littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

VICTORIEUSEMENT FUI LE SUICIDE BEAU, de MALLARMÉ.

Je suis passé la semaine dernière au centre de Lille, sur la Grand-place, et vraiment je ne comprends pas ! J’ai l’impression qu’il y a des bulles où la COVID ne sévit pas. Où les jeunes peuvent s’entasser sur les terrasses des cafés, sans aucune distanciation et, pour la majorité d’entre eux, sans masque. Alors amis jeunes, si vous voulez mourir, faites-le, mais dans votre coin et sans mettre en danger la vie d’autrui, et pensez un peu au personnel soignant, qui lui se met en danger en permanence pour sauver des gens comme vous.

Après Le Tombeau de Charles BAUDELAIRE, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Ce poème, qui figure dans l’édition de ses poésies entre le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, et Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, date de 1885. Le suicide dont il est question n’est pas celui d’une jeunesse inconséquente, mais celui du soleil qui se plonge dans la mer au moment du couchant.

Aujourd’hui, je vous propose donc Victorieusement fui le suicide beau.

Victorieusement fui le suicide beau

Puccini Turandot Tu che di gel sei cinta (Domnique Gless)Cliquez sur Liu 


Tison de gloire, sang par écume, or, tempête !
Ô rire si là-bas une pourpre s’apprête
À ne tendre royal que mon absent tombeau.

Quoi ! de tout cet éclat pas même le lambeau
S’attarde, il est minuit, à l’ombre qui nous fête
Excepté qu’un trésor présomptueux de tête
Verse son caressé nonchaloir sans flambeau,

Berlioz Béatrice et Bénédict l'amour est un flambeauCliquez sur l’image

La tienne si toujours le délice ! la tienne
Oui seule qui du ciel évanoui retienne
Un peu de puéril triomphe en t’en coiffant

Moussorgski Boris Godounov couronnement (Bryn Terfel)

Avec clarté quand sur les coussins tu la poses
Comme un casque guerrier d’impératrice enfant
Dont pour te figurer il tomberait des roses.

voici des rosesCliquez sur l’image

Citations:

Le suicide beau : dans Turandot de PUCCINI, la jeune esclave Liu se suicide pour favoriser l’amour de son maître Calaf et de la princesse Turandot.

Sans flambeau : BERLIOZ Béatrice et Bénédict « l’Amour est un flambeau, l’amour est une flamme ».

puéril triomphe en t’en coiffant : MOUSSORGSKI Boris Godounov, et sa scène du couronnement de Boris.

il tomberait des roses : Berlioz, la Damnation de Faust, « Voici des roses ».

Cinématographe, Contes et légendes, littérature, Mallarmé, Mythologie, Poésie

LES MILLE ET UNE NUITS (L’ORIENT À L’OPÉRA [2])

J’avais il n’y a guère consacré un billet à l’orientalisme à l’opéra, en vous promettant un zoume sur les Mille et une nuits, ce recueil de contes d’origines persane, arabe voire indienne.

Les mille et une nuit est donc un recueil de contes dont la plus ancienne trace écrite (un feuillet) date de 879. L’orientaliste français Antoine GALLAND a traduit ces contes au début des années 1700, et c’est à partir de cette version française qu’ils se sont ensuite répandus à travers toute l’Europe.

Début 1893, un jeune homme arrive chez Stéphane MALLARMÉ qui, ayant lu dix ans auparavant les 1 001 nuits dans une version anglaise, cherchait quelqu’un pour la retraduire en français. Ce jeune homme, c’est Joseph-Charles MARDRUS, qui deviendra ainsi le deuxième traducteur important des 1 001 nuits. (Et pour ceux et celles qui aiment la poésie, c’est suite à son mariage avec lui que la poétesse Lucie DELARUE s’est appelée Lucie DELARUE-MARDRUS.)

Dès 1783, PICCINI met en musique Calife pour un jour, sur un livret de MARMONTEL.

En 1800, c’est BOÏELDIEU qui écrit son Calife de Bagdad, sur un livret de SAINT-JUST.

