littérature, Mallarmé, Oulipo, poésie

LE TOMBEAU DE CHARLES BAUDELAIRE

Après Hommage, écrit à la mémoire de Richard WAGNER, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Le tombeau de Charles BAUDELAIRE, écrit en hommage à son ainé, mort en 1867. Comme Baudelaire, MALLARMÉ faisait partie des premiers admirateurs de Wagner en France, et ils avaient en commun une grande admiration pour Edgar Allan POE. Il peut être intéressant de comparer leurs traductions respectives de son poème le Corbeau (the Raven) (« Une fois, par un minuit lugubre… »)

(Rappel, j’ai déjà traité le poème le tombeau d’Edgar POE sur ce blog.)

 

Le temple enseveli divulgue par la bouche

Debussy La Cathédrale engloutieCliquez sur le temple enseveli

Sépulcrale d’égout bavant boue et rubis

Abominablement quelque idole Anubis

Tout le museau flambé comme un aboi farouche

Verdi Aïda Possente Fthà (Anubis)Cliquez sur Anubis

 

Ou que le gaz récent torde la mèche louche

Essuyeuse on le sait des opprobres subis

Il allume hagard un immortel pubis

Dont le vol selon le réverbère découche

Berg Lulu FinalCliquez sur Lulu

 

Quel feuillage séché dans les cités sans soir

Votif pourra bénir comme elle se rasseoir

Contre le marbre vainement de Baudelaire

Gounod Roméo et Juliette Salut ! Tombeau sombre et silencieuxCliquez sur Roméo devant le tombeau de Juliette

 

Au voile qui la ceint absente avec frissons

Celle de son Ombre même un poison tutélaire

Toujours à respirer si nous en périssons

monteverdi couronnement de Poppée SénèqueCliquez sur Sénèque

 

Citations :

Le temple enseveli : par ce temple enseveli, j’entends la Cathédrale engloutie de DEBUSSY, autre ami de Mallarmé, qui a mis en musique notamment son Prélude à l’après-midi d’un faune.

l’idole ANUBIS me propulse par la pensée en Égypte, par exemple pour écouter Aïda de VERDI. Si on y célèbre le dieu Ptah, c’est en définitive le dieu de la mort Anubis qui triomphe, puisque Aïda et son amant Radamès meurent emmurés dans une caverne.

un immortel pubis : si on considère que ce second quatrain évoque la prostitution, un des thèmes récurrents apparaissant dans l’œuvre de Baudelaire, cet immortel pubis pourrait être celui de Lulu (prononcer Loulou), l’héroïne vénéneuse de l’opéra de BERG.

le marbre : les deux tercets du sonnet se rapportent au tombeau de BAUDELAIRE, et le marbre est donc celui de son monument funéraire. Je vous propose donc ici de vous recueillir, comme le faisait Roméo, sur le tombeau de Juliette qu’il croyait morte, dans le Roméo et Juliette de GOUNOD.

un poison tutélaire : Dans le Couronnement de Poppée (l’Incoronazione di Poppea) de MONTEVERDI, le philosophe Sénèque est condamné à mort par Néron. Il fait ses adieux à ses amis avant de boire le poison, pendant que ses amis le pleurent.

 

Écrivain, littérature, philosophie

François LISZT : JANKÉLÉVITCH ET LA MUSIQUE (3)

Parmi les compositeurs de prédilection de Wladimir JANKÉLÉVITCH figure Franz LISZT. Et ça tombe bien, Liszt figure aussi parmi mes compositeurs préférés (avec quelques autres.) Je vous propose donc ici une relecture de l’œuvre de Jankélévitch, avec quelques citations sur l’œuvre de celui qu’il appelle François Liszt. (On sait que Jankélévitch a perdu une grande partie de sa famille dans les camps de concentration nazis, ce pourquoi, il a résolu de se détourner de l’Allemagne et de ses intellectuels, qui n’ont pas su dire non au nazisme. Dès lors, il traduit le prénom d’origine de Liszt, Ferenc en hongrois, par François, plutôt que par l’allemand Franz.)

On peut lire dans le tome 2 du Je-ne-sais-quoi et le presque-rien (la Méconnaissance et le malentendu) :

Au sujet des « Variétés de la sous-estimation en musique »

1) Le Boris Godounov original de MOUSSORGSKI ne rendra jamais inutile la version si bien pensante de RIMSKI-KORSAKOV ==> méconnaissance de l’un par rapport à l’autre.

