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Mes opéras préférés, Théâtre

KATIA KABANOVA, de JANACEK (1919 – 1921)

Katia Kabanova est un opéra écrit par JANACEK d’après la pièce l’Orage d’OSTROVSKI. Créé à Brno en 1921 et repris à Prague dès 1922. Contemporain des avancées sur la psychologie humaine dues à FREUD, cet opéra nous propose une héroïne partagée entre son sens du devoir moral et sa psyché.

Après le succès (tardif) de Jenufa en 1916, Janacek renoue avec une héroïne dont l’amour est contrarié par une femme plus âgée et autoritaire, qui fera finalement son malheur.

Classification selon G.B.SHAW : Suivant la classification de George Bernard SHAW, nous sommes ici en présence d’un opéra du type très original (S+T/S+T), où une soprano (Katia) et un ténor (Boris) s’aiment alors que leur amour est contrarié par une soprano (la mère) et un ténor (Tichon).

Le pitch : Dans la maison des Kabanov, Kabanicha, la mère, fait régner la terreur dans sa famille par crainte du qu’en-dira-t-on. Elle régente la vie de son fils, Tichon, et de sa belle-fille Katia, qui étouffe et a perdu toute joie de vivre en entrant dans cette maison. Alors que Tichon est en déplacement à la foire de Kazan, l’inconcevable se produit, Katia trompe son mari avec le beau et jeune Boris. Au retour de son mari, Katia, déchirée entre ses devoirs envers son mari, et son amour toujours vivant pour Boris, avoue son crime et se suicide.

Ouverture :

Janacek Katia Kabanova OuvertureCliquez sur l’ouverture

Acte I : Un dimanche après-midi, sur les bords de la Volga. Koudriach, l’instituteur contemple la nature quand il entend le vieux Dikoï gronder son neveu Boris, qu’il juge bon à rien. Boris confie à Koudriach qu’il est venu de Moscou pour obéir à Dikoï, condition pour obtenir son héritage que ses parents ont confié à Dikoï. Les Kabanov sortent de l’église et se dirigent vers leur maison. Il y a là Marfa Kabanova, son fils Tichon et sa belle-fille Katia. Marfa reproche à son fils de ne plus aimer sa mère depuis qu’il est marié. Comme Katia répond en lui déclarant qu’elle l’aime comme sa propre mère, elle se fait remettre sèchement à sa place. Elle n’a pas à se mêler d’une discussion entre la mère et le fils ! Katia rentrée à la maison, Marfa prédit à son fils que sa femme le fera un jour cocu.

Dans sa chambre, Katia évoque avec Varvara la servante de la maison les jours heureux de sa jeunesse, avant qu’elle n’entre dans cette famille où toute joie est interdite. Insouciante, elle passait son temps à arroser les fleurs, à rêver de voler comme un oiseau, et elle aimait aller à la messe où elle se croyait au paradis. Mais maintenant, quand elle rêve de vol, elle chute, entraînée par le poids du péché. Elle aime et désire un autre homme que son mari, Boris. Tichon entre avec ses valises, il va partir deux semaines à la foire de Kazan, où il est envoyé par sa mère. Katia le supplie de ne pas la laisser seule, mais Tichon n’entend pas derrière ses mots la détresse de sa femme. (Air et dialogue : »Vis co mi napadlo » « Ce serait beau si nous pouvions voler comme les oiseaux ».)

Janacek Katia Kabanova acte 1 scène 2 Vis, co mi napadloCliquez sur Katia

Marfa entre et ordonne à Tichon de partir à la foire de Kazan, en lui demandant d’ordonner à sa femme de lui être obéissante pendant son absence, de ne pas rester à rien faire, de ne pas regarder les autres hommes. Katia s’effondre au sol, puis dit durement à Tichon de partir.

Acte II : Dans la maison des Kabanov, le soir, Marfa reproche à Katia d’avoir laissé partir son mari sans éprouver de peine. Même si elle n’en éprouve pas, elle aurait pu faire semblant, ça aurait été plus convenable. Varvara dit discrètement à Katia qu’avec la chaleur qu’il fait, elle peut dormir dans la véranda. Elle s’arrangera pour faire venir Boris et lui confie la clé d’une petite porte qui donne sur la véranda. Katia commence par refuser, puis petit à petit cède à l’idée de voir Boris, de lui parler, telle l’Isolde de WAGNER, mais sans l’aide d’un philtre d’amour : « C’est le destin, je mourrai si je ne le vois pas et je sais que je devrai mourir si je le vois » (Air: « Ne, ne, nidko » « rien, rien, personne ».)

