Mes opéras préférés

LES HUGUENOTS, de MEYERBEER (1836)

Archétype du GOF, le Grand Opéra à la Française, les Huguenots est un opéra de MEYERBEER datant de 1836, sur un livret de l’incontournable SCRIBE, écrit d’après les Chroniques du règne de Charles IX, de Prosper MÉRIMÉE. L’action se passe à la cour, dans les jours qui précèdent le Massacre de la Saint-Barthélemy.

Meyerbeer, qui a sa plaque de rue dans le quartier de l’opéra à côté de celle d’HALÉVY, a eu une influence durable sur l’opéra français, de BERLIOZ à GOUNOD, voire jusqu’à BIZET.

Le pitch : Roméo et Juliette (Raoul et Valentine) entre un protestant et une catholique, à l’époque du massacre de la Saint Barthélemy.

Ouverture : Meyerbeer s’est servi pour l’ouverture d’un choral de Martin LUTHER, « Ein feste Burg ist unser Gott », choral que l’on retrouve ensuite, par exemple dans l’air du protestant Marcel.

Meyerbeer les huguenots ouvertureCliquez sur l’ouverture

Acte I : Le comte de Nevers et ses amis catholiques font la fête dans son château tourangeau. Nevers a invité un de ses amis protestants, Raoul, à se joindre à eux. Raoul raconte qu’il a eu l’occasion de sauver une belle inconnue, dont il est tombé immédiatement amoureux. (Air: « Plus blanche que la blanche hermine ».

Meyerbeer les huguenots plus blanche que la blanche hermineCliquez sur Raoul

Marcel, le serviteur de Raoul, ne voit pas d’un bon œil son maître « pactiser » avec les catholiques, et entonne un air de guerre protestant. (Air : « Piff, paff, pouff ».) (Quand j’ai entendu cet air à l’opéra de Paris en 2018, je l’ai intégré en rentrant à mon billet sur les onomatopées.)

Meyerbeer les huguenots pif paf poufCliquez sur Piff paff pouff

Une jeune femme arrive qui demande à parler à Nevers en privé. Raoul reconnaît sa belle inconnue. Il s’agit de Valentine, belle comme une peinture, fiancée à Nevers et venant lui annoncer sa rupture. Raoul pense qu’il s’agit d’une des nombreuses conquêtes de Nevers.

Urbain, un jeune page, apporte une lettre à Raoul lui demandant de se laisser conduire en un lieu secret. Toute l’assemblée, sauf Raoul, reconnaît sur la lettre le sceau de Marguerite de Valois.

Meyerbeer les huguenots une dame noble et sageCliquez sur Urbain

Acte II : Marguerite de Valois se trouve dans le parc du château de Chenonceau avec ses suivantes. (Air: « Ô beau pays de la Touraine ».)

Meyerbeer les huguenots Ô beau pays de la TouraineCliquez sur Valentine

Valentine, sa demoiselle d’honneur préférée lui apprend qu’elle aime un huguenot et qu’elle a rompu ses fiançailles avec Nevers. Marguerite, qui veut rapprocher catholiques et protestants, lui promet d’essayer de favoriser son mariage. Quand on amène Raoul, Valentine, intimidée, s’enfuit. Raoul est frappé par la beauté de Marguerite et jure de lui obéir.

La noblesse du pays arrive, dont Nevers et Saint-Bris, le père de Valentine. Marguerite réussit à convaincre celui-ci de marier sa fille à Raoul. Quand les deux jeunes gens se rencontrent enfin, ils se reconnaissent, mais Raoul, toujours sur sa funeste illusion, refuse le mariage, provoquant la consternation générale.

Acte III : Quelques jours plus tard, à Paris. On entend le chœur des huguenots auquel répond le chœur des jeunes filles catholiques sur le chemin de Valentine et Nevers qui s’apprêtent pour leur mariage. Les deux chœurs finissent par se superposer dans un effet saisissant dont saura se souvenir Berlioz dans sa Damnation de Faust (Double chœur des étudiants et des soldats qui se croisent sur la scène.)

Meyerbeer les huguenots Vierge Marie vs RataplanCliquez sur l’image

Marcel vient prévenir Saint-Bris, qui les accompagnait, que Raoul le provoque en duel. Un gentilhomme catholique conseille à Saint-Bris de faire assassiner Raoul pour s’en débarrasser. Valentine, qui a entendu, demande à Marcel d’aller prévenir son maître.

À la nuit tombée Raoul, Saint-Bris et leurs témoins se retrouvent pour le duel. Marcel essaye de prévenir Raoul du piège qui lui est tendu, mais celui-ci ne peut y croire. (Septuor du duel : « En mon bon droit faisons confiance ».)

Meyerbeer les huguenots Septuor du duelCliquez sur l’image

Quand les catholiques arrivent, Marcel appelle des huguenots en train de boire dans un cabaret proche pour qu’ils défendent Raoul. (Chœur : « Rataplan, plan, plan ».)

Meyerbeer les huguenots C'est le jour RataplanCliquez sur l’image

La tension entre les deux camps est extrême quand Marguerite de Valois survient et interrompt le début du combat. Elle dissipe le malentendu de Raoul, qui se rend compte alors que Valentine vient de lui sauver la vie. Mais trop tard, Nevers vient la chercher pour se rendre au banquet de leurs noces.

Acte IV : Valentine est chez elle. Elle regrette son mariage et demande à Dieu de lui apporter l’oubli. Raoul se présente pour lui demander pardon. Quand Nevers et Saint-Bris arrivent à leur tour, Raoul a tout juste le temps de se cacher.

Les catholiques se réunissent pour sceller le sort des huguenots en déclenchant la nuit de la Saint-Barthelémy. Nevers refusant de participer est mis aux arrêts. Trois moines bénissent les poignards, demandant aux catholiques de massacrer un maximum de protestants. (Bénédiction des poignards : « Gloire, gloire au grand dieu vengeur ».)

Meyerbeer les huguenots Gloire, gloire au grand dieu vengeurCliquez sur l’image

Une fois les conspirateurs sortis, Raoul sort de sa cachette. Il veut aller prévenir ses amis quand Valentine essaie de le retenir, lui avouant son amour. Il la repousse pour aller défendre les siens. (Duo : « Ô ciel, où courez-vous ? »)

Meyerbeer les huguenots duo acte IV Où courez-vous, RaoulCliquez sur le duo de l’acte IV

Acte V : Raoul, couvert de sang, fait irruption dans la fête du mariage entre Marguerite de Valois et Henry de Navarre. Raoul avertit les chefs huguenots du massacre qui a commencé à l’extérieur.

Raoul et Marcel se sont réfugiés dans un cimetière protestant. Valentine arrive. Nevers est mort et elle est donc libre d’épouser Raoul. Elle demande à Raoul de se convertir au catholicisme, ce qu’il refuse. Valentine décide alors de se convertir, elle, au protestantisme et de mourir aux côtés de Raoul. Les catholiques envahissent le cimetière et le massacre commence.

Un peu plus tard, sur les quais de Seine, Raoul gravement blessé est aidé par Valentine et Marcel. Saint-Bris arrive et, reconnaissant des huguenots, ordonne à sa troupe de tirer. Il est trop tard quand il se rend compte qu’il vient de faire tuer sa fille.

Le massacre continue jusqu’au matin.

