Divers, Maria Callas

LES FANTÔMES À L’OPÉRA (1ère série)

Je vous parlais il n’y a guère de Hamlet, d’Ambroise THOMAS, pièce où le fantôme du père d’Hamlet intervient auprès de son fils pour réclamer vengeance. Il m’est apparu intéressant d’aller chercher quelques autres apparitions de fantômes à l’opéra.

Un des premiers spectres à apparaître est celui du Commandeur dans le Don Giovanni de MOZART en 1788. Le Commandeur, qui s’est fait tuer au début de l’opéra par Don Giovanni revient à la fin le chercher pour le conduire en enfer.

Don Giovanni finalCliquez sur le fantôme du Commandeur

Une trentaine d’années plus tard, on est passé de l’opéra classique à l’opéra romantique, et WEBER fait intervenir des fantômes dans son célèbre Freischütz (1821). Notamment, dans la fantastique scène de la gorge aux loups où, à minuit, le diable négocie l’âme de Max en échange de balles magiques, apparaissent de fort effrayants fantômes.

Weber Freischütz scène de la gorge aux loups (début)Cliquez sur les fort effrayants fantômes

Encore quatre ans plus tard, en 1825, c’est BOÏELDIEU qui fait intervenir une étrange apparition dans sa très gothique Dame blanche. En effet, dans ce château en Écosse, le fantôme d’une dame blanche veille sur le domaine s’arrange pour que les affaires de la famille aillent bien.

Boïeldieu la Dame blanche D'ici voyez ce beau domaineCliquez sur la Dame blanche

Suivra un beau trio de fantômes dans les opéras belcantistes de DONIZETTI et BELLINI, avec la Somnambule (1831), Marie Stuart (1834) et Lucia di Lammermoor (1835).

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dolce Suono callas

Détour en Italie avec Macbeth (1847) de VERDI. À la fin de l’acte II, Macbeth est hanté par le spectre du roi Duncan, qu’il a contribué à assassiner.

Verdi Macbeth Final acte IICliquez sur Macbeth qui devient fou en voyant le spectre de Duncan lui apparaître

En 1868 et en France, dans Hamlet d’Ambroise THOMAS, il y a évidemment le spectre du père du héros qui vient réclamer vengeance.

Thomas Hamlet Spectre infernalCliquez sur l’image

Pour la Russie, dans Boris Godounov (1869) de MOUSSORGSKI, le tsar Boris est hanté par le fantôme du tsarévitch Dimitri qu’il a fait assassiner pour prendre sa place.

Boris mort de BorisCliquez sur la mort de Boris

Heureusement pour nous, les apparitions de fantômes n’ont pas cessé avec le XXe siècle.

En 1954 avec The Turn of the screw de BRITTEN.

Britten The Turn of the screw Duo Quint - JesselCliquez sur la gouvernante et le fantôme de Quint

Ou plus près de nous encore avec The Ghost of Versailles (1991) de CORIGLIANO.

Corigliano The ghosts of Versailles (MET)Cliquez sur l’image

J’aurais pu aussi vous parler de la légende du Fantôme de l’opéra, mais je l’ai déjà traitée sur ce blog.

À bientôt pour une deuxième série de fantômes à l’opéra.

Divers

LES VÊPRES DE LA BIENHEUREUSE VIERGE, de MONTEVERDI (1610)

Le 15 août est pour les chrétiens le jour de la célébration de l’Assomption, c’est-à-dire la montée au ciel de la vierge Marie.

Les Vêpres de la bienheureuse Vierge, Vespro della Beata Vergine en italien, datent de 1610. C’est la première des musiques sacrées écrites par MONTEVERDI, et l’une de ses partitions les plus connues. Elle mêle des styles musicaux encore hérités du XVIe siècle et d’autres appartenant déjà au XVIIe. Elle est constituée de 13 parties.