Janacek Katia Kabanova Acte II Ne, ne, nidkoCliquez sur Katia

Katia sort, Marfa rentre avec Dikoï, qui est ivre et cherche à la séduire. Ils ressortent ensemble.

Devant la petite porte, Koudriach se promène et chante une chanson d’amour en attendant Varvara. Boris arrive alors que Varvara répond à la chanson de Koudriach. Katia arrive à son tour et Boris cherche à lui parler, à lui prendre la main. Il lui déclare son amour.

Janacek Katia Kabanova Acte 2 scène 2Cliquez sur l’image

Katia répond qu’elle est mariée, que tout cela va les mener vers un grand malheur. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre, mais quand Boris parle d’amour, Katia parle de mort. Varvara et Koudriach reviennent et leur disent d’aller sur le sentier. Ils les préviendront quand ce sera l’heure de rentrer.

Acte III : Devant les ruines d’un bâtiment, Koudriach discute avec un ami sous l’orage. (l’Orage était le titre de la pièce originale d’Ostrovski). Dikoï arrive, mais il ne veut pas que Koudriach lui adresse la parole.

Janacek Katia Kabanova Acte 3 scène 1 la tempêteCliquez sur la tempête

Varvara entre et déclare que Tichon est rentré, et que Katia qui ne pourra plus voir Boris et est en train de perdre la raison. Katia arrive, quand elle voit Boris, elle s’accuse devant Marfa et Tichon d’avoir trompé son mari, malgré le serment qu’elle avait fait de ne pas parler à d’autres hommes pendant l’absence de Tichon.

Varvara et Koudriach disent qu’ils vont partir à Moscou. Sur le bord de la Volga, Katia erre, n’ayant plus goût à rien. Boris entre, ils s’étreignent. Boris dit que son oncle veut l’envoyer en Sibérie. Katia lui demande de penser à elle, de faire l’aumône sur son chemin de sa part. Quand Boris part, elle se jette dans le fleuve. Devant son corps que l’on a tiré du fleuve, Tichon accuse sa mère de l’avoir tuée, avant de retomber dans sa soumission à sa mère.

Janacek Katia Kabanova FinalCliquez sur Katia

(Source principale : la production de l’Opéra de Paris de 1988, et le programme associé.)

Et si vous en voulez encore un peu plus, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous en voulez encore un peu plus

littérature, Oulipo, Poésie

SED NON SATIATA, de BAUDELAIRE (1857)

Après l’Homme et la Mer, de Charles BAUDELAIRE, je vous propose un autre poème des Fleurs du Mal, datant de 1857, mis en musique par mes soins.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Bizarre déité, brune comme les nuits,

Au parfum mélangé de musc et de havane,

Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,

Gounod Faust METCliquez sur Faust et Méphisto

Sorcière au flanc d’ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,

L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane;

Donizetti l'Élixir d'amour Una furtiva lagrima (Alagna)Cliquez sur Nemorino

Fauré PavaneCliquez sur l’image

Quand vers moi mes désirs partent en caravane,

Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,

Hvorostovsky les Yeux noirsCliquez sur les yeux noirs

Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme;

Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf fois,

Lully Alceste il faut passer tôt ou tardCliquez sur l’image

Hélas, et je ne puis, Mégère libertine,

Chostakovitch la Mégère apprivoiséeCliquez sur la mégère apprivoisée

Pour briser ton courage et te mettre aux abois,

Dans l’enfer de ton lit devenir Proserpine !

Paisiello Proserpine OuvertureCliquez sur l’image

 

Citations musicales : 

Le Faust : GOUNOD : Faust prologue.

L’élixir… où ta bouche: DONIZETTI L’Élixir d’amour « Una furtiva lagrima ».

se pavane : FAURÉ, Pavane.

Grands yeux noirs : les Yeux noirs, air traditionnel russe.

Le Styx : LULLY Alceste, air de Charon « Il faut passer tôt ou tard ».

Mégère libertine : CHOSTAKOVITCH la Mégère apprivoisée.

Proserpine : Si Lully a écrit Proserpine en 1680, c’est l’ouverture de l’opéra de PAÏSIELLO (1803) que j’ai choisi ici de vous faire écouter.

