Contes et légendes, Divers, Fantaisie, littérature, Mythologie, Philosophie, Premier avril

LA FÉE NOMMÉE MÈNE AU LOGIS DE L’ESPRIT

Cette fée qui nous mène au logis est nommée Morgane. Morgane est la sœur du roi Arthur, et son royaume est l’île d’Avalon.

Morgane, donc, aurait soigné son frère blessé sur son île, avant qu’il ne reparte réunir les Celtes. Plus tard, quand le roi Arthur sera blessé à mort, c’est à Avalon qu’elle le mènera pour rejoindre son dernier logis. Avalon était une île située aux confins du monde, hors du temps même, et aisément assimilable à l’île des morts. On peut ainsi considérer que la fée nommée mène au logis de l’esprit (d’Arthur). C’est du moins la thèse qu’a défendue le philosophe HEGEL dans son célèbre traité datant de 1807. Initialement, Friedrich voulait l’intituler « la Fée nommée Morgane mène à son dernier logis l’esprit d’Arthur« , mais son éditeur, trouvant ce titre trop long, lui a suggéré « la fée nommée mène au logis de l’esprit« .

La geste d’Arthur réunissant les Celtes nous est narrée dans King Arthur, de PURCELL.

purcell king arthur cold song nomiCliquez sur le génie du froid

La fée Morgane aurait inspiré un grand amour à Merlin l’enchanteur, qui lui a enseigné beaucoup de ses enchantements. Dans les versions plus tardives de la geste arthurienne, c’est la fée Viviane, le double antithétique de Morgane, qui joue ce rôle.

Alors que Viviane, vierge et voulant le rester ne s’intéresse qu’au bien de Lancelot (c’est elle qui est à l’origine du roman la Dame du lac de Walter SCOTT),

Rossini la donna del lago Cielo ! in qual estasiCliquez sur l’image

Morgane, elle, se livre à sa sensualité et perturbe les Chevaliers de la Table ronde (un peu comme la pécheresse Kundry dans Parsifal de WAGNER.)

Wagner Parsifal KundryCliquez sur Kundry

Arnoldo POIVRIERI a écrit l’opera-seria Fata Morgana (en italien, la fée Morgane s’appelle fata Morgana) sur un livret de son fidèle Lorenzo Da Ponte. Le rôle-titre a été pensé pour sa chanteuse favorite, Julia Wanga. La partition en est malheureusement perdue, brûlée dans l’incendie de l’opéra de Saint-Glinglin comme presque toute l’œuvre de Poivrieri. Heureusement, on peut se faire une idée de cette musique en écoutant le Tarare de SALIERI, dont les critiques de l’époque n’ont pas manqué de souligner la ressemblance avec celle de son rival.

Salieri Tarare Ami, ton courage m'éclaireCliquez sur l’image

C’est cet opéra que les joyeux duettistes qu’étaient HAVRE & CAUMARTIN ont remanié, en mettant en relief la rivalité entre Morgane et Viviane, pour proposer à OFFENBACH un sujet d’opérette. Malheureusement, Offenbach était occupé à son seul opéra sérieux, les Contes d’Hoffmann, et il est mort avant d’avoir pu se consacrer à ce projet. C’est certainement un grand dommage pour l’histoire de la musique.

Parmi les opéras qui ont représenté ces personnages, il y en a un, peu joué, qui est le Roi Arthus de CHAUSSON. Il se dit dans les milieux bien informés que l’accident de bicyclette qui a coûté la vie de Chausson en 1898 a été provoqué par Morgane, mécontente de ne pas figurer dans cet opéra qui traite de la rivalité amoureuse entre Lancelot et Arthus.

Chausson le roi Arthus finalCliquez sur l’image

Et on retrouve fata Morgana dans l’Amour des trois oranges de PROKOFIEV.

Prokofiev 3 oranges anathèmeCliquez sur fata Morgana

[Sources principales : Encyclopedia Universalis 2017,

Dictionnaire des personnages (1960), éditions Robert LAFFONT, collections Bouquins (1999)]

Et si vous avez été sages, vous pouvez cliquer sur le bonus surprise.

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Divers

LETTRES ET MISSIVES – DEUXIÈME TOURNÉE

Je vous présentais il n’y a guère un ensemble de lettres et missives écrites ou lues à l’opéra. Devant l’abondance du sujet, le facteur va sonner une deuxième fois en vous proposant une nouvelle tournée. (Note, il y a un truc, le facteur sonne TOUJOURS deux fois.)

Dans Lucia di Lammermoor de DONIZETTI, Normann le scélérat intercepte les lettres qu’Edgar écrit à Lucia, pour faire croire à celle-ci que son amoureux l’a oubliée. Il va jusqu’à produire un faux prouvant son infidélité, causant ainsi le désespoir de Lucia.

Donizetti Lucia di Lammermoor Appressati, Lucia... Il pallor funesto orrendoCliquez sur Enrico et Lucia

Au 1er acte de Macbeth de VERDI, Lady Macbeth lit une lettre de son mari lui annonçant les prophéties des 3 sorcières, à savoir que son destin est de devenir roi d’Écosse (et donc elle reine d’Écosse.)

