Agenda Ironique, Divers

PLAN PLAN RATAPLAN, C’EST LE BRUIT DU TAMBOUR

Quelques jours avant la célébration de la fête nationale française, et des marches martiales qui l’accompagnent, intéressons-nous au bruit du tambour.

L’onomatopée qui représente (en français) le bruit du tambour est ran plan plan, ran rataplan. On peut d’ailleurs en entendre dans mon article consacré aux onomatopées. Et comme le hasard fait parfois bien les choses, le thème de l’Agenda Ironique de juillet 2021 est précisément onomatopées, répétitions et accumulations, comme il est dit cidsous.

 » Tchachacha, froufrou, splat, et scouic. « 

 » Je vous propose d’utiliser onomatopées, répétitions et accumulations pour relater une étape de la vie d’une personne, ou un moment particulier, comme par exemple les préparatifs du matin, ou du soir. Quelques borborygmes seraient aussi les bienvenus. « 

 » Vous avez jusqu’au 26 juillet, et puis après on vote. Clap clap clap ! « 

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET! | Grain de sable (victorhugotte.com)

 » Si vous êtes nouveau ou nouvelle, vous postez votre texte sur votre blog, shlak!, et puis hop, vous copiez-collez le lien dans les commentaires ci-dessous.
Tic toc, tic toc…
« 

Et donc (roulement de 🥁), place au son du tambour !

Roulements de tambourCliquez sur le roulement de tambour

Commençons par Henry PURCELL, qui a composé en 1695 cette émouvante Musique pour les funérailles de la reine Marie, pour tambours et cuivres.

Purcell Musique pour les funérailles de la reine MaryCliquez sur l’image

On trouve de nombreuses scènes avec des soldats à l’opéra, et les compositeurs se sont fait un malin plaisir à faire chanter aux chœurs des plan plan rataplan, ou des rataplan plan plan.

Ainsi en 1832, dans l’Élixir d’amour, DONIZETTI fait arriver la garnison du sergent Belcore au son des tambours :

Donizetti l'Elisir d'amore Come Paride vezzosoCliquez sur l’image

En 1836, MEYERBEER va plus loin dans ses Huguenots en faisant chanter Rataplan plan plan au chœur.

Meyerbeer les huguenots C'est le jour RataplanCliquez sur l’image

Dans La Fille du régiment (1840) de Donizetti, on peut entendre l’air avec chœur « Au bruit de la guerre ».

Donizetti La Fille du régiment au bruit de la guerreCliquez sur la fille du régiment

On trouve une répétition de cette trame, réutilisée en 1879 par OFFENBACH dans son opérette la Fille du tambour-major. (Offenbach était familier des onomatopées puisqu’une de ses opérettes à pour titre Ba-Ta-Clan, titre qui a donné son nom à la salle de spectacle parisienne.)

Offenbach la Fille du tambour-majorCliquez sur la fille du tambour-major

En 1862, c’est VERDI qui nous propose un « rataplan rataplan » dans La Force du destin (La Forza del destino).

Verdi La forza Acte III RataplanCliquez sur l’image

Et si vous avez eu le courage ou la patience d’arriver jusqu’ici, cliquez donc sur le lien cidsous, vous pourriez être surpris(e).

Point d'interrogation

Divers

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 6 – LA COLÈRE

La liste des sept péchés capitaux : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère et la paresse a été fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique.

Après l’orgueil et la gourmandise, la luxure, l’avarice et la jalousie, la colère est donc le sixième péché capital.

On trouve des scènes de colère dans toute l’histoire de l’opéra, et les dieux se montrent aussi irascibles que les humains.

Jean-Philippe RAMEAU avait mauvais caractère. Au cours de sa vie, il a participé à trois « querelles » importantes dans l’histoire des idées de son siècle : La querelle des lullistes et des ramistes, la querelle des bouffons et la querelle des encyclopédistes. Est-ce pour cela que l’on trouve tant de personnages irascibles dans ses opéras ?

Ainsi dans les Indes galantes de RAMEAU, Huascar, le grand prêtre du soleil, prétend que la colère divine se manifeste alors qu’il simule une éruption volcanique pour faire fléchir les héros Phani et Carlos.

indes galantes 2Cliquez sur Huascar

Dans Zoroastre, c’est le couple formé par Érinice et Abramane qui est emporté par la fureur presque du début à la fin de l’œuvre.

