Cinématographe, littérature, Mallarmé, Oulipo, poésie

TEL QU’EN LUI-MÊME ENFIN L’ÉTERNITÉ LE CHANGE

Après Oh si chère de loin, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images de ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, j’ai donc choisi d’illustrer le Tombeau d’Edgar Poe, que Mallarmé a écrit à l’occasion de l’érection d’un monument à sa mémoire.

Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change,

Monteverdi Orfeo finalCliquez sur l’image

Le poète suscite avec un glaive nu

Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu,

Que la mort triomphait en cette voix étrange !

 

Eux, comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange,

Messiaen Saint-François d'Assise l'ange musicienCliquez sur l’ange

Donner un sens plus pur aux mots de la tribu,

Proclamèrent très haut le sortilège bu

Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.

Verdi Macbeth Tre volte miagolaCliquez sur les sorcières

 

 

Du sol et de la nue hostiles, ô grief !

Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief

Dont la tombe de Poë éblouissante s’orne

 

Calme bloc ici bas chu d’un désastre obscur

Kubrick 2001 monolitheCliquez sur le monolithe

Que ce granit du moins montre à jamais sa borne

Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.

Wagner Crépuscule des dieux corbeaux de WotanCliquez sur les corbeaux de Wotan

Citations :

enfin l’éternité le change : à la fin de l’Orfeo de MONTEVERDI, Apollon fait monter Orphée au ciel où il jouira de l’immortalité pour contempler l’image d’Eurydice.

Oyant jadis l’ange : j’ai choisi ici l’ange musicien, à l’acte II du Saint François d’Assise (1983) de MESSIAEN.

quelque noir mélange : au début de l’acte III de Macbeth de VERDI, les sorcières préparent un breuvage infernal (un noir mélange) leur permettant de lire l’avenir.

Calme bloc ici bas chu d’un désastre obscur : ce vers me fait immanquablement penser au monolithe du film 2001 a Space Odyssey de Stanley KUBRICK. La musique qui accompagne cette scène est le Requiem de LIGETI.

Aux noirs vols du blasphème : ces « noirs vols du blasphème » me font penser aux corbeaux de Wotan, annonciateurs de la mort de Siegfried à la fin du Crépuscule des dieux, d’autant que le Corbeau d’Edgar Allan Poe est un des poèmes traduits par Mallarmé en français, mais je n’en ai pas trouvé sur les sites de l’internet.

écrivains, bande dessinée, littérature

Gustave FLAUBERT

Gustave FLAUBERT est un écrivain né à Rouen en 1821 et mort en 1880. Son style est reconnaissable par le souci qu’il avait de trouver le mot le plus juste, et par-dessus tout, le rythme de la phrase.

Si vous avez lu Madame BOVARY (1856) de l’ami Tatave, vous vous souvenez peut-être de ce chapitre où Emma va écouter Lucia di Lammermoor, de DONIZETTI, à l’Opéra de Rouen.

donizetti Lucia air de la folieCliquez sur Lucia

Il faudra attendre presque un siècle pour que ce roman soit adapté à l’opéra. En 1933, Darius MILHAUD écrit deux chansons sur ce thème, puis en 1951, c’est un autre Rouennais, Emmanuel BONDEVILLE, qui l’adapte dans un opéra-comique.

Bondeville Emma BovaryCliquez sur la partition

Salammbô (1857 – 1862) semble avoir une forme faite pour l’opéra. C’est à VERDI que Flaubert pense dès la fin de 1862 pour mettre son roman en musique, mais ce projet ne se réalisera pas. En 1863 – 1864, MOUSSORGSKI travaille au Lybien, un projet d’opéra d’après Salammbô. Finalement, c’est le post-wagnérien REYER (1823 – 1909) qui compose en 1890 un opéra inspiré de ce roman, opéra qui connaîtra un beau succès à son époque.

Reyer SalammbôCliquez sur Salammbô

Encore en 1998, le compositeur FÉNELON crée son Salammbô. Parmi les projets non aboutis de mise en musique de ce roman, on peut encore citer ceux de DEBUSSY ou de RACHMANINOFF.