Verdi MAcbeth Acte I scene 5 Nel di della vittoriaCliquez sur Lady Macbeth

Au 1er acte de Carmen de BIZET, on voit arriver la jeune Micaëla porteuse d’une lettre de la mère de Don José pour celui-ci.

Bizet Carmen Parle moi de ma mèreCliquez sur Micaëla et Don Jose

Dans la Khovantchina de MOUSSORGSKI, le boyard Chakloviti écrit une lettre de dénonciation des princes Khovanski.

Moussorgski la Khovantchina extrait pour la lettreCliquez sur l’image

L’importance des lettres dans The Turn of the Screw de BRITTEN est manifeste, puisque la gouvernante ne communique avec le tuteur des malheureux enfants que par correspondance. Mais la lettre qu’elle lui écrit pour le prévenir des choses étranges qui se passent est volée par le jeune garçon, sous l’emprise du fantôme de Quint.

Britten The Turn of the screw The Letter, Miss ! Miss ! A letter for youCliquez sur l’image

À la fin de L’affaire Makropoulos, fantastique opéra fantastique de JANACEK, l’héroïne est confondue quand on compare les lettres qu’elle a pu écrire au cours des siècles, qui sont toutes de la même écriture (et avec les mêmes initiales EM.)

Janacek l'Affaire Makropoulos Act III finale part 1Cliquez sur l’image

Et si vous voulez encore une lettre, cliquez donc sur le bonus surprise.

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point-dinterrogation(Hihihi)

Mes opéras préférés

LES BORÉADES, de RAMEAU (1763)

Dernière tragédie lyrique de RAMEAU, les répétitions des Boréades ont été interrompues par sa mort en 1764. Il faudra attendre plus de deux siècles pour qu’on la redécouvre.

Rameau, alors âgé de plus de 80 ans, a su y développer pour la musique de ses ballets des talents symphoniques nouveaux.

Le pitch : La reine Alphise aime Abaris, mais elle doit choisir pour mari un descendant de Borée, le dieu du Vent. Cet amour interdit provoque la colère de Borée, qui la condamne à mort. Heureusement, on apprend (à la fin) qu’Abaris est lui-même un descendant de Borée. Alphise peut donc le choisir pour époux sans avoir à renoncer à son trône.

Acte I : La reine Alphise avoue sa lassitude à sa confidente Sémire. Elle doit en effet choisir son mari parmi les Boréades, les descendants du dieu du Vent, Borée, mais elle aime un étranger, Abaris. Sémire lui rappelle que ce choix provoquera la colère de Borée. Les deux Boréades, Calisis et Borilée, pressent Alphise de choisir entre eux, mais celle-ci déclare qu’elle suivra le choix d’Apollon. Après une pastorale où alternent les chants et les chœurs, Alphise exprime ses craintes (Air : « Un horizon serein… ».)

Rameau les Boréades Un horizon sereinCliquez sur Alphise

Acte II : Dans le temple d’Apollon, le grand prêtre Adamas se souvient que quand Apollon lui a confié le jeune Abaris, il lui a fait promettre de ne pas lui révéler son origine tant qu’il ne serait pas digne d’être du sang des dieux (Air : « Charmes trop dangereux »).

Rameau les Boréades Charmes trop dangereuxCliquez sur l’image

Il appelle Abaris, qui lui révèle son amour pour Alphise. Adamas ordonne à ses prêtres d’obéir en tout à Abaris jusqu’à l’annonce du futur roi. Alphise arrive à son tour. Elle vient demander au prêtre d’intercéder en sa faveur auprès d’Apollon. Restée seule avec Abaris, elle lui raconte un songe où elle a vu Borée détruire son royaume. Abaris demande à Apollon de les protéger et, oubliant son rôle de prêtre, il déclare son amour pour Alphise. Alphise lui répond en retour, mais ses suivantes approchent. Abaris modifie alors son chant d’amour en chant de gloire pour Apollon, que tout le monde reprend en chœur (Chœur : « Chantons le dieu »). La femme de Borée entre avec ses suivantes, portant un vase sacré et dansant pour Athéna. La danse est interrompue par l’arrivée de Borée, Calisis et Borilée, qui disent à Alphise qu’il faut écouter l’amour quand il se manifeste. Éros paraît. Il donne une flèche magique à Alphise en lui disant de suivre ce trait enchanté. Le chœur célèbre Amour et Apollon, mais est interrompu par Borée et ses fils, qui se demandent si Amour leur sera contraire ou favorable.

Acte III : Alphise est seule avec ses pensées, partagée entre son rêve tragique et le charme de l’amour (Air : « Songe affreux, image cruelle »).

Rameau les Boréades songe affreux, image cruelleCliquez sur Alphise

Abaris entre. Il a peur d’être sacrifié par Alphise au devoir, mais Alphise le rassure. Le peuple entre et chante les louanges de l’Hymen (Chœur : « Triomphe hymen, l’amour t’appelle »).

