Compositrices, Couleurs, Divers, Nature

VERT

En ce jour du printemps, quoi de plus naturel que de vous parler du vert, couleur assez facilement associée à cette saison ?

Avant d’aller plus loin, voyons ce que nous en dit le grand spécialiste en couleurs Arthur Arc-en-ciel RIMBAUD, dans son Sonnet des voyelles :

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides

Pour Rimbaud, donc, la lettre associée au vert est le U, et dans son sonnet, il y a associé le vert de la mer ainsi que celui des pâtures.

Revenons à ce terme : viride. Selon le CNRTL, il signifie « qui tire sur le vert, verdissant ». On le retrouve dans la notion de « viriditas », la force de la germination, omniprésente dans l’œuvre d’Hildegarde von BINGEN.

Hildegard von Bingen O viriditas digiti deiCliquez sur l’image

Le vert de la nature est chanté par Ruggiero dans Alcina de HAENDEL, avec l’air « Verdi pratti » (Vertes prairies).

Haendel Alcina Verdi pratiCliquez sur Bradamante, Morgana et Ruggiero

Le vert, c’est aussi la couleur de l’espérance. Ainsi, si vous mélangez le bleu et le jaune qui composent le drapeau de l’Ukraine, vous obtenez le vert de l’espérance, espérance que ce pays se sorte de l’agression ignoble dont il est en ce moment victime.

Pierre HENRY, la mort verte.

Dans la symbolique chrétienne, le vert est la couleur de l’espoir de la délivrance, et le Graal est réputé être vert émeraude. Je vous propose ici d’écouter « l’enchantement du Vendredi saint, extrait du Parsifal de WAGNER.

Wagner Parsifal Prélude acte III et enchgantement du vendredi saintCliquez sur le prélude de l’acte III et l’enchantement du Vendredi saint

Le vert est la couleur de Vénus, la déesse de l’Amour comme le rouge est la couleur de Mars, le dieu de la guerre. Son surnom « anadyomène » signifie « celle qui sort de l’eau », d’où la couleur verte qui lui est associée.

Blow Vénus & AdonisCliquez sur Vénus et son Adonis

Le vert, symbole de la renaissance et de la vigueur de la nature, se trouve également associé à la vigueur du sexe, ainsi le surnom de « Vert galant » donné au roi Henry IV. Mais vous souveniez-vous que dans l’histoire de l’opéra, c’est le mariage d’Henry IV et de Marie de Médicis en 1600 qui a donné le la (415) à l’opéra ? ce mariage fut l’occasion de représentations fastueuses données à Florence, avec la création musicale d’une œuvre de Giacopo PERI, l’Euridice. De retour à Mantoue, le duc de cette ville, employeur de MONTEVERDI, demanda à ce dernier une œuvre capable de rivaliser en faste avec l’Euridice. Monteverdi répondra avec son Orfeo, considéré comme le premier opéra de l’histoire.

Monteverdi Orfeo Acte ICliquez sur les nymphes

(Source principale pour la partie symbolique : Encyclopédie des symboles, le livre de poche, collection la Pochothèque, 1996).

Retrouvez d’autres nuances de VERT sur le blog « Nervures et entailles » de Joséphine.

Et retrouvez mes autres billets consacrés aux couleurs :

Blanc

Bleu

Rouge

Rose

Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Mythologie, Nature

LIKE FLESH, de Sivan ELDAR (2022)

Grande émotion en ce mois de janvier 2022 à l’Opéra de Lille avec la création mondiale de l’opéra Like Flesh, de la compositrice israélienne Sivan ELDAR, sur un livret de la Britannique Cordelia LYNN. L’équipe artistique était complétée par la metteuse en scène italienne Silvia COSTA et le chef d’orchestre français Maxime PASCAL.

Like Flesh présentation opéra de LilleCliquez sur Caroline SONRIER, directrice de l’Opéra de Lille

Commandé par les opéras de Lille, Montpellier et Nancy en 2018, Like Flesh est donc l’aboutissement de plus de 3 ans de travail, pour lequel la compositrice a dû mettre en musique les mots de la librettiste, alors que la metteuse en scène a dû pour une fois, non pas déconstruire une histoire déjà connue de tous (ou presque) pour en proposer une autre lecture, mais au contraire nous proposer une scénographie nous permettant de comprendre une histoire que nous ne connaissons a priori pas déjà. Pour cela, elle s’est appuyée sur les avancées permises par la technologie, notamment avec un dispositif s’appuyant sur une intelligence artificielle pour animer les vidéos qui accompagnent le déroulement de l’action.