2) Beaucoup de grands compositeurs ne devinrent célèbres non pas grâce à leur œuvre créatrice mais grâce à leur virtuosité technique. C’est le cas de Liszt, mais aussi de BUSONI pianiste dont on méconnaît son Cahier indien et surtout son Turandot. Pareil pour ENESCO violoniste célèbre mais auteur méconnu d’Œdipe ou de la 2e sonate en fa dièse mineur.

3) Le grand homme est souvent reconnu pour d’autres œuvres que ses chefs-d’œuvre. Cas de Liszt connu pour ses premières rhapsodies hongroises, mais pas les dernières,

Liszt Rhapsodie hongroise n° 19Cliquez sur l’image

mais pas le Prélude funèbre et la marche funèbre (1885), ni les grandes constructions géniales, dont le Psaume XIII.

Liszt Psaume XIIICliquez sur l’image

Idem pour RACHMANINOV : qui connaît Les Cloches op. 35 d’après Edgar POE, et sa IIIe Symphonie en la mineur op. 44 et la IIe sonate pour piano op. 36.

Rachmaninov Les ClochesCliquez sur les Cloches

Page 101 : Liszt, si fêté, si comblé par l’admiration universelle et par la renommée, a voulu être chevalier de ces causes perdues : héros et martyrs sont, chez lui, frères en malheur; Prométhée, Tasso et Mazeppa d’une part, Sainte Élisabeth et Sainte Cécile d’autre part se rencontrent dans une même « Héroïde funèbre ». Mais si Mazeppa tombe et se relève roi, sainte Cécile ne se relève pas reine : car elle est sainte et martyre.

Page 143 : La musique de Liszt a presque toujours mis l’accent sur le moment affirmatif du moment suprême… Liszt nous invite lui-même à reconnaitre dans son Prométhée le poème symphonique de la « désolation triomphante ». Moins triomphant peut-être, le « Trionfo » terminal du poème symphonique Tasso exprime que le héros persécuté connaitra, dans la mort, une revanche presque immédiate. Lamento et Trionfo ! Mort et… Transfiguration.

Liszt Tasso, lamento e trionfoCliquez sur l’orchestre

Force et douleur se rejoignent chez Liszt dans la Bataille des Huns, où le choral grégorien « Crux fidelis » surgit brusquement, pianissimo des clameurs barbares…

Le Christus de Liszt est dans toute sa seconde partie un long et grandiose Alleluia à la gloire de l’église de Pierre.

Liszt Christus 2e partieCliquez sur l’image

Page 192 : L’erreur n’est pas d’admirer Liszt en général, mais de l’admirer comme pianiste et virtuose alors qu’il est avant tout le merveilleux architecte de la Messe de Gran et de la Faust-Symphonie.

+ + +

Et dans La musique et l’ineffable, page 72 : la musique ne suit pas mot à mot le poème, elle crée une atmosphère générale. Tel est le cas par exemple de la Lénore de Liszt. Ce qu’on vient de dire des poèmes, des livrets et des « mélodrames » pourrait se redire des « programmes » de Liszt : ne cherchez à retrouver dans le poème symphonique Orphée ni la robe étoilée du mage, ni les lions ravis, ni Eurydice délivrée… et pourtant la musique d’Orphée exprime bien … le triomphe de l’Harmonie civilisatrice.

Page 73 Liszt consacrant un poème symphonique à la vie du TASSE, ne raconte pas les événements successifs qui en forment la trame : car quelle musique serait narrative en ce sens ? Mais il détache de ce récit quelques épisodes caractéristiques : le chant du gondolier sur la lagune de Venise; Torquato Tasso persécuté hantant la cour de Ferrare, l’apothéose du poète à Rome; et ce panorama, simplifié, se réduit lui-même à un diptyque, le diptyque du Lamento et du Triumfo.

Page 74 Dans les Préludes Liszt, à la suite de LAMARTINE, évoque quatre scènes exemplaires… de la destinée humaine : l’amour, les orages de l’existence, la vie pastorale, la guerre.

Liszt les PréludesCliquez sur l’image

Plus diffluent et plus austère, le triptyque Du berceau à la tombe évoque, de part et d’autre de la  » Lutte pour l’existence « , la berceuse enfantine et la berceuse de la mort.

