littérature

CONSUELO, de George SAND (Partie 3 – Vienne)

Troisième partie : Vienne.

J’avais laissé nos héros Consuelo et Joseph HAYDN sur les routes de Bohème, en direction de Vienne.

Nos héros arrivent enfin à Vienne où Consuelo retrouve son maître PORPORA, passablement aigri de voir que sa gloire est désormais passée. Heureusement, Porpora renoue avec Consuelo dès qu’il l’entend chanter. Une des premières scènes de Vienne se passe dans les salons d’une ambassadrice où se trouvent réunis outre Porpora, HOLZBAUER, BONONCINI (un rival de HAENDEL à Londres quelques décennies avant), et le castrat CAFARELLI, un ancien élève de Porpora. C’est donc par un duo avec Cafarelli que Consuelo commence sa « carrière » à Vienne.

Porpora Polifemo Alto GioveCliquez sur l’image

Sa deuxième apparition publique se fait devant l’impératrice Marie-Thérèse. Elle chante l’oratorio Betulia liberata de REUTER, sur un livret du librettiste METASTASIO, qui était poète impérial (poeta cesareo) de la Cour. (De nos jours, le Betulia liberata qui est connu est celui que MOZART a composé sur ce même livret de Métastase.)

Mozart Betulia liberataCliquez sur l’image

Au chat pitre suivant, justement, Porpora emmène Consuelo chez Métastase pour lui faire entendre son élève, et essayer de trouver auprès de lui un livret d’opéra qui le relancerait dans sa carrière de compositeur. Consuelo, chantant un air d’Achille in Sciro mis en musique par CALDARA, réussit à arracher des larmes au poète cacochyme, valétudinaire et hypocondriaque.

Pendant ce temps, Josef Haydn, qui voulait bénéficier des leçons de musique de Porpora alors que ce dernier ne veut plus prendre d’élèves, entre au service de Porpora comme valet en espérant qu’un jour celui-ci se ravisera et lui enseignera la musique (ce qui finira par arriver.)

L’occasion pour Consuelo de chanter au théâtre impérial arrive enfin, et c’est dans Antigono de HASSE qu’elle débute.

Hasse AntigonoCliquez sur l’image

Puis, elle a l’occasion de chanter le premier rôle (celui de prima donna [la première Dame]) dans Zénobie de PREDIERI.

Predieri Zenobia PAce una voltaCliquez sur l’image

(Attention spoiler : si, comme je l’espère, vous avez l’intention de lire Consuelo, ne lisez pas ce dernier paragraphe.)

Peu après, elle quitte, avec Porpora, Vienne pour Berlin où on leur a fait des propositions mirifiques, laissant Josef seul à Vienne. (Je vous rassure, il s’en sortira très bien.) Ils se font leurs adieux.

Haydn Symphonie les AdieuxCliquez sur la symphonie les Adieux

Après quelques péripéties, au cours desquelles elle a l’occasion de rencontrer Frédéric II de Prusse, elle arrive à Prague, où on vient la chercher pour assister à l’agonie d’Albert, avec qui elle se marie juste avant qu’il ne meure.

Et je laisserai le mot de la fin à l’amie George :

Ceux de nos lecteurs qui ne sont pas trop fatigués à suivre Consuelo parmi tant de périls et d’aventures, peuvent maintenant se reposer. Ceux, moins nombreux sans doute, qui se sentent encore quelque courage, apprendront dans un prochain roman, la suite de ses pérégrinations, et ce qui advint du comte Albert après sa mort.

La suite, c’est dans La Comtesse de Rudolstadt.

littérature

CONSUELO, de George SAND (Partie 2 – la Bohème)

Poursuivons notre lecture de Consuelo, de George SAND. J’avais laissé notre héroïne au moment où découvrant la trahison de l’homme qu’elle aimait, elle quittait Venise.

