui a grandi seul dans la forêt comme un innocent, sans éducation. Il ne comprend d’abord rien au drame mystique qu’il a l’occasion de voir chez les chevaliers du Graal, et la magicienne Kundry explique que son nom vient de « Fol si pur » (Par si fol).

Wagner Parsifal Amfortas, Die WundeCliquez sur Parsifal

Timide : Dans l’Élixir d’amour de Donizetti, le héros Nemorino ne sait comment déclarer son amour à Adina.

Donizetti l'Élixir d'amour Una furtiva lagrima (Alagna)Cliquez sur Nemorino

Grincheux : Dans l’Enfant et les Sortilèges de Ravel, l’enfant est grognon et n’a pas envie de faire ses devoirs. Il se rebelle quand sa mère le punit.

Ravel l'Enfant et les sortilèges j'ai pas envie de faire ma pageCliquez sur l’enfant grognon qu’a pas envie de faire sa page

Joyeux : Papageno de la Flûte enchantée de Mozart est un joyeux oiseleur.

Mozart Flûte PapagenoCliquez sur Papageno

Dormeur : Dans Atys de Lully, le héros est endormi par la déesse Cybèle, qui se sert de cet artifice pour lui faire connaître son amour.

Lully Atys imageCliquez sur Atys endormi

Vous pouvez continuer le jeu et me soumettre vos suggestions de personnages d’opéra qui pourraient être l’un ou l’autre de sept nains.

Et si vous en avez envie, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous en avez envie

Couleurs, Divers

BLANC

Quand j’étais petit enfant, j’entendais dire que janvier était le mois du blanc, sans comprendre ce que ça signifiait. Maintenant que je suis un grand enfant, je me dis que poursuivre ma série d’articles sur les couleurs en musique avec le blanc (qui n’est d’ailleurs scientifiquement pas une couleur) peut être une bonne idée pour le mois de janvier, après avoir déjà parlé du bleu.

Le blanc n’est pas une couleur, puisqu’il n’est associé à aucune longueur d’onde. C’est le mélange de toutes les couleurs qui produit le blanc (+ notion de bruit blanc). (Son exact opposé est le noir qui lui absorbe toutes les longueurs d’onde et n’en réfléchit aucune.) La transposition en acoustique nous donne la notion de « bruit blanc », qui est un bruit qui comporte toutes les fréquences du spectre sonore.

Dans beaucoup de cultures, le blanc représente la pureté, et les prêtres portent souvent du blanc. De même dans la tradition occidentale, la mariée se devait d’être en blanc, symbole de sa pureté, le jour de son mariage.

Voyons un peu ce que nous dit du blanc le spécialiste des couleurs, Arthur « Arc-en-ciel » RIMBAUD. D’après son Sonnet des voyelles le « E » serait accordé à la couleur blanche. Écoutons ce qu’il nous en dit : « E, candeurs des vapeurs et des tentes, Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles;« 

Dans la mythologie grecque, la rose rouge, symbole de l’amour, aurait été créée par Vénus elle-même qui, voulant secourir Adonis, se blessa à une rose blanche, la colorant ainsi de son sang. Ceci nous est relaté par OVIDE dans le livre X de ses Métamorphoses.

À l’opéra, on retrouve cette symbolique d’une part dans le Freischütz de WEBER, où quand on prépare Agathe pour son mariage, au lieu d’une couronne de mariée tressée de roses blanches, on trouve une couronne faite de roses noires, nettement plus funestes.

Il y a aussi la très belle scène de Iolanta de TCHAÏKOVSKI, quand Godefroid, qui aime Iolanta, doit partir, et lui demande de lui cueillir une rose rouge de son jardin. Mais Iolanta, qui est aveugle, ne distingue pas les couleurs et à plusieurs reprises lui cueille une rose blanche.

Tchaikovski Iolanta Duo Iolanta VaudémontCliquez sur Godefroid et Iolanta

Le blanc, c’est aussi celui de la colombe, symbole de pureté. On trouve une très belle blanche tourterelle dans le Roméo et Juliette de GOUNOD (Air : « Que fais-tu blanche tourterelle ».)

Gounod Roméo et Juliette Que fais-tu blanche tourterelleCliquez sur le page

Enfin, et mois de janvier oblige, on peut signaler le blanc reposant de la neige qui recouvre campagnes ou montagnes. Ce blanc a été mis en musique par POULENC dans la blanche Neige, sur un poème d’APOLLINAIRE.

Poulenc la blanche Neige

Blanche est par ailleurs le nom de l’héroïne du Dialogue des Carmélites du même Poulenc.

Mais le blanc peut aussi avoir un côté sombre, si j’ose cet oxymore. Dans les civilisations orientales, en Chine notamment, le blanc est la couleur du deuil. Et les fantômes, un peu partout dans le monde, sont revêtus d’un suaire blanc.