Liszt du Berceau jusqu'à la tombeCliquez sur la pochette du disque

Page 78 : Liszt, qui annonce à l’avance son « programme », pénètre l’âme et le cœur par quelque chose d’autre que les poèmes de ses poétes, par je ne sais quoi de divin et de troublant que ne contenaient ni le Faust de Goethe ni les Sonnets de Pétrarque, ni le Mazeppa de Victor HUGO, mais qui après tout, mais qui en somme aura exprimé l’essence la plus profonde de ces textes.

Liszt MazeppaCliquez sur l’orchestre

Puis, page 104 : Liszt … cite volontiers en épigraphe les textes qui inspirent ses poèmes : un sonnet de Pétrarque, le chapitre des Fioretti sur la prédication aux oiseaux, quelques lignes de Lamartine, Ce qu’on entend sur la montagne de VH; mais quand le piano ou l’orchestre à leur tour élèvent la voix, quelque chose qui est d’un tout autre ordre nous pénètre, quelque chose de diffluent et de brumeux où la voix de la nature et celle de l’humanité sont encore indistinctes… ce quelque chose est l’ordre efficace et irrationnel de la musique.

Page 166 : C’est ainsi que l’œuvre de Liszt, toute bruissante d’héroïsme, d’épopées et d’éclats triomphants, se voit aux approches de la vieillesse envahie peu à peu par le silence… de longues pauses viennent interrompre le récitatif, des mesures blanches espacent et raréfient les notes: la musique de la Messe basse, des Valses oubliées, de la Gondole funèbre et du poème symphonique Du berceau à la tombe devient de plus en plus discontinue, les sables du néant envahissent la mélodie et en tarissent la verve.

Liszt la gondole funèbreCliquez sur la gondole (funèbre)

Page 186 : les Valses oubliées, chez François Liszt, surgissent des brumes de la mémoire.

Liszt Valses oubliéesCliquez sur le pianiste

(Sources : Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-Rien, éditions du Seuil, 1980

La Musique et l’Ineffable, éditions du Seuil, 1983)

Retrouvez ici l’article Gabriel FAURÉ relu par Jankélévitch.

 

 

écrivains, littérature, Théâtre

Alexandre OSTROVSKI (1823 – 1886)

On connaît peu en France le dramaturge Alexandre Nicolaïevitch OSTROVSKI. Pourtant, considéré comme le père du théâtre russe, auteur de plus de cinquante pièces où il décrit le milieu des marchands (avides) ou la cruauté des relations familiales, il est en Russie aussi célèbre que peut l’être un MOLIÈRE chez nous.

Après des études de droit, Ostrovski entre au tribunal de commerce de Moscou, ce qui lui permet de devenir familier avec l’univers des marchands.

Il publie sa première pièce, Tableau de famille, en 1847. Cette pièce qui décrit une faillite frauduleuse est interdite par la censure impériale. En 1851, il est poussé à démissionner du tribunal ce qui lui permet de se consacrer à temps plein à l’écriture.

En 1864, le jeune TCHAÏKOSVKI, encore au conservatoire, écrit une ouverture pour une de ses pièces, l’Orage (1859). L’œuvre ne sera publiée qu’après sa mort.

Tchaïkovski l'OrageCliquez sur l’image

Cherchant un sujet pour son premier opéra, il demande un livret sur l’Orage à OSTROVSKI, mais celui-ci l’ayant déjà promis à un autre compositeur, lui propose une autre de ses pièces, le Voïévode (ou Voïvode). En 1867, Tchaïkovski travaille sur le livret qu’Ostrovski lui a fourni. Devant le peu de succès rencontré, il détruit sa partition (qui a été reconstituée depuis d’après les fragments ou le matériel d’orchestre retrouvés.)

Tchaïkovsky le voïvodeCliquez sur l’image

Anton ARENSKI (1861 – 1906), un élève de RIMSKI-KORSAKOV écrira lui aussi un opéra, Un rêve sur la Volga (1888), d’après le Voïvode.

En 1873, Tchaïkovski (encore lui) écrit une musique de scène pour une autre de ses pièces, Snegourotchka, la fille des neiges. C’est à partir de cette même pièce que RIMSKY-KORSAKOV écrira son Snegourotchka en 1881.

Rimsky-Korsakov Snegourotchka scène finaleCliquez sur l’image

Une autre des œuvres d’Ostrovki, Ne vis pas comme tu veux, mais comme Dieu l’a ordonné a été adaptée à l’opéra sous le nom La puissance du mal (1871), mise en musique par SÉROV.

On retrouvera L’orage au siècle suivant avec son adaptation par JANACEK en 1921, sous le titre de Katia Kabanova.

