littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« TOMBEAU », de MALLARMÉ (1897)

Après Quand l’ombre menaça de la fatale loi de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui donc, Tombeau, un poème de 1896 et paru en 1897 pour 1er anniversaire de la mort de VERLAINE. Sans (grande) surprise, on retrouve des thèmes déjà abordés dans le Tombeau d’Edgar Allan POE, Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change.

Le noir roc courroucé que la bise le roule

Kubrick 2001 monolithe

Ne s’arrêtera ni sous de pieuses mains

Tâtant sa ressemblance avec les maux humains

Comme pour en bénir quelque funeste moule.

Ici presque toujours si le ramier roucoule

Messager les deux pigeonsCliquez sur l’image

Cet immatériel deuil opprime de maints

Nubiles plis l’astre mûri des lendemains

Dont un scintillement argentera la foule.

Qui cherche, parcourant le solitaire bond

Tantôt extérieur de notre vagabond

Schubert Wanderer FantasieCliquez sur la partition

Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine

À ne surpendre que naïvement d’accord

La lèvre sans y boire ou tarir son haleine

Un peu profond ruisseau calomnié la mort.

Berlioz la Damnation de Faust Sans regrets j'ai quittéCliquez sur l’image

Citations:

Le noir roc : Requiem de LIGETI, tel qu’on peut l’entendre dans le film 2001, a Space Odyssey de KUBRICK.

Si le ramier roucoule: MESSAGER Les deux Pigeons (d’après la FONTAINE).

notre vagabond : SCHUBERT Wanderer Fantasie (Fantaisie du voyageur)

la lèvre sans y boire : BERLIOZ la Damnation de Faust « Sans regrets j’ai quitté ». Las de vivre, le docteur Faust approche de ses lèvres une coupe de cristal contenant du poison.

Divers, Fantaisie, Histoire de l'opéra, Mes opéras préférés, Nature, Premier avril, Sciences

LE CANTIQUE DES QUANTIQUES

L’événement semble passer largement inaperçu, c’est pourtant ce soir (1er avril 2023) que sera créé, en direct du CERN sous les yeux des spectateurs, le dernier opéra de Stephen HAWKING, et le premier opéra quantique de l’histoire.

On se souvient de la catastrophique production de l’Opéra de Paris, convoquant Stephen Hawking dans une mise en scène de la Damnation de Faust de BERLIOZ (avec l’approche simpliste suivante, Faust = savant et savant = Hawking).

Berlioz la Damnation de Faust final (Hawking)Cliquez sur l’image

Mais ce n’est pas de cet « hommage » raté que je vais vous parler aujourd’hui, mais bien de la création du premier opéra quantique de l’histoire, sous-titré « Des Trous de vers au cœur des trous noirs« .

Suivant le classement de G.B.SHAW, nous sommes ici dans une configuration originale (S+B / TdV ), puisqu’une étoile (soprano) est attirée par un trou noir (basse), alors qu’un trou de vers (TdV) cherche à les séparer.

Le pitch : Les trous noirs sont des régions singulières de l’espace-temps, créées par l’effondrement d’une étoile supermassive sur elle-même, créant un champ gravitationnel si intense que la matière qui l’approche ne peut s’en échapper. Mieux, la lumière elle-même, composée de photons, est attirée inéluctablement par le trou noir. Dès lors, aucune lumière ne peut en provenir, d’où le nom de trou noir.

Ligo Gravitational Wave ChirpCliquez sur la coalescence de deux trous noirs

Acte I : En 1974, le physicien Stephen Hawking, dans le cadre de ses travaux sur la thermodynamique des trous noirs a suggéré que les trous noirs détruisent l’information contenue dans les objets qu’ils absorbent, ce qui est contraire aux lois les plus élémentaires de la physique quantique.

Monty Python Galaxy Song, by Stephen HawkingCliquez sur Stephen Hawking interprétant le Galaxy song des Monthy Python

Acte II : Hawking a montré que les trous noirs ne sont pas si noirs que ça. En fait, ils s’évaporent suivant le « rayonnement de Hawking », jusqu’à disparaître complètement (bon, d’accord, le temps qu’ils s’évaporent, l’univers aura largement eu le temps de disparaître, donc on n’est pas près d’observer ce phénomène.) Il a aussi montré que lors de la création de deux particules virtuelles de part et d’autre de l’horizon du trou noir, une de ces particules reste en dehors alors que l’autre est absorbée par le trou noir. Là où ça se complique, c’est que ces particules sont physiquement intriquées, c’est-à-dire que toute l’information de l’une est partagée par l’autre, alors que l’une des deux est phagocytée par le trou noir, et que son information est donc perdue.