Un bel exemple en est La Dame blanche de BOÏELDIEU. Le mythe de la dame blanche est très ancien. Il s’agit d’une femme habillée en blanc qui apparaît la nuit, et qui peut être annonciatrice de mort. Fort amusamment, cette légende s’est transformée récemment en légende urbaine avec les apparitions d’auto-stoppeuses fantômes !

Dans Le Château de Barbe bleue de BARTOK, la sixième porte s’ouvre sur un lac blanc et gelé, c’est le lac des larmes versées par les différentes femmes de Barbe bleue (et la quatrième sur un jardin aux roses blanches rougies par le sang de ces femmes.)

Bartok le château de Barbe-bleue sixième porteCliquez sur Judith

Et que dire encore de l’angoisse de la plage blanche du blogueur face à un Agenda Ironique dont il se demande en se grattant l’occiput comment il va bien pouvoir remplir le cahier des charges ?

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Vert

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Divers, Maria Callas

LETTRES ET MISSIVES

En écoutant il y a déjà quelque temps Sonya Yoncheva lire la lettre d’Alfredo dans le dernier acte de la Traviata de VERDI, je me suis dit qu’on écrit (et qu’on lit) beaucoup de lettres à l’opéra.

Ainsi, dans les Noces de Figaro de MOZART, la comtesse et Suzanne décident de confondre le comte, qui veut tromper sa femme en exerçant un droit de cuissage qu’il a pourtant aboli envers sa camériste Suzanne, en écrivant une lettre lui donnant rendez-vous le soir dans le jardin. (Duo « Sull’aria ».)

Mozart Les Noces de Figaro Sull' AriaCliquez sur Suzanne et la Comtesse

À la fin de la Traviata de Verdi, Violetta relit une lettre reçue autrefois et revit son passé dans l’air « Addio del passato ».

Verdi la Traviata Addio del passato (Ermonela Jaho)Cliquez sur Violetta

À la fin du premier acte d’Eugène Onéguine de TCHAÏKOVSKI, Tatiana qui est tombée amoureuse d’Eugène Onéguine lui écrit une lettre dans laquelle elle lui déclare son amour.

Tchaïkovski Eugène Onéguine Air de la lettre (Netrebko)Cliquez sur Tatiana

À l’acte II de Manon de MASSENET, des Grieux envoie une lettre à son père, décrivant son amour, la jeune Manon avec l’air « On l’appelle Manon ».

massenet manon acte IICliquez sur des Grieux et Manon

Massenet encore avec l’acte III de Werther quand Charlotte lit une lettre alarmante de Werther (« Les larmes qu’on ne pleure pas »)

Massenet Werther air de la lettre (Callas)Cliquez sur Charlotte

Au début des Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH, la cantatrice Stella a envoyé une lettre fixant rendez-vous à Hoffmann dans sa loge. Le vilain Lindorf a intercepté cette lettre et compte aller lui-même à ce rendez-vous.

Offenbach les Contes d'Hoffmann Voyons, pour Hoffmann

J’ai encore quelques opéras sous le coude où il est question de lettres et missives, et donc le facteur sonnera peut-être une deuxième fois, mais en attendant, si vous voulez encore une lettre, cliquez donc sur le mystérieux cadeau bonus (avec l’amicale complicité de John Duff).

point-dinterrogationCliquez donc sur le mystérieux cadeau bonus si vous voulez encore une lettre (avec l’amicale complicité de John Duff)

Retrouvez aussi ici une seconde sélection d’airs et missives.

Écrivains, Bande dessinée, littérature, Poésie, Politique, Théâtre

Alphonse de LAMARTINE (1790 – 1869)

Alphonse de LAMARTINE est un poète romantique, écrivain et homme politique français, né à Mâcon le 21 octobre 1790.

Il commence très jeune à écrire de la poésie et, à 21 ans, fait son « voyage en Italie » au cours duquel il rencontre une jeune fille qui lui inspirera plus tard son roman Graziella.

À 21 ans, son père la fait nommer maire de sa commune et en 1814, il fait partie des gardes du corps de Louis XVIII et doit se réfugier en Suisse pendant les Cent jours. Rentré chez lui, il mène une vie de gentilhomme campagnard.

En 1816, pour des raisons de santé, il va prendre les eaux à Aix-les-Bains. Là, il fait la connaissance de Julie CHARLES, une femme mariée atteinte de phtisie galopante. Julie meurt en 1817, et son souvenir inspire à Lamartine son premier recueil de poésie, les Méditations poétiques (1820) qui rencontrent un grand succès. C’est en songeant à elle qu’il écrit un de ses poèmes les plus fameux, le Lac. (« Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence », ou encore « Ô temps, suspends ton vol ».)

Niedermeyer Lamartine le LacCliquez sur le pianiste et le ténor

Il se marie à une artiste peintre anglaise, Mary-Ann et est nommé attaché à l’ambassade de France à Naples. Il publie les nouvelles Méditations poétiques (1823), la Mort de Socrate (1823), et le dernier chant du pèlerinage d’Harold (1825).

