littérature, Oulipo, Poésie

LA MUSIQUE, de Charles BAUDELAIRE (2 – DEBUSSY)

Après avoir wagnerisé le poème La musique, de BAUDELAIRE, je vous propose une autre version de ce poème traité à la sauce OuLiPo.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui donc, en voici une version debussysée.

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,

Debussy Nuit d'étoiles (Véronique Gens)Cliquez sur l’image


Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

Debussy Préludes VoilesCliquez sur Arthur-Benoît Michel-Ange

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Debussy Nocturnes NuagesCliquez sur l’image

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Debussy Préludes Ce qu' vu le vent d'ouestCliquez sur le champion du monde de piano toutes catégories

Sur l’immense gouffre

Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Debussy La Mer BernsteinCliquez sur l’image

Citations musicales :

ma pâle étoile : Nuit d’étoiles, cette mélodie est la première œuvre éditée de Claude-Achille !

La voile : « Voiles », deuxième morceau du premier livre des Préludes.

la nuit me voile : Premier mouvement des Nocturnes : « Nuages ».

Le bon vent, la tempête et ses convulsions : « Ce qu’a vu le vent d’ouest », septième morceau du premier livre des Préludes.

Calme plat, grand miroir : DEBUSSY, premier mouvement du poème symphonique la Mer, « De l’aube à midi sur la mer ».

Compositeurs, Jazz, littérature, Mythologie

Igor STRAVINSKY (1882 – 1971)

Il y a 50 ans ce 6 avril 2021 disparaissait Igor STRAVINSKY, une des figures majeures de la musique du XXe siècle.

Je dois avouer que quand j’ai commencé mon travail sur l’opéra, le nom de STRAVINSKY ne s’est pas spontanément imposé à moi. Et pourtant, ses compositions dans le domaine des histoires racontées en musique sont importantes.

Compositeur né en Russie, élève de RIMSKI-KORSAKOV, il vient à Paris en 1910 où il se fait très vite reconnaître par ses musiques écrites pour les ballets russes de DIAGHILEV. Dès 1910, c’est l’Oiseau de feu,

Stravinsky l'Oiseau de feuCliquez sur la danse infernale du roi Katscheï

suivi en 1911 par Petrouchka, et surtout en 1913 le Sacre du Printemps, qui provoque un énorme scandale lors de sa création au Théâtre des Champs-Élysées tout récemment inauguré.

Stravinsky le Sacre du prinyemps (Béjart)Cliquez sur le ballet

Contemporain de ces ballets qui sont peut-être les œuvres les plus connues de Stravinsky, il écrit un conte lyrique, Le Rossignol (1908 – 1914).

Outre ces trois classiques, Stravinsky a eu par ailleurs dès 1910 un projet de ballet avec COCTEAU, David, ballet qui deviendra finalement Parade, avec une musique de SATIE.

Après ses « années de jeunesse » où le bouillant Stravinsky a révolutionné la manière d’aborder les rythmes, le compositeur prend un virage pour revenir à des musiques qualifiées de néo-classiques. C’est ainsi que pour Pulcinella (1920), il s’inspire d’un thème de PERGOLÈSE (1710 – 1736.)

Stravinsky PulcinellaCliquez sur l’image

Après la révolution russe de 1917, il vit en France et en Suisse, et il écrit l’Histoire du soldat (1918) d’après RAMUZ, les Noces (1917 – 1923), un opéra-bouffe : Mavra (1922) d’après POUCHKINE, Oedipus Rex (1927) d’après SOPHOCLE et sur un livret de Cocteau, et Perséphone (1934) sur un livret de GIDE.

Pour les chœurs, il écrit la majestueuse Symphonie de Psaumes (1929 – 1930).

Stravinsky Symphonie de PsaumesCliquez sur l’orchestre

En 1940, il émigre aux États-Unis comme beaucoup de compositeurs européens, et il prendra d’ailleurs la nationalité américaine. En musique symphonique, il écrit la délicieuse Symphonie en trois mouvements (1945).

Stravinsly Symphonie en trois mouvementsCliquez sur le first movement

Cette même année, il écrit pour le clarinettiste de jazz Woody HERMAN le Concerto pour clarinette « Ebony concerto ».

Stravinsky Ebony concertoCliquez sur le chef d’orchestre et le clarinettiste

Sa période néoclassique s’achève vers 1950, après The Rake’s Progress (1948) sur un livret de W.H.AUDEN, un des librettistes de BRITTEN.

Stravinsky The Rake's ProgressCliquez sur Tom Rakewell et Ann Trulove

Il commence alors sa troisième période, plus formelle, où il se rapproche d’un sérialisme à la WEBERN.

Stravinsky meurt le 6  avril 1971 à New York.

Le MET s'invite chez vous, littérature

LE MET INVITE LES CHEFS-D’ŒUVRE LITTÉRAIRES CHEZ VOUS – Semaine du 5 au 11 avril.


Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 5 au 11 avril 2021.

Cette semaine, le MET met en scène des adaptations à l’opéra des grands drames littéraires.

Pour aller sur le site du MET, c’est ici : https://www.metopera.org/

(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)

De DANTE à SHAKESPEARE ou GOGOL, des siècles de dramaturges ont vu leurs œuvres adaptées à l’opéra. Cette semaine vous présente une extraordinaire galerie d’opéras inspirés par les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature.

Lundi 5 avril GOUNOD Faust d’après GOETHE.

Gounod Faust METCliquez sur Faust et Méphisto

Mardi 6 avril VERDI Rigoletto d’après Victor HUGO.

Verdi Rigoletto Addio addio (MET 1981)Cliquez sur l’image

Mercredi 7 avril TCHAÏKOVSKI Eugene Onegin (Eugène Onéguine) d’après POUCHKINE.

Tchaïkovski eugène Onéguine (MET 2017)Cliquez sur Tatiana

Jeudi 8 avril ZANDONAI Francesca da Rimini d’après DANTE.

Zandonai Francesca da Rimini final (MET 1984)Cliquez sur l’image

VENDREDI 9 avril CHOSTAKOVITCH The Nose (Le Nez) d’après GOGOL.

Chostakovitch The Nose (MET)Cliquez sur l’image

Samedi 10 avril Gounod Roméo et Juliette d’après SHAKESPEARE.

Gounod Roméo et Juliette Trailer (MET)Cliquez sur Juliette et Roméo

Dimanche 11 avril Verdi Luisa Miller d’après SCHILLER.


Verdi Luisa Miller METCliquez sur Rodolfo et Luisa

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, See you a next ouike pour des « Il était une fois« .

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

RENOUVEAU, de MALLARMÉ

Après Apparition de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, lisons « Renouveau », un poème de jeunesse (1866) écrit alors qu’après un hiver fécond (celui où il a commencé à travailler à Hérodiade), Mallarmé s’était trouvé en panne d’inspiration poétique.

Le printemps maladif a chassé tristement

l’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,

Berlioz la Damnation de Faust le vieil hiverCliquez sur l’image

Et dans mon être à qui le sang morne préside

L’impuissance s’étire en un long baillement

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne

Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,

Berlioz la Damnation de Faust Merci, doux crépusculeCliquez sur l’image

Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,

Par les champs où la sève immense se pavane

Fauré Après un rève (Devieilhe)Cliquez sur l’image

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,

Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,

Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

Thomas Hamlet le chant des fossoyeursCliquez sur l’image

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…

Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil

De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Messiaen Saint-François d'Assise le prêche aux oiseauxCliquez sur la volière

Citations musicales :

Le printemps maladif : BERLIOZ La Damnation de Faust, « Le vieil hiver a fait place au printemps ».

Des crépuscules : Berlioz La Damnation de Faust, « Voici qu’au crépuscule ».

J’erre après un rêve : FAURÉ « Après un rêve » (mélodie).

Creusant de ma face un fosse : Thomas, Hamlet, « chant des fossoyeurs »

Oiseaux en fleur gazouillant au soleil : MESSIAEN Saint-François d’Assise « le prêche aux oiseaux ».

littérature

BÉATRIX, de BALZAC (1839)

L’idée d’écrire le roman Béatrix est venue à BALZAC lors d’un séjour à Nohant, chez George SAND, séjour au cours duquel il a rencontré le couple formé par Franz LISZT et Marie d’AGOULT. À son retour à Paris, il a mis ce roman en chantier, dans lequel il s’inspire, très librement, de la liaison entre Liszt et Marie D’Agoult.

Béatrix est paru en 1839 et fait partie, dans la Comédie Humaine, des « Études de mœurs – Scènes de la vie privée ». Se passant dans un monde musical et mondain, on y retrouve les stars de l’époque, ROSSINI et DONIZETTI pour l’opéra, mais aussi Liszt et PAGANINI comme virtuoses.

La première partie se passe à Guérande chez les du Guénic, une famille de la vieille noblesse bretonne. Calyste, le jeune homme de la famille, est attiré par Camille Maupin (personnage inspiré de George Sand, ce qui nous vaut une très belle description de cette dernière), ce que sa famille voit avec effroi. Calyste a un rival, car Camille a un amant, l’écrivain Claude Vignon.

On apprend que Camille a eu autrefois une liaison avec Conti, un musicien (Franz Liszt), pour lequel elle a écrit deux livrets d’opéras. Justement, la marquise Béatrix de Rochefide (Marie d’Agoult) arrive au château de Camille avec Conti, qui est devenu son amant. Camille favorise la relation entre Calyste et Béatrix, avec qui il vit un grand amour. Mais Conti lui arrache Béatrix et prend la fuite avec elle.

