Qu’elle est dure, la vie de blogueur ! Après avoir relu tous les albums des aventures de Tintin, de HERGÉ, et ceux de Blake et Mortimer, de JACOBS, ce sont les aventures d’Astérix le Gaulois que je viens de relire, en y cherchant les citations musicales que GOSCINNY et UDERZO ont pu glisser. En fait, elles sont moins nombreuses que ce que j’attendais, mais il y a quand même quelques évocations musicales, sans même parler du barde Assurancetourix, dont le répertoire est plus proche de notre chanson musicale populaire.
Dans Astérix gladiateur, justement, Assurancetourix entonne dans l’arène de Rome « Salut, o mon dernier latin », référence directe au « Salut, o mon dernier matin » du Faust de GOUNOD.
Dans la grande Traversée, une femme s’appelle Gudrun, et on trouve des allusions à la petite sirène et à Hamlet (il y a quelque chose de pourri dans mon royaume).
Enfin dans l’Odyssée d’Astérix, les légionnaires de César chantent « Pour faire un brave légionnaire », transposition directe de l’air « Pour faire un bon mousquetaire », extrait des Mousquetaires au couvent.
Sémélé de HAENDEL est un objet hybride, un opéra déguisé en oratorio, datant de 1743. En 1743, Haendel avait arrêté d’écrire des opéras pour se tourner vers l’oratorio, qui traite de sujets plus religieux, ne pouvant être montrés au théâtre. Dès 1741, il avait écrit son fameux Messie (Messiah). Pourtant, en 1743, quand on lui propose le sujet de Sémélé, tiré des Métamorphoses d’OVIDE, il en tire un opéra qui, joué pendant le carême de 1744, c’est-à-dire à une époque de l’année où les théâtres étaient fermés aux œuvres profanes, sera présenté comme un oratorio.
Le texte de Sémélé est écrit en anglais, et non en italien comme pour la plupart des livrets de Haendel. Et surtout, nous disposons d’un véritable chœur d’oratorio, plus fourni que les chœurs classiques d’opéra, chœurs qui étaient souvent chantés en coulisse par les artistes qui n’étaient pas sur scène à ce moment-là.
Le pitch : Sémélé, fille de Cadmus et sœur d’Ino, aime Jupiter. Cadmus veut la marier à Athamas, qu’aime Ino. Junon jalouse se débarrasse de Sémélé avec l’aide de Somnus. Ino peut alors se marier avec Athamas tandis que Jupiter extrait du corps calciné de Sémélé le fruit de leur amour : Bacchus.
Acte I : Sémélé, sur ordre de son père, doit se préparer à son mariage avec le prince Athamas. Elle cache difficilement son désespoir, car elle aime secrètement Jupiter, le roi des dieux. Elle implore Jupiter de lui donner un signe pour savoir quelle conduite tenir. (Air : « O Jove, in pity teach me which to choose ».)
Athanas la trouvant seule espère que c’est son amour pour lui qui la met dans cet état. Il demande à Hymen de favoriser leur union. (Air : « Hymen, haste, thy torch prepare ».)
Junon, la femme de Jupiter est jalouse de la nouvelle incartade de son mari. Sémélé aime Jupiter, mais elle souffre de la barrière qu’il y a entre son dieu de mari et elle, simple mortelle.
Acte II : Junon demande à Iris, sa messagère, où se trouve Sémélé. Iris lui répond qu’elle est dans un palais que Jupiter a fait construire pour elle, palais gardé par deux féroces dragons. Junon invoque Somnus, le dieu du sommeil, pour qu’il l’aide à endormir les dragons et à tromper Sémélé. Somnus commence par refuser, préférant le repos à l’action.
Acte III : Junon et Iris essaient de réveiller Somnus qui préfère dormir, mais Junon lui fait miroiter que s’il l’aide, elle obtiendra pour lui l’amour de Pasithéa, son aimée. (Duo Somnus Junon.)