(Source principale : les représentations de l’opéra de Paris en 2018, et le programme de ce spectacle)

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Mes opéras préférés, opéra russe

LE PRINCE IGOR, de BORODINE (1869 – 1890)

S’il fut créé en 1890 (la même année qu’Eugène Onéguine de TCHAÏKOVSKI), le Prince Igor a occupé son compositeur Alexandre BORODINE de 1869 à 1887, année de sa mort. (1869 est l’année du Boris Godounov de MOUSSORGSKI, autre pièce maîtresse de l’histoire de l’opéra russe). Le livret du Prince Igor a été écrit par Borodine d’après une ancienne épopée russe, le Dit de l’ost Igor (XVe siècle). Resté inachevé, le Prince Igor a été complété et orchestré par GLAZOUNOV et RIMSKI-KORSAKOV à partir du matériel musical laissé par Borodine. Il existe donc plusieurs versions de cet opéra, et le troisième acte, considéré comme n’étant pas de Borodine, est rarement joué. [J’ai comparé le déroulement de la version vue à l’opéra de Paris en 2019 et celle proposée par le MET, malgré quelques changements dans l’ordre des scènes, l’histoire reste (heureusement) la même.]

Le pitch : le prince (russe) Igor part faire la guerre en Polovtsie, confiant sa femme Iaroslavna à son beau-frère le prince Galitski. Les Russes sont battus et Igor est fait prisonnier. Un Polovtsien converti à la chrétienté lui propose de s’évader, mais c’est contraire à son sens de l’honneur et il refuse. Kontchak, le chef polovtsien, admire son courage et lui propose de devenir son ami. Iaroslavna se lamente dans sa ville dévastée par l’ennemi, quand deux cavaliers arrivent. C’est Igor et Ovlour qui viennent libérer la ville.

Ouverture.

Borodine le Prince Igor OuvertureCliquez sur l’orchestre

Première partie : Dans la ville de Poutivl, le prince Igor s’apprête à partir combattre les polovtsiens, des barbares de l’Asie centrale. Une éclipse de soleil survient, ce qui est un mauvais présage, mais Igor persiste dans son idée de partir bouter le polovtsien hors de Russie, malgré le pressentiment de sa femme Iaroslavna. Igor confie sa femme à son beau-frère, le prince Galitski. Deux soldats, Skoula et Iérochka désertent, préférant la vie de débauche qui règne à la cour de Galitski aux dangers de la guerre.

Deuxième partie : Après le départ d’Igor, Galitski manœuvre pour devenir prince à la place du prince. Il se sert de Skoula et Iérochka et la cour de Galitski est vite devenue un lieu de plaisirs, pour essayer de gagner le cœur de la population. Mais la soldatesque enlève les plus belles femmes. Des jeunes filles viennent supplier Galitski qu’on leur rende une de leurs amies enlevée, mais on se moque d’elles.

Iaroslavna se désespère de n’avoir pas de nouvelles de son Igor de mari quand les jeunes filles viennent se plaindre à elle.

Borodine le Prince Igor IaroslavnaCliquez sur Iaroslavna

Elles s’enfuient quand Galitski arrive, mais Iaroslavna ordonne à son frère de libérer les filles enlevées et le chasse.

Une mauvaise nouvelle arrive. L’armée russe a été battue et Igor et son fils Vladimir sont prisonniers du khan Kontchak. Le tocsin sonne, car l’ennemi approche.

Troisième partie : Dans le camp polovtsien, les amies de Kontchakovna, la fille de Kontchak font la fête. Kontchakovna attend Vladimir, car les deux jeunes gens s’aiment.

Borodine le Prince Igor VladimirCliquez sur Vladimir

Leur duo est interrompu par Igor qui se plaint de son sort. Ovlour, un Polovtsien converti à la religion catholique lui propose de s’évader, mais ceci est contraire au sens de l’honneur d’Igor, qui refuse. Kontchak, qui a entendu leur entretien admire la force de caractère d’Igor et lui propose son amitié, ce qu’Igor refuse également.

Borodine le Prince Igor Igor et KontchakCliquez sur Igor et Kontchak

Pour le distraire, Kontchak organise une fête (les fameuses « danses polovtsiennes » du Prince Igor.)

Borodine le Prince Igor danses polovtsiennesCliquez sur les polovtsiennes

Quatrième partie : À Poutivl, Iaroslava se lamente après la prise de la ville par les barbares, quand on voit un nuage de poussière dans le lointain. C’est Igor et Ovlour qui sont venus délivrer la ville.

Les deux traîtres Skoula et Iérochka, sentant le vent tourner, font sonner le tocsin pour prévenir la population, et être ainsi les premiers à annoncer le retour du prince. Igor et Iaroslavna sont réunis et tout le monde se réjouit.

(Source principale : la production de l’Opéra de Paris en 2019, et son livret)

Mes opéras préférés

LE RETOUR D’ULYSSE DANS SA PATRIE, de MONTEVERDI (1640)

Créé en 1640 à Venise, Il Ritorno d’Ulisse in Patria fut ensuite perdu pendant 240 ans, avant qu’on en retrouve un manuscrit à Vienne en 1880. La partition de Claudio MONTEVERDI est dominée par le style récitatif (monodie). Le livret est du Vénitien BADOARO, écrit sur les chants 13 à 24 de l’Odyssée d’HOMÈRE.

Suivant les choix musicologiques du chef, le Retour d’Ulysse dans sa Patrie peut être découpé en un prologue et deux ou trois (voire quatre) actes.

Prologue : L’allégorie de la Fragilité humaine dialogue avec les trois tourments de l’homme que sont le Temps, la Fortune et l’Amour.

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse in patria prologueCliquez sur le prologue

Acte I : Dans son palais, Pénélope exprime son chagrin et sa peur du temps qui passe sans Ulysse. Son mari est parti en Grèce se battre à cause d’une femme adultère, la belle Hélène, et a laissé sa femme seule, en proie à la concupiscence des autres. Elle aspire à son retour. Sa vieille nourrice lui dit qu’elle devrait renouer avec l’amour, et que ce ne sont pas les prétendants qui manquent dans son palais. Suit une scène entre Melantho, une jeune servante de Pénélope et Eurymaque, dans laquelle ils chantent l’amour (Duo : « Deo nostri amor concordi »).

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse dei nostri amor concordiCliquez sur Melantho et Eurymaque

Neptune ne veut pas pardonner la traîtrise des hommes. En effet, furieux contre Ulysse qui avait tué son fils, le cyclope Polyphème, il s’était juré d’empêcher Ulysse de rentrer chez lui à Ithaque. Il en appelle à Jupiter contre les Phéaciens qui ont déposé Ulysse, endormi, sur les rivages d’Ithaque, contre sa volonté divine. Jupiter lui donne raison. Neptune jette un sort à Ulysse, pour qu’il ne reconnaisse pas son île. À son réveil, Ulysse ne reconnaît pas Ithaque, et pense être sur une île inconnue. Minerve, sous les traits d’un jeune berger, lui apprend qu’il est à Ithaque, et se révèle à lui comme la déesse qui l’a toujours protégé. Elle l’envoie à une fontaine, dont l’eau lui donne l’apparence d’un vieillard, pour qu’on ne le reconnaisse pas, et l’envoie rencontrer Eumée, un vieux porcher qui lui est resté fidèle. Elle va elle-même ramener à Ithaque Télémaque, le fils d’Ulysse parti à la recherche de son père et qui vient de rentrer.

Eumée et Ulysse accueillent Télémaque, mais devant le chagrin exprimé par celui-ci, Ulysse dévoile son identité, et Ulysse et de Télémaque chantent leur bonheur (Duo : « Mortal, tutto confida »).

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse Mortal, tutto confidaCliquez sur Télémaque et Ulysse

Acte II : Dans le palais de Pénélope, Melantho et Eurymaque discutent de la folie de Pénélope, qui refuse de prendre un amant pour remplacer Ulysse. Ils sont rejoints par trois prétendants enjoignant à Pénélope d’aimer à nouveau. Toujours fidèle, elle refuse leurs avances.

Eumée annonce le retour de Télémaque à la reine, et dit qu’Ulysse ne va pas tarder à revenir. Les prétendants, craignant le danger, décident d’assassiner Télémaque à son retour.