Eldar Like Flesh inteview Silvia CostaCliquez sur l’image pour entendre Silvia COSTA

La musique est composée pour un orchestre de chambre amplifié (sonorisé) et un second « orchestre » de 64 haut-parleurs disséminés dans la salle pour permettre au public d’être immergé dans le son des arbres.

Eldar Like Flesh Teaser de l'IRCAMCliquez sur la bande-annonce de l’IRCAM 

Eldar Like Flesh Maxime PascalCliquez sur l’image pour entendre Maxime PASCAL

Les personnages principaux de Like Flesh sont la Forêt, le Forestier (qui coupe les arbres), sa femme et une étudiante venue dans la forêt pour apprendre.

Le pitch : La Femme est malheureuse en mariage et aspire à un monde au-delà des frontières de la chair. L’arrivée dans la forêt de l’étudiante va lui faire découvrir un autre amour, et la poussera à se métamorphoser en arbre. Mais le monde est dur même pour les arbres, et après sa métamorphose, elle sera encore convoitée par le forestier pour l’argent qu’il pourra tirer de son bois et par l’amante qui continue à l’aimer.

Le thème de la métamorphose en arbre est librement inspiré des Métamorphoses d’OVIDE, et notamment de la légende de Daphné qui, poursuivie par Apollon, se transforme en laurier pour lui échapper.

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur la bande-annonce de l’Opéra de Lille

La construction narrative se fait suivant une alternance de scènes où la forêt (représentée par le chœur) s’exprime et d’autres où les humains parlent.

I : Ce que savait la forêt. La forêt nous raconte son passé depuis les temps immémoriaux.

II : Les oiseaux ne viennent plus ici. Pendant que le forestier expose sa vision de la forêt : du capital, la femme se désole de voir tout bétonné et la vie – plantes, insectes et oiseaux – qui s’en va.

III : Ce qu’ont fait les arbres. Les arbres annoncent la désertification de la Terre.

IV : La couleur rouge. L’étudiante arrive pour essayer de comprendre la vie, les arbres, la communion entre tous les arbres.

V : Leçons qu’apprend la gentillesse. La femme demande à son mari ce que ressentent les arbres quand il les coupe.

VI : Ce qu’a fait l’humain. L’humain est venu dans la forêt avec une hache, et nous avons crié de joie : « Regardez, le manche est des nôtres ! ».

VII : Le troisième rêve. La femme et l’étudiante découvrent leur amour naissant. La femme se métamorphose en arbre.

VIII : Ce qu’a fait l’humain après. Dans un crépitement de mots, la forêt égrène une litanie de tous les objets que créent les humains.

IX : Donc. Ta femme s’est changée en arbre. L’étudiante a appris au forestier que sa femme s’est changé en arbre. L’homme voit déjà le bénéfice qu’il pourra en tirer.

X : Regrets. Le forestier et sa femme discutent. Il se demande comment il aurait dû faire pour que leur amour perdure.

XI . Ce qu’a vu la forêt. La forêt sait la violence dont sont capables les hommes. Elle a la mémoire des juifs pendus à ses branches.

XII : Un arbre se souvient. L’étudiante et l’arbre discutent. Le forestier dit que l’étudiante dort dans les branches de son arbre. Mais les machines humaines arrivent , qui vont tout dévaster.

XIII : Entrelacement. Dans ce duo forêt, femme/arbre, la femme répond à la forêt que l’étudiante l’a blessée en voulant graver son amour sur l’écorce.

XIV : Comportement du bois. Le forestier et l’étudiante échangent leur perception de la femme devenue arbre.

XV : L’hiver, à nouveau. Le forestier et l’étudiante concluent. L’étudiante a cherché à devenir arbre, comme son aimée, mais n’a pas réussi, alors elle en a fendu le tronc pour venir s’y loger/lover alors que le forestier, lui, ne cherche qu’à entretenir ce bois qu’il pourra un jour couper pour le vendre.

La forêt a le dernier mot : Écoutez. La vie, pleine d’espoir se forme dans les failles. Nos racines poussent en chantant, trouvent d’étranges fossiles : un arbre, un squelette, une hache.

(Sources principales : le dossier de presse de l’Opéra de Lille, la présentation par l’équipe artistique le 12 janvier, et bien sûr la création le 21 janvier 2022.)