La deuxième partie se passe à Paris. Camille a arrangé un mariage entre Calyste et une jeune noble, Sabine de Grandlieu, avant de se retirer au couvent (George Sand au couvent, ça, c’est du roman !) Tout serait pour le mieux pour le jeune couple si Béatrix, abandonnée par Conti, ne décidait de récupérer Calyste en exerçant ses charmes sur lui.

Dans Béatrix, Balzac nous livre de très beaux portraits de femmes, ainsi qu’une description de la vie mondaine à Paris dans les années 1830.

Dans la partie consacrée à la description de Camille Maupin, le nom de plume de Félicité Destouches, on apprend (page 690) qu’elle a fait venir à Nantes le pianiste STEIBELT pour apprendre le piano, et qu’elle jouait couramment les sonates de BEETHOVEN (page 691).

Steibelt Andante CantabileCliquez sur l’Andante Cantabile de Steibelt

La rencontre de Camille et Calyste se fait alors que Camille est en train de chanter la cavatine « Grâce pour toi, grâce pour moi » de Robert le Diable, de MEYERBEER et le « Restez » du Guillaume Tell de Rossini (pages 708 et 709.)

Meyerbeer Robert le diable Robert, toi que j'aimeCliquez sur l’image

Un peu plus loin, Balzac nous dresse un portrait de son héros Conti (Page 717) : Conti a beaucoup d’esprit, il a du talent comme compositeur… Sans Meyerbeer et Rossini, peut-être eût-il passé pour un homme de génie. Il est en musique vocale ce qu’est Paganini sur un violon, Liszt sur le piano.

Paganini Liszt La CampanellaCliquez sur la pianiste

Lors de la première rencontre de Béatrix et Calyste, elle chante en duo avec Conti « Dunque il mio bene tu mia sarai », le dernier duo du Roméo et Juliette de ZINGARELLI, et Balzac cite le passage « Di tanti palpiti », du Tancrède de Rossini. (page 746)

Zingarelli Giulietta e RomeoCliquez sur l’image

Pages 825 – 826 : Conti est amoureux de Mlle FALCON, de l’opéra (Balzac avait pu l’entendre dans les Huguenots et dans la Juive.) Puis Conti chante « Pria che spuniti l’aurora », « le plus grand chef-d’œuvre musical qui existe pour les exécutants », extrait du Matrimonio segreto de CIMAROSA.

Cimarosa Il matrimonio Segreto Pria che spunti in ciel l'auroraCliquez sur l’image

Page 883, Sabine craque (de jalousie) en entendant Rubini chanter l’air « Il mio cor si divide » d’Otello.

Rossini Otello Ah vieni neltuo sangueCliquez sur la « battle » de ténors

Page 921 : C’est à un dîner chez Mme Schontz que Paganini déclara n’avoir jamais fait pareille chère chez aucun souverain, ni bu de tels vins chez aucun prince, ni entendu conversation si spirituelle, ni vu de luxe si coquet.

Page 922 : Sois tranquille, dans dix minutes, il te chantera l’air d’Isabelle dans Robert le Diable « Je suis à tes genoux ».

Meyerbeer Robert le diable Robert, toi que j'aime je suis à tes genouxCliquez sur Isabelle

Page 929 : À une représentation de la Lucia qui finit, comme on sait, par un des plus beaux triomphes de Rubini. C’est lors de cette représntation que la trame ourdie pour séparer Calyste de Béatrix se noue.

Donizetti Lucia di Lammermoor cavatine finaleCliquez sur l’image

(Source : Honoré de Balzac, La Comédie humaine, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, pages 599 à 941)

littérature, Mes opéras préférés, Mythologie, Théâtre

ELEKTRA, de STRAUSS (1907 – 1908)

Premier des opéras de Richard STRAUSS sur un livret de Hugo von HOFFMANNSTAHL, Elektra a été composé en 1908, d’après la tragédie de SOPHOCLE, et créé à Dresde en 1909. C’est, aussitôt après Salomé (créé en 1905), le deuxième opéra mettant en scène une femme quasi hystérique, et la danse finale d’Elektra n’est pas sans rappeler la « danse des sept voiles » de Salomé. Le rôle-titre est souvent considéré comme un des plus éprouvants (pour la chanteuse) du répertoire, dans son post-wagnérisme outrancier.

Cette œuvre ne comporte qu’un acte.

Le pitch : Après le meurtre d’Agamemnon par sa femme Clytemnestre, Électre, sa fille, n’aspire qu’à la vengeance de la mort de son père. Au retour de son frère Oreste, elle pousse celui-ci à accomplir leur vengeance commune.

Argument : Dans son palais à Mycènes, les servantes commentent l’attitude d’Électre, enfermée dans sa solitude.

Strauss Elektra AlleinCliquez sur Électre

Chrysothémis, la sœur d’Électre, vient la prévenir que Clytemnestre et son amant Egisthe veulent la jeter au cachot. Elle lui demande de renoncer à sa vengeance et de reprendre une vie normale. Électre s’enfuit comme arrive la reine.

