Compositrices, Contes et légendes, Divers, Mythologie

LES ANIMAUX FANTASTIQUES – 2 – SPHINX, SIRÈNES ET AUTRES.

Ayant récemment visité l’exposition Les Animaux fantastiques au Louvre-Lens, quelques idées de mise en musique me sont venues à l’esprit.

Depuis la plus haute antiquité, et dans toutes les civilisations, des créatures fantastiques hantent l’imaginaire collectif. La puissance imaginaire de ces créatures est toujours vivace aujourd’hui, où on la retrouve dans toutes sortes de médias modernes, comme le cinéma, la bande dessinée, le jeu vidéo ou encore cette partie de la littérature que l’on appelle fantasy.

Les Métamorphoses d’Ovide.

Cinq animaux emblématiques peuplent l’exposition : Dragons, griffons, sphinx, licornes et phénix, mais d’autres créatures font également leur apparition.

J’ai déjà traité des dragons dans un premier billet sur les animaux fantastiques.

Le Sphinx : Le sphinx est un personnage central dans toutes les représentations mettant en scène Œdipe. Ainsi dans Œdipe, d’Enesco, la sphinge pose à Œdipe la question, « qu’est-ce qui est plus fort que le destin ? » Œdipe connaît la réponse, ce qui causera la mort de la sphinge.

Cliquez sur la sphinge

Le griffon : je n’ai pas trouvé de représentations des griffons dans le domaine musical.

Les licornes : Dans l’adaptation assez libre des aventures de Tintin par Spielberg, le Secret de la licorne, on retrouve Bianca Castafiore, le Rossignol milanais, pour qui le compositeur John Williams a écrit une partition.

Cliquez sur l’image

La Dame à la licorne est un ballet de Jacques Chailley chorégraphié par Heinz Rosen, dont les décors et les costumes sont signés Jean Cocteau.

Le phénix : …

Les autres animaux fantastiques : Parmi les autres créatures fantastiques, on trouve les sirènes. Les sirènes, dans la mythologie grecque, étaient des créatures marines mi-femmes, mi-oiseaux. Musiciennes, elles étaient dotées d’une voix telle que quand un marin les entendait, il était fatalement attiré vers elles et se noyait.

Cliquez sur les sirènes

Dans Alcina de Haendel, écrit d’après l’Orlando furioso, la magicienne Alcina transforme ses anciens amants en monstres affreux qui veillent sur son royaume enchanté. Heureusement, Ruggiero réussira à vaincre ses enchantements et à libérer les malheureux.

Cliquez sur Ruggiero libérant les malheureux

Dans la fameuse scène de la Gorge aux loups du Freischütz de Weber, scène où Max et Kaspar invoquent le diable à minuit dans une gorge perdue au fond de la forêt, toutes sortes d’animaux fantastiques font leur apparition.

Cliquez sur la fameuse scène de la gorge aux loups

Le Freischütz est dernier avatar du mouvement gothique et le premier opéra vraiment romantique. Comment dès lors ne pas penser aux loups-garous et autres vampires qui illustrent ce mouvement littéraire ?

Cliquez sur l’ouverture du Vampire de Marschner

Dans Les Trachiniennes, Sophocle nous raconte la mort d’Héraclès, tué par sa femme Déjanire qui, jalouse, a enduit la tunique de Nessus (un centaure vaincu par Héraclès dans ses douze travaux) du sang de l’hydre de Lerne (un autre monstre tué par Héraclès), pour le rendre fidèle. Malheureusement, c’est en revêtant cette tunique empoisonnée que le héros trouve la mort. Déjanire se tuera quand elle comprendra son erreur. Cette pièce a servi de base à Haendel pour son oratorio Hercules.

La légende de Déjanire a également été portée à l’opéra par Camille SAINT-SAËNS en 1898 aux arènes de Béziers. (Attention, rareté !)

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

(Source principale : l’exposition Animaux fantastiques du Louvre-Lens, du 27 septembre 2023 au 22 janvier 2024.)

Et pour prolonger ce petit tour des animaux fantastiques, je vous propose de vous rendre sur les pages que l’éminent vexillologue qu’est John Duff a consacrées à ces aimables bestioles.

