littérature, Oulipo, poésie

BRISE MARINE, de MALLARMÉ

Après Le Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, j’ai donc choisi d’illustrer Brise marine.

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.

Berlioz damnation sans regretsCliquez sur Faust

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Puccini Butterfly Un bel di vedremoCliquez sur madame Butterfly

Lève l’ancre pour une exotique nature !

Duparc Baudelaire Invitation au voyageCliquez sur l’image

 

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages

Britten Peter Grimes scène finaleCliquez sur le chœur 

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

Wagner Vaisseau fantôme choeur des marinsCliquez sur Wagner

 

Citations :

Et j’ai lu tous les livres : BERLIOZ, la Damnation de Faust, « Sans regrets, j’ai quitté… ». Arrivé au soir de son existence, Faust qui a consacré sa vie à étudier dans les livres se rend compte qu’il est passé à côté des choses de la vie.

Steamer balançant ta mature : PUCCINI, Madame Butterfly, « un bel di vedremo ». Madame Butterfly (Cio-cio-san), abandonnée par son mari, passe son temps sur la côte, à attendre qu’un vapeur le lui ramène.

Une exotique nature : DUPARC L’Invitation au voyage de BAUDELAIRE.

Les naufrages : À la fin de Peter Grimes, de BRITTEN, les villageois rassemblés font état du naufrage qui a eu lieu pendant la nuit, où le marin Peter Grimes a péri.

Chant des matelots : Wagner, le Vaisseau fantôme, « Chœur des matelots ».

littérature, Oulipo, poésie

LE VIERGE, LE VIVACE ET LE BEL AUJOURD’HUI de MALLARMÉ

Après le coup d’essai de El Desdichado, je vous propose un autre poëme traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, donc, voici le Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre
Ce LAC dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

rossini la dame du lac trioCliquez sur l’image

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

wagner lohengrin finalCliquez sur le cygne

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,
Mais non l’horreur du sol où le PLUMAGE est pris.

Flûte enchantée Papageno PapagenaCliquez sur Papageno

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s’immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l’exil inutile le CYGNE.

tchaikovski lac des cygnes finalCliquez sur le lac

Citations musicales : Pour ce poème racontant l’agonie d’un cygne pris dans les glaces hivernales du jardin des Tuileries à Paris, fait divers qui a inspiré plusieurs poètes, dont Théophile GAUTIER, j’ai choisi :

Le LAC : ROSSINI, la Dame du lac.

Un cygne d’autrefois : WAGNER, le final de Lohengrin (Lohengrin, fils de Parsifal, arrive sur une barque tirée par un cygne, à la fin de l’opéra, ce cygne se révèle être le frère de l’héroïne Elsa.)

Le plumage : MOZART, la Flûte enchantée. L’oiseleur Papageno est revêtu d’un vêtement de plumes d’oiseaux.

Le cygne : TCHAÏKOVSKI, le Lac des cygnes.

P.S. Au moment de publier ce billet, il me revient que ce sonnet fait partie de ceux choisis par Pierre BOULEZ pour son œuvre Pli selon pli.

boulez le vierge le vivaceCliquez sur l’image

 

Divers, Oulipo, poésie

EL DESDICHADO

Ce billet inaugure une nouvelle catégorie, la catégorie OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle), à laquelle je raccrocherai les billets déjà écrits sur PEREC ou QUENEAU.

Pour cette première création, je vais partir du poème « El Desdichado » de Gérard de Nerval, avec la contrainte oulipienne d’associer aux substantifs une citation musicale extraite de l’univers de l’opéra.

 

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,

Le prince d’Aquitaine à la tour abolie,

Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé,

Porte le soleil noir de la mélancolie.

rameau castor et pollux tristes apprets

 

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’a consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

berlioz le spectre de la rose crespin

 

Suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Byron ?

Mon front est rouge encore du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

haendel alcina ombre pallideCliquez sur Alcina

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

Citations musicales:

Le veuf : La Veuve joyeuse de LEHAR.

