Compositrices, Divers

LE REQUIEM DE FAURÉ (1888 – 1893)

Je vous l’annonçais dans mon billet sur Gabriel FAURÉ, son Requiem est une de mes œuvres préférées, et c’est probablement celle que j’ai le plus chantée en concert.

En opposition aux deux autres grands Requiems du XIXe siècle, ceux de BERLIOZ et de VERDI qui avaient perdu tout sens religieux, Fauré a voulu revenir a une forme plus retenue et plus intime. La structure de son Requiem est donc plus légère, et ne comporte que sept parties :

I – Introït et Kyrie

II – Offertoire (Offertorium)

III – Sanctus

IV – Pie Jesu

V – Agnus Dei et Lux Aeterna

VI – Libera me

VII – In Paradisum.

On n’y trouve donc pas ce morceau de bravoure obligé qu’est le Dies Irae (Jour de colère).

Lully Dies IraeCliquez sur le Dies Irae de Lully

La première ébauche date de 1877 avec le Libera me, une œuvre écrite pour baryton et orgue. En 1887, Fauré à l’idée d’écrire une messe des morts (un requiem, donc)

La première exécution date du début 1888 en l’église de La Madeleine, à Paris, sans l’Offertorium ni le Libera Me, et avec un effectif orchestral relativement réduit, pas de cordes sauf un violon solo. Les deux derniers morceaux sont achevés rapidement, et dès 1893, c’est avec cette structure qu’est donné le Requiem, toujours à La Madeleine. C’est la version de 1893, dite pour orchestre de chambre.

Ensuite, Fauré confia à son élève Roger DUCASSE le soin d’écrire une réduction pour piano (celle que les choristes ont le plus souvent en main quand ils le chantent), mais Ducasse ira plus loin en fournissant aussi une version pour orchestre complet. C’est cette version de 1900 – 1901 qui deviendra vite populaire et sera jouée un peu partout dans le monde.

Il faudra attendre environ un siècle pour que les musicologues retrouvent les versions originales à la BNF et établissent une version critique de la partition. J’ai eu la chance de la travailler sous la direction de Jean-Michel NECTOUX, un des musicologues qui a réalisé cette édition critique (et par ailleurs auteur d’un livre, Gabriel Fauré, les voix du clair-obscur, paru chez Flammarion en 1990 et tout à fait remarquable).

Et donc pour moi, le Requiem de Fauré, c’est :

La première œuvre que j’ai chantée, au cours d’un stage dirigé par Michel PIQUEMAL en 1986. Nous l’avions donné à l’époque notamment à Pamiers, ville natale de Fauré.

Je l’ai également travaillée plusieurs fois avec l’ensemble vocal Intermezzo, dirigé par Claire MARCHAND, et donnée à La Madeleine, mais aussi aux Invalides et dans différentes autres églises de Paris ou de la région parisienne.

C’est enfin, une œuvre travaillée avec Jean-Michel NECTOUX, et donnée dans sa version de chambre dans les salons de l’hôtel particulier du prince de Polignac, dans le XVIe arrondissement parisien.

Bref, que des souvenirs extraordinaires !

Mais assez parlé de moi, revenons à la musique.

I – « Introït » : Requiem aeternam…

Fauré Requiem IntroïtCliquez sur le chœur

II – « Offertorium »

Fauré requiem OffertoriumCliquez sur le disque

III – « Sanctus »

Fauré Requiem Sanctuscliquez sur l’image

IV – « Pie Jesu » (pour la soprano)

Fauré Requiem Pie JesuCliquez sur la soprano

V – « Agnus Dei » & « Lux Aeterna »

Fauré Requiem Agnus DeiCliquez sur l’image

VI – « Libera me » (pour le baryton et le chœur). Attention, écoutez bien de 1 mn 57 s à 2 mn 50 s, vous avez les seules 17 mesures « forte » de la partition.

Fauré Requiem Libera meCliquez sur le baryton et la cheffe

VII – Le séraphique « In Paradisum » (pour les sopranos, ou de jeunes garçons) avec léger accompagnement du chœur.