Boïeldieu le Calife de Bagdad OuvertureCliquez sur l’orchestre

Ce même livret sera repris en 1813 par ROSSINI et par Manuel GARCIA (le grand-père de Pauline GARCIA-VIARDOT !).

En 1833, c’est Ali-Baba que CHERUBINI choisit de porter à l’opéra.

Shéhérazade est l’héroïne principale des 1 001 Nuits. Le roi de Perse ayant été trompé par sa femme, il a décidé de se venger en épousant chaque jour une vierge et en la faisant exécuter au matin. Shéhérazade trouve un moyen de faire cesser le massacre en racontant chaque nuit une histoire au roi, et en s’arrêtant au matin à un moment où elle ne peut pas interrompre son histoire. Curieux de connaître la suite, le roi lui accorde chaque jour une journée supplémentaire.

Shéhérazade a inspiré de nombreux compositeurs comme SCHUMANN (dans son Album für die Jugend, Album pour la jeunesse),

Schumann SheherazadeCliquez sur la partition

ou RIMSKI-KORSAKOV (1888). C’est par le ballet éponyme de l’ami Rimski que les Ballets russes se sont fait connaître à Paris.

Rimski-Korsakov ShererazadeCliquez sur le violon solo

Le Shéhérazade de RAVEL (1904) est un cycle de mélodies sur des poèmes de Tristan KLINGSOR.

Ravel Shérérazade AsieCliquez sur la soprano

En 1914, Henry RABAUD écrit sa seule œuvre à être restée au répertoire, Mârouf, Savetier du Caire.

Rabaud Mârouf Savetier du CaireCliquez sur l’image

Un autre conte célèbre, celui « d’Aladin et la lampe merveilleuse », a fait l’objet de nombreuses mises en musique. On peut citer celles du Danois Carl NIELSEN en (1918 – 1919) ou celle de Nino ROTA, connu pour avoir écrit la musique de la plupart des films de FELLINI, et qui a écrit le conte lyrique Aladin et la lampe merveilleuse.

Rota Aladino e la lampada magicaCliquez sur l’image

(Source principale : Margaret SIRONVAL, album de la Pléiade Mille et une nuits, éditions Gallimard, 2005)

En 1979, l’azerbaïdjanais Fikret AMIROV écrit un ballet, Mille et une nuits, dans lequel on retrouve Sinbad, Aladin ou Ali-Baba et les quarante voleurs.

Amirov mille et une nuitsCliquez sur le ballet

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

LE TOMBEAU DE CHARLES BAUDELAIRE, de MALLARMÉ

Après Hommage, écrit à la mémoire de Richard WAGNER, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Le tombeau de Charles BAUDELAIRE, écrit en hommage à son ainé, mort en 1867. Comme Baudelaire, MALLARMÉ faisait partie des premiers admirateurs de Wagner en France, et ils avaient en commun une grande admiration pour Edgar Allan POE. Il peut être intéressant de comparer leurs traductions respectives de son poème le Corbeau (the Raven) (« Une fois, par un minuit lugubre… »)

(Rappel, j’ai déjà traité le poème le tombeau d’Edgar POE sur ce blog.)

 

Le temple enseveli divulgue par la bouche

Debussy La Cathédrale engloutieCliquez sur le temple enseveli

Sépulcrale d’égout bavant boue et rubis

Abominablement quelque idole Anubis

Tout le museau flambé comme un aboi farouche

Verdi Aïda Possente Fthà (Anubis)Cliquez sur Anubis

 

Ou que le gaz récent torde la mèche louche

Essuyeuse on le sait des opprobres subis

Il allume hagard un immortel pubis

Dont le vol selon le réverbère découche

Berg Lulu FinalCliquez sur Lulu

 

Quel feuillage séché dans les cités sans soir

Votif pourra bénir comme elle se rasseoir

Contre le marbre vainement de Baudelaire

Gounod Roméo et Juliette Salut ! Tombeau sombre et silencieuxCliquez sur Roméo devant le tombeau de Juliette

 

