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LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de mars 2021, hébergé par Joséphine LANESEM sur son blog « Nervures et entailles« . Le thème en est : « Nous sommes le courage l’une de l’autre« . Quelques règles stylistiques : une ou plusieurs amphores anaphores, et quelques chiasmes; et glisser « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie » serait bien vu ».

Les Mamelles de Tirésias est un drame surréaliste de Guillaume APOLLINAIRE qui date de ses jeunes années (en 1903, Guillaume avait 23 ans) et achevé en 1916. La première représentation a eu lieu en 1917, et c’est pour cette œuvre qu’il a inventé le mot surréaliste, terme qui sera emprunté plus tard par André BRETON et sa bande.

Dans le domaine de la musique, on connaît (ou pas) l’adaptation musicale faite par Francis POULENC, mais on ignore assez généralement que la création de 1917 s’est faite avec une musique de scène de Germaine ALBERT-BIROT. Germaine Albert-Birot (1877 – 1931), née Germaine Reynaud d’Arc de Surville, fait partie de ces compositrices totalement méconnues, que l’on confond souvent avec son mari. Elle semble n’exister sur le net que dans les articles consacrés à Pierre Albert-Birot, et ne figure pas (encore) dans CLARA, le répertoire des compositrices.

Albert-Birot les Mamelles de Tirésias

Le pitch : Thérèse, refusant le rôle de procréatrice que lui assignent les hommes, se métamorphose en homme et prend le nom de Tirésias (du nom de Tirésias, dont Ovide nous relate les aventures dans le livre 3 de ses Métamorphoses [cf. ci-dessous]). Dès lors, c’est un homme, le mari de Thérèse/Tirésias, qui portera les enfants. On assiste donc à un entrelacement femme/homme – homme/femme, où les maris/femmes femmes/maris ne sont pas le courage l’une de l’autre (sauf à la fin 😉).

(On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir.)

Ce thème « Faites des enfants » qui revient tout au long de la pièce est une véritable anaphore, puisqu’on pourrait la résumer ainsi, du prologue : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère », au final : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère, cher public faites des enfants ».

Francis Poulenc a assisté à la création de 1917, et est resté très fidèle à la pièce dans son adaptation. L’idée de prendre les Mamelles de Tirésias comme sujet de son premier opéra lui vient dès 1938. Il achève sa partition en 1945, mais l’œuvre ne sera créée qu’en 1947, le temps pour Poulenc de trouver la chanteuse idéale (Denise DUVAL). Les Mamelles de Poulenc étaient une de ses œuvres favorites.


Prologue : Le directeur du théâtre annonce le sujet de l’opéra : le problème de la dépopulation. « Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère. »

Poulenc Les Mamelles de Tirésias PrologueCliquez sur le prologue

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Pardonnez moi cher publicCliquez sur le prologue et le début du 1er acte

Acte I : L’action se passe dans un Zanzibar d’opérette. Thérèse, une féministe, refuse le rôle de procréatrice que veulent lui imposer les hommes, et réclame de pouvoir être, soldat, artiste, députée, sénatrice, ministre, et même directrice de la chose publique (en latin, la Res Publica).

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Non monsieur mon mariCliquez sur Francis Poulenc et Denise Duval

Elle se transforme en homme en faisant exploser ses mamelles. À son mari qui arrive, elle annonce qu’elle n’est plus sa femme et qu’elle a masculinisé son nom en Tirésias. Le Mari apparaît « habillé en femme et les mains ligotées. » Il se fait courtiser par le Gendarme à qui il/elle plaît bien. Dès lors, il ôte ses vêtements de femme et annonce que puisque la femme ne veut plus faire d’enfants, il les fera tout seul !