  1. Les Vêpres commencent sur une ouverture majestueuse, déjà présente dans l’Orfeo.

Monteverdi Vêpres InvitatoriumCliquez sur l’Invitatorium

2. Dixit Dominus.

3. Nigra sum.

4. Laudate pueri dominum à 8 voix.

Monteverdi Vêpres Laudate PueriCliquez sur le Laudate pueri

5. Pulchra es.

6. Laetatus sum.

7. Duo seraphim.

Monteverdi Vêpres Duo seraphimCliquez sur le duo Seraphim

8. Nisi dominus à 10 voix.

Monteverdi Vêpres Nisi DominusCliquez sur le Nisi Dominus

9. Audi coelum.

10. Lauda Jerusalem.

11. Sonata sopra Sancta Maria. (On peut penser que BERLIOZ s’en est souvenu quand il a écrit, dans la Chevauchée fantastique de la fin de la Damnation de Faust, les femmes priant Marie au pied d’une croix (Sancta Maria ora pro nobis) alors que Méphisto emporte Faust vers l’enfer, avec les traits de violon figurant la chevauchée infernale !)

Monteverdi Vêpres Duo Sonata sopra Sancta MariaCliquez sur la sonata sopra Sancta Maria

12. Ave Maris Stella.

Monteverdi Vêpres Ave Maris stellaCliquez sur l’Ave Maris Stella

13. deux Magnificats, un dans le style ancien, un dans le style nouveau.

Monteverdi Vêpres Magnificat Deposuit potentesCliquez sur le deposuit potentes

Et si vous voulez encore un peu plus de ces Vêpres, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez encore un peu plus de ces Vêpres

Divers

LE RIRE (SCÈNES DE LIESSE À L’OPÉRA)

Pour rompre un peu avec la série sur les larmes à l’opéra commencée il y a peu, je vous propose un intermède plus réjouissant avec le(s) rire(s) mis en musique.

En 1689, PURCELL mettait en scène dans Didon et Enée des sorcières au rire tout à fait diabolique dans l’air « But ere we this perform ».

Purcell didon et Enée But ere we this performCliquez sur les sorcières au rire tout à fait diabolique

Passons au XIXe siècle avec le Freischütz (1821) de WEBER. Au début du 2e acte, Ännchen ne pense qu’à rire alors qu’Agathe s’inquiète pour son Max bien adoré.

Weber Der Freischütz Duo Agathe Ännchen du 2nd acte Schelm, Halt FestCliquez sur Agathe et Ännchen

Dans L’Élixir d’amour (1832) de DONIZETTI, les villageois font la fête à l’idée du mariage qui se prépare.

Donizetti l'Elisir d'amore Come Paride vezzosoCliquez sur la liesse villageoise

En 1846, au début de la Damnation de Faust de BERLIOZ, on entend la joyeuse ronde des paysans chantant et riant.

Berlioz La Damnation de Faust Ronde des paysansCliquez sur la joyeuse ronde des paysans chantant et riant

En 1854, dans l’Or du Rhin (Rheingold) de WAGNER, le rire des filles du Rhin se moquant du nain difforme Alberich va provoquer le drame. Pour se venger, Alberich va voler l’or du Rhin que les étourdies étaient censées garder.

Wagner Rheingold prélude BoulezCliquez sur l’image

On retrouve une scène de rire à la fin de la tétralogie dans le Crépuscule des dieux, quand les soldats de Hagen comprennent sa fine plaisanterie.

Wagner Crépuscule Ihr GibischsmannenCliquez sur les soldats de Hagen en liesse (à 6 mn 8 s dans la vidéo)

Si le rire des sorcières de Didon était diabolique, le rire de Méphistophélès dans le Faust de GOUNOD est proprement méphistophélique dans l’air « Vous qui faites l’endormie ».

Gounod Faust Vous qui faites l'endormieCliquez sur Méphisto

Quittons le XIXe siècle avec La Chauve-souris (Die Fledermaus) de STRAUSS (1874) et sa scène de liesse finale.

Strauss J Fledermaus O Fledermaus (final)Cliquez sur la scène de liesse finale

Retrouvez prochainement la suite des aventures du rire à l’opéra, avec le rire au XXe siècle.

Compositrices, Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETITE LARME ? – Partie 2, le XIXe SIÈCLE

Je vous parlais il n’y a guère des larmes à l’opéra et à la période baroque. Je me propose de prolonger ce sujet avec les larmes versées au XIXe siècle.

En 1807, à l’acte II de la Légende de Joseph en Égypte de MÉHUL, Jacob se réveille. Il a fait un rêve. Dans son rêve, il a vu son fils Joseph, disparu depuis longtemps et qu’il croyait mort. Il se rappelle alors son fils chéri. (Air : Ô, mon Joseph, cher enfant de mon cœur, le temps n’a pas séché mes larmes ».) Présents et tout aussi émus, ses fils Benjamin et Joseph (incognito) reprennent son très bel air dans ce bref duo.