Fauré Requiem In ParadisumCliquez sur l’image

Voilà, normalement après ce morceau, il n’y a plus de place que pour le silence, mais comme aujourd’hui, le printemps est revenu (il revient toujours le printemps), je vous propose un petit cadeau bonus.

Point d'interrogationCliquez sur le cadeau bonus

Agenda Ironique, Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Théâtre

LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de mars 2021, hébergé par Joséphine LANESEM sur son blog « Nervures et entailles« . Le thème en est : « Nous sommes le courage l’une de l’autre« . Quelques règles stylistiques : une ou plusieurs amphores anaphores, et quelques chiasmes; et glisser « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie » serait bien vu ».

Les Mamelles de Tirésias est un drame surréaliste de Guillaume APOLLINAIRE qui date de ses jeunes années (en 1903, Guillaume avait 23 ans) et achevé en 1916. La première représentation a eu lieu en 1917, et c’est pour cette œuvre qu’il a inventé le mot surréaliste, terme qui sera emprunté plus tard par André BRETON et sa bande.

Dans le domaine de la musique, on connaît (ou pas) l’adaptation musicale faite par Francis POULENC, mais on ignore assez généralement que la création de 1917 s’est faite avec une musique de scène de Germaine ALBERT-BIROT. Germaine Albert-Birot (1877 – 1931), née Germaine Reynaud d’Arc de Surville, fait partie de ces compositrices totalement méconnues, que l’on confond souvent avec son mari. Elle semble n’exister sur le net que dans les articles consacrés à Pierre Albert-Birot, et ne figure pas (encore) dans CLARA, le répertoire des compositrices.

Albert-Birot les Mamelles de Tirésias

Le pitch : Thérèse, refusant le rôle de procréatrice que lui assignent les hommes, se métamorphose en homme et prend le nom de Tirésias (du nom de Tirésias, dont Ovide nous relate les aventures dans le livre 3 de ses Métamorphoses [cf. ci-dessous]). Dès lors, c’est un homme, le mari de Thérèse/Tirésias, qui portera les enfants. On assiste donc à un entrelacement femme/homme – homme/femme, où les maris/femmes femmes/maris ne sont pas le courage l’une de l’autre (sauf à la fin 😉).

(On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir.)

Ce thème « Faites des enfants » qui revient tout au long de la pièce est une véritable anaphore, puisqu’on pourrait la résumer ainsi, du prologue : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère », au final : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère, cher public faites des enfants ».

Francis Poulenc a assisté à la création de 1917, et est resté très fidèle à la pièce dans son adaptation. L’idée de prendre les Mamelles de Tirésias comme sujet de son premier opéra lui vient dès 1938. Il achève sa partition en 1945, mais l’œuvre ne sera créée qu’en 1947, le temps pour Poulenc de trouver la chanteuse idéale (Denise DUVAL). Les Mamelles de Poulenc étaient une de ses œuvres favorites.


Prologue : Le directeur du théâtre annonce le sujet de l’opéra : le problème de la dépopulation. « Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère. »

Poulenc Les Mamelles de Tirésias PrologueCliquez sur le prologue

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Pardonnez moi cher publicCliquez sur le prologue et le début du 1er acte

Acte I : L’action se passe dans un Zanzibar d’opérette. Thérèse, une féministe, refuse le rôle de procréatrice que veulent lui imposer les hommes, et réclame de pouvoir être, soldat, artiste, députée, sénatrice, ministre, et même directrice de la chose publique (en latin, la Res Publica).

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Non monsieur mon mariCliquez sur Francis Poulenc et Denise Duval

Elle se transforme en homme en faisant exploser ses mamelles. À son mari qui arrive, elle annonce qu’elle n’est plus sa femme et qu’elle a masculinisé son nom en Tirésias. Le Mari apparaît « habillé en femme et les mains ligotées. » Il se fait courtiser par le Gendarme à qui il/elle plaît bien. Dès lors, il ôte ses vêtements de femme et annonce que puisque la femme ne veut plus faire d’enfants, il les fera tout seul !