Et si vous voulez lire le poème débarrassé de mes incongruités musicales, c’est ici :

Écrivains, Compositrices

HENRICH HEINE (1797 – 1856)

Je vous parlais il n’y a guère de Fanny MENDELSSOHN, cette grande sœur de Félix Mendelssohn, qui a eu beaucoup de mal à développer ses talents de compositrices et à faire publier ses œuvres. Je signalais que parmi les poètes de son temps qu’elle avait mis en musique figurait Heinrich HEINE. Ce n’est pas la première fois que l’on rencontre ce grand poète romantique sur ce blog, aussi ai-je décidé de lui consacrer un billet.

Et pour commencer, écoutons l’opus 1 n° 1 de Fanny, le Schwannengesang écrit sur un poème de Heine.

Fanny Mendelssohn Schwanenlied (Heine)Cliquez sur l’image

Heinrich Heine, donc, est né le 13 décembre 1797 à Düsseldorf. (La disparition des archives d’état civil de l’époque fait qu’on n’est pas certain de cette date.)

Après quelques tentatives de travail dans la banque de son oncle, il poursuit sans grand succès des études de commerce et de droit. De 1821 à 1823, il étudie à l’université de Berlin, notamment auprès de HEGEL. Même s’il avait déjà écrit plus jeune des poésies, c’est de cette période que datent ses premières œuvres. En 1825, il obtient son doctorat en droit et, pour pouvoir exercer (il était juif), se convertit au christianisme.

En 1824 paraît le recueil qui contient un de ses poèmes les plus connus, la Loreley, qui a fait l’objet d’un grand nombre d’adaptations musicales, notamment par LISZT (1841) et Clara SCHUMANN (1843).

Liszt die LoreleiCliquez sur l’image

Schumann Clara Die LoreleiCliquez sur l’image

En 1827, il publie le recueil le Livre des chants (Buch der Lieder), qui inspirera Robert SCHUMANN dans son Dichterliebe (Les Amours du poète).

Schumaan Robert Dichterliebe op 48 - 1Cliquez sur l’image

En 1831, Heine part pour Paris (en partie parce que ses origines juives en Allemagne lui fermaient beaucoup de portes.) Correspondant d’un journal allemand, il publie une série d’articles sur la situation en France, articles qui seront sévèrement censurés en Allemagne. À cause de cette censure, il s’installe définitivement à Paris où il fréquente les salons, y rencontrant BERLIOZ, CHOPIN, SAND ou Alexandre DUMAS. Il francise son prénom et se fait appeler Henri.

En 1841, il se marie avec Augustine MIRAT, une ancienne grisette qu’il fréquentait depuis 1834, mais qu’il voulait mettre à l’abri en cas de malheur.

Défenseur de la démocratie, les idées de Heine étaient proches de celles de son lointain cousin Karl MARX ou de Hegel, son professeur à Berlin. Son écriture s’en ressent et il est passé d’un romantisme tardif à une littérature plus engagée.

Il admirait Napoléon, mais celui d’avant le 18 brumaire. Dans sa jeunesse, il avait assisté à l’entrée de l’empereur à Düsseldorf. On en trouve des traces dans son poème Die beiden Grenadiere (les deux Grenadiers), poème qui a été mis en musique par Robert Schumann (en allemand, et citant la Marseillaise) et WAGNER (en français).

Schumann Die beiden GrenadiereCliquez sur l’image

Wagner les deux GrenadiersCliquez sur l’image

Heine a servi de source d’inspiration pour une autre œuvre de Wagner, son Vaisseau fantôme (der fliegende Holländer). En 1834, Heine écrivit la nouvelle Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski, qui contenait la légende de ce marin errant pour avoir blasphémé durant une tempête. C’est en se souvenant de cette histoire que Wagner a rédigé le livret de son opéra.

Wagner Vaissau fantôme ouvertureCliquez sur le Vaisseau fantôme

Les dernières années de sa vie le voient alité, car il souffre d’une maladie neurologique qui va en s’aggravant, le rendant presque paralysé. Il meurt à Paris le 17 février 1856, à l’âge de 59 ans.

Heine est certainement le poète ayant suscité le plus de mélodies, aussi n’est-il pas étonnant que tous les grands compositeurs de lieder se soient emparé de son œuvre.

Schubert Der DoppelgängerCliquez sur la mélodie de Schubert

Brahms MeerfahrtCliquez sur la mélodie de Brahms

Wolf Wenn ich in deine Augen sehCliquez sur la mélodie de Wolf

Artistes, Cinéma, Grandes voix

IN MEMORIAM TERESA BERGANZA

La grande soprano espagnole Teresa BERGANZA nous a quittés le 13 mai 2022 à Madrid.