Junon prend l’apparence d’Ino et lui indique que si elle réussit à voir Jupiter sous son apparence divine, elle accédera elle aussi à l’immortalité. Quand Sémélé retrouve Jupiter, elle lui fait promettre sur le Styx, le plus puissant serment qu’un dieu puisse prononcer, qu’elle lui accordera ses faveurs. Fou d’amour, Jupiter promet, et Sémélé lui demande alors de le voir sous son apparence divine. Jupiter la met en garde, mais Sémélé insiste (Air : No, no, I’ll take no less »).
Bien entendu, c’est plus que ce qu’une humaine peut supporter, et Sémélé se trouve brûlée par la vision du dieu.
Jupiter se saisit du fruit de leurs amours, et le garde bien au chaud dans sa cuisse jusqu’à la naissance. Cet enfant, c’est Bacchus, le dieu du vin dont le pouvoir est plus grand que celui de l’amour (sic !) Pendant ce temps sur Terre, on célèbre les noces d’Athamas et d’Ino.
(Source principale : les représentations de l’opéra de Lille en octobre 2022.)
J’ai eu le bonheur d’assister il n’y a guère aux représentations de Sémélé de HAENDEL à l’opéra de Lille, opéra dans lequel l’héroïne, la mortelle Sémélé, qui aime Jupiter et est aimée par lui, veut voir son amant sous sa forme de dieu. Elle se trouve alors brûlée à la vue du porteur de la foudre divine. La morale de l’histoire, qui est relatée par OVIDE dans le troisième livre de ses Métamorphoses, semble être qu’à vouloir s’élever au-dessus de sa condition, on se brûle les ailes.
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Avant Haendel, le mythe de Sémélé avait déjà fait l’objet d’un opéra de Marin MARAIS en 1709.
Dès lors, me suis-je donc demandé, y a-t-il d’autres héros qui se sont brûlé les ailes en essayant d’approcher de trop près un monde qui n’est pas le leur ?
Avec de tels prolégomènes, on pense immédiatement au mythe d’Icare. Icare était le fils de l’architecte Dédale, et ensemble ils avaient construit le labyrinthe où était enfermé le Minotaure, une chimère mi-homme mi-taureau. Pour délivrer Ariane livrée au Minotaure, Dédale avait donné à Thésée un fil lui permettant d’entrer dans le labyrinthe, de tuer le Minotaure, puis d’en ressortir en remontant le fil. Làs, Minos, le père d’Ariane, au lieu de les récompenser comme il se doit, les enferma dans le labyrinthe. Dédale eut alors l’idée de se fabriquer des ailes avec de la cire et des plumes. Père et fils purent alors quitter le labyrinthe, mais l’imprudent Icare, ivre de voler dans les cieux, voulut aller plus haut, toujours plus haut, jusqu’à se frotter au soleil qui fit fondre la cire qui tenait ses ailes, et Icare tomba dans la mer.
Ce mythe d’Icare a fait l’objet d’un ballet de la part du chef d’orchestre et compositeur Igor MARKEVITCH, l’Envol d’Icare (1933).
Il a également inspiré en 1935 le ballet Icare à SZYFAR et HONEGGER, créé pour Serge LIFAR. Lors de la reprise en 1962 à l’Opéra de Paris, Lifar fit appel à PICASSO pour les décors.
En 1969, c’est l’organiste Jean GUILLOU qui écrira « Icare » dans ses Visions cosmiques, improvisations pour orgue.
La troisième figure mythologique dont je vais vous parler est celle de Phaéton, le fils de Phœbus, le soleil. Phaéton ayant emprunté le char du Soleil s’élance dans les cieux, mais il ne réussit pas à en maîtriser les chevaux ailés fougueux et s’approche trop près du soleil, menaçant de faire brûler la Terre entière. Jupiter doit intervenir et frapper Phaéton de son foudre divin pour arrêter la course folle du char et faire que le monde retrouve son ordre. Ce mythe a inspiré LULLY en 1683 dans sa tragédie en musique du même nom.
Ce mois-ci, l’Agenda Ironique est hébergé par l’ornithorynque qui nous propose un voyage vers Mars (ou a Trip to Mars si on préfère).
« Trip to Mars », ou « Le voyage vers Mars » (comme vous préférerez !)