Méhul Joseph O mon JosephCliquez sur Joseph (incognito), Jacob et Benjamin

Vingt-cinq ans plus tard, en 1832, ce sont de tout autres larmes qui perlent aux yeux de la coquette Adina dans L’Élixir d’amour de DONIZETTI, qui s’imagine que Nemorino ne l’aime pas. Nemorino, amoureux éconduit d’Adina reprend espoir en voyant cette larme furtive.

Donizetti l'Élixir d'amour Una furtiva lagrima (Alagna)Cliquez sur Nemorino

En 1837, dans son très théâtral Requiem, BERLIOZ nous régale et épuise les chœurs avec ce « Lacrimosa ».

Berlioz Requiem Lacrimosa (Bernstein)Cliquez sur l’image

Poursuivons notre voyage dans le temps et arrêtons-nous en 1851, avec Rigoletto de VERDI. À l’acte II, quand il comprend que sa fille se fait courtiser par le duc, le héros Rigoletto tombe en pleurs et s’humilie devant les courtisans. (Air : « Cortigiani, vil razza danata ».)

Verdi rigoletto Cortigiani, vil razza dannataCliquez sur Rigoletto

Verdi encore, deux ans plus tard, avec La Traviata. À la fin de cet opéra, Violetta, dite la Traviata, relit une lettre de Germont, le père de son amant Alfredo. Elle lit cette lettre au moment de mourir et pleure sur le passé perdu. (Air : « Adio del passato ».)

Verdi Traviata adio del passato DessayCliquez sur Violetta

Retour en France en 1886 avec Pauline VIARDOT qui met en musique la Chanson du pêcheur, de Théophile GAUTIER (une des six mélodies du cycle les nuits d’été de Berlioz.)

Viardot (Pauline) La chanson du pêcheurCliquez sur l’image

L’année suivante est celle de Werther de MASSENET. Liée par un serment fait à sa mère mourante, Charlotte ne peut répondre à l’amour que lui porte le jeune Werther. (Air: Va, laisse couler mes larmes ! »)

Massenet Werther les larmes qu'on ne pleure pasCliquez sur Charlotte

En 1892, dans Iolanta, l’héroïne de TCHAÏKOVSKI est aveugle et n’a jamais vu la lumière du jour ni la beauté des fleurs de son jardin. Quand un chevalier arrive chez elle et lui demande à quoi servent les yeux, elle ne peut que répondre : « à pleurer ».

Tchaikovski Iolanta Duo Iolanta VaudémontCliquez sur Iolanta et Godefroid

La même année, LEONCAVALLO mettait en scène les affres de la jalousie du clown Paillasse dans son opéra Pagliacci (Paillasse). À la fin du 1er acte, il sait que sa femme le trompe, mais il doit enfiler son costume de clown et faire semblant de rire, malgré ses pleurs rentrés (Air : Vesti la giubba »).

Leoncavallo Pagliacci Vesti la giubbaCliquez sur le clown Paillasse

En 1900, dans Rusalka de DVORAK, l’ondin, le père de l’ondine Rusalka qui a accepté de perdre son statut d’ondine et sa voix par amour pour un humain, pleure sur le triste sort de sa fille (Air : « Cely svêt neda ti »).

Dvorak Rusalka Cely svet neda tiCliquez sur l’ondin

Et pour entendre couler des larmes au XXe siècle, cliquez sur ce lien.

Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETITE LARME D’OPÉRA ?

Un des ressorts dramatiques les plus puissants en œuvre à l’opéra est l’amour, amour souvent contrarié qui occasionne pleurs et larmes.

Cette tradition des larmes mises en musique remonte à loin puisque dès MONTEVERDI, c’est en pensant à sa femme mourante que le compositeur a composé son Orfeo. Un autre opéra de Monteverdi est Arianna (Ariane). La partition en est malheureusement perdue, et il n’en subsiste qu’un air, le « lamento d’Ariane ».

Monteverdi Arianna Lasciatemi morireCliquez sur l’image

En 1676 et en France, LULLY fait se plaindre la déesse Cybèle dans son Atys, quand elle se rend compte qu’Atys ne l’aime pas.