Télémaque raconte son séjour à Troie à sa mère, et lui révèle qu’Ulysse est vivant et qu’il va bientôt revenir. Eumée est insulté par les prétendants mais Ulysse, toujours déguisé, prend sa défense et se bat en duel contre le gros Irus. Ulysse gagne et Pénélope prend le vieillard sous sa protection.

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse in patria o dolor o martirCliquez sur Irus

Les prétendants redoublent d’efforts, mais poussée par Minerve, Pénélope leur propose un concours, promettant sa main et le royaume d’Ulysse à celui d’entre eux qui réussira à bander l’arc d’Ulysse. Après l’échec des prétendants, Ulysse demande à participer. Il prend l’arc et tue les prétendants.

Eumée affirme à Pénélope que ce vieil homme est Ulysse, mais Pénélope ne le croit pas.

Sur la mer, les dieux discutent : Junon demande à Jupiter qu’Ulysse puisse retrouver la paix, mais il faut d’abord que Neptune calme son courroux. Neptune accepte.

Dans le palais, Ulysse et Pénélope sont seuls. Ulysse arrive sous sa forme réelle, mais Pénélope, le prenant pour un magicien, ne le croit toujours pas. La vieille nourrice d’Ulysse qui, en le lavant, a reconnu Ulysse à une cicatrice qu’il a au pied, ne réussit pas plus à convaincre Pénélope. Enfin, Ulysse décrivant les draps nuptiaux, Pénélope est convaincue (Air : Illustratevi, o Cieli). Ulysse et Pénélope tombent dans les bras l’un de l’autre.

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse finalCliquez sur Pénélope et Ulysse enfin réunis

(Source principale : je me suis beaucoup servi pour rédiger ce billet de l’enregistrement en public réalisé à Zurich par Nikolaus Harnoncourt, paru chez ArtHaus Musik 2002)

Contes et légendes, Mes opéras préférés

LA CENERENTOLA (1816 – 1817), de ROSSINI

Opéra écrit en 24 jours par ROSSINI, sur le thème populaire du conte Cendrillon de Charles PERRAULT. C’est le vingtième opéra écrit par Rossini, alors qu’il n’était encore âgé que de 24 ans.

Le pitch : La jolie Angelina (vous saviez que Cendrillon s’appelait Angelina ?) vit avec son beau-père, don Magnifico, et ses deux belles-sœurs. Le prince Ramiro va donner un bal pour choisir sa future femme. Il échange son costume avec son valet Dandini et quand ainsi déguisé, il vient chercher, il tombe amoureux de Cendrillon (et réciproquement). Au cours du bal, Cendrillon déguisée a les faveurs du prince, au grand désespoir de Magnifico et ses deux filles. Quand il se déclare, Cendrillon lui confie un de ses deux bracelets avant de partir et lui dit que s’il l’aime, il saura bien la retrouver.

Le prince retrouve Cendrillon et décide de faire d’elle son épouse.

Par rapport à la Cendrillon de MASSENET, il y a donc quelques différences. Ainsi la belle-mère est remplacée par un beau-père, la pantoufle de verre par un bracelet (dont on ne nous dit pas la matière), et la marraine la fée par Alidoro, le précepteur du prince.

Acte I : Dans la maison où Cendrillon vit avec son beau-père et ses deux demi-sœurs, celles-ci se préparent pendant que Cendrillon chante une vieille chanson d’amour (Air : « Una volta c’era un re ».) On sonne : c’est Alidoro, le précepteur du prince, qui vient déguisé en mendiant demander la charité. Les deux sœurs veulent le chasser, mais Cendrillon lui fait l’aumône. On sonne à nouveau, ce sont des envoyés du prince Ramiro qui annoncent qu’il viendra chercher les sœurs pour le bal du soir, où le prince choisira la plus belle pour en faire sa femme. Don Magnifico, le père, paraît. Il raconte un rêve dans lequel il voyait ses affaires s’améliorer, et où ses filles lui donneraient des petits rois en descendance (Air : « Miei rampolli femminini ».)

Rossini la Cenerentola miei Rampolli femmininiCliquez sur don Magnifico

Ramiro arrive, dans les vêtements de son valet Dandini. Quand Cendrillon le voit, paf ! c’est le coup de foudre (Duo : « Un soave non so che ».) Il cherche les filles du baron, et Cendrillon lui explique que ce ne sont que ses demi-sœurs. On entend celles-ci donner des ordres à Cendrillon. Ramiro annonce à Don Magnifico l’arrivée du prince. C’est le valet Dandini dans les habits du prince qui vient inviter les sœurs au bal (Air et ensemble :  « Ecco Dandini… Scegli la sposa ».)

Rossini la Cenerentola Come un'ape ne' giorni d'aprileCliquez sur Dandini

Les sœurs partent au bal, en laissant Cendrillon. Celle-ci voudrait y aller aussi, mais son beau-père refuse à celle qu’il présente comme une simple servante. Alidoro arrive à son tour. Il vient chercher la troisième fille de la maison, mais Magnifico lui déclare qu’elle est morte (ensemble : Nel volte estatico). Alidoro, toujours déguisé, annonce à Cendrillon que ses vilaines sœurs seront punies et, lui dévoilant son identité, il l’invite au bal (Air : « Là del ciel nell’arcano profondo ».)

Rossini la Cenerentola Là del ciel nell'arcano profondoCliquez sur Alidoro et Cinderella

Chez le prince, Dandini fait croire à Magnifico que ses affaires sont bien engagées. Il l’envoie à la cave en lui disant que s’il est capable de boire 30 bouteilles, il le nommera sommelier. Les deux sœurs se disputent les faveurs de Dandini. Un chœur nous apprend que Magnifico a bu les 30 bouteilles et qu’il est encore debout. Il sera donc sommelier du prince (Chœur : Conciossiacosacché).

Rossini la Cenerentola conciossiacosacchéCliquez sur l’image

Le prince demande à son valet ce qu’il pense des deux sœurs, et le valet lui répond franchement. Le prince s’étonne parce que Alidoro lui avait vanté les mérites d’une des filles de la maison. Les sœurs demandent à Dandini qui il a choisi. Comme il ne peut se marier avec les deux, il propose que celle qu’il n’aura pas choisie se marie avec son valet, ce qu’elles refusent toutes les deux. Alidoro arrive, avec une femme voilée. Quand l’inconnue enlève son voile, tous sont troublés par sa ressemblance avec la servante de Magnifico et ses filles (chœur et ensemble). Mais c’est l’heure du souper et le prince invite l’assemblée à s’y rendre. L’acte se termine par un de ces finals dont Rossini a le secret.

Rossini la Cenerentola Nel volto estaticoCliquez sur le quintette

Acte II : Restés seuls, le père et les deux sœurs s’inquiètent de la concurrence de cette inconnue qui ressemble tant à Cendrillon. Magnifico révèle qu’il a dilapidé la fortune de Cendrillon, pour acheter des robes à ses filles. Il espère qu’au moins une des deux se casera (Air : « Sia qualunque delle figlie ».) Dandini courtise Cendrillon, mais elle lui répond qu’elle aime déjà son valet. Entendant cela, Ramiro paraît. Pour éprouver son amour, elle lui confie son bracelet, et sort en lui demandant de la retrouver. Le prince fait alors cesser la mascarade. Il fait chasser les sœurs du palais et demande qu’on prépare son carrosse pour partir à la recherche de Cendrillon (Air : « Si, retrovarla io giuro »).

Rossini la Cenerentola Si, ritrovarla io giuroCliquez sur Ramiro

Le père demande à Dandini qui il a choisi, mais celui-ci, après s’être fait prier, finit par avouer qu’il n’est que le valet du prince, provoquant l’indignation de Magnifico.