Waksman Protonic GamesCliquez sur l’accélérateur du CERN

L’œuvre précédente s’appelle Protonic Game, de Fabien WAKSMAN. Ce compositeur a également écrit un cycle de 9 mélodies intitulées Hawking Songs, sur des poèmes de Jean-Philippe UZAN. Vous pouvez en entendre 3 d’entre eux en cliquant sur le lien suivant (de la minute 24 à la minute 39,5) :

Waksman Hawking SongsCliquez sur l’émission de France Musique

Acte III : Pour résoudre cet amusant paradoxe, les physiciens en sont venus à l’idée que deux trous noirs pouvaient être reliés entre eux par un « trou de vers », et que de l’information pouvait ainsi circuler d’un trou noir à l’autre. Ils ont nommé l’île la région intérieure du trou noir pouvant ainsi être échangée.

Varèse IonisationsCliquez sur Ionisations

(Source : Une île au cœur des trous noirs, Pour la Science n°542, décembre 2022.)

Le livret ayant été écrit en partie à partir de la Petite Cosmogonie portative de Raymond QUENEAU, il n’est pas surprenant que l’Opéra de Saint-Glinglin ait d’ores et déjà planifié une reprise de cette œuvre le 1er avril 2024.

P.S. J’avais déjà bien avancé sur la préparation de ce billet quand je suis tombé sur le podcast « Astrophysique et musique avec Jean-Pierre Uzan« , qui m’a permis de trouver quelques idées supplémentaires. Vous pouvez cliquer pour arriver sur le podcast complet.

Et si vous voulez un peu plus de zizique, vous pouvez toujours cliquer sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise mystère si vous voulez un peu plus de zizique

Retrouvez d’autres articles publiés un 1er avril :

Havre & Caumartin.

Arnoldo Poivrieri.

La fée nommée mène au logis (de l’esprit).

Divers

QUAND ON JOUE AUX CARTES À L’OPÉRA

Avez-vous remarqué que l’on joue (et triche) parfois aux cartes dans les opéras ?

Ainsi, dans les deux opéras jumeaux que sont la Traviata et Manon, on trouve une scène où l’un des héros joue aux cartes et se fait accuser de tricher.

Massenet Manon Acte IV scène 1 Faites vos jeux, messieurs !Cliquez sur l’image

Au début du 3e acte de Carmen, de BIZET, Frasquita et Mercedes se tirent les cartes pour voir leur avenir. Carmen à son tour tire les cartes, mais elle découvre que son destin est la mort.

Bizet Carmen scène des cartesCliquez sur Carmen

Dans le final de La Dame de pique de TCHAÏKOVSKI, d’après POUCHKINE, le prince Eletski qui a tué la comtesse pour connaître le secret d’une martingale infaillible joue ces trois cartes. Hélas, la troisième carte qui sort est la Dame de pique, qui entraînera sa mort.

Tchaïkovski la Dame de pique scène finaleCliquez sur la scène finale de la dame de pique

On trouve une scène de poker dans l’opéra-western La Fanciulla del West de PUCCINI.

Puccini Fanciulla del west poker MetCliquez sur a scène de poker

STRAVINSKY a écrit le ballet Jeux de cartes.

Stravinsky Jeux de cartes

Enfin, PROKOFIEV a écrit l’opéra le Joueur, d’après le roman de DOSTOÏEVSKI.

Divers, Maria Callas

NEUF GRANDS AIRS DE PUCCINI

Giacomo PUCCINI est un des compositeurs dont les opéras sont les plus joués au monde. Il a exercé sa science de l’orchestration dans une dizaine d’opéras, y semant chaque fois un ou deux airs appelés à devenir des « tubes » auprès des interprètes comme du public.

Son premier succès est Manon Lescaut (1893). On peut y entendre la malheureuse Manon chanter « Sola, perduta, abbandonata » (Seule, perdue et abandonnée).

Puccini Manon Lescaut Sola, perduta, abbandonataCliquez sur Maria José Lescaut

Aussi dans La Bohème (1896), au premier acte quand la couturière Mimi se présente à Rodolfo, avec « Si, mi chiamo Mimi ».

Puccini la Bohème Mi chiamani Mimi (Callas)Cliquez sur Mimi Callas

Le chef-d’œuvre suivant est Tosca (1900) et contient deux « énormes » airs, « Vissi d’Arte » de Tosca et « E lucevan le Stelle » de son amant Cavaradossi.

Puccini Tosca Vissi d'arte (Gheorgiu)Cliquez sur Angela Tosca

Puccini Tosca E lucevan le stelle (Pavarotti)Cliquez sur Luciano Cavaradossi

En 1904, nouveau chef-d’œuvre avec Madame Butterfly et son « Un bel di vedremo ».

Puccini Butterfly Un bel di vedremoCliquez sur Renata Butterfly

En 1910, il écrit le western la Fanciulla del West, avec son air « Ch’ella mi creda libero e lontano ».

Puccini la fanciulla del west Ch'ella mi crda libero e lontanoCliquez sur Jonas Johnson

En 1917, il écrit la Rondine, qui contient l’air « Chi il bel sogno di Doretta ».

Cliquez sur l’image

En 1918, c’est Gianni Schicchi, une des trois pièces du Triptyque, avec son « O mio babbino caro ».