Le conte Hérodias, tirés des trois contes (1877) servira à MASSENET pour son opéra Hérodiade (1881). C’est ce même sujet biblique qui inspirera MALLARMÉ pour son Hérodias, qui deviendra Salomé sous la plume de Richard STRAUSS.

Massenet HérodiadeCliquez sur l’image

De Flaubert, on connaît le Dictionnaire des idées reçues (publié à titre posthume en 1913). Si on le feuillette, on trouve :

à l’entrée Opéra : « Paradis de Mahomet sur la terre. »

à l’entrée WAGNER : « Ricaner quand on entend son nom, faire des plaisanteries sur la musique de l’avenir. »

Enfin, comme j’ai aussi une casquette Bande Dessinée (et une casquette space opera), je m’en voudrai de ne pas citer l’adaptation de Salammbô par Philippe DRUILLET en 1980.

druillet

Pour boucler la boucle, et puisque j’ai commencé ce billet avec l’air de la folie de Lucia di Lammermoor, je vais le terminer avec ce même air en version space opera, puisque Luc BESSON, dans son film le 5e élément fait chanter cet air par une diva galactique, Plavalaguna, qui chante l’air de la folie, de Lucia de Lammermoor, de DONIZETTI.

donizetti Lucia air de la folie le 5e élémentCliquez sur Plavalaguna

(P.S. promis, vous aurez un jour un billet sur le space opera.)

(P.P.S. j’avais presque terminé ce billet quand j’ai découvert le lien suivant, qui m’a permis de l’enrichir. Je vous le livre donc, si vous voulez en savoir plus sur Flaubert et sa mise en musique :

https://journals.openedition.org/flaubert/3546 )

 

 

Compositeurs, littérature, poésie

Francis POULENC

Francis POULENC est né en 1899 dans une riche famille d’industriels du Rhône (eh oui, il était du Rhône, Poulenc), sa mère lui apprend le piano alors qu’il est âgé de cinq ans. Très rapidement, il a l’occasion de rencontrer des artistes comme SATIE, RAVEL ou DEBUSSY.

En 1917, sa Rhapsodie nègre attire l’attention de STRAVINSKY.

Outre les musiciens déjà cités, Poulenc fréquente également l’avant-garde littéraire : APOLLINAIRE, Max JACOB, ÉLUARD et COCTEAU.

En 1918, il met en musique Le Bestiaire ou le cortège d’Orphée sur des textes d’Apollinaire. C’est de cette époque que date la création du groupe des six (Poulenc, Georges AURIC, Arthur HONEGGER, Darius MILHAUD, Louis DUREY et Germaine TAILLEFER). En 1921, il collabore ainsi aux Mariés de la tour Eiffel, une œuvre commune à ce groupe.

Poulenc mariés tour EiffelCliquez sur l’image

Élève de KOECHLIN (lui-même élève de FAURÉ), il compose en 1923 une pièce pour les Ballets russes de DIAGHILEV, avec décors et costumes de Marie LAURENCIN : Les Biches.

les biches poulencCliquez sur les biches

En 1926, il rencontre le baryton Pierre BERNAC qui, devenu son compagnon, créera 90 de ses 145 mélodies.

Poulenc Banalités SanglotsCliquez sur l’image

En 1928, il écrit le Concert Champêtre, pour clavecin et orchestre, dédié à la claveciniste Maria LANDOWSKA.

Suite à un pèlerinage à Rocamadour, il se rapproche de la religion catholique, et dès lors alternera musique sacrée et musique profane. Pour cela, on lui a collé le qualificatif de « Moine et Voyou ». En 1936, il compose les Litanies à la Vierge noire, qui seront suivies des Quatre motets pour un temps de pénitence.

En 1947, il compose Les Mamelles de Tyrésias, d’après la comédie d’Apollinaire. Cette comédie lyrique est créée à l’Opéra-Comique avec Denise DUVAL.

Poulenc mamelles de tirésiasCliquez sur l’image

Il compose alors des mélodies, des chœurs profanes (huit chansons françaises), des pièces religieuses (Stabat Mater, Salve Regina).

Poulenc Adieu tristesseCliquez sur la partition

En 1953, il aborde Le dialogue des Carmélites, de BERNANOS. Il achève cette œuvre en 1955. Le dialogue des Carmélites est créé à Milan en 1957, avant que d’être donné à l’Opéra de Paris (avec Régine Crespin et Denise Duval).

