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LA MUSIQUE, de Charles BAUDELAIRE (1 – WAGNER)

Après L’albatros, de Baudelaire, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici dans ses poèmes.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc un classique qui trouve toute sa place sur ce blog : La Musique.

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,

Wagner Tannhaüser Romance à l'étoileCliquez sur Wolfram


Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

Wagner Tristan und Isolde Acte 1 scène 1 Frisch weht der WindCliquez sur l’image

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Wagner Tristan und Isolde O sink hernieder, Nacht der LiebeCliquez sur la partition

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Wagner Der fliegende Holländer OuvertureCliquez sur l’orchestre

Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Citations musicales :

ma pâle étoile : Romance à l’étoile extraite du Tannhäuser de Richard WAGNER.

Je mets à la voile : au début de Tristan und Isolde de Wagner, un marin chante …

Que la nuit me voile : Extrait de la nuit d’amour au deuxième acte de Tristan.

D’un vaisseau qui souffre… : Ouverture du Vaisseau fantôme de Wagner, qui décrit la tempête, puis la mer qui se calme quand le vent tombe.

Je me suis limité pour cet exercice aux musiques de Wagner, des admirateurs de qui Baudelaire faisait partie, mais vous aurez prochainement droit à une seconde version, qui sera illustrée par des musiques de DEBUSSY.

Cinématographe, Contes et légendes, littérature, Mallarmé, Mythologie, Poésie

LES MILLE ET UNE NUITS (L’ORIENT À L’OPÉRA [2])

J’avais il n’y a guère consacré un billet à l’orientalisme à l’opéra, en vous promettant un zoume sur les Mille et une nuits, ce recueil de contes d’origines persane, arabe voire indienne.

Les mille et une nuit est donc un recueil de contes dont la plus ancienne trace écrite (un feuillet) date de 879. L’orientaliste français Antoine GALLAND a traduit ces contes au début des années 1700, et c’est à partir de cette version française qu’ils se sont ensuite répandus à travers toute l’Europe.

Début 1893, un jeune homme arrive chez Stéphane MALLARMÉ qui, ayant lu dix ans auparavant les 1 001 nuits dans une version anglaise, cherchait quelqu’un pour la retraduire en français. Ce jeune homme, c’est Joseph-Charles MARDRUS, qui deviendra ainsi le deuxième traducteur important des 1 001 nuits. (Et pour ceux et celles qui aiment la poésie, c’est suite à son mariage avec lui que la poétesse Lucie DELARUE s’est appelée Lucie DELARUE-MARDRUS.)

Dès 1783, PICCINI met en musique Calife pour un jour, sur un livret de MARMONTEL.

En 1800, c’est BOÏELDIEU qui écrit son Calife de Bagdad, sur un livret de SAINT-JUST.

Boïeldieu le Calife de Bagdad OuvertureCliquez sur l’orchestre

Ce même livret sera repris en 1813 par ROSSINI et par Manuel GARCIA (le grand-père de Pauline GARCIA-VIARDOT !).

En 1833, c’est Ali-Baba que CHERUBINI choisit de porter à l’opéra.

Shéhérazade est l’héroïne principale des 1 001 Nuits. Le roi de Perse ayant été trompé par sa femme, il a décidé de se venger en épousant chaque jour une vierge et en la faisant exécuter au matin. Shéhérazade trouve un moyen de faire cesser le massacre en racontant chaque nuit une histoire au roi, et en s’arrêtant au matin à un moment où elle ne peut pas interrompre son histoire. Curieux de connaître la suite, le roi lui accorde chaque jour une journée supplémentaire.

Shéhérazade a inspiré de nombreux compositeurs comme SCHUMANN (dans son Album für die Jugend, Album pour la jeunesse),

Schumann SheherazadeCliquez sur la partition

ou RIMSKI-KORSAKOV (1888). C’est par le ballet éponyme de l’ami Rimski que les Ballets russes se sont fait connaître à Paris.

Rimski-Korsakov ShererazadeCliquez sur le violon solo

Le Shéhérazade de RAVEL (1904) est un cycle de mélodies sur des poèmes de Tristan KLINGSOR.

Ravel Shérérazade AsieCliquez sur la soprano

En 1914, Henry RABAUD écrit sa seule œuvre à être restée au répertoire, Mârouf, Savetier du Caire.