Janacek Katia Kabanova FinalCliquez sur l’image

littérature, Mythologie, philosophie, poésie, Théâtre

LE MYTHE DE DON JUAN

Comme le mythe d’Orphée ou le mythe de Faust, le mythe associé au personnage de Don Juan, a inspiré les écrivains et les musiciens au cours des siècles.

Apparu en Espagne en 1630 dans la pièce de TIRSO de MOLINA El Burlador de Sevilla y Convidado di piedra (Le Trompeur de Séville et l’Invité de pierre), on le retrouve en Italie vers 1650 avec deux pièces Le convive de pierre (Il convitato di pietra) et le Festin de pierre (Il convito de pietra). De l’Italie, le personnage et son mythe arrivent en France avec MOLIÈRE et son Dom Juan ou le Festin de pierre (1665).

L’Italien GOLDONI écrira lui aussi un Don Juan en 1730.

En 1761, GLUCK écrit un ballet sur le Don Juan de Molière, un an avant son Orfeo ed Euridice.

Gluck Don JuanCliquez sur l’image

Autre adaptation de la pièce de Molière avec le Don Giovanni (1788) de MOZART et DA PONTE, un des opéras les plus fameux du répertoire.

Mozart Don Giovanni La ci darem la mano

 

Au XIXe siècle, les romantiques donnent un autre tour à Don Juan, qui perd son côté libertin, au sens ancien du terme, c’est-à-dire de libre penseur. Ainsi pour l’Anglais Lord BYRON, Don Juan n’est plus qu’une victime de la séduction qu’il suscite chez les femmes et le côté religieux, ou plutôt le rejet de la religion disparaît.

E.T.A. HOFFMANN, en bon admirateur de Mozart, écrira en 1813 Don Juan, une fantaisie, dans laquelle une cantatrice chante un air de Don Giovanni. Cette fantaisie fait partie des pièces qui ont été mises en musique 70 ans plus tard par OFFENBACH dans ses Contes d’Hoffmann.

Offenbach Les contes d'Hoffmann Stella

En 1830, c’est le Russe POUCHKINE qui s’empare du mythe, dans son Convive de pierre. Ce Convive de Pierre sera adapté pour l’opéra par DARGOMIJSKI (1813 – 1869), créé en 1872 après avoir été fini par CUI et RIMSKY-KORSAKOV.

Dargomyjsky Le convive de pierre

Le héros continue sa carrière littéraire en France avec BALZAC (1830), MÉRIMÉE (1834) ou DUMAS.

En 1844, l’Allemand LENAU commence un don Juan, pour qui le héros est à la recherche de l’Éternel féminin, ou de la femme qui le représenterait. Ce poème sera publié après sa mort, en 1851, et c’est lui qui a inspiré à Richard STRAUSS son poème symphonique (1887).

Strauss don JuanCliquez sur l’image

Retour en Russie avec le Don Juan de TOLSTOÏ (1862), pour lequel TCHAÏKOVSKI écrira cette « sérénade de Don Juan ».

Tchaïkovski sérénade de don JuanCliquez sur l’image

(Merci à Johan de m’avoir fait découvrir cette pièce sur son blog.

https://lespetitesanalyses.com/2020/05/29/coeur-de-chien-mikhail-boulgakov/)

MAHLER lui-même y est allé de sa Sérénade de Don Juan (publiée en 1909), une œuvre de jeunesse d’après l’œuvre originale de Tirso de Molina.

Mahler Serenade aus Don Juan

Au XXe siècle, Don Juan continue à inspirer les écrivains, comme Edmond ROSTAND avec sa dernière pièce La dernière Nuit de don Juan (1921) ou MONTHERLANT en 1958.

(Sources principales [pour la partie littéraire]

Dictionnaire des Personnages, 1960, Bouquins LAFFONT,

Encyclopaedia Universalis 2017.)

Divers, littérature, poésie

PORT DU MASQUE RECOMMANDÉ – partie 2

Après un premier billet consacré aux masques à l’opéra, voici une nouvelle livraison d’œuvres musicales ayant trait aux masques. (Il y aura probablement une troisième livraison liée aux  carnavals , qu’en pensez-vous ?)