Et dans les Boréades, c’est Borée, le dieu du vent, qui ne peut contenir sa colère quand il voit la reine Alphise renoncer à son trône pour n’avoir pas à choisir entre ses fils (les Boréades) comme époux.

La reine de la nuit, dans la Flûte enchantée de MOZART, exprime toute sa colère contre Zarastro dans l’air « der hölle Rache ».

Flûte enchantée Reine de la nuitCliquez sur la reine de la nuit

Chez WAGNER, c’est Fricka, l’épouse de Wotan, le dieu en chef, qui se met en colère dans La Walkyrie quand elle apprend que son mari veut favoriser un « champion », au mépris des lois qu’il est censé protéger.

Wagner die Walküre FrickaCliquez sur Fricka

Chez VERDI, c’est dans Otello que le héros, poussé par sa jalousie, pique une colère meurtrière qui lui fait tuer sa femme, Desdémone.

Verdi Otello Dio Mi potevi scagliarCliquez sur Otello

Dans L’Enfant et les Sortilèges, de COLETTE et RAVEL, l’enfant se fait punir par sa mère parce qu’il n’a pas fait ses devoirs. Il se met alors en colère et déchire tout ce qu’il trouve.

Ravel l'Enfant et les Sortilèges débutCliquez sur l’enfant

Dans la scène des énigmes de Turandot de PUCCINI, la princesse de Chine, qui veut venger le viol de sa grand-mère en faisant mettre à mort tous ses prétendants, propose ses énigmes à Calaf. Celui-ci trouve les réponses, faisant croître la colère de Turandot.

Puccini Turandot Straniero, ascoltaCliquez sur Turandot

Il y a une autre colère très populaire dans la musique classique, c’est un des thèmes principaux des Requiems : Dies Irae, dies illa… (Jours de colère que ces jours-là.)

Verdi Requiem Dies IraeCliquez sur l’image

Il y a d’autres scènes de colère dans l’opéra, mais il faut savoir se limiter. En tout cas ne manquez pas prochainement le dernier billet de cette série, la paresse.

Divers, Nature

IL FAUT CULTIVER NOTRE JARDIN – Partie 1 – le jardin le jour.

« Il faut cultiver notre jardin », telle est la conclusion en forme de morale du conte Candide de VOLTAIRE. Mais quelle est la place du (des) jardin(s) dans le monde merveilleux de l’opéra (et plus généralement de la musique dite classique) ?

Dans son opéra Xerxes (Serse), HAENDEL confie un de ses plus beaux airs à son héros, près d’un platane dans son jardin : « Ombra mai fu ».

Haendel xerxes Serse ombra mai fuCliquez sur le célèbre contre-ténor

Une bonne partie du Cosi fan tutte de MOZART se passe dans un jardin. Au premier acte, les deux sœurs Dorabella et Fiordiligi chantent leur bonheur d’aimer et d’être aimées quand survient Don Alfonso qui leur apprend que leurs fiancés doivent partir à la guerre.

Mozart Cosi fan Tutte Soave sia il ventoCliquez sur Dorabella, Fiordiligi et Don Alfonso

Au premier acte du trop rare Fierrabras de SCHUBERT, Emma et Eginhard chantent un duo passionné dans le jardin.

Schubert Fierrabras Der abend sinkt auf stiller FlurCliquez sur l’image

Dans Iolanta de Tchaïkovski, l’héroïne, aveugle de naissance, vit dans une maison isolée et entourée d’un jardin. C’est dans ce jardin qu’elle va rencontrer l’amour en la personne de Vaudémont.

Tchaikovski Iolanta Duo Iolanta VaudémontCliquez sur Iolanta et Vaudémont

Alors qu’il y a une belle scène de nuit dans le jardin des Capulet dans le Roméo et Juliette de GOUNOD, il y a également une scène de jour quand, le lendemain, le page revient chercher Roméo dans le jardin (Air : « Que fais-tu, blanche tourterelle ».)

Gounod Roméo et Juliette Que fais-tu blanche tourterelleCliquez sur le page

Au début d’Eugène Onéguine de TCHAÏKOVSKI, madame Larine et la nourrice de ses deux filles sont dans le jardin en début de soirée et devisent du passé quand on entend un le chœur des paysans qui célèbrent la fin des moissons.

Tchaïkovski Eugène Onéguine Chœur et danse des paysans

À l’acte II de Parsifal de WAGNER, le magicien (noir) Klingsor fait apparaître son jardin enchanté, et ses filles-fleurs chargées détourner les chevaliers du Graal du droit chemin.