AI 08/2022
Voilà, le récit démarrera de cette photo, et plus exactement de cette baraque foraine … l’époque importe peu, mais deux éléments devront apparaître dans la narration : la baraque et le bonimenteur (homme ou femme) – la suite … est à votre sauce et selon votre ivresse de mots et de voyage.
Cette année, la fête foraine a planté ses chapiteaux sur le champ de Mars. Écoutez ce bonimenteur devant sa baraque faire la réclame pour ses attractions : « Oyez, oyez, bonnes gens, entrez et découvrez la véridique histoire de Mars, le dieu de la guerre et des combats ! Dans ce récit véridique, vous assisterez à des combats homériques, à la naissance de Rémus et Romulus qui fonderont la ville de Rome, et à bien d’autres choses plus surprenantes encore. »
Vénus, la déesse de l’amour et femme de Vulcain, sera amante de Mars, le dieu de la guerre, leur couple représentant symboliquement Éros et Thanatos.
On associe à Mars la 4e planète de notre système solaire, qui a une couleur rouge, rouge comme le feu, rouge comme le sang. C’est pour cela que les Romains ont donné à cette planète le nom de Mars. Écoutons donc « Mars » extrait de la suite pour orchestre Les Planètes de Gustav HOLST.
Mars aura pour descendance les jumeaux Rémus et Romulus, nés de ses amours avec la vestale Rhéa Silvia. Les vestales étaient de jeunes femmes chargées de garder le feu sacré dans les temples consacrés à la déesse Vesta.
Rémus et Romulus ont fondé la ville de Rome. Par une ironie de l’histoire, c’est le 15 des ides de Mars que Jules César, un des empereurs romains, mourra assassiné. Jules César en Égypte de HAENDEL est resté dans l’histoire de l’opéra. En 1788, l’Italien BIANCHI écrira un autre opéra, moins connu : la Morte di Cesare (la Mort de César).
« Les fées sont d’exquises danseuses », tel est le thème proposé par Tout l’opéra (ou presque) (c’est moi) pour l’Agenda Ironique d’avril 2022. Les contraintes étaient de glisser les termes archéoptéryx, palimpseste et calembredaine.
Fidèle à mon habitude, j’ai commencé par me gratter l’occiput en me demandant ce que je pourrais bien raconter sur ce thème très debussyste. J’ai commencé par imaginer un faux sonnet de MALLARMÉLes purs ongles très haut de l’archéoptéryx, mais foin de calembredaine, j’ai vite renoncé devant l’ampleur de la tâche. N’est pas Mallarmuche qui veut.
J’ai alors repris mon grattage occiputal quand m’est arrivé un message de l’opéra de Lille, au sujet des animations qui auront lieu autour des prochaines représentations du Songe d’une nuit d’été de BRITTEN, et je me suis dit « Bon sang, mais c’est bien sûr ! »
Le Songe d’une nuit d’été (A Midsummer night’s dream) est une comédie féérique de SHAKESPEARE qui se passe au royaume des fées. Il y a un chassé-croisé amoureux entre deux couples d’humains, chassé-croisé manipulé par Obéron, le roi des elfes et Titania, la reine des fées, avec l’aide de Puck un esprit malicieux qui joue le rôle de Cupidon.
Cette comédie a inspiré bien des compositeurs, à commencer par PURCELL et son Fairy Queen (la Reine des fées).
L’adaptation la plus connue de la féérie de Shakespeare est sûrement celle de MENDELSSOHN qui a écrit une musique de scène destinée à accompagner les représentations théâtrales. De très nombreux ballets ont été écrits sur cette musique. Quelques musicologues chafouins ont avancé l’hypothèse que l’œuvre de Mendelssohn ne serait qu’un palimpseste de celle de Weber, mais des études plus poussées ont montré qu’il s’agit là d’une légende.
Et puisque cet article vient de la pièce de DEBUSSYles fées sont d’exquises danseuses (si, si, je vous assure), terminons avec Debussy et sa danse de Puck.
Cette fée qui nous mène au logis est nommée Morgane. Morgane est la sœur du roi Arthur, et son royaume est l’île d’Avalon.
