Compositrices

JOCY DE OLIVEIRA (née en 1936)

Jocy de Oliveira est née le 11 avril 1936 à Curitiba, au Brésil.

Jocy débute ses études musicales à Sao Paulo, avant de venir à Paris, où elle travaille avec la pianiste Marguerite Long. Elle part ensuite à Saint-Louis, aux États-Unis, où elle obtient son diplôme de compositrice.

Elle se marie avec le chef d’orchestre brésilien Eleazar de Carvalho, avec qui elle créera plusieurs de ses compositions.

Jocy de Oliveira entretient une longue relation musicale avec Igor Stravinsky, et note dans son journal tous les moments qu’elle a pu passer avec lui. En 2010, elle crée le spectacle Revisita do Stravinsky.

Partageant sa vie entre le Brésil et les États-Unis, elle rencontre John Cage à Tanglewood (une ville à une centaine de kilomètres de Boston, où se tient en été un festival de musique). John Cage lui apprend que « il n’y a pas de division entre la vie et l’art ». Sous son influence, elle se lance dans la musique conceptuelle, et trouve même que le concept est plus important que le résultat musical (c’est assez oulipien, comme démarche). Elle compose ainsi Nocturno do um piano, une installation avec vidéo et arrangements électroacoustiques dans laquelle elle jette un piano à la mer, avec une pianiste enchaînée au piano, pianiste qui joue pendant six heures, tout en étant filmée et enregistrée.

Cliquez sur le piano à la mer

Un autre compositeur avec lequel Jocy de Oliveira a travaillé est Luciano Berio. Elle crée ainsi Berio sem Censura), spectacle avec Cathy Berberian, et des musiques de Berio et Jocy de Oliveira.

En 1961, elle crée Apague meu spotlight, la première pièce de musique électronique jouée au Brésil.

Cliquez sur Apague meu spotlight

Jocy de Oliveira est extrêmement célèbre au Brésil, où ses neuf opéras spectacles ont connu un grand succès. Parmi eux, on peut noter une trilogie sur la question des femmes, dont l’opéra la Malibran où elle s’interroge sur le rôle des femmes à l’époque de la Malibran et sur les conditions de vie des divas. Sur ce même thème, Jocy a également écrit Who cares if she cries (2007) (qu’importe si elle pleure) et A Prostituta sagrada (la Prostituée sacrée) pour lequel elle se rend en Inde.

Cliquez sur Who cares if she cries
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Outre ses activités de pianiste, de compositrice et de vidéaste, Jocy de Oliveira a écrit quatre livres, dont celui où elle publie sa correspondance avec tous les grands créateurs qu’elle a connus, Berio, Cage, Stravinsky, Villa-Lobos, Messiaen : Dialogue avec mes lettres.

À propos de Messiaen, Jocy a joué la plupart de ses œuvres pour piano.

(Sources principales : un grand merci à Sophie Lacaze qui m’a fait découvrir Jocy de Oliveira, et m’a envoyé les liens vers les podcasts de France Musique qui m’ont servi pour écrire cet article.

Jocy de Oliveira, compositrice et pianiste (1/2) | France Musique et

Jocy de Oliveira, compositrice et pianiste (2/2) | France Musique

Et il y a aussi son site sur lequel on trouve pas mal d’informations : https://www.jocydeoliveira.com/

Compositrices, Grandes voix

CATHY BERBERIAN (1925-1983)

Cathy Berberian, cantatrice au répertoire aussi varié qu’original, naît le 4 juillet 1925 à Attleboro, aux États-Unis.

En 1949 Cathy Berberian profite d’une bourse pour approfondir ses études de chant à Milan.

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Au conservatoire de Milan, Cathy rencontre un étudiant en composition, Luciano Berio, avec qui elle se mariera. Luciano écrira pour elle Visage en 1961, pour voix et bande magnétique ou Sequenza III en 1966, où le couple explore toutes les possibilités de la voix humaine.

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Cathy Berberian n’aura donc de cesse d’approfondir la technique vocale, en accord avec les compositeurs d’avant-garde qu’elle fréquente, tels John Cage (Aria en 1958) ou Igor Stravinsky.