Wagner Parsifal Filles-fleursCliquez sur la fille-fleur

Avant de terminer ce billet, écoutons Olivier MESSIAEN et sa fauvette des jardins, un catalogue de chants d’oiseaux retranscrits pour le piano.

Messiaen la fauvette des jardinsCliquez sur la fauvette des jardins

Mais revenons à notre cher Candide avec l’opérette éponyme de Léonard BERNSTEIN et son final « Let our garden grow » (« Cultivons notre jardin ».)

Bernstein Candide Make our Garden GrowCliquez sur Lenny

Et si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici, vous avez gagné le droit de cliquer sur le bonus surprise.

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici

Et ne ratez pas, prochainement sur ce blog, la seconde partie des jardins avec les jardins la nuit.

Divers, Fantaisie

ILS OU ELLES ONT CHANTÉ DU CLASSIQUE (3e Série)

Alors que certains chanteurs lyriques ne dédaignent pas chanter de la chanson dite de variété, le contraire est aussi vrai, et certains chanteurs de variété ne dédaignent pas interpréter des airs dits classiques. Après la deuxième série de ces airs, en voici donc une nouvelle.

Et comme pour le premier billet, je commence par Francis BLANCHE, avec sa version de l’ouverture du Barbier de Séville de ROSSINI interprétée par les QUATRE BARBUS.

rossini 4 barbusCliquez sur les quatre barbus

Joan BAEZ nous fait admirer la qualité et la pureté de sa voix dans la Bachianas Brasileiras n° 5 de VILLA-LOBOS.

Villa-lobos Baez Bachianas Brasileiras n 5Cliquez sur Joan Villa-Lobos

On a déjà rencontré sur ce blog Klaus NOMI chantant l’air du génie du froid, extrait du King Arthur de PURCELL. Il a aussi chanté l’air Mon cœur s’ouvre à ta voix, extrait du Samson et Dalila de Camille SAINT-SAËNS.

Saint-Saëns Samson et Dalila mon cœur s'ouvre à ta voix Klaus NomiCliquez sur Klaus Saint-Saëns

(il a aussi chanté la mort de Didon, mais c’est ça, ce sera pour le prochain billet consacré à ces chanteurs qui ont chanté du classique).

Les DOORS ont chanté Asturias d’ALBENIZ sur leur album « Waiting for the sun ».

The Doors Spanish CaravanCliquez sur les Portes d’Asturies

Mireille MATHIEU a sorti un album de « classiques » intitulé « Mes classiques ». (Oreilles sensibles s’abstenir)

Mathieu Schubert Ave MariaCliquez sur Mireille SCHUBERT si vos oreilles ne sont pas trop sensibles

Écoutez Barbra STREISAND dans « Memory », extrait de Cats de Andrew LLOYD WEBER.

Barbra Streisand LLoyd Weber MemoryCliquez sur Barbra Lloyd Weber

Henri TACHAN a rendu un bel hommage à Beethoven dans sa chanson « Ludwig »

Beethoven Tachan LudwigCliquez sur Henri Beethoven

Anne SYLVESTRE a chanté la Lettre à Élise de BEETHOVEN.

Beethoven Sylvestre Lettre à ÉliseCliquez sur Anne van Beethoven

Michel DELPECH a composé sa chanson « Tête de Turc » sur la Marche turque de MOZART.

Mozart Delpech tête de turcCliquez sur Wolfgang Amadeus Delpech

À bientôt pour une nouvelle série de morceaux classiques interprétés d’une façon moins classique avec des versions rocks, voir hard rocks.

Et si vous êtes joueurs ou joueuses, vous pouvez cliquer sur le cadeau bonus.

Point d'interrogationCliquez sur le cadeau bonus (si vous êtes joueurs ou joueuses)

Divers, Histoire de l'opéra

CONTRALTOS ET CONTRE-TÉNORS

Vous avez été plusieurs à me manifester le plaisir de découvrir le même air, « Che faro senza Euridice » de GLUCK, interprété soit par une voix de contralto (femme) soit par une voix de contre-ténor (homme). Voici donc un petit point sur la ressemblance et la différence entre ces deux voix.

gluck orfeo che faro senza EuridiceCliquez sur Orfeo (senza Euridice)

Dans les registres vocaux de la voix humaine (cf. la tessiture), la voix de contralto est la voix la plus grave des femmes alors que la voix de contre-ténor (ou haute-contre) est la voix la plus aiguë des hommes. En pratique, il peut y avoir recouvrement voire dépassement, et un contre-ténor dans les aigus chantera plus haut qu’une contralto dans les graves.