Morgane, donc, aurait soigné son frère blessé sur son île, avant qu’il ne reparte réunir les Celtes. Plus tard, quand le roi Arthur sera blessé à mort, c’est à Avalon qu’elle le mènera pour rejoindre son dernier logis. Avalon était une île située aux confins du monde, hors du temps même, et aisément assimilable à l’île des morts. On peut ainsi considérer que la fée nommée mène au logis de l’esprit (d’Arthur). C’est du moins la thèse qu’a défendue le philosophe HEGEL dans son célèbre traité datant de 1807. Initialement, Friedrich voulait l’intituler « la Fée nommée Morgane mène à son dernier logis l’esprit d’Arthur« , mais son éditeur, trouvant ce titre trop long, lui a suggéré « la fée nommée mène au logis de l’esprit« .
La geste d’Arthur réunissant les Celtes nous est narrée dans King Arthur, de PURCELL.
La fée Morgane aurait inspiré un grand amour à Merlin l’enchanteur, qui lui a enseigné beaucoup de ses enchantements. Dans les versions plus tardives de la geste arthurienne, c’est la fée Viviane, le double antithétique de Morgane, qui joue ce rôle.
Alors que Viviane, vierge et voulant le rester ne s’intéresse qu’au bien de Lancelot (c’est elle qui est à l’origine du roman la Dame du lac de Walter SCOTT),
Arnoldo POIVRIERI a écrit l’opera-seria Fata Morgana (en italien, la fée Morgane s’appelle fata Morgana) sur un livret de son fidèle Lorenzo Da Ponte. Le rôle-titre a été pensé pour sa chanteuse favorite, Julia Wanga. La partition en est malheureusement perdue, brûlée dans l’incendie de l’opéra de Saint-Glinglin comme presque toute l’œuvre de Poivrieri. Heureusement, on peut se faire une idée de cette musique en écoutant le Tarare de SALIERI, dont les critiques de l’époque n’ont pas manqué de souligner la ressemblance avec celle de son rival.
C’est cet opéra que les joyeux duettistes qu’étaient HAVRE & CAUMARTIN ont remanié, en mettant en relief la rivalité entre Morgane et Viviane, pour proposer à OFFENBACH un sujet d’opérette. Malheureusement, Offenbach était occupé à son seul opéra sérieux, les Contes d’Hoffmann, et il est mort avant d’avoir pu se consacrer à ce projet. C’est certainement un grand dommage pour l’histoire de la musique.
Parmi les opéras qui ont représenté ces personnages, il y en a un, peu joué, qui est le Roi Arthus de CHAUSSON. Il se dit dans les milieux bien informés que l’accident de bicyclette qui a coûté la vie de Chausson en 1898 a été provoqué par Morgane, mécontente de ne pas figurer dans cet opéra qui traite de la rivalité amoureuse entre Lancelot et Arthus.
Grande émotion en ce mois de janvier 2022 à l’Opéra de Lille avec la création mondiale de l’opéra Like Flesh, de la compositrice israélienne Sivan ELDAR, sur un livret de la Britannique Cordelia LYNN. L’équipe artistique était complétée par la metteuse en scène italienne Silvia COSTA et le chef d’orchestre français Maxime PASCAL.
Commandé par les opéras de Lille, Montpellier et Nancy en 2018, Like Flesh est donc l’aboutissement de plus de 3 ans de travail, pour lequel la compositrice a dû mettre en musique les mots de la librettiste, alors que la metteuse en scène a dû pour une fois, non pas déconstruire une histoire déjà connue de tous (ou presque) pour en proposer une autre lecture, mais au contraire nous proposer une scénographie nous permettant de comprendre une histoire que nous ne connaissons a priori pas déjà. Pour cela, elle s’est appuyée sur les avancées permises par la technologie, notamment avec un dispositif s’appuyant sur une intelligence artificielle pour animer les vidéos qui accompagnent le déroulement de l’action.
La musique est composée pour un orchestre de chambre amplifié (sonorisé) et un second « orchestre » de 64 haut-parleurs disséminés dans la salle pour permettre au public d’être immergé dans le son des arbres.
