Divers, Histoire de l'opéra, Mallarmé

LE SILENCE EN MUSIQUE

« Le silence déjà funèbre d’une moire » ainsi commence l’hommage à Richard WAGNER que MALLARMÉ a composé en 1865.

Liszt la gondole funèbreCliquez sur la gondole

En solfège, le silence représente une pause dans la musique, un moment où aucune note n’est jouée, pause qui prend la valeur d’une ronde. Il existe des subdivisions du silence, dont le soupir dont la valeur correspond à une noire, soit le quart d’un silence.

De tout temps donc, le silence est consubstantiel à la musique. Il faut laisser des pauses pour laisser résonner la musique précédemment jouée.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’aphorisme de Sacha GUITRY, quand il déclarait « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de MOZART, le silence qui lui succède est encore de Mozart« .

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Selon Wladimir JANKELEVITCH dans la Musique et l’ineffable, l’évolution musicale de LISZT va du tumulte romantique des années de sa jeunesse à un effacement progressif : C’est ainsi que l’œuvre de Liszt, toute bruissante d’héroïsme, d’épopées et d’éclats triomphants, se voit aux approches de la vieillesse envahie peu à peu par le silence… de longues pauses viennent interrompre le récitatif, des mesures blanches espacent et raréfient les notes: la musique de la Messe basse, des Valses oubliées, de la Gondole funèbre et du poème symphonique Du berceau à la tombe devient de plus en plus discontinue, les sables du néant envahissent la mélodie et en tarissent la verve.

Liszt Valse oubliée n° 3Cliquez sur l’image

L’étape suivante de la néantisation de la musique est signée Alphonse ALLAIS. Déjà inventeur, bien avant MALEVITCH, des monochromes, comme ses tableaux Combat de nègres pendant la nuit (1882) ou Première communion de jeunes filles par temps de neige (1883), il a aussi composé la première musique entièrement silencieuse, avec sa Marche funèbre composée pour les funérailles pour un grand homme sourd (1897).

Allais Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourdCliquez sur la partition

Il faudra attendre presque 70 ans pour que ce concept soit repris par John CAGE avec sa pièce pour piano en trois mouvements intitulée 4 mn 33 s. En fait, Cage avait eu l’occasion de visiter une chambre anéchoïde, c’est à dire qui absorbe tous les bruits extérieurs, et s’attendait à trouver le silence absolu. Il avait été frappé de se trouver confronté à tous les bruits provoqués par son propre corps, des battements de cœur au souffle de sa respiration. Et donc la musique sous-tendue par 4 mn 33s, durée pendant laquelle le pianiste ne produit pas une seule note, est en fait le bruit provoqué par le public même, et par le pianiste, pendant cette attente interminable de 4 minutes et 33 secondes. Il existe des transcriptions de cette œuvre pour orchestre ou pour chœur. Vous ayant déjà présenté ce morceau par ailleurs, c’est la version orchestrale que je choisis de vous faire entendre aujourd’hui.

Cage 4 mn 33 s version pour orchestreCliquez sur l’image

« Musicienne du silence », ainsi se termine le poème Sainte, écrit par Mallarmé en 1886 sur un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

Gounod Messe de Sainte Cécile Sanctus (Alagna)Cliquez sur le Sanctus de la messe de Saint Cécile de GOUNOD

Et pour prolonger le son du silence, je vous propose de cliquer sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez prolonger le son du silence.

littérature, Mallarmé, Maria Callas, Oulipo, Poésie

LE CORBEAU (THE RAVEN), d’Edgar Allan POE (1845)

Le Corbeau est un long poème (18 sizains) écrit par Edgar Allan POE, et publié pour la première fois en 1845. En France, on le connaît par les traductions de BAUDELAIRE et de MALLARMÉ. Si j’apprécie celle de Baudelaire, qu’il me soit permis de préférer celle de mon pote Mallarmuche.

C’est donc des extraits de cette traduction que je vais « mettre en musique » par association d’idées, entre les images poétiques et les remémorations musicales que ces images peuvent faire surgir chez moi.

Une fois, par un minuit lugubre,

Auber Gustave III minuit

tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié,

Berlioz la Damnation de Faust Sans regretsCliquez sur le docteur Faust méditant sur maint curieux et bizarre volume de savoir

— tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre, — cela seul et rien de plus.