Poulenc Dialogue des Carmélites scène finaleCliquez sur l’image

En 1958, il compose un monologue lyrique, La voix humaine, sur un texte de Cocteau datant de 1930.

Enfin, en 1961, on crée son Gloria.

Poulenc Gloria 1er mouvementCliquez sur l’image

Il meurt en 1963, et sa sonate pour piano et clarinette sera créée par Benny GOODMAN et Léonard BERNSTEIN.

bande dessinée, Mes opéras préférés

Le FREISCHÜTZ de WEBER

30 ans après la Flûte enchantée, 15 ans après Fidélio, le Freischütz de WEBER est considéré comme le premier opéra romantique allemand. Il a été créé à Berlin en 1821, et repris à Dresde en 1822. Cette reprise à vivement impressionné le jeune WAGNER, alors âgé de neuf ans, et a été déterminante dans sa vocation pour le théâtre lyrique.

 Ouverture :

Weber Freischütz ouvertureCliquez sur l’ouverture

Acte I : Lors d’une fête campagnarde, le villageois Kilian remporte le concours de tir, au détriment du chasseur Max, qui a raté toutes ses cibles. Les villageois et Kilian se moquent de Max qui, furieux, saute sur Kilian. Cunod, le garde forestier du prince, demande ce qui se passe. On lui explique que Max a raté tous ses tirs. Caspar souffle à Max qu’il doit être victime d’un sort. Cunod conseille à Max de se reprendre, car s’il rate le concours du lendemain, il ne pourra prétendre à la main de sa fille Agathe, le prix du concours.

Max resté seul chante son incompréhension sur sa maladresse au tir. Caspar revient, commande du vin, et loue les trois choses qui importent à un homme : le vin, le jeu, les femmes.

Weber Freischutz Hier im ird'schenCliquez sur l’image

Il commence à insinuer qu’il y a des choses cachées, telles que des balles enchantées qui ne ratent jamais la cible, et que justement ce soir on peut en obtenir. Il lui donne une de ces balles magiques, Max tire et tue un aigle. Caspar lui donne rendez-vous à minuit aux Gorges du Loup.

Acte II : Dans la maison du Garde forestier, sa fille Agathe et Ännchen discutent dans un délicieux duo (dont Wagner saura se souvenir dans Le Vaisseau fantôme.) Alors qu’Ännchen ne pense qu’à rire, Agathe s’inquiète pour Max.

Weber Freischutz Acte II duo Schelm, halt festCliquez sur le fusil

Une fois Ännchen sortie, Agathe chante son espoir dans la nuit (Air : « Wie nahte mir der Schlummer ».)

Weber Freischutz Acte II Agathe Wie nahte mirCliquez sur l’image

Max arrive, avec à son chapeau une plume de l’aigle qu’il a abattu, signe qu’il a retrouvé son adresse au tir. Il annonce qu’il a rendez-vous aux Gorges du Loup le soir même. Agathe, effrayée, essaye de le retenir, mais Max doit repartir.

La scène des Gorges du Loup, le point culminant de l’œuvre est proche dans l’esprit de l’opéra gothique. Aux Gorges du Loup, dans un décor inquiétant, peuplé d’oiseaux de nuit, deux orages approchent. Alors que sonnent les douze coups de minuit, Samiel arrive, et rappelle à Caspar que c’est ce soir qu’il va prendre possession de son âme. Caspar négocie : s’il apporte de nouvelles âmes à Samiel, il compte bien rester encore en vie. Samiel rappelle que sur sept balles fondues, les six premières sont bonnes, mais la septième reste sa propriété, et c’est lui qui en choisit la cible. Caspar lui demande de réserver cette balle à la fille de Cunod, mais Samiel lui dit qu’il n’a pas encore de droit sur sa vie. Plus tard, Max arrive. Il croit voir le fantôme de sa mère qui le dissuade d’approcher, mais Samiel remplace cette vision par celle d’Agathe se jetant du haut du rocher. Max se précipite pour la retenir. La scène des Gorges du Loup peut alors commencer. Caspar invoque Samiel. Au fur et à mesure que les balles sont fondues, le sabbat se déchaîne : oiseaux de nuit, sanglier noir, tempêtes, apparition de chevaux de feu, ronde de fantômes de chasseurs, et enfin à la septième, Samiel apparaît. Max se signe et tombe à terre.

