Divers

LES MÉCHANT(E)S [TRÈS MÉCHANT(E)S]) DE L’OPÉRA

En assistant il n’y a guère à l’Opéra Bastille à Tosca de PUCCINI, il m’est revenu que le personnage de Scarpia est vraiment très méchant. Dès lors, me suis-je alors demandé, quels autres personnages vraiment très méchants peut-on trouver sur les scènes lyriques?

Le premier méchant vraiment méchant est une femme (c’est donc une méchante.) Il s’agit de la Reine de la nuit dans la Flûte enchantée de MOZART. Et son fameux air n’est qu’un appel au meurtre, où les notes aiguës représentent les coups de poignard qu’elle demande à Pamina de porter sur son ennemi Zarastro.

Flûte enchantée Reine de la nuitCliquez sur la méchante reine de la nuit

Aux notes aiguës de la Reine de la nuit répondent les notes graves d’Osmin, dans l’Enlèvement au sérail, du même Mozart. Osmin, Gardien du harem de Sélim, où est retenue Blondchen, ne rêve que de conquérir cette dernière.

Mozart l'Elèvement au sérail O, wie will ich triumphieren (Osmin)Cliquez sur le cruel Osmin

Dans Fidélio de BEETHOVEN, Pizzaro qui a fait mettre en prison Florestan va décider de le supprimer quand il apprend que le gouverneur va visiter sa prison.

Beethoven Fidelio PizarroCliquez sur Pizarro

On trouve dans Otello de VERDI un autre être réellement habité par le mal. C’est Iago, l’âme damnée d’Othello, qui par jalousie et ambition portera celui-ci à assassiner sa femme Desdémone. Il exprime toute sa mauvaiseté dans un « Credo » impie et blasphématoire.

otello credi un un dio crudeleCliquez sur le « Credo » blasphématoire

Scarpia donc, dans Tosca, exprime toute sa duplicité et son sadisme dans le second acte de l’opéra de Puccini, où on le voit faire porter une violence morale sur Tosca en faisant torturer sous ses oreilles son amant Cavaradossi. Tout cela pour posséder physiquement la belle jeune femme qui se refuse à lui. Comme Iago, il exprime sa fourberie en détournant l’usage d’un « Te Deum » pour exprimer sa joie à déployer ses pièges autour de Tosca et Cavaradossi.

Puccini Tosca Te DeumCliquez sur Scarpia laissant éclater sa joie mauvaise au cours du « Te Deum »

Dans Jenufa de JANACEK, la marâtre Kostelnicka cause le malheur de son entourage au nom de la morale. Notamment, elle enlève à l’héroïne son fils né hors de l’union sacrée du mariage pour aller le noyer dans la rivière gelée.

Janacek Jenufa Co chvila et fin acte IICliquez sur la marâtre Kostelnicka causant le mariage de son entourage par peur du candide raton

Divers

CHANTEUSES ET CHANTEURS À L’OPÉRA

En assistant il n’y a guère à l’Opéra Bastille à Tosca de PUCCINI, il m’est revenu que le personnage de Tosca est celui d’une cantatrice. Dès lors, me suis-je alors demandé, quels autres chanteurs ou chanteuses peut-on trouver sur les scènes lyriques ?

Le premier d’entre tous, le héros du premier opéra de l’histoire est Orphée, puisque c’est son histoire que MONTEVERDI a choisi de mettre en musique dans son Orfeo. De nombreux autres compositeurs se sont aussi emparés d’un aussi beau sujet.

Orphée était le fils d’un fleuve de Thrace et de la muse Calliope. La beauté de son chant apprivoisait les bêtes sauvages, et quand il est descendu aux enfers chercher son Euridyce morte, son chant émut les dieux infernaux qui lui permirent de la récupérer et de (tenter de) remonter dans le monde des vivants.

Au début du XIXe siècle, ROSSINI fait prendre des cours de chant à son héroïne dans le Barbier de Séville, et la leçon de chant que lui donne Lindoro est un bon prétexte pour tromper ce vieux barbon de Bartolo qui a des vues sur sa pupille.

rosssini barbier contro un corCliquez sur Rosine et Lindoro/Almaviva

Dans les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg de WAGNER, toute une partie de l’histoire tourne autour du concours de chant des fameux Maîtres-Chanteurs.