Au voile qui la ceint absente avec frissons

Celle de son Ombre même un poison tutélaire

Toujours à respirer si nous en périssons

monteverdi couronnement de Poppée SénèqueCliquez sur Sénèque

 

Citations :

Le temple enseveli : par ce temple enseveli, j’entends la Cathédrale engloutie de DEBUSSY, autre ami de Mallarmé, qui a mis en musique notamment son Prélude à l’après-midi d’un faune.

l’idole ANUBIS me propulse par la pensée en Égypte, par exemple pour écouter Aïda de VERDI. Si on y célèbre le dieu Ptah, c’est en définitive le dieu de la mort Anubis qui triomphe, puisque Aïda et son amant Radamès meurent emmurés dans une caverne.

un immortel pubis : si on considère que ce second quatrain évoque la prostitution, un des thèmes récurrents apparaissant dans l’œuvre de Baudelaire, cet immortel pubis pourrait être celui de Lulu (prononcer Loulou), l’héroïne vénéneuse de l’opéra de BERG.

le marbre : les deux tercets du sonnet se rapportent au tombeau de BAUDELAIRE, et le marbre est donc celui de son monument funéraire. Je vous propose donc ici de vous recueillir, comme le faisait Roméo, sur le tombeau de Juliette qu’il croyait morte, dans le Roméo et Juliette de GOUNOD.

un poison tutélaire : Dans le Couronnement de Poppée (l’Incoronazione di Poppea) de MONTEVERDI, le philosophe Sénèque est condamné à mort par Néron. Il fait ses adieux à ses amis avant de boire le poison, pendant que ses amis le pleurent.

 

Compositeurs, littérature, Mallarmé

Maurice RAVEL (1875 – 1937)

Maurice RAVEL est né à Ciboure, dans les Pyrénées, en 1875 (quatre jours après la création de Carmen.)

Sa famille s’installe à Paris alors qu’il est âgé de 3 mois. Il entre au Conservatoire à l’âge de 14 ans. Un peu plus tard, il a FAURÉ comme professeur de composition, avec qui il se lie d’amitié. Fauré le défendra face au scandale causé par les échecs répétés de Ravel au grand Prix de Rome.

Pianiste, et orchestrateur raffiné, on le range à côté de DEBUSSY parmi les musiciens « impressionnistes », et ce dès 1901 avec ses Jeux d’eau, pour piano.

Ravel Jeux d'eau

Sa production de mélodies s’étale sur toute sa carrière, avec Shéhérazade (1903), sur des poèmes de Tristan KLINGSOR écrits d’après les Mille et une nuits, les Histoires naturelles (1906), d’après Jules RENARD, les trois Poëmes de Stéphane Mallarmé (1913), les deux mélodies hébraïques (1914), les 3 chansons madécasses (malgaches) (1925 – 1926) et Don Quichotte à Dulcinée (1932 – 1933) sur des textes de Paul MORAND.

Ravel Schéhérazade Asie

Parmi ses œuvres pour piano figurent des pièces comme Gaspard de la nuit (1908) ou le Tombeau de Couperin (1917).

Ravel Gaspard de la nuit Scarbo

Pour le ballet, il compose Daphnis et Chloé (1909) pour les ballets russes de DIAGHILEV. Suivront La Valse (1919) et le fameux Boléro (1928).

Ravel la Valse Bernstein

Dans sa production lyrique figurent L’heure espagnole (1907), sur un texte de Franc NOHAIN, et surtout la mise en musique d’un conte pour enfants écrit par COLETTE : L’enfant et les sortilèges (1919 – 1925).

Dans ses pièces pour orchestre, il faut noter une impressionnante orchestration des Tableaux d’une exposition de MOUSSORGSKI, qui est aujourd’hui plus connue que la version originale pour piano, ainsi que deux concertos pour piano, dont un pour la main gauche commandé par le pianiste Paul WITTGENSTEIN (le frère du philosophe auteur du Tractatus logico-philsophicus,) qui avait perdu un bras pendant la guerre de 14 – 18.