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Mais Cathy Berberian ne se limitait pas à la création d’œuvres contemporaines. Sa technique lui permettait de chanter des compositeurs plus classiques, comme Gershwin et son « Summertime », ou Saint-Saëns et sa Danse macabre.

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Cliquez sur la Danse macabre

En 1966, Cathy Berberian interprète, façon cantatrice, les Beatles, pour faire aimer cette musique aux parents de ceux qui les écoutaient.

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Elle est également l’autrice de Stripsody (1966), une rhapsodie mettant en musique différentes onomatopées, et ceci un an avant le Comic Strip de Serge Gainsbourg.

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Cathy Berberian décède le 6 mars 1983 à Rome, à l’âge de 57 ans.

Compositrices

AMY BEACH (1867-1944)

Amy Cheney est née le 5 septembre 1867 à Herriker, aux États-Unis.

À l’âge de six ans, elle reçoit ses premiers cours de piano de la part de sa mère. En 1875, sa famille déménage pour Boston, et Amy approfondit son piano. Elle prend également des cours de contrepoint et de composition. Elle écrit ses premières compositions en 1877, mais il faut attendre 1883 pour voir sa première œuvre publiée, la mélodie the Rainy Day.

C’est en 1883 également qu’elle fait ses débuts de pianiste concertiste, à Boston. En 1885, c’est avec le prestigieux Orchestre symphonique de Boston qu’elle donne le Concerto en fa mineur de Chopin.

En 1885, Amy épouse le docteur Beach et doit interrompre sa carrière de pianiste. Elle a quand même le droit de se consacrer à la composition (et de jouer dans deux concerts caritatifs par an). Elle signera ses œuvres Mrs H.H.H.A. Beach. Ne pouvant se perfectionner auprès de professionnels, elle complète sa formation de compositrice en autodidacte. Elle développe alors de grandes formes dont la Messe en mi bémol majeur (1890), créée en 1892, ou sa Symphonie gaélique (1896), la première symphonie composée et publiée par une Américaine. Elle écrit aussi des mélodies et de la musique de chambre.

Cliquez sur le Kyrie de la Grande messe
Cliquez sur la symphonie gaélique

En 1893, le succès de sa mélodie Ecstasy lui permet d’acheter un terrain à Cape Cod, dans le Massachusetts.

Cliquez sur Ecstasy

En 1900, Amy Beach crée elle-même son propre Concerto pour piano avec l’Orchestre symphonique de Boston.

Son mari meurt en 1910, et Amy Beach peut reprendre sa carrière de pianiste, avec notamment une grande tournée en Europe.

Au début de la Première Guerre mondiale, Amy retourne aux États-Unis, où elle partage son temps entre New York et sa propriété de Cape Cod.

En 1925, Amy Beach fonde la Society of American Women composers.

En 1932, elle compose un opéra : Cabildo.

Cliquez sur le duo d’amour de Cabildo

Amy Beach décède le 27 décembre 1944 à New York, à l’âge de 77 ans.

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Compositeurs

Luigi CHERUBINI (1760-1842)

Luigi CHERUBINI est né le 14 septembre 1760 à Florence.

Fils d’un musicien qui lui inculque les bases de la composition, il fait ses débuts à Florence en 1782 avec Armida abbandonata d’après le Tasse.

En 1785, c’est à Londres que l’on joue la finta Principessa avant Turin en 1788 avec Ifigenia in Aulide.

En 1785 déjà, on le trouvait à Paris où il rencontrait Marie-Antoinette, par l’intermédiaire du violoniste Viotti. Il y était membre de la Loge et Société Olympique, une société de concerts liée à la franc-maçonnerie, société dont le Chevalier de Saint-Georges était le chef d’orchestre.

Il écrit sa première composition pour l’Académie royale de musique (l’ancêtre de l’Opéra de Paris), Démophon, en 1788, œuvre qui ne rencontre pas un grand succès.