De retour chez elle, Cendrillon chante une vieille chanson (Air : Una volta c’era un re).

Rossini la Cenerentola Una volta c'era un reCliquez sur Cecilia (Bartoli) Cenerentola

Elle pense à celui à qui elle a donné un de ses deux bracelets, se demandant comment le prince a pu s’enticher de ses folles de sœur. Le père et ses filles rentrent également à la maison, et s’étonnent à nouveau de la ressemblance de Cendrillon avec l’inconnue du bal. Un orage éclate, obligeant Ramiro et Dandini à s’arrêter chez eux. Magnifico demande à Cendrillon d’apporter un fauteuil pour le prince, mais quand les regards de Cendrillon et du prince se croisent, ils se reconnaissent. Tout le monde se demande ce qui va se passer (Sextuor bouffon : « Questo é un nodo avviluppato ».)

Rossini la Cenerentola Questo è un nodo avviluppatoCliquez sur l’irrésistible sextuor bouffon (et n’essayez pas de résister)

Le père et la sœur essaient de renvoyer leur servante à la cuisine, mais le prince se fâche contre eux et rend à Cendrillon son bracelet. Cendrillon et le prince chantent enfin leur amour. Alidoro arrive à son tour, et explique aux sœurs le tour qu’il leur a joué, leur conseillant d’accepter leur sort, ce qu’elles font.

Chez le prince, tous chantent le triomphe de la beauté sur l’orgueil. Le prince et Cendrillon paraissent pour les noces et Cendrillon magnanime pardonne à son père et à ses sœurs. Elle chante le bonheur lié à son changement de sort (Air : Non più mesta).

Rossini la Cenerentola finalCliquez sur la Cenerentola dans sa belle robe blanche

(Source: Je me suis principalement servi pour élaborer ce billet du DVD enregistré en 1996 à l’opéra de Houston, avec la Bartoli dans le rôle-titre, paru chez Decca.)

Contes et légendes, Mes opéras préférés

CENDRILLON, de MASSENET (1895 – 1899)

Jules MASSENET, alors au fait de sa gloire, écrit Cendrillon en 1894 – 1895 sur un livret d’Henri CAIN, d’après le célèbre conte de Charles PERRAULT. Cet opéra, réellement comique, est créé en 1899 à l’Opéra-Comique, et rencontre très vite le succès.

Le pitch : Après le remariage de son père, la petite Lucette, dite Cendrillon (vous saviez que Cendrillon s’appelait Lucette ?), vit au service de sa belle-mère et de ses deux belles-sœurs. Le roi organise un bal pour marier son fils et invite toutes les jeunes filles du royaume. Cendrillon est triste de ne pouvoir s’y rendre, mais sa marraine la fée l’aide à une condition, qu’elle soit rentrée à minuit.

Au cours du bal, paf ! c’est le coup de foudre entre Cendrillon et le prince, mais à minuit, elle doit partir, sans avoir pu dire qui elle est.

Rentrée chez elle, et ayant perdu sa pantoufle de verre (ou de vers, ou de vair, ou de vert), elle se désole d’autant plus que sa belle-famille lui fait croire que le prince l’a déjà oubliée. Mais non ! il envoie des messagers dans tout le royaume pour faire essayer la pantoufle à toutes les jeunes filles, et bien évidemment, il n’y a que Cendrillon à qui la pantoufle va.

Acte I : Les domestiques de la maison se plaignent de ce que leur maîtresse est une mégère. Pandolfe, le mari, approuve et regrette le pouvoir que sa femme a sur lui (Air : « Du côté de la barbe ».) Justement, la voilà qui entre, avec ses deux filles Noémie et Dorothée. Elle leur recommande de se faire belles pour le bal du soir.

Massenet Cendrillon Faites vous très belles, ce soirCliquez sur madame de la Haltière et ses deux filles

Quand les filles sont prêtes, le père arrive pour les conduire au bal. Il se fait rabrouer par les trois femmes.

Restée seule, Cendrillon compare le destin heureux de ses sœurs au sien (Air : Ah, que me sœurs sont heureuses [Reste au foyer, petit grillon].)

Massenet cendrillon Ah que mes sœurs sont heureuses (reste au foyer petit grillon)Cliquez sur Cendrillon

Elle s’endort et sa marraine la fée arrive, avec ses sylphes et lutins, qui transforment Cendrillon pour lui permettre d’aller au bal.

Massenet Cendrillon (MET 2018)Cliquez sur la fée

Elle la dote d’une paire de pantoufles de verre, qui empêcheront ses proches de la reconnaître, et lui recommande de revenir avant minuit.

Acte II : Au palais du roi. Les ministres et les gens de cour cherchent à sortir le prince de la tristesse où il est plongé. Le roi souhaite que le prince choisisse une femme parmi les jeunes filles qui lui seront présentées. Celles-ci font leur entrée (ballet). Vient le tour de Noémie et Dorothée, qui n’ont pas plus de succès que les prétendantes précédentes. Enfin, Cendrillon arrive et charme le prince.

Rossini Cenerentola (MET 2017)Cliquez sur le bal

Il lui demande son nom, mais elle lui répond qu’elle restera pour lui l’Inconnue et que lui sera son prince charmant quand sonnent les douze coups de minuit. Cendrillon part en courant et perd une de ses pantoufles.

Acte III : Cendrillon se retrouve chez elle (Air : « Enfin, je suis ici ») et se remémore sa soirée, son retour dans la nuit, et comment elle a eu peur des statues, blanches dans le noir.

Massenet Cendrillon Enfin, je suis iciCliquez sur l’image

Elle se cache quand elle entend sa famille rentrer. La belle-mère est furieuse de l’attitude du prince qui a osé préférer une inconnue à ses deux filles (Air : Quand on a plus de vingt quartiers [de noblesse].)

Massenet Cendrillon Lorsqu'on a plus de vingt quartiersCliquez sur la marâtre furieuse

Quand son père arrive, Cendrillon se montre pour lui demander comment s’est passé le bal, mais les trois femmes déclarent que le prince, après s’être trompé, a bien compris que l’inconnue qui s’est montrée au bal est une fille bonne à rien, et qu’il l’a déjà oubliée. Devant le désespoir que ces paroles entraînent chez Cendrillon, le père chasse les femmes, et lui dit qu’il reconnaît avoir sacrifié le bonheur de sa fille en se remariant. Il lui annonce qu’il va quitter la ville pour retourner à leur ferme d’autrefois. (Air : « Nous quitterons cette ville où j’ai vu s’envoler ta gaieté ».)

Massenet Cendrillon Nous quitterons cette villeCliquez sur Pandolphe

Quand il est parti, Cendrillon, rejetée par son prince charmant dit qu’elle veut mourir sous le chêne des fées (Air : Seule, je partirai.)

Le prince et Cendrillon, chacun de leur côté, et victimes d’un sortilège qui les empêche de se voir, viennent se plaindre auprès de la fée. (Air et duo : « À deux genoux, je viens à vous ».)

Massenet Cendrillon A deux genoux je viens à vousCliquez sur l’image

Après avoir entendu leurs plaintes (sans se voir), ils se reconnaissent et le prince, ayant appris le nom de son inconnue, déclare qu’il accrochera son cœur sanglant au chêne. Émue, la marraine leur permet enfin de se voir et de se retrouver.

Acte IV : On a ramené Cendrillon, inanimée, chez elle. Son père lui dit qu’elle a déliré, parlant du bal et du prince, qu’elle ne connaît évidemment pas. Ils saluent le mois d’avril et le retour du printemps, quand un héraut annonce que le prince veut faire essayer la pantoufle de verre à toutes les jeunes filles du pays. On assiste donc à un nouveau défilé devant le prince, désespéré, quand enfin Cendrillon arrive avec sa marraine. Cendrillon enfile la pantoufle, et tombe dans les bras du prince !