Ravel Concerto pour la main gauche

En 1928, il entreprend une tournée triomphale aux États-Unis, où il a l’occasion de fréquenter les clubs de jazz et de rencontrer GERSHWIN. Ravel avait d’ailleurs bien perçu l’apport du jazz dans le développement de la musique classique et on en trouve dans L’enfant et les Sortilèges comme dans ses concertos pour piano, ou dans sa sonate pour violon.

En 1934, il est atteint d’une tumeur au cerveau qui le contraint au silence musical (lui naguère si maniaque sur l’exécution de ses œuvres ne reconnaissait même plus ses propres partitions quand il les entendait). Il meurt en 1937.

(Si Ravel est un des compositeurs abondamment analysés par Wladimir JANKÉLÉVITCH, les dix dernières années de sa vie ont fait l’objet d’un roman de Jean ECHENOZ.)

Fantaisie, Histoire de l'opéra, littérature, Mallarmé, Oulipo

L’OPÉRA DE SAINT-GLINGLIN S’INVITE CHEZ VOUS

Saint-Glinglin est le titre d’un roman (1948) de Raymond QUENEAU, et est la refonte de deux romans précédents : Gueule de pierre (1934) et les Temps mêlés (1941). Son Opéra, de renommée mondiale, s’est donné pour mission de monter les œuvres tirées de Queneau et de ses amis, oulipiens ou autres.

Son riche catalogue de pestacles est disponible sans limites dans le temps sur son site Error404Pagenotfound :

https://Error404Pagenotfound

Au programme vous pouvez trouver :

Le ballet La croqueuse de diamants de Queneau et DAMASE (avec une chorégraphie de Roland PETIT)

Damase la rue Montorgueil (la croqueuse de diamants)Cliquez sur l’image

Les exercices de style chantés par les Frères Jacques.

Exercices de style Botanique

Le Dimanche de la vie : Ce roman de Queneau a vu un projet d’opéra coécrit par Queneau et son ami Boris VIAN. Cette œuvre n’ayant malheureusement pas vu le jour, l’Opéra de Saint-Glinglin a décidé de mettre le film qui a été tiré du roman à disposition sur son site.

Queneau le dimanche de la vie (film)Cliquez sur l’image

L’opéra qui a été écrit pas Edison DENISOV à partir de l’Écume des jours de Boris Vian est également disponible.

Denisov l'écume des joursCliquez sur l’image

De Jaques Prévert, on trouve L’Opéra de la lune et l’Opéra des girafes.

Mayoud Prévert l'Opéra de la luneCliquez sur la lune et la girafe

On trouve également les ébauches de Pierre BOULEZ pour les Cent mille milliards de poèmes. Boulez est malheureusement décédé avant d’avoir pu terminer la mise en musique de l’intégralité de ces 100 000 000 000 000 de poèmes.

William CHRISTIE a été tout excité quand il a appris qu’on avait trouvé dans les archives du musée national d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye les manuscrits de DEBUSSY pour une adaptation en musique du poème « Le Corbeau » (« the Raven ») d’Edgar Allan POE, traduit par MALLARMÉ. Les écrits de Mallarmuche étant une sorte « d’étalon » pour tester les contraintes littéraires de l’OuLiPo, il était naturel que ce soit à l’Opéra de Saint-Glinglin qu’il en assurât la création mondiale.

De Georges PEREC , on trouve La Disparition, seul opéra écrit sans qu’apparaisse la note MI (en notation anglaise ou allemande, la note MI est représentée par la lettre E.) Queneau étant né au Havre, il a semblé opportun de demander aux célèbres duettistes HAVRE et CAUMARTIN le livret de cette adaptation.

De Perec également, c’est évidemment à l’Opéra de Saint-Glinglin qu’il a prononcé sa fameuse conférence sur l’influence tomatotopique du lancer de tomates sur les sopranos, et on peut naturellement y découvrir l’enregistrement de Cantatrix Sopranica L., sa célèbre étude.