Rameau les Boréades Triomphe Hymen, l'amour t'appelleCliquez sur l’image

Adamas demande à la reine de choisir son mari, mais celle-ci annonce que pour respecter la volonté de Borée de voir un de ses fils sur le trône, elle renonce à son titre de reine au profit de son amour pour Abaris. Elle tend la flèche magique à Abaris. Calisis et Borilée réclament le trône devenu vacant. Abaris veut protéger la reine en renonçant à son amour, mais elle persiste. Les deux prétendants en appellent à leur père Borée. Celui-ci fait alors éclater une tempête qui emporte Alphise.

Acte IV : Entrée.

Rameau les BoréadesCliquez sur la symphonie d’entrée de l’acte IV.

Le peuple supplie Borée de se calmer (Chœur : « Nuit redoutable, jour affreux »).

Quand enfin la tempête s’arrête, Abaris arrive, abattu (Air : « Tout cède aux efforts de l’orage »).

Rameau les Boréades Tout cède aux efforts de l'orage (la Tempête)Cliquez sur Abaris

Adamas lui demande de renoncer à son amour pour rétablir le calme. Abaris veut se frapper avec la flèche, mais Adamas lui rappelle que cette flèche peut le faire gagner face à ses rivaux. La muse Polymnie lui demande d’invoquer les Zéphyrs pour qu’ils le conduisent au royaume du Tonnerre. Avec l’aide de l’amour, il va fléchir le dieu sévère.

Acte V : Dans son royaume, Borée ordonne aux vents de continuer à frapper la Terre, mais ceux-ci répondent faiblement qu’un mortel les force au repos. Alphise entre avec ses fils. Borée lui ordonne de choisir entre eux, sous peine d’être réduite en esclavage, mais elle refuse. Borée, furieux, ordonne à ses sujets de continuer à la tourmenter. Abaris apparaît. Les Boréades se moquent de lui, venu les arrêter. Il se sert de sa flèche magique pour les calmer.

Rameau les Boréades Acte V scene IVCliquez sur Abaris face à Borée et ses fils

Apollon paraît, et révèle qu’Abaris est son fils, et qu’il l’a eu d’une nymphe elle-même descendante de Borée. Ainsi, Abaris étant un descendant de Borée, rien ne s’oppose plus à son mariage avec Alphise. Apollon scelle leur sort, et répand une lumière éternelle sur le sombre royaume de Borée.

(Source principale : le livret et le DVD de William Christie.)

Agenda Ironique, Animation 1, Fables de la Fontaine, Maria Callas

LE LIÈVRE ET LA TORDUE

Ce mois-ci (mars 2022), l’Agenda Ironique est hébergé par Bridgetoun à l’adresse suivante :

https://brigetoun.blogspot.com/2022/03/agenda-ironique-pour-le-mois-de-mars.html

Comme il y a encore les frimas de mars et les giboulées d’avril, ou le contraire je me trompe toujours, avant le vrai printemps, même si la lumière commence à descendre le long de mon mur mitoyen, je pense que le mot frémissement s’impose – on peut y ajouter avec optimisme zéphyr, et frimas donc, et puis, parce que fantaisie m’en prend, velours, fendre, torrent, seuil et sarriette…

Nous disons donc pour mars le thème serait attente, avec utilisation des mots frémissement, zéphyr, frimas, velours, fendre, torrent, seuil et sarriette.

Après mon traditionnel grattage occiputal, il m’est venu fantaisie de vous offrir une (fausse) fable de La FONTAINE.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Gageons, dit la tordue, que vous n’atteindrez point si tôt que moi ce but.

Si tôt ? Êtes-vous sage ? repartit l’animal léger.

Ma commère, il vous faut purger avec quatre grains de sarriette.

Notre lièvre n’avait que quatre pas à faire.

Il avait du temps en reste pour écouter le frémissement du vent.

Mozart Idoménée Tutte nel cor vi sentoCliquez sur Électre

Il laisse à la tordue son train de sénateur.

Elle part, s’évertue, se hâte avec lenteur.

Un loup survint à jeun qui cherchait aventure.

On lui fit comprendre qu’il s’était trompé de fable.

L’heure pour lui n’est pas venue de s’mettre à table

Prokofiev Pierre et le loup thème du loupCliquez sur le loup famélique

Le lièvre pendant ce temps se baignait dans un torrent,

Persuadé qu’il gagnerait comme sur du velours.

Auber Gustave III acte Iv quintetCliquez sur le bal masqué

À la fin quand il vit que l’autre touchait au seuil,

Gounod Faust Air des bijouxCliquez sur Marguerite

Il partit comme un trait, pour fendre les zéphirs,

Mais les élans qu’il fit furent vains;

La tordue arriva la première.

Eh bien, lui cria-t-elle, n’avais-je pas raison ?

Dans l’attente tu frimas, maintenant j’en suis sûre !