Entr’acte : Les choristes : « Voyez l’impondérable ardeur naître du changement de sexes », alors qu’un chœur de nouveau-nés se fait entendre à l’orchestre.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias EntracteCliquez sur l’entracte

Acte II : Le même jour, au même endroit. La scène est encombrée de berceaux et le Mari est fier de sa nombreuse progéniture (40049 enfants). Un Journaliste parisien vient l’interviewer pour connaître son secret, mais il se fait chasser. Le Mari veut faire d’un des fils un journaliste, mais vite celui-ci veut le faire chanter pour avoir un peu d’argent de poche.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

Le Gendarme survient et lui reproche d’affamer la population de Zanzibar avec ses 40049 enfants. Le Mari conseille alors d’acheter des cartes de rationnement chez la Cartomancienne. Celle-ci arrive et glorifie la procréation, la véritable source de richesses. Le Gendarme veut l’arrêter, mais elle l’étrangle. Le Mari reconnaît sa femme Thérèse sous les voiles de la Cartomancienne et ils retombent amoureux l’un de l’autre, tandis que le Gendarme ressuscite.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias FinalCliquez sur le final

Retrouvez ma participation à l’A.I. d’avril ici : Cause toujours, tu m’intéresses.

Compositrices, Jazz, Mythologie, Nature

DES ÉTOILES À L’OPÉRA (6 JANVIER)

L’épiphanie est une fête chrétienne qui a lieu, traditionnellement, le 6 janvier (ou le premier dimanche de janvier). Dans la culture populaire, ce sont les rois mages, venus d’Orient et guidés par une étoile, pour saluer l’Enfant-Jésus qui vient de naître.

Ce qu’on appelle l’étoile du berger, un des objets célestes les plus brillants du ciel nocturne, est en fait une planète. Il s’agit de Vénus, la deuxième planète du système solaire. Sa proximité avec le soleil fait qu’on ne la voit qu’au lever et au coucher de celui-ci. Au milieu de la nuit, étant proche du soleil, elle est donc cachée en même temps que lui, et au milieu du jour, sa clarté est éclipsée par celle du soleil.

Vénus, c’est évidemment la déesse de l’Amour (Aphrodite chez les Grecs). C’est pour s’être réfugié chez elle que Tannhäuser, dans l’opéra de WAGNER, est rejeté par les hommes. Amusamment, dans cet opéra, on retrouve à la fois son côté pécheresse dans la « bacchanale » qui ouvre le premier acte, et son côté poétique dans la « romance à l’étoile » que Walter chante au 3e acte.

Wagner Tannhaüser BacchanaleCliquez sur la bacchanale au mont de Vénus

Wagner Tannhaüser Romance à l'étoileCliquez sur l’image

Mais revenons aux rois mages suivant leur étoile. BIZET s’est inspiré d’un vieux chant provençal pour sa « Marche des Rois », dans la musique qu’il a composée pour la pièce L’Arlésienne de DAUDET.

Bizet l'Arlésienne (Stutzmann)Cliquez sur l’orchestre et sa cheffe

Pour rester sur le thème de l’épiphanie, écoutons l’opéra jazz de COSMA Marius et Fanny, d’après PAGNOL.

Cosma Marius et FannyCliquez sur Marius et pis Fanny

Le ciel d’hiver se caractérise dans l’hémisphère Nord par la constellation d’Orion, et par une étoile très brillante, Sirius. Orion était un chasseur géant et redoutable. Artémis s’intéressait à lui, mais Apollon, le frère d’Artémis, craignant pour sa sœur, s’arrangea pour le faire mourir d’une flèche de la chasseresse. Quand elle comprit qu’elle venait de tuer Orion, elle le plaça dans le ciel, en compagnie de ses chiens, Sirius et Procyon.

Le mythe d’Orion a inspiré bien des compositeurs, de Louis de LA COSTE (1728) à Kaija SAARIHAO (2002).