Clytemnestre paraît, hantée par son crime qui l’empêche de dormir. Elle demande à sa fille comment elle pourrait retrouver le sommeil. Électre lui suggère un sacrifice, le sien propre, tuée de la main d’Oreste, son fils. Emportée par son désir de vengeance, Électre va jusqu’à lui annoncer sa mort, tuée par la hache même qui a servi à assassiner Agamemnon.

Strauss Elektra ClytemnestreCliquez sur Électre et Clytemnestre

Une servante les interrompt pour glisser un mot à l’oreille de Clytemnestre. Celle-ci éclate d’un mauvais rire, et entre dans le palais, laissant Électre dans l’expectative.

Clytemnestre ressort du palais, annonçant la mort d’Oreste. D’abord incrédule, Électre décide d’accomplir elle-même sa vengeance avec l’aide de sa sœur. Mais, Chrysothémis refusant un tel acte, elle se rend compte qu’elle devra le faire seule.

Un étranger arrive, qui cherche à parler Clytemnestre. Électre lui dit qui elle est. L’étranger lui révèle alors qu’Oreste n’est pas mort.

Des serviteurs, qui ont reconnu l’étranger, se jettent à ses pieds. Électre reconnaît alors son frère Oreste.

Strauss Elektra OresteCliquez sur Oreste

Leurs retrouvailles, sur fond de désir de venger leur père, sont interrompues par le précepteur d’Oreste, qui vient lui dire qu’il est l’heure. Il entre alors au palais, laissant seul Électre. On entend à l’intérieur un cri de Clytemnestre. Électre incite Oreste à frapper encore.

Egisthe arrive à son tour. Comme il entre dans le palais, il est frappé à son tour par Oreste. Chrysothémis sort du palais et raconte à Électre le double meurtre qui vient d’avoir lieu, mais Électre, vengée, n’est déjà plus là, elle danse jusqu’à ce qu’elle tombe morte au sol.

Oreste quitte le palais, seul et en silence.

Strauss Elektra FinalCliquez sur Électre

(Source principale : les notes de Patrice CHÉREAU pour sa mise en scène du festival d’Aix en 2013 [et le DVD de ce spectacle].)

Agenda Ironique, Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Théâtre

LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de mars 2021, hébergé par Joséphine LANESEM sur son blog « Nervures et entailles« . Le thème en est : « Nous sommes le courage l’une de l’autre« . Quelques règles stylistiques : une ou plusieurs amphores anaphores, et quelques chiasmes; et glisser « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie » serait bien vu ».

Les Mamelles de Tirésias est un drame surréaliste de Guillaume APOLLINAIRE qui date de ses jeunes années (en 1903, Guillaume avait 23 ans) et achevé en 1916. La première représentation a eu lieu en 1917, et c’est pour cette œuvre qu’il a inventé le mot surréaliste, terme qui sera emprunté plus tard par André BRETON et sa bande.

Dans le domaine de la musique, on connaît (ou pas) l’adaptation musicale faite par Francis POULENC, mais on ignore assez généralement que la création de 1917 s’est faite avec une musique de scène de Germaine ALBERT-BIROT. Germaine Albert-Birot (1877 – 1931), née Germaine Reynaud d’Arc de Surville, fait partie de ces compositrices totalement méconnues, que l’on confond souvent avec son mari. Elle semble n’exister sur le net que dans les articles consacrés à Pierre Albert-Birot, et ne figure pas (encore) dans CLARA, le répertoire des compositrices.

Albert-Birot les Mamelles de Tirésias

Le pitch : Thérèse, refusant le rôle de procréatrice que lui assignent les hommes, se métamorphose en homme et prend le nom de Tirésias (du nom de Tirésias, dont Ovide nous relate les aventures dans le livre 3 de ses Métamorphoses [cf. ci-dessous]). Dès lors, c’est un homme, le mari de Thérèse/Tirésias, qui portera les enfants. On assiste donc à un entrelacement femme/homme – homme/femme, où les maris/femmes femmes/maris ne sont pas le courage l’une de l’autre (sauf à la fin 😉).

(On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir.)

Ce thème « Faites des enfants » qui revient tout au long de la pièce est une véritable anaphore, puisqu’on pourrait la résumer ainsi, du prologue : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère », au final : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère, cher public faites des enfants ».

Francis Poulenc a assisté à la création de 1917, et est resté très fidèle à la pièce dans son adaptation. L’idée de prendre les Mamelles de Tirésias comme sujet de son premier opéra lui vient dès 1938. Il achève sa partition en 1945, mais l’œuvre ne sera créée qu’en 1947, le temps pour Poulenc de trouver la chanteuse idéale (Denise DUVAL). Les Mamelles de Poulenc étaient une de ses œuvres favorites.