Les personnages principaux de Like Flesh sont la Forêt, le Forestier (qui coupe les arbres), sa femme et une étudiante venue dans la forêt pour apprendre.
Le pitch : La Femme est malheureuse en mariage et aspire à un monde au-delà des frontières de la chair. L’arrivée dans la forêt de l’étudiante va lui faire découvrir un autre amour, et la poussera à se métamorphoser en arbre. Mais le monde est dur même pour les arbres, et après sa métamorphose, elle sera encore convoitée par le forestier pour l’argent qu’il pourra tirer de son bois et par l’amante qui continue à l’aimer.
Le thème de la métamorphose en arbre est librement inspiré des Métamorphoses d’OVIDE, et notamment de la légende de Daphné qui, poursuivie par Apollon, se transforme en laurier pour lui échapper.
La construction narrative se fait suivant une alternance de scènes où la forêt (représentée par le chœur) s’exprime et d’autres où les humains parlent.
I : Ce que savait la forêt. La forêt nous raconte son passé depuis les temps immémoriaux.
II : Les oiseaux ne viennent plus ici. Pendant que le forestier expose sa vision de la forêt : du capital, la femme se désole de voir tout bétonné et la vie – plantes, insectes et oiseaux – qui s’en va.
III : Ce qu’ont fait les arbres. Les arbres annoncent la désertification de la Terre.
IV : La couleur rouge. L’étudiante arrive pour essayer de comprendre la vie, les arbres, la communion entre tous les arbres.
V : Leçons qu’apprend la gentillesse. La femme demande à son mari ce que ressentent les arbres quand il les coupe.
VI : Ce qu’a fait l’humain. L’humain est venu dans la forêt avec une hache, et nous avons crié de joie : « Regardez, le manche est des nôtres ! ».
VII : Le troisième rêve. La femme et l’étudiante découvrent leur amour naissant. La femme se métamorphose en arbre.
VIII : Ce qu’a fait l’humain après. Dans un crépitement de mots, la forêt égrène une litanie de tous les objets que créent les humains.
IX : Donc. Ta femme s’est changée en arbre. L’étudiante a appris au forestier que sa femme s’est changé en arbre. L’homme voit déjà le bénéfice qu’il pourra en tirer.
X : Regrets. Le forestier et sa femme discutent. Il se demande comment il aurait dû faire pour que leur amour perdure.
XI . Ce qu’a vu la forêt. La forêt sait la violence dont sont capables les hommes. Elle a la mémoire des juifs pendus à ses branches.
XII : Un arbre se souvient. L’étudiante et l’arbre discutent. Le forestier dit que l’étudiante dort dans les branches de son arbre. Mais les machines humaines arrivent , qui vont tout dévaster.
XIII : Entrelacement. Dans ce duo forêt, femme/arbre, la femme répond à la forêt que l’étudiante l’a blessée en voulant graver son amour sur l’écorce.
XIV : Comportement du bois. Le forestier et l’étudiante échangent leur perception de la femme devenue arbre.
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XV : L’hiver, à nouveau. Le forestier et l’étudiante concluent. L’étudiante a cherché à devenir arbre, comme son aimée, mais n’a pas réussi, alors elle en a fendu le tronc pour venir s’y loger/lover alors que le forestier, lui, ne cherche qu’à entretenir ce bois qu’il pourra un jour couper pour le vendre.
La forêt a le dernier mot : Écoutez. La vie, pleine d’espoir se forme dans les failles. Nos racines poussent en chantant, trouvent d’étranges fossiles : un arbre, un squelette, une hache.
(Sources principales : le dossier de presse de l’Opéra de Lille, la présentation par l’équipe artistique le 12 janvier, et bien sûr la création le 21 janvier 2022.)
Je vous ai présenté dans mon article sur le blancla Blanche neige de Poulenc et Apollinaire. Dès lors se pose la question : et si dans le conte Blanche Neige et les sept nains, les nains étaient des personnages en rapport avec l’opéra ?