Née à Madrid le 16 mars 1933, c’était une des plus grandes sopranos du XXe siècle.

Elle fait ses débuts dans le rôle de Dorabella de Cosi fan Tutte de MOZART au Festival d’Aix-en-Provence, dans la production légendaire de 1957.

Mozart Cosi fan Tutte Dorabelle (Berganza)Cliquez sur Dorabella Berganza

En 1958, la jeune femme a l’occasion de chanter Médée de CHERUBINI, aux côtés de Maria CALLAS, ce qui lancera sa carrière aux États-Unis.

Cherubini Medea Solo un pianto (Berganza)Cliquez sur Neris Berganza

Dans ses rôles de prédilection, à côté de l’inoubliable Carmen qu’elle interprétera, on la trouve aussi dans ROSSINI (La Cenerentola ou le Barbier de Séville).


Bizet Carmen Près des remparts de Séville (Berganza)Cliquez sur Carmen Berganza

Rossini Il Barbiere di Siviglia (Berganza)Cliquez sur Rosina Berganza

On peut également la voir interpréter la Zerline du Don Giovanni de Mozart dans le film de LOSEY.

Mozart Don Giovanni La ci darem la mano (Berganza)Cliquez sur Zerlina Berganza

Espagnole, elle ne cessera de défendre les musiques de son pays, comme dans ces chansons populaires espagnoles de DE FALLA.

De Falla Sept chansons populaires espagnoles (Berganza)Cliquez sur l’image

Compositrices

Fanny MENDELSSOHN (1805 – 1847)

© Adrian Mercure 2022

Née à Hambourg le 14 novembre 1805, Fanny MENDELSSOHN, la sœur de l’autre, disparaissait à Berlin le 14 mai 1847, il y a 175 ans. Sa famille s’installe à Berlin en 1811.

Comme son frère Félix, elle manifeste très jeune ses dons musicaux, mais alors que leur père encourage Félix dans sa vocation, il dissuade Fanny de développer les siens.

Je me suis un peu servi pour cet article ce que nous en dit Aliette de LALEU dans son livre Mozart était une femme.

Dans son enfance, Fanny était proche de son jeune frère Félix, de 3 ans son cadet, qui n’hésitait pas à lui soumettre ses idées musicales, confiant qu’il était dans le jugement de sa sœur. Alors qu’à l’âge de 15 ans, elle envoie fièrement à son frère quelques lieder écrits en allemand, elle reçoit une lettre de son père la dissuadant de poursuivre dans cette voie. La musique, écrit-il en substance, est une affaire d’homme et une femme doit se réserver pour les choses propres à leur sexe.

Deux ans plus tard, Fanny se fiance avec un peintre, Wilhelm HENSEL, qu’elle épousera à 24 ans. Heureusement pour elle, son mari n’a pas les mêmes prévenances contre ses aspirations musicales et il sera au contraire un soutien, l’encourageant à écrire et à publier ses œuvres.

Félix cherche à contourner l’interdiction paternelle en proposant à Fanny de publier ses compositions sous son nom. Mais cette aide est à double tranchant. Les œuvres qui ont le plus de succès ne sont pas les siennes, mais celles de sa sœur ! Dix ans plus tard, donnant un concert à Londres devant la reine Victoria, celle-ci croit lui faire plaisir en chantant un de ses vieux lieders, Italien, et Félix est obligé d’avouer qu’il n’en est pas le compositeur.

Fanny Mendelssohn ItalienCliquez sur l’image

En 1830, Fanny et Wilhelm ont un fils, Sebastian Ludwig Félix (comme BACH, BEETHOVEN et son oncle), qu’elle soigne et élève en mère modèle. À côté de ces tâches ménagères, il lui reste du temps pour composer sa musique et jouer du piano.

En 1839, Fanny et son mari font un séjour à Rome. Elle fait la connaissance de GOUNOD qui tombe amoureux de sa musique et l’encourage à continuer.

À partir de 1843, elle organise les concerts donnés par ses parents à Berlin en invitant des compositeurs, en jouant elle-même du piano, voire en dirigeant un chœur ou un orchestre de chambre.

Prenant de plus en plus confiance en elle, Fanny écrit en 1846 une de ses œuvres majeures, le Trio pour piano, violon et violoncelle.