Voyons ce que nous dit le volume « Musique » de l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT (en respectant l’orthographe de l’époque).

Contralto, mot italien qui répond à notre mot haute-contre, mais les deux voix ne sont pourtant pas les mêmes, & leur diapason est assez différent. Le contralto italien est exécuté par des castrati à qui l’âge a rendu la voix plus grave ou par des femmes qui ont particulièrement cultivé les cordes (vocales) basses, & qui sont proprement, ce que nous appellons des bas-dessus.

La haute-contre, au contraire est la voix d’un homme dans toute l’étendue du terme, à qui la nature a donné une voix claire & s’élevant facilement dans le haut. Plusieurs, pour parvenir aux sons les plus aigus, sont obligés de forcer leurs moyens naturels en se resserrant le gozier; mais ils perdent ainsi en agrément(*) ce qu’ils gagnent en étendue, car ces sons étranglés manquent de douceur et de pureté.

À considérer le diapason de la clef d’ut qui sert aux deux espèces de voix, il est évident que ce sont les Français qui emploient la véritable haute-contre, & que les contralti italiens ne sont que des second-dessus… mais cette voix, les italiens l’appellent tenore sans la distinguer de cette autre dont le son est plus grave et plus nourri… On en peut donc conclure que les Italiens ne connaissent pas leurs chœurs la haute-contre, & qu’ils lui ont substitué le second-dessus, en continuant de le nommer contralto. Quelle peut en être la raison ? Je n’en vois pas d’autre que cette foule de malheureux castrati qui abondent en Italie, & qui, à un certain âge, ne sont plus en état de chanter le dessus. Comme le chant est néanmoins leur unique ressource, on a taché d’en tirer parti, & on les a placés dans le chœur, en leur donnant une partie de second-dessus analogue à leur voix…

Les hommes qui chantent le fausset, participent aux deux voix, & peuvent servir de liaison entre la haute-contre française et le contralto italien.

(*) agrément : On appelle ainsi dans la musique française certains tours de gosier & autres ornements affectés aux notes qui sont dans telle ou telle position, selon les règles prescrites par le goût du chant.

Voilà, c’est un peu technique, excusez-moi, mais j’adore me plonger dans ces vieux livres écrits presque en vieux françois !

Que retenir de cela ? Surtout et déjà qu’entre les Français et les Italiens, il n’y avait pas accord (ce qui est un comble pour des musiciens) sur les appellations des voix. Il faut dire qu’à l’époque de l’Encyclopédie, la Querelle des Bouffons n’était close que depuis peu de temps (disons une trentaine d’années). Cette querelle visait à trancher laquelle, de la musique française ou de la musique italienne, était le plus à même de porter l’émotion par le chant. RAMEAU défendait les couleurs de la musique française alors que JJ.ROUSSEAU défendait la musique italienne.

La Querelle des Bouffons étant partie d’une représentation de la Servante maîtresse de PERGOLÈSE en 1752, je vous propose d’écouter l’œuvre phare de ce musicien mort à 26 ans : le Stabat Mater, interprété ici par une soprano et un haute-contre.

Pergolèse stabat materCliquez sur l’image

250 ans plus tard, que peut-on encore dire sur ce sujet ?

Au XVIIIe siècle, il y avait encore une tradition assez forte « d’opérer » avant la puberté de jeunes garçons pour en faire des castrats (castrati en italien), qui gardaient ainsi une voix très aiguë. Dans les opéras, les rôles de femmes pouvaient être chantés par des hommes, les fameux castrats, alors que les rôles de très jeunes gens (typiquement des pages au service de la noblesse) pouvaient être chantés par des femmes.

Ceci peut s’illustrer par exemple dans le Jules César en Égypte de HAENDEL, où le rôle de César étant interprété à l’origine par un castrat doit de nos jours être chanté par un contre-ténor ou par une femme. Ceci nous donne le très beau duo « Son nata a lagrimar » entre César et Cornélie, où la voix d’homme est au-dessus de la voix de femme.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur César et Cornélie

De même dans Orlando furioso de VIVALDI, le rôle d’Orlando (Roland) étant chanté par un castrat est aujourd’hui chanté par une contralto.

Vivaldi Orlando furioso (Lemieux)Cliquez sur Orlando

Pour ce qui est des rôles de jeunes hommes, l’exemple le plus connu est certainement celui de Chérubin, dans les Noces de Figaro de MOZART.