PORPORA a envoyé sa protégée dans une famille recluse dans un vieux château perdu au fin fond de sombres forêts de Bohème. Sand nous transporte ainsi brutalement de l’atmosphère des fêtes vénitiennes à l’atmosphère des romans gothiques anglais. Porpora recommande Consuelo, qui se fait désormais appeler la Porporina, à une famille qui habite ce vieux château, pour servir de maîtresse de musique et de confidente à Amélie, la jeune fille de la maison fiancée au comte Albert de Rudolstatdt.

La première fois que la Porporina entend Amélie chanter, celle-ci a choisi un extrait de Adriano in Siria de PERGOLÈSE (qu’elle massacre bravement.)

Pergolèse Adriano in SiriaCliquez sur l’image

Plus tard, après des péripéties bien gothiques, Consuelo chante le Te Deum de HAENDEL, avant de tomber dans une crise où on la croira morte.

Haendel Te Deum

Cliquez sur l’image

Après bien des péripéties liées au fait que le comte Albert, un être si étrange qu’on le prend pour fou, et à qui Amélie était destinée mais dont elle ne voulait plus à cause, précisément, de sa folie, tombe amoureux de la Porporina (et réciproquement). Après quelques chapitres, et au moment où un mariage semble possible entre le comte Albert et la comédienne Consuelo, Anzoleto arrive au château, se faisant passer pour le frère de Consuelo.

Consuelo, qui doit lutter entre ce qui lui reste de son premier amour, son amour d’enfance, et la noblesse des sentiments exprimés par Albert, s’enfuit, faisant croire à Anzoletto qu’elle prend la route de Prague, alors qu’en fait, c’est à Vienne qu’elle part. Sur son chemin, elle rencontre un jeune musicien qui lui aussi va à Vienne. Il s’agit d’un certain Joseph HAYDN qui cherche la Porporina, pensant qu’elle pourrait lui faire rencontrer son maître Porpora, de qui il voudrait recevoir des leçons de musique.

Sur le chemin qui les mène à Vienne, ils ont l’occasion de « sauver » la fête paroissiale d’un village qu’ils traversent en chantant une messe de HOLZBAUER, alors que le maître de musique vient de se blesser et ne peut assurer la direction.

Holzbauer Missa Brevissima

Cliquez sur l’image

(Haydn deviendra un compositeur fécond, écoutons ici une de ses messes, le début de la Missa Brevis.)

Haydn Missa BrevisCliquez sur l’image

Retrouvez prochainement sur ce blog Consuelo à Vienne, à la cour de Frédéric II.

littérature, Oulipo, poésie

ULTIME, de Jacques BENS

Après L’albatros, écrit par Charles BAUDELAIRE, je vous propose un nouveau poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici parmi les 41 sonnets irrationnels de Jacques BENS.

Le sonnet irrationnel est une forme oulipienne inventée par Jacques Bens. C’est un sonnet en ce qu’il comporte 14 vers, et il est qualifié d’irrationnel parce que la répartition de ces vers s’établit suivant le rythme 3 1 4 1 5, soit le début des décimales de Pi.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Ultime.

Avec le dernier-né, s’achève la carrière
De cette poésie gracile et roturière
Qui tente d’animer des sonnets sans éclat.

Messiaen Saint-François d'Assise Musique et PoésieCliquez sur l’image

Car je n’ai pas beaucoup de goût pour l’éloquence.

« Sans éclat », ce serait presque un apostolat,
La victoire en chantant, la trompette guerrière,
Si j’avais un petit la fibre aventurière,
Et quelques dons physiques pour le pugilat,

Méhul le chant du départCliquez sur l’image

Sans compter un revenez-y pour l’éloquence.

Il n’en est pas question. Je n’ai pas la patience
Au temple parnassien de jouer les Samson,

Saint-Saëns Samson et Dalila Vois ma misère hélasCliquez sur Samson


Ni les bras, ni le poil, ni-ni l’impertinence.
Au demeurant, tout ça se veut sans conséquence,
Comme un vent du matin et comme une chanson.

