littérature, Poésie

« ÉTUDE EN DE MINEUR », de Jean TARDIEU

Après « Ses purs ongles très haut dédiant leur inox », de Mallarmuche, je vous propose ce mois-ci un autre poème, de Jean Tardieu, « Étude en de mineur », paru en 1951 dans le recueil Monsieur Monsieur.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Le ciel était de nuit

la nuit était de plainte

la plainte était despoir,

Les yeux étaient de lèvres

les lèvres étaient daube

la source était de neige

Cliquez sur la blanche neige

Ma vie était de flamme

ma flamme était de fleuve

le fleuve était de bronze

Cliquez sur l’image

le bronze était daiguille

l’aiguille était d’horloge

l’horloge était d’hier :

Cliquez sur l’horloge

elle est de maintenant.

Maintenant est de terre

maintenant est de pierre

maintenant est de pluie.

Cliquez sur les jeux d’eau (sous la pluie)

Ma rive est de silence

mes mains sont de feuillage

Cliquez sur l’image

ma mémoire est doubli.

Citations musicales :

de neige : Francis Poulenc Sept chansons « la blanche neige »

de bronze : Hector Berlioz Benvenuto Cellini scène de la fonte de la statue « Du métal ! du métal ! »

l’horloge : Ravel L’Enfant et les sortilèges l’horloge (Ding, ding, ding)

de pluie : Maurice Ravel Jeux d’eau

mes mains sont de feuillage : Sivan Eldar Like flesh  » Comportement du bois « 

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« SES PURS ONGLES TRÈS HAUT DÉDIANT LEUR INOX », de MALLARMÉ (1868)

On a retrouvé récemment, dans la bibliothèque de l’Opéra de Saint-Glinglin, un inédit de Mallarmuche. Il s’agit de la première version du sonnet en « IX », datée du 1er avril 1868. Dans ce premier jet, Mallarmé avait choisi des rimes en « OX » et non les fameuses rimes en « IX » comme de la version qu’il a finalement retenue.

Ses purs ongles très haut dédiant leur inox,

Cliquez sur l’inox

L’angoise ce minuit soutient, lampe au phosphore,

Maint rêve vespéral brûlé par le botox,

Que ne recueille pas de cinéraire en or.

Sur les crédences, au salon vide, nulle infox

Cliquez sur la calomnie

Aboli bibelot d’inanité encore

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Stox,

avec ce seul objet dont le néant sonore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un tort

Agonise selon peut-être le trésor

Cliquez sur le trésor

des licornes ruant du feu sur le fort Knox

Elle, défunte nue, en ce miroir si belle

Cliquez sur Marguerite riant de se voir si belle en ce miroir

Qui dans l’oubli formé par le cadre se fox

Trot scintillant comme un quatuor.

Cliquez sur le fox-trot

Citations musicales :

Leur inox : Chostakovitch, Lady Macbeth de Mzensk, scène dans la boucherie industrielle.

Nulle infox : Rossini, le Barbier de Séville « Air de la calomnie ».

Le trésor : Wagner, Siegfried scène où Siegfried tue le dragon veillant sur son trésor.

En ce miroir si belle : Gounod, Faust air des bijoux.

Fox Trot : Art Hickman, Rose room fox-trot

Vous pouvez retrouver ici d’autres articles publiés un 1er avril :

Havre & Caumartin (2019)

L’opéra de Saint-Glinglin s’invite chez vous (2020)

Arnoldo Poivrieri (1755 – 1825) (2021)

La Fée nommée mène au logis (de l’esprit) (2022)

Le cantique des quantiques (2023)

Zelda Ocarina (née en 1966) (2024)

Léon Féodorovitch Tolstoïevski (2025)

littérature, Oulipo, Poésie

JE VIS, JE MEURS : JE ME BRULE ET ME NOYE, de Louise LABÉ (1555)

Après  » À Clymène « , de Verlaine, je vous propose ce mois-ci un autre poème, de Louise Labé (avant 1524-1566), « Je vis, je meurs : je me brule et me noye », paru en 1555 dans le recueil Œuvres de Louize Labé lionnoize.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.

J’ai chaust estreme en endurant froidure :

Cliquez sur l’image

La vie m’est et trop molle et trop dure.

J’ai grans ennuis entremeslez de joye :

Tout à un coup je ris et je larmoye,

Cliquez sur les larmes gelées

Et en plaisir maint grief tourment j’endure :

Mon bien s’en va, et à jamais il dure :

Tout en un coup je seiche et je verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :

Et quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me treuve hors de peine.