Prologue : Le directeur du théâtre annonce le sujet de l’opéra : le problème de la dépopulation. « Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère. »

Poulenc Les Mamelles de Tirésias PrologueCliquez sur le prologue

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Pardonnez moi cher publicCliquez sur le prologue et le début du 1er acte

Acte I : L’action se passe dans un Zanzibar d’opérette. Thérèse, une féministe, refuse le rôle de procréatrice que veulent lui imposer les hommes, et réclame de pouvoir être, soldat, artiste, députée, sénatrice, ministre, et même directrice de la chose publique (en latin, la Res Publica).

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Non monsieur mon mariCliquez sur Francis Poulenc et Denise Duval

Elle se transforme en homme en faisant exploser ses mamelles. À son mari qui arrive, elle annonce qu’elle n’est plus sa femme et qu’elle a masculinisé son nom en Tirésias. Le Mari apparaît « habillé en femme et les mains ligotées. » Il se fait courtiser par le Gendarme à qui il/elle plaît bien. Dès lors, il ôte ses vêtements de femme et annonce que puisque la femme ne veut plus faire d’enfants, il les fera tout seul !

Entr’acte : Les choristes : « Voyez l’impondérable ardeur naître du changement de sexes », alors qu’un chœur de nouveau-nés se fait entendre à l’orchestre.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias EntracteCliquez sur l’entracte

Acte II : Le même jour, au même endroit. La scène est encombrée de berceaux et le Mari est fier de sa nombreuse progéniture (40049 enfants). Un Journaliste parisien vient l’interviewer pour connaître son secret, mais il se fait chasser. Le Mari veut faire d’un des fils un journaliste, mais vite celui-ci veut le faire chanter pour avoir un peu d’argent de poche.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

Le Gendarme survient et lui reproche d’affamer la population de Zanzibar avec ses 40049 enfants. Le Mari conseille alors d’acheter des cartes de rationnement chez la Cartomancienne. Celle-ci arrive et glorifie la procréation, la véritable source de richesses. Le Gendarme veut l’arrêter, mais elle l’étrangle. Le Mari reconnaît sa femme Thérèse sous les voiles de la Cartomancienne et ils retombent amoureux l’un de l’autre, tandis que le Gendarme ressuscite.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias FinalCliquez sur le final

Retrouvez ma participation à l’A.I. d’avril ici : Cause toujours, tu m’intéresses.

Écrivains, littérature, Mythologie, Théâtre

SOPHOCLE (- 495, – 406)

Il y a quelque 2500 ans, un trio d’auteurs grecs, SOPHOCLE, EURIPIDE et ESCHYLE, fixait les grands mythes grecs et jetait les bases de la tragédie, creuset de notre culture. La force de ces archétypes est telle qu’ils inspirent toujours les auteurs, comme nous allons le voir.

Sophocle a écrit plus de cent pièces, mais seules huit d’entre elles nous sont parvenues.

Trois d’entre elles font partie de la mythologie associée à la ville de Thèbes (Antigone, Œdipe roi et Œdipe à Colone) et trois autres à la guerre de Troyes (Ajax, Électre, Philoctète).

Antigone (- 441) est certainement la pièce de Sophocle la plus connue de nos jours. Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste (Jocaste étant elle-même la mère d’Œdipe se trouve donc être à la fois la mère et la grand-mère d’Antigone). Elle est aussi la sœur d’Étéocle, Polynice et Ismène. À la mort d’Œdipe, les deux frères Étéocle et Polynice se disputent le trône laissé par leur père, et meurent dans un combat fratricide. Leur oncle Créon ordonne que le corps d’Étéocle ne soit pas enseveli comme le voudrait la loi divine, ce qu’Antigone refuse. Elle se fait surprendre alors qu’elle enterre le corps de son frère, et est condamnée à être emmurée vivante. Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone intervient auprès de son oncle qui se laisse fléchir et gracie Antigone, mais trop tard, Antigone s’est pendue dans la grotte où elle devait être emmurée.

Cette pièce a inspiré de très nombreux artistes, notamment COCTEAU et Anouilh au XXe siècle et a inspiré moult opéras.

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

Dans Œdipe roi, l’action se passe à Thèbes ravagée par la peste. Œdipe, devenu roi, cherche à savoir d’où vient la malédiction qui frappe et sa famille, et Thèbes. Il demande au devin Tirésias, qui refuse de répondre. Devant la colère d’Œdipe, il finit par lui révéler qu’il est à la fois le meurtrier de son père et l’époux de sa mère. Devant cette horrible découverte, il se crève les yeux, et demande à partir en exil, après avoir confié ses filles, Antigone et Ismène, à Créon.

Une adaptation à l’opéra de cette tragédie est Œdipus Rex, de STRAVINKY, sur un livret de Jean Cocteau.