Lully Atys Espoir si cher et si douxCliquez sur l’image

Un demi-siècle plus tard, HAENDEL nous livre dans son Jules César en Égypte (1724) le très beau duo entre une mère et son fils, Cornélie et Sextus, qui s’apprêtent à mourir « Son nata a lagrimar ».

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Sextus et Cornélie

En 1736, PERGOLÈSE écrit son Stabat Mater, pièce religieuse qui décrit les souffrances de la Vierge Marie au pied de la croix de son fils Jésus.

Pergolèse Stabat MaterCliquez sur l’image

En 1745, dans la comédie de RAMEAU Platée, Momus apporte à Platée les présents de l’amour : pleurs, cris, langueurs et espérance.

En 1762, dans Orfeo ed Euridice de GLUCK, rien n’égale la douleur d’Orphée qui a perdu son Eurydice.

Gluck Orfeo e Euridice Che faro senza EuridiceCliquez sur Orfeo

Quittons le XVIIIe siècle avec MOZART et son Requiem, particulièrement le « lacrimosa », ce mouvement qui décrit les larmes versées pour le défunt.

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Et je vous propose de retrouver prochainement une nouvelle sélection de larmes versées à l’opéra (ou à l’église), avec le XIXe siècle.

Divers, Histoire de l'opéra, Instruments

SONNEZ TROMPETTES

J’aurais pu appeler ce billet « TROMPEZ SONNETTES », mais je serais arrivé à un tout autre texte, déplorant la dérive journalistique observée depuis quelques années, où l’important n’est plus d’informer, mais de faire coûte que coûte du buzz, et ceci au mépris de la vérité et de l’information.

Eh bien, il ne sera ici question ni de sonnettes ni de sornettes mais bel et bien de trompettes.

La trompette est certainement un des instruments de musique les plus anciens, avec la flûte (à partir d’os ou de roseaux), et les percussions.

L’Égypte antique en attribue l’invention au dieu Osiris, les Hébreux la font dériver du schofar, une corne de bélier où l’on soufflait à l’approche des ennemis. Plus tard, ils en réservent l’usage à leurs prêtres. Chez les Romains ou les Grecs, c’est l’aspect martial qui prédomine, pour mener les armées au combat.

Tout d’abord, et ce n’est pas anodin, je vous propose la toccata d’ouverture de l’Orfeo de MONTEVERDI, le premier opéra de l’histoire (1607).

monteverdi orfeo savallCliquez sur l’image

Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’antique instrument commence à ressembler à celui que l’on connaît aujourd’hui.

La musique baroque nous apporte ainsi de très beaux concertos pour trompette (et même pour deux, voire quatre trompettes).

Ainsi de celui de VIVALDI (pour deux trompettes.)

Vivaldi concerto pour 2 trompettesCliquez sur l’image

Ou de celui de CORELLI (pour 4 trompettes.)

Corelli Concerto pour 4 trompettesCliquez sur l’image

On peut aussi noter l’air, accompagné de la trompette, du Messie de HAENDEL « The Trumpet shall sound ».

Haendel Messiah The Trumpet shall soundCliquez sur le trompettiste

Quoi de mieux que la trompette pour ouvrir un Te Deum (une œuvre d’action de grâces jouée pour célébrer un événement, mariage ou victoire militaire).

Charpentier (Marc-Antoine) Te DeumCliquez sur l’ouverture du Te Deum de M.-A. CHARPENTIER et reconnaissez un air connu.

Au début du XIXe siècle, la trompette se dote de pistons, qui permettent toute une gamme de sons supplémentaires.

Hummel concerto pour trompetteCliquez sur l’image

Dans notre musique classique, les trompettes peuvent aussi représenter le Jugement dernier, et c’est l’usage que l’on trouve dans certains Requiems notamment dans les « Tuba mirum ».

Berlioz requiem tuba mirumCliquez sur les trompettes du jugement dernier (version Berlioz)

Verdi Requiem Tuba mirumCliquez sur les trompettes du Jugement dernier (version Verdi)

À l’opéra, on entend souvent les trompettes quand il y a une fanfare ou un défilé militaire. Les plus célèbres sont celles d’Aïda de VERDI.

aida illustr 2Cliquez sur la célèbre marche triomphale de l’armée égyptienne au son des trompettes

WAGNER confie aux trompettes le puissant motif de la Foi dans son drame sacré Parsifal.

