(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Je rêve de vers doux et d’intimes ramages, De vers à frôler l’âme ainsi que des plumages,
De vers blonds où le sens fluide se délie Comme sous l’eau la chevelure d’Ophélie,
Cliquez sur Ophélie
De vers silencieux, et sans rythme et sans trame Où la rime sans bruit glisse comme une rame,
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De vers d’une ancienne étoffe, exténuée, Impalpable comme le son et la nuée,
De vers de soir d’automne ensorcelant les heures Au rite féminin des syllabes mineures.
Cliquez sur la violoniste
De vers de soirs d’amour énervés de verveine, Où l’âme sente, exquise, une caresse à peine,
Cliquez sur l’heure exquise
Et qui au long des nerfs baignés d’ondes câlines Meurent à l’infini en pâmoisons félines, Comme un parfum dissous parmi des tiédeurs closes,
Après « Il pleure dans mon cœur », de Paul Verlaine, je vous propose ce mois-ci un poème de Maeterlinck, « Offrandes obscures », paru en 1887 dans le recueil Parnasse de la jeune Belgique.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
J’apporte mon mauvais ouvrage Analogue aux songes des morts, Et la lune éclaire l’orage
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Sur la faune de mes remords :
Sur la faune de mes remords :
Les serpents violets des rêves Qui s’enlacent dans mon sommeil, Mes désirs couronnés de glaives,
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Des lions noyés au soleil,
Des lys au fond des eaux lointaines Et des mains closes sans retour, Et les tiges rouges des haines Entre les deuils verts de l’amour
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Seigneur, ayez pitié du verbe !
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Laissez mes mornes oraisons Et la lune éparse dans l’herbe Faucher la nuit aux horizons.
Citations musicales :
La lune éclaire l’orage : Weber, le Freischütz, « scène de la gorge aux loups ».
Après « Les Erreurs », de Jean Tardieu, je vous propose ce mois-ci un poème de Paul Verlaine, « Il pleure dans mon cœur », paru en 1874 dans le recueil Romances sans paroles.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville ; Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ?
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Ô bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits ! Pour un cœur qui s’ennuie, Ô le chant de la pluie !
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Il pleure sans raison Dans ce cœur qui s’écœure. Quoi! nulle trahison ?… Ce deuil est sans raison.
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C’est bien la pire peine De ne savoir pourquoi Sans amour et sans haine Mon cœur a tant de peine!
Citations musicales :
Quelle est cette langueur : VerdiLa Traviata « Adio del passato ».
Ô le chant de la pluie : Debussy Jardins sous la pluie.
Ce deuil est sans raison : Verdi Otello « Niun mi tema ».
Bien avant mes divagations poético-musicales, ce poème avait inspiré Gabriel Fauré, sous le titre Spleen
Théophile Gautier est né à Tarbes le 30 août 1811.
Théophile a trois ans quand sa famille déménage à Paris. Il suit des études classiques à Louis le Grand, puis à Charlemagne. Là, il rencontre celui qui se fera appeler, plus tard, Gérard de Nerval.
En 1829, Théophile rencontre Victor Hugo et adhère alors au romantisme, participant à la Bataille d’Hernani en 1830. Il se détourne alors de sa première vocation, la peinture, pour commencer à écrire des poèmes.
En 1835, Gautier publie son premier roman, Mademoiselle deMaupin. En 1836, il a une liaison avec une jeune voisine, Eugénie Fort, avec qui ils auront un enfant.
En 1836, Théophile Gautier est sollicité par Balzac pour écrire des critiques d’art et de spectacles. Ce métier de critique l’amènera à voyager dans toute l’Europe.
En 1838, il publie la nouvelle Une nuit de Cléopâtre qui fera l’objet d’un opéra de Victor Massé en 1885. 1838 est aussi l’année du recueil de poèmes Comédie de la mort qui contient les six poèmes mis en musique par Berlioz sous le nom de Nuits d’été.
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Ces poèmes ont été mis en musique par bien d’autres compositeurs.