Cinéma, Contes et légendes, Mythologie

LES ANIMAUX FANTASTIQUES – 1 – LES DRAGONS

Ayant récemment visité l’exposition Les Animaux fantastiques au Louvre-Lens, quelques idées de mise en musique me sont venues à l’esprit.

Depuis la plus haute antiquité, et dans toutes les civilisations, des créatures fantastiques hantent l’imaginaire collectif. La puissance imaginaire de ces créatures est toujours vivace aujourd’hui, où on la retrouve dans toutes sortes de médias modernes, comme le cinéma, la bande dessinée, le jeu vidéo ou encore cette partie de la littérature que l’on appelle fantasy.

Cinq animaux emblématiques peuplent l’exposition : Dragons, griffons, sphinx, licornes et phénix, mais d’autres créatures font également leur apparition.

Les dragons : Sponténement, quand on me dit dragon et opéra, je pense à Wagner et à son Siegfried où le géant Fafner, après avoir volé l’Or du Rhin, se métamorphose en dragon pour mieux veiller sur cet or, dans une grotte perdue au milieu de la forêt.

Cliquez sur Siegfried et le dragon

On peut noter que déjà dans l’Or du Rhin, le nain Alberich, à l’origine de la malédiction de l’anneau, se métamorphose d’abord en dragon, puis en crapaud. C’est sous cette forme que Wotan et Loge le capturent pour lui voler son anneau maudit.

Cliquez sur Alberich transformé en dragon

En cherchant un peu, on trouve aussi deux dragons dans Sémélé de Haendel. En effet, Sémélé habite un palais que Jupiter a fait construire pour elle, palais qui est gardé par deux féroces dragons. Pour pouvoir accéder à Sémélé, la jalouse Junon fait appel à Somnus, le dieu du sommeil, pour endormir ces dragons.

Cliquez sur Junon et Somnus

Au début de la Flûte enchantée de Mozart, un redoutable serpent, proche d’un dragon, attaque le prince Tamino.

Cliquez sur l’image

Dans l’Apocalypse de Jean, la lutte des anges contre le Dragon et la Bête de l’Apocalypse devient une lutte du bien contre le mal. Messiaen a illustré ce combat dans son Quatuor pour la fin du temps.

Cliquez sur l’image

Certains animaux fantastiques sont spécialisés dans la protection rapprochée des souverains. Sphinx et griffons gardent les trônes dans l’antiquité proche tandis qu’en Extrême-Orient, les dragons et les phénix protègent empereurs et impératrices.

Il y avait un très joli dragon chinois dans Nixon in China, et c’est d’ailleurs dans le costume du dragon que le chef d’orchestre Gustavo Dudamel est revenu sur scène lors des représentations de l’Opéra Bastille.

Cliquez sur l’image

(Source principale : l’exposition Animaux fantastiques du Louvre-Lens, du 27 septembre 2023 au 22 janvier 2024.)

Et à bientôt pour une nouvelle série d’animaux fantastiques.

Compositrices, Divers, Métiers, Mythologie

ELLES FILENT, ELLES FILENT, LES FILEUSES

Ayant rencontré dans mon billet récent sur le Viol de Lucrèce, de Britten, des fileuses, je me suis demandé quelles autres fileuses on peut rencontrer dans l’univers de la musique dite classique.

Une des plus connues est sans doute Marguerite au rouet (Gretchen am Spinrad) d’inspiration Gœthienne avec une superbe mise en musique par Schubert.

Cliquez sur l’image

Dans ses Romances sans paroles, Mendelssohn a écrit « la Fileuse ».

Cliquez sur le pianiste

Wagner nous en offre deux occurrences, la première dans le Vaisseau fantôme,

Cliquez sur les fileuses

et la deuxième dans le prologue du Crépuscule des dieux, quand les Nornes tressent la toile du destin pour voir l’avenir.

Cliquez sur la partition

En 1868, Pauline Viardot composait un chœur des fileuses dans son opérette l’Ogre.

À peu près à la même époque (en 1869), Saint-Saëns faisait filer le rouet à Hercule aux pieds de sa femme Omphale dans son poème symphonique le Rouet d’Omphale.

Cliquez sur l’image

Peu après, le conte de Perrault la Belle au bois dormant a été mis en musique par Tchaïkovski. Dans ce conte, la princesse Aurore victime de la malédiction d’une méchante fée se pique le doigt le jour des 18 ans. Avant lui, Hérold avait déjà composé un ballet sur ce même conte, avec un argument de Scribe.