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour ; — vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore, — de nom ! pour elle ici, non, jamais plus !

Beethoven Ouverture de Léonore n 3Cliquez sur l’image

Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté « Lénore ! » Je le chuchotai — et un écho murmura de retour le mot « Lénore ! » purement cela et rien de plus.

Gluck Écho et Narcisse finalCliquez sur l’image

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre, — se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre — se percha, siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit — dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. »

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur l’image

Le Corbeau dit : « Jamais plus. »

Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : « Sans doute, dis-je, ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de : « Jamais — jamais plus. »

Purcell Musique pour les funérailles de la reine MaryCliquez sur l’image

L’air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l’étoffe du parquet. « Misérable ! m’écriai-je, ton Dieu t’a prêté — il t’a envoyé, par ces anges le répit — le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit », hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, — siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera — jamais plus.

Citations musicales :

un minuit lugubre : Quel minuit plus lugubre que cette scène de Gustave III roi de Suède de AUBER, où la devineresse a donné rendez-vous à la jeune Amélie pour cueillir à minuit des plantes maléfiques au pied d’un gibet destinées à faire un philtre.

Sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié : BERLIOZ début de la Damnation de Faust, quand Faust se rend compte qu’il a passé sa vie à l’étude de vieux livres, mais peut-être en passant à côté des joies simples de la vie et de l’amour.

Lénore : BEETHOVEN, Ouverture n° 3 de Léonore (premier nom de son opéra Fidelio.)

un écho : GLUCK final de l’opéra Narcisse et Écho.

le rivage plutonien de nuit : GLUCK Alceste « Divinités du Styx ».

les chants funèbres : PURCELL Musique funèbre pour l’enterrement de la reine Mary.

Retrouvez le texte complet du Corbeau, en anglais et en français, avec les illustrations de MANET, sur le site de la BNF.

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

M’INTRODUIRE DANS TON HISTOIRE, de MALLARMÉ (1886)

Après Remémorations d’amis belges de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose M’introduire dans ton histoire, un poème de 1886 évoquant ses relations (fantasmées ?) avec Méry LAURENT.

M’introduire dans ton histoire
C’est en héros effarouché
S’il a du talon nu touché
Quelque gazon de territoire

la belle HélèneCliquez sur le défilé des héros de la Grèce antique

À des glaciers attentatoire
Je ne sais le naïf péché
Que tu n’auras pas empêché
De rire très haut sa victoire

Janacek Jenufa Acte 3Cliquez sur l’image

Dis si je ne suis pas joyeux
Tonnerre et rubis aux moyeux
De voir en l’air que ce feu troue

Berlioz la Damnation de Faust (MET 2008)Cliquez sur les feux-follets


Avec des royaumes épars
Comme mourir pourpre la roue
Du seul vespéral de mes chars.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur le char du Soleil

Citations musicales :

du talon nu : Vous je ne sais pas, mais moi quand j’entends « Héros » et « Talon », je pense à Achille (et pas à Achille Talon qui est aussi un héros, mais de bande dessinée, excellent par ailleurs). OFFENBACH l’a mis en scène dans La belle Hélène et ses couplets des rois.

À des glaciers attentatoire : JANACEK troisième acte de Jenufa,. Alors que l’héroïne va se marier avec Laca, on découvre sous les glaces fondant au printemps le cadavre d’un nouveau-né noyé ! Il s’agit de l’enfant illégitime qu’avait eu Jenufa, et dont la marâtre, pour sauver l’honneur de la famille, avait fait disparaître pendant la fièvre de Jenufa. Cette lecture me semble aller avec le sens caché du poème de Mallarmuche, avec ses désirs cachés pour Méry.

Tonnerre et rubis : BERLIOZ La Damnation de Faust – Feux et Tonnerre – menuet des feux follets.

Du seul vespéral de mes chars : SAINT-SAËNS, Phaéton. Les deux derniers tercets peuvent se lire comme la course du char solaire jusqu’à son couchant. Saint-Saëns a mis en musique cette histoire de Phaéton volant sur le char solaire de Phoebus, son père, mais incapable d’en diriger les chevaux. Se rapprochant trop près du soleil et mettant la Terre en danger, Phoebus est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la planète.