(Source : je me suis servi principalement du DVD enregistré au Royal Opera House en 2011, avec Joyce DiDonato dans le rôle de Cendrillon, paru chez Erato)

Massenet Cendrillon Bande-annonceCliquez sur la bande-annonce du DVD

littérature, Mes opéras préférés, Mythologie, Théâtre

ELEKTRA, de STRAUSS (1907 – 1908)

Premier des opéras de Richard STRAUSS sur un livret de Hugo von HOFFMANNSTAHL, Elektra a été composé en 1908, d’après la tragédie de SOPHOCLE, et créé à Dresde en 1909. C’est, aussitôt après Salomé (créé en 1905), le deuxième opéra mettant en scène une femme quasi hystérique, et la danse finale d’Elektra n’est pas sans rappeler la « danse des sept voiles » de Salomé. Le rôle-titre est souvent considéré comme un des plus éprouvants (pour la chanteuse) du répertoire, dans son post-wagnérisme outrancier.

Cette œuvre ne comporte qu’un acte.

Le pitch : Après le meurtre d’Agamemnon par sa femme Clytemnestre, Électre, sa fille, n’aspire qu’à la vengeance de la mort de son père. Au retour de son frère Oreste, elle pousse celui-ci à accomplir leur vengeance commune.

Argument : Dans son palais à Mycènes, les servantes commentent l’attitude d’Électre, enfermée dans sa solitude.

Strauss Elektra AlleinCliquez sur Électre

Chrysothémis, la sœur d’Électre, vient la prévenir que Clytemnestre et son amant Egisthe veulent la jeter au cachot. Elle lui demande de renoncer à sa vengeance et de reprendre une vie normale. Électre s’enfuit comme arrive la reine.

Clytemnestre paraît, hantée par son crime qui l’empêche de dormir. Elle demande à sa fille comment elle pourrait retrouver le sommeil. Électre lui suggère un sacrifice, le sien propre, tuée de la main d’Oreste, son fils. Emportée par son désir de vengeance, Électre va jusqu’à lui annoncer sa mort, tuée par la hache même qui a servi à assassiner Agamemnon.

Strauss Elektra ClytemnestreCliquez sur Électre et Clytemnestre

Une servante les interrompt pour glisser un mot à l’oreille de Clytemnestre. Celle-ci éclate d’un mauvais rire, et entre dans le palais, laissant Électre dans l’expectative.

Clytemnestre ressort du palais, annonçant la mort d’Oreste. D’abord incrédule, Électre décide d’accomplir elle-même sa vengeance avec l’aide de sa sœur. Mais, Chrysothémis refusant un tel acte, elle se rend compte qu’elle devra le faire seule.

Un étranger arrive, qui cherche à parler Clytemnestre. Électre lui dit qui elle est. L’étranger lui révèle alors qu’Oreste n’est pas mort.

Des serviteurs, qui ont reconnu l’étranger, se jettent à ses pieds. Électre reconnaît alors son frère Oreste.

Strauss Elektra OresteCliquez sur Oreste

Leurs retrouvailles, sur fond de désir de venger leur père, sont interrompues par le précepteur d’Oreste, qui vient lui dire qu’il est l’heure. Il entre alors au palais, laissant seul Électre. On entend à l’intérieur un cri de Clytemnestre. Électre incite Oreste à frapper encore.

Egisthe arrive à son tour. Comme il entre dans le palais, il est frappé à son tour par Oreste. Chrysothémis sort du palais et raconte à Électre le double meurtre qui vient d’avoir lieu, mais Électre, vengée, n’est déjà plus là, elle danse jusqu’à ce qu’elle tombe morte au sol.

Oreste quitte le palais, seul et en silence.

Strauss Elektra FinalCliquez sur Électre

(Source principale : les notes de Patrice CHÉREAU pour sa mise en scène du festival d’Aix en 2013 [et le DVD de ce spectacle].)

Agenda Ironique, Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Théâtre

LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de mars 2021, hébergé par Joséphine LANESEM sur son blog « Nervures et entailles« . Le thème en est : « Nous sommes le courage l’une de l’autre« . Quelques règles stylistiques : une ou plusieurs amphores anaphores, et quelques chiasmes; et glisser « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie » serait bien vu ».

Les Mamelles de Tirésias est un drame surréaliste de Guillaume APOLLINAIRE qui date de ses jeunes années (en 1903, Guillaume avait 23 ans) et achevé en 1916. La première représentation a eu lieu en 1917, et c’est pour cette œuvre qu’il a inventé le mot surréaliste, terme qui sera emprunté plus tard par André BRETON et sa bande.

Dans le domaine de la musique, on connaît (ou pas) l’adaptation musicale faite par Francis POULENC, mais on ignore assez généralement que la création de 1917 s’est faite avec une musique de scène de Germaine ALBERT-BIROT. Germaine Albert-Birot (1877 – 1931), née Germaine Reynaud d’Arc de Surville, fait partie de ces compositrices totalement méconnues, que l’on confond souvent avec son mari. Elle semble n’exister sur le net que dans les articles consacrés à Pierre Albert-Birot, et ne figure pas (encore) dans CLARA, le répertoire des compositrices.

Albert-Birot les Mamelles de Tirésias

Le pitch : Thérèse, refusant le rôle de procréatrice que lui assignent les hommes, se métamorphose en homme et prend le nom de Tirésias (du nom de Tirésias, dont Ovide nous relate les aventures dans le livre 3 de ses Métamorphoses [cf. ci-dessous]). Dès lors, c’est un homme, le mari de Thérèse/Tirésias, qui portera les enfants. On assiste donc à un entrelacement femme/homme – homme/femme, où les maris/femmes femmes/maris ne sont pas le courage l’une de l’autre (sauf à la fin 😉).

(On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir.)

Ce thème « Faites des enfants » qui revient tout au long de la pièce est une véritable anaphore, puisqu’on pourrait la résumer ainsi, du prologue : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère », au final : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère, cher public faites des enfants ».

Francis Poulenc a assisté à la création de 1917, et est resté très fidèle à la pièce dans son adaptation. L’idée de prendre les Mamelles de Tirésias comme sujet de son premier opéra lui vient dès 1938. Il achève sa partition en 1945, mais l’œuvre ne sera créée qu’en 1947, le temps pour Poulenc de trouver la chanteuse idéale (Denise DUVAL). Les Mamelles de Poulenc étaient une de ses œuvres favorites.


Prologue : Le directeur du théâtre annonce le sujet de l’opéra : le problème de la dépopulation. « Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère. »

Poulenc Les Mamelles de Tirésias PrologueCliquez sur le prologue

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Pardonnez moi cher publicCliquez sur le prologue et le début du 1er acte

Acte I : L’action se passe dans un Zanzibar d’opérette. Thérèse, une féministe, refuse le rôle de procréatrice que veulent lui imposer les hommes, et réclame de pouvoir être, soldat, artiste, députée, sénatrice, ministre, et même directrice de la chose publique (en latin, la Res Publica).

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Non monsieur mon mariCliquez sur Francis Poulenc et Denise Duval

Elle se transforme en homme en faisant exploser ses mamelles. À son mari qui arrive, elle annonce qu’elle n’est plus sa femme et qu’elle a masculinisé son nom en Tirésias. Le Mari apparaît « habillé en femme et les mains ligotées. » Il se fait courtiser par le Gendarme à qui il/elle plaît bien. Dès lors, il ôte ses vêtements de femme et annonce que puisque la femme ne veut plus faire d’enfants, il les fera tout seul !