Couleurs, Divers, Jazz, Nature

BLEU

Carré bleu sur fond bleu, d’après Malevitch

Un récent commentaire sur le blog de Lazuli Biloba sur les aspects debussystes de ses magnifiques photos de fleurs bleues m’a amené à me poser la question de la représentation du bleu en musique.

Dans la nature, le bleu est la couleur du ciel (le jour) et de l’eau, soit symboliquement, une couleur rattachée à l’air et à l’eau. Dans la religion chrétienne, on associe le bleu aux vêtements de Marie.

Rachmaninoff Ave MariaCliquez sur l’Ave Maria de Rachmaninov

Bien sûr, en musique quand on dit bleu, on pense assez vite au Beau Danube bleu de Johann STRAUSS, ou encore à la Rhapsody in blue, de Georges GERSHWIN.

Strauss An der schönen blauen DonauCliquez sur la version chantée du beau Danube bleu

Gershwin Rhapsody in bluePuis cliquez sur la rhapsody in blue

Un peu moins évidentes sont les références à Barbe bleue, et donc aux cinq opéras (au moins) mettant en scène ce personnage, dont la légende nous vient de Gilles de RAY, maréchal de France, compagnon de guerre de Jeanne d’Arc et zigouilleur de petits enfants.

Aboulker douce et Barbe-bleueCliquez sur Douce et Barbe-bleue

Maurice RAVEL, dont on connaît le goût pour les sonorités nouvelles du jazz intitulera le deuxième mouvement de sa sonate pour violon et piano « Blues ».

Ravel Sonate violon piano bluesCliquez sur la violoniste et le pianiste

Pour Olivier MESSIAEN, qui était synesthète (il associait des couleurs aux accords sonores), le bleu s’apparente à la sonorité de la flûte. Il a par ailleurs écrit, dans son catalogue d’oiseaux, le Merle bleu.

Messiaen le Merle bleuCliquez sur Yvonne Loriod

Autre synesthète, Alexandre SCRIABINE et son « clavier à lumière », sorte d’orgue qui projetait des couleurs pendant qu’on exécutait son œuvre, telle que Prométhée ou le poème du feu.

À propos de Scriabine, ce compositeur qui associait musique et peinture faisait partie du mouvement « Der Blaue Reiter » (« le Cavalier bleu »), mouvement artistique fondé autour de KANDINSKY et de l’expressionnisme en 1911 et 1912. Un autre compositeur a fait partie du « Blau Reiter », c’est Arnold SCHÖNBERG, qui était aussi peintre et a écrit un article et une partition pour ce groupe, sur un texte du poète MAETERLINCK.

Schönberg Herzgewächse op 20Cliquez sur l’opus 20 de Schönberg

Bien entendu, le blues, c’est aussi une part important de la musique de jazz (dont je ne suis pas spécialiste). Parmi les grands classiques du jazz figure Kind of Blues de Miles DAVIS.

Miles Davis Kind of BlueCliquez sur un album de légende du jazz

Dans le Sonnet des voyelles de RIMBAUD, le « O » est associé à la couleur bleu. Pour le caractériser dans la suite du poème, il écrit : « O, suprême Clairon plein des strideurs étranges, ».

Bizet Carmen clairons qui sonnent la retraiteCliquez sur les strideurs étranges du suprême clairon

Et si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici, je vous propose un bonus surprise.

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici

Après le bleu, retrouvez ici la notion de BLANC de ROUGE et de VERT en musique.

Ainsi que le ROSE.

Contes et légendes, Mythologie, Nature

TROIS PETITES POMMES (ET UN DRAGON ?)

Et même quatre petites pommes si l’on considère le début de la cinquième Symphonie de BEETHOVEN pour ce qu’il est : Pomme pomme pomme pomme.

Beethoven Pom pom pom pomCliquez sur les instrumentistes

Carnets paresseux avait commencé une histoire avec trois petites pommes qui chantaient et un dragon, mais il semble que la suite se soit perdue dans une faille spatio-temporelle. Pour vous permettre de patienter en attendant cette suite, voici un entremets sur le thème de la pomme. [Le dragon dans la pomme – Carnets Paresseux (wordpress.com).]

La pomme est un fruit très ancien, puisqu’on en trouve trace dans la Bible, et même dans le premier livre de la Bible, la Genèse, autant dire au commencement de tout. Il y est dit qu’au jardin d’Eden, la pomme était le fruit de l’arbre de la Connaissance. Ce fruit était interdit aux deux premiers humains, mais le malin, tentateur, s’est débrouillé pour qu’Adam croque la pomme. Pour cela, Adam et Eve ont été chassés du Paradis.

