littérature, Oulipo, Poésie

CLAIR DE LUNE, de VERLAINE (1869)

Après « Marie » d’APOLLINAIRE, j’ai choisi ce mois-ci pour mon poème mis en musique « Clair de Lune », publié dans les Fêtes galantes de Paul VERLAINE.

(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques

Debussy Suite bergamasque Clair de luneCliquez sur le pianiste
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse Mortal, tutto confidaCliquez sur Télémaque et Ulysse

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Beethoven Sonate 14 Clair de lune Adagio sostenutoCliquez sur le pianiste

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Satie DaphénéoCliquez sur le n’oisetier

Et sangloter d’extase les jets d’eau,

Liszt les Jeux d'eau de la villa d'EsteCliquez sur l’image
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Don Giovanni finalCliquez sur l’homme de marbre

Citations musicales :

Masques et bergamasques : DEBUSSY Masques et bergamasques – Clair de lune.

Déguisements : MONTEVERDI Le Retour d’Ulysse dans sa Patrie.

Clair de lune : BEETHOVEN Sonate n°14, dite Clair de lune (1er mouvement adagio sostenuto).

Les oiseaux dans les arbres : SATIE Dapheneo.

Les jets d’eau : LISZT Les jeux d’eau de la villa d’Este.

Les marbres : MOZART Don Giovanni Scène finale.

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MARIE, de Guillaume APOLLINAIRE (1913)

Après « le Nuage » de Mallarmé, j’ai choisi ce mois-ci pour mon poème mis en musique « Marie », de Guillaume APOLLINAIRE.

(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Rachmaninov les clochesCliquez sur l’image

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Debussy MasquesCliquez sur l’image

Les brebis s’en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d’argent
Des soldats passent et que n’ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Berlioz Damnation de Faust chœur des soldats et des étudiantsCliquez sur l’image

Sais-je où s’en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s’en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l’automne
Que jonchent aussi nos aveux

Fauré Automne d'Armand SylvestreCliquez sur l’image

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

Paradis et Chedid la SeineCliquez sur l’image

Citations musicales :

les cloches : RACHMANINOV les Cloches.

les masques : DEBUSSY Masques.

Des soldats passent : BERLIOZ la Damnation de Faust double chœur des soldats et des étudiants.

Feuilles de l’automne : FAURÉ Automne.

la Seine : Vanessa PARADIS et Matthieu CHEDID la Seine.

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« LE NUAGE », de MALLARMÉ

Après En envoyant un pot de fleurs de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose Nuage, un autre poème de jeunesse datant de 1859.

Nuage es-tu l’écume

De l’océan céleste au flot limpide et pur ?

Es-tu la blanche plume

Que détacha la brise, en traversant l’azur,

De l’aile d’un des anges ?

Berlioz les Nuits d'été 6 - l'île inconnueCliquez sur l’image

Es-tu, quand nos louanges,

Volent avec l’encens aux pieds d’Adonaï

Bernstein Chichester Psalms Adonaï ro-iCliquez sur le garçon soprano

Le parfum que balance

Dans l’urne en feu, l’enfant devant la croix ravi?

Du ciel ou de la France

As-tu pris ton essor ?

As-tu vu bien des flots, mainte verte prairie ?

As-tu bercé ton ombre au marbre blanc où dort

Du grand sommeil Marie,

Gounod Roméo et Juliette Salut ! Tombeau sombre et silencieuxCliquez sur le tombeau sombre et silenci-eux

Où la brise aux cyprès murmure un chant de mort ?

« Oh : silence, silence !  » alors dit le nuage :

« Je suis l’envoyé du Seigneur.

Poulenc Salve ReginaCliquez sur l’image

Je porte sur mon sein un blond enfant, de l’âge

Où l’on ne sait pas que l’on meurt.

Je le pris : il dormait sur le sein de sa mère :

L’aile d’un ange est son suaire ! »

Citations :

De l’aile d’un des anges : BERLIOZ Les Nuits d’été, l’île inconnue.

Au marbre blanc où dort : GOUNOD Roméo et Juliette, Salut, tombeau sombre et silencieux

Adonaï : BERNSTEIN, Chichester Psalms, Adonaï ro-i.

L‘envoyé du Seigneur : POULENC Salve Regina.

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« EN ENVOYANT UN POT DE FLEURS », de MALLARMÉ

Après le Pitre châtié de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose En envoyant un pot de fleurs, un poème de jeunesse datant de 1859.

Minuit au vieux beffroi : l’ombre dort, et la lune

Debussy le Diable dans le beffroi

Se joue en l’aile noire et morne dont la nuit,

Sombre corbeau, nous voile. Au ciel l’étoile fuit.