Entr’acte : Les choristes : « Voyez l’impondérable ardeur naître du changement de sexes », alors qu’un chœur de nouveau-nés se fait entendre à l’orchestre.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias EntracteCliquez sur l’entracte

Acte II : Le même jour, au même endroit. La scène est encombrée de berceaux et le Mari est fier de sa nombreuse progéniture (40049 enfants). Un Journaliste parisien vient l’interviewer pour connaître son secret, mais il se fait chasser. Le Mari veut faire d’un des fils un journaliste, mais vite celui-ci veut le faire chanter pour avoir un peu d’argent de poche.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

Le Gendarme survient et lui reproche d’affamer la population de Zanzibar avec ses 40049 enfants. Le Mari conseille alors d’acheter des cartes de rationnement chez la Cartomancienne. Celle-ci arrive et glorifie la procréation, la véritable source de richesses. Le Gendarme veut l’arrêter, mais elle l’étrangle. Le Mari reconnaît sa femme Thérèse sous les voiles de la Cartomancienne et ils retombent amoureux l’un de l’autre, tandis que le Gendarme ressuscite.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias FinalCliquez sur le final

Retrouvez ma participation à l’A.I. d’avril ici : Cause toujours, tu m’intéresses.

Histoire de l'opéra, Mes opéras préférés, Mythologie

ZOROASTRE, de RAMEAU (1749)

Zoroastre est une tragédie lyrique de RAMEAU, sur un livret de Louis de Cahusac, créée en 1749.

Le sujet, maçonnique, en est l’affrontement entre les forces du bien, représentées par Zoroastre et Amélite, et les forces du mal, représentées par Abramane et Erinice. La version de 1749, trop novatrice pour son époque, n’a connu qu’un succès d’estime et Rameau a remis son ouvrage sur le métier en 1756 (année de naissance de MOZART). C’est cette version qui a connu le plus grand succès. On peut noter que c’est dans cet opéra qu’apparaissent pour la première fois les clarinettes dans l’orchestre.

Zoroastre est une préfiguration de ce que sera la Flûte enchantée, composée par Mozart quarante ans plus tard, et dont le héros a pour nom Sarastro. Il faut dire qu’on était à la grande époque de la franc-maçonnerie, franc-maçonnerie qui joue un grand rôle dans la Comtesse de Rudolstadt de George SAND, roman qui est censé se passer au cours de ces mêmes années 1750.

Le pitch : Zoroastre, représentant le bien, aime Amélite, qui est enlevée par Abramane, représentant le mal. Erinice, l’alliée d’Abramane, aime Zoroastre. À la fin, Zoroastre bat Erinice et Abramane.

Suivant la typologie de G.B.SHAW, nous sommes là avec un schéma (S+T/A+B) où un ténor (voire un contre-ténor), Zoroastre, et une soprano, Amélite, voient leur amour contrarié par une basse, Abramane, et une alto, Erinice.

Contrairement à la tradition lullienne, il n’y a pas de prologue à Zoroastre, Rameau commençant son opéra directement par une ouverture.

Rameau Zoroastre OuvertureCliquez sur l’Ouverture de Zoroastre

Acte I : Le tyran Abramane et ses prêtres ont vaincu. Abramane qui aime Amélite en veut à celle-ci de lui avoir préféré son rival Zoroastre, alors qu’Erinice, qui aime Zoroastre, en veut à celui-ci de lui avoir préféré Amélite. Abramane et Amélite se mettent alors d’accord pour régner ensemble, en abandonnant l’amour et faire régner le mal (on reconnaît là le thème de la Tétralogie de WAGNER, écrite un siècle plus tard) (Duo : « Unissons nos fureurs »).

Ils se retirent comme Amélite paraît, avec sa suivante Céphise. Amélite se plaint de l’ennui que lui cause l’absence de Zoroastre. Céphise lui fait valoir que les retrouvailles seront douces. Soudain, la terre tremble, la nuit tombe ! C’est Erinice qui invoque les Esprits cruels qui font régner la terreur et le désespoir. Ils s’emparent d’Amélite.

Acte II : Dans le palais d’Oromasès, le maître des bons esprits, Zoroastre soupire, car Amélite est loin de lui. Oromasès lui apprend qu’en dehors du palais, un monstre faisant régner la terreur sur terre s’est emparé d’Amélite. Zoroastre doit délivrer la terre du pouvoir d’Abramane. Oromasès demande aux cieux de s’ouvrir, et confiant les Livres de Vie (livres sacrés) à Zoroastre, l’envoie sur terre.

Rameau Zoroastre acte IICliquez sur Oromasès

On retrouve Amélite aux mains des Esprits cruels. Erinice s’apprête à la tuer quand Zoroatre apparaît. Erinice retient son bras, et lui avoue son amour pour lui. Zoroastre la rejette. Alors, au comble de la fureur, Erinice projette de les tuer tous deux. (Air : « Je confondrai dans ma fureur »). Zoroastre rompt l’enchantement et le jour revient. Le peuple chante son allégresse. Zoroastre a chassé les dieux criminels, les malheurs vont cesser et les plaisirs renaître (Ensemble : « Tendres amants, formez les plus beaux nœuds »).

Acte III : Abramane reproche à Erinice de n’avoir pas su frapper Amélite quand elle le pouvait. Il la fait disparaître pour assouvir sa vengeance. (Air : « Osons achever de grands crimes »). Le jour se lève. Zoroastre, Amélite et leurs suites se préparent au mariage. (Air : « Ô lumière vive et pure »).

Rameau Zoroastre Accourez jeunesses brillantes (Acte III)Cliquez sur Zoroastre

Les jeunes filles et les jeunes gens se préparent à l’hymen. Au moment où ils vont prononcer leur serment, le tonnerre retentit, le jour disparaît, c’est Abramane qui vient les accabler de son feu. Amélite tombe, foudroyée. Zoroastre déclare que seul l’amour d’Amélite peut lui rendre courage. Il appelle les Esprits bienfaisants pour qu’ils s’occupent d’Amélite, puis court secourir le peuple que menace Abramane.

Rameau Zoroastre Mille rayons brillantsCliquez sur l’image

Acte IV : Dans un temple souterrain, Abramane est en proie à sa propre noirceur (Air : « Cruels tyrans, qui régnez dans mon cœur »).

Rameau Zoroastre Cruels tyransCliquez sur Abramane

Ses prêtres lui annoncent que Zoroastre triomphe. Erinice regrette d’avoir uni son destin à celui d’Abramane, mais celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Il fait un sacrifice à son dieu Ariman et fait venir la Vengeance, la Haine et le Désespoir. Tous ensemble, dans une extraordinaire messe noire, s’apprêtent à répandre la terreur et la mort.

Rameau Zoroastre Ah, nos fureurs ne sont point vaines Acte IV scène VICliquez sur la Vengeance

Acte V : Erinice cherche Zoroastre, mais son cœur hésite toujours.

Rameau Zoroastre Quel tourment (Acte V)Cliquez sur l’image

Zoroastre paraît. Elle lui exprime son amour, mais comme le peuple chante les louanges d’Amélite, elle se reprend et retourne à sa haine. Les chants se transforment en pleurs : Erinice a enlevé Amélite. Abramane, face à Zoroastre, lui dit que s’il le frappe, il fera tomber Amélite sous les coups de ses sujets infernaux. Zoroastre le frappe quand même, confiant dans la justice du ciel. Abramane tombe, et les Esprits bienveillants libèrent Amélite. Oromasès lui annonce qu’il a passé la dernière épreuve, et que désormais il peut régner avec Amélite. L’œuvre se termine dans un dernier duo d’amour, accompagné du chœur (Duo : « Que ces nœuds sont charmants »).