Wagner Parsifal Ouverture la FoiCliquez sur le leitmotiv de la Foi dans l’ouverture de Parsifal

Peut-être sont-ce ces trompettes tout haut d’or pâmées sur le vélin que chante Mallarmé dans son Hommage à Richard Wagner, mais bien plus probablement sont-ce ces appels de fanfares qui appellent le public quand la représentation va commencer. (À Bayreuth, ce n’est pas une bête sonnerie qui avertit le public qu’il doit rejoindre ses places, mais une fanfare de l’orchestre, qui joue les principaux thèmes qui seront joués.)

Wagner Parsifal fanfare de BayreuthCliquez sur les cuivres de l’orchestre du Festival de Bayreuth

Au XXe siècle, on écrit encore pour la trompette, notamment JANACEK qui glisse 14 trompettes dans l’instrumentation de sa Sinfonietta.

Janacek SinfoniettaCliquez sur la vidéo

André JOLIVET a écrit son Concertino pour trompette en 1948.

Jolivet Concertino pour trompetteCliquez sur la partition

Bien entendu, la trompette est aussi un instrument important dans le jazz, de Louis ARMSTRONG à Winston MARSALIS, ou de Miles DAVIS à Ibrahim MAALOUF, mais il y aurait un billet à écrire rien que pour cette thématique.

Et si vous voulez encore un peu de trompette, cliquez donc sur le bonus mystère.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus mystère si vous voulez encore un peu de trompette

Et si vous avez aimé la trompette, peut-être aimerez-vous la flûte ?

Divers, Histoire de l'opéra, Mallarmé

LE SILENCE EN MUSIQUE

« Le silence déjà funèbre d’une moire » ainsi commence l’hommage à Richard WAGNER que MALLARMÉ a composé en 1865.

Liszt la gondole funèbreCliquez sur la gondole

En solfège, le silence représente une pause dans la musique, un moment où aucune note n’est jouée, pause qui prend la valeur d’une ronde. Il existe des subdivisions du silence, dont le soupir dont la valeur correspond à une noire, soit le quart d’un silence.

De tout temps donc, le silence est consubstantiel à la musique. Il faut laisser des pauses pour laisser résonner la musique précédemment jouée.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’aphorisme de Sacha GUITRY, quand il déclarait « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de MOZART, le silence qui lui succède est encore de Mozart« .

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Selon Wladimir JANKELEVITCH dans la Musique et l’ineffable, l’évolution musicale de LISZT va du tumulte romantique des années de sa jeunesse à un effacement progressif : C’est ainsi que l’œuvre de Liszt, toute bruissante d’héroïsme, d’épopées et d’éclats triomphants, se voit aux approches de la vieillesse envahie peu à peu par le silence… de longues pauses viennent interrompre le récitatif, des mesures blanches espacent et raréfient les notes: la musique de la Messe basse, des Valses oubliées, de la Gondole funèbre et du poème symphonique Du berceau à la tombe devient de plus en plus discontinue, les sables du néant envahissent la mélodie et en tarissent la verve.

Liszt Valse oubliée n° 3Cliquez sur l’image

L’étape suivante de la néantisation de la musique est signée Alphonse ALLAIS. Déjà inventeur, bien avant MALEVITCH, des monochromes, comme ses tableaux Combat de nègres pendant la nuit (1882) ou Première communion de jeunes filles par temps de neige (1883), il a aussi composé la première musique entièrement silencieuse, avec sa Marche funèbre composée pour les funérailles pour un grand homme sourd (1897).

Allais Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourdCliquez sur la partition

Il faudra attendre presque 70 ans pour que ce concept soit repris par John CAGE avec sa pièce pour piano en trois mouvements intitulée 4 mn 33 s. En fait, Cage avait eu l’occasion de visiter une chambre anéchoïde, c’est à dire qui absorbe tous les bruits extérieurs, et s’attendait à trouver le silence absolu. Il avait été frappé de se trouver confronté à tous les bruits provoqués par son propre corps, des battements de cœur au souffle de sa respiration. Et donc la musique sous-tendue par 4 mn 33s, durée pendant laquelle le pianiste ne produit pas une seule note, est en fait le bruit provoqué par le public même, et par le pianiste, pendant cette attente interminable de 4 minutes et 33 secondes. Il existe des transcriptions de cette œuvre pour orchestre ou pour chœur. Vous ayant déjà présenté ce morceau par ailleurs, c’est la version orchestrale que je choisis de vous faire entendre aujourd’hui.