Rabaud Mârouf Savetier du CaireCliquez sur l’image

Un autre conte célèbre, celui « d’Aladin et la lampe merveilleuse », a fait l’objet de nombreuses mises en musique. On peut citer celles du Danois Carl NIELSEN en (1918 – 1919) ou celle de Nino ROTA, connu pour avoir écrit la musique de la plupart des films de FELLINI, et qui a écrit le conte lyrique Aladin et la lampe merveilleuse.

Rota Aladino e la lampada magicaCliquez sur l’image

(Source principale : Margaret SIRONVAL, album de la Pléiade Mille et une nuits, éditions Gallimard, 2005)

En 1979, l’azerbaïdjanais Fikret AMIROV écrit un ballet, Mille et une nuits, dans lequel on retrouve Sinbad, Aladin ou Ali-Baba et les quarante voleurs.

Amirov mille et une nuitsCliquez sur le ballet

littérature, Oulipo, Poésie

ULTIME, de Jacques BENS

Après L’albatros, écrit par Charles BAUDELAIRE, je vous propose un nouveau poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici parmi les 41 sonnets irrationnels de Jacques BENS.

Le sonnet irrationnel est une forme oulipienne inventée par Jacques Bens. C’est un sonnet en ce qu’il comporte 14 vers, et il est qualifié d’irrationnel parce que la répartition de ces vers s’établit suivant le rythme 3 1 4 1 5, soit le début des décimales de Pi.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Ultime.

Avec le dernier-né, s’achève la carrière
De cette poésie gracile et roturière
Qui tente d’animer des sonnets sans éclat.

Messiaen Saint-François d'Assise Musique et PoésieCliquez sur l’image

Car je n’ai pas beaucoup de goût pour l’éloquence.

« Sans éclat », ce serait presque un apostolat,
La victoire en chantant, la trompette guerrière,
Si j’avais un petit la fibre aventurière,
Et quelques dons physiques pour le pugilat,

Méhul le chant du départCliquez sur l’image

Sans compter un revenez-y pour l’éloquence.

Il n’en est pas question. Je n’ai pas la patience
Au temple parnassien de jouer les Samson,

Saint-Saëns Samson et Dalila Vois ma misère hélasCliquez sur Samson


Ni les bras, ni le poil, ni-ni l’impertinence.
Au demeurant, tout ça se veut sans conséquence,
Comme un vent du matin et comme une chanson.

Mozart Idoménée Zefiretti lusinghieriCliquez sur l’image

Citations :

De cette poésie gracile : À la fin de Saint-François d’Assise de MESSIAEN, Saint-François déclare « Seigneur, Musique et Poésie m’ont conduite vers Toi » juste avant que de mourir.

La victoire en chantant, la trompette guerrière. La référence ici est directe au Chant du départ de MÉHUL.

Au temple parnassien de jouer les Samson : Comment ne pas penser à Samson et Dalila de SAINT-SAËNS, opéra qui se termine par la destruction du temple par Samson.

Comme un vent du matin et comme une chanson : Dans Idoménée de MOZART, Ilia, la fille de Priam prend la nature à témoin de sa douleur. (Zéphir léger et charmant.)

Fantaisie, Oulipo, Poésie

L’AGENDA IRONIQUE D’AOÛT 2020

Ce mois-ci c’est Max-Louis qui nous donne le thème de l’agenda ironique :

Je vous propose de composer un texte (prose ou poésie – long ou court) avec la plage de votre choix (réelle ou imaginaire) et dans le genre qu’il vous plaira (fantastique, utopique, commun, amoureux, journalier, carnet de bord, romantique, animalier, érotique …) le tout … Ironique.

Et pour « faire » bonne mesure, quatre mots imposés :
Flot
Argile
Perche
Monoï
(vous pouvez les placer dans le désordre ou l’ordre et même en faire des anagrammes ou les triturer selon votre bon vouloir).

Voici donc ma contribution participative à l’édification de ce monument de la littérature qu’est l’Agenda Ironique, contribution qui sera faite sous la forme de haïkus.

Sur la plage B

De cet ancien disque usé

Carmen a chanté.

Bizet Carmen habanera MigenesCliquez sur Carmen

+ + +

Assis sur la plage

Eischenbach songe au destin

La Mort à Venise.