L’Étoile de CHABRIER

Le soleil noir : Tristes apprêts, pâles flambeaux (Castor et Pollux de RAMEAU) : Télaïre, fille su soleil, renonce à la lumière de son père.

Tombeau : Roméo et Juliette de GOUNOD, Roméo vient près du tombeau où le corps de Juliette repose.

La fleur : Carmen de BIZET, La Fleur que tu m’avais jetée.

La rose : « Le spectre de la rose », des Nuits d’été de BERLIOZ.

Du baiser : D’amour l’ardente flamme de La Damnation de Faust de Berlioz. Marguerite, abandonnée par Faust, se souvient des baisers d’amour qu’ils échangeaient.

Dans la grotte : « Ombre pallida » de Alcina de HAENDEL. Dans sa grotte, la magicienne Alcina invoque les esprits pour se venger d’un trahison.

La lyre d’Orphée : renvoi vers l’Orfeo de MONTEVERDI.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le faire savoir, je pourrais envisager de maltraiter ainsi d’autres poèmes.

nature, poésie

La nuit (1) : La nuit des amants

mon coeur qui dans la nuit.png

La nuit, cette suspension du temps et de la vie où tout devient possible…

Nuits lumineuses, nuits bénies des amants, où les esprits et les corps se fondent…

Nuits obscures où se trament les complots, les trahisons et où s’opère la magie noire…

Je vais traiter dans ce premier billet consacré à la nuit de la nuit par les amants bénie.

En 1818, SCHUBERT écrit ses Hymnes à la nuit, d’après les très beaux textes de NOVALIS.

schubert hymne à la nuitCliquez sur l’image

En 1841, BERLIOZ écrit un cycle de mélodies sur des vers de Théophile GAUTIER : Les Nuits d’été.

En 1853, VERDI fait chanter à l’héroïne du Trouvère son Tacea la notte placida

verdi tacea la notteCliquez sur l’image

Berlioz encore, dans Béatrice & Benedict (1862), avec Nuit paisible et sereine.

Berlioz B&BCliquez sur l’image

GOUNOD nous offre dans Roméo et Juliette (1867) et dans son Faust (1868) deux beaux nocturnes.

gounod nuit d'hyménéeCliquez sur l’image

faust gounod o nuit d'amourCliquez sur l’image

Tout le 2e acte de Tristan und Isolde de WAGNER (Tristan, ze opéra de l’amour !) est l’acte de la nuit, où a lieu une des plus belles scènes d’amour écrites pour l’opéra, avec son crescendo amoureux qui finit dans une extase quasi mystique.

En 1881, OFFENBACH nous livre dans ses Contes d’Hoffman sa célébrissime Barcarolle.

barcarolleCliquez sur l’image

Dans la continuité lyrique de Tristan figure une des premières œuvres de SCHÖNBERG : La nuit transfigurée (Verklärte Nacht) écrite en 1899.

Voilà, je suis obligé de m’arrêter, mais il y aurait encore tant de belles nuits à vous souhaiter, avec les Nocturnes de Chopin ou de Fauré, par exemple. Et le cas de la mise en musique du Songe d’une nuit d’été du grand Bill fera l’objet d’un billet spécifique.

Qui sait, peut-être y aura-t-il une deuxième livraison de Nuits d’amour, qu’en pensez-vous ?

 

Divers, poésie

Les douze coups de minuit

Une fois, par un minuit lugubre, comme je m’appesantissais faible et fatigué
Sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié…
Edgar Allan POE (Trad. MALLARMÉ)

Minuit : une journée qui finit, une journée qui commence. C’est l’heure favorable pour le dénouement des actions, ou au contraire pour le début de nouvelles. Aussi n’est-ce pas un hasard si de nombreuses scènes d’opéra se déroulent à minuit.

Dans Le Freischütz (1821) de WEBER, la fameuse scène de la fonte des balles maudites à la Gorge aux Loups se déroule à minuit.