Mozart le Nozze di Figaro Voi che sapeteCliquez sur Chérubin

Cette tradition de rôle travesti dure au moins jusqu’à Richard STRAUSS, puisque dans son Chevalier à la Rose (Der Rosenkavalier), le rôle d’Octavian, le jeune amant de la Maréchale, est chanté par une femme.

Strauss Rosenkavalier duo Octavian SophieCliquez sur Sophie et Octavian

Divers, Maria Callas, Mythologie

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 5 – LA JALOUSIE

La liste des sept péchés capitaux : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère et la paresse a été fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique.

Après l’orgueil et la gourmandise, la luxure et l’avarice, la jalousie est donc le cinquième péché capital.

La jalousie, c’est le désir porté à l’extrême de posséder quelque chose ou quelqu’un que l’on n’a pas. Dans le domaine amoureux, c’est l’illusion que la personne aimée en aime un autre.

On rencontre beaucoup d’histoires d’amour à l’opéra, c’est même un des moteurs principaux des livrets. Malheureusement, ces histoires d’amour sont parfois accompagnées par ce revers de la médaille amoureuse qu’est la jalousie.

L’archétype du jaloux est probablement le général vénitien Othello, dont l’histoire nous est narrée par SHAKESPEARE. La jalousie (amoureuse) d’Othello est attisée par la jalousie (d’ambition) du traître Iago, qui s’arrange pour faire croire à Othello que sa femme Desdémone le trompe. Évidemment, tout cela se terminera mal pour les protagonistes de cette histoire. ROSSINI et VERDI ont tous les deux porté ce drame à l’opéra. (D’après l’Encyclopédie Universelle des Jeux de Mots Pourris [EUJMP], ce serait depuis cette histoire qu’on parle des jalousies de Venise.)

otello nun mi temaCliquez sur Otello

Dans l’antiquité grecque ou romaine, il n’est pas rare de trouver des jaloux ou des jalouses chez les dieux. Ainsi de la jalousie de Junon, la femme de Jupiter que celui-ci trompait allègrement. Le ressort dramatique de Platée (1745) de RAMEAU est justement un piège que Jupiter tend à sa femme pour la punir de sa jalousie.

Dans Atys (1676) de LULLY, la reine des dieux, Cybèle, jalouse de l’amour d’Atys pour Sangaride décide de se venger. Par un enchantement, elle s’arrange pour qu’Atys, se croyant attaqué par une bête furieuse, tue Sangaride de sa propre main.

Lully Atys Toi qui portes partout et la rage et l'horreurCliquez sur Atys

Environ un siècle plus tard, c’est la jalousie de Diane qui prend à peu près la même forme dans Céphale et Procris (1773), de GRÉTRY. En effet, la nymphe Procris, qui était au service de Diane a quitté ce service pour l’amour de Céphale. Aidée de la déesse Jalousie, Diane s’arrange pour que Céphale, se croyant attaqué par une bête furieuse, tue Procris qu’il n’a pas reconnu. Mais heureusement, Amour veille et fait renaître Procris qui se jette dans les bras de Céphale.

Grétry Céphale et Procris Ballet des nymphes de DianeCliquez sur l’image

(Qu’il me soit permis ici de citer une anecdote personnelle, si je connais cet opéra de Grétry, pourtant peu connu, c’est parce que j’ai eu l’occasion de le chanter. C’est même la seule fois de ma vie où j’ai chanté à l’Opéra Comique, à Paris.)

En 1733, c’est la jalousie de la reine Phèdre qui s’exerce dans Hippolyte et Aricie de Rameau. Hippolyte aime Aricie, une prêtresse de Diane qui a renoncé à ses vœux de chasteté au service de la déesse. Mais Phèdre, la belle-mère d’Hippolyte aime celui-ci, et quand elle se rend compte qu’il en aime une autre, sa fureur jalouse éclate.

Rameau Hippolyte et Aricie final Ma fureur va tout entreprendreCliquez sur l’image

Quittons à présent la mythologie pour nous rapprocher des humains.

Dans Les Pêcheurs de perles (1863) de BIZET, quand Leïla vient voir Zurga pour lui demander de sauver Nadir, la jalousie de Zurga prend le dessus sur son amitié et il confirme la condamnation à mort de Nadir.

Bizet Les Pêcheurs de perles Je frémis, je chancelleCliquez sur Zurga et Leïla

Dans Tosca (1899) de PUCCINI, Flora Tosca laisse éclater sa jalousie quand elle découvre le portrait que son amant, le peintre Cavaradossi, a peint dans la chapelle qu’il décore.