Puccini Madame Butterfly Un bel di vedremo (Stikhina)Cliquez sur l’image

Citations musicales :

Le frémissement : MOZART Idoménée aria « Tutte nel cor vi sento » (air « Je sens frémir en mon cœur ».)

Un loup : PROKOFIEV Pierre et le loup « thème du loup ».

Du velours : D.F.E. AUBER Gustave III, roi de Suède, « Quintette de l’acte IV, soit le bal masqué où les protagonistes ont le visage recouvert de loups de velours. (Bonus, si vous tendez l’oreille, vous pourrez m’entendre dans les chœurs.)

Au seuil : Dans le Faust de GOUNOD, Méphistophélès dépose un coffret rempli de bijoux sur le seuil de Marguerite. Le découvrant, Marguerite ne peut s’empêcher de chanter son fameux « air des bijoux », popularisé par Bianca Castafiore.

Dans l’attente : Dans Madame Butterfly (Madama Butterfly) de PUCCINI, l’héroïne, abandonnée par son mari américain, l’attend toujours sur la falaise, guettant une fumée sur la mer calmée, qui pourrait être celle du navire ramenant son mari à la maison.

P.S. Attention les enfants, si vous avez lu cet article, il ne s’agit pas d’une vraie fable de la Fontaine, mais d’un imitation grossière.

Et si je ne vous ai pas encore épuisé(e)s avec mes divagations, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous n’êtes pas encore épuisé(e)s par mes divagations.

Compositrices, Couleurs, Divers, Nature

VERT

En ce jour du printemps, quoi de plus naturel que de vous parler du vert, couleur assez facilement associée à cette saison ?

Avant d’aller plus loin, voyons ce que nous en dit le grand spécialiste en couleurs Arthur Arc-en-ciel RIMBAUD, dans son Sonnet des voyelles :

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides

Pour Rimbaud, donc, la lettre associée au vert est le U, et dans son sonnet, il y a associé le vert de la mer ainsi que celui des pâtures.

Revenons à ce terme : viride. Selon le CNRTL, il signifie « qui tire sur le vert, verdissant ». On le retrouve dans la notion de « viriditas », la force de la germination, omniprésente dans l’œuvre d’Hildegarde von BINGEN.

Hildegard von Bingen O viriditas digiti deiCliquez sur l’image

Le vert de la nature est chanté par Ruggiero dans Alcina de HAENDEL, avec l’air « Verdi pratti » (Vertes prairies).

Haendel Alcina Verdi pratiCliquez sur Bradamante, Morgana et Ruggiero

Le vert, c’est aussi la couleur de l’espérance. Ainsi, si vous mélangez le bleu et le jaune qui composent le drapeau de l’Ukraine, vous obtenez le vert de l’espérance, espérance que ce pays se sorte de l’agression ignoble dont il est en ce moment victime.

Pierre HENRY, la mort verte.

Dans la symbolique chrétienne, le vert est la couleur de l’espoir de la délivrance, et le Graal est réputé être vert émeraude. Je vous propose ici d’écouter « l’enchantement du Vendredi saint, extrait du Parsifal de WAGNER.

Cliquez sur l’image

Le vert est la couleur de Vénus, la déesse de l’Amour comme le rouge est la couleur de Mars, le dieu de la guerre. Son surnom « anadyomène » signifie « celle qui sort de l’eau », d’où la couleur verte qui lui est associée.

Blow Venus and AdonisCliquez sur l’image

Le vert, symbole de la renaissance et de la vigueur de la nature, se trouve également associé à la vigueur du sexe, ainsi le surnom de « Vert galant » donné au roi Henry IV. Mais vous souveniez-vous que dans l’histoire de l’opéra, c’est le mariage d’Henry IV et de Marie de Médicis en 1600 qui a donné le la (415) à l’opéra ? ce mariage fut l’occasion de représentations fastueuses données à Florence, avec la création musicale d’une œuvre de Giacopo PERI, l’Euridice. De retour à Mantoue, le duc de cette ville, employeur de MONTEVERDI, demanda à ce dernier une œuvre capable de rivaliser en faste avec l’Euridice. Monteverdi répondra avec son Orfeo, considéré comme le premier opéra de l’histoire.

Monteverdi Orfeo Acte ICliquez sur les nymphes

(Source principale pour la partie symbolique : Encyclopédie des symboles, le livre de poche, collection la Pochothèque, 1996).

Retrouvez d’autres nuances de VERT sur le blog « Nervures et entailles » de Joséphine.

Et retrouvez mes autres billets consacrés aux couleurs :

Blanc

Bleu

Rouge

Rose

Mes opéras préférés

WOZZECK, d’Alban BERG (1917-1922)

Wozzeck est une œuvre phare dans l’histoire de l’opéra du XXe siècle. En effet, Wozzeck est le premier opéra atonal (mais pas encore dodécaphonique), même si Alban BERG y a introduit des formes classiques (passacailles, fugues, rondos, scherzos, …).

Autre nouveauté, si l’apport de la psychologie se développait déjà depuis la fin du siècle précédent, c’est la première fois que la psychologie du héros principal nous est présentée de l’intérieur.