Mozart Idoménée Zefiretti lusinghieriCliquez sur l’image

Citations :

De cette poésie gracile : À la fin de Saint-François d’Assise de MESSIAEN, Saint-François déclare « Seigneur, Musique et Poésie m’ont conduite vers Toi » juste avant que de mourir.

La victoire en chantant, la trompette guerrière. La référence ici est directe au Chant du départ de MÉHUL.

Au temple parnassien de jouer les Samson : Comment ne pas penser à Samson et Dalila de SAINT-SAËNS, opéra qui se termine par la destruction du temple par Samson.

Comme un vent du matin et comme une chanson : Dans Idoménée de MOZART, Ilia, la fille de Priam prend la nature à témoin de sa douleur. (Zéphir léger et charmant.)

littérature

CONSUELO, de George SAND (Partie 1 – Venise)

Consuelo, de George SAND, est un roman, paru en feuilleton dans « La Revue indépendante » de décembre 1841 à février 1844. La Revue indépendante était un journal fondé avec Louis VIARDOT, le mari de la cantatrice Pauline GARCIA, elle-même sœur de la grande cantatrice appelée La Malibran. Après le mariage de Pauline et Louis, c’est sous le nom de Pauline Viardot qu’elle est restée célèbre.

Consuelo, donc, a été dédicacé à Pauline, qui en réponse a écrit : « Inspirer le personnage de Consuelo, c’est sans doute ce que j’ai fait de mieux au monde ! »

Ce roman-feuilleton se déroule en trois parties, Venise, la Bohème et Vienne, et l’histoire de Consuelo se continue dans la Comtesse de Rudolstadt. Embarquez-vous avec Consuelo pour une suite d’aventures rocambolesques dignes d’Eugène SÜE, doublées d’une belle histoire d’amour et de réflexions philosophiques sur la société, la place des femmes dans ycelle, les régimes politiques.

Première partie : Venise.

L’histoire débute donc dans la Venise de la première moitié du XVIIIe siècle, où l’on voit Consuelo, une enfant pauvre, recevoir l’enseignement musical de PORPORA dans un des hospices de charité de la ville.

Porpora Alto Giove

Curieusement pour nous, lecteurs du XXIe siècle, VIVALDI n’y est pas représenté parmi les compositeurs qui comptaient à Venise à cette époque. En effet, sa musique avait complètement disparu un siècle après sa mort.

La première fois qu’on « entend » Consuelo chanter, elle a 14 ans et Porpora lui fait chanter à l’église le Salve Regina de PERGOLÈSE. C’est là que le comte Zustiniani, propriétaire d’un théâtre (d’un opéra) l’entend, sans savoir qui elle est, et se met en tête de l’embaucher pour en faire une prima donna pour son opéra.

Pergolèse Salve Regina

Après une formation sérieuse auprès de Porpora, Consuelo fait ses débuts « en public » chez le comte avec le psaume I Cieli immensi narrano de MARCELLO, psaume qui sera une des pièces préférées de Pauline Viardot.

Marcello I cieli immensi narrano

Plus tard, sous le charme de son interprétation, et pour mesurer l’étendue de son talent, on lui demande encore de chanter La Diavolessa de GALUPPI,

Galuppi La Diavolessa

puis La Didone abbandonata de JOMELLI.

Jommelli Didone abbandonata

Devant ses qualités, le comte l’engage dans son théâtre, et elle fait ses débuts « officiels » avec Ipermnestre (Ipermestra), opéra du jeune GLUCK encore débutant, et apprenant son « métier » en Italie.