On trouve des pommes dans presque tous les grands mythes de l’humanité. Ainsi chez les Grecs, Dionysos, le dieu du vin, aurait créé la pomme pour l’offrir à Aphrodite, la déesse de l’amour. Un peu plus tard, la déesse de la discorde (eh oui, il y avait une déesse de la discorde !) jeta une pomme d’or au milieu des dieux, la fameuse pomme de la discorde. Il revint au berger Pâris de remettre cette pomme à la plus belle des déesses.

En 1667, l’Italien CESTI écrira à l’occasion du mariage de l’empereur Léopold et de l’infante Marguerite d’Espagne un opéra sur cette légende, Il pomo d’oro, qui devait dépasser en fastes tout ce qui s’était fait jusque là, et qui durait dix heures (sur deux soirées).

Cesti Il pomo d'OroCliquez sur l’image

Deux siècles plus tard, en 1864, OFFENBACH nous rappellera la légende dans son opérette la belle Hélène, (air « Au mont Ida trois déesses ».)

Offenbach la belle Hélène Au mont Ida trois déessesCliquez sur Pâris

Encore des pommes pour Héraklès (Hercule), puisque dans ses douze travaux, il a dû aller cueillir les Pommes d’or du jardin des Hespérides.

Dans la mythologie nordique, c’est la déesse Idunn qui possédait des pommes qui donnaient la jeunesse éternelle à ceux qui les mangeaient. Cette déesse a été recyclée par WAGNER dans sa lecture des mythologiques Germano-Nordiques qu’est la Tétralogie, en la personne de Freia. Freia, donc, possédait des pommes qui donnaient la jeunesse éternelle à ceux qui les mangeaient. Malheureusement Wotan, le dieu en chef, avait promis Freia pour le paiement de la construction du Walhalla aux deux géants Fafner et Fasholt. (Cette histoire nous est racontée dans l’Or du Rhin [Rheingold].) Suite au vol de l’Or du Rhin par le gnome Alberich, Wotan propose aux géants cet or (qu’il va voler) en échange de Freia. Et c’est là que nous retrouvons le dragon du titre, puisqu’après avoir reçu l’or du Rhin, Fafner tue son frère Fasholt pour garder l’or et va se retirer dans une grotte, métamorphosé en dragon pour mieux veiller sur son or.

Wagner Das Rheingold FreiaCliquez sur Freia, ses pommes, et Wotan

On trouve une pomme plus récente dans la légende de Guillaume Tell, mise en musique par ROSSINI. Au troisième acte, Guillaume n’ayant pas voulu se prosterner devant le chapeau du bailli Gessler, le bailli le fait arrêter avec son fils Jemmy, et demande qu’on place une pomme sur la tête de celui-ci, Guillaume devant transpercer cette pomme avec une flèche (ce qui est très dangereux, n’essayez pas ce tour à la maison).

Rossini Guillaume Tell Ah que ton âme se rassure (Jemmy)Cliquez sur l’image

Rossini était un fin gourmet et aimait donner des noms de ses œuvres à ses créations culinaires, c’est donc très logiquement qu’il a appelé une recette de Tarte aux pommes « Tarte Guillaume Tell ».

On retrouve Offenbach avec son opérette Pomme d’Api (1873).

Offenbach Pomme d'ApiCliquez sur l’image

Quand les explorateurs occidentaux sont revenus d’Extrême-Orient avec des oranges, ce fruit inconnu chez nous a été appelé « pomme de Chine » ou « pomme d’orenge ». On en trouve trace dans l’opéra de PROKOFIEV, l’Amour des trois oranges.

Prokofiev 3 oranges NinetteCliquez sur la princesse Ninette et le prince

(Source principale [pour la mythologie] : Encyclopédie des Symboles, le Livre de poche, collection la Pochothèque, 2013.)

Et si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici, ce que j’espère vraiment parce que sinon vous allez rater quelque chose, vous avez gagné le droit de cliquer sur le cadeau bonus.

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Nature

IL FAUT CULTIVER NOTRE JARDIN – Partie 2 – le jardin la nuit.

Jardins d’amour, ou jardins de sabbat ? Après les jardins vus le jour, voici une nouvelle sélection de musiques inspirées par les jardins, la nuit.