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En 1841, Théophile rencontre une danseuse, Carlotta Grisi pour qui il éprouve une vive passion. Il écrit pour elle le livret de Giselle, un ballet sur une musique d’Adam.
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En 1843, il écrit un autre livret de ballet, la Péri, qui rencontrera moins de succès. Théophile se met en ménage avec la sœur de Carlotta, la cantatrice Ernesta Grisi, avec qui ils auront deux enfants.
En 1844, Théophile Gautier fait partie des fondateurs du « Club des haschischins » (les fumeurs de haschich qui y trouvaient l’inspiration). Parmi les membres de ce club se trouvaient Delacroix, Baudelaire, Balzac, de Nerval ou Dumas.
En 1851, son ballet-pantomime Pâquerette est donné à l’opéra.
En 1852, Théophile publie le recueil Émaux et camées, recueil qui est salué (Baudelaire lui dédiera ses Fleurs du Mal). Émaux et Camées est le manifeste de « l’Art pour l’art ».
Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien. Tout ce qui est utile est laid.
En 1857, il surfe sur la vague de l’égyptologie qui a suivi après la découverte de la pierre de Rosette et au déchiffrage des hiéroglyphes par Champollion, avec le Roman de la Momie. Le Roman de la momie a fait l’objet d’une comédie musicale.
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En 1863, Théophile Gautier écrit un roman de cape et d’épée, dans le style Dumas, le Capitaine Fracasse. Le capitaine Fracasse fera l’objet d’une comédie lyrique de Levadé en 1929. En septembre 1863, il passe quelques jours chez George Sand à Nohant.
Gautier fréquente les salons du Second Empire et il écrit sur des musiciens (Berlioz, Wagner, Gounod…) ou sur des peintres (Delacroix, Manet…).
Théophile Gautier est mort à Neuilly le 23 octobre 1872, à l’âge de 61 ans.
Outre les Nuits d’été de Berlioz, déjà citées, de très nombreux compositeurs ont mis les poèmes de Gautier en musique.
Après « Étude en de mineur », de Jean Tardieu, je vous propose ce mois-ci un autre poème de Tardieu, « Les Erreurs », paru en 1951 dans le recueil Monsieur Monsieur.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
(La première voix est ténorisante, maniérée, prétentieuse ; l’autre est rauque, cynique et dure.)
Je suis ravi de vous voir bel enfant vêtu de noir.
— Je ne suis pas un enfant je suis un gros éléphant.
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Quelle est cette femme exquise qui savoure des cerises?
—C’est un marchand de charbon qui s’achète du savon.
Ah ! que j’aime entendre à l’aube roucouler cette colombe !
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—C’est un ivrogne qui boit dans sa chambre sous le toit.
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Mets ta main dans ma main tendre je t’aime Ô ma fiancée !
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Je n’suis point vot’ fiancée je suis vieille et j’suis pressée laissez-moi passer !
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Citations musicales :
un gros éléphant : Francis Poulenc, Histoire de Babar, le petit éléphant.
Cette colombe : Muret, ma Petite Colombelle, d’après Ronsard.
C’est un ivrogne : Ambroise Thomas, Hamlet, « Ô vin, dissipe la tristesse ».
Ô ma fiancée : Ambroise Thomas, Hamlet « Doute de la lumière ».
Après « Ses purs ongles très haut dédiant leur inox », de Mallarmuche, je vous propose ce mois-ci un autre poème, de Jean Tardieu, « Étude en de mineur », paru en 1951 dans le recueil Monsieur Monsieur.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Le ciel était de nuit
la nuit était de plainte
la plainte était d’espoir,
Les yeux étaient de lèvres
les lèvres étaient d’aube
la source était de neige
Cliquez sur la blanche neige
Ma vie était de flamme
ma flamme était de fleuve
le fleuve était de bronze
Cliquez sur l’image
le bronze était d’aiguille
l’aiguille était d’horloge
l’horloge était d’hier :
Cliquez sur l’horloge
elle est de maintenant.