Gluck Ipermestra Non hai cor per un'impresa

Dans cette première partie, George SAND nous décrit le microcosme du théâtre (de l’opéra) et de la vie de cour, avec ses intrigues, ses rivalités et ses jalousies, dans un milieu que la pure Consuelo traverse sans rien percevoir de toutes ces turpitudes. Quand enfin Porpora lui ouvre les yeux, en lui montrant Anzoleto, le jeune ténor qu’elle aime (platoniquement), la tromper avec sa rivale, elle quitte Venise et Porpora l’envoie donner des leçons de chant dans une famille de Bohème qu’il connaît et apprécie.

Retrouvez la suite des aventures de Consuelo dans la partie 2, la Bohème.

Écrivain, littérature

George SAND (1804 – 1876)

La musique dit tout ce que l’âme rêve et pressent de plus mystérieux et de plus élevé. C’est la manifestation d’un ordre d’idées et de sentiments supérieurs à ce que la parole humaine pourrait exprimer. 

Georges SAND – Consuelo.

La petite Amantine Aurore Lucile DUPIN est née à Paris en 1804. Femme de lettres, elle connaissait le milieu de la culture, pas seulement les écrivains, mais aussi les peintres et les musiciens.

Elle se marie à dix-huit à Casimir DUDEVANT.

Héritière d’un domaine (et d’un château) à Nohant, dans le Berry, George y fera de fréquents séjours, y invitant tous ses amis, dont BALZAC, Alexandre DUMAS fils, DELACROIX, Gustave FLAUBERT, Théophile GAUTIER ou encore TOURGUENIEV.

Elle est connue, outre par son œuvre littéraire (romans, correspondances…), par ses liaisons, dont celles avec Frédéric CHOPIN et avec Alfred de MUSSET.

En 1830, elle commence une liaison avec Jules SANDEAU, dont elle tirera son pseudonyme de SAND. En 1831, elle fait la connaissance de BALZAC. Elle écrit Une conspiration en 1537, texte qu’elle donnera plus tard à MUSSET qui en fera la pièce Lorenzaccio.

En 1832, elle écrit son premier roman, Indiana. En 1833, elle va à l’opéra avec MÉRIMÉE, qui deviendra son amant. Elle commence une correspondance avec Alfred de Musset, et très vite, ils deviennent amants.

Parmi les amis musiciens de Sand figuraient BERLIOZ et MEYERBEER. Berlioz, qui a écrit Lélio, ou le retour à la vie (1832), une suite à sa fameuse Symphonie fantastique, a trouvé le nom Lélio dans un roman de Sand.

Berlioz Lélio ou le retour à la vie Chant de bonheur

Cliquez sur l’image

En 1834, Musset présente à Sand un jeune homme de 23 ans, Franz LISZT, (qui avait une liaison secrète avec la comtesse Marie d’AGOULT). Très vite le courant passe entre Liszt et Sand, qui adorait écouter Liszt, allongée sous le piano.

En 1836, elle part avec Franz LISZT et Marie d’AGOULT en Suisse. On trouve des traces de ce voyage dans la première année de Pèlerinage de Liszt, consacrée à la Suisse.

Liszt la Vallée d'Obermann

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À leur retour de Suisse, George Sand, qui avait abandonné son pied-à-terre parisien, logera quelque temps chez Marie, et c’est là qu’elle fera la connaissance d’un certain Frédéric CHOPIN.

En 1837, c’est le second séjour de Liszt et Marie d’Agoult à Nohant.

En 1838, c’est le début de sa liaison avec CHOPIN. En fin d’année, ils partent à Majorque. C’est à la Chartreuse de Valldemosa que Chopin écrit son fameux prélude « à la goutte d’eau ».

Chopin prélude op 28 n 15

Cliquez sur le pianiste

En 1840, elle fait un voyage avec Louis VIARDOT, avec qui elle fondera la Revue indépendante en 1841, et sa femme la cantatrice Pauline GARCIA (alias Pauline VIARDOT).

En 1842, elle publie Consuelo, l’histoire d’une cantatrice. Ce roman, paru en feuilleton, est dédié à Pauline.