« Il faut cultiver notre jardin », telle est la conclusion en forme de morale du conte Candide de VOLTAIRE. Mais quelle est la place du (des) jardin(s) dans le monde merveilleux de l’opéra (et plus généralement de la musique dite classique) ?

Tout le dernier acte des Noces de Figaro (Le Nozze di Figaro) de MOZART se passe de nuit dans le jardin du comte Almaviva, où se résout le piège tendu au comte par la comtesse et Suzanne.

Mozart les Noces de Figaro L'ho perdutaCliquez sur Barberine, la fille du jardinier

Dans le jardin des Capulet, la nuit, Roméo est au pied de la fenêtre de Juliette et chante son air « Ah lève toi soleil » dans le Roméo et Juliette de GOUNOD.

Gounod Roméo et Juliette Ah lève toi soleil (Spyres)Cliquez sur Roméo

DEBUSSY a intitulé la troisième de ses Estampes pour piano « Jardins sous la pluie ». Il n’a pas spécifié si ses « Jardins sous la pluie » se passent le jour ou la nuit.

Debussy Estampes Jardins sous la pluieCliquez sur le pianiste

Dans Rusalka de DVORAK, alors que Rusalka devenue (presque) humaine s’est réfugié dans le jardin pendant la fête de nuit, son père l’ondin qui s’est rapproché pleure sur le sort de sa fille.

Dvorak Rusalka Cely svet neda ti, nedaCliquez sur Rusalka réfugiée dans le jardin sous le regard de son père

La deuxième partie du merveilleux conte pour enfants L’enfant et les Sortilèges de COLETTE et RAVEL se passe au jardin, où les arbres et les insectes vont se venger des mauvais traitements infligés par l’enfant méchant.

Ravel l'enfant et les sortilèges les insecetesCliquez sur l’enfant, de nuit, dans le jardin inquiétant

Dans son ballet l’Oiseau de feu, STRAVINSKY nous offre cette danse infernale dans les jardins du roi Katscheï.

Stravinsky l'Oiseau de feu danse infernale des sujets du roi KatcheïCliquez sur les sujets du roi Katscheï

Et dans Le château de Barbe bleue de BARTÓK, la quatrième porte s’ouvre sur le jardin secret de Barbe bleue. Mais si les fleurs blanches y sont rouges, c’est parce qu’elles sont teintées de sang.

Bartok le Château de Barbe bleue la porte 4 (le jardin)

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Divers, Nature

IL FAUT CULTIVER NOTRE JARDIN – Partie 1 – le jardin le jour.

« Il faut cultiver notre jardin », telle est la conclusion en forme de morale du conte Candide de VOLTAIRE. Mais quelle est la place du (des) jardin(s) dans le monde merveilleux de l’opéra (et plus généralement de la musique dite classique) ?

Dans son opéra Xerxes (Serse), HAENDEL confie un de ses plus beaux airs à son héros, près d’un platane dans son jardin : « Ombra mai fu ».

Haendel xerxes Serse ombra mai fuCliquez sur le célèbre contre-ténor

Une bonne partie du Cosi fan tutte de MOZART se passe dans un jardin. Au premier acte, les deux sœurs Dorabella et Fiordiligi chantent leur bonheur d’aimer et d’être aimées quand survient Don Alfonso qui leur apprend que leurs fiancés doivent partir à la guerre.

Mozart Cosi fan Tutte Soave sia il ventoCliquez sur Dorabella, Fiordiligi et Don Alfonso

Au premier acte du trop rare Fierrabras de SCHUBERT, Emma et Eginhard chantent un duo passionné dans le jardin.

Schubert Fierrabras Der abend sinkt auf stiller FlurCliquez sur l’image

Dans Iolanta de Tchaïkovski, l’héroïne, aveugle de naissance, vit dans une maison isolée et entourée d’un jardin. C’est dans ce jardin qu’elle va rencontrer l’amour en la personne de Vaudémont.

Tchaikovski Iolanta Duo Iolanta VaudémontCliquez sur Iolanta et Vaudémont

Alors qu’il y a une belle scène de nuit dans le jardin des Capulet dans le Roméo et Juliette de GOUNOD, il y a également une scène de jour quand, le lendemain, le page revient chercher Roméo dans le jardin (Air : « Que fais-tu, blanche tourterelle ».)

Gounod Roméo et Juliette Que fais-tu blanche tourterelleCliquez sur le page

Au début d’Eugène Onéguine de TCHAÏKOVSKI, madame Larine et la nourrice de ses deux filles sont dans le jardin en début de soirée et devisent du passé quand on entend un le chœur des paysans qui célèbrent la fin des moissons.

