Après « Offrandes obscures », de Maeterlinck, voici un poème d’Albert Samain « Je rêve de vers doux », paru en 1893 dans le recueil Au Jardin de l’infante.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Je rêve de vers doux et d’intimes ramages,
De vers à frôler l’âme ainsi que des plumages,
De vers blonds où le sens fluide se délie
Comme sous l’eau la chevelure d’Ophélie,
De vers silencieux, et sans rythme et sans trame
Où la rime sans bruit glisse comme une rame,
De vers d’une ancienne étoffe, exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée,
De vers de soir d’automne ensorcelant les heures
Au rite féminin des syllabes mineures.
De vers de soirs d’amour énervés de verveine,
Où l’âme sente, exquise, une caresse à peine,
Et qui au long des nerfs baignés d’ondes câlines
Meurent à l’infini en pâmoisons félines,
Comme un parfum dissous parmi des tiédeurs closes,
Violes d’or, et pianissim’amorose…
Je rêve de vers doux mourant comme des roses.
Citations musicales :
La chevelure d’Ophélie : Ambroise Thomas Hamlet scène de la folie.
Glisse comme une rame :Lully Alceste « Il faut passer tôt ou tard ».
D’automne : Vivaldi Les quatre saisons l’automne.
Exquise : Fauré l’Heure exquise (Colloque sentimental).
Baignés d’ondes câlines : Chausson Poème de l’amour et de la mer.
Pianissim’amorose : Wagner L’Or du Rhin prélude (pianissimo).