Fanny Mendelssohn Trio avec piano 4e mvtCliquez sur trio

Elle meurt à l’âge de 41 ans d’une crise d’apoplexie à Berlin, le 14 mai 1847, quelques mois après la création publique de ce trio.

Ses compositions sont essentiellement pour piano ou des lieders, sur des textes des poètes de son temps, GOETHE, HEINE, BYRON ou EICHENDORFF (et de son mari), de la musique de chambre, ainsi que quelques pièces pour chœur ou encore une mise en musique pour le second Faust de Goethe.

Fanny Mendelssohn Nocturne en sol mineurCliquez sur le nocturne

Fanny Mendelssohn Fantaisie pour violoncelle et pianoCliquez sur la Fantaisie pour violoncelle et piano

Fanny Mendelssohn Scènes du Faust IICliquez sur l’image

Retrouvez Aliette de LALEU dans une de ses chroniques de France Musique : https://www.youtube.com/watch?v=F-Qb7qKk8U4

(P.S. Comme pour mes récents articles consacrés à un écrivain ou à un compositeur, j’ai fait appel pour le portrait de Fanny MENDELSSOHN à un jeune artiste qui peut réaliser à la demande vos portraits, ceux des gens que vous aimez, ou de vos animaux familiers, à des prix tout à fait raisonnables. Si vous voulez leur faire une surprise ou un cadeau personnalisé, c’est ici : Adrian Mercure (adrian- )

Cinéma, Woody Allen

TO ROME WITH LOVE, de Woody ALLEN (2012)

To Rome with Love (2012) est un film de la période européenne de Woody ALLEN. Après Match Point et Scoop (Angleterre), Vicky Cristina Barcelona (Espagne) et Minuit à Paris (France), Woody pose donc ses caméras en Italie.

Il y a quatre histoires qui se passent en parallèle dans ce film.

Allen To Rome with love (bande annonce)Cliquez sur la Bande annonce

Celle de Hayley et Michelangelo. Hayley est une jeune touriste américaine qui tombe amoureuse d’un beau romain. Ses parents dont Jerry, le personnage joué par Woody Allen, un impresario et metteur en scène d’opéras à la retraite, prennent l’avion pour rencontrer la famille de leur futur gendre. Il se trouve que le père de Michelangelo, un croque-mort, a un talent inné pour l’opéra, mais il ne chante que sous sa douche.

Celle de Antonio et Milly, deux provinciaux venus passer leur voyage de noces à Rome. Pendant que Sally se perd dans Rome et croise un de ses acteurs favoris, Jack est victime d’une méprise, une call-girl faisant irruption dans sa chambre d’hôtel pour satisfaire tous ses désirs. Sa famille les trouvant ensemble dans la chambre d’hôtel, il se résout à faire passer la call-girl pour sa femme légitime.

Celle de John, un architecte âgé revenu à Rome retrouver le quartier de sa jeunesse, et qui croise Alec un jeune romain qui lui servira de guide. Alec vit avec Sally, qui a invité chez elle Monica, une jeune femme un peu paumée qui draguera Jack.

Et enfin, celle de Pisanello, un employé au quotidien bien ordinaire, qui se retrouve sous les feux de l’actualité télévisée, et qui devient célèbre du jour au lendemain, sans comprendre ce qui lui arrive, dans une satire féroce de la télévision des années Berlusconi.

Jerry, donc, ce metteur en scène d’opéra qui se vante d’avoir monté Rigoletto de VERDI dans une production où les personnages étaient des souris blanches, a l’occasion d’entendre Giancarlo, le père de Michelangelo, chanter sous sa douche. Il réussit, non sans mal, à le convaincre de passer une audition, qui échoue lamentablement. Il invente alors une douche sur roulettes où le ténor peut s’exprimer avec ses dons innés pour l’opéra. Dès lors, le succès arrive pour celui qui s’ignorait ténor.

Avec une telle histoire, il ne faut pas s’étonner que la BOF soit riche en airs classiques.

Le personnage de Giancarlo est chanté par un vrai ténor, Fabio Armiliato, et il interprète « E lucevan le stelle » de Tosca de PUCCINI.

Puccini Tosca E lucevan le stelleCliquez sur Cavaradossi

« Nessun Dorma » de Turandot du même Puccini.

Puccini Turandot Nessun dormaCliquez sur Calaf

Il y a toute la scène où l’on voit une représentation de Paillasse de LEONCAVALLO.