Britten The death in Venice la plageCliquez sur Eischenbach face aux flots

+ + +

La plage chauffée,

Au soleil une fille s’est

Mise à danser (Brel)

Brel sur la placeCliquez sur Jacques BREL

+ + +

Haïkaï ou haïkus

Poésie en kïmono

Pauvre Cio-Cio-San.

Puccini madama Butterfly Un bel di vedremo CallaCliquez sur le kimono de Cio-Cio-San

+ + +

Colosse, pied d’argile

Benvenuto Cellini

Statue de Persée.

Berlioz Benvenuto Cellini Si la terre aux beaux jours se couronneCliquez sur l’image

+ + +

Renard et corbeau

Un corbeau perché sur l’arbre

Fable de La Fontaine.

Caplet le Corbeau et le renardCliquez sur l’image

Citations :

Carmen, de BIZET : « L’amour est un oiseau rebelle ».

La Mort à Venise, de BRITTEN.

Sur la place, de Jacques Brel.

Madame Butterfly, de PUCCINI : « Un bel di vedremo ».

Benvenuto Cellini, de BERLIOZ : « Chœur des ciseleurs ».

OFFENBACH, Six fables de la Fontaine, « le Corbeau et le renard ».

 

littérature, Oulipo, Poésie

L’ALBATROS, de Charles BAUDELAIRE

Après Le tombeau de Charles BAUDELAIRE, écrit par Stéphane MALLARMÉ à la mémoire de Baudelaire, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici dans les poèmes de… Baudelaire (comme quoi le hasard fait parfois bien les choses).

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc un classique des classiques : L’Albatros.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

Wagner Vaisseau fantôme ouverture (Janowski)Cliquez sur l’image

 

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Schubert Wanderer FantasieCliquez sur le pianiste

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

Zemlinsky le Nain finalCliquez sur l’image

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Purcell King Arthur Fairest IsleCliquez sur l’image

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Rossini Guillaume Tell OuvertureCliquez sur l’image

Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 

Citations :

Ce navire glissant sur les gouffres, ce peut être le Vaisseau fantôme (der fliegende Holländer) de Richard WAGNER, bateau condamné à errer sans fin dans la tempête, jusqu’à ce que son capitaine trouve l’amour absolu capable de le délivrer de sa malédiction.

Ce voyageur ailé m’évoque la Wanderer Fantasie (Fantaisie du Voyageur), de SCHUBERT, ce poète qui s’exprimait en musique et qui a traversé sa courte vie à peu près totalement incompris par ses contemporains.

Cet être comique et laid pourrait être Le Nain (der Zwerg) de ZEMLINSKY. Par jeu, on a fait croire à ce petit être difforme que la princesse, à qui il a été offert pour son anniversaire, pourrait être amoureuse de lui. L’opéra finira très mal pour lui et il meurt foudroyé par la vérité aux pieds de la princesse.

Le prince des nuées ! À l’acte V du King Arthur de PURCELL, l’enchanteur Merlin convoque Éole, le prince des nuées, pour calmer la tempête. Une île surgit des flots, Britannia !

L’archer peut-être Guillaume Tell, héros de l’opéra de ROSSINI.

Et puis quand il y a matière, il y a matière, alors pour célébrer le mois d’août qui commence, voici une deuxième lecture de l’Albatros de Baudelaire.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

Verdi Otello ouvertureCliquez sur l’image

 

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Schubert Winterreise EstarrungCliquez sur la partition

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !

Verdi Rigoletto La MaledizioneCliquez sur Rigoletto

L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées

Rameau les Boréades Borée en fureur (Acte III)Cliquez sur Borée en fureur

Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;

Monteverdi le retour d'Ulysse dans sa patrieCliquez sur Ulysse

Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Citations :

Ce navire glissant sur les gouffres pourrait être celui du général vénitien Otello rentrant après sa victoire sur les Turcs, et pris dans une tempête en arrivant à Chypre, dans l’opéra de VERDI.

Ce voyageur ailé m’évoque le Voyage d’hiver (Winterreise) de Schubert, ce poète qui s’exprimait en musique et qui a traversé sa courte vie à peu près totalement incompris par ses contemporains.

Cet être comique et laid, ce pourrait être Rigoletto, dans l’opéra de VERDI portant ce nom.