Cliquez sur la princesse qui vient de se piquer le doigt sur une quenouille
Cliquez sur la princesse Aurore au moment où elle va se piquer au fuseau

À peu près à la même époque, en 1886, Cécile Chaminade composait ses 6 études de concert, dont la troisième est intitulée « fileuse ».

Cliquez sur l’image

En 1898, Fauré compose une musique de scène pour Pelléas et Mélisande, de Maeterlinck. La deuxième pièce est intitulée « la Fileuse ».

Cliquez sur la fileuse

Enfin, en 1946, Britten fait intervenir un duo de fileuses dans son opéra Le Viol de Lucrèce.

Cliquez sur les fileuses

Retrouvez bientôt un autre métier avec « Elles tissent, elles tissent, les tisseuses », et pour attendre vous pouvez toujours cliquer sur le bonus surprise mystère.

Cliquez sur le bonus surprise mystère
Écrivains, Mythologie

HOMÈRE (VIIIe siècle av. J.-C.) 2 – L’ODYSSÉE

image Homère

« Dico Homerum Caecum fuisse », disait le grand Gaffiot ! (traduction : On dit qu’Homère était aveugle.)

La tradition attribue à Homère deux des plus anciennes œuvres occidentales, l’Iliade et l’Odyssée. L’Odyssée raconte le périple qu’a dû suivre Ulysse pour retourner chez lui après la guerre de Troie.

De par leur portée archétypale, les aventures d’Ulysse ont toujours inspiré les compositeurs, et ce dès Monteverdi avec son Retour d’Ulysse dans sa Patrie (il Rittorno d’Ulisse in patria sua).

Ulysse était le roi d’Ithaque, marié à Pénélope dont il a eu un fils, Télémaque. Héros de la guerre de Troie, et donc de l’Iliade. Il mettra dix ans à rentrer chez lui, dix ans d’aventures plus merveilleuses les unes que les autres. En effet, Poséidon s’opposera à ce retour, mais heureusement la déesse Athéna protège Ulysse.

Dans son périple, il échappe aux pièges des monstres marins Charybde et Scylla, combat le cyclope Polyphème, réussit à écouter le terrible chant des sirènes, passe un an auprès de l’enchanteresse Circé.

On trouve le personnage de Polyphème dans Acis et Galathée, de Lully (1686), dans Polyphème (1700) de Clérambault et dans Acis and Galatea d’Haendel (1718) ou encore dans Polifemo (1735) de Porpora.

Plus près de nous, Jean Cras écrira Polyphème (1914) sur un texte du poète symboliste Albert Samain.

Poséidon envoie le navire d’Ulysse aux confins du monde connu, dans l’île de la nymphe Calypso auprès de qui il reste sept ans avant d’être repris par la nostalgie de sa patrie. Destouches a écrit en 1714 un curieux Télémaque et Calypso où la nymphe est amoureuse du fils d’Ulysse!

Quand enfin, il parvient à revenir chez lui, Ulysse doit encore combattre les prétendants à sa succession, qui poussent Pénélope à se remarier. Pénélope, symbole de la fidélité, leur a promis qu’elle se marierait avec l’un d’entre eux quand elle aurait fini de faire sa tapisserie, mais ce qu’elle ne leur a pas dit, c’est que toutes les nuits, elle défait ce qu’elle a tapissé le jour.

Outre Destouches, Télémaque a inspiré Campra (Télémaque, fragmens des modernes [1704]), Scarlatti (1718), Lesueur et Boïeldieu.

Le personnage de Pénélope a inspiré Scarlatti (1696), Galuppi (1741), Piccini (1785) et enfin Fauré (1913).

Plus près de nous, Ulysse continue à inspirer les compositeurs, puisqu’on trouve un Ulisse (1968)de Dallapicola, un Ulysses (1904) de Samuel Coleridge-Taylor.

Enfin en 2018, le jeune compositeur Jules Matton écrit un opéra pour enfants, l’Odyssée, créé au théâtre impérial de Compiègne. Il s’agit d’une pièce pour 12 paysages, solistes, quatuor à cordes et orphelins d’après l’œuvre de Homère.