Stravinsky Oedipus rexCliquez sur la toile de Max Ernst

Le troisième volet de la trilogie thébaine est Œdipe à Colone. Après s’être crevé les yeux et avoir quitté Thèbes, Œdipe se trouve à Colone, une ville proche d’Athènes. Seules ses filles le soutiennent tandis qu’il cherche à se disculper. Créon, averti par les dieux que la victoire sera à ceux qui seront avec lui veut le ramener à Thèbes, aidé de ses fils Étéocle et Polynice. Aidé par Thésée, le roi d’Athènes, il se retire dans une cachette où il disparaît, après avoir promis sa protection à Athènes.

Le texte a inspiré plusieurs œuvres, dont un opéra d’Antonio Sacchini datant de 1786 (Œdipe à Colone), ainsi qu’une pièce chorale de Iannis Xenakis, À Colone (1977). Le compositeur roumain ENESCO (1881 – 1955) a écrit au début du XXe siècle un Œdipe reprenant les deux pièces de Sophocle.

Enescu œdipeCliquez sur l’image

Dans Les Trachiniennes, Sophocle nous raconte la mort d’Héraclès, tué par sa femme Déjanire qui, jalouse, a enduit la tunique de Nessus (un centaure vaincu par Héraclès dans ses douze travaux) du sang de l’hydre de Lerne (un autre monstre tué par Héraclès), pour le rendre fidèle. Malheureusement, c’est en revêtant cette tunique empoisonnée que le héros trouve la mort. Déjanire se tuera quand elle comprendra son erreur.

Cette légende de Déjanire a été portée à l’opéra par Camille SAINT-SAËNS en 1898 aux arènes de Béziers. (Attention, rareté !)

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

La trilogie liée à la guerre de Troie commence avec Ajax (- 445). Ajax veut se venger des Atrides, mais Athéna trouble sa raison, et dans un accès de folie, il massacre du bétail. Revenu à lui, et se rendant compte du ridicule auquel il s’est soumis, il se suicide. Ulysse réussit toutefois à persuader Agamemnon de sa vaillance et lui obtient une sépulture digne.

Vient ensuite Électre (- 415). À Mycènes, Électre attend le retour de son frère Oreste. Quand elle apprend la mort de celui-ci, elle envisage de tuer elle-même Clytemnestre qui avait tué son mari Agamemnon (le père d’Électre). Quand finalement Oreste revient, elle l’exhorte à assassiner leur mère Clytemnestre et son amant Egisthe.

Parmi les nombreuses adaptations de ce drame, on peut noter l’Elektra de Richard STRAUSS.

Strauss ElektraCliquez sur Elektra

Vient ensuite Philoctète (- 409). Philoctète est ce héros qui a allumé le bûcher d’Héraclès pour mettre fin à ses souffrances, empoisonné par la tunique de Nessus que sa femme Déjanire lui avait envoyée pour le rendre fidèle. En récompense, Hercule lui légua ses flèches magiques trempées dans le sang de l’hydre de Lerne. Mordu par un serpent, Ulysse le laissa seul sur une île. Le jeune Néoptolème, fils d’Achille, est envoyé par Ulysse pour le ramener à Troie, lui et ses précieuses flèches. Mais le jeune homme ne peut se résoudre à tromper Philoctète, et lui révèle les desseins d’Ulysse. Dès lors Philoctète veut reprendre son arc pour tuer ce dernier. Il faut une apparition d’Héraclès pour le convaincre d’aller à Troie, où il sera guéri. Dès lors, c’est avec une de ses flèches qu’il tuera Pâris, mettant ainsi fin à la guerre de Troie.

Le personnage de Philoctète apparaît dans le Déjanire (1898) de Camille SAINT-SAËNS (cf. cidsus)

Il y a encore une œuvre de Sophocle, les Limiers, dont on a retrouvé des fragments au début du XXe siècle. Le sujet traite du vol des troupeaux d’Apollon par Hermès, tout juste né. À la fin, Apollon et Hermès se réconcilient grâce à la lyre de ce dernier.

Cette pièce a inspiré Albert ROUSSEL (1869 – 1937) avec son conte lyrique La Naissance de la lyre, créé en 1925.

Roussel La Naissance de la lyreCliquez sur l’enregistrement historique (1930)

(Source principale : Dictionnaire des personnages, Bouquins Laffont, 1999)

littérature, Oulipo, Poésie

À UNE DAME CRÉOLE, de BAUDELAIRE

Après La Musique de Charles BAUDELAIRE, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici dans les poèmes de cet auteur.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales que m’inspirent ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc À une dame créole, écrit pour sa maîtresse Jeanne DUVAL.