Leoncavaloo Pagliacci Son qua, son quaCliquez sur l’image

Bien sûr, l’air « Vesti la giubba »

Leoncavaloo Pagliacci Vest la giubbaCliquez sur Paillasse

On peut aussi entendre « Amor ti Vieta », extrait de l’opéra vériste  Fedora de GIORDANO.

Giordano Fedora Amor ti vietaCliquez sur l’image

Et si voulez encore un peu de musique extraite de To Rome with Love, cliquez donc sur le bonus qui pourrait vous réserver une surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez encore un peu de musique

Agenda Ironique, Compositeurs

Erik SATIE (1866 – 1925)

Ce mois-ci, l’Agenda Ironique est hébergé par Photonanie qui nous propose les contraintes suivantes :

J’ai envie que l’action se passe dans un pays froid, l’Islande éventuellement mais pas que.

J’aimerais assez que s’y glissent les mots suivants: ailurophile, syllogomanie, bec à foin et puis aussi coquecigrue parce que j’aime bien ce mot.

Si en plus le texte se présente sous forme d’anadiplose je serai comblée mais si ce n’est pas le cas, je le serai aussi, l’important étant que vous soyez nombreuses et nombreux à participer.

Erik SATIE est né le 17 mai 1866 à Honfleur, un pays froid. Un pays froid, certes, mais pas aussi froid que la Finlande, toutefois. Erik a 4 ans quand sa famille s’installe à Paris. Les leçons de piano données par sa belle-mère le dégoûtent de la musique.

Comme son compatriote Alphonse ALLAIS, Satie développera une sorte d’humour absurde, que l’on retrouve dans les titres de ses pièces. Les titres de ses pièces sont par exemple Trois morceaux en forme de poire, ou Préludes flasques (pour un chien). Ce sens de l’humour décalé de nos deux compères n’en fait pas pour autant des becs à foin.

À 13 ans, il entre quand même au Conservatoire de musique, mais jugé sans talent, il en est vite renvoyé.

En 1887, il s’installe à Montmartre et peu de temps après se lie d’amitié avec les poètes MALLARMÉ ou VERLAINE.

En 1888, il compose les Gymnopédies. Les Gymnopédies sont ses premières pièces à être rentrées au répertoire des pianistes.

Satie Gymnopédie n° 1Cliquez sur la pianiste

En 1890, il fréquente le cabaret du Chat noir, où il fait la connaissance de DEBUSSY.

En 1893, il se lie à Suzanne VALADON, mais la blessure amoureuse causée par leur séparation au bout de quelques mois ne guérira jamais. Suite à cette rupture, il écrit Vexations, une phrase musicale courte à jouer 840 fois de suite.

En 1897, en souvenir peut-être de sa ville natale, il écrit ses Pièces froides.

Satie Pièces froidesCliquez sur l’image

En 1898, il s’installe à Arcueil, dans une maison où il demeurera jusqu’à la fin de sa vie.

En 1899, il est témoin au mariage de Debussy.

En 1905, il reprend des études de musique en s’inscrivant à la Schola Cantorum de d’INDY et y étudie le contrepoint avec ROUSSEL.

En 1915, il fait la connaissance de COCTEAU. C’est le compositeur d’avant-garde Edgar VARÈSE qui les a présentés. Dans le cadre du rapprochement franco-anglais dû à la Première Guerre mondiale, il souhaitait en effet monter à Paris une adaptation musicale du Songe d’une nuit d’été de SHAKESPEARE. Le projet n’aboutira finalement pas, même si Satie a écrit les parties musicales qui lui incombaient. La partie n° 2 est intitulée Coquecigrue (ça ne s’invente pas !).

Satie Cinq grimaces pour le Songe d'une nuit d'été II. CoquecigrueCliquez sur la pianiste

Même si ce projet n’a pas abouti, l’amitié entre Satie et Cocteau était nouée et ensemble, ils écriront pour les ballets russes le ballet Parade, avec un rideau de scène de PICASSO.

Satie ParadeCliquez sur l’image

En 1916, la princesse de POLIGNAC lui commande une œuvre chantée : Socrate, qui sera créée en 1918.

Satie Socrate la Mort de SocrateCliquez sur l’image

En 1923, son ailurophilie le pousse à écrire dans ses Ludions la Chanson du chat.

Satie Ludions chanson du chatCliquez sur l’image

Il meurt le 1er juillet 1925 d’une cirrhose due à une consommation excessive d’absinthe. Après sa mort, on retrouvera dans sa maison, à laquelle il n’avait jamais donné accès à quiconque, une collection impressionnante de parapluies et de faux cols, preuve de sa syllogomanie. On retrouva aussi des partitions inconnues, dont celle de l’opéra Geneviève de Brabant.