Écrivains, littérature, Mythologie

HOMÈRE (VIIIe siècle av. J.-C.) 1 -L’ILIADE

image Homère

« Dico Homerum Caecum fuisse », disait le grand Gaffiot ! (traduction : On dit qu’Homère était aveugle.)

En fait on ne sait pas si l’aède Homère a réellement vécu. La tradition lui attribue pourtant deux des plus anciennes œuvres occidentales, l’Iliade et l’Odyssée. L’Iliade raconte la fin de la guerre de Troie alors que l’Odyssée raconte le périple qu’a dû suivre Ulysse pour retourner chez lui après la guerre de Troie.

De par leur portée archétypale, ces deux œuvres ont inspiré un grand nombre de compositeurs, et ce dès Monteverdi, le fondateur du genre opéra, qui a écrit en 1640 le Retour d’Ulysse dans sa Patrie d’après l’Odyssée. J’y reviendrai dans l’article sur l’Odyssée.

Parmi les nombreux personnages de l’Iliade, la plus connue est certainement Hélène (dite Hélène de Troie). Hélène était la fille de Léda, issue de ses amours avec Zeus métamorphosé en cygne pour la séduire. C’est donc aussi la sœur des jumeaux Castor et Pollux. Femme du roi Ménélas, elle fut enlevée par Pâris, ce qui déclencha la guerre de Troie. On la retrouve dans l’opérette la Belle Hélène d’Offenbach.

Offenbach la belle Hélène Au mont IdaCliquez sur l’image

Autre héros qui apparaît dans l’Iliade, Enée combat Diomède et est protégé par sa mère Aphrodite. À la fin de la guerre de Troie, il se réfugie sur le mont Ida, puis part en Italie avec la reine Didon, mais c’est une autre histoire. C’est l’Enéide, racontée par Virgile.

Enée a inspiré Berlioz dans son opéra-fleuve Les Troyens.

Berlioz les Troyens nuit d'ivresseCliquez sur l’image et frissonnez !

Le personnage d’Achille a été mis en musique par Lully et Colasse en 1688 dans Achille et Polyxène. Achille était un héros qui, offensé par Agamemnon, se retire du combat, laissant les grecs mourir. C’est à la mort de son ami Patrocle qu’il se décide à revenir au combat, où il tuera Hector.

Lully Colasse Achille et Plyxène ouvertureCliquez sur l’ouverture

On retrouve Achille une cinquantaine d’années plus tard dans Achille et Déidamie (1735) de Campra.

Campra Achille et Déidamie Timbales et trompettesCliquez sur l’image

Achille est aussi le héros de Achille à Syros de Métastase, mis en musique par Caldara, par Corselli, par Gassmann et par Sarro.

Caldara Achille in Sciro InvolarmiCliquez sur l’image

Gassmann Achille in Sciro InvolarmiCliquez sur l’image

C’est aussi un des personnages secondaires de l’Iphigénie en Aulide (1774) de Gluck.

Et si vous voulez une petite surprise, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise mystère si vous voulez une petite surprise

(Sources principales : Dictionnaire des personnages, collection Bouquins Laffont, 1999 et Dictionnaire de la Musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, sous la direction de Marcelle Benoit, éditions Fayard 1992.)

Maria Callas, Mes opéras préférés, Mythologie

NABUCCO, de VERDI (1841)

Nabucco est un des premiers succès de Verdi. Achevé en 1841 et créé en 1842 à la Scala de Milan, son côté patriotique a fait de Verdi le porte-parole de la révolte contre l’occupant autrichien, le fameux chœur « Va pensiero » devenant vite un hymne pour les partisans de la liberté. Parmi les chanteuses de la création figurait Giuseppina Strepponi, qui deviendra plus tard la maîtresse de Giuseppe Verdi, puis sa femme.

Le pitch : Roméo et Juliette à Babylone. Ismaël, neveu du roi des Hébreux et Fenena, fille de Nabuchodonosor, roi de Babylone, s’aiment, mais les deux peuples sont en guerre.

Acte I : Dans le temple du roi Salomon, à Jérusalem. Alors que les troupes de Nabuchodonosor, le roi de Babylone, menacent la ville, les Hébreux supplient leur seigneur de leur venir en aide. Zaccaria, le grand prêtre, a pris en otage Fenena, la fille de Nabucco, et compte s’en servir pour faire la paix avec les Babyloniens.