Weber Freischutz Acte II Gorges du loupCliquez sur l’image

Acte III : Le lendemain matin, un chasseur et un garde-forestier discutent de la nuit écoulée. Le diable serait apparu aux Gorges du Loup. Arrivent Max puis Caspar. Sur les sept balles qui ont été fondues, cinq ont déjà été utilisées, il en reste donc une à chacun. Le Prince Ottokar veut voir Max, qui se retire. Caspar se dépêche de tirer sa dernière balle sur un renard, pour que Max soit obligé de se servir de la septième, celle du diable, lors du concours.

Agathe, en robe de mariée, chante sa confiance en Dieu qui la protège (cavatine d’Agathe « Und ob die Wolke »).

Weber Freischutz Acte III Cavatine d'Agathe Und ob die WolkeCliquez sur Agathe

Ännchen entre, et Agathe lui raconte le rêve qu’elle a fait pendant la nuit. Elle avait pris la forme d’une blanche colombe quand Max lui a tiré dessus, puis comme elle reprenait sa forme humaine, un grand oiseau noir se vautrait dans le sang de Max. Ännchen cherche à la rassurer en lui chantant une anecdote arrivée à sa cousine.

Weber Freischutz Acte III Air d'Annchen Einst traumte meiner seligen BaseCliquez sur l’image

Les demoiselles d’honneur arrivent en chantant une chanson traditionnelle à la mariée. Ännchen tend une boîte à Agathe, mais quand celle-ci l’ouvre, au lieu de la couronne de mariée, c’est une couronne mortuaire qui s’y trouve. Agathe donne alors aux demoiselles d’honneur le bouquet de roses blanches que lui avait donné l’ermite, pour qu’elles lui tressent avec une couronne de mariée.

Sur le lieu du concours, tout le monde est présent, Ottokar avec son sceptre, Cunod, les chasseurs, les villageois (Chœur : Was gleicht wohl auf Erden.)

Weber Freischutz Acte III Choeur des chasseurs was gleich wohl auf ErdenCliquez sur la forêt

Ottokar dit à Cunod que son futur gendre lui plaît. Montrant une colombe blanche sur une branche, il ordonne à Max de tirer. Au moment du tir, Agathe apparaît sous la branche où est posée la colombe. Max tire, Agathe s’effondre, ainsi que Caspar qui tombe de l’arbre où il s’était caché. Tout le monde se précipite vers Agathe, qui reprend connaissance. C’est Caspar qui a été touché par la septième balle, et Samiel vient récupérer son bien, l’âme de Caspar. Ottokar demande des explications à Max, qui avoue la vérité sur les balles utilisées. Le prince veut le bannir à tout jamais, mais l’ermite intervient en la faveur de Max, et propose un bannissement d’un an. Si au bout d’un an Max est toujours comme il était avant cette aventure, il pourra revenir et avoir la main d’Agathe. Le prince accepte le jugement de l’ermite, et tout le monde se réjouit en louant le seigneur.

 

 

Divers, Grandes villes, littérature, Théâtre

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE VENISE…

… quelle drôle d’idée ! comme l’a chanté Julien CLERC.

Parmi les villes qui ont tenu une place importante à l’opéra, Venise figure en bonne place, et ce dès le début de l’opéra.

En effet, le père fondateur du genre, Claudio MONTEVERDI est appelé à Venise en 1613. Et dès 1637, Venise cède à la passion pour l’opéra en ouvrant son premier théâtre dédié à l’opéra. C’est aussi le premier à être payant. C’est pour Venise que Monteverdi écrit le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640) et le Couronnement de Poppée (1642).

Le Vénitien prolifique, Antonio VIVALDI, y est né en 1678. Il aborde l’opéra en 1713 avec Ottone in villa, et c’est pour Venise qu’il écrit ses quelques dizaines d’opéras.