Et pour ceux et celles qui voudraient relire ce poème sans subir mes divagations musicales, retrouvez-le tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change.

Agenda Ironique, Mallarmé, Oulipo

AGENDA IRONIQUE DE SEPTEMBRE 2021

Hop hop hop, on ne bouge plus, on écoute (ou plutôt on lit.)

Pisque le jury de l’Agenda Ironique m’a proposé (en second) pour animer l’Agenda Ironique de septembre, voici ma proposition pour cet intéressant exercice de style (hihihi, tant pis pour vous.)

Votre AI devra tourner autour de soit « Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur », soit « Aboli bibelot d’inanité sonore » (c’est vous qui choisissez votre thème). De plus, il vous sera demandé que votre texte comporte une amphibolie (ou une hypallage si l’amphibolie vous fait trop peur).

Vous pouvez écrire dans tous les styles que vous voulez : récit épique, essai philosophique, critique littéraire, roman d’amour, thriller, poésie… et faire intervenir tous les personnages récurrents qu’il vous plaira. C’est avec plaisir que nous aurions des nouvelles d’Onésime, d’Anna Podoton, de Dupin et Lilly, des trois (plus une) petites pommes ou de la mystérieuse pianiste chinoise (liste non limitative, évidemment).

J’ai fait un POC (Proof of Concept) pour tester la solidité de ma proposition en demandant à mon ami Stéphane ce qu’il en pensait, il m’a immédiatement répondu en me proposant deux textes, que je vous livre ici à titre d’exemple.

Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur.

Aboli bibelot d’inanité sonore.

J’ai donc considéré que le concept était valide et je vous le soumets. Je vous rassure, mon ami Stéph’ sera hors concours, d’autant que ses amphibolies ne sont pas si jolies que ça !

À vos blogs ! 🙂

Le lien de votre texte pourra être déposé en commentaire cidsous jusqu’au 26 septembre. Ensuite, lecture et votes jusqu’au 30 septembre.

Mallarmé, Oulipo, Poésie

REMÉMORATION D’AMIS BELGES, de MALLARMÉ

Après La Chevelure vol d’une flamme à l’extrême de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose « Remémoration d’amis belges », un poème de 1893 en hommage aux poètes belges du cercle Excelsior de Bruges, où Mallarmé avait été invité à donner une conférence en1890.

Les quatrains évoquent la ville de Bruges, sombre et vétuste, alors que les tercets évoquent l’aube, d’où des cygnes surgissant des canaux noirs de la cité prennent leur envol en toute liberté, comme la poésie permet de s’abstraire de la médiocrité de la vie au quotidien.

À des heures et sans que tel souffle l’émeuve

Toute la vétusté presque couleur encens

Comme furtive d’elle et visible je sens

Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve

Boulez Pli selon pliCliquez sur l’image

Flotte ou semble par soi n’apporter une preuve

Sinon d’épandre pour baume antique le temps

Nous immémoriaux quelques-uns si contents

Sur la soudaineté de notre amitié neuve

Verdi La Forza del destino Amici in vita e in morteCliquez sur l’image

Ô très chers rencontrés en le jamais banal

Bruges multipliant l’aube au défunt canal

Grisar Le Carillonneur de BrugesCliquez sur le carillonneur de Bruges

Avec la promenade éparse de maint cygne

Saint-Saëns Carbnaval des animaux le cygneCliquez sur l’image

Quand solennellement cette cité m’apprit

Lesquels entre ses fils un autre vol désigne

À prompte irradier ainsi qu’aile l’esprit.

Schubert Scwanengesang StändchenCliquez sur l’image

Citations musicales :

Pli selon pli : BOULEZ Pli selon pli, hommage à Mallarmé. Cette œuvre; commencée en 1957 a connu, comme nombre d’œuvres de Boulez plusieurs remaniements, et ce jusqu’en 1990. Elle est construite sur une mise en musique de cinq poëmes de Mallarmé, dont le fameux « Le Vierge le vivace et le bel aujourd’hui« , description d’un malheureux cygne pris dans les glaces à Paris lors d’un hiver très rigoureux.

notre amitié : VERDI La Force du destin, Duo « Amici in vita e in morte ». Dans cet opéra de Verdi, le héros Alvaro sauve son ennemi (sans le reconnaître) sur le champ de bataille. Ils se jurent une amitié à la vie et à la mort.