À l’acte III de Don Carlos (1867) de VERDI, lors d’une fête de nuit à l’Escurial, Carlos qui aime Élisabeth de VALOIS, devenue l’épouse de Charles QUINT, est victime d’une méprise, car Élisabeth a envoyé la princesse EBOLI à sa place à leur rendez-vous. Celle-ci arrivant masquée, c’est à elle que Carlos déclare sa flamme. Or Eboli est elle-même amoureuse de Carlos et se rendant compte que la déclaration ne lui est pas destinée, jalouse, elle décide de se venger ! (Eh oui, ça se passe comme ça à l’opéra.)

Verdi don Carlos Chanson du voileCliquez sur l’image

Passons maintenant au poème Clair de Lune de Paul VERLAINE.

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Ce poème a été illustré en musique par DEBUSSY et FAURÉ.

DEBUSSY par deux fois avec Clair de lune (1882) et la Suite bergamasque (1890).

Debussy Clair de luneCliquez sur l’image

Il a aussi écrit Masques, une pièce de piano très debussyste :

Debussy MasquesCliquez sur l’image

FAURÉ lui a écrit Masques et bergamasques (1919), une musique de scène pour un divertissement tiré des personnages de la commedia dell’arte.

Fauré masques et bergamasquesCliquez sur l’image

En 1923, Sacha GUITRY s’est essayé à la comédie musicale (l’opérette) avec André MESSAGER. Le résultat en a été l’Amour masqué, créé avec sa femme de l’époque Yvonne PRINTEMPS.

Messager L'amour masquéCliquez sur l’image et écoutez Sacha Guitry et Yvonne Printemps

En 1932, Francis POULENC écrit une cantate, le Bal masqué, sur un texte du poète surréaliste Max JACOB.

Poulenc le Bal masquéCliquez sur le Bal masqué

En 1936, le même Poulenc écrit ses Sept chansons pour chœur a capella, dont le merveilleux « Marie », sur un poème de Guillaume APOLLINAIRE (Des masques sont silencieux, et la musique est si lointaine…)

Poulenc Sept chansons MarieCliquez sur l’image

Alors, carnavals ou pas carnavals ? Exprimez vous !

Écrivain, Cinématographe, littérature, poésie, Théâtre

Jean COCTEAU (1888 – 1963) – DEUXIÈME PARTIE

Poursuivons les aventures musicales de Jean COCTEAU, commencées dans la première partie qui lui a été consacrée.

En 1927, il renoue avec STRAVINSKY pour qui il écrit l’opéra Oedipus Rex. Cette même année, il donne le titre Opéra à un recueil de ses poèmes (écrits sous l’influence de l’opium.)

Stravinsky Oedipus RexCliquez sur l’image et écoutez Cocteau nous présenter sa pièce

En 1929, il compose une pièce, La voix humaine, qui deviendra un opéra en 1959 avec une musique de Poulenc (et aussi un film de ROSSELLINI.) 1929 est aussi l’année d’écriture de la pièce Les Enfants terribles.

En 1930, il tourne un film surréaliste, Le sang d’un poète, exact contemporain de L’âge d’or de Luis BUNUEL (et commandé par le même mécène, le vicomte de Noailles.) La musique en est de Georges Auric. Il écrit une Cantate pour un jeune prince russe arrivé à Paris, Igor MARKÉVITCH (qui de nos jours est plus connu pour sa carrière de chef d’orchestre.)

Auric Le Sang d'un poèteCliquez sur l’image

En 1933 il écrit la pièce la Machine infernale, une nouvelle adaptation pour le théâtre du mythe d’Œdipe.

En 1934, c’est Blancharmure, préfiguration des Chevaliers de la Table ronde, pour laquelle Markevitch voulait écrire la musique.

En 1938, il écrit la pièce Les Parents terribles dont il fera un film en 1948.

Pendant la guerre, Cocteau est la cible de la presse collabo. Ainsi en 1941, L.F. CÉLINE appelle, dans le journal Je suis partout, à la liquidation pure et simple du « décadent » COCTEAU, au nom supérieur de la préservation de la « race ».

1943 est l’année de la création à la Comédie française de sa pièce Renaud et Armide, d’après la Jérusalem délivrée du Tasse.

En 1944, c’est l’Aigle à deux têtes, avec une musique d’Auric (création en 1946.) Cette pièce fera l’objet d’un film en 1948 avec les mêmes acteurs (Jean MARAIS, Edwige FEUILLÈRE).

Cocteau se tourne alors vers le cinéma, avec La belle et la bête (1945), avant que d’adapter le mythe fondateur de l’opéra avec Orphée en 1950.

En 1950, il écrit l’argument d’un ballet commandé par Auric pour l’Opéra : Phèdre.