Tchaïkovski Eugène Onéguine Chœur et danse des paysans

À l’acte II de Parsifal de WAGNER, le magicien (noir) Klingsor fait apparaître son jardin enchanté, et ses filles-fleurs chargées détourner les chevaliers du Graal du droit chemin.

Wagner Parsifal Filles-fleursCliquez sur la fille-fleur

Avant de terminer ce billet, écoutons Olivier MESSIAEN et sa fauvette des jardins, un catalogue de chants d’oiseaux retranscrits pour le piano.

Messiaen la fauvette des jardinsCliquez sur la fauvette des jardins

Mais revenons à notre cher Candide avec l’opérette éponyme de Léonard BERNSTEIN et son final « Let our garden grow » (« Cultivons notre jardin ».)

Bernstein Candide Make our Garden GrowCliquez sur Lenny

Et si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici, vous avez gagné le droit de cliquer sur le bonus surprise.

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici

Et ne ratez pas, prochainement sur ce blog, la seconde partie des jardins avec les jardins la nuit.

Mythologie, Nature

LES QUATRE ÉLÉMENTS (4) : L’AIR

Oups, je crois que j’ai raté le printemps il y a trois jours, et donc le quatrième billet lié à la symbolique des quatre éléments.

Après l’eau, l’élément symbolisant l’hiver, voici donc, puisque débute le printemps, un billet traitant de celui des quatre éléments (le feu – la terre – l’eau – l’air) qui symbolise cette saison. C’est à l’air que le printemps est associé.

L’air est ce qui sépare la terre du ciel, et assure ainsi le lien entre le monde matériel, la terre, et le monde spirituel, le ciel.

Cet élément est réputé chaud et humide, et il est associé au sang et au cœur.

Il représente la légèreté, et est associé au vent, puis par association au vent de l’esprit, c’est-à-dire le souffle qui anime toutes choses. Mais attention, le vent peut aussi se changer en tempête.

Dans la mythologie, l’air est le domaine des elfes.

Musicalement, on trouve un elfe dans le Didon et Enée de PURCELL, quand la sorcière en chef demande à un de ses elfes de prendre l’apparence d’Apollon pour tromper Enée et lui demander de quitter Carthage pour l’Italie (et y fonder une nouvelle cité.)

Purcell Didon et Enée la Caverne des sorcièresCliquez sur la sorcière

Restons avec Purcell et son King Arthur. Au début du cinquième acte, l’enchanteur Merlin invoque Éole, le dieu du vent pour faire cesser la tempête.

Purcell King Arthur The British Worthy (Acte V)Cliquez sur l’image

Dans Les Boréades de RAMEAU, la reine Céphyse doit choisir pour mari un descendant de Borée, le dieu du Vent, mais elle aime un étranger, Abaris, ce qui met Borée en fureur.

Rameau les Boréades Tout cède aux efforts de l'orage (la Tempête)Cliquez sur Abaris, abattu par la force de la tempête

Dans Idoménée de MOZART, le vent invoqué est nettement plus sympathique. Ilia, la fille de Prima prend la nature à témoin de sa douleur dans l’air » Zéphir léger et charmant » (« Zeffiretti lusinghieri »)

Mozart Idoménée Zeffiretti lusinghieriCliquez sur Ilia

L’air de la calomnie du Barbier de Séville de ROSSINI nous dit que la calomnie est comme un petit vent, qui nous caresse, puis s’amplifie en faisant de plus en plus de dégâts.

Rossini le Barbier de Séville air de la calomnieCliquez sur Bartolo et Basile

Dans La Walkyrie de WAGNER, c’est le souffle tiède du printemps qui fait naître l’amour entre Siegmund et Sieglinde.

Wagner La Walkyrie Chant du printempsCliquez sur le chant du printemps

Dans son Faust, GOUNOD fait appel à la brise légère pour introduire sa célèbre Valse.

Gounod Faust Ainsi que la brise légèreCliquez sur la Valse du Faust de Gounod

Et je vous ai réservé un petit cadeau bonus, comme d’habitude réservé à ceux qui ont eu le courage d’aller jusqu’au bout de ce billet.

Point d'interrogationNe cliquez sur ce cadeau bonus que si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici

Divers, Nature

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 3 – LA LUXURE

La liste des sept péchés capitaux : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère et la paresse a été fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique.