Puccini Tosca Quale occhioCliquez sur Tosca

Les choses ne s’arrangent pas au XXe siècle (l’humain reste humain) avec l’introduction des avancées de la psychologie dans les livrets d’opéra, ainsi dans Jenufa (1903) de JANACEK, Laca, le demi-frère de Steva est jaloux de l’amour de Jenufa pour Steva, et il la blesse au visage avec son couteau, la défigurant.

Janacek Jenufa Jak razm vsecko (final acte I)Cliquez sur Jenufa et Laca

Et chez BERG, dans Wozzeck (1922), le monde (déjà fragile) du héros s’écroule quand il apprend que sa femme Marie le trompe avec le major. Pris de folie, il la tue par une nuit de pleine lune.

Berg Wozzeck Acte 3 scène 2Cliquez sur l’image

Je vais m’arrêter ici sur ce thème des scènes de jalousie à l’opéra, mais j’aurais largement de quoi écrire un second billet dessus.

Et retrouvez un autre péché capital avec la colère.

Artistes, Divers, Grandes voix

IN MEMORIAM CHRISTA LUDWIG (1928 – 2021)

La grande cantatrice Christa LUDWIG nous a quittés le 24 avril 2021.

Fille d’un ténor et d’une mezzo, Christa Ludwig fait ses débuts sur scène à l’âge de 18 ans, dans le rôle d’Orlovski de la Chauve-souris (die Fledermaus) à Francfort.

En 1954, elle débute au Festival de Salzbourg dans le rôle de Chérubin des Noces de Figaro (le Nozze di Figaro), sous la direction de Karl BÖHM (pour les plus jeunes de mes lecteurs, Karl Böhm était un des trois grands chefs qui ont marqué ma jeunesse, avec Herbert von KARAJAN et Georg SOLTI.)

En 1955, elle rejoint la troupe du prestigieux Wiener Staatsoper (opéra d’état de Vienne), où elle chantera pendant 30 ans.

En 1959, elle fait ses débuts aux États-Unis, notamment au MET où elle chante le rôle de Chérubin. Sa carrière internationale est ainsi définitivement lancée.

En 1966, elle est invitée au Festival de Bayreuth, où elle chante le rôle de Brangäne dans Tristan und Isolde.

Avec l’âge, sa voix lui permet d’aborder un répertoire plus vaste, incluant Carmen, Kundry de Parsifal de WAGNER ou encore Dalila dans Samson et Dalila de SAINT-SAËNS.

Wagner Parsifal (Christa Ludwig)Cliquez sur Kundry

Outre les rôles déjà cités, elle a aussi interprété Ottavia dans le Couronnement de Poppée de MONTEVERDI, Iphigénie dans Iphigénie en Aulide de GLUCK, Léonore dans Fidelio de BEETHOVEN, Vénus dans Tannhaüser, Fricka dans la Tétralogie, la Maréchale dans le Rosenkavalier de STRAUSS, mais également des rôles dans des créations contemporaines (L’École des femmes, de Rolf LIEBERMANN).

Beethoven Fidelio (Christa Ludwig)Cliquez sur Léonore

Une autre corde vocale à son arc musical était la mélodie, et elle s’est illustrée notamment par ses interprétations de SCHUBERT, SCHUMANN, BRAHMS ou MAHLER.

Schubert An die Musik (Christa Ludwig)Cliquez sur Christa Ludwig interprétant Schubert

Schumann Liederkreis (Christa Ludwig)Cliquez sur Christa Ludwig interprétant Schumann

Brahms Rhapsodie pour alto (Christa Ludwig)Cliquez sur Christa Ludwig interprétant Brahms (avec orchestre)

Mahler Lieder eines fahrenden Gesellen (Christa Ludwig)Cliquez sur Christa Ludwig interprétant Mahler (avec orchestre)

(Source principale : Wikipedia)

Et pour conclure cet hommage, un petit cadeau bonus pour ceux et celles d’entre vous qui ont eu le courage d’arriver jusqu’ici :

Point d'interrogationCliquez sur le cadeau bonus

Divers

TROISIÈME ANNIVERSAIRE DU BLOG

Voilà déjà trois ans que je me suis lancé dans cette aventure d’un blog consacré à la musique et à la littérature. En trois ans, j’ai publié presque 500 billets. Au début, j’en publiais beaucoup pour enrichir ma base de connaissances, et maintenant je suis arrivé à un rythme d’un billet tous les 3 jours (sauf événement spécial), plus le MET qui s’invite chez nous toutes les semaines.