Le prince des nuées pourrait être Borée, le dieu du vent, dans les Boréades de RAMEAU. À la fin de l’acte III, Borée fait éclater sa fureur et provoque une tempête qui emportera la reine Alphise, qui dédaigne ses fils.

Et l’archer pourrait être Ulysse. Au deuxième acte du retour d’Ulysse dans sa patrie (Il Ritorno d’Ulisse in Patria) de MONTEVERDI, Pénélope, pressée par ses prétendants de choisir un nouveau mari, déclare qu’elle choisira celui qui saura bander l’arc d’Ulysse. Seul Ulysse, que personne n’a encore reconnu, réussit cet exploit et tue les prétendants.

Et en bonus, retrouvez l’albatros mis en musique par Ernest CHAUSSON.

Chausson Baudelaire l'AlbatrosCliquez sur l’image

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LE TOMBEAU DE CHARLES BAUDELAIRE, de MALLARMÉ

Après Hommage, écrit à la mémoire de Richard WAGNER, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Le tombeau de Charles BAUDELAIRE, écrit en hommage à son ainé, mort en 1867. Comme Baudelaire, MALLARMÉ faisait partie des premiers admirateurs de Wagner en France, et ils avaient en commun une grande admiration pour Edgar Allan POE. Il peut être intéressant de comparer leurs traductions respectives de son poème le Corbeau (the Raven) (« Une fois, par un minuit lugubre… »)

(Rappel, j’ai déjà traité le poème le tombeau d’Edgar POE sur ce blog.)

 

Le temple enseveli divulgue par la bouche

Debussy La Cathédrale engloutieCliquez sur le temple enseveli

Sépulcrale d’égout bavant boue et rubis

Abominablement quelque idole Anubis

Tout le museau flambé comme un aboi farouche

Verdi Aïda Possente Fthà (Anubis)Cliquez sur Anubis

 

Ou que le gaz récent torde la mèche louche

Essuyeuse on le sait des opprobres subis

Il allume hagard un immortel pubis

Dont le vol selon le réverbère découche

Berg Lulu FinalCliquez sur Lulu

 

Quel feuillage séché dans les cités sans soir

Votif pourra bénir comme elle se rasseoir

Contre le marbre vainement de Baudelaire

Gounod Roméo et Juliette Salut ! Tombeau sombre et silencieuxCliquez sur Roméo devant le tombeau de Juliette

 

Au voile qui la ceint absente avec frissons

Celle de son Ombre même un poison tutélaire

Toujours à respirer si nous en périssons

monteverdi couronnement de Poppée SénèqueCliquez sur Sénèque

 

Citations :

Le temple enseveli : par ce temple enseveli, j’entends la Cathédrale engloutie de DEBUSSY, autre ami de Mallarmé, qui a mis en musique notamment son Prélude à l’après-midi d’un faune.

l’idole ANUBIS me propulse par la pensée en Égypte, par exemple pour écouter Aïda de VERDI. Si on y célèbre le dieu Ptah, c’est en définitive le dieu de la mort Anubis qui triomphe, puisque Aïda et son amant Radamès meurent emmurés dans une caverne.

un immortel pubis : si on considère que ce second quatrain évoque la prostitution, un des thèmes récurrents apparaissant dans l’œuvre de Baudelaire, cet immortel pubis pourrait être celui de Lulu (prononcer Loulou), l’héroïne vénéneuse de l’opéra de BERG.

le marbre : les deux tercets du sonnet se rapportent au tombeau de BAUDELAIRE, et le marbre est donc celui de son monument funéraire. Je vous propose donc ici de vous recueillir, comme le faisait Roméo, sur le tombeau de Juliette qu’il croyait morte, dans le Roméo et Juliette de GOUNOD.

un poison tutélaire : Dans le Couronnement de Poppée (l’Incoronazione di Poppea) de MONTEVERDI, le philosophe Sénèque est condamné à mort par Néron. Il fait ses adieux à ses amis avant de boire le poison, pendant que ses amis le pleurent.

 

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LE MYTHE DE DON JUAN

Comme le mythe d’Orphée ou le mythe de Faust, le mythe associé au personnage de Don Juan, a inspiré les écrivains et les musiciens au cours des siècles.