Cantatrix Sopranica L

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« HOMMAGE », de STÉPHANE MALLARMÉ

Après Sainte, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Hommage, écrit en hommage à Richard WAGNER, dont Mallarmé était un des admirateurs français.

Le silence déjà funèbre d’une moire

Liszt la gondole funèbreCliquez sur la gondole funèbre

Dispose plus qu’un pli seul sur le mobilier
Que doit un tassement du principal pilier
Précipiter avec le manque de mémoire.

 

Notre si vieil ébat triomphal du grimoire,

Berlioz Damnation de Faust le vieil hiverCliquez sur l’image

Hiéroglyphes dont s’exalte le millier

Glass Akhnaten HymnCliquez sur l’image

À propager de l’aile un frisson familier !
Enfouissez-le-moi plutôt dans une armoire.

 

Du souriant fracas originel haï

Haydn Die Schöpfung

Entre elles de clartés maîtresses a jailli
Jusque vers un parvis né pour leur simulacre,

 

Trompettes tout haut d’or pâmé sur les vélins

Wagner fanfare bayreuthCliquez sur les trompettes

Le dieu Richard Wagner irradiant un sacre
Mal tu par l’encre même en sanglots sibyllins.

 

Citations :

Le silence déjà funèbre : le beau-père et ami de Wagner, Franz LISZT, a écrit cette Gondole funèbre (ou lugubre gondole), à la mémoire son ami et gendre.

ébat triomphal du grimoire : Quand je pense à ce grimoire, je pense au vieux docteur Faust qui a passé sa vie le nez dans les grimoires, et que le printemps finit pas réveiller à la vie dans la Damnation de Faust de BERLIOZ.

Hiéroglyphes : Pour évoquer ces hiéroglyphes, je vous ai choisi l’hymne de Akhnaten (Akhénaton) de Philip GLASS. (En fait, par hiéroglyphes [les glyphes sacrés], Mallarmuche entendait les notes de musique déposées sur la partition)

Fracas originel : Début de la Création, de HAYDN. Après un prélude orchestral figurant le chaos, les voix s’extirpant des ténèbres originelles figurent la lumière (à 7 min 28 s).

Trompettes tout haut d’or : Au festival de Bayreuth, l’appel du public ne se fait pas avec une bête sonnerie, les cuivres d’orchestre se mettent au balcon et appellent le public en jouant un leitmotiv. La grande classe ! (Vous pouvez jouer à trouver les opéras représentés en fonction des thèmes joués.)

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« SAINTE », de MALLARMÉ

Après Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Sainte, qui correspond à une description d’un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

À la fenêtre recélant

Rossini Barbier ecco ridente in cieloCliquez sur l’image

Le santal vieux qui se dédore
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore,

Est la Sainte pâle, étalant

Gounod messe de Sainte Cécile SanctusCliquez sur l’image

Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant

Jadis selon vêpre et complie :

 

Monteverdi Vêpres MagnificatCliquez sur l’image

À ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange

Messiaen Saint François d'Assise l'ange musicienCliquez sur l’image

Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

 

Cage 4 min 33 sCliquez sur le pianiste

Citations :

À la fenêtre : Dans le Barbier de Séville de ROSSINI, le comte Almaviva chante une sérénade à la fenêtre de Rosine (ecco ridente in cielo.)

la Sainte : Puisqu’il s’agit de Sainte Cécile, je vous propose un extrait de la messe de Sainte Cécile de GOUNOD.

Magnificat et Vêpre : j’ai choisi ici le Magnificat extrait des Vêpres pour la bienheureuse Vierge Marie, de MONTEVERDI.

viole et l’Ange : dans Saint-François d’Assise, MESSIAEN met en musique un ange musicien qui s’apprête à jouer de la viole.

Musicienne du silence : John CAGE, 4 min 33 s, un vrai morceau de musique qui dure 4 minutes et 33 secondes, entièrement silencieux, sur des paroles de HAVRE et CAUMARTIN.

Découvrez « Hommage », écrit en hommage à Richard WAGNER, que Mallarmé admirait.