Blanche Neige et les sept nains est le titre du premier long métrage d’animation de Walt DISNEY. Il est tiré d’un conte des frères Grimm paru en 1812.Son héroïne, Blanche Neige, se retrouve chez les sept nains, qui décident de la protéger de sa méchante belle-mère (qui a cherché à la tuer). En échange, Blanche Neige s’occupe de la maison et des tâches ménagères.
Amusons-nous à trouver quel personnage d’opéra pourrait représenter chacun des sept nains : Atchoum, Prof, Simplet, Timide, Grincheux, Joyeux et Dormeur.
Atchoum : Dans le Malade imaginaire de Molière et Charpentier, Argan est un hypocondriaque, persuadé d’avoir toutes les maladies.
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Prof : Borodine était professeur de chimie, et cette activité l’a empêché de développer pleinement son activité musicale.
Simplet : Dans Parsifal, de Wagner, le héros qui a grandi seul dans la forêt comme un innocent, sans éducation. Il ne comprend d’abord rien au drame mystique qu’il a l’occasion de voir chez les chevaliers du Graal, et la magicienne Kundry explique que son nom vient de « Fol si pur » (Par si fol).
Grincheux : Dans l’Enfant et les Sortilèges de Ravel, l’enfant est grognon et n’a pas envie de faire ses devoirs. Il se rebelle quand sa mère le punit.
C’est en écoutant en 1909 le grand tragédien MOUNET-SULLY à la Comédie-Française interpréter l’Oedipe-roi de SOPHOCLE que Georges ENESCO (1881 – 1955) a l’idée d’écrire son opéra Œdipe. Depuis cette soirée, Enesco restera « comme possédé » par son sujet, qu’il portera plus de vingt ans, de 1909 à 1931.
Le livret est d’Edmond FLEG, un helléniste réputé, et retrace tous les épisodes de la vie d’Œdipe, depuis la faute de son ancêtre Laïos jusqu’à sa retraite dans un lieu caché près d’Athènes.
Œdipe a été créé à l’Opéra de Paris en 1936, et tout de suite reconnu comme une œuvre lyrique majeure du XXe siècle.
Stylistiquement, le langage musical d’Enesco ne doit rien à personne, si ce n’est quelques influences de son ami Maurice RAVEL, notamment dans l’emploi des chœurs.
Le pitch : Victime de la malédiction qui pèse sur les descendants de Laïos, Œdipe subit sa destinée, accumulant les fautes abominables (tuer son père, se marier avec sa mère, être le père de ses frères) tout en restant innocent de ces fautes, puisqu’il cherche toujours à les éviter. Il est le symbole de la fragilité de la destinée humaine face aux arrêts implacables des dieux.
Acte I : À Thèbes, les femmes du palais et les bergers, entourant le grand prêtre, se réjouissent de la naissance du fils de Laïos. Seul le devin Tirésias ne participe pas à la joie générale. En effet, il sait qu’Apollon est apparu à Laïos et lui a défendu d’avoir une postérité, sa race maudite devant s’éteindre avec lui. En concevant avec Jocaste un enfant , il fait porter sur celui-ci le poids de sa faute. Tirésias révèle le destin d’Œdipe, il sera meurtrier de son père, époux de sa mère, frère de ses filles et père de ses frères. Laïos demande à un de ses bergers de conduire le bébé dans une gorge profonde et de le faire mourir.
Acte II : Vingt ans plus tard, à Corinthe, Œdipe a été adopté par le roi Polybos et la reine Mérope. Alors qu’il faisait un sacrifice au temple de Delphes, Apollon lui est apparu et lui a révélé son terrible destin. Il veut fuir Polybos et Mérope qu’il croit être ses parents, afin d’y échapper.
Dans sa fuite, il se trouve au croisement de trois chemins. Alors qu’il se demande par où aller, le roi Laïos arrive sur son char. Son cocher fouette Œdipe qui alors abat Laïos d’un coup de massue, puis il tue le guerrier qui accompagnait le roi, ainsi que son cocher.
Œdipe arrive à Thèbes. C’est la nuit et le veilleur veille. Œdipe s’avance, mais le veilleur le prévient que c’est la mort qui l’attend s’il continue son chemin et réveille la sphinge, qui terrorise la ville. Œdipe veut sauver la ville. Il interroge la sphinge qui lui pose son énigme : « qui est plus fort que le destin ? ».