Slatkin the RavenCliquez sur the Raven

– Mille voix du plaisir voltigent à moi : l’une

M’apporte ris, baisers, chants de délire : suit

Une fanfare où Strauss fait tournoyer la brune

Au pied leste, au sein nu, que sa jupe importune.

Strauss Concert du nouvel an Vienne 2011

Tes masques ! carnaval ! tes grelots ! joyeux bruit ! –

Schumann Carnaval de VienneCliquez sur la pianiste

Et moi, je dors d’un œil, et je vous dis, Marie,

Qu’en son vase embaumé votre fleur est ravie

voici des rosesCliquez sur l’image

D’éclore sous vos mains et tressaille au bonheur

De vivre et se faner un soir sur votre cœur !

Berlioz Nuits d'été Spectre de la rose CrespinCliquez sur l’image

– Ah ! d’une aurore au soir dût s’envoler ma vie

Comme un rêve, fleurette, oui, ton sort, je l’envie !

Fauré Après un rêveCliquez sur l’image

Citations musicales :

Minuit au vieux beffroi : Le Diable dans le beffroi est un opéra inachevé de DEBUSSY, d’après le conte d’Edgar Allan POE.

Sombre corbeau : Restons avec Poe (dont on se souvient qu’il a été traduit en français par Mallarmé). Le chef d’orchestre américain Léonard SLATKIN a mis en musique le poème the Raven (le Corbeau).

Strauss : Concert du Nouvel An à Vienne 1981 : Aus der Ferne Polka Mazur, Op. 270.

Tes masques ! carnaval ! Restons à Vienne avec Robert SCHUMANN et son Carnaval de Vienne.

son vase embaumé : BERLIOZ La Damnation de Faust « Voici des roses ».

se faner un soir : Restons avec Berlioz et ses Nuits d’été dans « le Spectre de la rose ».

Comme un rêve : FAURÉ Après un rêve.

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« CHANSON D’AUTOMNE », de VERLAINE

Après Art Poétique de Paul VERLAINE, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et je mets en correspondance les images évoquées par ce poème avec des images musicales qui me viennent à l’esprit.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose Chanson d’automne, un poème datant de 1866 paru dans les Poèmes saturniens.

Les sanglots longs
Des violons

De l’automne

Ravel KaddishCliquez sur l’image

Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Verdi la Traviata Addio del passato (Callas)Cliquez sur l’image

Tout suffocant
Et blême
, quand
Sonne l’heure,

Thomas Hamlet Spectre infernalCliquez sur l’image

Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Gluck Orfeo e Euridice Che faro senza EuridiceClqiuez sur l’image

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Chausson la dernière FeuilleCliquez sur l’image

Citations musicales :

Les sanglots longs des violons : Maurice RAVEL, Kaddish, pour violon et piano.

D’une langueur monotone : Giuseppe VERDI, la Traviata « Addio del Passato ».

Tout suffocant et blême : Albert THOMAS, Hamlet, scène du spectre.

Je pleure : GLUCK Orfeo ed Euridice « Che faro senza Euridice » (« J’ai perdu moin Eurydice »)

La feuille morte : Ernest CHAUSSON la dernière feuille.

Et si vous en voulez un peu plus, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous en voulez un peu plus

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« LE PITRE CHÂTIÉ », de MALLARMÉ

Après M’introduire dans ton histoire de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose Le Pitre châtié, un poème datant de 1866 paru seulement en 1887.

Yeux, lacs avec ma simple ivresse de renaître

rossini la dame du lac trioCliquez sur la dame du lac

Autre que l’histrion qui du geste évoquais

Leoncavallo Paillasse (Pagliacci) Vesti la giubbaCliquez sur l’histrion

Comme plume la suie ignoble des quinquets

J’ai troué dans le mur de toile une fenêtre.

De ma jambe et des bras limpide nageur traître,

À bonds multipliés, reniant le mauvais

Hamlet ! c’est comme si dans l’onde j’innovais

Mille sépulcres pour y vierge disparaître.

Thomas Hamlet être ou ne pas êtreCliquez sur Hamlet

Hilare or de cymbale à des poings irrité,

Tout à coup le soleil frappe la nudité

Qui pure s’exhala de ma fraîcheur de nacre,

Schubert An die Sonne D. 439Cliquez sur l’hymne au soleil

Rance nuit de la peau quand sur moi vous passiez,

Ne sachant pas, ingrat ! que c’était tout mon sacre,

Ce fard noyé dans l’eau perfide des glaciers.