En 1789, Cherubini devient codirecteur du Théâtre de Monsieur (le frère du roi), théâtre pour lequel il écrit Lodoïska (1791), Élisa (1794), son chef-d’œuvre Médée (1797), L’Hôtellerie portugaise (1797) et Les Deux Journées (1800).

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En 1794, Luigi se marie avec Anne Cécile Tourette, la fille d’un contre-ténor. Ils auront trois enfants.

En 1796, il est nommé inspecteur au Conservatoire de Paris, qui venait tout juste d’être créé. En 1805, il y rencontre Auber auprès de qui il approfondit son métier pendant trois ans.

En 1797, Cherubini écrit sa Médée qui restera longtemps au répertoire.

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Sous l’empire, il disparaît un peu à cause d’une certaine hostilité de Napoléon qui ne l’appréciait pas, et ce n’est que sous la Restauration que sa carrière redémarre.

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En 1813, Étienne de Jouy écrit pour Cherubini les Abencérages.

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Au Conservatoire, Cherubini prend la classe de composition, avant d’en prendre la direction en 1822.

En 1827, avec l’appui de Cherubini, Meyerbeer entame une collaboration avec Eugène Scribe, un des plus fameux librettistes de son temps.

En 1833, Andersen voyage en Allemagne où il rencontre le compositeur Louis Spohr, avant de se rendre à Paris où il fait la connaissance de Cherubini et de Heine. 1833 est l’année où Cherubini écrit AliBaba.

Luigi Cherubini meurt à Paris le 15 mars 1842, à l’âge de 81 ans.

Outre sa trentaine d’opéras, Cherubini a également écrit de la musique de chambre des symphonies et deux Requiems.

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Compositrices

MADDALENA CASULANA (1544-1590)

Maddalena Casulana est née vers 1544, probablement à Casole ou à Vicence, près de Sienne en Toscane.

Compositrice, luthiste et chanteuse, elle est la deuxième compositrice à avoir été publiée. (La première étant Gracia Baptista, une religieuse espagnole de la même époque, dont une composition, Conditor Alme, a été publiée dans une anthologie de compositeurs ibériques où elle était la seule femme.)

Au début des années 1550, Maddalena se marie et a deux enfants. Elle se sépare de son mari, alchimiste, qu’elle accuse de gaspiller l’argent du ménage, puis part à Venise où elle cherche l’appui des Médicis.

En 1566, Maddalena écrit sa première composition, quatre madrigaux.

En 1568, c’est à Maddalena Casulana qu’on fait appel pour l’écriture d’un motet composé à l’occasion du mariage de Guillaume V de Bavière et de Marie de Lorraine. Ce motet, aujourd’hui perdu, sera dirigé par le très célèbre Roland de Lassus.

En 1568 également, elle fait paraître, sous son nom, un livre de madrigaux à quatre voix, Il primo libro di madrigali a quatro vocci, dédié à Isabelle de Médicis. Dans cette dédicace, elle fait remarquer à quel point les hommes font erreur quand ils s’attribuent l’usage exclusif du talent.

Je veux révéler au monde la vaine erreur des hommes, qui se croient maîtres des dons de l’intellect au point qu’il leur semble impossible de partager ces derniers avec les femmes.

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En 1570, elle fait paraître son Secundo libro di madrigali a qutro voci.

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À Venise, Maddalena Casulana se lie avec un comédien musicien, à qui elle enseigne le contrepoint. Sa réputation grandit en Europe et, en 1571, on la trouve à la cour de Maximilien II à Vienne, avant qu’elle ne se rende à la cour du roi de France en 1572.

En 1579, Maddalena se marie à un signor Mezari, dont on ignore à peu près tout. Maddalena signe dès lors « Maddalena Mezari detta Casaluna ».

En 1583, elle fait paraître son Primo libro di madrigali a cinque voci.

Cliquez sur le madrigal à cinq voix

Maddalena Casulana meurt vers 1590.

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(Source principale : le site « Présence compositrices » https://www.presencecompositrices.com/compositrice/casulana-maddalena/).