Auric PhèdreCliquez sur l’image

En 1955, lui qui avait eu tant de mal à se faire jouer à la Comédie française entre à l’Académie française.

En 1959, la Voix humaine, mise en musique par Poulenc, entre au répertoire de l’Opéra-comique. ZEFFIRELLI met en scène le Poète et sa Muse, avec une musique de MENOTTI.

Poulenc La Voix humaineCliquez sur la Voix

En 1960, après la mort de Paul FORT, il reçoit le titre de Prince des poètes, titre qu’avaient porté avant lui notamment VERLAINE et MALLARMÉ.

Cocteau meurt en 1963, le même jour qu’Édith PIAF.

Écrivain, Cinématographe, littérature, poésie, Théâtre

Jean COCTEAU (1888 – 1963) – PREMIÈRE PARTIE

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi !

Issu d’un milieu aisé, (son grand-père a connu ROSSINI dont il a reçu un piano en legs,) le jeune COCTEAU a eu l’occasion d’entendre le violoniste Pablo de SARASATE jouer en quatuor avec ce grand-père.

Il n’a pas vingt ans qu’il tient déjà salon, où viennent DEBUSSY et Reynaldo HAHN, mais aussi de jeunes poètes ou des peintres comme BONNARD.

Poète précoce, Jean COCTEAU fréquente très jeune PROUST ou les ballets russes de DIAGHILEV. Il se tiendra toujours aux avant-postes de la modernité, passant de Dada au cubisme, mais rejeté par les surréalistes.

Dès 1910, Reynaldo Hahn (1874 – 1947), l’auteur de Ciboulette, met en musique un « mensonge en un acte » de Cocteau : La patience de Pénélope.

Après la présentation à Paris au début du siècle d’œuvres de RIMSKI-KORSAKOV (1844 – 1908)  (Schéhérazade, Le coq d’or), Diaghilev et ses ballets russes attaquent les années ’10 avec trois ballets de STRAVINSKY (1882 – 1971) : L’oiseau de feu (1910), Pétrouchka (1911) et surtout la déflagration provoquée par Le Sacre du printemps (1913).

Stravinsky le sacre du printempsCliquez sur l’image

Soucieux de se tourner vers ce milieu parisien où il triomphe, Diaghilev commande en 1912 une pièce à Cocteau. Ce sera Le dieu bleu, sur une musique de Hahn. En 1914, Cocteau travaille avec Stravinsky sur un projet de ballet : David.

En 1915, il met en chantier un Songe d’une nuit d’été, dont la musique sera confiée à Eric SATIE (1866 – 1925). Cette même année, le créateur de la musique concrète Edgar VARÈSE (1883 – 1965), qui avait dirigé la création du Songe, le présente à PICASSO. Cocteau confie la musique de David à Satie. En 1916, Cocteau demande à Picasso de réaliser le rideau de scène pour ce ballet, qui change de nom et devient Parade. En 1917, la création du ballet Parade réunit donc Cocteau, Satie, Picasso et Diaghilev ! (Excusez du peu.)

Satie ParadeCliquez sur l’image

En 1920, Cocteau détourne Le bœuf sur le toit de Darius MILHAUD (1892 – 1974), souvenirs musicaux de son passé au Brésil, en déposant un texte sur cette musique. Les décors sont de Raoul DUFY et la chorégraphie de MASSINE.

Milhaud Le Bœuf sur le toit

Il compose aussi le livret de Paul et Virginie, un opéra-comique prévu pour Satie.

En 1921, il écrit Les Mariés de la Tour Eiffel, musique du Groupe des six (enfin, cinq d’entre eux).

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur l’image

Cette même année, il écrit le Gendarme incompris, avec une musique de Francis POULENC.

En 1922, Arthur HONEGGER (1892 – 1955) lui écrit une musique de scène pour sa pièce Antigone. Les décors sont de Picasso et les costumes de CHANEL.

En 1924, il écrit Roméo et Juliette, avec une musique de Roger DÉSORMIÈRES. Dernière œuvre de Cocteau pour les Ballets russes, le Train bleu avec une musique de Milhaud.

Milhaud le Train bleuCliquez sur l’image

Et retrouvez sur ce blog la suite des aventures musicales de Jean Cocteau.

(Source principale : Pierre BERGÉ, Album COCTEAU de la Pléiade, éditions Gallimard, 2006.)