En 1847, c’est la rupture avec Chopin (qui meurt en 1849). Une partie de la relation entre George Sand et Chopin sert de trame au roman Lucrezia Floriani (1847) bien que George s’en soit défendue.

Politiquement, George était marquée à gauche, proche des saint-simoniens et défendant la démocratie. En 1848, elle fonde un journal pour la république.

En 1853, elle écrit Les Maîtres sonneurs, roman sur les ménétriers (les musiciens de village).

Musset meurt en 1857. En 1859 paraît Elle et lui, roman inspiré de la liaison de George et Alfred.

1863, parution de Mademoiselle La Quintinie, dont l’anticléricalisme de la préface lui vaut une mise à l’index de l’ensemble de son œuvre.

1869, création de La petite Fadette à l’Opéra-Comique (musique de SEMET).

Ne cliquez pas sur la partition

Georges SAND meurt en 1876, et Victor HUGO écrira son oraison funèbre :

Je pleure une morte, et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée ; aujourd’hui dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple. Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon.

(Source principale : La Pléiade – Georges SAND – romans [2 volumes])

Et pour en savoir plus sur les relations entre Sand, Liszt et Marie d’Agoult : http://www.lisztomanias.fr/portraits/george-sand/

Compositeurs, littérature, Religion

POULENC MYSTIQUE

Je vous en parlais il n’y a guère, Francis POULENC a écrit un très beau Stabat Mater. Mais il a aussi écrit un Ave Maria, un Salve Regina, les liturgies à la Vierge noire (de Rocamadour), et encore, à la fin de sa vie, un Gloria.
Poulenc, ami des poètes et des peintres (APOLLINAIRE, ÉLUARD, Max JACOB, PICASSO) a commencé dans le Paris bohème des années 1920, mettant en musique les poèmes de ses amis. En 1936, il est frappé par la foi en voyant la statue de la Vierge noire de Rocamadour. Dès lors, il se consacrera aussi bien à l’écriture de musique religieuse que de musique profane.

En 1936, donc, il écrit les sublimes Litanies à la Vierge noire.

Cliquez sur l’image

En 1939, il publie les Quatre motets pour un temps de pénitence, destinés à être chantés pendant la semaine sainte.

Poulenc 4 motets pour un temps de pénitenceCliquez sur l’image

En 1941, c’est le Salve Regina.

Poulenc Salve ReginaCliquez sur la partition

En 1950, il publie son magnifique Stabat Mater.

Poulenc Stabat MaterCliquez sur l’image

En 1952, il écrit une nouvelle série de 4 motets, pour le temps de Noël cette fois :

Poulenc 4 motets pour le temps de Noël O magnum MysteriumCliquez sur la Maîtrise de RadioFrance

En 1959, c’est le majestueux Gloria et en 1961 les Sept Répons des ténèbres.

Poulenc GloriaCliquez sur l’image

En 1955, il porte à l’opéra le Dialogue des Carmélites de Georges BERNANOS. Il y introduit un Ave Maria dans la scène où l’aumônier du couvent, chassé par la terreur révolutionnaire, vient de faire ses adieux aux religieuses. Il termine surtout son œuvre par un bouleversant Salve Regina, entonné par les sœurs qui s’avancent vers l’échafaud et se taisent, une à une.

Poulenc Dialogue des Carmélites Final et Salve ReginaCliquez sur la scène finale du dialogue des Carmélites

Fantaisie, Oulipo, poésie

L’AGENDA IRONIQUE D’AOÛT 2020

Ce mois-ci c’est Max-Louis qui nous donne le thème de l’agenda ironique :

Je vous propose de composer un texte (prose ou poésie – long ou court) avec la plage de votre choix (réelle ou imaginaire) et dans le genre qu’il vous plaira (fantastique, utopique, commun, amoureux, journalier, carnet de bord, romantique, animalier, érotique …) le tout … Ironique.