Vous vous êtes mis à plus de 24 500 visiteurs cumulés, venus de 118 pays, pour voir 57 000 vues sur ce blog.

J’ai consacré 82 billets à mes opéras préférés, de l’Orfeo de MONTEVERDI à Death in Venice de BRITTEN, ou de Aïda de VERDI à Zoroastre de RAMEAU. Le plus regardé est celui consacré aux Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH, juste devant Le Barbier de Séville de ROSSINI.

Rossini Il Barbiere di Siviglia Largo al factotumCliquez sur Figaro

J’ai également consacré 51 billets à des compositeurs, de Monteverdi à BRITTEN. Le compositeur qui vous a le plus intéressé est Franz SCHUBERT. J’ai aussi cette année créé une nouvelle catégorie où l’on trouve des compositrices, pour la plupart injustement méconnues.

Schubert FierrabrasCliquez sur Fierrabras (de Schubert)

Ces chiffres de 81 opéras et 51 compositeurs (ou compositrices) chroniqués sont à rapprocher de mon objectif initial, quand j’ai commencé mon livre sur l’opéra (livre qui s’est transformé au cours du temps en ce blog), de retenir 99 opéras et 49 compositeurs (j’avais en tête pour la structure du livre La vie mode d’emploi de PEREC.)

Une autre catégorie pour laquelle j’ai créé un métabillet vous permettant de vous y retrouver facilement est celle des écrivains liés au monde de l’opéra ou de la musique. Il y a à ce jour 35 écrivains passés à ma moulinette, de SOPHOCLE à ECHENOZ, le billet le plus consulté étant celui consacré à Victor HUGO.

Voilà, il y a encore bien d’autres catégories, consacrées à l’histoire, au cinéma (pas encore assez par rapport à mon objectif initial), à la nature, à la bande dessinée, à la poésie, à l’OuLiPo, au dessin animé…

La vidéo la plus regardée est, d’une manière assez inattendue celle-ci :

Point d'interrogationCliquez sur la vidéo la plus regardée, et ce d’une manière assez inattendue

Côté classique, la vidéo la plus regardée est l’Ave Maria de Schubert interprété par Maria CALLAS.

Schubert Ave Maria CallasCliquez sur la Callas

J’espère que vous resterez nombreux à venir partager ma curiosité pour tous ces thèmes qui gravitent autour de l’opéra !

Et pour finir ce billet, je vous propose de retrouver une de mes vidéos préférées, Nathalie Stutzmann et Philip Jaroussky dans un duo de HAENDEL.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Philippe Jaroussky et Nathalie Stutzmann

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise

Post Scriptum : qu’il me soit permis ici de rendre un hommage à la très grande cantatrice qu’était Christa LUDWIG, décédée le 24 avril2021 à l’âge de 93 ans. (Et que penseriez-vous d’un billet qui lui serait consacré ?)

Brahms Von ewiger Liebe (Christa Ludwig)Cliquez sur l’hommage

Divers

ET DU CHAOS JAILLIRA LA LUMIÈRE

J’aurais pu intituler ce billet « Quand l’obscurité fait place à la lumière », mais ce titre aurait été moins percutant.

Un des premiers airs qui me vient à l’esprit sur ce thème est la cantate Aus der Tiefen rufe ich zu dir (Du fond des ténèbres, je crie vers toi, Seigneur), une des premières cantates de J.S.BACH, datée de 1707.

Bach (Jean-Séb) Aus der Tiefen rufe ich su dirCliquez sur l’image

Quelques décennies plus tard, Joseph HAYDN, dans son oratorio La Création (die Schöpfung) décrit de manière très contrastée le chaos originel duquel Dieu fait surgir la lumière.

Haydn la Création début chaos lumièreCliquez sur l’image

Dans la Flûte enchantée (Zauberflöte), de MOZART, le héros doit vaincre symboliquement l’obscurité pour parvenir à la lumière de la connaissance. À la fin, la reine de la Nuit et Monostatos sont rejetés dans les ténèbres, alors que Pamina et Tamina accèdent à la lumière de la Connaissance.

Mozart Zuberflöte la Flûte enchantée finalCliquez sur la scène finale

Dans Fidelio de BEETHOVEN, les prisonniers célèbrent la lumière quand on les tire de l’obscurité du cachot où ils croupissent.