Compositrices

ELSA BARRAINE (1910-1999)

Elsa Barraine naît le 13 février 1910 à Paris. Son père, Matthieu Barraine, était violoncelliste solo dans l’orchestre de l’Opéra de Paris et sa mère chantait dans le chœur de la Société des concerts du conservatoire (l’ancêtre de l’Orchestre de Paris).

Elsa suit ses études musicales au Conservatoire supérieur de musique de Paris à l’âge de neuf ans. À dix-sept ans, elle entre dans la classe de composition de Paul Dukas, où elle a comme camarades Olivier Messian et Maurice Duruflé. Elle compose ce Premier prélude et fugue sur un chant israélite.

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En 1929, Elsa Barraine obtient le grand Prix de Rome avec sa cantate la Vierge guerrière, en hommage à Jeanne d’Arc. Elle compose également le poème symphonique Harald Harfagar. C’est de la villa Médicis, où elle séjourne de 1930 à 1933, qu’elle assiste à la montée du fascisme en Italie. Elle compose alors Pogromes d’après André Spires.

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En 1931, elle écrit l’opéra-comique le Roi bossu.

À son retour en France, Elsa Barraine est chef de chant à l’Orchestre national de la radiodiffusion française (l’ancêtre de l’Orchestre national de France).

En 1938, en réponse à une commande de l’État d’une pièce symphonique, Elsa Barraine écrit sa Symphonie n° 2, Voïna, ce qui signifie la guerre en russe. À la suite des accords de Munich, elle adhère au parti communiste.

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En 1940, son père, qui était juif, est renvoyé de l’orchestre de l’Opéra de Paris. En 1941, c’est au tour d’Elsa d’être exclue de toutes ses fonctions, et elle entre dans la Résistance. À la fin de l’année 1944, elle tient la rubrique musicale du journal l’Humanité.

De 1944 à 1946, Elsa Barraine est directrice de l’Orchestre national. Elle est aussi directrice pour la France de la maison de disques « le Chant du monde », une maison d’origine soviétique qui publiait des œuvres régionalistes ou ethnomusicographiques du monde entier.

En 1948, elle compose une cantate sur des poèmes de son ami Paul Éluard, Poésie ininterrompue.

En 1949, suite au congrès de Prague, elle fonde l’Association française des musiciens progressistes.

En 1952, Elsa Barraine retourne au Conservatoire de Paris, en tant que professeur de déchiffrage. Elle y a notamment comme élève Graciane Finzi. En 1969, Elsa succède à Olivier Messiaen pour la classe d’analyse musicale.

Intéressée par la culture chinoise, Elsa Barainne apprend le chinois et en 1971 écrit Musique rituelle, une œuvre inspirée par le Livre des morts tibétain.

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Elsa Barraine meurt le 20 mars 1999 à Strasbourg, à l’âge de 89 ans.

Compositrices, Divers, Historique, littérature

LES FEMMES ET LA MUSIQUE AU MOYEN ÂGE, d’Anne IBOS-AUGÉ. 2 – Les musiciennes dans l’univers profane.

Vous connaissez mon intérêt pour les compositrices aussi, quand Françoise Objois m’a parlé de la conférence d’Anne Ibos-Augé sur « les femmes et la musique au Moyen Âge », je n’ai pas pu ne pas y assister. Son livre, divisé en trois parties, est une mine d’informations sur le Moyen Âge.

Après l’article consacré aux actrices du monde religieux, je vous propose la deuxième partie, la musique dans l’univers profane.

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II.1 la poétesse compositrice

Le saviez-vous ? (moi, je l’ignorais), le féminin de troubadour est trobairitz.

La première d’entre elles est Azalaïs de Porcairagues, autrice d’une seule canso, Ar em al freg temp vengut (voici venu le temps du froid). Malheureusement, cette poésie est parvenue jusqu’à nous sans musique et les musiciens d’aujourd’hui doivent recourir à d’autres mélodies pour pouvoir la restituer au mieux. Le principe était d’ailleurs connu (et pratiqué) au Moyen Âge !