Ismaël, le neveu du roi des Hébreux, vient annoncer que les Babyloniens arrivent et que rien ne semble pouvoir les arrêter. Zaccaria exhorte les Hébreux à aller les repousser.

Verdi Nabucco Come notte a sol fulgenteCliquez sur Zaccharia et les Hébreux

Ils sortent, laissant Ismaël et Fenena seuls. Fenena rappelle à Ismaël qu’elle l’avait fait libérer de Babylone. Les deux jeunes gens, qui s’aiment, s’apprêtent à prendre la fuite quand arrive Abigaïlle, qui prétend être une fille adultérine de Nabucco, avec une troupe de Babyloniens déguisés en Hébreux. Abigaïlle, qui est amoureuse d’Ismaël se dit prête à sauver les Hébreux s’il laisse tomber Fenena. (Trio : Io t’amava).

Verdi Nabucco Prode guerrier... Io t'amava !Cliquez sur Ismaël, Abigaïlle et Fenena

Nabucco est entré dans le temple sacré de Jérusalem et veut piller la ville. Zaccaria menace de tuer sa fille Fenena, mais Ismaël s’interpose et arrête son geste. Nabucco livre alors le temple à ses troupes et capture les Hébreux, qui maudissent Ismaël qui a trahi leur patrie en sauvant Fenena. (Quintette : « Mio furor no fui costrette »).

Verdi Nabucco Mio furor, non pi costrettoCliquez sur l’image

Acte II : Dans le palais de Babylone. Abigaïlle, qui se croyait la fille de Nabucco, découvre qu’il n’en est rien. Nabucco laisse le soin à sa fille Fenena de gouverner Babylone pendant son absence. Abigaïlle est furieuse, d’autant que Fenena fait libérer les Hébreux.

Verdi Nabucco Ben io t'invenniCliquez sur Abigaïlle

Ismaël est convoqué par les prêtres hébreux pour répondre de sa trahison mais Anna, la sœur de Zaccaria, prend sa défense et explique qu’il n’a pas sauvé la vie d’une infidèle, mais d’une Juive, car Fenena s’était convertie au judaïsme.

Verdi Nabucco Tu sul labbroCliquez sur Zaccaria

Abigaïlle arrive et demande la couronne à Fenena, mais Nabucco survient à son tour et s’en empare. Il commence par se moquer du dieu des Babyloniens, Belos, puis du dieu des Hébreux, en menaçant Zaccaria et les siens. Le dieu des Hébreux lui lance un éclair et sa couronne roule au sol. Nabucco devient fou alors que la couronne est prestement récupérée par Abigaïlle.

Acte III : Les jardins suspendus de Babylone. Abigaïlle siège sur le trône et le grand prêtre babylonien veut lui faire signer la condamnation à mort des Hébreux. Elle feint d’hésiter quand arrive Nabucco, le roi déchu. Abigaïlle se moque de lui, et lui demande d’apposer son sceau sur la condamnation des Hébreux, ce qu’il fait, signant par là la mort de sa propre fille Fenena. À Abigaïlle qui lui rappelle qu’elle aussi est sa fille, il lui déclare qu’elle n’est que la fille d’un esclave. Abigaïlle déchire le parchemin qui prouve sa basse extraction et demande aux gardes d’emmener le roi déchu, qui demande une dernière fois la grâce de sa fille Fenena. (Duo : « Di qual onta aggravarsi ».)

Verdi Nabucco Oh, di qual'onta aggravasiCliquez sur Nabucco

Sur les bords de l’Euphrate, les Hébreux pleurent leur patrie perdue (Chœur : « Va pensiero ».)

Verdi nabucco va pensieroCliquez sur le chœur des Hébreux se lamentant sur les bords de l’Euphrate

Zaccaria leur demande d’arrêter de pleurer et leur annonce que le Dieu d’Israël vaincra les idoles babyloniennes.

Acte IV : Dans le palais de Babylone. Nabucco sort d’un cauchemar et entend des cris dans la cour. Il va à la fenêtre et voit sa fille enchaînée. Il appelle alors le dieu d’Israël à l’aide, implorant son pardon. À ce moment, son fidèle Abdallo arrive avec des soldats. Il lui rend son épée royale et lui offre de reconquérir son trône.