Œdipe connaît la réponse, c’est « l’homme ». La sphinge est prise d’un rire incontrôlable et meurt. Le veilleur réveille alors tous les Thébains pour qu’ils se réjouissent et on donne à Œdipe la récompense gagnée pour avoir libéré la ville, la main de la reine Jocaste.
Acte III : Vingt ans plus tard, la ville de Thèbes est ravagée par la peste. Le peuple se désole de tous ces enterrements à répétitions. Œdipe a envoyé à Delphes Créon, le frère de Jocaste, pour consulter l’oracle. Celui-ci revient, pour sauver la ville à nouveau, il faut trouver l’assassin de Laïos, qui se trouve dans la ville. Œdipe déclare qu’il faut trouver le meurtrier, l’exil de la cité sera sa punition. Mais si le meurtrier ne se dénonce pas, Œdipe appelle sur lui la malédiction d’Apollon. On appelle Tirésias. Œdipe le soupçonne, mais le devin retourne l’accusation. Il fait témoigner le berger qui a assisté au meurtre du roi Laïos. Quand le berger décrit le crime, Œdipe reconnaît son histoire. Un héraut de Corinthe, envoyé par Polybos et Mérope, qui souhaitent revoir leur « fils ». Il explique qu’il a substitué leur enfant par un enfant trouvé que le berger n’avait pas eu le courage d’exécuter. À ces mots, Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux.
Acte IV : Près d’Athènes, un chœur de vieillards accompagne Thésée qui va invoquer les dieux dans un bois sacré.
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Œdipe arrive, guidé par sa fille Antigone. Créon arrive, suppliant Œdipe de revenir à Thèbes. Celui-ci refuse, mais Créon et ses hommes s’emparent d’Antigone. À ce moment, Thésée et les vieillards apparaissent. Antigone l’implore et Thésée prend Œdipe et sa fille sous sa protection. Œdipe, après avoir prouvé son innocence face à un destin injuste, recouvre la vue et disparaît dans une grotte.
(Source principale : la production de l’Opéra de Paris d’octobre 2021, et le programme associé.)
Dans la mythologie grecque, Prométhée était le fils d’un titan et de Thémis, la déesse de la justice. Il a trompé Zeus lors d’un sacrifice où il a favorisé les hommes. Le dieu en chef s’est alors vengé sur les hommes en les privant du feu, mais Prométhée le leur rendit.
La seconde vengeance de Zeus fut terrrible, il punit les hommes en leur envoyant la première femme, Pandora (Pandore), porteuse d’une boîte qui contenait tous les maux, qui se répandirent sur les hommes. Quant à Prométhée, il le punit en l’enchaînant à une colonne. Son histoire a été racontée par ESCHYLE dans son Prométhée enchaîné. Prométhée était porteur d’un secret concernant Zeus (je vous le dis parce que c’est vous, mais prométhée moi de ne pas le répéter à plus de deux personnes à la fois) : si Zeus s’unissait à Thétis, il en concevrait un fils qui le détrônerait. Prométhée refusa de livrer son secret, préférant subir chaque jour son supplice : un aigle venait lui boulotter le foie tous les jours, mais Prométhée étant immortel, son foie repoussait toujours. Au bout de quelques siècles, c’est Héraclès qui finira par le délivrer, en tuant l’aigle d’une flèche bien ajustée.
Cette légende a inspiré bien des compositeurs, surtout à partir de l’époque du romantisme où Prométhée représentait l’orgueil humain qui se révoltait contre les dieux.
GOETHE écrira un Prométhée en 1773 alors que Lord BYRON écrira le sien en 1816.
En musique, BEETHOVEN composera la musique d’un ballet, les Créatures de Prométhée, dont l’ouverture est régulièrement jouée en concert.
En 1849 est créé le Prométhée de Fromental Halévy.
En 1856, c’est LISZT qui s’y colle, avec son poème symphonique Prometheus, qui était à l’origine une musique de scène avec chœur écrite en 1850 pour un drame de Herder.