Wagner les Maîtres-chanteurs Beckmesser acte IIICliquez sur Sixtus Beckmesser

Un peu plus tard, dans les Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH, on trouve deux rôles de chanteuse. La première dans le prologue où la cantatrice Stella chante Don Giovanni de MOZART. La deuxième est Antonia, une chanteuse à la voix sublime, mais qui ne doit plus chanter sous peine de mourir.

contes d'hoffmann antoniaCliquez sur Antonia

J’en parlais dans l’introduction de ce billet Floria Tosca est une cantatrice qui ne rêve que de vivre d’art et d’amour (Vissi d’Arte).

Puccini Tosca Vissi d'arteCliquez sur Floria Tosca

Au XXe siècle, Richard STRAUSS s’y est pris à deux fois pour nous présenter des chanteurs et chanteuses dans ses opéras.

Dans Ariane à Naxos, une troupe de comédiens et une troupe de chanteurs sont priées par le maître de maison de fusionner théâtre et opéra.

Strauss Ariadne auf Naxos Noch glaub' ich dem einemCliquez sur Zerbinette, la chanteuse

On retrouve la thématique de l’opposition entre musique et théâtre dans Capriccio (1942).

Strauss Capriccio Kein andres, das mir so im Herzen lohtCliquez sur le ténor

Enfin, toujours au XXe siècle, dans l’Affaire Makropoulos de JANACEK, deux des nombreuses incarnations de la mystérieuse E.M. sont des chanteuses.

Janacek l'Affaire MakropoulosCliquez sur Emilia Marty

Divers

LES FANTÔMES À L’OPÉRA (2e série)

Je vous ai présenté il n’y a guère une première série d’apparitions de fantômes et de spectres à l’opéra. En voici donc une deuxième.

Commençons par l’Italie avec BELLINI et sa Somnambule (1831). Dans cette histoire qui se passe en suisse, un fantôme hante le village, ce que nous raconte très bien ce chœur.

Bellini La Sonnambula A fosco cieloCliquez sur l’image

Puis passons en Allemagne avec le Vaisseau fantôme (1842) de WAGNER. Le capitaine de ce vaisseau est damné pour avoir juré et blasphémé pendant une tempête. Dès lors, il est condamné à errer sans fin sur la mer, jusqu’à ce qu’il rencontre un vrai amour qui le délivrera de sa damnation.

Wagner le Vaisseau fantôme fantômeCliquez sur le fantôme du Hollandais

Retour en France avec la Nonne sanglante (1854) de GOUNOD. Dans cette histoire gothique à souhait, Rodolphe jure fidélité à celle qu’il croit être Agnès sa bien-aimée. Or, à la faveur de la nuit, c’est en réalité à la nonne sanglante qui hante le château qu’il prête son serment.

Gounod La Nonne sanglante 2Cliquez sur la nonne sanglante

Puis partons en Russie en 1890, avec TCHAÏKOVSKI qui fait intervenir le spectre de la comtesse dans la Dame de pique. Herrmann, un joueur invétéré, se rend près d’une vieille comtesse qui aurait une martingale magique pour gagner aux cartes. Pour obtenir son secret, il finit par la faire mourir. Le spectre de la comtesse revient quand Herrmann veut utiliser sa formule et le fait mourir.

Tchaïkovski la Dame de pique la mort de la comtesseCliquez sur la comtesse mourante

Heureusement pour nous, les apparitions de fantômes n’ont pas cessé avec le XXe siècle.

En Russie encore, mais en 1934 dans Lady Macbeth de Mzensk de CHOSTAKOVITCH, l’héroïne est hantée par le fantôme de son mari qu’elle a empoisonné.

Chostakovitch LAdy MAcbeth de Mzensk Acte IICliquez sur Lady Macbeth hantée par le fantôme de son mari

Divers, Maria Callas

LES FANTÔMES À L’OPÉRA (1ère série)

Je vous parlais il n’y a guère de Hamlet, d’Ambroise THOMAS, pièce où le fantôme du père d’Hamlet intervient auprès de son fils pour réclamer vengeance. Il m’est apparu intéressant d’aller chercher quelques autres apparitions de fantômes à l’opéra.