Liszt les préludesCliquez sur l’image

C’est dans les nouvelles Méditations poétiques que figure le poème les Préludes, qui inspirera LISZT pour son poème symphonique du même nom.

En 1825, il publie les Harmonies poétiques et religieuses, qui influenceront également Liszt.

Liszt Harmonies poétiques et religieusesCliquez sur la pochette de disque

En 1830, il se rallie à la Monarchie de Juillet. En 1832, il effectue un voyage en Orient, mais la mort de sa fille Julia (née en 1822) l’affecte profondément.

En 1833, il est élu député de Bergues, dans le Nord. Humaniste profond, il appartiendra à la Société française pour l’abolition de l’esclavage, et militera pour l’abolition de la peine de mort. Lors des élections de 1837, il devient député de Mâcon, siège où il sera réélu en 1842. Entre-temps, en 1836, il publie son roman Jocelyn.

Godard Jocelyn berceuseCliquez sur le ténor

En 1848, il fait partie du premier gouvernement de la 2nde république où, en tant que ministre des Affaires étrangères, il signe le décret abolissant l’esclavage. À la fin de cette année, il est candidat à l’élection présidentielle, mais c’est Louis-Napoléon BONAPARTE qui emporte ce scrutin.

Il cesse alors sa carrière politique pour ne plus se consacrer qu’à la littérature. Il écrit son roman Graziella en 1849, ainsi que des recueils de poésie, des livres d’histoire ou de politique.

Lamartine meurt à Paris le 28 février 1869.

Représentant des romantiques, ses poésies ont été abondamment mises en musique.

BIZET le Grillon

Bizet Lamartine le grillonCliquez sur la partition

BERLIOZ Prière du matin

Berlioz Lamartine Prière du matinCliquez sur la pochette de disque

GOUNOD Au Rossignol

Gounod Lamartine Au RossignolCliquez sur le pianiste et le ténor

SAINT-SAËNS le Matin

Saint-Saëns Lamartine le MatinCliquez sur la pochette de disque

Divers, littérature, Poésie

LE VOYAGE D’HIVER (WINTERREISE) Partie 3 – lieder 17 à 24

Après les lieder 9 à 16 du Voyage d’hiver (Winterreise) de SCHUBERT, je vous propose une troisième (et dernière) livraison avec les lieder 17 à 24.

17 – Im Dorfe (au Village) : « Les chiens aboient, les chaînes cliquettent; les gens dorment… » Pendant que les « braves gens » dorment en paix, le voyageur poursuit son chemin loin de ces rêveurs.

Schubert Winterreise Im DorfeCliquez sur la partition

18 – Der stürmische Morgen (la matinée de tempête) : « Comme la tempête a déchiré le gris du ciel… » Après la tempête, l’errant reconnaît dans le ciel déchiré son propre cœur, tourmenté par la tempête de l’amour enfui.

Schubert Winterreise Der stürmische MorgenCliquez sur l’image

19 – Tauschung (Illusion) : « Une lumière danse gaiement devant moi, je la suis dans sa course… » La lumière d’une maison dans la nuit danse devant le voyageur errant; mais ce n’est qu’une illusion pour qui ne peut connaître le repos.

Schubert Winterreise TauschungCliquez sur l’image

20 – Der Wegweiser (le poteau indicateur) : « Pourquoi éviter les chemins qu’empruntent les autres voyageurs… » L’homme cherche à éviter les chemins qu’empruntent les autres humains. Il doit suivre un chemin dont nul n’est revenu.

Schubert Winterreise der WegweiserCliquez sur l’image

21 – Das Wirtshaus (l’auberge) : « Vers un cimetière mon chemin m’a conduit… » L’homme voudrait s’arrêter dans un cimetière pour s’y reposer, enfin. Mais tel n’est pas encore son destin, et il doit poursuivre son chemin.

Schubert Winterreise das WirtshausCliquez sur l’image

22 – Mut ! (Courage !) : « Si la neige me cingle le visage, je la secoue… » Quand le cœur de l’homme gémit, il n’en a cure, les plaintes sont pour les fous !

Schubert Winterreise MutCliquez sur l’image

23 – Die Nebensonnen (les soleils fantômes) : « J’ai vu trois soleils dressés dans le ciel, je les ai longuement contemplés… » Nous arrivons à la fin de ce voyage halluciné. L’homme a vu trois soleils dans le ciel, deux sont tombés, puisse le troisième en faire autant et laisser l’errant dans l’obscurité.

Schubert Winterreise Die NebensonnenCliquez sur l’image

24 – Der Leiermann (le joueur de vielle) : « Là-bas, derrière le village, se tient un joueur de vielle… » Derrière le village, un vieillard joue de la vielle sans fin, ignoré de tous. Étrange vieillard, dois-je te suivre à jamais ?

Schubert Winterreise Der LeiermannCliquez sur l’image

Et si vous en voulez encore un peu, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

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Si vous voulez voir le texte chanté, en français, c’est ici.