Bruges : Il existe un opéra de Albert GRISAR intitulé le Carillonneur de Bruges (1852).

de maint cygne : SAINT-SAËNS, le Carnaval des animaux, « le Cygne ».

À prompte irradier ainsi qu’aile l’esprit : SCHUBERT Schwanengesang (le Chant du cygne), « Ständchen ».

littérature, Mallarmé, Maria Callas, Oulipo, Poésie

LA CHEVELURE VOL D’UNE FLAMME A L’EXTRÊME, de MALLARMÉ

Après Renouveau de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, lisons « La chevelure vol d’une flamme à l’extrême », un poème de 1887 qui est une allégorie de l’idée mallarméenne de la femme, « cette divinité qui n’est que soi ».

La chevelure vol d’une flamme à l’extrême

Debussy Pelléas et Mélisande Mes longs cheveux descendentCliquez sur Mélisande

Occident de désirs pour la tout éployer

Se pose (je dirais mourir un diadème)

Haendel Giulio Cesare Caro Bella Piu amabile beltaCliquez sur l’image

Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue

L’ignition du feu toujours intérieur

Berlioz Béatrix et Bénedict l'amour est un flambeau l'amour est une flamme (Domingo)Cliquez sur l’image

Originellement la seule continue

Dans le joyau de l’œil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame

Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt

Gounod Faust Bijoux CallasCliquez sur Marguerite

Rien qu’à simplifier avec gloire la femme

Accomplit par son chef fulgurante l’exploit

De semer de rubis le doute qu’elle écorche

Ainsi qu’un joyeuse et tutélaire torche

Citations musicales :

La chevelure : DEBUSSY Pelléas et Mélisande air : « Mes longs cheveux descendent » de l’acte III.

un diadème : HAENDEL Giulio CESARE in Egitto duo « Caro ! Bella ! Piu amabile belta ». À la fin de cet opéra, César remet le diadème royal à Cléopâtre et ils se déclarent leur amour.

L’ignition du feu toujours intérieur : BERLIOZ Béatrix et Bénédict, air « l’Amour est un flambeau, l’amour est une flamme ».

ne mouvant astre ni feux : GOUNOD Faust Air des bijoux.

Et pour vous permettre d’apprécier ce poème sans être géné(e) par mes disgressions musicales, le voici dans sa version originale.

Écrivains, littérature, Mallarmé, Poésie

Edgar Allan POE (1809 – 1849)

Edgar Allan POE est un écrivain américain, né à Boston en 1809 et mort à Baltimore en 1849. Romancier, nouvelliste, poète, journaliste, critique littéraire, Poe est un des premiers écrivains américains.

Il commence sa carrière littéraire en 1817 par une livraison de poèmes qu’il ne signe pas. Il entre dans un journal comme critique littéraire et publie en 1838 les Aventures d’Arthur Gordon Pym (qui sera traduit en français par BAUDELAIRE en 1858.)

Les Aventures d’Arthur Gordon Pym a fait l’objet d’une pièce musicale d’Einojuhani RAUTAVAARA, On the last Frontier, en 1997. (Vous, je ne sais pas, mais moi, j’adore la musique de Rautavaara.)

Rautavaara On the last FrontierCliquez sur l’image

Baudelaire traduira également les Histoires extraordinaires (1856) et les nouvelles Histoires extraordinaires (1857), et surtout le fantastique poème The Raven (le Corbeau) dont l’original date de 1845. The Raven a fait l’objet d’une transcription musicale de la part du chef d’orchestre américain Léonard SLATKIN.

Une fois par un minuit lugubre,

comme je m’appesantissais, faible et fatigué,

sur maint curieux et bizarre volume,

de savoir oublié.

Je dodelinais la tête

quand soudain se fit un heurt,

soudain se fit un heurt,

à la porte de ma chambre…

(Je m’arrête là, mais il y aura peut-être un jour un billet sur ce fabuleux Corbeau d’Edgar Poe.)