(Source principale : je me suis servi pour rédiger ce billet du très beau DVD enregistré au théâtre de Drottningholm en 2006 (et le hasard faisant décidément bien les choses, c’est dans ce même bijou d’opéra que BERGMAN a enregistré sa Flûte enchantée [Trollflöjten]! 🙂)

littérature, Mes opéras préférés

LE DIALOGUE DES CARMÉLITES, de POULENC (1953 – 1955)

Opéra mystique

Dialogue des Carmélites

Bernanos – Poulenc

Le Dialogue des Carmélites a été écrit par Georges BERNANOS en 1948 pour servir de scénario à un film, d’après une pièce écrite entre les deux guerres par une Allemande, le film ne se fera finalement pas. Bernanos meurt peu de temps après, et le manuscrit reste dans ses papiers. Retrouvé après sa mort, il est adapté pour le théâtre, et créé en Allemagne en 1951. C’est en 1953 que Francis POULENC a l’idée d’en tirer un opéra, qu’il compose de 1953 à 1955. L’œuvre est créée à la Scala de Milan début 1957, avant que d’être créée à Paris quelques mois plus tard.

Le pitch : Pendant la Révolution, une jeune fille de la noblesse s’engage au Carmel. Malgré sa crainte de la mort, elle rejoint ses consœurs à l’échafaud.

Poulenc Dialogue des Carmélites de muntCliquez sur l’image

Premier Tableau : À l’hôtel particulier de la famille de la Force, peu avant la Révolution française. Le fils de la famille, le Chevalier, demande à son père, le marquis de La Force, où est sa sœur Blanche. Le père lui annonce son intention de marier Blanche à un ami du Chevalier, Roger de Damas. Blanche entre à ce moment dans le salon, et dit la crainte quelle vient d’avoir en traversant la foule dans son carrosse, alors que la révolte commence à gronder. Elle sort d’une cérémonie religieuse chez les Sœurs de la Visitation. Elle se retire dans sa chambre. Entendant un cri, le Baron va voir ce qui se passe. Blanche lui annonce son intention d’entrer au Carmel.

Deuxième Tableau : Quelques semaines plus tard, au parloir du Carmel de Compiègne, la supérieure interroge Blanche sur ses motivations à entrer au couvent. Elle lui explique que la règle des religieuses est de prier pour les autres. Elle demande à Blanche si elle a choisi son nom de carmélite. Blanche répond : sœur Blanche de l’Agonie du Christ. Quelque temps plus tard, Blanche est reçue comme postulante. Elle discute avec sœur Constance à qui elle reproche de trouver la vie amusante. Sœur Constance lui révèle qu’elle a le pressentiment que leurs destins sont liés, et qu’elles mourront ensemble.

À l’infirmerie, Mère Marie et le médecin sont au chevet de la Prieure, qui se meurt. La prieure recommande Blanche à mère Marie, et lui dit qu’elle a choisi Blanche, à cause de son nom de carmélite qui est celui qu’elle-même avait choisi en entrant dans les ordres. Quand commencent les râles de l’agonie, Blanche, attirée par les cris, se dirige vers l’infirmerie. La prieure lui demande de s’approcher et lui réserve ses derniers mots, lui confiant sa peur de mourir. Plus tard, la Prieure morte, les religieuses doivent veiller le corps. À un moment, restée seule, Blanche s’enfuit. mère Marie, qui était à la porte, la gronde pour son manque de courage, avant de la consoler.

Troisième Tableau : Blanche et sœur Constance tressent une croix de fleurs pour la tombe de la Prieure. Elles parlent de leur conception de la mort.

Poulenc Dialogue des Carmélites Pensez à la mort de notre chère MèreCliquez sur Sœur Constance

La nouvelle Prieure a été nommée. Ce n’est pas mère Marie, mais sœur Marie de Saint-Augustin, une fille de fermiers qui s’exprime en proverbes et en citations, avec un gros bon sens populaire.

Poulenc Dialogue des Carmélites Mes chères fillesCliquez sur la nouvelle Prieure

Elle a reçu une lettre de son évêque, qui demande que les postulantes reçoivent le voile. Mère Marie pense que c’est trop tôt pour Blanche, mais la Prieure insiste pour que l’on obéisse à l’évêque. (Suit la scène, muette, de la prise de voile).

Poulenc Dialogue des Carmélites METCliquez sur l’image

Au parloir, un délégué de la municipalité et le notaire du couvent vont faire l’inventaire des biens de la communauté, qui doivent être remis à disposition de la Nation. Après cet inventaire, les sœurs discutent de leur avenir. On voit que les idées de la révolution ont pénétré au sein du Carmel, entre les filles de paysans, de bourgeois, et de la noblesse.

Le Chevalier vient chercher Blanche, pour la faire partir à l’étranger, sur ordre de leur père. Blanche refuse de quitter le Carmel.

Poulenc Dialogue des Carmélites Oh ne me quittez pasCliquez sur Blanche et le Chevalier

Des citoyens viennent fouiller le couvent, à la recherche d’or, ou de « jeunes filles séquestrées par leur famille ». Mère Marie tient tête au commissaire qui voudrait faire sortir Blanche du couvent.

Quatrième Tableau : La prieure lit devant l’assemblée le décret suspendant les vœux des sœurs. Blanche souhaite néanmoins prononcer ses vœux en secret, mais la Prieure refuse.

Les révolutionnaires entrent dans le couvent et pillent les objets sacrés. La prieure convoque Blanche pour l’inciter à quitter le couvent, craignant que son manque de courage ne lui permette d’affronter la situation, mais Blanche refuse encore.

Le jour du Vendredi saint, l’aumônier arrive pour célébrer une messe clandestine, et annonce qu’il reviendra pour Pâques. Le jour de Pâques, l’aumônier ne vient pas. S’ensuit une discussion sur la peur et le courage. Mère Marie suggère que, pour compenser l’absence du prêtre, les sœurs donnent leur vie en martyre. La prieure déclare que c’est à chacune de se prononcer sur le martyre. Suit une discussion sur l’attitude que chacune imagine tenir face à ce martyre à venir. Seule Blanche, effrayée et en retrait, ne participe pas. Au-dehors, on entend le bruit des trompettes et des canons. L’aumônier, en fuite, entre, les bénit, et franchit le mur pour se cacher. La foule entre, et on lit le décret d’expulsion qui frappe les religieux et les religieuses, leurs biens devant être mises en vente au profit de la Nation.

Mère Marie demande aux sœurs de se prononcer par vote sur l’adoption du martyre. On craint que seule Blanche ne vote contre. Finalement, seule sœur Constance a voté contre, pour ne pas abandonner Blanche, mais elle change finalement son vote pour qu’il y ait unanimité. Blanche s’enfuit.

Cinquième tableau : À l’Hôtel de la Force arrive un sans-culotte. C’est l’ancien cocher qui vient prévenir Blanche que son père a été arrêté et qu’il faut aller le délivrer.

À la Conciergerie, les révolutionnaires surveillent les nobles enfermés. On appelle le Marquis de la Force. Le cocher est venu avec Blanche expliquer comment les révolutionnaires ont libéré Blanche du couvent où son père l’avait fait enfermer. Blanche remercie ses libérateurs. Blanche et son père sont relâchés par le tribunal.

Retour chez les religieuses, qui ont également été « libérées » par les révolutionnaires, rendues à la vie civile. L’aumônier informe la Prieure et mère Marie que le marquis de la Force a été guillotiné. Mère Marie décide d’aller chercher Blanche pour la reconduire à Compiègne.

À l’Hôtel de la Force, mère Marie et Blanche ont une conversation sur la peur et sur le mépris de soi-même. On vient chercher Blanche pour faire les courses. À son retour, elle croise dans la rue des révolutionnaires portant une tête sur une pique. Elle se réfugie derrière une porte cochère avec d’autres passants. Une vieille dame qui est là lui apprend qu’à Compiègne, ils ont arrêté les religieuses du Carmel. Tremblante, Blanche va retrouver mère Marie pour lui donner la nouvelle. Celle-ci dit qu’il faut aller les rejoindre, mais Blanche s’enfuit à nouveau.