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Qu’est-ce que l’amour courtois, chanté par les troubadours et les trobairitz ? C’est un « idéal de vie, où l’homme courtois doit posséder des manières distinguées et un esprit fin… et par-dessus tout, il doit aimer de fin’amor, d’amour courtois » (pp. 108-109). L’amour courtois est exclusif et constant.

Les trouveresses en France d’Oïl et au-delà. Parmi les compositrices en langue d’oïl, on trouve Blanche de Castille, la mère de Saint-Louis, autrice d’une Chanson à la Vierge.

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II.2 la ménestrelle

Parisa était, avec son mari Janin, ménestriers de bouche. Les ménestrels, ou ménestriers, représentaient à l’époque tout type de musicien. Les chanteurs étaient appelés ménestriers de bouche, alors que les musiciens militaires étaient appelés ménestriers de guerre.

Parisa et Janin ont exercé leur métier de musiciens à la cour de Savoie autour de l’année 1400. Le métier de ces ménestriers était d’animer en musique les nombreuses fêtes de la cour, mais aussi d’accompagner les seigneurs en voyage ou à la guerre. (On retrouvera plus tard cette fonction chez les chansonniers, comme Charles Favart qui était chansonnier du duc de Saxe.)

II.3 La mécène

La comtesse Marie de Champagne (1145-vers 1202) est la première fille d’Aliénor d’Aquitaine et du roi Louis VII. Elle soutient les lettres et de la musique comme sa mère, et plusieurs auteurs de son époque, dont Chrétien de Troyes, lui dédicacent certains de leurs écrits.

III – Fictions et représentations

La troisième partie traite de la représentation des femmes dans les fictions de l’époque.

III.1 la femme sujet

Ainsi de Marion, dans le Jeu de Robin et Marion, d’Adam de la Halle. Les jeux étaient une forme de théâtre mêlé de musique, préfigurant (de loin) l’opéra (cf. l’arbre phylogénétique de l’opéra).

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III.2 la musicienne de fiction

On connaît généralement l’Yseut de la légende de Tristan et Yseut, mais quelle découverte que l’aspect musicienne d’Yseut. Dans la version de Gottfried de Strasbourg, Yseut est une musicienne et compositrice accomplie. Elle écrit au moins trois lais, dont une lettre poème destinée à être chantée par Tristan quand il la lira.

Cliquez sur le lai

Bien sûr, il y a encore beaucoup d’autres choses dans ce livre, alors le mieux, c’est quand même de le lire.

(Source : Les Femmes et la musique au Moyen Âge de Anne Ibos-Augé, éditions du Cerf, 2025.)

Compositeurs

UNE HEURE AVEC OTHMAN LOUATI

Le jeune et brillant compositeur Othman Louati a une actualité musicale aussi chargée que passionnante. Il m’a aimablement consacré une heure pour parler de ses projets.

Ravel : En août, au festival Ravel, Othman Louati était professeur et chef des ensembles pour la classe de composition de Michael Jarrell. Et fin août, il a été assistant à la direction musicale pour la Main gauche, de Ramon Lazkano, d’après Ravel de Jean Echenoz, avec l’Ensemble intercontemporain dirigé par Pierre Bleuse.

Le 13 décembre, il dirigera le Philharmonique de Radio-France pour une adaptation de L’Enfant et les sortilèges, opéra-tableau comme l’est les Ailes du désir.

Solaris : Pour la première fois depuis longtemps, l’opéra vidéo Solaris n’est pas une commande. L’idée lui en est venue par amour du cinéma, le grand art du XXe siècle, qui permet de traiter les grands mythes de notre temps. Solaris, le livre de Stanislas Lem, a fait l’objet d’une adaptation au cinéma par Andreï Tarkovski. C’est un faux film de science-fiction où Tarkovski voulait retrouver une situation où un homme se confesse auprès de la femme qu’il a perdue. On le sait peut-être, mais le cinéaste est porteur d’une mystique chrétienne (cf. Andreï Roublev). Ce pourrait être pour Othman une évolution vers la musique sacrée, l’opéra vidéo devenant un oratorio vidéo, avec la scène ultime de lévitation sur une musique de Bach. Tarkovski est aussi un des cinéastes phares pour Jacques Perconte, qui n’a pas tardé à accepter de travailler sur ce projet quand Othman le lui a présenté.