L’œuvre a été écrite de 1917 à 1922, et créée à Berlin en 1925, et connut assez rapidement un succès international. Elle a été classée par les nazis comme faisant partie de l’art dégénéré et mise à l’index.

Chaque acte est découpé en cinq scènes, parfois courtes, indépendantes musicalement et reliées entre elles par des interludes musicaux. Le livret s’inspire du Woyzeck de BÜCHNER, qui lui-même avait écrit sa pièce d’après un fait divers datant de 1821.

Acte I : Le soldat Wozzeck rase le capitaine. Le capitaine lui fait la morale, car Wozzeck a eu, avec Marie, un enfant « sans la bénédiction de l’église ». Le capitaine provoque Wozzeck, qui tient le rasoir sous sa gorge. Pourtant, Wozzeck ne se rebelle pas et continue à raser le capitaine.

Berg Wozzeck débutCliquez sur Wozzeck et le capitaine

Dans la nature, Wozzeck cherche à comprendre le sens de la vie. Il a recours à la bible, et déclare que cet endroit est maudit. Son camarade Andres ne le comprend pas. Lui ne voit ni n’entend rien, si ce n’est le clairon qui appelle les soldats à la caserne.

Marie regarde le défilé militaire avec son amie Margret. Elles regardent le tambour-major. Margret sent que Marie n’éprouve plus d’amour pour Wozzeck. Marie endort son enfant en lui chantant une berceuse. Quand Wozzeck rentre, Marie lui reproche de ne pas s’intéresser à son enfant, mais Wozzeck, encore en proie à ses hallucinations, ne reconnaît ni Marie ni son enfant.

Berg Wozzeck Acte I scène 3 Tschin BumCliquez sur l’image

Wozzeck vend son corps à la science, c’est-à-dire au docteur militaire qui fait des expériences sur lui. Wozzeck sent qu’il ne représente plus rien pour Marie. Il veut en parler au docteur, mais celui-ci ne l’écoute pas. Il ne s’intéresse qu’à ses expériences, pas aux hommes.

Berg Wozzeck le docteurCliquez sur le docteur

Marie et le tambour-major se rencontrent. Marie admire sa force. Elle hésite, puis le fait entrer chez elle.

Acte II : Marie reçoit des boucles d’oreille du tambour-major. Voyant le bijou, Wozzeck prend peur et essaie de retenir Marie avec de l’argent.

Le capitaine fait peur au docteur, en lui prédisant des problèmes de santé. Le docteur fait peur à Wozzeck. Les deux le tourmentent au sujet de Marie et du tambour-major, mais Wozzeck tient bon.

Berg Wozzeck Act II scene 2 Wohin so eiligCliquez sur l’image

Wozzeck réclame la vérité à Marie, qui la lui assène : son amour pour lui est mort. « Plutôt un couteau dans le corps qu’une main sur moi ! » Un abîme s’ouvre devant Wozzeck.

Le soir, dans le jardin de l’auberge, Wozzeck découvre Marie avec le tambour-major. Son monde s’écroule alors qu’un ivrogne s’approche de lui et lui dit qu’il « pue le sang ».

Berg Wozzeck Lustig; lustig Aber es riechtCliquez sur l’image

La nuit à la caserne, Wozzeck ne réussit pas à dormir. Le tambour-major, ivre, rentre et se vante de ses exploits amoureux. Ils se battent, mais le tambour-major prend le dessus.

Acte III : Marie lit dans la bible l’histoire de la pécheresse Marie-Madeleine, mais n’arrive pas à réconcilier bible et réalité. Elle raconte à son enfant l’histoire d’un enfant abandonné de tous. Prise de remords, elle implore la pitié de Dieu.

Le soir, au bord de l’étang, Wozzeck croise Marie. Il veut lui parler du temps où ils s’aimaient. La lune, rouge, monte dans le ciel. Croyant voir du sang, il frappe Marie.

Berg Wozzeck final (MET)Cliquez sur Wozzeck et Marie

La nuit, à l’auberge Wozzeck chante et danse pour oublier. Le sang qu’il a sur lui alerte Margret. Wozzeck s’enfuit.

Wozzeck cherche son couteau. Il le trouve et le jette dans l’étang. En voulant se laver du sang qui le macule, il se noie dans l’étang.

Des enfants jouent et se moquent de l’enfant de Marie, car sa mère est morte.

Berg Wozzeck Act III scene 5Cliquez sur l’image

Compositrices, littérature

MOZART ÉTAIT UNE FEMME, de Aliette de LALEU (2022) – partie 2

Je m’étais arrêté dans ma lecture en musique de Mozart était une femme, le brillant essai de la sémillante Aliette de LALEU sur la présence des femmes dans la musique classique au milieu du chat pitre 4. Je vous propose donc de poursuivre cette lecture.

Chapitre 4 (suite) : « Comment les femmes meurent à l’opéra ». Aliette souligne à quel point les femmes souffrent et meurent à l’opéra (bon d’accord, les hommes aussi, mais moins.) Elle nous en donne quelques exemples particulièrement bouleversants.