Les Hébreux prisonniers traversent les jardins suspendus. Zaccaria exhorte Fenena à mourir en martyre. C’est alors qu’arrive Nabucco, qui ordonne de briser la statue de Belos. Celle-ci tombe miraculeusement toute seule et se brise. Nabucco libère les Hébreux et leur ordonne de construire un temple pour leur dieu.

Pendant que tous louent le grand Jéhovah, deux soldats arrivent avec Abigaïlle, qui s’est empoisonnée. Elle avoue sa faute et demande pardon avant de mourir. (Air : « Su me… morente… esanime… »). Zaccario adresse une prophétie à Nabucco : « en servant Jéhovah, tu deviendras le roi des rois ! »

Verdi Nabucco Su me morente, esanime...Cliquez sur Abigaïlle

(Source principale : les représentations des arènes de Vérone en 1981, et le DVD associé).

Écrivains, littérature, Mythologie

OVIDE (43 av. J.-C., 18 ap. J.-C.)

Le poète latin Ovide naît en 43 avant Jésus-Christ à Sulmone, dans les Abruzzes. Il suit ses études à Rome avant de faire le traditionnel voyage en Grèce. Il vit sous le règne de l’empereur Auguste.

Autour de l’an I, il écrit l’Art d’aimer, un recueil poétique et érotique autour de la séduction et de l’amour. Bafouant les règles de la morale, cet ouvrage déplaît à l’empereur Auguste qui bannit son auteur et l’envoie en exil sur les bords de la mer noire. C’est là qu’Ovide achèvera son autre grande œuvre, les Métamorphoses.

Dans les Métamorphoses, Ovide décrit les transformations (les métamorphoses) célèbres à son époque, en remontant aux origines du monde. Il s’agit de métamorphoses de dieux ou d’humains, décrites dans les mythologies grecques ou latines.

Ovide meurt en exil en 17 ou 18 après Jésus-Christ, à l’âge approximatif de 60 ans.

En tant que compilation des grandes figures de la mythologie, il n’est pas étonnant que ces Métamorphoses aient donné lieu à une incroyable quantité d’opéras ou d’œuvres lyriques.

Le recueil des Métamorphoses est découpé en 15 livres.

J’ai déjà parlé des livres I et II dans mon premier article sur Ovide. Le livre I est consacré à l’origine du monde est aux premiers âges de l’humanité.

falvetti il diluvio universaleCliquez sur l’image

La fin du livre I et le début du livre II nous racontent les malheurs de Phaéton, fils du soleil. Le livre II se poursuit avec le mythe de la nymphe Callisto, une suivante de Diane.

Les livres III et IV ont été abordés dans le deuxième article consacré aux Métamorphoses. Le livre III commence par le destin de Cadmos parti chercher sa sœur Europe, enlevée par Zeus. On y trouve aussi la légende de Sémélé, cette humaine qui s’est brûlée en voulant approcher de trop près Jupiter. Cette histoire a été mise en musique par Haendel.

Haendel Sémélé No no, I'll take no lessCliquez sur Sémélé

Dans le livre IV, outre les innombrables coucheries et jalousies entre dieux et déesses, on trouve la légende de Pyrame et Thisbé, un archétype du mythe moderne de Roméo et Juliette.

J’ai traité le livre VI dans le troisième article consacré aux Métamorphoses.

Steffani Niobe JarrouskyCliquez sur Niobé

C’est aussi dans le livre VI qu’Ovide nous parle des Boréades. L’histoire de ces fils de Borée a donné lieu à un opéra de Rameau.

Dans le livre VII, Ovide aborde la légende de Céphale et Procris, mais aussi celles de Médée ou de Thésée. Cette légende de Céphale et Procris sera portée à l’opéra par Élisabeth Jacquet de la Guerre et par Grétry. C’est aussi le premier opéra écrit en russe, en 1755, par Araja, compositeur italien appelé à la cour de Russie pour y écrire des opéras.

Jacquet de la Guerre Céphale et Procris Funeste mortCliquez sur l’image

Dans le livre VIII, Ovide nous raconte les aventures d’Ariane, du Minotaure et de Dédale et Icare.

Le livre IX est consacré aux différentes aventures du demi-dieu Hercule.

Haendel Hercules To him your grateful notes of praise belongCliquez sur l’image

Dans le livre X, il nous parle de Pygmalion, mis en musique par Rameau, entre autres compositeurs.