Maintenant est de terre
maintenant est de pierre
maintenant est de pluie.
Cliquez sur les jeux d’eau (sous la pluie)
Ma rive est de silence
mes mains sont de feuillage
Cliquez sur l’image
ma mémoire est d’oubli.
Citations musicales :
de neige : Francis Poulenc Sept chansons « la blanche neige »
de bronze : Hector Berlioz Benvenuto Cellini scène de la fonte de la statue « Du métal ! du métal ! »
On a retrouvé récemment, dans la bibliothèque de l’Opéra de Saint-Glinglin, un inédit de Mallarmuche. Il s’agit de la première version du sonnet en « IX », datée du 1er avril 1868. Dans ce premier jet, Mallarmé avait choisi des rimes en « OX » et non les fameuses rimes en « IX » comme de la version qu’il a finalement retenue.
Ses purs ongles très haut dédiant leur inox,
Cliquez sur l’inox
L’angoise ce minuit soutient, lampe au phosphore,
Maint rêve vespéral brûlé par le botox,
Que ne recueille pas de cinéraire en or.
Sur les crédences, au salon vide, nulle infox
Cliquez sur la calomnie
Aboli bibelot d’inanité encore
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Stox,
avec ce seul objet dont le néant sonore.)
Mais proche la croisée au nord vacante, un tort
Agonise selon peut-être le trésor
Cliquez sur le trésor
des licornes ruant du feu sur le fort Knox
Elle, défunte nue, en ce miroir si belle
Cliquez sur Marguerite riant de se voir si belle en ce miroir
Après » À Clymène « , de Verlaine, je vous propose ce mois-ci un autre poème, de Louise Labé (avant 1524-1566), « Je vis, je meurs : je me brule et me noye », paru en 1555 dans le recueil Œuvres de Louize Labé lionnoize.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J’ai chaust estreme en endurant froidure :
Cliquez sur l’image
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grans ennuis entremeslez de joye :
Tout à un coup je ris et je larmoye,
Cliquez sur les larmes gelées
Et en plaisir maint grief tourment j’endure :
Mon bien s’en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.
Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.
Cliquez sur l’image
Puis quand je croy ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Cliquez sur l’image
Citations musicales :
En endurant froidure : Henry PurcellKing Arthur « Cold song ».
Je ris et je larmoye : Franz Schubert le Voyage d’hiver « Gefrorne Tränen ».
Plus de douleur… hors de peines : Francis PoulencSept chansons « Marie ».
Après « Mon rêve familier« , de Verlaine, je vous propose ce mois-ci un autre poème de Verlaine, « À Clymène », paru en 1869 dans le recueil les Fêtes galantes.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Mystiques barcarolles, Romances sans paroles, Chère, puisque tes yeux, Couleur des cieux,
Cliquez sur la barcarolle
Cliquez sur l’es romances sans paroles
Puisque ta voix, étrange Vision qui dérange Et trouble l’horizon De ma raison,
Puisque l’arôme insigne De ta pâleur de cygne Et puisque la candeur De ton odeur,
Cliquez sur l’image
Ah ! puisque tout ton être, Musique qui pénètre, Nimbes d’anges défunts, Tons et parfums,
Cliquez sur l’image
A, sur d’almes cadences En ses correspondances Induit mon cœur subtil, Ainsi soit-il !
Après « le Vampire« , de Baudelaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Verlaine, « mon Rêve familier », paru en 1866 dans les Poèmes saturniens.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Cliquez sur Cavaradossi
Car elle me comprend, et mon cœur, transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Cliquez sur Jenufa
Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore. Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore, Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Cliquez sur Leporello
Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Cliquez sur le flûtiste
Citations musicales :
D’une femme inconnue, et que j’aime :PucciniTosca« Recondita armonia ».
Les moiteurs de mon front blême : JanacekJenufa « Zdravas Kralovno (Ave Maria) ».
Est-elle brune, blonde ou rousse ? : MozartDon Giovanni « air du catalogue ».