Orion de de LA COSTE (1728)

de La Coste OrionCliquez sur la partition

Saariaho OrionCliquez sur les percussionnistes

Retrouvez prochainement d’autres histoires liées aux étoiles, constellations et héros de la mythologie, mais en attendant, je ne peux résister au plaisir de vous offrir « E lustevan le stelle », de la Tosca de PUCCINI. Le héros, Cavaradossi, au matin qui précède son exécution, voit le jour se lever sur Rome, et les étoiles s’éteindre dans le ciel.

Puccini Tosca E lucevan le Stelle (Kaufmann)Cliquez sur Cavaradossi

Point d'interrogationCliquez sur le bonus (habilement) caché

Compositrices, Divers

LES ANNIVERSAIRES DE 2021 – Partie 1 – les compositeurs et les opéras

Après les anniversaires de 2020, voyons quels anniversaires nous pourrons célébrer en 2021 (ou quelques événements que nous pourrons commémorer) :

Dans la catégorie « compositeurs » sont nommé(e)s :

Pauline VIARDOT, née il y 200 ans.

Viardot deux mélodiesCliquez sur Pauline Viardot

Daniel François esprit AUBER, qui est décédé il y a 150 ans.

Auber Manon Lescaut C'est l'histoire amoureuseCliquez sur Manon Lescaut

Alexandre ZEMLINSKY (1871 – 1942) né il y a 150 ans.

Zemlinsky Der Zwerg (le Nain)Cliquez sur la scène de l’opéra de Lille

Camille SAINT-SAËNS (1835 – 1921) dont on commémorera le centième anniversaire du décès.

Saint-Saëns Symphonie avec orgue finalCliquez sur les grandes orgues illuminées

Et enfin Igor STRAVINSKY qui est mort il y a 50 ans.

Stravinsky 3 mvts de Pétrouchka pour pianoCliquez sur la pianiste

Dans la catégorie « opéra » sont nommés :

Psyché de LULLY, créé il y a 350 ans, en 1671.

Lully Psyché Plainte italienneCliquez sur l’image

Zémir et Azor de GRÉTRY, créé il a 250 ans, en 1771.

Grétry Zémire et Azor la FauvetteCliquez sur l’image

Le Freischütz de WEBER créé il y a 200 ans, en 1821.

Weber Der Freischütz OuvertureCliquez sur l’orchestre

Il y a 150 ans, en 1871, on a pu assister à la création de

Siegfried de WAGNER

Wagner Siegfried l'oiseau de la forêtCliquez sur Siegfried et l’oiseau de la forêt

ainsi qu’Aïda de VERDI

Verdi Aïda O terra, addioCliquez sur Radamès et Aïda dans la nuit de leur tombeau

Il y a 100 ans, c’était les créations de

Katia Kabanova de JANACEK (1919 – 1921)

Janacek KAtia KabanovaCliquez sur Katia et Tychon

L’Amour des 3 oranges de PROKOFIEV

PRokofiev l'Amour des 3 oranges marcheCliquez sur les cuivres de l’orchestre

et les Mariés de la Tour Eiffel, par le Groupe des six (moins un).

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur l’image

Ne manquez pas, prochainement sur ce blog, la suite des événements à célébrer ou commémorer en 2021, avec les musiques qui ne sont pas de l’opéra mais que j’aime bien quand même, et les écrivains dont les œuvres ont suscité moult opéras.

Compositrices, littérature, Poésie

Louise BERTIN (1805 – 1877)

Louise BERTIN était la fille de Louis-François BERTIN, directeur du Journal des débats, un titre important au début du XIXe siècle et de Geneviève-Aimée-Victoire BOUTARD, pianiste qui lui donnera ses premières leçons de musique. La famille Bertin vivait donc dans un milieu culturel riche (INGRES faisait partie de leurs amis et a réalisé leurs portraits).

La petite fille, victime de séquelles d’une poliomyélite (elle marchait avec des béquilles, et était surnommée « la boiteuse ») se forme à la musique auprès des maîtres de son époque, FÉTIS et REICHA, Reicha qui avait eu pour élèves non moins que BERLIOZ et LISZT.

Dès ses vingt ans, elle compose deux opéras comiques Guy Mannering (1825), d’après Walter SCOTT et le très gothique Loup-garou (1827), ainsi qu’un opéra, Fausto (1831), d’après le Faust de GOETHE.