Un autre traducteur en français de Poe sera MALLARMÉ, qui publiera sa propre traduction du Corbeau en 1875. L’édition de cette traduction se fera avec un frontispice de MANET.

Et je rappelle que Mallarmé a écrit un de ses plus beaux poèmes à la mémoire d’Edgar Allan Poe : « Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change« .

Pour certains, Poe est considéré comme l’inventeur du roman policier. En effet, dans les nouvelles recueillies dans les Histoires extraordinaires se trouve un personnage, le chevalier DUPIN, qui est considéré comme l’ancêtre des détectives qui résolvent les énigmes en faisant fonctionner leurs petites cellules grises. Dupin apparaît dans les trois nouvelles que sont le Double assassinat dans la rue Morgue (1841), le Mystère de Marie ROGET (1843) et la Lettre volée (1844).

Parmi ses Histoires extraordinaires figurent :

Le diable dans le beffroi (1902 – 1912) : opéra inachevé de Claude DEBUSSY.

Debussy le Diable dans le beffroiCliquez sur la pochette de disque

Gérard PESSON en a fait un de ses Trois contes (2019)

Pesson Le Diable dans le beffroiCliquez sur le beffroi

La Chute de la maison USHER, opéra inachevé de DEBUSSY (1908 – 1917)

Debussy la Chute de la maison UsherCliquez sur l’image

L’Américain Philip GLASS a écrit sa propre version de The Fall of the House of Usher en 1978.

Glass The Fall of the House UsherCliquez sur l’image (et obtenez la version Debussy en prime)

En 1912, la harpiste Henriette RENIÉ écrit une ballade pour harpe d’après le Cœur révélateur.

Renié Ballade fantastique pour harpe (Poe)Cliquez sur la harpiste

En 1923, André CAPLET, un disciple de Debussy, écrit Le masque de la mort rouge , un conte musical pour quatuor à cordes et harpe.

Caplet le Masque de la mort rougeCliquez sur le quatuor à cordes et la harpe

RACHMANINOV écrit Les Cloches (1912 – 1913), une symphonie chorale d’après le poème éponyme (traduit en français par Mallarmuche) qui représente les quatre âges de la vie.

Rachmaninov les Cloches (The bells)Cliquez sur l’image

(P.S. comme pour mes récents articles consacrés à un écrivain ou à un compositeur, j’ai fait appel pour le portait de Poe à un jeune artiste qui peut réaliser à la demande vos portraits, ceux des gens que vous aimez, ou de vos animaux familiers, à des prix tout à fait raisonnables. Si vous voulez leur faire une surprise, un cadeau, c’est ici : Adrian Mercure (adrian-mercure.carrd.co ].

Vous pouvez retrouver d’autres musiques inspirées par notre ami Poe sur le site de Claude CAPRIOLO, La Regina Gioiosa.



littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

RENOUVEAU, de MALLARMÉ

Après Apparition de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, lisons « Renouveau », un poème de jeunesse (1866) écrit alors qu’après un hiver fécond (celui où il a commencé à travailler à Hérodiade), Mallarmé s’était trouvé en panne d’inspiration poétique.

Le printemps maladif a chassé tristement

l’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,

Berlioz la Damnation de Faust le vieil hiverCliquez sur l’image

Et dans mon être à qui le sang morne préside

L’impuissance s’étire en un long baillement

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne

Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,

Berlioz la Damnation de Faust Merci, doux crépusculeCliquez sur l’image

Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,

Par les champs où la sève immense se pavane

Fauré Après un rève (Devieilhe)Cliquez sur l’image

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,

Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,

Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

Thomas Hamlet le chant des fossoyeursCliquez sur l’image

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…

Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil

De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Messiaen Saint-François d'Assise le prêche aux oiseauxCliquez sur la volière

Citations musicales :

Le printemps maladif : BERLIOZ La Damnation de Faust, « Le vieil hiver a fait place au printemps ».

Des crépuscules : Berlioz La Damnation de Faust, « Voici qu’au crépuscule ».

J’erre après un rêve : FAURÉ « Après un rêve » (mélodie).

Creusant de ma face un fosse : Thomas, Hamlet, « chant des fossoyeurs »

Oiseaux en fleur gazouillant au soleil : MESSIAEN Saint-François d’Assise « le prêche aux oiseaux ».