Vivaldi Ottone in villaCliquez sur l’image

Un autre Vénitien d’importance était le dramaturge Carlo GOLDONI (1707 – 1793) qui, parmi les quelque 200 pièces qu’il a écrites, a également produit des livrets d’opéra, dont Griselda (1735) mis en musique par Vivaldi.

Au siècle suivant, Venise prendra une place importante pour Franz LISZT et son gendre Richard WAGNER, puisque c’est dans cette ville que ce dernier est mort en 1883. Liszt écrira alors à sa mémoire la pièce pour piano Gondole funèbre. C’est ensuite lors d’un voyage en train entre Venise et Bayreuth que Liszt prendra froid, ce qui causera sa mort en 1886.

Liszt Lugubre gondoleCliquez sur les gondoles à Venise

Les chefs-d’œuvre de VERDI que sont Rigoletto et la Traviata ont été créés au théâtre de la Fenice, à Venise.

Venise est aussi une ville qui a servi de décor à des opéras. Parmi ceux-ci, citons par exemple la Gioconda (1876) de PONCHIELLI, adaptée de Angelo, tyran de Padoue de VH.

Le troisième acte des Contes d’Hoffmann (1881) d’OFFENBACH, avec sa célèbre « Barcarolle » est appelé l’acte vénitien puisqu’il se passe à Venise.

barcarolleCliquez sur l’image

Au XXe siècle, on a pu voir Venise dans le rare Marchand de Venise (1935) de Reynaldo HAHN, d’après Shakespeare.

Hahn le Marchand de VeniseCliquez sur l’image

Surtout, Venise est le lieu du roman crépusculaire La Mort à Venise, de Thomas MANN, roman superbement adapté à l’opéra par Benjamin BRITTEN en 1972.

britten mort à VeniseCliquez sur l’image

Et pour finir sur une note plus légère, écoutons les Gondoliers (il Gondolieri), de l’ami ROSSINI, une pièce toujours si agréable à chanter.

Rossini il GondolieriCliquez sur l’image

 

littérature, Mallarmé, Oulipo, poésie

OH SI CHÈRE DE LOIN, ET PROCHE, ET BLANCHE…

Après Brise marine, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, j’ai donc choisi d’illustrer Brise marine.

Oh si chère de loin et proche, et blanche, si

Délicieusement toi, Mary, que je songe

Debussy Pelléas mes longs cheveux descendent Mary GardenCliquez sur Mary (Garden)

À quelque baume rare, émané par mensonge,

Sur aucun bouquetier de cristal obscurci.

Wagner Parsifal le GraalCliquez sur l’image

 

Le sais-tu, oui, voici des ans, voici toujours

Que ton sourire éblouissant prolonge,

La même rose avec le bel été qui plonge,

Dans autrefois, et puis dans le futur aussi.

Berlioz Nuits d'été Spectre de la rose CrespinCliquez sur le spectre de la rose

 

Mon cœur qui dans la nuit parfois cherche à s’entendre,

Ou de quel dernier mot t’appeler le plus tendre,

S’exalte en celui rien que chuchoté de sœur,

Poulenc Dialogue des carmélites Ave MariaCliquez sur les sœurs

 

N’était, très grand trésor et tête si petite,

Wagner Parsifal prélude SoltiCliquez sur l’image

Que tu m’enseignes bien toute une autre douceur,

Tout bas par le baiser seul dans tes cheveux dite.

 

Citations :

Blanche: Dialogue des Carmélites de POULENC (cf. Rien que chuchoté de soeur.)

Mary : Mary GARDEN qui a créé le rôle de Mélisande, de DEBUSSY. Debussy, ami de Mallarmé, fréquentait son salon et a mis en musique le Prélude à l’ami d’un faune.

Bouquetier de cristal obscurci : le Graal de Parsifal de WAGNER. Mallarmé faisait partie des premiers admirateurs français de Wagner. Dans Parsifal, le Graal, ce vase sacré, est assombri par le péché du roi Gurnemanz.

La même rose avec le bel été : « le Spectre de la rose » des Nuits d’été de BERLIOZ

Mon cœur qui dans la nuit : La nuit des amants

Rien que chuchoté de sœur : Dialogue des Carmélites de Poulenc. Là, je joue un peu avec les deux sens du mot sœur, entre la sœur biologique et la religieuse. Mais l’héroïne principale du dialogue des Carmélites s’appelle Blanche, terme que l’on trouve déjà au premier vers de ce très beau poème.