En 1836, elle compose pour l’Académie royale de musique son œuvre la plus marquante, Esmeralda, d’après Notre Dame de Paris, dont le livret est rédigé par Victor HUGO lui-même (c’est le seul livret d’opéra que composera VH, qui par ailleurs lui dédiera un des poèmes des Chants du Crépuscule). Hélas, la situation et les querelles politiques font que cette œuvre tombe rapidement, non pas pour des raisons musicales, mais par hostilité envers Louis Bertin et les positions politiques conservatrices défendues dans le Journal des débats. Et pourtant Berlioz, qui a dirigé les répétition d’Esmeralda, reconnaît une grande œuvre dans Esmeralda, alors que Liszt en fera la transcription complète pour voix et piano ! Les adversaires de Bertin, dont Alexandre DUMAS, iront même jusqu’à attribuer les meilleurs morceaux de la partition à Berlioz.

Bertin la EsmeraldaCliquez sur le disque

Après cet échec, elle ne composera plus que très peu, quelques mélodies, des ballades pour piano, des Fantaisies de chambre.

Revenons brièvement à Berlioz pour souligner qu’il a dédicacé ses Nuits d’été à Louise Bertin.

Berlioz Nuits d'été AbsenceCliquez sur l’image

Bertin mélodie Ah dors en paix mon bel enfantCliquez sur le disque

Elle se consacre dès lors à la poésie et publiera deux recueils, récompensés par l’Académie française. Son poème « Si la mort est le but » a été mis en musique par GOUNOD.

Gounod (Bertin) Si la mort est le but.Cliquez sur le disque

Louise Bertin meurt en 1877.

Bande dessinée, Compositrices, littérature, Mythologie, Théâtre

ALCESTE (et ADMÈTE)

Avant que d’être un gros garçon qui passe son temps à manger des tartines de confiture dans Le Petit Nicolas, de SEMPÉ et GOSCINNY, Alceste était une tragédie d‘EURIPIDE. Sa trame a inspiré beaucoup d’opéras, dont bon nombre se sont dissipés dans les méandres du temps et de l’oubli.

Le pitch : La tragédie d’Euripide peut être résumée ainsi – Admète, roi de Thessalie, est en train de livrer son dernier combat, celui contre la mort. Apollon, qui avait trouvé refuge chez lui après avoir été chassé de l’Olympe pour avoir tué les Cyclopes, a obtenu des trois Parques qu’à l’heure de sa mort, Admète puisse rester en vie si une personne se dévoue pour mourir à sa place. Sa femme Alceste se sacrifie pour lui et meurt. Hercule, l’ami d’Admète parvient à arracher Alceste à la mort et à la rendre à son époux (d’après CALZABIGI, le librettiste de GLUCK pour la version italienne).

Parmi les adaptations à l’opéra de ce mythe figure l’Antigona delusa da Alceste, de AURELIS, dont HAENDEL se servira pour son Admeto re di Tessaglia (1727).

Haendel Admeto, Re di TessagliaCliquez sur l’image

Dans les versions encore jouées de nos jours figurent l’Alceste de LULLY (1673), et celles de Gluck (version italienne en 1767 et version française en 1776).

Lully Alceste Alceste vous pleurezCliquez sur l’image

Par rapport à la version italienne, relativement fidèle à Euripide, la version française a été très resserrée sur les drames intérieurs d’Alceste et de son mari Admète, ce qui n’a pas contribué au succès de cette œuvre. Peu de temps après, on a rajouté le personnage d’Hercule (présent chez Euripide) pour pimenter un peu l’action et la rendre plus agréable au public, mais c’est GOSSEC (un des maîtres de BERLIOZ), qui a fait ces rajouts ultérieurs dans la partition de Gluck.

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur Alceste

Au XXe siècle, on peut encore noter l’Alceste (Alkestis) (1922) de BOUGHTON et celui de WELLESZ (1924) sur un livret de Hugo von HOFFMANNSTAHL.