Cliquez sur l’image

Puis quand je croy ma joye estre certeine,

Et estre au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.

Cliquez sur l’image

Citations musicales :

En endurant froidure : Henry Purcell King Arthur « Cold song ».

Je ris et je larmoye : Franz Schubert le Voyage d’hiver « Gefrorne Tränen ».

Plus de douleur… hors de peines : Francis Poulenc Sept chansons « Marie ».

En mon premier malheur : Claudio Monteverdi Lamento d’Ariane.

Oulipo, Poésie

À CLYMÈNE, de Verlaine (1869)

Après « Mon rêve familier« , de Verlaine, je vous propose ce mois-ci un autre poème de Verlaine, « À Clymène », paru en 1869 dans le recueil les Fêtes galantes.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,

Cliquez sur la barcarolle
Cliquez sur l’es romances sans paroles

Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l’horizon
De ma raison,

Puisque l’arôme insigne
De ta pâleur de cygne
Et puisque la candeur
De ton odeur,

Cliquez sur l’image

Ah ! puisque tout ton être,
Musique qui pénètre,
Nimbes d’anges défunts,
Tons et parfums,

Cliquez sur l’image

A, sur d’almes cadences
En ses correspondances
Induit mon cœur subtil,
Ainsi soit-il !

Cliquez sur l’Amen

Citations musicales :

Barcarolles : Offenbach, Les Contes d’Hoffmann « Barcarolle »

Romances sans paroles : Mendelssohn, Romances sans paroles

Ta paleur de cygne : Wagner, Lohengrin

D’anges défunts : Louati, Les Ailes du désir

Ainsi soit-il : Berlioz, La Damnation de Faust, « Amen ».

Et puis, il y un bonhomme qui s’y entendait beaucoup mieux que moi pour mettre Verlaine en musique, c’est mon pote Gabriel Fauré, alors voici :

Cliquez sur l’image
littérature, Oulipo, Poésie

« MON RÊVE FAMILIER », de VERLAINE (1866)

Après « le Vampire« , de Baudelaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Verlaine, « mon Rêve familier », paru en 1866 dans les Poèmes saturniens.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Cliquez sur Cavaradossi

Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Cliquez sur Jenufa

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Cliquez sur Leporello

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Cliquez sur le flûtiste

Citations musicales :

D’une femme inconnue, et que j’aime : Puccini Tosca « Recondita armonia ».

Les moiteurs de mon front blême : Janacek Jenufa « Zdravas Kralovno (Ave Maria) ».

Est-elle brune, blonde ou rousse ? : Mozart Don Giovanni « air du catalogue ».

Pareil au regard des statues : Vivaldi Orlando furioso « Sol da te ».

littérature, Oulipo, Poésie

« LE VAMPIRE », de BAUDELAIRE (1851)

Après « Feuillet d’album », de Mallarmé, je vous propose ce mois-ci un poème de Baudelaire, « le Vampire », paru en 1857 dans les Fleurs du mal.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Toi qui, comme un coup de couteau,
Dans mon cœur plaintif es entrée ;
Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,

Cliquez sur l’image

De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine ;
– Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,

Cliquez sur l’image

Comme au jeu le joueur têtu,

Cliquez sur l’image

Comme à la bouteille l’ivrogne,
Comme aux vermines la charogne
– Maudite, maudite sois-tu !

J’ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j’ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.

Hélas ! le poison et le glaive
M’ont pris en dédain et m’ont dit :
« Tu n’es pas digne qu’on t’enlève
À ton esclavage maudit,

Cliquez sur l’image

Imbécile ! – de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire ! »

Cliquez sur l’image

Citations musicales :

un troupeau de démons : Berlioz, la Damnation de Faust, pandaemonium.

lié comme le forçat à la chaîne : Beethoven Fidelio, « O welche Lust ».

le joueur : Prokofiev, le Joueur.

ton esclavage maudit : Saint-Saëns, Samson et Dalila, « Dieu d’Israël ».

ton vampire : Marschner, le Vampire, ouverture.

Divers, Poésie

LES MÉLODIES DE FAURÉ

Compositeur de l’intime, même son Requiem est doux et apaisé, Gabriel Fauré a écrit beaucoup de mélodies. Ses huit premiers opus sont d’ailleurs des recueils de mélodies.

Je vous propose donc ici une petite sélection de ces mélodies, un genre qu’il affectionnait et qu’il a pratiqué tout au long de sa carrière.