Et pour « faire » bonne mesure, quatre mots imposés :
Flot
Argile
Perche
Monoï
(vous pouvez les placer dans le désordre ou l’ordre et même en faire des anagrammes ou les triturer selon votre bon vouloir).

Voici donc ma contribution participative à l’édification de ce monument de la littérature qu’est l’Agenda Ironique, contribution qui sera faite sous la forme de haïkus.

Sur la plage B

De cet ancien disque usé

Carmen a chanté.

Bizet Carmen habanera MigenesCliquez sur Carmen

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Assis sur la plage

Eischenbach songe au destin

La Mort à Venise.

Britten The death in Venice la plageCliquez sur Eischenbach face aux flots

+ + +

La plage chauffée,

Au soleil une fille s’est

Mise à danser (Brel)

Brel sur la placeCliquez sur Jacques BREL

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Haïkaï ou haïkus

Poésie en kïmono

Pauvre Cio-Cio-San.

Puccini madama Butterfly Un bel di vedremo CallaCliquez sur le kimono de Cio-Cio-San

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Colosse, pied d’argile

Benvenuto Cellini

Statue de Persée.

Berlioz Benvenuto Cellini Si la terre aux beaux jours se couronneCliquez sur l’image

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Renard et corbeau

Un corbeau perché sur l’arbre

Fable de La Fontaine.

Caplet le Corbeau et le renardCliquez sur l’image

Citations :

Carmen, de BIZET : « L’amour est un oiseau rebelle ».

La Mort à Venise, de BRITTEN.

Sur la place, de Jacques Brel.

Madame Butterfly, de PUCCINI : « Un bel di vedremo ».

Benvenuto Cellini, de BERLIOZ : « Chœur des ciseleurs ».

OFFENBACH, Six fables de la Fontaine, « le Corbeau et le renard ».

 

Cinématographe, Compositeurs, littérature, Shakespeare, Théâtre

Antonio SALIERI (1750 – 1825)

Contemporain de MOZART, BEETHOVEN et SCHUBERT, Antonio SALIERI ne connaît pas aujourd’hui une reconnaissance à la hauteur de son talent.

Né dans la région de Vérone en 1750, il part à 15 ans faire ses études musicales à Venise. En 1766, il suit son maître à Vienne où il est présenté à METASTASE et à GLUCK. En 1774, il est nommé compositeur de la Cour et directeur de l’opéra italien de Vienne. Il voyage en Italie et en France pour assister aux représentations de ses opéras. C’est ainsi qu’à Paris, Gluck donne un opéra les Danaïdes sous son propre nom, avant de révéler que Salieri en est l’auteur.

Parmi ses élèves à Vienne, il faut relever les noms de Beethoven et Schubert, déjà cités, mais aussi ceux de LISZT ou de MEYERBEER.

Salieri était à Vienne en même temps que Mozart, mais avec des fonctions et une reconnaissance beaucoup plus importantes que celles de Wolfgang Amadeus. En fait, Salieri admirait l’œuvre de son cadet. Il a écrit plusieurs opéras sur des livrets de Lorenzo DA PONTE, et il a confié à Mozart le livret du Cosi fan Tutte que Da Ponte avait écrit pour lui, n’ayant pas le temps d’en composer la musique.

Une légende colporte que Salieri aurait fait empoisonner ce dernier. C’est POUCHKINE qui est à l’origine de cette infox, dans sa nouvelle intitulée Mozart et Salieri (1830), reprise par RIMSKY-KORSAKOV dans son opéra éponyme (1898).

Rimsky-Korsakov Mozart et SalieriCliquez sur l’image

Au XXe siècle, Peter SCHOFFER en a fait une pièce, Amadeus, brillamment portée à l’écran par Milos FORMAN.