Dans Gustave III (1833) d’AUBER, la devineresse Arvedson donne rendez-vous à l’héroïne Amélie à minuit au pied d’un gibet pour y cueillir une plante maléfique dont les racines la délivreront d’un amour coupable.

On retrouve l’intrigue de Gustave III dans Le Bal masqué (1859) de VERDI, puisque c’est le même livret de SCRIBE qui a été adapté pour Verdi. La censure qui sévissait en Italie rendant impossible de montrer un régicide sur scène, l’action a été transposée aux Amériques. La devineresse s’appelle alors Ulrica, et Amélie Amélia.

Dans Le Songe d’une nuit d’été (1850) d’Ambroise THOMAS, qui met en scène Falstaff et  la reine Elizabeth I en amoureuse secrète de SHAKESPEARE (sic), on trouve une scène dans la forêt royale de Richmond, avec  un chasseur maudit qui apparaît à minuit. (Air: dans l’ombre de la nuit).

En 1868, dans Hamlet, Thomas fait intervenir le spectre du père du héros à minuit, pour lui demander de venger son assassinat.

Verdi était un habitué des douze coups de minuit puisque dans Rigoletto (1851), c’est dans une auberge que se noue le sort de Gilda, la fille cachée de Rigoletto. Celui-ci a commandité l’assassinat du duc à minuit, mais les assassins décident de lui laisser la vie sauve si un voyageur se présente à la porte avant l’heure fatale. Gilda, amoureuse du duc, se sacrifie et entre dans l’auberge où elle meurt sous les coups des reîtres payés par son père.

Verdi récidive dans Don Carlos (1867), où le héros a rendez-vous à minuit avec Elisabeth de Valois, pour lui déclarer sa flamme. Et dans son dernier opéra, Falstaff (créé en 1892), on joue une farce à Falstaff el lui donnant un rendez-vous galant à minuit dans le parc royal. Mais c’est un coup monté qui l’attend quand sonnent les douze coups de minuit, les villageois déguisés provoquent un sabbat destiné à le punir en lui faisant peur (Air et chœur: Sul fil d’un soffio etesio).

Dans La Chauve-souris (1874) de J.STRAUSS, ce ne sont pas les douze coups de minuit que l’on entend, mais les six coups qui marquent six heures du matin, et qui signifient que la folle fête est terminée.

Dans Midnight in Paris (2011) de Woody ALLEN, on peut entendre la barcarolle des Contes d’Hoffmann, ainsi qu’un french cancan de La Vie parisienne, d’OFFENBACH.

 

Mythologie, nature, poésie

Les Muses aiment les arts

Nous lézards aimons les Muses

Elles Muses aiment les arts

Avec les arts on s’amuse

On muse avec les lézards…

Je ne peux m’empêcher de citer le début de ce poème de QUENEAU en introduction à ce billet consacré aux muses zet aux arts.

Les muses, au nombre de 9, étaient les filles de Zeus et de Mnémosyne (la déesse de la mémoire).

​CALLIOPE ​Poésie épique
​CLIO ​Histoire
​ÉRATO ​Poésie lyrique
​EUTERPE Musique
​MELPOMENE ​Tragédie
​POLYMNIE ​Rhétorique
​TERPSICHORE ​Danse
​THALIE ​Comédie
​URANIE ​Astronomie

À l’époque baroque, les dieux, les nymphes et les Muses apparaissaient sans problème dans les livrets d’opéra. Il est donc naturel d’y rencontrer des Muses. Par exemple dans Alceste de LULLY, à la fin de l’œuvre, Apollon descend de l’Olympe avec les Muses.

Dans Platée, de RAMEAU, qui raconte un complot de Jupiter pour ridiculiser la nymphe Platée (et la jalousie de sa femme Junon), la Muse de la Comédie Thalie se joint à ce complot.

Dans les Boréades, du même Rameau, c’est Polymnie (la rhétorique) qui intervient pour essayer d’adoucir Borée, le dieu du vent.