À la prison, les sœurs sont rassemblées. Elles discutent de l’attitude à tenir devant le  tribunal. La prieure dit qu’elle les représentera toutes. Quelqu’un évoque le cas de Blanche, et sœur Constance dit qu’elle est persuadée que celle-ci reviendra, à cause de son pressentiment.

Le tribunal les a toutes condamnées, y compris mère Marie par contumace. Les sœurs s’avancent une à une vers l’échafaud, chantant le « Salve Regina » puis le « Veni Creator ». Au fur et à mesure qu’on entend le couperet tomber, le chant se fait plus ténu. Quand il n’en reste plus qu’une, une nouvelle voix se fait entendre, et on voit Blanche s’avancer vers l’échafaud. Soudain, sa voix se tait, comme l’ont fait les autres.

Poulenc Dialogue des Carmélites Salve ReginaCliquez sur l’image

Maria Callas, Mes opéras préférés, Publicité

NORMA, de BELLINI (1831)

Norma est une tragédie lyrique de BELLINI, inspirée d’une tragédie française créée à Paris en 1831. Elle est à la limite entre l’opera seria hérité du XVIIIe siècle et le Grand Opéra façon XIXe. Norma se démarque des œuvres qui l’ont précédée par la continuité du chant, dans une sorte de mélodie continue qui marquera WAGNER, pourtant habituellement peu amène avec l’opéra italien. Norma a été créée à la Scala de Milan en 1831.

Cet opéra est un des rares (à ma connaissance) opéras à se passer en Gaule. (Un autre est Amaryllis des Gaules, de C.P.E. BACH, un des fils de Jean-Sébastien.)

Le pitch : Norma, grande prêtresse gauloise a eu une liaison avec Pollione, le proconsul romain dont elle a eu deux enfants. Pollione est maintenant amoureux d’Adalgisa, une jeune prêtresse. Quand Norma le découvre, elle tente de retenir Pollione avant d’avouer publiquement sa faute. Elle est condamnée à mort pour n’être pas restée chaste comme sa charge l’exige.

Acte I : Dans une forêt en Gaule, les druides guidés par leur chef Oroveso s’apprêtent à célébrer la pleine lune, qui sera le signal pour cueillir le gui sacré. Ils demandent à leur dieu de leur donner la force et le courage de battre l’envahisseur romain. Une fois les druides entrés dans leur temple, deux Romains s’avancent. Pollione avoue à Flavio qu’il n’aime plus sa maîtresse, la mère de ses deux enfants : la grande prêtresse Norma. Il est à présent amoureux d’une autre prêtresse, Adalgisa. Il lui raconte un rêve qu’il a fait : il se trouvait à Rome avec Adalgisa, mais son amour était brisé par Norma (Air : « Meco all’altar di venere »).

Bellini norma Meco all'altar di VenereCliquez sur Pollione

L’appel des druides retentit : la pleine lune est levée, la cérémonie peut commencer (Chœur : « Norma viene »).

Bellini Norma Norma vieneCliquez sur la pochette de disque

Norma s’avance, porteuse de la serpe sacrée. Aux Gaulois qui rêvent de se révolter contre les romains, Norma annonce que le temps n’est pas encore venu, que Rome tombera toute seule, victime de sa décadence. Elle s’adresse à la lune, la chaste déesse (Air : « Casta Diva »), lui demandant de répandre sa paix. Elle est déchirée entre le désir de chasser les Romains et son amour pour Pollione.

callas casta divaCliquez sur Norma Callas

Quand la forêt retrouve son calme, Adalgisa arrive, aspirant à retrouver Pollione. Celui-ci se montre et lui demande de renoncer à ses dieux cruels, au bénéfice de l’amour. À son tour, Adalgisa est déchirée entre son devoir de prêtresse et son amour pour Pollione. Celui-ci déclare qu’il part le lendemain à Rome, et lui demande de le suivre, ce qu’elle finit par accepter.

Dans sa demeure, Norma confie à Clotilde ses craintes que Pollione ne reparte à Rome sans elle, la laissant seule avec leurs deux enfants. Survient Adalgisa, venue lui avouer que, amoureuse d’un homme, elle demande à être libérée de sa charge de prêtresse. Pendant son récit, Norma revit ce qu’elle a elle-même vécu. Elle libère Adalgisa de ses liens, et l’interroge sur son amoureux. Quand Pollione avance, elle comprend que c’est de lui qu’il s’agit. Il se trouve alors accablé par les deux femmes, devant sa double traîtrise. Norma finit par prédire la mort de Pollione (Trio : « Oh ! Di qual sei tu vittima »).

Bellini norma Oh di qual sei tu vittimaCliquez sur Norma, Adalgisa et Pollione

Acte II : Armée d’un poignard, Norma s’apprête à tuer ses fils dans leur sommeil. Au moment fatal, elle ne peut s’y résoudre, et préfère se donner la mort. Elle fait appeler Adalgisa pour qu’elle conduise ses fils auprès de leur père. Émue, Adalgisa refuse, elle renonce à Pollione, et convainc Norma de vivre. Elle va plaider sa cause auprès de Pollione (Duo : « Mira, O Norma, a’ tuoi ginocchi »).

Bellini Norma Mira O NormaCliquez sur Adalgisa et Norma

Dans la forêt, les Gaulois s’apprêtent à attaquer le camp de Pollione, attendant un signe de leur dieu. Oreveso arrive et dit que le signe est négatif et qu’il vaut mieux ne pas attaquer les Romains (Air et chœur : « Ah, Del Tebro al giogo indegno »). Dans le temple, Norma attend Adalgisa, mais Clotilde vient lui annoncer qu’Adalgisa a échoué dans sa mission, et que Pollione veut partir à Rome avec elle. Furieuse, Norma frappe le gong sacré des druides, qui arrivent. Norma appelle au massacre des Romains. Ils prennent les armes (Chœur : « Guerra, guerra ! »), mais sont interrompus, car on a trouvé un Romain dans l’enceinte sacrée des druides.

Bellini Norma Guerra GuerraCliquez sur le chœur des Gaulois et des Gauloises

On le fait venir, c’est Pollione ! Norma s’avance pour le tuer, mais son bras s’arrête. Feignant de devoir l’interroger pour découvrir la coupable qui l’a fait venir, elle demande aux druides de se retirer un instant. Elle lui demande alors de renoncer à Adalgisa s’il veut avoir la vie sauve, mais lui préfère mourir. Elle lui avoue qu’elle a voulu tuer ses fils. Il lui répond de le frapper de son poignard. Quand enfin, elle lui dit qu’elle va faire mourir Adalgisa sur le bûcher pour le faire souffrir, il la supplie d’épargner cette dernière. Elle a enfin réussi : Pollione a prié Norma. Norma rappelle alors les Gaulois et va dévoiler le nom de la traîtresse. Mais, au lieu d’Adalgisa, elle se dénonce elle-même. À la foule incrédule, à son père, elle révèle qu’elle est mère et, dans une dernière prière à son père Oroveso, lui confie ses enfants avant de mourir. Pollione va mourir au bûcher avec elle.

Au XIXe siècle, il n’y avait pas internet pour mettre à disposition de tous les trésors de l’humanité, dont la musique. Un des moyens utilisés pour faire entrer la musique chez les gens était la transcription, pour piano ou autres instruments. LISZT, ce pianiste redoutable a ainsi écrit un grand nombre de transcriptions d’opéras de son époque, dont cette fantaisie sur Norma.

Bellini Norma transcription LisztCliquez sur la pianiste

Et, pour ceux et celles d’entre vous qui ont été sages en lisant ce billet, il y a une surprise.

Point d'interrogationCliquez (si vous avez été sage) sur la surprise