Après l’orgueil et la gourmandise, la luxure est donc le troisième péché capital. Comme la gourmandise, on pourrait la qualifier de péché capiteux.

La luxure, c’est la recherche sans retenue du plaisir sexuel.

En 1746, l’Anglais FIELDING publie Tom Jones, enfant trouvé dans lequel on trouve deux lords luxurieux. Ce roman très riche a été adapté par PHILIDOR dès 1765 dans son opéra-comique Tom Jones.

Philidor Tom JonesCliquez sur Tom Jones et ses compagnons

Il précède de peu MOZART et son héros libertin, Don Giovanni. Au XVIIe siècle, le libertin, c’était le libre penseur, celui qui s’affranchissait de Dieu. Au XVIIIe siècle, le sens avait déjà évolué vers une personne qui cherchait le plaisir, et s’était donc rapproché de la luxure.

Mozart Don Giovanni Madamina, il catalogoCliquez sur Leporello lisant le catalogue des conquêtes de son maître à Dona Elvira

Le duel entre l’amour physique et l’amour courtois est au cœur du dilemme qui s’impose à Tannhaüser, le héros de WAGNER. En effet, ayant succombé à l’ivresse de la luxure au Mont de Vénus, comment pourra-t-il, revenu chez les humains, retrouver l’amour d’Élisabeth ?

Wagner Tannhaüser BacchanaleCliquez sur la bacchanale au Venusberg

MASSENET semble s’être fait une spécialité des femmes luxurieuses, avec Manon qui veut « vivre pleinement sa jeunesse », ou Thaïs, la prostituée qui fait perdre la tête au moine Abigaïl.

Massenet Manon Profitons bien de la jeunesseCliquez sur Manon

Massenet Thaïs Oh mon miroir fidèle (Acte II)et cliquez sur Thaïs

Le XXe siècle n’est pas avare non plus en scène de luxure. Ainsi du personnage de Lulu mis en musique par Alban BERG.

Berg Lulu HanniganCliquez sur Lulu

BRECHT et WEILL ont écrit, outre le ballet les sept Péchés capitaux, l’opéra Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny. Retrouvons Lotte LENIA, la créatrice de la chanson « Alabama song ».

Weill Mahagonny Alabama SongCliquez sur l’image

Pour écrire son Rake’s progress (la Carrière d’un libertin), STRAVINSKY s’est inspiré d’une série de peintures de HOGARTH.

Stravinsky The Rake's ProgressCliquez sur Tom Rakewell et Ann Trulove

Enfin, la Lady Macbeth de Mzensk de CHOSTAKOVITCH, insatisfaite avec son mari, trouve le plaisir dans les bras d’un autre.

Chostakovitch lady Macbeth acte ICliquez sur le lit

Et pour finir, je vous propose un petit bijou d’Erik SATIE, « Je te veux ».

Satie je te veux

À bientôt pour un nouveau péché capital, l’avarice.

Divers, Nature

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 2 – LA GOURMANDISE

La liste des sept péchés capitaux : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère et la paresse a été fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique.

Après l’orgueil, le deuxième péché capital est la gourmandise. On pourrait même le qualifier de péché capiteux.

Si on boit beaucoup à l’opéra, le péché de chère y est aussi représenté. (Le péché de chair également, mais ça, ce sera pour la luxure, troisième billet, encore à venir, de cette série.)

Commençons donc par un « classique » du XVe siècle, le Tourdion de Pierre ATTAIGNANT, une chanson à boire et à manger, qui se chante en canon.

Attaignant TourdionCliquez sur les gras jambons

Dans le Don Giovanni de MOZART, le héros invite la statue du commandeur à souper. C’est lors de ce souper qu’il perdra la vie, entraîné dans les flammes de l’enfer.

Mozart Don Giovanni final (le souper)Cliquez sur le souper final

L’acte II de Béatrice et Bénédict de BERLIOZ se déroule aux cuisines pendant qu’un festin se déroule en coulisses. Les serviteurs se plaignent d’avoir à servir les hôtes, pendant que ceux-ci improvisent un chœur à boire.

Berlioz Béatrice et Bénédict Le Vin de SyracuseCliquez sur l’image

Au début de Manon de MASSENET, les voyageurs appellent en vain l’hôtelier pour se faire servir à manger.