Cage 4 mn 33 s version pour orchestreCliquez sur l’image

« Musicienne du silence », ainsi se termine le poème Sainte, écrit par Mallarmé en 1886 sur un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

Gounod Messe de Sainte Cécile Sanctus (Alagna)Cliquez sur le Sanctus de la messe de Saint Cécile de GOUNOD

Et pour prolonger le son du silence, je vous propose de cliquer sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez prolonger le son du silence.

Cinéma, Compositeurs, Compositrices, Divers

QUELQUES COMPOSITEURS SUISSES

On connaît généralement peu de ce côté des Alpes les compositrices et compositeurs suisses. Pourtant, on gagne à écouter leurs musiques. Je vous en propose ici une petite sélection.

Caroline BOISSIER-BUTINI est née à Genève en 1786. D’abord pianiste, sa réputation dépasse vite les frontières de la Suisse. En 1818, elle se rend à Londres et à Paris et a l’occasion de se confronter aux meilleurs pianistes de sa génération. Son œuvre est essentiellement pianistique, mais elle a également écrit des concertos (pour piano) et des symphonies. Elle meurt près de Genève en 1836.

Boissier-Butini Sonate pour piano n° 2Cliquez sur la pianiste

Louis NIEDERMEYER est né en 1802 à Nyon. Après des études à vienne et à Rome, il compose son premier opéra pour Naples en 1820, à l’âge de 18 ans. Il s’installe à Paris en 1836, ville où il écrit encore trois opéras, avant d’écrire une Messe solennelle et de se tourner vers la musique sacrée. Il dirige ainsi l’école de musique religieuse de Paris, dont la mission était de séparer la musique religieuse et la musique profane, école plus connue aujourd’hui d’école Niedermeyer de Paris. Parmi les professeurs qui y ont enseigné figure SAINT-SAËNS, qui y a eu comme élèves FAURÉ et MESSAGER.

Niedermeyer le Lac (de Lamartine)Cliquez sur le Lac (de Lamartine)

Émile JAQUES-DALCROZE est né en 1865. Il suit ses études musicales au Conservatoire de Genève avant de les poursuivre à Paris, auprès de FAURÉ et DELIBES, et à Vienne auprès de BRUCKNER. Il est l’inventeur d’une méthode d’enseignement de la musique basée sur l’étude physique de la rythmique, méthode toujours en vigueur aujourd’hui et qui porte son nom. Il meurt à Genève en 1950.

Jaques-Dalcroze la VeilléeCliquez sur l’image

Ernest BLOCH est né à Genève en 1880. Il suit ses études à Genève, notamment avec Jaques-Dalcroze, puis à Bruxelles, Francfort et Paris. En 1904, il compose un opéra, Macbeth, d’après SHAKESPEARE. En 1913, il s’installe aux États-Unis où il enseigne la composition à Cleveland, avant de prendre la direction du Conservatoire de San Francisco. Son œuvre est nourrie d’inspirations juives, comme dans la suite hébraïque Schelomo. Il meurt à Portland en 1959.

Bloch SchelomoCliquez sur le célèbre violoncelliste.

Franck MARTIN naît à Genève en 1890. Il travaille la musique en cachette de ses parents et en 1926, il fonde la Société de musique de chambre de Genève. Il enseigne aussi à l’institut Jaques-Dalcroze et au Conservatoire de Genève. Parmi ses œuvres, on peut noter des pièces religieuses, mais aussi un opéra Der Sturm, d’après la Tempête de Shakespeare. Il meurt aux Pays-Bas en 1974.

Martin Messe pour double chœur a capellaCliquez sur l’image

Arthur HONEGGER, né en 1892 au Havre et mort à Paris en 1955 est le plus français des compositeurs suisses. Il étudie la musique à Zurich avant d’entrer au Conservatoire de Paris. Il fait partie du groupe des Six. Plus tard, il enseignera au Conservatoire de Paris où il aura comme élève notamment Olivier MESSIAEN. Il est l’auteur de musique symphonique, d’oratorios, d’opéras (l’Aiglon d’après ROSTAND), mais aussi de nombreuses musiques de film, dont le Napoléon d’Abel GANCE ou Regain de PAGNOL, et de l’opérette le Roi Pausole.