Un des premiers spectres à apparaître est celui du Commandeur dans le Don Giovanni de MOZART en 1788. Le Commandeur, qui s’est fait tuer au début de l’opéra par Don Giovanni revient à la fin le chercher pour le conduire en enfer.

Don Giovanni finalCliquez sur le fantôme du Commandeur

Une trentaine d’années plus tard, on est passé de l’opéra classique à l’opéra romantique, et WEBER fait intervenir des fantômes dans son célèbre Freischütz (1821). Notamment, dans la fantastique scène de la gorge aux loups où, à minuit, le diable négocie l’âme de Max en échange de balles magiques, apparaissent de fort effrayants fantômes.

Weber Freischütz scène de la gorge aux loups (début)Cliquez sur les fort effrayants fantômes

Encore quatre ans plus tard, en 1825, c’est BOÏELDIEU qui fait intervenir une étrange apparition dans sa très gothique Dame blanche. En effet, dans ce château en Écosse, le fantôme d’une dame blanche veille sur le domaine s’arrange pour que les affaires de la famille aillent bien.

Boïeldieu la Dame blanche D'ici voyez ce beau domaineCliquez sur la Dame blanche

Suivra un beau trio de fantômes dans les opéras belcantistes de DONIZETTI et BELLINI, avec la Somnambule (1831), Marie Stuart (1834) et Lucia di Lammermoor (1835).

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dolce Suono callas

Détour en Italie avec Macbeth (1847) de VERDI. À la fin de l’acte II, Macbeth est hanté par le spectre du roi Duncan, qu’il a contribué à assassiner.

Verdi Macbeth Final acte IICliquez sur Macbeth qui devient fou en voyant le spectre de Duncan lui apparaître

En 1868 et en France, dans Hamlet d’Ambroise THOMAS, il y a évidemment le spectre du père du héros qui vient réclamer vengeance.

Thomas Hamlet Spectre infernalCliquez sur l’image

Pour la Russie, dans Boris Godounov (1869) de MOUSSORGSKI, le tsar Boris est hanté par le fantôme du tsarévitch Dimitri qu’il a fait assassiner pour prendre sa place.

Boris mort de BorisCliquez sur la mort de Boris

Heureusement pour nous, les apparitions de fantômes n’ont pas cessé avec le XXe siècle.

En 1954 avec The Turn of the screw de BRITTEN.

Britten The Turn of the screw Duo Quint - JesselCliquez sur la gouvernante et le fantôme de Quint

Ou plus près de nous encore avec The Ghost of Versailles (1991) de CORIGLIANO.

Corigliano The ghosts of Versailles (MET)Cliquez sur l’image

J’aurais pu aussi vous parler de la légende du Fantôme de l’opéra, mais je l’ai déjà traitée sur ce blog.

À bientôt pour une deuxième série de fantômes à l’opéra.

Divers

LE RIRE (SCÈNES DE LIESSE À L’OPÉRA)

Pour rompre un peu avec la série sur les larmes à l’opéra commencée il y a peu, je vous propose un intermède plus réjouissant avec le(s) rire(s) mis en musique.

En 1689, PURCELL mettait en scène dans Didon et Enée des sorcières au rire tout à fait diabolique dans l’air « But ere we this perform ».

Purcell didon et Enée But ere we this performCliquez sur les sorcières au rire tout à fait diabolique

Passons au XIXe siècle avec le Freischütz (1821) de WEBER. Au début du 2e acte, Ännchen ne pense qu’à rire alors qu’Agathe s’inquiète pour son Max bien adoré.

Weber Der Freischütz Duo Agathe Ännchen du 2nd acte Schelm, Halt FestCliquez sur Agathe et Ännchen

Dans L’Élixir d’amour (1832) de DONIZETTI, les villageois font la fête à l’idée du mariage qui se prépare.

Donizetti l'Elisir d'amore Come Paride vezzosoCliquez sur la liesse villageoise

En 1846, au début de la Damnation de Faust de BERLIOZ, on entend la joyeuse ronde des paysans chantant et riant.