Apparu en Espagne en 1630 dans la pièce de TIRSO de MOLINA El Burlador de Sevilla y Convidado di piedra (Le Trompeur de Séville et l’Invité de pierre), on le retrouve en Italie vers 1650 avec deux pièces Le convive de pierre (Il convitato di pietra) et le Festin de pierre (Il convito de pietra). De l’Italie, le personnage et son mythe arrivent en France avec MOLIÈRE et son Dom Juan ou le Festin de pierre (1665).

L’Italien GOLDONI écrira lui aussi un Don Juan en 1730.

En 1761, GLUCK écrit un ballet sur le Don Juan de Molière, un an avant son Orfeo ed Euridice.

Gluck Don JuanCliquez sur l’image

Autre adaptation de la pièce de Molière avec le Don Giovanni (1788) de MOZART et DA PONTE, un des opéras les plus fameux du répertoire.

Mozart Don Giovanni La ci darem la mano

 

Au XIXe siècle, les romantiques donnent un autre tour à Don Juan, qui perd son côté libertin, au sens ancien du terme, c’est-à-dire de libre penseur. Ainsi pour l’Anglais Lord BYRON, Don Juan n’est plus qu’une victime de la séduction qu’il suscite chez les femmes et le côté religieux, ou plutôt le rejet de la religion disparaît.

E.T.A. HOFFMANN, en bon admirateur de Mozart, écrira en 1813 Don Juan, une fantaisie, dans laquelle une cantatrice chante un air de Don Giovanni. Cette fantaisie fait partie des pièces qui ont été mises en musique 70 ans plus tard par OFFENBACH dans ses Contes d’Hoffmann.

Offenbach Les contes d'Hoffmann Stella

En 1830, c’est le Russe POUCHKINE qui s’empare du mythe, dans son Convive de pierre. Ce Convive de Pierre sera adapté pour l’opéra par DARGOMIJSKI (1813 – 1869), créé en 1872 après avoir été fini par CUI et RIMSKY-KORSAKOV.

Dargomyjsky Le convive de pierre

Le héros continue sa carrière littéraire en France avec BALZAC (1830), MÉRIMÉE (1834) ou DUMAS.

En 1844, l’Allemand LENAU commence un don Juan, pour qui le héros est à la recherche de l’Éternel féminin, ou de la femme qui le représenterait. Ce poème sera publié après sa mort, en 1851, et c’est lui qui a inspiré à Richard STRAUSS son poème symphonique (1887).

Strauss don JuanCliquez sur l’image

Retour en Russie avec le Don Juan de TOLSTOÏ (1862), pour lequel TCHAÏKOVSKI écrira cette « sérénade de Don Juan ».

Tchaïkovski sérénade de don JuanCliquez sur l’image

(Merci à Johan de m’avoir fait découvrir cette pièce sur son blog.

https://lespetitesanalyses.com/2020/05/29/coeur-de-chien-mikhail-boulgakov/)

MAHLER lui-même y est allé de sa Sérénade de Don Juan (publiée en 1909), une œuvre de jeunesse d’après l’œuvre originale de Tirso de Molina.

Mahler Serenade aus Don Juan

Au XXe siècle, Don Juan continue à inspirer les écrivains, comme Edmond ROSTAND avec sa dernière pièce La dernière Nuit de don Juan (1921) ou MONTHERLANT en 1958.

(Sources principales [pour la partie littéraire]

Dictionnaire des Personnages, 1960, Bouquins LAFFONT,

Encyclopaedia Universalis 2017.)

Divers, littérature, Poésie

PORT DU MASQUE RECOMMANDÉ – partie 2

Après un premier billet consacré aux masques à l’opéra, voici une nouvelle livraison d’œuvres musicales ayant trait aux masques. (Il y aura probablement une troisième livraison liée aux  carnavals , qu’en pensez-vous ?)

À l’acte III de Don Carlos (1867) de VERDI, lors d’une fête de nuit à l’Escurial, Carlos qui aime Élisabeth de VALOIS, devenue l’épouse de Charles QUINT, est victime d’une méprise, car Élisabeth a envoyé la princesse EBOLI à sa place à leur rendez-vous. Celle-ci arrivant masquée, c’est à elle que Carlos déclare sa flamme. Or Eboli est elle-même amoureuse de Carlos et se rendant compte que la déclaration ne lui est pas destinée, jalouse, elle décide de se venger ! (Eh oui, ça se passe comme ça à l’opéra.)