Honegger l'AiglonCliquez sur l’image

Willy BURCKARD est né dans le canton de Berne en 1900. Il poursuit ses études de musique à Leipzig, Munich et Paris, avant d’enseigner lui-même la composition et le piano à Berne. Il meurt en 1955 à Zurich.

Burckard Concertino pour violoncelleCliquez sur l’image

Heinrich SUTERMEISTER naît en 1910 et commence ses études de musique à Bâle. Plus tard, il travaillera à Paris et à Munich, où il rencontrera Carl ORFF. Sutermeister est surtout connu pour ses opéras, dont Raskolnikov d’après DOSTOÏEVSKI, Madame Bovary d’après FLAUBERT, ou encore Romeo und Julia d’après Shakespeare. Il meurt en 1995 à Sorges.

Sutermeister Romeo und JuliaCliquez sur l’image

Bernard REICHEL est né en 1901 à Neuchâtel. Après des études au Conservatoire de Bâle, il suit l’enseignement de Jaques-Dalcroze à Genève, puis passe un an à Paris. Il enseigne ensuite la musique au Conservatoire de Genève où il côtoie Franck Martin. Son œuvre comporte de la musique pour orgue (il était organiste), de la musique de chambre et de la musique religieuse. Il meurt en 1922 à Lutry.

Reichel MagnificatCliquez sur l’image

On pourrait encore citer dans cette liste Rolf LIEBERMANN (1910 – 1999) qui, outre ses fonctions de directeur de l’Opéra de Paris de 1973 -1980, a lui-même composé des opéras. C’est lui qui a convaincu Messiaen d’écrire son opéra Saint-François d’Assise.

(Un grand merci à Béatrice et Christiane, mes deux amies choristes [et suisses] de l’ensemble « Les Vocalistes européens », qui m’ont aidé à établir cette liste.)

(merci également à Sergio Belluz pour m’avoir suggéré quelques corrections ou ajouts https://www.sergiobelluz.com/ )

Contes et légendes, Divers, Fantaisie, littérature, Mythologie, Philosophie, Premier avril

LA FÉE NOMMÉE MÈNE AU LOGIS DE L’ESPRIT

Cette fée qui nous mène au logis est nommée Morgane. Morgane est la sœur du roi Arthur, et son royaume est l’île d’Avalon.

Morgane, donc, aurait soigné son frère blessé sur son île, avant qu’il ne reparte réunir les Celtes. Plus tard, quand le roi Arthur sera blessé à mort, c’est à Avalon qu’elle le mènera pour rejoindre son dernier logis. Avalon était une île située aux confins du monde, hors du temps même, et aisément assimilable à l’île des morts. On peut ainsi considérer que la fée nommée mène au logis de l’esprit (d’Arthur). C’est du moins la thèse qu’a défendue le philosophe HEGEL dans son célèbre traité datant de 1807. Initialement, Friedrich voulait l’intituler « la Fée nommée Morgane mène à son dernier logis l’esprit d’Arthur« , mais son éditeur, trouvant ce titre trop long, lui a suggéré « la fée nommée mène au logis de l’esprit« .

La geste d’Arthur réunissant les Celtes nous est narrée dans King Arthur, de PURCELL.

purcell king arthur cold song nomiCliquez sur le génie du froid

La fée Morgane aurait inspiré un grand amour à Merlin l’enchanteur, qui lui a enseigné beaucoup de ses enchantements. Dans les versions plus tardives de la geste arthurienne, c’est la fée Viviane, le double antithétique de Morgane, qui joue ce rôle.

Alors que Viviane, vierge et voulant le rester ne s’intéresse qu’au bien de Lancelot (c’est elle qui est à l’origine du roman la Dame du lac de Walter SCOTT),

Rossini la donna del lago Cielo ! in qual estasiCliquez sur l’image

Morgane, elle, se livre à sa sensualité et perturbe les Chevaliers de la Table ronde (un peu comme la pécheresse Kundry dans Parsifal de WAGNER.)