Massenet Manon Holà Monsieur l'hôtelierCliquez sur l’image

Le plus « beau » personnage de gourmand de l’opéra est Falstaff, qui a inspiré à Verdi son dernier chef-d’œuvre. Falstaff de VERDI. L’action débute à l’auberge où Falstaff et ses valets ont laissé une lourde ardoise.

Verdi Falstaff début Act ICliquez sur Sir John à l’auberge

Dans l’Amour des trois oranges de PROKOFIEV, Truffaldino, assoiffé, ouvre les 3 oranges dérobées à la cuisinière de la sorcière, ce qu’il n’aurait pas dû faire.

Prokofiev l'Amour des 3 oranges les 3 orangesCliquez sur les 3 oranges et découvrez ce qui va se passer…

Dans le conte pour enfants Hänsel und Gretel, d’HUMPERDINCK, les deux enfants ont tort de céder à leur gourmandise en mangeant la maison en pain d’épices de la sorcière.

Humperdinck Hänsel und GretelCliquez sur l’image

Enfin, les compositeurs étant parfois eux aussi attirés par la bonne chère, certains d’entre eux ont laissé leur nom dans le domaine de la gastronomie.

Et voilà, à bientôt pour un nouveau péché : la luxure !

Compositrices, Jazz, Mythologie, Nature

DES ÉTOILES À L’OPÉRA (6 JANVIER)

L’épiphanie est une fête chrétienne qui a lieu, traditionnellement, le 6 janvier (ou le premier dimanche de janvier). Dans la culture populaire, ce sont les rois mages, venus d’Orient et guidés par une étoile, pour saluer l’Enfant-Jésus qui vient de naître.

Ce qu’on appelle l’étoile du berger, un des objets célestes les plus brillants du ciel nocturne, est en fait une planète. Il s’agit de Vénus, la deuxième planète du système solaire. Sa proximité avec le soleil fait qu’on ne la voit qu’au lever et au coucher de celui-ci. Au milieu de la nuit, étant proche du soleil, elle est donc cachée en même temps que lui, et au milieu du jour, sa clarté est éclipsée par celle du soleil.

Vénus, c’est évidemment la déesse de l’Amour (Aphrodite chez les Grecs). C’est pour s’être réfugié chez elle que Tannhäuser, dans l’opéra de WAGNER, est rejeté par les hommes. Amusamment, dans cet opéra, on retrouve à la fois son côté pécheresse dans la « bacchanale » qui ouvre le premier acte, et son côté poétique dans la « romance à l’étoile » que Walter chante au 3e acte.

Wagner Tannhaüser BacchanaleCliquez sur la bacchanale au mont de Vénus

Wagner Tannhaüser Romance à l'étoileCliquez sur l’image

Mais revenons aux rois mages suivant leur étoile. BIZET s’est inspiré d’un vieux chant provençal pour sa « Marche des Rois », dans la musique qu’il a composée pour la pièce L’Arlésienne de DAUDET.

Bizet l'Arlésienne (Stutzmann)Cliquez sur l’orchestre et sa cheffe

Pour rester sur le thème de l’épiphanie, écoutons l’opéra jazz de COSMA Marius et Fanny, d’après PAGNOL.

Cosma Marius et FannyCliquez sur Marius et pis Fanny

Le ciel d’hiver se caractérise dans l’hémisphère Nord par la constellation d’Orion, et par une étoile très brillante, Sirius. Orion était un chasseur géant et redoutable. Artémis s’intéressait à lui, mais Apollon, le frère d’Artémis, craignant pour sa sœur, s’arrangea pour le faire mourir d’une flèche de la chasseresse. Quand elle comprit qu’elle venait de tuer Orion, elle le plaça dans le ciel, en compagnie de ses chiens, Sirius et Procyon.

Le mythe d’Orion a inspiré bien des compositeurs, de Louis de LA COSTE (1728) à Kaija SAARIHAO (2002).

Orion de de LA COSTE (1728)

de La Coste OrionCliquez sur la partition

Saariaho OrionCliquez sur les percussionnistes

Retrouvez prochainement d’autres histoires liées aux étoiles, constellations et héros de la mythologie, mais en attendant, je ne peux résister au plaisir de vous offrir « E lustevan le stelle », de la Tosca de PUCCINI. Le héros, Cavaradossi, au matin qui précède son exécution, voit le jour se lever sur Rome, et les étoiles s’éteindre dans le ciel.

Puccini Tosca E lucevan le Stelle (Kaufmann)Cliquez sur Cavaradossi

Point d'interrogationCliquez sur le bonus (habilement) caché