On peut également noter que CAMPRA a écrit un opéra-ballet intitulé Les Muses (1703) ou encore citer l’opéra-ballet les Fêtes de Thalie (1714), de MOURET, où l’on voit Melpomène (la Tragédie) se disputer avec Thalie (La Comédie) pour savoir qui doit avoir la prééminence sur l’opéra. À cette époque pré-hollywoodienne, quand un spectacle avait du succès, on faisait une suite, et c’est ainsi que dans la Revanche du fils du retour des Fêtes de Thalie (je ne suis pas certain du titre exact de cette suite), c’est au tour de Terpsichore (la Danse) et de Polymnie d’entrer dans la danse (si j’ose dire) pour revendiquer leur part dans le succès de l’opéra.

On retrouve ce même thème au XXe siècle où PROKOFIEV fait s’affronter Comédie et Tragédie pour savoir qui doit avoir la préséance sur l’autre dans L’amour des 3 oranges (1919). Les Muses y sont représentées par le chœur.

Enfin dans les Contes d’Hoffmann, d’OFFENBACH c’est la muse de la Poésie qui veut s’assurer de l’exclusivité des faveurs du poète Hoffmann.

littérature, Oulipo, poésie

Cent mille milliards de poèmes (QUENEAU)

Cent mille milliards de poèmes (1961) est le titre d’un des recueils de poèmes les plus connus de Raymond QUENEAU, un des fondateurs de l’OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle).

Il est basé sur l’écriture de 10 sonnets dont tous les premiers vers ont la même rime, tous les seconds vers ont la même rime, …, tous les quatorzièmes vers ont la même rime.

Ainsi, en faisant un tirage aléatoire du premier vers, puis du second, …, puis du quatorzième, on obtient la constitution de 10 puissance 14 poèmes différents, soit Cent mille milliards de poèmes.

Je vous ai donc concocté à partir du matériau poétique laissé par Queneau un des  cent mille milliards de poèmes possibles, en cherchant dans chaque vers un rapport, parfois éloigné, avec l’univers de l’opéra.

Lorsqu’un jour exalté l’aède prosaïse

Pour consommer un thé puis des petits gâteaux

La critique lucide aperçoit ce qu’il vise

Il chantait tout de même oui mais il chantait faux

 

Quand on prend des photos de cette tour De Pise

Le vulgaire s’entête à vouloir des vers beaux

Aller à la grande ville est bien une entreprise

Les Grecs et les Romains en vain cherchent leurs mots

 

L’esprit souffle et resouffle au-dessus de la botte

Le touriste à Florence ignoble charibotte

Lorsque Socrate mort passait pour un lutin

 

Les rapports transalpins sont-ils biunivoques?

Exaltent l’espagnol les oreilles baroques

Si la cloche se tait et son terlintintin.

L’aède en question pourrait être HOMERE dont les chants ont inspirés bien des opéras, en commençant par Le retour d’Ulysse dans sa patrie, de MONTEVERDI.

Par les petits gâteaux, je pense évidemment à l’opéra, une de mes pâtisseries préférées.

Pour la critique, je ne détaille pas, mais avec le vers suivant, on peut penser à Cantatrix Sopranica L. de Georges PEREC, ce grand ami de Queneau. Cantatrix Sopranica L. est une étude scientifique de l’influence du lancer de tomate sur les sopranos.

Le quatrain suivant et le début du premier tercet sont centrés sur l’Italie, patrie de l’opéra.

La Mort de Socrate est le titre d’une œuvre de SATIE d’après PLATON.

Ah ! Ces rapports transalpins biunivoques n’illustrent-ils pas le fait que pendant plus de deux siècles, toute la production d’opéra en Europe était faite soit en français, soit en italien ?

Les oreilles baroques espagnoles peuvent évoquer la zarzuela, cette forme ancienne de théâtre chanté en espagnol.

Quant à la cloche et son terlintintin, il s’agit de la musique, tout simplement.