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Bizet les Pêcheurs de Perles Je crois entendre encore (Alagna)Cliquez sur le ténor

 

Son teint est pâle et chaud; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Rameau Hippolyte et Aricie Que tout soit heureux sous les lois (Diane)Cliquez sur l’image

 

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,

Lully Alceste PrologueCliquez sur Loulou XIV, le Héros de la nymphe de la Seine

 

Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

 

Bizet Carmen ToréadorCliquez sur le toréador

Citations:

Et de palmiers : BIZET, les Pêcheurs de perles, « Je crois entendre encore » (caché sous les palmiers)

comme une chasseresse : RAMEAU, Hippolyte et Aricie. À la fin de cet opéra, Diane la chasseresse se réjouit de ce que tout se termine bien (Que tout heureux sous les lois…)

la Seine : LULLY, Alceste, dans le prologue de cet opéra, la nymphe de la Seine déclare à Louis XIV qu’il est son héros !

grands yeux noirs : Bizet, Carmen, dans l’air Toréador, un œil noir le regarde.

Et en bonus pour ces yeux noirs, une petite surprise :

Point d'interrogationCliquez sur le point d’interrogation pour accéder au bonus surprise

littérature, Mes opéras préférés

LE DIALOGUE DES CARMÉLITES, de POULENC (1953 – 1955)

Opéra mystique

Dialogue des Carmélites

Bernanos – Poulenc

Le Dialogue des Carmélites a été écrit par Georges BERNANOS en 1948 pour servir de scénario à un film, d’après une pièce écrite entre les deux guerres par une Allemande, le film ne se fera finalement pas. Bernanos meurt peu de temps après, et le manuscrit reste dans ses papiers. Retrouvé après sa mort, il est adapté pour le théâtre, et créé en Allemagne en 1951. C’est en 1953 que Francis POULENC a l’idée d’en tirer un opéra, qu’il compose de 1953 à 1955. L’œuvre est créée à la Scala de Milan début 1957, avant que d’être créée à Paris quelques mois plus tard.

Le pitch : Pendant la Révolution, une jeune fille de la noblesse s’engage au Carmel. Malgré sa crainte de la mort, elle rejoint ses consœurs à l’échafaud.

Poulenc Dialogue des Carmélites de muntCliquez sur l’image

Premier Tableau : À l’hôtel particulier de la famille de la Force, peu avant la Révolution française. Le fils de la famille, le Chevalier, demande à son père, le marquis de La Force, où est sa sœur Blanche. Le père lui annonce son intention de marier Blanche à un ami du Chevalier, Roger de Damas. Blanche entre à ce moment dans le salon, et dit la crainte quelle vient d’avoir en traversant la foule dans son carrosse, alors que la révolte commence à gronder. Elle sort d’une cérémonie religieuse chez les Sœurs de la Visitation. Elle se retire dans sa chambre. Entendant un cri, le Baron va voir ce qui se passe. Blanche lui annonce son intention d’entrer au Carmel.

Deuxième Tableau : Quelques semaines plus tard, au parloir du Carmel de Compiègne, la supérieure interroge Blanche sur ses motivations à entrer au couvent. Elle lui explique que la règle des religieuses est de prier pour les autres. Elle demande à Blanche si elle a choisi son nom de carmélite. Blanche répond : sœur Blanche de l’Agonie du Christ. Quelque temps plus tard, Blanche est reçue comme postulante. Elle discute avec sœur Constance à qui elle reproche de trouver la vie amusante. Sœur Constance lui révèle qu’elle a le pressentiment que leurs destins sont liés, et qu’elles mourront ensemble.

À l’infirmerie, Mère Marie et le médecin sont au chevet de la Prieure, qui se meurt. La prieure recommande Blanche à mère Marie, et lui dit qu’elle a choisi Blanche, à cause de son nom de carmélite qui est celui qu’elle-même avait choisi en entrant dans les ordres. Quand commencent les râles de l’agonie, Blanche, attirée par les cris, se dirige vers l’infirmerie. La prieure lui demande de s’approcher et lui réserve ses derniers mots, lui confiant sa peur de mourir. Plus tard, la Prieure morte, les religieuses doivent veiller le corps. À un moment, restée seule, Blanche s’enfuit. mère Marie, qui était à la porte, la gronde pour son manque de courage, avant de la consoler.

Troisième Tableau : Blanche et sœur Constance tressent une croix de fleurs pour la tombe de la Prieure. Elles parlent de leur conception de la mort.

Poulenc Dialogue des Carmélites Pensez à la mort de notre chère MèreCliquez sur Sœur Constance

La nouvelle Prieure a été nommée. Ce n’est pas mère Marie, mais sœur Marie de Saint-Augustin, une fille de fermiers qui s’exprime en proverbes et en citations, avec un gros bon sens populaire.

Poulenc Dialogue des Carmélites Mes chères fillesCliquez sur la nouvelle Prieure

Elle a reçu une lettre de son évêque, qui demande que les postulantes reçoivent le voile. Mère Marie pense que c’est trop tôt pour Blanche, mais la Prieure insiste pour que l’on obéisse à l’évêque. (Suit la scène, muette, de la prise de voile).