Verdi don Carlos Chanson du voileCliquez sur l’image

Passons maintenant au poème Clair de Lune de Paul VERLAINE.

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Ce poème a été illustré en musique par DEBUSSY et FAURÉ.

DEBUSSY par deux fois avec Clair de lune (1882) et la Suite bergamasque (1890).

Debussy Clair de luneCliquez sur l’image

Il a aussi écrit Masques, une pièce de piano très debussyste :

Debussy MasquesCliquez sur l’image

FAURÉ lui a écrit Masques et bergamasques (1919), une musique de scène pour un divertissement tiré des personnages de la commedia dell’arte.

Fauré masques et bergamasquesCliquez sur l’image

En 1923, Sacha GUITRY s’est essayé à la comédie musicale (l’opérette) avec André MESSAGER. Le résultat en a été l’Amour masqué, créé avec sa femme de l’époque Yvonne PRINTEMPS.

Messager L'amour masquéCliquez sur l’image et écoutez Sacha Guitry et Yvonne Printemps

En 1932, Francis POULENC écrit une cantate, le Bal masqué, sur un texte du poète surréaliste Max JACOB.

Poulenc le Bal masquéCliquez sur le Bal masqué

En 1936, le même Poulenc écrit ses Sept chansons pour chœur a capella, dont le merveilleux « Marie », sur un poème de Guillaume APOLLINAIRE (Des masques sont silencieux, et la musique est si lointaine…)

Poulenc Sept chansons MarieCliquez sur l’image

Alors, carnavals ou pas carnavals ? Exprimez vous !

Écrivains, Cinématographe, littérature, Poésie, Théâtre

Jean COCTEAU (1888 – 1963) – DEUXIÈME PARTIE

Poursuivons les aventures musicales de Jean COCTEAU, commencées dans la première partie qui lui a été consacrée.

En 1927, il renoue avec STRAVINSKY pour qui il écrit l’opéra Oedipus Rex. Cette même année, il donne le titre Opéra à un recueil de ses poèmes (écrits sous l’influence de l’opium.)

Stravinsky Oedipus RexCliquez sur l’image et écoutez Cocteau nous présenter sa pièce

En 1929, il compose une pièce, La voix humaine, qui deviendra un opéra en 1959 avec une musique de Poulenc (et aussi un film de ROSSELLINI.) 1929 est aussi l’année d’écriture de la pièce Les Enfants terribles.

En 1930, il tourne un film surréaliste, Le sang d’un poète, exact contemporain de L’âge d’or de Luis BUNUEL (et commandé par le même mécène, le vicomte de Noailles.) La musique en est de Georges Auric. Il écrit une Cantate pour un jeune prince russe arrivé à Paris, Igor MARKÉVITCH (qui de nos jours est plus connu pour sa carrière de chef d’orchestre.)

Auric Le Sang d'un poèteCliquez sur l’image

En 1933 il écrit la pièce la Machine infernale, une nouvelle adaptation pour le théâtre du mythe d’Œdipe.

En 1934, c’est Blancharmure, préfiguration des Chevaliers de la Table ronde, pour laquelle Markevitch voulait écrire la musique.

En 1938, il écrit la pièce Les Parents terribles dont il fera un film en 1948.

Pendant la guerre, Cocteau est la cible de la presse collabo. Ainsi en 1941, L.F. CÉLINE appelle, dans le journal Je suis partout, à la liquidation pure et simple du « décadent » COCTEAU, au nom supérieur de la préservation de la « race ».

1943 est l’année de la création à la Comédie française de sa pièce Renaud et Armide, d’après la Jérusalem délivrée du Tasse.

En 1944, c’est l’Aigle à deux têtes, avec une musique d’Auric (création en 1946.) Cette pièce fera l’objet d’un film en 1948 avec les mêmes acteurs (Jean MARAIS, Edwige FEUILLÈRE).

Cocteau se tourne alors vers le cinéma, avec La belle et la bête (1945), avant que d’adapter le mythe fondateur de l’opéra avec Orphée en 1950.

En 1950, il écrit l’argument d’un ballet commandé par Auric pour l’Opéra : Phèdre.