Entr’acte : Les choristes : « Voyez l’impondérable ardeur naître du changement de sexes », alors qu’un chœur de nouveau-nés se fait entendre à l’orchestre.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias EntracteCliquez sur l’entracte

Acte II : Le même jour, au même endroit. La scène est encombrée de berceaux et le Mari est fier de sa nombreuse progéniture (40049 enfants). Un Journaliste parisien vient l’interviewer pour connaître son secret, mais il se fait chasser. Le Mari veut faire d’un des fils un journaliste, mais vite celui-ci veut le faire chanter pour avoir un peu d’argent de poche.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

Le Gendarme survient et lui reproche d’affamer la population de Zanzibar avec ses 40049 enfants. Le Mari conseille alors d’acheter des cartes de rationnement chez la Cartomancienne. Celle-ci arrive et glorifie la procréation, la véritable source de richesses. Le Gendarme veut l’arrêter, mais elle l’étrangle. Le Mari reconnaît sa femme Thérèse sous les voiles de la Cartomancienne et ils retombent amoureux l’un de l’autre, tandis que le Gendarme ressuscite.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias FinalCliquez sur le final

Retrouvez ma participation à l’A.I. d’avril ici : Cause toujours, tu m’intéresses.

25 réflexions au sujet de “LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)”

  1. Bon jour Jean-Louis,
    Tu es entièrement dans le thème mais je ne lis pas la fameuse phrase avec le mot : incendie 🙂
    Quoi qu’il en soit c’est un bel article et hommage à la femme qui veut s’émanciper du patriarcat ambiant 🙂
    Le déguisement des femmes en homme est de tous les temps … l’inverse je ne sais pas 🙂
    Bonne journée à toi, Jean-Louis
    Max-Louis

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci Max-Louis !
      Pour la phrase avec le mot incendie, j’avais compris que c’était un petit plus, en option, pour rapporter des points supplémentaires, mais comme de toute manière, ce n’est panoté, j’ai fait l’impasse dessus. 🙂
      Je pense qu’il doit y avoir à peu près autant de femmes qui se « vêtent » en homme que d’hommes qui se « vêtent » en femme. Voir à ce sujet l’excellent film « La meilleure façon de marcher » avec Patrick Dewaere et Gérard Depardieu.
      Bonne journée, Max-Louis

      Aimé par 1 personne

  2. Malheureusement non, j’ai découvert le sujet trop tard, je n’ai pas trop d’idées et j’ai peur que mon style assez caustique ne soit pas apprécié sur un sujet comme celui-là.

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  3. Oh merci ! J’ai beaucoup appris et le sujet sied autant à la journée du 8 mars qu’à mon thème – qui semble trop sérieux ou engagé pour beaucoup, mais on peut l’interpréter de manière très libre, pas forcément littéralement et dans son contexte.
    Merci encore, je crois qu’on tient un gagnant 😉

    Aimé par 2 personnes

  4. Une très grande découverte pour moi que ce texte qui reprend les consignes tout en restant dans ton thème de prédilection. Je suis, comme à chaque fois, admirative du décor d’opéra que tu plantes alors que les sujets sont tellement différents de mois en mois!

    Aimé par 2 personnes

    1. Héhéhé, c’était mon thème de départ quand j’ai commencé ce blog il y a maintenant presque 3 ans : montrer que l’opéra est partout, dans tout, sans qu’on le sache. Peut-être même est-il en train d’épier cette conversation. 😉
      Bonne journée, Bernadette (et merci pour ton commentaire qui me fait bien plaisir 🙂)

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  5. Découvrir le monde de l’opéra à travers tes textes est un régal et me réconcilie avec un genre musical que j’ignore la plupart du temps ! mais adapter tes textes à l’A.I. c’est un travail d’équilibriste et tu excelles dans le rôle du funambule. Merci de cette partition Jean-Louis

    Aimé par 1 personne

  6. Mamelles ou pas mamelles, nous ne sommes pas des « seins »… 😉

    Si l’on pouvait vivre la « condition réelle » de l’autre sexe…
    je crois que l’on se comprendrait mieux !

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