 

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SES PURS ONGLES TRÈS HAUT DÉDIANT LEUR ONYX

Après Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images de ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Pour ce billet, rêvons ensemble avec le sonnet en « ix ».

 

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Auber Gustave III minuitCliquez sur la pochette du disque

Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore.

 

Sur les crédences, au salon vide, nul ptyx

Aboli bibelot d’inanité sonore,

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx,

avec ce seul objet dont le néant s’honore.)

Lully Alceste il faut passer tôt ou tardCliquez sur l’image

 

Mais proche la croisée au nord vacante un or

Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe.

Wagner Crépuscule finalCliquez sur l’image

 

Elle défunte nue en le miroir encor

Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

Des scintillations sitôt le septuor.

Beethoven Septuor op. 20Cliquez sur le septuor

 

Citations :

Ce minuit : Dans Gustave III, roi de Suède, d’AUBER, une scène se passe à minuit au pied d’un gibet où il faut cueillir une herbe magique capable d’arrêter les amours fatales.

Des pleurs au Styx : Extrait d’Alceste, de LULLY, « Il faut passer tôt ou tard, il faut passer dedans ma barque », Air de Carron (ou Charron) qui fait passer le fleuve Styx aux morts pour les conduire aux Enfers.

Du feu contre une nixe : À la fin du Crépuscule des dieux de WAGNER, Brünnhilde dresse un bûcher funéraire pour le corps de Siegfried, ce qui fait monter l’eau du Rhin et les filles du Rhin (des nixes donc) peuvent récupérer leur or.

Sitôt le septuor : J’ai choisi pour illustrer ce septuor mallarméen le Septuor opus 20 de BEETHOVEN.

 

Contes et légendes, littérature, Mallarmé, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (1)

Les Métamorphoses est le titre d’un long poème, découpé en quinze livres, écrit au premier siècle de notre ère par le poète latin OVIDE. Il s’agit d’un recueil des contes et légendes de cette époque, reprenant les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Aux temps premiers de l’Opéra, les sujets étaient majoritairement pris dans ces légendes, et il est tout à fait normal de retrouver dans les livrets des sujets issus des Métamorphoses.

Le livre I est consacré à l’origine du monde est aux premiers âges de l’humanité. On y trouve une évocation du déluge où Jupiter, voulant punir la race humaine, décide de noyer la terre sous les flots. (Je vous rassure, il trouvera deux humains qui, par leur piété envers les dieux, seront jugés dignes d’être sauvés.)

Plus loin, Ovide nous raconte l’histoire d’Apollon et de Daphné. Apollon s’est moqué de Cupidon qui, pour le punir, lui envoie une flèche qui le fait tomber amoureux de la nymphe Daphné. Daphné résiste à ses avances avant qu’elle ne soit transformée en laurier par son père.

De nombreux opéras nous content cette légende, dont le proto-opéra Daphné (1598) de Jacopo PERI, celui malheureusement perdu de Heinrich SCHÜTZ (1627) et plus près de nous celui de Richard STRAUSS en 1938.

Strauss Daphné scène finaleCliquez vite sur Daphné avant qu’elle ne soit transformée en laurier

Vers la fin du livre I, Ovide nous raconte la légende de Pan et la naïade Syrinx qui, pour se sauver des avances de Pan, se transforme en roseau. Dès lors Pan, coupant une brassée de roseaux, inventa la Flûte de Pan.

Syrinx (1913) est le titre d’une œuvre pour flûte seule de DEBUSSY, qui avait déjà mis en musique le Prélude à l’après-midi d’un faune de MALLARMÉ. (« Ces nymphes, je les veux perpétuer… »)

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

La fin du livre I et le début du livre II nous racontent les malheurs de Phoebus, fils du soleil, qui obtient de son père de conduire le char solaire. Phaéton en perd le contrôle et son père est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la Terre. Phaéton (1683) est le titre d’un opéra de LULLY.