Wagner Parsifal KundryCliquez sur Kundry

Arnoldo POIVRIERI a écrit l’opera-seria Fata Morgana (en italien, la fée Morgane s’appelle fata Morgana) sur un livret de son fidèle Lorenzo Da Ponte. Le rôle-titre a été pensé pour sa chanteuse favorite, Julia Wanga. La partition en est malheureusement perdue, brûlée dans l’incendie de l’opéra de Saint-Glinglin comme presque toute l’œuvre de Poivrieri. Heureusement, on peut se faire une idée de cette musique en écoutant le Tarare de SALIERI, dont les critiques de l’époque n’ont pas manqué de souligner la ressemblance avec celle de son rival.

Salieri Tarare Ami, ton courage m'éclaireCliquez sur l’image

C’est cet opéra que les joyeux duettistes qu’étaient HAVRE & CAUMARTIN ont remanié, en mettant en relief la rivalité entre Morgane et Viviane, pour proposer à OFFENBACH un sujet d’opérette. Malheureusement, Offenbach était occupé à son seul opéra sérieux, les Contes d’Hoffmann, et il est mort avant d’avoir pu se consacrer à ce projet. C’est certainement un grand dommage pour l’histoire de la musique.

Parmi les opéras qui ont représenté ces personnages, il y en a un, peu joué, qui est le Roi Arthus de CHAUSSON. Il se dit dans les milieux bien informés que l’accident de bicyclette qui a coûté la vie de Chausson en 1898 a été provoqué par Morgane, mécontente de ne pas figurer dans cet opéra qui traite de la rivalité amoureuse entre Lancelot et Arthus.

Chausson le roi Arthus finalCliquez sur l’image

Et on retrouve fata Morgana dans l’Amour des trois oranges de PROKOFIEV.

Prokofiev 3 oranges anathèmeCliquez sur fata Morgana

[Sources principales : Encyclopedia Universalis 2017,

Dictionnaire des personnages (1960), éditions Robert LAFFONT, collections Bouquins (1999)]

Et si vous avez été sages, vous pouvez cliquer sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous avez été sages

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LETTRES ET MISSIVES – DEUXIÈME TOURNÉE

Je vous présentais il n’y a guère un ensemble de lettres et missives écrites ou lues à l’opéra. Devant l’abondance du sujet, le facteur va sonner une deuxième fois en vous proposant une nouvelle tournée. (Note, il y a un truc, le facteur sonne TOUJOURS deux fois.)

Dans Lucia di Lammermoor de DONIZETTI, Normann le scélérat intercepte les lettres qu’Edgar écrit à Lucia, pour faire croire à celle-ci que son amoureux l’a oubliée. Il va jusqu’à produire un faux prouvant son infidélité, causant ainsi le désespoir de Lucia.

Donizetti Lucia di Lammermoor Appressati, Lucia... Il pallor funesto orrendoCliquez sur Enrico et Lucia

Au 1er acte de Macbeth de VERDI, Lady Macbeth lit une lettre de son mari lui annonçant les prophéties des 3 sorcières, à savoir que son destin est de devenir roi d’Écosse (et donc elle reine d’Écosse.)

Verdi MAcbeth Acte I scene 5 Nel di della vittoriaCliquez sur Lady Macbeth

Au 1er acte de Carmen de BIZET, on voit arriver la jeune Micaëla porteuse d’une lettre de la mère de Don José pour celui-ci.

Bizet Carmen Parle moi de ma mèreCliquez sur Micaëla et Don Jose

Dans la Khovantchina de MOUSSORGSKI, le boyard Chakloviti écrit une lettre de dénonciation des princes Khovanski.

Moussorgski la Khovantchina extrait pour la lettreCliquez sur l’image

L’importance des lettres dans The Turn of the Screw de BRITTEN est manifeste, puisque la gouvernante ne communique avec le tuteur des malheureux enfants que par correspondance. Mais la lettre qu’elle lui écrit pour le prévenir des choses étranges qui se passent est volée par le jeune garçon, sous l’emprise du fantôme de Quint.

Britten The Turn of the screw The Letter, Miss ! Miss ! A letter for youCliquez sur l’image

À la fin de L’affaire Makropoulos, fantastique opéra fantastique de JANACEK, l’héroïne est confondue quand on compare les lettres qu’elle a pu écrire au cours des siècles, qui sont toutes de la même écriture (et avec les mêmes initiales EM.)

Janacek l'Affaire Makropoulos Act III finale part 1Cliquez sur l’image

Et si vous voulez encore une lettre, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez encore une lettre

point-dinterrogation(Hihihi)