 

Animation 1, Fables de la Fontaine, Fantaisie, littérature, Oulipo, poésie

LE LOUP ET L’AGNEAU

Après Le Lion et le Rat, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, un classique des classiques, le Loup et l’Agneau.

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.

Audran La MascotteCliquez sur l’image

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.

Prokofiev Pierre et le loup part 2Cliquez sur l’image

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;

Bellini La somnambule Ah! Perché non posso odiartiCliquez sur Rodolfo

Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Gounod Roméo et Juliette Dieu qui fis l'homme à ton imageCliquez sur l’image

– Je n’en ai point.
– C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.

Monteverdi Orfeo Nymphes et bergersCliquez sur Orfeo et son chœur de nymphes et de bergers

On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts

Rameau les Indes galantes forêts paisiblesCliquez sur des forêts pas si paisibles que ça !

Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Citations :

Un agneau : AUDRAN La Mascotte Duo « J’aime bien mes dindons / j’aime bien mes moutons » (désolé je n’ai pas trouvé d’agneau, alors j’ai pris un mouton.)

Un loup : PROFOFIEV Pierre et le Loup (retrouvez ici la version DISNEY de Pierre et le Loup)

En colère : À la fin du premier acte de La somnambule de BELLINI, Elvino trompé par les apparences se met en colère contre le comportement d’Amina.

Ton frère : GOUNOD Roméo et Juliette Frère Laurent « Dieu de bonté ».

Vos bergers : Au début de l’Orfeo de MONTEVERDI, le Chœur des nymphes et des bergers célèbre les noces d’Orfeo et Euridice (Orphée et Eurydice.)

Au fond des forêts : Dans Les Indes galantes de RAMEAU, la quatrième entrée se terminent dans une réconciliation autour du calumet de la paix (Danse et air « Forêts paisibles ».)

 

littérature, Mythologie

PSYCHÉ

Psyché

L’histoire de Psyché et Cupidon nous est racontée par APULÉE dans L’Âne d’Or, un roman du 2e siècle de notre ère.

Psyché (dont le nom signifie âme en grec) est une princesse à la beauté parfaite, si belle même qu’elle éveille la jalousie d’Aphrodite. Malgré sa beauté, elle ne trouve pas d’époux, les hommes la vénérant comme une œuvre d’art, au point d’oublier de célébrer le culte d’Aphrodite. Furieuse, celle-ci ordonne à son fils Éros (Cupidon) de la rendre amoureuse du mortel le plus vil qui puisse exister. Mais au moment d’obéir à Aphrodite, Éros se blesse malencontreusement avec une de ses flèches, et tombe amoureux de Psyché.

Le père de Psyché se rend à Delphes pour demander à Apollon que sa fille puisse se marier, mais hélas, l’oracle est formel, Psyché doit être abandonnée sur un rocher, où un horrible monstre viendra la chercher pour en faire sa femme.

Le père de Psyché obéit à l’oracle, mais Éros amoureux demande à son père, Zéphyr, d’enlever la jeune fille et de l’amener dans son palais. Dans l’obscurité de la nuit, son époux la rejoint, mais lui demande de ne jamais chercher à connaître son identité. Il la visite toutes les nuits, et Psyché se trouve prise entre son amour pour son amant et la répugnance qu’elle a pour le monstre qu’elle croit être son mari.

Mais les deux sœurs de Psyché, d’abord inquiètes pour leur sœur disparue, deviennent jalouses quand elles apprennent son sort. Elles la convainquent alors de tuer l’horrible monstre. Profitant du sommeil d’Éros pour le regarder, elle découvre le plus beau jeune homme qu’elle ait jamais vu, mais Éros réveillé s’enfuit.

Psyché entame alors une quête pour le retrouver, avant de finir chez Aphrodite elle-même, qui la soumet aux pires épreuves, telles que rapporter des eaux du Styx ou un morceau de la beauté de Perséphone.

Ses épreuves remplies, avec l’aide entre autres de Zeus, Psyché finit par retrouver Éros. Ils se marient et Psyché ayant bu l’ambroisie acquiert ainsi l’immortalité. De leur union naît Hédoné (Volupté).

Et c’est ainsi que la Beauté engendra Amour qui lui-même engendra la Volupté. Tout un programme !

Une si belle légende ne pouvait laisser les compositeurs indifférents. C’est ainsi que LULLY nous livra deux Psyché, la première en 1671, une comédie-ballet avec un livret sur lequel ont travaillé MOLIÈRE, Pierre CORNEILLE et QUINAULT. La deuxième, une tragédie en musique où le livret fut retravaillé par Thomas Corneille et son neveu FONTENELLE.