DONIZETTI, Lucia di Lammermoor Scène de la folie de Lucia (« il dolce suono »).

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dulce suono (Damrau)Cliquez sur Lucia

VERDI La Traviata « Adio del passato ».

Verdi Traviata adio del passato DessayCliquez sur Violetta

PUCCINI Tosca « Vissi d’arte » par la Callas

Puccini Tosca Vissi d'arte CallasCliquez sur Flora Tosca

Puccini Madama Butterfly « Un bel di vedremo ».

Puccini Butterfly Un bel di vedremoCliquez sur Cio Cio San

Aliette aborde ensuite le personnage de Médée, et celui de Tirésias / Thérèse dans les Mamelles de Tirésias d’APOLLINAIRE. Et là, il y avait une nouvelle injustice à soulever. En effet, la musique de scène lors de la création de la pièce était signée Germaine BIROT, encore une femme totalement disparue des radars, confondue le plus souvent avec son mari, et la version musicale que l’on connaît est celle écrite bien plus tard par POULENC.

Le chapitre se termine par le sort réservé aux femmes instrumentistes, certains instruments leur étant interdits, par exemple les instruments à vent parce qu’ils enlaidissent la femme, ou le violoncelle qui, se jouant les jambes écartées, a quelque chose de choquant.

Chapitre 5 : « Les modernes confiantes ».

Le chapitre cinq commence par une évocation du destin des sœurs Nadia et Lili BOULANGER.

Viennent ensuite la carrière de trois instrumentistes du XXe siècle.

La pianiste Clara HASKIL.

Beethoven Sonte n 17 la Tempête (Haskil)Cliquez sur la pianiste

La violoncelliste Jacqueline DU PRÉ

Elgar Concerto pour violoncelle (DuPré)Cliquez sur la violoncelliste

Et la violoniste Ginette NEVEU

Ravel Tzigane (Neveu)Cliquez sur la violoniste

Aliette nous parle ensuite des orchestres féminins, notamment celui de Jane EVRARD, et l’on apprend que c’est pour cet orchestre que ROUSSEL a écrit sa Sinfonietta.

Roussel Sinfonietta (Evrard)Cliquez sur la pochette de disque

Elle nous parle aussi des chanteuses noires qui ont eu longtemps le double handicap d’être femmes et de couleur, citant ainsi Marianne ANDERSON, Jessye NORMAN, Shirley VERRETT, Léontine PRICE ou Katthleen BATTLE, ainsi que la Française Christiane EDA-PIERRE.

Purcell Didon NormanCliquez sur Jessye Norman

Berlioz Béatrice et Bénédict Vous soupirez, madame... Nuit paisible et sereine (Eda-Pierre)Cliquez sur l’image

Chapitre 6 : Les dégâts du XXe siècle.

Dans ce dernier chapitre, après l’évocation de la suffragette Ethel SMYTH, Aliette nous parle de l’extraordinaire recul de la présence de femmes compositrices au XXe siècle, en prenant l’exemple de Germaine TAILLEFER, la seule femme du Groupe des six, qui selon les mots de Poulenc était ravissante avant d’être compositrice.

Smyth March of the WomenCliquez sur la Marche des Femmes

Tailleferre Trio pour violon, violoncelle et pianoCliquez sur l’image

Conclusion : Je ne vais pas vous espoiler le livre d’Aliette de Laleu en vous racontant la fin, courez donc chez votre libraire préféré(e) pour vous le procurer ! Sachez seulement qu’on a à présent l’occasion d’écouter des opéras écrits par des femmes. Je songe ici à Like Flesh de Sivan ELDAR créé à Lille au début de cette année, ou à l’Amour de loin, de Kaija SAARIAHO.

Saariaho L'AMour de loin Si tu t'appelles AmourCliquez sur Clémence

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur la Bande-annonce de Like Flesh

Et si vous en voulez encore un peu plus, cliquez sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous en voulez encore un peu plus

Divers, Maria Callas

SIX CENTIÈME BILLET DU BLOG

Eh oui, ce billet est le 600e que je publie sur ce blog consacré, de manière très ouverte, à l’opéra et à la littérature !

À ce jour, vous avez été plus de 44 000 visiteurs cumulés, venus de 130 pays, pour regarder plus de 91 000 vues sur ce blog, en presque quatre ans.

J’ai consacré 96 billets à mes opéras préférés, de l’Orfeo (1607) de MONTEVERDI à Like Flesh (2022) de Sivan ELDAR, ou de Aïda de VERDI à Zoroastre de RAMEAU.

monteverdi orfeo savallCliquez sur l’acte de naissance de l’Opéra

Le plus regardé est toujours celui consacré aux Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH, devant Le Barbier de Séville de ROSSINI.

barcarolleCliquez sur l’image

J’ai également consacré 59 billets à des compositeurs, dont 5 à des compositrices, de Monteverdi à BRITTEN. Le compositeur qui vous a le plus intéressé reste Franz SCHUBERT.