Très grand trésor et tête si petite : Parsifal à nouveau. Parsifal l’innocent, à la tête si petite, sera celui qui délivrera le Graal du mal (Cf. le bouquetier de cristal obscurci.)

Par le baiser seul dans tes cheveux : Pelléas et Mélisande à nouveau. La chevelure de Mélisande joue un rôle symbolique fort dans l’opéra de Debussy (Cf. Mary.)

 

 

 

Écrivain, bande dessinée, littérature, Oulipo

CANTATRIX SOPRANICA L. (Georges PEREC – 4)

Cantatrix Sopranica L. est le titre d’une étude scientifique de Georges PEREC sur, je cite, la « démonstration expérimentale d’une organisation tomatotopique chez la Cantatrice ».

Dans cette parodie, à lire absolument, d’une publication scientifique, l’auteur nous livre le mode opératoire des expériences visant à mesurer l’effet du lancer de tomates (ou d’autres objets) sur les hurlements des cantatrices.

Il faut savoir que pour gagner sa vie, Perec a occupé un poste de documentaliste de 1961 à 1978 dans différents hôpitaux parisiens, puis au CNRS. La prose si spéciale des publications scientifiques ne lui était donc pas du tout étrangère.

En effet, partant de l’observation suivante : « The more you throw tomatoes on Sopranoes, the more they yell », l’auteur se propose de mesurer scientifiquement cet effet.

Pour cela, il a expérimenté sur 107 sopranos femelles fournies par le Conservatoire National de Musique, pesant entre 94 et 124 kg, la réception de tomates lancées par un « automatic tomatothrower » à la cadence de 9 projections par seconde, ce qui est censé refléter les conditions rencontrées par les sopranos et autres chanteurs sur scène.

Il faut lire toute la bibliographie associée à cette étude, biblio truffée de jeux de mots. On peut ainsi y relever, écrites dans un européen vernaculaire :

  • Chou, O.& Lai, A. Musicali efftti del tomatino jettatura durante il reprezentazione dell’opere di Verdi.
  • Donen, S. & Kelly, G. Singing in the brain.

Singing in the rainCliquez sur le film de Stanley DONEN

  • Marks, C.N.R.S. & Spencer, D.G.R.S.T. About the frightening reactions that accompanied first performances of Il Trovatore at the Metropolitan.

Verdi Trovatore Di quella piraCliquez sur l’image

  • Pompeiano, O. Vesuviana, A. Strombolino, H. & Lipari, G. Volcaniche effetti della formazione reticolare nella funiculi funicula.

Funiculi funicula 3 ténorsCliquez sur les 3 ténors

  • Tebaldi, R. La Callas revisited.

Callas vs TebaldiCliquez sur la Callas et la Tebaldi

Pour les amateurs de bande dessinée, et plus particulièrement de GOTLIB, vous trouverez dans le même recueil, un article intitulé « Une amitié scientifique et littéraire : Léon BURP et Marcel GOTLIB », article écrit à l’occasion de l’attribution du prix Nobel de botanique expérimentale à Marcel Gotlib. On y apprend notamment que Gotlib a été nommé à la tête du Metropolitan Opera de New York, où il a créé notamment les opéras Gault et Millau au Far West et surtout The Law of gravitation, monumentale saga retraçant la vie prodigieuse d’Isaac NEWTON.

Là aussi, un texte rigoureusement indispensable pour tout amateur de Gotlib.

Enfin, dans une autre étude intitulée De la Beauce à Notre Dame de Chartres, l’auteur nous révèle toutes les approches que l’on peut avoir de la cathédrale de Chartres, paléogothique, archéozélandaise, non euclidienne… subaquatique… (cf. DEBUSSY), nous annonçant ainsi La cathédrale engloutie de Debussy.

Debussy Cathédrale engloutieCliquez sur l’image

Source : Georges PEREC, Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, éditions du Seuil, 1991.

Et pour retrouver d’autres articles sur Georges PEREC :

La Disparition

La Vie mode d’emploi

Je me souviens.