Berlioz La Damnation de Faust Ronde des paysansCliquez sur la joyeuse ronde des paysans chantant et riant

En 1854, dans l’Or du Rhin (Rheingold) de WAGNER, le rire des filles du Rhin se moquant du nain difforme Alberich va provoquer le drame. Pour se venger, Alberich va voler l’or du Rhin que les étourdies étaient censées garder.

Wagner Rheingold prélude BoulezCliquez sur l’image

On retrouve une scène de rire à la fin de la tétralogie dans le Crépuscule des dieux, quand les soldats de Hagen comprennent sa fine plaisanterie.

Wagner Crépuscule Ihr GibischsmannenCliquez sur les soldats de Hagen en liesse (à 6 mn 8 s dans la vidéo)

Si le rire des sorcières de Didon était diabolique, le rire de Méphistophélès dans le Faust de GOUNOD est proprement méphistophélique dans l’air « Vous qui faites l’endormie ».

Gounod Faust Vous qui faites l'endormieCliquez sur Méphisto

Quittons le XIXe siècle avec La Chauve-souris (Die Fledermaus) de STRAUSS (1874) et sa scène de liesse finale.

Strauss J Fledermaus O Fledermaus (final)Cliquez sur la scène de liesse finale

Retrouvez prochainement la suite des aventures du rire à l’opéra, avec le rire au XXe siècle.

Compositrices, Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETITE LARME ? – Partie 2, le XIXe SIÈCLE

Je vous parlais il n’y a guère des larmes à l’opéra et à la période baroque. Je me propose de prolonger ce sujet avec les larmes versées au XIXe siècle.

En 1807, à l’acte II de la Légende de Joseph en Égypte de MÉHUL, Jacob se réveille. Il a fait un rêve. Dans son rêve, il a vu son fils Joseph, disparu depuis longtemps et qu’il croyait mort. Il se rappelle alors son fils chéri. (Air : Ô, mon Joseph, cher enfant de mon cœur, le temps n’a pas séché mes larmes ».) Présents et tout aussi émus, ses fils Benjamin et Joseph (incognito) reprennent son très bel air dans ce bref duo.

Méhul Joseph O mon JosephCliquez sur Joseph (incognito), Jacob et Benjamin

Vingt-cinq ans plus tard, en 1832, ce sont de tout autres larmes qui perlent aux yeux de la coquette Adina dans L’Élixir d’amour de DONIZETTI, qui s’imagine que Nemorino ne l’aime pas. Nemorino, amoureux éconduit d’Adina reprend espoir en voyant cette larme furtive.

Donizetti l'Élixir d'amour Una furtiva lagrima (Alagna)Cliquez sur Nemorino

En 1837, dans son très théâtral Requiem, BERLIOZ nous régale et épuise les chœurs avec ce « Lacrimosa ».

Berlioz Requiem Lacrimosa (Bernstein)Cliquez sur l’image

Poursuivons notre voyage dans le temps et arrêtons-nous en 1851, avec Rigoletto de VERDI. À l’acte II, quand il comprend que sa fille se fait courtiser par le duc, le héros Rigoletto tombe en pleurs et s’humilie devant les courtisans. (Air : « Cortigiani, vil razza danata ».)

Verdi rigoletto Cortigiani, vil razza dannataCliquez sur Rigoletto

Verdi encore, deux ans plus tard, avec La Traviata. À la fin de cet opéra, Violetta, dite la Traviata, relit une lettre de Germont, le père de son amant Alfredo. Elle lit cette lettre au moment de mourir et pleure sur le passé perdu. (Air : « Adio del passato ».)

Verdi Traviata adio del passato DessayCliquez sur Violetta

Retour en France en 1886 avec Pauline VIARDOT qui met en musique la Chanson du pêcheur, de Théophile GAUTIER (une des six mélodies du cycle les nuits d’été de Berlioz.)

Viardot (Pauline) La chanson du pêcheurCliquez sur l’image

L’année suivante est celle de Werther de MASSENET. Liée par un serment fait à sa mère mourante, Charlotte ne peut répondre à l’amour que lui porte le jeune Werther. (Air: Va, laisse couler mes larmes ! »)

Massenet Werther les larmes qu'on ne pleure pasCliquez sur Charlotte

En 1892, dans Iolanta, l’héroïne de TCHAÏKOVSKI est aveugle et n’a jamais vu la lumière du jour ni la beauté des fleurs de son jardin. Quand un chevalier arrive chez elle et lui demande à quoi servent les yeux, elle ne peut que répondre : « à pleurer ».