Thomas Hamlet Air de la folie (Callas)Cliquez sur Ophélie au moment où elle va se noyer

Citations musicales :

lacs : ROSSINIla Donna del lago (la Dame du lac)

l’histrion : LEONCAVALLO – Paillasse – « Vesti la giubba »

Hamlet : Ambroise THOMASHamlet – « Être ou ne pas être »

le soleil : SCHUBERT – « An die Sonne » (« Au Soleil« )

fard noyé : Thomas – Hamlet – « Air de la folie »

Et si vous voulez relire ce poëme sans avoir à subir mes élucubrations musicales, le voici dans toute sa splendeur mallarméenne :

Mallamré le Pitre châtié

Compositrices, littérature, Maria Callas, Oulipo, Poésie

« ART POÉTIQUE », de VERLAINE

Le poème « mis en musique » de ce mois sera Art poétique, de Paul VERLAINE. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Schubert An die MusikCliquez sur la musique

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

Hahn Chansons grises L'Heure exquiseCliquez sur la chanson grise

C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Debussy Nuit d'étoiles (Véronique Gens)Cliquez sur les claires étoiles

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Bonis Mel Nocturne pour flûte, Cor et PianoCliquez sur l’image

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,

Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Verdi Rigoletto Ch'io gli parliCliquez sur l’image

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

Gounod Faust Bijoux CallasCliquez sur l’image

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Berlioz Les Nuits d'été Au cimetière (Crespin)Cliquez sur « l’âme éveillée »

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

Citations musicales:

De la musique : SCHUBERT An die Musik

la chanson grise : HAHN Chansons grises : « l’Heure exquise »

des claires étoiles : FAURÉ Nuit d’étoiles

et la flûte au cor : Mel BONIS Scènes de la Forêt, « Nocturne pour Flûte, Cor et Piano »

la Pointe assassine, l’Esprit cruel et le Rire impur : VERDI Rigoletto. Dans Rigoletto, le héros, bouffon du duc, exerce son esprit acerbe contre les courtisans avec ses piques cruelles.

ce bijou d’un sou : GOUNOD Faust « Air des bijoux »

une âme en allée : BERLIOZ Les Nuits d’été « Au Cimetière (Clair de lune) »

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LE CORBEAU (THE RAVEN), d’Edgar Allan POE (1845)

Le Corbeau est un long poème (18 sizains) écrit par Edgar Allan POE, et publié pour la première fois en 1845. En France, on le connaît par les traductions de BAUDELAIRE et de MALLARMÉ. Si j’apprécie celle de Baudelaire, qu’il me soit permis de préférer celle de mon pote Mallarmuche.

C’est donc des extraits de cette traduction que je vais « mettre en musique » par association d’idées, entre les images poétiques et les remémorations musicales que ces images peuvent faire surgir chez moi.

Une fois, par un minuit lugubre,

Auber Gustave III minuit

tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié,

Berlioz la Damnation de Faust Sans regretsCliquez sur le docteur Faust méditant sur maint curieux et bizarre volume de savoir

— tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre, — cela seul et rien de plus.

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour ; — vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore, — de nom ! pour elle ici, non, jamais plus !

Beethoven Ouverture de Léonore n 3Cliquez sur l’image

Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté « Lénore ! » Je le chuchotai — et un écho murmura de retour le mot « Lénore ! » purement cela et rien de plus.

Gluck Écho et Narcisse finalCliquez sur l’image

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre, — se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre — se percha, siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit — dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. »

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur l’image

Le Corbeau dit : « Jamais plus. »

Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : « Sans doute, dis-je, ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de : « Jamais — jamais plus. »

Purcell Musique pour les funérailles de la reine MaryCliquez sur l’image

L’air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l’étoffe du parquet. « Misérable ! m’écriai-je, ton Dieu t’a prêté — il t’a envoyé, par ces anges le répit — le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit », hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, — siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera — jamais plus.

Citations musicales :

un minuit lugubre : Quel minuit plus lugubre que cette scène de Gustave III roi de Suède de AUBER, où la devineresse a donné rendez-vous à la jeune Amélie pour cueillir à minuit des plantes maléfiques au pied d’un gibet destinées à faire un philtre.

Sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié : BERLIOZ début de la Damnation de Faust, quand Faust se rend compte qu’il a passé sa vie à l’étude de vieux livres, mais peut-être en passant à côté des joies simples de la vie et de l’amour.

Lénore : BEETHOVEN, Ouverture n° 3 de Léonore (premier nom de son opéra Fidelio.)

un écho : GLUCK final de l’opéra Narcisse et Écho.

le rivage plutonien de nuit : GLUCK Alceste « Divinités du Styx ».

les chants funèbres : PURCELL Musique funèbre pour l’enterrement de la reine Mary.