Solaris sera créé le 29 avril à l’Atelier lyrique de Tourcoing, avant une reprise à Angers et à Grenoble.

Chiens : Othman a écrit une musique de scène pour Chiens, qui sera joué en février aux Bouffes du Nord, avec une mise en scène de Lorraine de Sagazan.

Visions : Pièce pour percussion et ensemble électronique écrite pour l’ensemble « Les Apaches », fera l’objet d’un enregistrement en janvier. Il s’agit d’un prologue à l’Histoire du soldat de Stravinsky.

Sanctuaires : Création le 25 septembre à l’auditorium de Radio-France. Sanctuaires est une commande de Radio France pour le chœur de Radio France et l’orchestre « Les Apaches ». Quand il était en 1ère année du conservatoire de Paris, Othman était percussionniste dans le Roi David d’Honegger, dirigé par Lionel Sow. Quatorze ans plus tard, il retrouve Lionel Sow (le chef du chœur de Radio France) dans ce concert où les pièces de Sanctuaires (psaumes 13 et 104) seront intriquées avec le Roi David. Sanctuaires se glisse dans l’oratorio d’Honegger, avec une mise en musique de psaumes de Théodore de Bèze.

La Planète Sauvage de René Laloux, Ciné-concert par Le Balcon et Nitaï Hershkovits à la Cité de la musique les 31 janvier et 1er février. Direction musicale.

Le premier opéra d’Othman, les Ailes du désir, fera l’objet d’une reprise à Clermont et à Paris en février.

Le 9 mai, Satie-Cage au Théâtre du Châtelet, un spectacle sous-titré Une parade, de la fête au silence, avec l’ensemble Les Apaches.

Compositrices

Cécile CHAMINADE (1857-1944)

Cécile Louise Stéphanie Chaminade naît le 8 août 1857 à Paris. C’est sa mère, très bonne pianiste, qui s’aperçoit de son talent pour la musique et lui donne ses premiers cours.

Alors que son père a fait construire une villa au Vésinet, près de Paris, les Chaminade se rapprochent de Georges Bizet, un ami de la famille, qui conseille d’inscrire Cécile au Conservatoire. Mais le père refuse, le rôle d’une jeune femme de la bourgeoisie étant d’être une bonne épouse et une bonne mère. Finalement, Bizet trouve un arrangement en faisant suivre à Cécile des cours privés.

En 1880, Cécile Chaminade écrit son opus 1, un trio pour piano, violon et violoncelle.

En 1882, lors d’une soirée musicale donnée par son père pour ses amis, on joue la Sévillane (opus 32), un opéra-comique en un acte. Malgré le succès de cette soirée, l’œuvre ne sera jamais jouée sur scène, et la partition en est aujourd’hui perdue. Il n’en reste que des extraits, dont l’ouverture, qui avait été donnée en concert par Jules Pasdeloup, ou cette sérénade.

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En 1884, elle écrit ces Feux de la Saint-Jean pour voix de femmes.

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En 1888, elle écrit la musique du ballet Callirhoë, créé à Marseille, et une symphonie avec chœurs, les Amazones, créée à Anvers.

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En 1892, elle écrit les Sylvains, opus 60.

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En 1901, Cécile épouse l’éditeur de musique Louis-Mathieu Carbonel. Louis-Mathieu décède en 1907, et le couple n’aura pas d’enfant.

Pianiste concertante, Cécile Chaminade donne de nombreuses tournées, notamment en Angleterre, où elle est reçue par la reine Victoria, et aux États-Unis.

En 1913, Cécile Cheminade est la première compositrice à recevoir la Légion d’honneur.

Pendant la guerre de 1914-1918, elle arrête la musique et dirige un hôpital à Londres. Après la guerre, elle ne reprend pas son activité de concertiste, mais continue de composer.