Tchaikovski Iolanta Duo Iolanta VaudémontCliquez sur Iolanta et Godefroid

La même année, LEONCAVALLO mettait en scène les affres de la jalousie du clown Paillasse dans son opéra Pagliacci (Paillasse). À la fin du 1er acte, il sait que sa femme le trompe, mais il doit enfiler son costume de clown et faire semblant de rire, malgré ses pleurs rentrés (Air : Vesti la giubba »).

Leoncavallo Pagliacci Vesti la giubbaCliquez sur le clown Paillasse

En 1900, dans Rusalka de DVORAK, l’ondin, le père de l’ondine Rusalka qui a accepté de perdre son statut d’ondine et sa voix par amour pour un humain, pleure sur le triste sort de sa fille (Air : « Cely svêt neda ti »).

Dvorak Rusalka Cely svet neda tiCliquez sur l’ondin

Et pour entendre couler des larmes au XXe siècle, cliquez sur ce lien.

Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETITE LARME D’OPÉRA ?

Un des ressorts dramatiques les plus puissants en œuvre à l’opéra est l’amour, amour souvent contrarié qui occasionne pleurs et larmes.

Cette tradition des larmes mises en musique remonte à loin puisque dès MONTEVERDI, c’est en pensant à sa femme mourante que le compositeur a composé son Orfeo. Un autre opéra de Monteverdi est Arianna (Ariane). La partition en est malheureusement perdue, et il n’en subsiste qu’un air, le « lamento d’Ariane ».

Monteverdi Arianna Lasciatemi morireCliquez sur l’image

En 1676 et en France, LULLY fait se plaindre la déesse Cybèle dans son Atys, quand elle se rend compte qu’Atys ne l’aime pas.

Lully Atys Espoir si cher et si douxCliquez sur l’image

Un demi-siècle plus tard, HAENDEL nous livre dans son Jules César en Égypte (1724) le très beau duo entre une mère et son fils, Cornélie et Sextus, qui s’apprêtent à mourir « Son nata a lagrimar ».

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Sextus et Cornélie

En 1736, PERGOLÈSE écrit son Stabat Mater, pièce religieuse qui décrit les souffrances de la Vierge Marie au pied de la croix de son fils Jésus.

Pergolèse Stabat MaterCliquez sur l’image

En 1745, dans la comédie de RAMEAU Platée, Momus apporte à Platée les présents de l’amour : pleurs, cris, langueurs et espérance.

En 1762, dans Orfeo ed Euridice de GLUCK, rien n’égale la douleur d’Orphée qui a perdu son Eurydice.

Gluck Orfeo e Euridice Che faro senza EuridiceCliquez sur Orfeo

Quittons le XVIIIe siècle avec MOZART et son Requiem, particulièrement le « lacrimosa », ce mouvement qui décrit les larmes versées pour le défunt.

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Et je vous propose de retrouver prochainement une nouvelle sélection de larmes versées à l’opéra (ou à l’église), avec le XIXe siècle.

Divers, Histoire de l'opéra

SONNEZ TROMPETTES

J’aurais pu appeler ce billet « TROMPEZ SONNETTES », mais je serais arrivé à un tout autre texte, déplorant la dérive journalistique observée depuis quelques années, où l’important n’est plus d’informer, mais de faire coûte que coûte du buzz, et ceci au mépris de la vérité et de l’information.

Eh bien, il ne sera ici question ni de sonnettes ni de sornettes mais bel et bien de trompettes.

La trompette est certainement un des instruments de musique les plus anciens, avec la flûte (à partir d’os ou de roseaux), et les percussions.

L’Égypte antique en attribue l’invention au dieu Osiris, les Hébreux la font dériver du schofar, une corne de bélier où l’on soufflait à l’approche des ennemis. Plus tard, ils en réservent l’usage à leurs prêtres. Chez les Romains ou les Grecs, c’est l’aspect martial qui prédomine, pour mener les armées au combat.