Auric PhèdreCliquez sur l’image

En 1955, lui qui avait eu tant de mal à se faire jouer à la Comédie française entre à l’Académie française.

En 1959, la Voix humaine, mise en musique par Poulenc, entre au répertoire de l’Opéra-comique. ZEFFIRELLI met en scène le Poète et sa Muse, avec une musique de MENOTTI.

Poulenc La Voix humaineCliquez sur la Voix

En 1960, après la mort de Paul FORT, il reçoit le titre de Prince des poètes, titre qu’avaient porté avant lui notamment VERLAINE et MALLARMÉ.

Cocteau meurt en 1963, le même jour qu’Édith PIAF.

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Jean COCTEAU (1888 – 1963) – PREMIÈRE PARTIE

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi !

Issu d’un milieu aisé, (son grand-père a connu ROSSINI dont il a reçu un piano en legs,) le jeune COCTEAU a eu l’occasion d’entendre le violoniste Pablo de SARASATE jouer en quatuor avec ce grand-père.

Il n’a pas vingt ans qu’il tient déjà salon, où viennent DEBUSSY et Reynaldo HAHN, mais aussi de jeunes poètes ou des peintres comme BONNARD.

Poète précoce, Jean COCTEAU fréquente très jeune PROUST ou les ballets russes de DIAGHILEV. Il se tiendra toujours aux avant-postes de la modernité, passant de Dada au cubisme, mais rejeté par les surréalistes.

Dès 1910, Reynaldo Hahn (1874 – 1947), l’auteur de Ciboulette, met en musique un « mensonge en un acte » de Cocteau : La patience de Pénélope.

Après la présentation à Paris au début du siècle d’œuvres de RIMSKI-KORSAKOV (1844 – 1908)  (Schéhérazade, Le coq d’or), Diaghilev et ses ballets russes attaquent les années ’10 avec trois ballets de STRAVINSKY (1882 – 1971) : L’oiseau de feu (1910), Pétrouchka (1911) et surtout la déflagration provoquée par Le Sacre du printemps (1913).

Stravinsky le sacre du printempsCliquez sur l’image

Soucieux de se tourner vers ce milieu parisien où il triomphe, Diaghilev commande en 1912 une pièce à Cocteau. Ce sera Le dieu bleu, sur une musique de Hahn. En 1914, Cocteau travaille avec Stravinsky sur un projet de ballet : David.

En 1915, il met en chantier un Songe d’une nuit d’été, dont la musique sera confiée à Eric SATIE (1866 – 1925). Cette même année, le créateur de la musique concrète Edgar VARÈSE (1883 – 1965), qui avait dirigé la création du Songe, le présente à PICASSO. Cocteau confie la musique de David à Satie. En 1916, Cocteau demande à Picasso de réaliser le rideau de scène pour ce ballet, qui change de nom et devient Parade. En 1917, la création du ballet Parade réunit donc Cocteau, Satie, Picasso et Diaghilev ! (Excusez du peu.)

Satie ParadeCliquez sur l’image

En 1920, Cocteau détourne Le bœuf sur le toit de Darius MILHAUD (1892 – 1974), souvenirs musicaux de son passé au Brésil, en déposant un texte sur cette musique. Les décors sont de Raoul DUFY et la chorégraphie de MASSINE.

Milhaud Le Bœuf sur le toit

Il compose aussi le livret de Paul et Virginie, un opéra-comique prévu pour Satie.

En 1921, il écrit Les Mariés de la Tour Eiffel, musique du Groupe des six (enfin, cinq d’entre eux).

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur l’image

Cette même année, il écrit le Gendarme incompris, avec une musique de Francis POULENC.

En 1922, Arthur HONEGGER (1892 – 1955) lui écrit une musique de scène pour sa pièce Antigone. Les décors sont de Picasso et les costumes de CHANEL.

En 1924, il écrit Roméo et Juliette, avec une musique de Roger DÉSORMIÈRES. Dernière œuvre de Cocteau pour les Ballets russes, le Train bleu avec une musique de Milhaud.

Milhaud le Train bleuCliquez sur l’image

Et retrouvez sur ce blog la suite des aventures musicales de Jean Cocteau.

(Source principale : Pierre BERGÉ, Album COCTEAU de la Pléiade, éditions Gallimard, 2006.)