Une autre catégorie pour laquelle j’ai créé un métabillet vous permettant de vous y retrouver facilement est celle des écrivains liés au monde de l’opéra ou de la musique. Il y a à ce jour 45 écrivains passés à ma moulinette, de ESCHYLE à ECHENOZ, le plus consulté étant celui consacré à Victor HUGO.

Voilà, il y a encore bien d’autres catégories, consacrées à l’histoire, au cinéma, à la nature, à la bande dessinée, à la poésie, à l’OuLiPo, au dessin animé… Une de mes (petites) joies est l’accueil réservé à mes fantaisies sur le nom de MALLARMÉ (Mallarmuche pour les intimes 🙂), qui cumulent presque 2400 vues !

Dans ces catégories moins conventionnelles, les billets les plus regardés restent « Magical Maestro (Tex Avery) » « Des opéras pour les enfants« , « les Onomatopées« , et « ils ou elles ont écrit des Ave Maria ».

Fin 2020, j’ai commencé une nouvelle série sur l’emploi de musique classique par les réclamiers et, à ma grande surprise, cette série marche très fort puisque le premier billet, toutes catégories confondues, est celui qui vient en tête avec déjà plus de 1800 vues.

Une des vidéos les plus regardées (si j’excepte les réclames) est « l’Ave Maria » de BACH interprétée par Maria CALLAS.

Schubert Ave Maria CallasCliquez sur l’image

Elle est suivie de près par « Comic Strip » de Serge GAINSBOURG.

Gainsbourg Comic stripCliquez sur l’image

J’espère que vous serez encore nombreux à venir partager ma curiosité pour tous ces thèmes qui gravitent autour de la musique et de la littérature !

Et pour finir ce billet, un grand classique, interprété par une des plus grandes cantatrices de tous les temps.

callas casta divaCliquez sur l’une des plus grandes cantatrices de tous les temps

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, et si vous aimez la musique et la littérature, parlez de mon blog à vos amis, et si vous n’aimez pas, parlez-en à ceux que vous n’aimez pas ! 🙂

Et si vous voulez savoir comment ces statistiques évoluent avec le temps, cliquez donc sur le sept centième billet du blog.

Compositrices, Histoire de l'opéra, littérature

MOZART ÉTAIT UNE FEMME, de Aliette de LALEU (2022) – partie 1

Aliette de Laleu à la librairie Place ronde, à Lille, le 25 février 2022

Cette année, mon sujet pour la journée internationale des femmes (en France, on dit la journée internationale des droits de la femme) est tout trouvé. En effet, la journaliste musicale Aliette de LALEU, que j’ai déjà citée sur ce blog, vient de sortir un essai passionnant sur la place des femmes dans la musique classique : Mozart était une femme.

Je vous propose donc de le lire ensemble, et en musique.

Chapitre 1 : « Des noms et des visages ». Ce premier chapitre est consacré aux premières femmes musiciennes, en commençant par Sappho (Sapho). Poétesse, et donc musicienne, ayant vécu sur l’île de Lesbos six siècles avant J.-C., elle a été surnommée la dixième muse par PLATON. Elle a fondé un temple dédié à Aphrodite. Son nom est resté dans l’histoire de la littérature et de la poésie et, à l’époque romantique encore, a continué faire parler d’elle. Ne pouvant vous faire entendre sa musique, je vous propose ici un air de l’opéra Sapho, que GOUNOD a écrit en 1851 pour la cantatrice Pauline VIARDOT (que l’on retrouvera plus loin dans le livre d’Aliette.)

Gounod Sapho Ô ma lyre immortelleCliquez sur l’image

Montons dans notre chronoscaphe et faisons un bond dans le temps pour admirer Hildegarde von BINGEN (1098-1179). Musicienne, religieuse, herboriste (et donc guérisseuse), Hildegarde a occupé une place très importante à son époque.

Hildegard von BingenCliquez sur l’image

Chapitre 2 : « Les stars du baroque »

Le chapitre commence à Venise au XVIIe siècle, avec ses hospices consacrés aux nécessiteux et aux enfants orphelins ou abandonnés. C’est dans un de ces hospices réservés aux jeunes filles qu’œuvrait VIVALDI, et une grande partie de sa musique a donc été écrite pour des femmes, chanteuses ou instrumentistes. On peut se faire une idée de l’atmosphère qui régnait dans ce milieu dans le roman Consuelo de George SAND.

Aliette développe ensuite ses stars du baroque avec Barbara STROZZI, Francesca CACCINI et Elizabeth Jacquet de la Guerre.

Strozzi Che si puo fareCliquez sur l’image

Chapitre 3 : « Les révolutionnaires du classique »

Au début de ce chapitre, Aliette nous apprend qu’il y a eu une très grande production d’opéras écrits par des femmes en France autour de la période révolutionnaire puisque ce sont 54 opéras écrits par 23 compositrices ou librettistes qui ont été recensés entre 1770 et 1820.