Le livre XII est consacré à la malheureuse Iphigénie.

Gluck iphigénie en Tauride la calme rentre...Cliquez sur Oreste

Le livre XIII nous livre la version d’Ovide du Siège de Troie et des aventures d’Ulysse, ainsi que la légende d’Acys et Galathée et Polyphème.

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse finalCliquez sur Pénélope et Ulysse

Les aventures d’Enée se trouvent dans les livres XIII et XIV.

Purcell Didon NormanCliquez sur Didon (sans Enée)

Voilà, il y a encore beaucoup de légendes, et d’opéras associés. Et si vous lisiez les Métamorphoses d’Ovide ?

Contes et légendes, Mythologie

DRACULA, ET AUTRES VAMPIRES

Dracula, de Bram Stoker, est sans doute le plus connu des romans de vampires. Pourtant, publié en 1897, ce roman n’est que l’aboutissement d’un long processus s’étant opéré au XIXe siècle, et issu du roman gothique anglais.

L’un des premiers romans « vampirique » est le Vampire (1819) de Polidori. Polidori était un jeune médecin attaché au service de Lord Byron, et il était avec celui-ci et Mary Shelley en Italie lors du fameux « concours » d’histoires macabres. La participation de Mary Shelley à ce concours a été son roman Frankenstein (1818).

En tant que texte fondateur de la littérature vampirique, le Vampire n’a pas tardé à être adapté à l’opéra par Marschner, avec Der Vampyr (1829). Cette même année, une autre adaptation a été faite par Von Lindpaintner.

Marschner der Vampyr ouvertureCliquez sur l’image

Dès 1820, Charles Nodier adapte ce roman pour en faire un mélodrame en français sur une musique de Piccini.

En 1854, c’est un autre texte fondateur du roman gothique, le Moine de Lewis, que Scribe adapte pour Gounod avec sa Nonne sanglante. Le caractère vampirique de cette nonne est clairement indiqué avec « Cette religieuse fantomatique aux vêtements tachés de sang qui inflige au héros des baisers vampiriques ».

Gounod La Nonne sanglante 2Cliquez sur la Nonne sanglante aux baisers vampiriques

Après la parution du Dracula de Stoker, la carrière des vampires est entrée durablement dans notre culture, et on ne compte pas le nombre d’adaptations, au cinéma notamment, de ce mythe.

En 2002 Pierre Henry, l’inventeur de la musique électroacoustique revisite certains thèmes wagnériens avec Dracula, ou la lumière troue le ciel.

Henry Dracula épisode 1Cliquez sur l’image

Cette pièce a elle-même été revisitée par le jeune et brillant Othman Louati et Augustin Muller en 2017, qui ont orchestré certains des passages enregistrés sur bande magnétique par Henry.

Louati DraculaCliquez sur la bande-annonce

(Source principale : la remarquable introduction d’Alain Morvan au volume Dracula, et autres écrits vampiriques de la bibliothèque de la Pléiade, 2019.)

Mes opéras préférés, Mythologie

HERCULES, de HAENDEL (1744)

Hercules a été écrit par Haendel en 1744, et créé sans succès à Londres début 1745.

Techniquement parlant, Hercules de Haendel est, comme l’était Semele, un oratorio, et pas un opéra. C’est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Ça veut dire une présence du chœur renforcée, avec un effectif plus conséquent, se rapprochant, par exemple, de cet autre chef-d’œuvre qu’est le Messie (Messiah).

On a heureusement pris l’habitude au XXxe siècle de donner Hercules en représentation à l’opéra. Le scénario est inspiré des Trachiniennes, de Sophocle, et raconte comment Déjanire, la femme d’Hercule jalouse de la princesse Iole, va faire mourir son mari.

L’histoire commence alors qu’Hercule est parti au combat, pour se venger d’Eurytos, roi d’Oechalie, qui lui avait promis sa fille Iole comme prix d’un concours et n’avait pas tenu sa promesse. Hercule a ravagé le royaume d’Oechalie et a fait prisonnière Iole. Pendant ce temps en Thrace, son peuple et sa femme Déjanire sont sans nouvelle du héros.