À sa mort, elle nous laisse plus de 400 pièces musicales, dont 200 pièces écrites pour le piano et 150 mélodies. Je vous propose ici l’Ondine, opus 101 (1900).

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Cécile Chaminade meurt le 13 avril 1944 à Monte-Carlo, à l’âge de 86 ans.

Compositrices, Divers, Historique, littérature

LES FEMMES ET LA MUSIQUE AU MOYEN ÂGE, d’Anne IBOS-AUGÉ. 1 – Les actrices du monde religieux.

Vous connaissez mon intérêt pour les compositrices, aussi quand Françoise Objois m’a parlé de la conférence d’Anne Ibos-Augé sur « les femmes et la musique au Moyen Âge », je n’ai pas pu ne pas y assister. Son livre, divisé en trois parties, est une mine d’informations sur le moyen-âge.

I – Les actrices du monde religieux.

I.1 – la moniale

Herrade de Hohenburg (vers 1125-1195), abbesse du couvent de Hohenburg sur le mont Sainte-Odile. Elle a écrit l’Hortus deliciarum (le Jardin des délices), soit 45000 vers, 67 poèmes lyriques dont 12 notés musicalement, 400 images. C’est une compilation de textes divers, destinée à l’éducation des moniales.

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Organisation de la musique dans les couvents : il s’agissait essentiellement de psaumes et d’hymnes. La cantrix dirigeait le chœur, apprenait à chanter à ses consœurs, mais aussi à lire et écrire la musique.

De cette époque, le Codex de Las Huelgas (XIIIe siècle) est probablement la plus importante source de polyphonies féminines. Planctus o monialis concio.

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I.2 – la béguine

Les béguines étaient des femmes qui vivaient en marge de la société, sans avoir nécessairement prononcé de vœux religieux.

Parmi elles, Hadewijch d’Anvers (première moitié du XIIIe siècle) est une poétesse et, peut-être, compositrice brabançonne. Elle connaissait la poésie courtoise française. À côté de ses 45 poèmes, Hadewijch a écrit 14 visions, ainsi que des lettres. Les Visions (mystiques) figurent un parcours initiatique la menant vers le Christ rédempteur, largement musicales. Vers la fin du XIIIe siècle, les béguines peuvent être payées pour chanter, notamment lors des messes d’enterrement.

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I.3 – la mystique

La plus connue des musiciennes du moyen âge est certainement Hildegarde de Bingen qui a écrit trois livres de « visions », le Scivias écrit en 1151, le Liber vitae meritorium, écrit entre 1158 et 1163, et le Liber divinorum operum écrit à partir de 1158. Dans ces visions, inspirées par l’Esprit-Saint, Hildegarde s’exprime notamment sur « l’essence divine de la musique et sur ses trois principales fonctions : se rappeler la voix d’Adam avant la chute, susciter la dévotion grâce à la beauté, se pénétrer des chants de Dieu » (Page 63).

Dans sa Symphonia armonie celestium revelationum, ses compositions musicales louent la Sainte Trinité, la vierge Marie, les Vierges, les Veuves et les Innocents. Hildegarde est aussi l’autrice du premier drame liturgique, l’Ordo virtutum (Page 65).

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Page 71 Voir en musique. Anne Ibos-Augé nous explique comment la musique peut être un préambule à la vision, la musique « déclenchant » ces visions. Mais la vision déclenchée, la mystique peut entendre de la musique à l’intérieur de cette vision.

I.4 – la copiste

Dans ce chapitre, l’organisation des ateliers de copie est détaillée, ainsi que la fabrication des encres ou des parchemins. On y apprend la différence entre écrire (un texte) et noter ce texte, c’est çà dire mettre des notes sous le texte pour pouvoir le chanter.

Suit une description de la notation musicale au moyen-âge (page 90).

Retrouvez sur ce site la deuxième partie : II – Les musiciennes dans l’univers profane

(Source : Les Femmes et la musique au Moyen Âge de Anne Ibos-Augé, éditions du Cerf, 2025).