Gail N'est-ce pas d'elleCliquez sur l’image

Elle nous parle ensuite du remplacement progressif des castrats, surtout en France, par des femmes. C’est le cas de La MALIBRAN (Maria), la grande sœur de la cantatrice et compositrice Pauline VIARDOT.

Chopin Viardot Mazurka Hai LuliCliquez sur l’image

Elle évoque aussi la figure d’Hélène de MONTGEROULT, grande pianiste et auteure d’une méthode de piano dont on se demande pourquoi elle n’est pas plus connue.

de Montgeroult par Aliette de LaleuCliquez sur Aliette de Laleu nous parlant d’Hélène de Montgeroult dans sa chronique sur France Musique

La partie consacrée à Maria Anna MOZART, dite Nannerl explique le titre de ce livre.

Chapitre 4 : « Les guerrières romantiques »

Dans ce chapitre, Aliette de Laleu évoque quelques figures de femmes compositrices dont le talent a été empêché par des hommes, pères frères ou maris.

Tout d’abord Fanny MENDELSSOHN, la grande sœur de Félix. Très proche de son frère, c’est son père qui a freiné son envie de faire de la musique. On sait que certaines des mélodies publiées par Félix sont en fait de Fanny, ce qui le faisait souffrir dans son orgueil quand on le complimentait pour des musiques qui n’étaient pas de lui. Je reviendrai sur Fanny le 14 mai prochain pour le 175e anniversaire de sa mort.

Fanny Mendelssohn ItalienCliquez sur l’image

Ensuite, Clara SCHUMANN, la femme de Robert, qui a sacrifié sa carrière de compositrice pour mieux servir son mari, même si ses talents de pianiste étaient reconnus (c’était souvent grâce à eux qu’elle faisait « bouillir la marmite », les revenus de Robert n’étant pas suffisants pour faire vivre la famille.)

Clara Schumann Trio opus 17 AndanteCliquez sur l’image

Enfin Alma MAHLER, la femme de Gustav, qui par contrat a dû s’engager à cesser d’écrire de la musique quand elle s’est mariée, pour ne pas faire d’ombre à son mari.

Alma Mahler HymneCliquez sur l’image

Il m’aurait fallu aussi parler de Louise FARRENC, Louise BERTIN et Mel BONIS, mais je vais m’arrêter là pour l’instant (j’ai déjà été un peu long par rapport à mes billets habituels), mais rassurez-vous, il y a ici la suite des Aventures d’Aliette au pays des femmes dans la musique classique. Et puis si vous n’avez pas la patience d’attendre, courez donc chez votre libraire préféré(e) acheter le livre !

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« M’INTRODUIRE DANS TON HISTOIRE », de MALLARMÉ (1886)

Après Remémorations d’amis belges de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose M’introduire dans ton histoire, un poème de 1886 évoquant ses relations (fantasmées ?) avec Méry LAURENT.

M’introduire dans ton histoire
C’est en héros effarouché
S’il a du talon nu touché
Quelque gazon de territoire

la belle HélèneCliquez sur le défilé des héros de la Grèce antique

À des glaciers attentatoire
Je ne sais le naïf péché
Que tu n’auras pas empêché
De rire très haut sa victoire

Janacek Jenufa Acte 3Cliquez sur l’image

Dis si je ne suis pas joyeux
Tonnerre et rubis aux moyeux
De voir en l’air que ce feu troue

Berlioz la Damnation de Faust (MET 2008)Cliquez sur les feux-follets


Avec des royaumes épars
Comme mourir pourpre la roue
Du seul vespéral de mes chars.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur le char du Soleil

Citations musicales :

du talon nu : Vous je ne sais pas, mais moi quand j’entends « Héros » et « Talon », je pense à Achille (et pas à Achille Talon qui est aussi un héros, mais de bande dessinée, excellent par ailleurs). OFFENBACH l’a mis en scène dans La belle Hélène et ses couplets des rois.

À des glaciers attentatoire : JANACEK troisième acte de Jenufa,. Alors que l’héroïne va se marier avec Laca, on découvre sous les glaces fondant au printemps le cadavre d’un nouveau-né noyé ! Il s’agit de l’enfant illégitime qu’avait eu Jenufa, et dont la marâtre, pour sauver l’honneur de la famille, avait fait disparaître pendant la fièvre de Jenufa. Cette lecture me semble aller avec le sens caché du poème de Mallarmuche, avec ses désirs cachés pour Méry.

Tonnerre et rubis : BERLIOZ La Damnation de Faust – Feux et Tonnerre – menuet des feux follets.

Du seul vespéral de mes chars : SAINT-SAËNS, Phaéton. Les deux derniers tercets peuvent se lire comme la course du char solaire jusqu’à son couchant. Saint-Saëns a mis en musique cette histoire de Phaéton volant sur le char solaire de Phoebus, son père, mais incapable d’en diriger les chevaux. Se rapprochant trop près du soleil et mettant la Terre en danger, Phoebus est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la planète.

Et pour ceux et celles qui voudraient relire ce poème sans subir mes divagations musicales, retrouvez-le tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change.