Acte I : Une conseillère de Déjanire déplore l’inconsolable chagrin de celle-ci, persuadée que son mari Hercule est mort au combat. Les oracles consultés confirment cette mort, mais Hyllus, leur fils, ne veut pas les croire. Il veut partir à sa recherche, encouragé par le peuple quand Lichas annonce le retour d’Hercule. Celui-ci arrive avec des captifs, dont Iole, la fille d’Eutyros qu’Hercule était parti combattre. Sa grande beauté ne manque pas d’intéresser Hyllus ! Se trouvant face à Hercule, Iole revoit et revit la mort de son père.

Haendel Hercules My father Ah methinks I seeCliquez sur Iole

Hercule annonce que le temps des combats est fini, laissant la place au temps de ses amours avec Déjanire

Acte II : Iole chante sa nostalgie d’un bonheur simple, tandis que Déjanire est persuadée qu’Hercule la trompe avec la trop belle jeune fille.

Haendel Hercules When beauty sorrow's livery wearsCliquez sur l’image

Lichas observe la montée de la jalousie chez Déjanire, alors qu’Hyllus se désespère face à l’indifférence d’Iole, qui n’éprouve aucune sympathie pour le fils de celui qui a tué son père. Hyulle se défend en rappelant le pouvoir universel de l’amour.

Haendel Hercules Jealousy Infernal PestCliquez sur l’image

Pendant qu’Hercule doit faire respecter les rites liés à sa victoire, Déjanire confie à Lichas une tunique destinée à son mari. C’est la tunique de Nessus, une des victimes d’Hercule, tunique qui imbibée de son sang est censée ramener la fidélité dans le cœur de son mari.

Acte III : Lychas raconte qu’Hercule, ayant revétu la tunique offerte par sa femme, a été empoisonné par ce vêtement.

Haendel Hercules Ye sons of Trachin, mourn you valiant chiefCliquez sur l’image

Il est mort dans d’atroce souffrances, en maudissant Déjanire et sa vengeance. Il demande à son fils de mourir sur un bûcher au sommet du mont Oeta.

Quand on informe Déjanire de l’arrivée d’Hercule à l’Olympe, elle se rend compte qu’elle est responsable de la mort de son mari et sombre dans la folie.

Haendel Hercules Where shall I flyCliquez sur Déjanire sombrant dans la folie

Tant de malheur suscite la pitié de Iole.

haendel Hercules My breast with tender pity swellsCliquez sur Iole prise de pitié pour Déjanire

Jupiter décrète alors l’union d’Iole et d’Hyllus ! Le peuple se réjouit de cette fin heureuse.

Haendel Hercules To him your grateful notes of praise belongCliquez sur le peuple se réjouissant de cette fin heureuse

(Source principale : le DVD/Blue Ray du spectacle de l’Opéra de Paris en 2004).

Et si vous en voulez un peu plus, vous pouvez cliquer sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise mystère si vous en voulez un peu plus

Divers, Mythologie

AUBES ET AURORES (AU PETIT MATIN…)

« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
– Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »

Giraudoux : Électre

Après le billet consacré au crépuscule du soir, en voici un consacré au crépuscule du matin, encore appelé aube ou aurore.

Éos, déesse grecque de l’aurore était sœur d’Hélios (le soleil) et de Séléné (la lune). On la trouve dans un mythe souvent mis en musique, celui de Céphale et Procris, et ce dès 1694 avec la tragédie lyrique d’Élisabeth Jacquet de la Guerre, puis dans le premier opéra écrit en russe par l’Italien Araja en 1755, et en 1773 dans l’opéra de Grétry et encore en 1934 dans l’opéra de Krenek.

céphale et procris jacquet de la guerre

Cliquez sur l’image

céphale et procris araja

Cliquez sur l’image

La Khovantchina de Moussorgski commence à l’aube quand une patrouille de soldats se rémémore avec joie les massacres qu’ils ont fait la veille.

Moussorgski la Khovantchina danses persanes 2Cliquez sur l’image

Dans Tosca (1899) de Puccini, au début du 3e acte, on entend un extraordinaire concert des cloches de Rome qui sonnent pour saluer le lever du jour. Juste après, Cavaradossi, le héros condamné à mort, chante l’air  » E lucevan le stelle  » (un des grands airs du répertoire), dans lequel il se souvient des bons moments passés sous les étoiles auprès de son amante Flora Tosca.

tosca acte 3

Cliquez sur l’image