Boughton Alceste (Alkestis)Cliquez sur Rutland Boughton

En 1960 encore, la compositrice Vivian FINE écrira l’œuvre pour orchestre en quatre mouvements Alcestis.

Fine AlcestisCliquez sur l’image

Un très grand merci à l’ami Totor Berlioz qui m’a donné l’idée de ce billet (il a consacré de très belles pages à l’Alceste de Gluck dans son ouvrage À travers chant).

Compositeurs, Compositrices, littérature

Pauline VIARDOT (1821 – 1910)

Figure incontournable de la vie musicale en France au XIXe siècle, Pauline VIARDOT (1821 – 1910), née GARCIA, était cantatrice et compositrice. Issue d’une famille de musiciens, elle était la sœur d’une autre cantatrice célèbre, La Malibran.

Elle débute comme pianiste (elle était élève de LISZT), mais après la mort de sa sœur en 1836 elle se tourne sur ses traces dès 1837. En 1839 elle fait ses débuts à l’opéra dans l’Otello de ROSSINI. L’année suivante, elle épouse le directeur du Théâtre Italien, Louis VIARDOT. Amie de George SAND et de CHOPIN, elle fréquente le milieu intellectuel parisien, qu’elle reçoit dans son salon. George Sand lui dédiera d’ailleurs son roman Consuelo.

BERLIOZ adaptera à sa voix de mezzo le rôle d’Orphée dans la reprise qu’il fera de l’Orphée et Eurydice de GLUCK et MEYERBEER adaptera pour elle son opéra le Prophète.

Gluck Orphée et Eurydice j'ai perdu mon EurydiceCliquez sur Orphée

Elle fait la connaissance de GOUNOD à Rome quand il était à la villa Médicis. Quelques années plus tard, ils se retrouvent à Paris et Gounod écrit pour elle son opéra Sapho.

Gounod Sapho Ô ma lyre immortelleCliquez sur Sapho

Lors d’un de ses séjours parisiens, TCHAÏKOVSKI la rencontre, et elle lui montre le manuscrit original du Don Giovanni de MOZART.

Comme son ami Liszt, elle fait beaucoup pour aider les jeunes musiciens, et c’est grâce à son aide que MASSENET peut monter son oratorio Marie-Magdeleine, alors que SAINT-SAËNS lui dédie son Samson et Dalila.

Massenet Marie-Magdeleine Ô mes soeursCliquez sur Marie-Magdeleine

Elle a l’occasion de chanter à l’opéra de Saint-Pétersbourg, ce qui lui permettra avec son mari de faire connaître la musique russe en occident. L’écrivain russe TOURGUENIEV tombera ainsi amoureux d’elle en 1843. Il restera ami du couple Viardot pendant quarante ans. Pauline le présentera d’ailleurs à George Sand.

En tant qu’interprète, BRAHMS, SCHUMANN ou FAURÉ ont écrit des mélodies pour elle.

Brahms les Bohémiennes (Viardot)

Quand à partir de 1863 elle perd ses aigus, elle doit quitter les scènes d’opéra, ne chantant plus qu’en privé, et se consacre à l’enseignement et à la composition musicale, écrivant de nombreuses mélodies et opéras.

Polyglotte, elle a écrit des mélodies françaises, des lieder allemands, des chansons espagnoles ou des romances russes. Par exemple, elle a déposé des vers sur les mazurkas de son ami Chopin.

Chopin Viardot Mazurka Hai LuliCliquez sur la célèbre cantatrice

La plupart de ses opéras ont été écrits sur des livrets de son ami Tourguéniev.

Viardot Berceuse cosaqueCliquez sur l’image

En 1870, elle a encore l’occasion de créer la Rhapsodie pour alto de Brahms.

Brahms Rhapsodie pour altoCliquez sur l’alto

En 1872, Saint-Saëns introduit le jeune Gabriel FAURÉ dans le salon des Viardot. (Cinq ans plus tard, il y aura un projet de mariage entre Fauré et Marianne, une des filles de Pauline, musicienne comme sa mère.) Fauré dédiera une de ses premières mélodies à Pauline (on trouve une mise en musique de ce même poème dans les Nuits d’été de Berlioz).