Elle voulait qu'on l'appelle..., Grandes villes, Maria Callas, Woody Allen

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE ROME…

Voleva essere chiamata Roma…

… comme ne l’a pas chanté Julien CLERC.

L’opéra est né en Italie à l’aube du XVIIe siècle, avec l’Orfeo de MONTEVERDI (1607). Très vite, ce genre se répand dans toute l’Italie. À Rome on ouvre des théâtres dès les années 1620. On y donne des représentations où les chœurs prennent une grande importance, notamment à la fin des actes, et où les airs solistes permettent d’exprimer l’émotion des personnages. Parmi les compositeurs romains, citons LANDI (1586 – 1639) avec la morte d’Orfeo (1619) et Il San’ Alessio (1632) et ROSSI (1597 –1653). L’opéra romain disparaît vers les années 1660, supplanté par l’opéra vénitien.

Landi Il Sant'AlessioCliquez sur l’image

En 1642, Monteverdi écrit le Couronnement de Poppée (L’incoronazione di Poppea) dont l’action se passe dans la Rome antique de Néron et Poppée.

monteverdi couronnement de Poppée SénèqueCliquez sur Sénèque à l’heure de sa mort

Durant ses années de « formation », HAENDEL se rend en Italie, et c’est à Rome qu’il écrit, en 1707, son fameux Dixit Dominus.

Haendel Dixit DominusCliquez sur l’exubérant Dixit Dominus

Environ un siècle plus tard, c’est à Rome qu’a lieu en 1816 la création d’un des opéras les plus connus du répertoire, le Barbier de Séville (Il Barbiere di Siviglia) de ROSSINI.

rossini largo al factotumCliquez sur le factotum

Retour à la Rome antique en 1831 avec Norma de BELLINI, œuvre qui se déroule sur le conflit des Gaulois et des Romains, avec une histoire d’amour entre Norma, la prêtresse gauloise et Pollione, un soldat romain.

callas casta divaCliquez sur Norma Callas

En 1837, c’est encore à Rome que se déroule le Benvenuto Cellini de BERLIOZ, qui relate les relations difficiles entre le génial sculpteur Benvenuto Cellini et le pape, qui lui a commandé une statue. Une des pages les plus célèbres de cet opéra est le Carnaval romain.

Berlioz le Carnaval romainCliquez sur l’image

En 1845, WAGNER envoie son héros Tannhäuser faire pardonner ses péchés par la pape à Rome, avec d’autres pèlerins

Wagner Tannhäuser Chœur des pélerinsCliquez sur l’image

VERDI a écrit pour à peu près tous les opéras d’Italie (et d’Europe) et c’est Rome qu’il a créé le Trouvère (Il Trovatore) en1853.

Verdi Il trovatore Vedi le fosche notturneCliquez sur l’image

Même chose en 1859 pour Un ballo in maschera (Un Bal masqué).

L’action de Tosca (1899) de PUCCINI se passe à Rome pendant l’occupation napoléonienne. Cet opéra est doublement romain, puisqu’il a été créé à Rome en 1900. Le prélude du 3e acte nous permet d’écouter l’extraordinaire lever du soleil sur la ville éternelle, avec les sonneries des cloches des différentes églises.

Puccini Tosca prélude acte IIICliquez sur l’image

Le compositeur Ottorino RESPIGHI (1879 – 1936) a été inspiré par Rome dans ses œuvres symphoniques les Pins de Rome (Pini di Roma) ou les Fontaines de Rome (Fontane di Roma.)

Respighi Fontane di RomaCliquez sur l’image

Retour dans la Rome antique avec le Viol de Lucrèce (The Rape of Lucrecia) (1946) de BRITTEN. Dans cet opéra, les soldats de Tarquin en campagne doutent de la fidélité de leurs femmes restées à Rome. Seule Lucrèce serait restée chaste. Tarquin le dépravé viole Lucrèce à son retour à Rome. Accablée par la honte, Lucrèce se suicide.