Tout d’abord, et ce n’est pas anodin, je vous propose la toccata d’ouverture de l’Orfeo de MONTEVERDI, le premier opéra de l’histoire (1607).

monteverdi orfeo savallCliquez sur l’image

Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’antique instrument commence à ressembler à celui que l’on connaît aujourd’hui.

La musique baroque nous apporte ainsi de très beaux concertos pour trompette (et même pour deux, voire quatre trompettes).

Ainsi de celui de VIVALDI (pour deux trompettes.)

Vivaldi concerto pour 2 trompettesCliquez sur l’image

Ou de celui de CORELLI (pour 4 trompettes.)

Corelli Concerto pour 4 trompettesCliquez sur l’image

On peut aussi noter l’air, accompagné de la trompette, du Messie de HAENDEL « The Trumpet shall sound ».

Haendel Messiah The Trumpet shall soundCliquez sur le trompettiste

Quoi de mieux que la trompette pour ouvrir un Te Deum (une œuvre d’action de grâces jouée pour célébrer un événement, mariage ou victoire militaire).

Charpentier (Marc-Antoine) Te DeumCliquez sur l’ouverture du Te Deum de M.-A. CHARPENTIER et reconnaissez un air connu.

Au début du XIXe siècle, la trompette se dote de pistons, qui permettent toute une gamme de sons supplémentaires.

Hummel concerto pour trompetteCliquez sur l’image

Dans notre musique classique, les trompettes peuvent aussi représenter le Jugement dernier, et c’est l’usage que l’on trouve dans certains Requiems notamment dans les « Tuba mirum ».

Berlioz requiem tuba mirumCliquez sur les trompettes du jugement dernier (version Berlioz)

Verdi Requiem Tuba mirumCliquez sur les trompettes du Jugement dernier (version Verdi)

À l’opéra, on entend souvent les trompettes quand il y a une fanfare ou un défilé militaire. Les plus célèbres sont celles d’Aïda de VERDI.

aida illustr 2Cliquez sur la célèbre marche triomphale de l’armée égyptienne au son des trompettes

WAGNER confie aux trompettes le puissant motif de la Foi dans son drame sacré Parsifal.

Wagner Parsifal Ouverture la FoiCliquez sur le leitmotiv de la Foi dans l’ouverture de Parsifal

Peut-être sont-ce ces trompettes tout haut d’or pâmées sur le vélin que chante Mallarmé dans son Hommage à Richard Wagner, mais bien plus probablement sont-ce ces appels de fanfares qui appellent le public quand la représentation va commencer. (À Bayreuth, ce n’est pas une bête sonnerie qui avertit le public qu’il doit rejoindre ses places, mais une fanfare de l’orchestre, qui joue les principaux thèmes qui seront joués.)

Wagner Parsifal fanfare de BayreuthCliquez sur les cuivres de l’orchestre du Festival de Bayreuth

Au XXe siècle, on écrit encore pour la trompette, notamment JANACEK qui glisse 14 trompettes dans l’instrumentation de sa Sinfonietta.

Janacek SinfoniettaCliquez sur la vidéo

André JOLIVET a écrit son Concertino pour trompette en 1948.

Jolivet Concertino pour trompetteCliquez sur la partition

Bien entendu, la trompette est aussi un instrument important dans le jazz, de Louis ARMSTRONG à Winston MARSALIS, ou de Miles DAVIS à Ibrahim MAALOUF, mais il y aurait un billet à écrire rien que pour cette thématique.

Et si vous voulez encore un peu de trompette, cliquez donc sur le bonus mystère.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus mystère si vous voulez encore un peu de trompette

Divers, Histoire de l'opéra, Mallarmé

LE SILENCE EN MUSIQUE

« Le silence déjà funèbre d’une moire » ainsi commence l’hommage à Richard WAGNER que MALLARMÉ a composé en 1865.

Liszt la gondole funèbreCliquez sur la gondole

En solfège, le silence représente une pause dans la musique, un moment où aucune note n’est jouée, pause qui prend la valeur d’une ronde. Il existe des subdivisions du silence, dont le soupir dont la valeur correspond à une noire, soit le quart d’un silence.

De tout temps donc, le silence est consubstantiel à la musique. Il faut laisser des pauses pour laisser résonner la musique précédemment jouée.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’aphorisme de Sacha GUITRY, quand il déclarait « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de MOZART, le silence qui lui succède est encore de Mozart« .