Forman Amadeus affiche

Ne cliquez par sur l’affiche

Parmi les nombreux opéras de Salieri, on peut citer un Don Quichotte (Don Chisciotte alle nozze di Gamace) (1771) d’après CERVANTES,

Salieri Don QuichotteCliquez sur l’image

un Armida (1771) d’après Le TASSE,

Salieri ArmidaCliquez sur l’image

la Locandiera d’après GOLDONI,

Salieri la LocandieraCliquez sur l’image

Semiramide sur un livret de Métastase et les Horaces (1786), d’après CORNEILLE,

Salieri les horacesCliquez sur l’image

Tarare (1787) sur un livret de BEAUMARCHAIS,

Salieri tarareCliquez sur l’image

ou encore Falstaff (1799) d’après SHAKESPEARE.

Salieri FalstaffCliquez sur l’image

Avec le XIXe siècle, Salieri se consacre de la musique pour son employeur, l’empereur François II, et à de la musique religieuse (Te Deum, Requiem). Il devient malade en 1820. Il prend sa retraite et meurt en 1825.

 

littérature, Oulipo, poésie

L’ALBATROS, de Charles BAUDELAIRE

Après Le tombeau de Charles BAUDELAIRE, écrit par Stéphane MALLARMÉ à la mémoire de Baudelaire, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici dans les poèmes de… Baudelaire (comme quoi le hasard fait parfois bien les choses).

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc un classique des classiques : L’Albatros.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

Wagner Vaisseau fantôme ouverture (Janowski)Cliquez sur l’image

 

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Schubert Wanderer FantasieCliquez sur le pianiste

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

Zemlinsky le Nain finalCliquez sur l’image

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Purcell King Arthur Fairest IsleCliquez sur l’image

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Rossini Guillaume Tell OuvertureCliquez sur l’image

Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 

Citations :

Ce navire glissant sur les gouffres, ce peut être le Vaisseau fantôme (der fliegende Holländer) de Richard WAGNER, bateau condamné à errer sans fin dans la tempête, jusqu’à ce que son capitaine trouve l’amour absolu capable de le délivrer de sa malédiction.

Ce voyageur ailé m’évoque la Wanderer Fantasie (Fantaisie du Voyageur), de SCHUBERT, ce poète qui s’exprimait en musique et qui a traversé sa courte vie à peu près totalement incompris par ses contemporains.

Cet être comique et laid pourrait être Le Nain (der Zwerg) de ZEMLINSKY. Par jeu, on a fait croire à ce petit être difforme que la princesse, à qui il a été offert pour son anniversaire, pourrait être amoureuse de lui. L’opéra finira très mal pour lui et il meurt foudroyé par la vérité aux pieds de la princesse.

Le prince des nuées ! À l’acte V du King Arthur de PURCELL, l’enchanteur Merlin convoque Éole, le prince des nuées, pour calmer la tempête. Une île surgit des flots, Britannia !

L’archer peut-être Guillaume Tell, héros de l’opéra de ROSSINI.

Et puis quand il y a matière, il y a matière, alors pour célébrer le mois d’août qui commence, voici une deuxième lecture de l’Albatros de Baudelaire.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

Verdi Otello ouvertureCliquez sur l’image

 

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Schubert Winterreise EstarrungCliquez sur la partition

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

Verdi Rigoletto La MaledizioneCliquez sur Rigoletto

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Rameau les Boréades Borée en fureur (Acte III)Cliquez sur Borée en fureur

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Monteverdi le retour d'Ulysse dans sa patrieCliquez sur Ulysse

Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Citations :

Ce navire glissant sur les gouffres pourrait être celui du général vénitien Otello rentrant après sa victoire sur les Turcs, et pris dans une tempête en arrivant à Chypre, dans l’opéra de VERDI.

Ce voyageur ailé m’évoque le Voyage d’hiver (Winterreise) de Schubert, ce poète qui s’exprimait en musique et qui a traversé sa courte vie à peu près totalement incompris par ses contemporains.

Cet être comique et laid, ce pourrait être Rigoletto, dans l’opéra de VERDI portant ce nom.