Retrouvez le texte complet du Corbeau, en anglais et en français, avec les illustrations de MANET, sur le site de la BNF.

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SED NON SATIATA, de BAUDELAIRE (1857)

Après l’Homme et la Mer, de Charles BAUDELAIRE, je vous propose un autre poème des Fleurs du Mal, datant de 1857, mis en musique par mes soins.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Bizarre déité, brune comme les nuits,

Au parfum mélangé de musc et de havane,

Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,

Gounod Faust METCliquez sur Faust et Méphisto

Sorcière au flanc d’ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,

L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane;

Donizetti l'Élixir d'amour Una furtiva lagrima (Alagna)Cliquez sur Nemorino

Fauré PavaneCliquez sur l’image

Quand vers moi mes désirs partent en caravane,

Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,

Hvorostovsky les Yeux noirsCliquez sur les yeux noirs

Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme;

Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf fois,

Lully Alceste il faut passer tôt ou tardCliquez sur l’image

Hélas, et je ne puis, Mégère libertine,

Chostakovitch la Mégère apprivoiséeCliquez sur la mégère apprivoisée

Pour briser ton courage et te mettre aux abois,

Dans l’enfer de ton lit devenir Proserpine !

Paisiello Proserpine OuvertureCliquez sur l’image

 

Citations musicales : 

Le Faust : GOUNOD : Faust prologue.

L’élixir… où ta bouche: DONIZETTI L’Élixir d’amour « Una furtiva lagrima ».

se pavane : FAURÉ, Pavane.

Grands yeux noirs : les Yeux noirs, air traditionnel russe.

Le Styx : LULLY Alceste, air de Charon « Il faut passer tôt ou tard ».

Mégère libertine : CHOSTAKOVITCH la Mégère apprivoisée.

Proserpine : Si Lully a écrit Proserpine en 1680, c’est l’ouverture de l’opéra de PAÏSIELLO (1803) que j’ai choisi ici de vous faire écouter.

Et si vous voulez lire le poème débarrassé de mes incongruités musicales, c’est ici :

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M’INTRODUIRE DANS TON HISTOIRE, de MALLARMÉ (1886)

Après Remémorations d’amis belges de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose M’introduire dans ton histoire, un poème de 1886 évoquant ses relations (fantasmées ?) avec Méry LAURENT.

M’introduire dans ton histoire
C’est en héros effarouché
S’il a du talon nu touché
Quelque gazon de territoire

la belle HélèneCliquez sur le défilé des héros de la Grèce antique

À des glaciers attentatoire
Je ne sais le naïf péché
Que tu n’auras pas empêché
De rire très haut sa victoire

Janacek Jenufa Acte 3Cliquez sur l’image

Dis si je ne suis pas joyeux
Tonnerre et rubis aux moyeux
De voir en l’air que ce feu troue

Berlioz la Damnation de Faust (MET 2008)Cliquez sur les feux-follets


Avec des royaumes épars
Comme mourir pourpre la roue
Du seul vespéral de mes chars.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur le char du Soleil

Citations musicales :

du talon nu : Vous je ne sais pas, mais moi quand j’entends « Héros » et « Talon », je pense à Achille (et pas à Achille Talon qui est aussi un héros, mais de bande dessinée, excellent par ailleurs). OFFENBACH l’a mis en scène dans La belle Hélène et ses couplets des rois.

À des glaciers attentatoire : JANACEK troisième acte de Jenufa,. Alors que l’héroïne va se marier avec Laca, on découvre sous les glaces fondant au printemps le cadavre d’un nouveau-né noyé ! Il s’agit de l’enfant illégitime qu’avait eu Jenufa, et dont la marâtre, pour sauver l’honneur de la famille, avait fait disparaître pendant la fièvre de Jenufa. Cette lecture me semble aller avec le sens caché du poème de Mallarmuche, avec ses désirs cachés pour Méry.

Tonnerre et rubis : BERLIOZ La Damnation de Faust – Feux et Tonnerre – menuet des feux follets.

Du seul vespéral de mes chars : SAINT-SAËNS, Phaéton. Les deux derniers tercets peuvent se lire comme la course du char solaire jusqu’à son couchant. Saint-Saëns a mis en musique cette histoire de Phaéton volant sur le char solaire de Phoebus, son père, mais incapable d’en diriger les chevaux. Se rapprochant trop près du soleil et mettant la Terre en danger, Phoebus est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la planète.

Et pour ceux et celles qui voudraient relire ce poème sans subir mes divagations musicales, retrouvez-le tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change.