Cinéma, littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

APPARITION, de Stéphane MALLARMÉ

Après Victorieusement fui le suicide beau de MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, ce sera Apparition, un poème de jeunesse :

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs

Tchaïkovski Hymn of the CherubimCliquez sur les Chérubins (désolé, je n’ai pas trouvé de séraphins)

Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots
glissant sur l’azur des corolles.

Marais (Sainte-Colombe) les Pleurs SavallCliquez sur les Pleurs de la viole de M. de Sainte-Colombe


— C’était le jour béni de ton premier baiser.

Gounod Roméo et Juliette Ange adorableCliquez sur Juliette et Roméo qui vont échanger leur premier baiser

Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse


La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue

Donizetti l'Élixir d'amour quanto e bellaCliquez sur Nemorino découvrant sa belle au soleil de midi


Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Massenet Cendrillon (MET 2018)Cliquez sur la Fée

Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

Citations musicales :

Des séraphins en pleurs : Hymne des Chérubins de TCHAÏKOVSKI.

… de mourantes violes De blancs sanglots… : Marin MARAIS les Pleurs, tirés du film Tous les matins du monde d’Alain CORNEAU.

Le jour béni de ton premier baiser : Duo « Ange adorable » extrait du Roméo et Juliette de GOUNOD.

Du soleil aux cheveux : Au début de l’Élixir d’amour de DONIZETTI, le héros chante son amour pour sa belle sous la chaleur du soleil de midi en été.

La fée au chapeau de clarté : La fée, la marraine de Cendrillon, dans l’opéra du même nom de MASSENET.

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

VICTORIEUSEMENT FUI LE SUICIDE BEAU, de MALLARMÉ.

Je suis passé la semaine dernière au centre de Lille, sur la Grand-place, et vraiment je ne comprends pas ! J’ai l’impression qu’il y a des bulles où la COVID ne sévit pas. Où les jeunes peuvent s’entasser sur les terrasses des cafés, sans aucune distanciation et, pour la majorité d’entre eux, sans masque. Alors amis jeunes, si vous voulez mourir, faites-le, mais dans votre coin et sans mettre en danger la vie d’autrui, et pensez un peu au personnel soignant, qui lui se met en danger en permanence pour sauver des gens comme vous.

Après Le Tombeau de Charles BAUDELAIRE, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Ce poème, qui figure dans l’édition de ses poésies entre le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, et Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, date de 1885. Le suicide dont il est question n’est pas celui d’une jeunesse inconséquente, mais celui du soleil qui se plonge dans la mer au moment du couchant.

Aujourd’hui, je vous propose donc Victorieusement fui le suicide beau.

Victorieusement fui le suicide beau

Puccini Turandot Tu che di gel sei cinta (Domnique Gless)Cliquez sur Liu 


Tison de gloire, sang par écume, or, tempête !
Ô rire si là-bas une pourpre s’apprête
À ne tendre royal que mon absent tombeau.

Quoi ! de tout cet éclat pas même le lambeau
S’attarde, il est minuit, à l’ombre qui nous fête
Excepté qu’un trésor présomptueux de tête
Verse son caressé nonchaloir sans flambeau,

Berlioz Béatrice et Bénédict l'amour est un flambeauCliquez sur l’image

La tienne si toujours le délice ! la tienne
Oui seule qui du ciel évanoui retienne
Un peu de puéril triomphe en t’en coiffant

Moussorgski Boris Godounov couronnement (Bryn Terfel)

Avec clarté quand sur les coussins tu la poses
Comme un casque guerrier d’impératrice enfant
Dont pour te figurer il tomberait des roses.

voici des rosesCliquez sur l’image

Citations:

Le suicide beau : dans Turandot de PUCCINI, la jeune esclave Liu se suicide pour favoriser l’amour de son maître Calaf et de la princesse Turandot.

Sans flambeau : BERLIOZ Béatrice et Bénédict « l’Amour est un flambeau, l’amour est une flamme ».

puéril triomphe en t’en coiffant : MOUSSORGSKI Boris Godounov, et sa scène du couronnement de Boris.

il tomberait des roses : Berlioz, la Damnation de Faust, « Voici des roses ».

Découvrez « Apparition« , un poème de jeunesse de Mallarmé.