Le prince des nuées pourrait être Borée, le dieu du vent, dans les Boréades de RAMEAU. À la fin de l’acte III, Borée fait éclater sa fureur et provoque une tempête qui emportera la reine Alphise, qui dédaigne ses fils.

Et l’archer pourrait être Ulysse. Au deuxième acte du retour d’Ulysse dans sa patrie (Il Ritorno d’Ulisse in Patria) de MONTEVERDI, Pénélope, pressée par ses prétendants de choisir un nouveau mari, déclare qu’elle choisira celui qui saura bander l’arc d’Ulysse. Seul Ulysse, que personne n’a encore reconnu, réussit cet exploit et tue les prétendants.

Et en bonus, retrouvez l’albatros mis en musique par Ernest CHAUSSON.

Chausson Baudelaire l'AlbatrosCliquez sur l’image

Écrivain, littérature

LE TASSE (TORQUATO TASSO) (1544 – 1595)

Auteur adulé à son époque, le Tasse (1544 – 1595) écrit son œuvre majeure La Jérusalem délivrée (La Gerusalemme liberata) entre 1566 et 1575, sans la publier. Elle est publiée par ses admirateurs entre 1580 et 1581, et deviendra vite une œuvre de référence pendant plus de deux siècles.

Né dans la province de Parme en 1544, le jeune Torquato étudie le droit à Padoue, puis la philosophie à Bologne. À 18 ans, il dédie son poème Renaud (Rinaldo), inspiré du Roland furieux de l’ARIOSTE, au cardinal d’ESTE, suivant en cela l’exemple de son père, homme de cour et poète. Torquato entre alors à la cour du cardinal, où les princesses d’Este, Eleonora et Lucrezia, lui inspirent des vers enflammés. La parution de son œuvre majeure lui vaut des ennuis avec l’Église, et il passe sept ans en prison, à Saint-Anne de Ferrare.

En 1590, il est l’invité du cénacle d’intellectuels florentins dont on peut dire que l’opéra est indirectement issu.

GOETHE écrira en 1790 une pièce d’après la vie du Tasse (où il brode sur la passion impossible du poète avec la princesse Eleonora d’Este), pièce qui inspirera à LISZT le deuxième de ses poèmes symphoniques (Tasso, lamento e triompho).

Liszt Tasso, lamento e TrionfoCliquez sur l’orchestre

Le poète Lord BYRON a publié Les Lamentations du Tasse où il imagine notre héros à Sainte-Anne.

Le compositeur italien Gaetano DONIZETTI a composé un opéra intitulé Torquato Tasso s’inspirant des écrits de Goethe et Byron (et d’autres…)

Donizetti Torquato TassoCliquez sur Torquato

La Jérusalem délivrée a inspiré de nombreux compositeurs, et ce dès 1624 avec MONTEVERDI et son Combat de Tancrède et Clorinde (Il Combattimento di Tancredi i Clorinda).

Monteverdi Le combat de Tancrède et ClorindeCliquez sur Tancrède et Clorinde

Mais parmi les personnages qui ont le plus inspiré les compositeurs est la magicienne Armide (Armida), et outre l’Armide de LULLY, on trouve des opéras portant ce titre chez VIVALDI (1718),

Vivaldi ArmidaCliquez sur Armida

Giuseppe SCARLATTI (1766), HAYDN (1784), SALIERI (1771), CHERUBINI (1782), GLUCK (1777) (sur le livret de Quinault qui avait servi à Lully), ROSSINI (1817) et DVORAK (1904). (Je reviendrai sur Armide dans un billet qui lui sera spécifiquement consacré.)

Dvorak ArmidaCliquez sur l’image

HAENDEL, lui, fait le choix d’appeler son opéra d’après la Jérusalem délivrée : Rinaldo.

Haendel Lascia ch'io pianga imageCliquez sur l’image