Lully Phaéton ouvertureCliquez sur Phaéton conduisant le char de son père

C’est aussi le titre d’un poème symphonique écrit presque deux siècles plus tard, en 1873 par SAINT-SAËNS.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur l’image

Le livre II se poursuit avec le mythe de la nymphe Callisto, une suivante de Diane. Jupiter en tombe amoureux en la voyant et la viole. Callisto est alors chassée par Diane quand celle-ci s’aperçoit qu’elle n’est plus vierge. La malheureuse nymphe finira par être transformée en ourse par Junon, la jalouse femme de Jupiter.

La Calisto est un opéra de CAVALLI créé à Venise en 1651.

Cavalli CalistoCliquez sur Callisto

Je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui, mais ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des métamorphoses musicales des Métamorphoses d’Ovide.

 

 

 

Écrivains, littérature, Mallarmé, Poésie

Charles BAUDELAIRE (1821 – 1867)

Charles BAUDELAIRE (1821 – 1867) est un poète héritier du romantisme, dont il transformera la désespérance en spleen (cf. Le Spleen de Paris). Après avoir dilapidé l’héritage de son père, il est obligé d’écrire dans les journaux (les gazettes) pour vivre. Il traduit notamment Edgar Allan POE. Son grand œuvre poétique est Les Fleurs du mal (1857) ainsi que les petits poèmes en prose. Il ouvre la voie à la poésie d’un MALLARMÉ (lui aussi traducteur de Poe) ou d’un VALERY.

Comme son exact contemporain FLAUBERT pour madame BOVARY, les Fleurs du mal ont valu à Baudelaire un procès pour immoralité. Aujourd’hui, il n’est plus question pour lui d’immoralité, mais d’immortalité.

Bien dans son époque, le milieu du XIXe siècle, la « famille intellectuelle » de Baudelaire se compose de DELACROIX, GAUTIER, POE, ou encore WAGNER. Baudelaire faisait ainsi partie du club des haschischins (consommateurs de haschich) où l’on trouvait également DUMAS, BALZAC, Flaubert, de NERVAL, GAUTIER ou Delacroix.

Le poème Le Thyrse est dédié à Franz LISZT, qui lui avait ouvert les portes des salons parisiens.

Baudelaire, qui n’appréciait en musique que WEBER et BEETHOVEN se prend de passion pour la musique de Wagner en tant que « musique de l’avenir ». Il prendra la défense de celui-ci après l’échec cuisant des représentations parisiennes de Tannhäuser en 1859.

Wagner Tannhauser ouverture KarajanCliquez sur l’image

Parmi les adaptations musicales de Baudelaire, citons le poème l’Invitation au voyage (« mon enfant, ma sœur, songe à la douceur… ») sous les paroles duquel CHABRIER (1841 – 1894), DUPARC (1848 – 1933) ou encore CHARPENTIER (1860 – 1956) ont déposé leur musique. (Je ferai peut-être un jour un billet sur ce poème, qu’en pensez-vous ?)

Duparc Baudelaire Invitation au voyageCliquez sur l’image

Gabriel FAURÉ (1845 – 1924), autre maître de la mélodie française, compose un très beau Chant d’automne.

Fauré Baudelaire Chant d'automneCliquez sur l’automne

Ernest CHAUSSON (1855 – 1899) écrira L’Albatros (« Souvent pour s’amuser les hommes d’équipage… »)

Chausson Baudelaire l'AlbatrosCliquez sur l’image

On retrouve la filiation Baudelaire ==> Mallarmé avec la filiation DEBUSSY ==> CAPLET. Debussy d’abord avec les Cinq poèmes de Baudelaire ou son prélude Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir d’après le poème Harmonie du soir et André CAPLET (1879 – 1925) avec La Cloche fêlée.

Debussy Les sons et les parfums PolliniCliquez sur la pochette du disque

Un peu plus loin dans le XXe siècle, l’Autrichien Alban BERG (1885 – 1935) mettra en musique Le Vin des amants.

Berg der WeinCliquez sur l’image

Quant à DUTILLEUX (1916 – 2013), il a composé les cinq mouvements de son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970) sur des poèmes de Baudelaire.

Dutilleux Tout un monde lointainCliquez sur le violoncelliste