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Selon Wladimir JANKELEVITCH dans la Musique et l’ineffable, l’évolution musicale de LISZT va du tumulte romantique des années de sa jeunesse à un effacement progressif : C’est ainsi que l’œuvre de Liszt, toute bruissante d’héroïsme, d’épopées et d’éclats triomphants, se voit aux approches de la vieillesse envahie peu à peu par le silence… de longues pauses viennent interrompre le récitatif, des mesures blanches espacent et raréfient les notes: la musique de la Messe basse, des Valses oubliées, de la Gondole funèbre et du poème symphonique Du berceau à la tombe devient de plus en plus discontinue, les sables du néant envahissent la mélodie et en tarissent la verve.

Liszt Valse oubliée n° 3Cliquez sur l’image

L’étape suivante de la néantisation de la musique est signée Alphonse ALLAIS. Déjà inventeur, bien avant MALEVITCH, des monochromes, comme ses tableaux Combat de nègres pendant la nuit (1882) ou Première communion de jeunes filles par temps de neige (1883), il a aussi composé la première musique entièrement silencieuse, avec sa Marche funèbre composée pour les funérailles pour un grand homme sourd (1897).

Allais Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourdCliquez sur la partition

Il faudra attendre presque 70 ans pour que ce concept soit repris par John CAGE avec sa pièce pour piano en trois mouvements intitulée 4 mn 33 s. En fait, Cage avait eu l’occasion de visiter une chambre anéchoïde, c’est à dire qui absorbe tous les bruits extérieurs, et s’attendait à trouver le silence absolu. Il avait été frappé de se trouver confronté à tous les bruits provoqués par son propre corps, des battements de cœur au souffle de sa respiration. Et donc la musique sous-tendue par 4 mn 33s, durée pendant laquelle le pianiste ne produit pas une seule note, est en fait le bruit provoqué par le public même, et par le pianiste, pendant cette attente interminable de 4 minutes et 33 secondes. Il existe des transcriptions de cette œuvre pour orchestre ou pour chœur. Vous ayant déjà présenté ce morceau par ailleurs, c’est la version orchestrale que je choisis de vous faire entendre aujourd’hui.

Cage 4 mn 33 s version pour orchestreCliquez sur l’image

« Musicienne du silence », ainsi se termine le poème Sainte, écrit par Mallarmé en 1886 sur un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

Gounod Messe de Sainte Cécile Sanctus (Alagna)Cliquez sur le Sanctus de la messe de Saint Cécile de GOUNOD

Et pour prolonger le son du silence, je vous propose de cliquer sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez prolonger le son du silence.

Cinéma, Compositeurs, Compositrices, Divers

QUELQUES COMPOSITEURS SUISSES

On connaît généralement peu de ce côté des Alpes les compositrices et compositeurs suisses. Pourtant, on gagne à écouter leurs musiques. Je vous en propose ici une petite sélection.

Caroline BOISSIER-BUTINI est née à Genève en 1786. D’abord pianiste, sa réputation dépasse vite les frontières de la Suisse. En 1818, elle se rend à Londres et à Paris et a l’occasion de se confronter aux meilleurs pianistes de sa génération. Son œuvre est essentiellement pianistique, mais elle a également écrit des concertos (pour piano) et des symphonies. Elle meurt près de Genève en 1836.

Boissier-Butini Sonate pour piano n° 2Cliquez sur la pianiste

Louis NIEDERMEYER est né en 1802 à Nyon. Après des études à vienne et à Rome, il compose son premier opéra pour Naples en 1820, à l’âge de 18 ans. Il s’installe à Paris en 1836, ville où il écrit encore trois opéras, avant d’écrire une Messe solennelle et de se tourner vers la musique sacrée. Il dirige ainsi l’école de musique religieuse de Paris, dont la mission était de séparer la musique religieuse et la musique profane, école plus connue aujourd’hui d’école Niedermeyer de Paris. Parmi les professeurs qui y ont enseigné figure SAINT-SAËNS, qui y a eu comme élèves FAURÉ et MESSAGER.