Beethoven Fidelio O welche lust (MET 2000)Cliquez sur les prisonniers

On trouve un effet semblable au début du dernier mouvement de la 9e symphonie de Beethoven où, après une sorte de chaos orchestral, une phrase lumineuse surgit et prend le dessus (jusqu’à devenir le thème qui sera repris par le chœur dans l’Ode à la Joie, de SCHILLER.)

Beethoven 9e symphonie 4e mouvementCliquez sur l’orchestre et le chœur

Dans son très théâtral Requiem, BERLIOZ crée un effet terrible dans le mouvement « Tuba mirum ». Ce mouvement correspond aux trompettes du jugement dernier, annonçant le Juge suprême qui donnera à chacun la place qu’il aura méritée suite à son séjour sur terre. Il commence donc par les fameuses trompettes, sonnant aux quatre coins de l’église, suivies d’un roulement de timbales crescendo, avant que le chœur n’exprime la lumière du rédempteur effaçant les ténèbres.

Berlioz Requiem tuba mirumCliquez sur le chœur annonçant la lumière surgissant du chaos et des ténèbres

Qu’il me soit permis ici de citer une anecdote vécue dans ma folle jeunesse. Je participais à une production un peu mégalo du Requiem (cf. cliché photographique cidsous, je suis dans le cercle rouge au fond), avec deux cents instrumentistes et sept cents choristes. Derrière le chœur se trouvaient HUIT paires de timbales et le nombre de cuivres qui convenait pour les accompagner, le tout jouant fortississimo. Quand le chœur a commencé à chanter pour s’extraire du chaos, je n’ai RIEN entendu. J’ai regardé autour de moi, ai vu tous ces choristes bouches grand ouvertes, mais pas le moindre son n’arrivait à percer les ténèbres. Le chef a dû se résoudre à demander aux instrumentistes de faire un fortissimo au lieu d’un fortississimo !

requiem

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Divers

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 4 – L’AVARICE

La liste des sept péchés capitaux : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère et la paresse a été fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique.

Après l’orgueil et la gourmandise, et la luxure, l’avarice est donc le quatrième péché capital.

L’avarice, c’est ce péché qui consiste à ne pas vouloir se départir de ses biens ou de son argent. À ce titre, on peut dire que l’avare se prive de tout pour ne pas se priver de son argent.

[Il y a de cela fort longtemps, les avares cachaient leur « épargne » dans des bas de laine, et on disait qu’ils faisaient de la contention de cet argent. C’est de là que vient l’expression « un bas de contention pour l’avarice ». (Ce jeu de mots a été homologué par la LDDDJDMP ! 🤣)]

Plus sérieusement, dans notre culture, l’Avare, c’est d’abord Harpagon, le personnage de la pièce de MOLIÈRE datant de 1668. Cette pièce a été mise en musique à plusieurs reprises, par ANFOSSI en 1775, ASTARITA en 1776, ORLANDI en 1801. On peut aussi noter une musique de scène écrite par Maurice JARRE, le père de Jean-Michel.

En 1787, le compositeur italien CAMBIN écrit pour Paris l’opéra bouffon le Tuteur avare.

Avant Molière, SHAKESPEARE avait mis en scène dans le Marchand de Venise (1597) le personnage de Shylock, un riche usurier juif dont l’avidité à recouvrir ses prêts peut être vue comme de l’avarice. Cette pièce a fait l’objet en 1935 d’un charmant opéra de Reynaldo HAHN (1874 – 1947).

Hahn le Marchand de VeniseCliquez sur l’image

Dans l’Or du Rhin (Rheingold) (1854), WAGNER met en scène deux personnages qui perdent tout pour avoir voulu mettre la main sur l’Or du Rhin. Il s’agit des géants Fasolt et Fafner, qui se disputent pour posséder l’anneau magique forgé avec l’Or du Rhin. Pour l’obtenir, Fafner tue son frère Fasolt et va se réfugier dans une caverne, sous la forme d’un dragon qui lui permet de veiller tranquillement (et stérilement) sur son or.

Wagner das Rheingold Fafner und FasoltCliquez sur l’image

En 1836, POUCHKINE écrit Le Chevalier avare, pièce qui sera portée à l’opéra par RACHMANINOV en 1904.

Rachmaninov le Chevalier avareCliquez sur l’image

Et on retrouve évidemment l’avarice dans le ballet Les sept péchés capitaux (1933) de Kurt WEILL.

Weill les sept péchés capitaux l'avariceCliquez sur l’image

Retrouvez ici le cinquième péché capital, la jalousie.