Britten le Viol de LucrèceCliquez sur l’image

J’aurais aussi pu vous parler du « Prix de Rome », mais je crois que, vu les compositeurs ayant obtenu ce prix, et donc le droit de vivre à la villa Médicis pendant 3 ans, ce Prix de Rome mérite à lui seul un billet complet (à suivre donc…)

Woody ALLEN a situé un des films de sa période européenne à Rome. Dans To Rome with love, un des héros est un chanteur prodigieux, mais qui n’est capable de chanter que sous sa douche. Aussi, son impresario est obligé d’inventer un système de douche à roulettes sur la scène des opéras où le chanteur se produit, pour qu’il puisse exprimer tout son talent. On peut l’entendre dans l’air « Vesti la giubba » de Paillasse de LEONCAVALLO.

Allen To Rome with loveCliquez sur le ténor sous sa douche

Compositrices, Couleurs

ROSE

Après le vert du printemps, je vous propose de passer au rose.

J’ai déjà écrit sur cette couleur dans mon article « Voici des roses« , mais je vais essayer ici de parler de la symbolique associée au rose.

Mais tout d’abord, retrouvons Hildegarde von BINGEN, herboriste, chanoinesse et musicienne, dans son Vos flores rosarium.

von Bingen vos flores rosariumCliquez sur Vos flores rosarium

En peinture, le rose s’obtient par un mélange de rouge et de blanc. Plus on met de blanc, plus le rose est pâle. D’après les légendes de l’antiquité, la couleur rose proviendrait du sang d’Adonis, l’amant d’Aphrodite, qui aurait coloré lors de sa mort les premières roses. La rose est ainsi associée au symbole de l’amour qui triomphe de la mort, voire à la renaissance.

La légende de Vénus et Adonis (ou Aphrodite et Adonis), racontée par OVIDE dans ses Métamorphoses, a été mise en musique par John BLOW.

Blow Vénus & AdonisCliquez sur l’image

Dans la religion chrétienne, la symbolique de la rose pour la renaissance spirituelle liée à l’amour divin a ainsi été reprise pour la vierge Marie. Une de ses appellations est la Rose mystique, la rose sans épines. Le rosaire est ainsi un ensemble de « Je vous salue Marie » et son nom vient de la guirlande de roses qui couronne Marie selon cette symbolique.

Tallis Ave rosa sine spinisCliquez sur l’image

À l’époque médiévale, la rose est associée à l’amour courtois des troubadours. On la retrouve dans le Roman de la Rose ou, un peu plus tard, dans la célèbre poésie de RONSARD, Mignonne allons voir si la rose.

Ronsard Mignonne allons voir si la roseCliquez sur l’image

De l’autre côté du Channel, la guerre des Deux-Roses est le nom donné à la lutte pour le trône d’Angleterre entre la maison d’York, qui avait une rose blanche sur son blason et la maison des Lancaster, qui avait une rose rouge sur son blason. Cet épisode de l’histoire d’Angleterre a été raconté par SHAKESPEARE dans sa première tétralogie sur Henry VI et Richard III. Richard III a fait l’objet d’un opéra de BATTISTELLI en 2005.

Battistelli Richard IIICliquez sur l’image

(Source principale pour la partie symbolique : Encyclopédie des symboles, le livre de poche, collection la Pochothèque, 1996.)

Retrouvez d’autres nuances de ROSE sur le blog « Nervures et entailles » de Joséphine.

Et retrouvez mes autres billets consacrés aux couleurs :

Blanc

Bleu

Rouge

Vert

Et pourquoi ne pas prolonger ce billet avec un bonus surprise ?

point-dinterrogationPourquoi ne prolongeriez-vous pas ce billet en cliquant sur le bonus surprise ?

Agenda Ironique

ET LA FÉE D’AVRIL EST…

A voté !

Les résultats de la votation d’avril 2022 pour l’Agenda Ironique sont tombés.

Votre texte préféré est celui de La Licorne : Les Fées sont d’exquises danseuses. Suivent de près Photonanie : Agenda Ironique d’avril 2022 et Gibulène : Onésime et les fées.

Concernant le passage de témoin pour l’organisation de l’A.I. de mai 2022, le résultat est serré, partagé entre Lyssamara et La Licorne, que l’on applaudit bien fort 👏.

(P.S. la Licorne ne pouvant assurer l’A.I. de mai 2022, j’ai donc proposé à Lissamara de s’en occuper.)

(P.P.S. finalement Photonanie a accepté de prendre le relais, vous pouvez-trouver son cahier des charges ICI, qu’elle en soit remerciée. )

Et laissez-moi remercier encore tous les participants, qui ont accepté de se coller à mes contraintes, souvent avec beaucoup d’ingéniosité.

Et cliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez fêter le 1er mai.


point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez fêter le 1er mai