Fauré la chanson du pêcheurCliquez sur l’image

Opéras : Trop de femmes (opérette) (1867) l’Ogre (1868), l’opérette le dernier Sorcier (1869)

Viardot le dernier SorcierCliquez sur l’image

le Miroir (1869) Cendrillon (1904). La Nuit de la Saint-Sylvestre.

Viardot CendrillonCliquez sur la fée

Pauline Viardot meurt en 1910 à Paris.

Compositeurs, Compositrices

LILI BOULANGER (1893 – 1918)

Triste destin que celui de Lili BOULANGER, morte à 24 ans alors que commençait pour elle une carrière qui l’aurait placée aux premiers rangs des compositeurs et compositrices du XXe siècle. En effet, elle est atteinte très jeune d’une maladie des poumons qui la laissera toujours faible et l’emportera à l’âge de 24 ans.

Née à Paris en 1893 dans une famille d’artistes, son père était professeur au Conservatoire de Paris et sa mère cantatrice, elle grandit naturellement dans un milieu musical où figurent GOUNOD, MASSENET ou FAURÉ. Sa sœur aînée est Nadia BOULANGER, également compositrice et surtout extraordinaire pédagogue de la musique, qui a vu passer dans sa classe tout ce que le monde a pu connaître comme compositeurs pendant quelques décennies !

À six ans, Lili sait lire les partitions et commence à apprendre l’harmonie. Polyinstrumentiste, elle apprend le piano, le violon, le violoncelle et la harpe, tout en commençant à écrire quelques pièces musicales.

À seize ans, elle choisit sa voie, elle sera compositrice.

À dix-neuf ans, elle remporte le Grand Prix de Rome, devenant la première femme à remporter ce prestigieux prix, et la plus jeune lauréate. Son sujet : une cantate sur le second livre de Faust de GOETHE, Faust et Hélène. (Et encore, elle a dû renoncer à concourir l’année précédente, à cause de son état de santé !)

Lili Boulanger Faust et HélèneCliquez sur l’image

Elle part donc à la villa Médicis début 1914, mais n’y restera pas les trois ans « réglementaires » de sa résidence d’artiste. Malade, elle rentre en France en 1916.

Au cours de sa brève carrière, elle écrira des pièces pour piano,

Lili Boulanger pianoCliquez sur le pianiste

de la musique chorale et des cantates,

Lili Boulanger Du Fond de l'abîme (psaume 130)Cliquez sur l’image

des mélodies,

Lili boulanger Reflets (mélodie)Cliquez sur l’image

de la musique de chambre,

Lili Boulanger Nocturne violon pianoCliquez sur le nocturne pour violon et piano

et laissera inachevé un opéra, la Princesse Maleine, d’après l’œuvre de MAETERLICNK.

En 1918, elle dicte sur son lit de mort sa dernière œuvre à sa sœur Nadia : Pie Jesu. Elle meurt quelques jours avant Claude DEBUSSY.

Lili Boulanger Pie JesuCliquez sur le Pie Jesu

Retrouvez un autre article où je vous ai présenté de la musique composée par Lili Boulanger.

Ondines et naïades.

(Source principale : Encyclopaedia Universalis 2017)

Retrouvez d’autres compositeurs (et bientôt d’autres compositrices) chroniqués sur ce blog.

 

Compositrices, Fantaisie, Oulipo

QUELQUES AUTRES HAÏKAÏS (3e SÉRIE)

Le haïkaï (ou haïku) est une forme de poésie japonaise visant à évoquer en quelques mots l’essence des choses. Il se compose, dans notre alphabet occidental, de 3 vers de cinq, sept et cinq pieds.

Voici donc une troisième livraison de haïkaïs, dont certains écrits par vous (merci, merci, merci.)