Lully Psyche Prélude de Trompettes

En 1675, l’anglais Matthew LOCKE (1621 – 1677) écrivit un semi-opéra sur la traduction du livret de Lully.

Locke PsycheCliquez sur l’image

Au siècle suivant, MONDONVILLE écrira L’Amour et Psyché de MONDONVILLE.

Mondonville l'Amour et PsychéCliquez sur l’image

En 1857, c’est le grand Ambroise THOMAS qui écrit son opéra Psyché

Thomas PsychéCliquez sur l’image

En 1872, dans son opéra-comique Fantasio, OFFENBACH introduit l’air « Psyché, pauvre imprudente ».

Offenbach Fantasio Psyché pauvre imprudenteCliquez sur l’image

Plus près de nous, César FRANCK écrivit en 1888 un poème symphonique pour chœur et orchestre sur le thème de Psyché.

Franck PsychéCliquez sur l’image

Puis en 1897, c’est Camille SAINT-SAËNS qui écrit un oratorio pour ténor et chœur d’hommes, d’après le Psyché de Molière.

Et encore au siècle suivant, Manuel DE FALLA écrira son Psyché pour mezzo-soprano et petit ensemble instrumental.

De Falla PsychéCliquez sur l’image

Il est à noter que Jean de La FONTAINE a repris ce mythe en l’enrichissant, dans un de ses contes, les Amours de Psyché et Cupidon.

(Sources principales :

Encyclopaedia Universalis 2017

Dictionnaire des personnages , Bouquins Laffont 1999

Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, éditions Fayard 1992, sous la direction de Marcelle BENOIT.)

 

Compositrices, Fantaisie, Oulipo

QUELQUES AUTRES HAÏKAÏS (3e SÉRIE)

Le haïkaï (ou haïku) est une forme de poésie japonaise visant à évoquer en quelques mots l’essence des choses. Il se compose, dans notre alphabet occidental, de 3 vers de cinq, sept et cinq pieds.

Voici donc une troisième livraison de haïkaïs, dont certains écrits par vous (merci, merci, merci.)

Sur un haïkaï de John DUFF

Dans cet air très beau

Pretty s’est mise à chanter

Elle m’a fait pleurer

Verdi la Traviata Pretty Yende

Sur un haïkaï, en anagramme de confinement, réalisé dans le cadre du challenge #haikuchallenge

Ce confit ne ment

Et finement ne t’enfonce

En ce net moment

Alfano Cyrano (avec Placide Domingue)Cliquez sur l’image

Sur un hommage à JANKÉLÉVITCH

FAURÉ – DEBUSSY

Wladimir Jankélévitch

RIMSKI-KORSAKOV

Fauré Après un rêve

Sur un haïkaï de Marie-Anne

Vaisselle en musique

Concerto pour violon et

Torchon à carreaux

Beethoven concerto pour violon 3e mvtCliquez sur l’image

Sur une proposition de Philippe :

Chant de la sirène

Sur la plage désertée

Elle attend l’été

Lili Boulanger Les SirènesCliquez sur l’image

Sur un haïkaï de Luciole

Beauté de Psyché

Cupidon est en émoi

Décoche une flèche

Lully Psyché Plainte italienneCliquez sur l’image

Citations :
Concerto pour violon : Troisième mouvement du concerto pour violon de BEETHOVEN. (Pour ce mouvement, Beethoven a repris un chant révolutionnaire français, « Mieux vaut la mort que l’esclavage, c’est la devise des français ».)
Pretty s’est mise à chanter : La soprano Pretty YENDE s’est récemment illustrée dans la Traviata de VERDI. (Vous pourrez voir sa Traviata samedi 9 mai sur la 5.)
Ce confit ne ment : Pour illustrer cette terre du confit (d’oie ou de canard), j’ai choisi Cyrano de Bergerac de Franco ALFANO (celui-là même qui a achevé la partition de Turandot de PUCCINI.)
Fauré : Laissons-nous emporter par sa mélodie « Après un rêve ».
Chant de la sirène : Pour illustrer ce chant de la sirène, j’ai choisi « les Sirènes », une pièce de Lili BOULANGER, grande compositrice morte trop jeune.
Psyché : Je vous propose d’écouter un extrait de Psyché, de LULLY.
Retrouvez d’autre haïkaïs en cliquant sur le lien.