Niedermeyer le Lac (de Lamartine)Cliquez sur le Lac (de Lamartine)

Émile JAQUES-DALCROZE est né en 1865. Il suit ses études musicales au Conservatoire de Genève avant de les poursuivre à Paris, auprès de FAURÉ et DELIBES, et à Vienne auprès de BRUCKNER. Il est l’inventeur d’une méthode d’enseignement de la musique basée sur l’étude physique de la rythmique, méthode toujours en vigueur aujourd’hui et qui porte son nom. Il meurt à Genève en 1950.

Jaques-Dalcroze la VeilléeCliquez sur l’image

Ernest BLOCH est né à Genève en 1880. Il suit ses études à Genève, notamment avec Jaques-Dalcroze, puis à Bruxelles, Francfort et Paris. En 1904, il compose un opéra, Macbeth, d’après SHAKESPEARE. En 1913, il s’installe aux États-Unis où il enseigne la composition à Cleveland, avant de prendre la direction du Conservatoire de San Francisco. Son œuvre est nourrie d’inspirations juives, comme dans la suite hébraïque Schelomo. Il meurt à Portland en 1959.

Bloch SchelomoCliquez sur le célèbre violoncelliste.

Franck MARTIN naît à Genève en 1890. Il travaille la musique en cachette de ses parents et en 1926, il fonde la Société de musique de chambre de Genève. Il enseigne aussi à l’institut Jaques-Dalcroze et au Conservatoire de Genève. Parmi ses œuvres, on peut noter des pièces religieuses, mais aussi un opéra Der Sturm, d’après la Tempête de Shakespeare. Il meurt aux Pays-Bas en 1974.

Martin Messe pour double chœur a capellaCliquez sur l’image

Arthur HONEGGER, né en 1892 au Havre et mort à Paris en 1955 est le plus français des compositeurs suisses. Il étudie la musique à Zurich avant d’entrer au Conservatoire de Paris. Il fait partie du groupe des Six. Plus tard, il enseignera au Conservatoire de Paris où il aura comme élève notamment Olivier MESSIAEN. Il est l’auteur de musique symphonique, d’oratorios, d’opéras (l’Aiglon d’après ROSTAND), mais aussi de nombreuses musiques de film, dont le Napoléon d’Abel GANCE ou Regain de PAGNOL, et de l’opérette le Roi Pausole.

Honegger l'AiglonCliquez sur l’image

Willy BURCKARD est né dans le canton de Berne en 1900. Il poursuit ses études de musique à Leipzig, Munich et Paris, avant d’enseigner lui-même la composition et le piano à Berne. Il meurt en 1955 à Zurich.

Burckard Concertino pour violoncelleCliquez sur l’image

Heinrich SUTERMEISTER naît en 1910 et commence ses études de musique à Bâle. Plus tard, il travaillera à Paris et à Munich, où il rencontrera Carl ORFF. Sutermeister est surtout connu pour ses opéras, dont Raskolnikov d’après DOSTOÏEVSKI, Madame Bovary d’après FLAUBERT, ou encore Romeo und Julia d’après Shakespeare. Il meurt en 1995 à Sorges.

Sutermeister Romeo und JuliaCliquez sur l’image

Bernard REICHEL est né en 1901 à Neuchâtel. Après des études au Conservatoire de Bâle, il suit l’enseignement de Jaques-Dalcroze à Genève, puis passe un an à Paris. Il enseigne ensuite la musique au Conservatoire de Genève où il côtoie Franck Martin. Son œuvre comporte de la musique pour orgue (il était organiste), de la musique de chambre et de la musique religieuse. Il meurt en 1922 à Lutry.

Reichel MagnificatCliquez sur l’image

On pourrait encore citer dans cette liste Rolf LIEBERMANN (1910 – 1999) qui, outre ses fonctions de directeur de l’Opéra de Paris de 1973 -1980, a lui-même composé des opéras. C’est lui qui a convaincu Messiaen d’écrire son opéra Saint-François d’Assise.

(Un grand merci à Béatrice et Christiane, mes deux amies choristes [et suisses] de l’ensemble « Les Vocalistes européens », qui m’ont aidé à établir cette liste.)

(merci également à Sergio Belluz pour m’avoir suggéré quelques corrections ou ajouts https://www.sergiobelluz.com/ )