Sur un haïkaï de John DUFF

Dans cet air très beau

Pretty s’est mise à chanter

Elle m’a fait pleurer

Verdi la Traviata Pretty Yende

Sur un haïkaï, en anagramme de confinement, réalisé dans le cadre du challenge #haikuchallenge

Ce confit ne ment

Et finement ne t’enfonce

En ce net moment

Alfano Cyrano (avec Placide Domingue)Cliquez sur l’image

Sur un hommage à JANKÉLÉVITCH

FAURÉ – DEBUSSY

Wladimir Jankélévitch

RIMSKI-KORSAKOV

Fauré Après un rêve

Sur un haïkaï de Marie-Anne

Vaisselle en musique

Concerto pour violon et

Torchon à carreaux

Beethoven concerto pour violon 3e mvtCliquez sur l’image

Sur une proposition de Philippe :

Chant de la sirène

Sur la plage désertée

Elle attend l’été

Lili Boulanger Les SirènesCliquez sur l’image

Sur un haïkaï de Luciole

Beauté de Psyché

Cupidon est en émoi

Décoche une flèche

Lully Psyché Plainte italienneCliquez sur l’image

Citations :
Concerto pour violon : Troisième mouvement du concerto pour violon de BEETHOVEN. (Pour ce mouvement, Beethoven a repris un chant révolutionnaire français, « Mieux vaut la mort que l’esclavage, c’est la devise des français ».)
Pretty s’est mise à chanter : La soprano Pretty YENDE s’est récemment illustrée dans la Traviata de VERDI. (Vous pourrez voir sa Traviata samedi 9 mai sur la 5.)
Ce confit ne ment : Pour illustrer cette terre du confit (d’oie ou de canard), j’ai choisi Cyrano de Bergerac de Franco ALFANO (celui-là même qui a achevé la partition de Turandot de PUCCINI.)
Fauré : Laissons-nous emporter par sa mélodie « Après un rêve ».
Chant de la sirène : Pour illustrer ce chant de la sirène, j’ai choisi « les Sirènes », une pièce de Lili BOULANGER, grande compositrice morte trop jeune.
Psyché : Je vous propose d’écouter un extrait de Psyché, de LULLY.
Retrouvez d’autre haïkaïs en cliquant sur le lien.
Bande dessinée, Compositrices, Le MET s'invite chez vous, littérature, Oulipo

LE MET S’INVITE CHEZ VOUS – semaine du 4 au 10 mai

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 4 au 10 mai 2020.

Au sommaire quelques classiques, de Don Giovanni de MOZART à La Bohème de PUCCINI, mais aussi un opéra contemporain avec L’Amour de loin, de la compositrice finlandaise Kaija SAARIAHO sur un livret d’Amin MAALOUF, et une rareté : Hamlet d’Ambroise THOMAS.

Pour vous connecter, c’est ici :

https://www.metopera.org/

Lundi 4 Mai Mozart Le Nozze di Figaro

Mozart Les Noces de Figaro Sull aria

Mardi 5 Mai Thomas Hamlet

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Mercredi 6 mai Kaija Saariaho L’Amour de Loin.

Saariaho L'Amour de loinCliquez sur l’image

Jeudi 7 mai STRAUSS Capriccio

Strauss Cappriccio METCliquez sur l’image

Vendredi 8 mai Puccini La Bohème

Puccini la Bohème O soave fanciullaCliquez sur l’image

Samedi 9 mai un documentaire sur l’histoire du MET.

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Dimanche 10 mai deux opéras véristes MASCAGNI Cavalleria Rusticana et LEONCAVALLO Pagliacci

Leoncavallo Pagliacci METCliquez sur l’image

Enfin, je m’en voudrais de quitter le MET sans mentionner la passionnante étude de Georges PEREC consacrée à Marcel GOTLIB, parue dans Cantatrix Sopranica sous le titre  « Une amitié scientifique et littéraire : Léon BURP et Marcel GOTLIB », article écrit à l’occasion de l’attribution du prix Nobel de botanique expérimentale à Marcel Gotlib. On y apprend notamment que Gotlib a été nommé à la tête du Metropolitan Opera de New York, où il a créé notamment les opéras Gault et Millau au Far West et surtout The Law of gravitation, monumentale saga retraçant la vie prodigieuse d’Isaac NEWTON.