Poulenc Dialogue des Carmélites METCliquez sur l’image

Au parloir, un délégué de la municipalité et le notaire du couvent vont faire l’inventaire des biens de la communauté, qui doivent être remis à disposition de la Nation. Après cet inventaire, les sœurs discutent de leur avenir. On voit que les idées de la révolution ont pénétré au sein du Carmel, entre les filles de paysans, de bourgeois, et de la noblesse.

Le Chevalier vient chercher Blanche, pour la faire partir à l’étranger, sur ordre de leur père. Blanche refuse de quitter le Carmel.

Poulenc Dialogue des Carmélites Oh ne me quittez pasCliquez sur Blanche et le Chevalier

Des citoyens viennent fouiller le couvent, à la recherche d’or, ou de « jeunes filles séquestrées par leur famille ». Mère Marie tient tête au commissaire qui voudrait faire sortir Blanche du couvent.

Quatrième Tableau : La prieure lit devant l’assemblée le décret suspendant les vœux des sœurs. Blanche souhaite néanmoins prononcer ses vœux en secret, mais la Prieure refuse.

Les révolutionnaires entrent dans le couvent et pillent les objets sacrés. La prieure convoque Blanche pour l’inciter à quitter le couvent, craignant que son manque de courage ne lui permette d’affronter la situation, mais Blanche refuse encore.

Le jour du Vendredi saint, l’aumônier arrive pour célébrer une messe clandestine, et annonce qu’il reviendra pour Pâques. Le jour de Pâques, l’aumônier ne vient pas. S’ensuit une discussion sur la peur et le courage. Mère Marie suggère que, pour compenser l’absence du prêtre, les sœurs donnent leur vie en martyre. La prieure déclare que c’est à chacune de se prononcer sur le martyre. Suit une discussion sur l’attitude que chacune imagine tenir face à ce martyre à venir. Seule Blanche, effrayée et en retrait, ne participe pas. Au-dehors, on entend le bruit des trompettes et des canons. L’aumônier, en fuite, entre, les bénit, et franchit le mur pour se cacher. La foule entre, et on lit le décret d’expulsion qui frappe les religieux et les religieuses, leurs biens devant être mises en vente au profit de la Nation.

Mère Marie demande aux sœurs de se prononcer par vote sur l’adoption du martyre. On craint que seule Blanche ne vote contre. Finalement, seule sœur Constance a voté contre, pour ne pas abandonner Blanche, mais elle change finalement son vote pour qu’il y ait unanimité. Blanche s’enfuit.

Cinquième tableau : À l’Hôtel de la Force arrive un sans-culotte. C’est l’ancien cocher qui vient prévenir Blanche que son père a été arrêté et qu’il faut aller le délivrer.

À la Conciergerie, les révolutionnaires surveillent les nobles enfermés. On appelle le Marquis de la Force. Le cocher est venu avec Blanche expliquer comment les révolutionnaires ont libéré Blanche du couvent où son père l’avait fait enfermer. Blanche remercie ses libérateurs. Blanche et son père sont relâchés par le tribunal.

Retour chez les religieuses, qui ont également été « libérées » par les révolutionnaires, rendues à la vie civile. L’aumônier informe la Prieure et mère Marie que le marquis de la Force a été guillotiné. Mère Marie décide d’aller chercher Blanche pour la reconduire à Compiègne.

À l’Hôtel de la Force, mère Marie et Blanche ont une conversation sur la peur et sur le mépris de soi-même. On vient chercher Blanche pour faire les courses. À son retour, elle croise dans la rue des révolutionnaires portant une tête sur une pique. Elle se réfugie derrière une porte cochère avec d’autres passants. Une vieille dame qui est là lui apprend qu’à Compiègne, ils ont arrêté les religieuses du Carmel. Tremblante, Blanche va retrouver mère Marie pour lui donner la nouvelle. Celle-ci dit qu’il faut aller les rejoindre, mais Blanche s’enfuit à nouveau.

À la prison, les sœurs sont rassemblées. Elles discutent de l’attitude à tenir devant le  tribunal. La prieure dit qu’elle les représentera toutes. Quelqu’un évoque le cas de Blanche, et sœur Constance dit qu’elle est persuadée que celle-ci reviendra, à cause de son pressentiment.

Le tribunal les a toutes condamnées, y compris mère Marie par contumace. Les sœurs s’avancent une à une vers l’échafaud, chantant le « Salve Regina » puis le « Veni Creator ». Au fur et à mesure qu’on entend le couperet tomber, le chant se fait plus ténu. Quand il n’en reste plus qu’une, une nouvelle voix se fait entendre, et on voit Blanche s’avancer vers l’échafaud. Soudain, sa voix se tait, comme l’ont fait les autres.

Poulenc Dialogue des Carmélites Salve ReginaCliquez sur l’image