L’Opus 1 contient, « le Papillon et la Fleur », sur un poème de Victor Hugo, et « Mai ».

Cliquez sur n°1 de l’opus 1

L’Opus 4 contient « le Lamento du pêcheur », un texte de Théophile Gautier retenu par Berlioz dans ses Nuits d’été.

Cliquez sur l’image

L’Opus 5 contient « Chant d’automne », sur un poème de Charles Baudelaire.

Cliquez sur le n° 1 de l’opus 5

L’Opus 7 contient le fameux « Après un rêve ».

Cliquez sur l’image

L’Opus 39 contient « les Roses d’Ispahan ».

Cliquez sur l’image

L’Opus 46 contient son fameux « Clair de lune », sur un poème de Paul Verlaine.

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L’Opus 51 contient « au Cimetière », un autre poème de Gautier retenu par Hector Berlioz dans ses Nuits d’été.

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L’Opus 61, la bonne Chanson, est un recueil de 9 mélodies sur des textes de Paul Verlaine.

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Enfin, un de ses tout derniers ouvrages, l’Opus 118 intitulé l’Horizon chimérique, est un cycle de mélodies sur des poèmes de Jean de la Ville de Mirmont.

Cliquez sur l’image
littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

FEUILLET D’ALBUM, de MALLARMÉ (1890)

Après « Le miroir brisé« , de Jacques Prévert, je vous propose ce mois-ci un poème de Mallarmé, « Feuillet d’album ».

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Ce sonnet a été écrit pour la fille d’un ami poëte de Mallarmé.

Tout à coup et comme par jeu

Mademoiselle qui voulûtes

Ouïr se révéler un peu

Le bois de mes diverses flûtes

Cliquez sur le flûtiste

Il me semble que cet essai

Tenté devant un paysage

A du bon quand je le cessai

Pour vous regarder au visage

Cliquez sur l’image

Oui ce vain souffle que j’exclus

Cliquez sur l’image

Jusqu’à la dernière limite

Selon mes quelques doigts perclus

Manque de moyens s’il imite

Votre très naturel et clair

Rire d’enfant qui charme l’air.

Cliquez sur les enfants

Citations musicales :

Mes diverses flûtes : Debussy, Syrinx.

Ce vain souffle : Verdi, La Traviata « Adio del passato ».

Au visage : Poulenc, Sept chansons « Belle et ressemblante ».

Rire d’enfant : Aboulker, Douce et Barbe-bleue.

littérature, Oulipo, Poésie

« LE MIROIR BRISÉ », de Jacques PRÉVERT (1945)

Après « Le Pont Mirabeau« , de Guillaume Apollinaire, je vous propose ce mois-ci un poème de Jacques Prévert, « le Miroir brisé », extrait de Paroles.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Le petit homme qui chantait sans cesse

le petit homme qui dansait dans ma tête

le petit homme de la jeunesse

a cassé son lacet de soulier

et toutes les baraques de la fête

tout d’un coup se sont écroulées

Cliquez sur l’image

et dans le silence de cette fête

dans le désert de cette tête

j’ai entendu ta voix heureuse

ta voix déchirée et fragile

enfantine et désolée

venant de loin et qui m’appelait

Cliquez sur l’image

et j’ai mis ma main sur mon cœur

où remuait

ensanglantés

les sept éclats de glace de ton rire étoilé.

Cliquez sur l’image

Citations musicales :

Toutes les barques de la fête tout d’un coup se sont écroulées : Leoncavallo Paillasse « Vesti la Giubba »

Ta voix déchirée et fragile enfantine et désolée… qui m’appelait : Ravel L’Enfant et les Sortilèges, final (Ma-man)

Mon cœur… ensanglantés : Poulenc Banalités « Sanglots ».

Oulipo, Poésie

« LE PONT MIRABEAU » , d’APOLLINAIRE (1913)

Après « Les fontaines ne chantent plus« , de Raymond Queneau, je vous propose ce mois-ci un poème de Guillaume Apollinaire, « le Pont Mirabeau », extrait d’Alcools (1913).

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Cliquez sur l’image

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Cliquez sur l’image

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Cliquez sur la Speranza

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Cliquez sur l’image

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Citations musicales :

après la peine : Poulenc sept chansons, « Marie ».

Des éternels regards : Messiaen Vingt regards sur l’Enfant-Jésus.

l’Espérance : Rossini Trois chœurs religieux « la Speranza« .

Ni les amours reviennent : Chausson Poème de l’amour et de la mer « La mort de l’amour ».