Puccini Gianni Schicchi O mio babbino caro a Room wtrh a viewCliquez sur le professeur Ombrage

Le dernier opéra de Puccini, resté inachevé à sa mort en 1924, est Turandot. C’est dans cette œuvre qu’on peut entendre le « Nessun Dorma ».

Puccini Turandot Nessun dormaCliquez sur Roberto Calaf

Divers

QUAND L’OPÉRA MÉLANGE LES GENRES

Depuis son origine il y a un peu plus de quatre siècles, l’opéra a pris l’habitude de mélanger les genres.

Historiquement, l’église interdisant aux femmes de se produire sur les scènes de théâtre, les rôles féminins étaient chantés par des hommes, en particulier par des castrats. Je vous ai déjà raconté ça dans mon billet sur la caractérisation des types de voix, la tessiture.

Ainsi, par exemple, dans Giulio Cesare in Egitto (Jules César en Égypte) de HAENDEL, le rôle de César était écrit pour un castrat. Cette opération barbare ayant heureusement disparu, ce rôle est de nos jours chanté soit par un haute-contre, soit par une mezzo.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Sextus et Cornélie

Dans Alcina, du même Haendel, Bradamante qui est partie rechercher son amant Ruggiero se fait passer pour un homme.

Et dans Orlando Furioso de VIVALDI, le rôle de Roland (Orlando) qui était écrit pour un castrat est de nos jours chanté par une mezzo.

Vivaldi Orlando furioso (Lemieux)

Encore à la fin du XVIIIe siècle, dans Orfeo ed Euridice de GLUCK, le compositeur écrit dans la version italienne de 1762 le rôle d’Orphée pour un castrat. Quand il reprend son opéra pour la version française de 1774, le rôle est tenu par un haute-contre. Enfin, soixante ans plus tard, dans la reprise qu’en fait BERLIOZ, ce rôle est écrit pour une mezzo, pour permettre à Pauline VIARDOT de le chanter.

Gluck Orphée et Eurydice Che faro senza EuridiceCliquez sur Orfeo (senza Euridice)

Gluck Orphée et Euridyce J'ai perdu mon EuridyceCliquez sur Orphée (sans Eurydice)

Un peu plus tard, on a également pris l’habitude de faire chanter le rôle des jeunes hommes (ou des pages) par des femmes. Ainsi, dans Le Nozze di Figaro de MOZART, le rôle de Chérubin, jeune homme prêt à tomber amoureux de toutes les femmes, est chanté par une femme.

Mozart Figaro Voi che sapeteCliquez sur Chérubin

Dans Fidelio, de BEETHOVEN, Léonore, la femme de Florestan, se déguise en homme pour entrer dans la prison où est enfermé son mari Florestan. Et ne voilà-t-il pas que Marcelline, la fille du gardien, tombe amoureuse d’elle déguisée en lui.

Beethoven Fidelio O Gott ! Welch ein Augenblick !Kliken sie über Leonore und Florestan

On retrouve cette tradition au début du XIXe siècle chez ROSSINI, par exemple dans la Donna del Lago, où le rôle de Malcolm est chanté par une mezzo.

Rossini la donna del Lag Mura felici... Elena ! O tu, che chiamoCliquez sur Malcolm

AUBER, un des successeurs (pour le style) de Rossini confie ainsi le rôle du page Oscar, dans Gustave III, ou le bal masqué, à une femme.

Auber Gustave III couplets d'OscarCliquez sur l’image

Au XXe siècle, c’est Richard STRAUSS qui fait revivre cette tradition, avec son Chevalier à la Rose (Der Rosenkavalier), cet hommage aux Noces de Figaro. Octavian, le jeune amant de la Maréchale, est chantée par une femme, et comme Chérubin, il se trouve à un moment habillé en femme, semant le trouble chez les hommes plus âgés. C’est lui qui est chargé de donner la rose d’argent à Sophie, signe des fiançailles entre Sophie et le baron Ochs. Évidemment, les deux jeunes gens tombent amoureux l’un(e) de l’autre.

strauss act II mir ist die Ehre widerfahrenCliquez sur Sophie et Octavian

Grands chœurs

LES GRANDS CHŒURS DE MENDELSSOHN

Félix MENDELSSOHN-BARTHOLDY est surtout connu du grand public pour certaines de ses symphonies, son concerto pour violon et une célèbre marche nuptiale.

Le choriste que je suis veut vous proposer aujourd’hui quelques-unes de ses plus belles pages, celles qu’il a consacrées à la musique chorale, des œuvres qu’il a écrites tout au long de sa courte vie et qui se répartissent entre musique d’église et musique profane.

Mendelssohn Ave MariaCliquez sur l’image

Opus 41 n° 1 Im Walde (Dans la forêt)

Mendelssohn Im Walde op 41 n 1Cliquez sur l’image

Op 48 n° 6 Herbstlied (Chanson de printemps)

Mendelssohn op 48 n 6 HerbstliedCliquez sur l’image

Opus 59 Die Nachtigall (Le Rossignoil)

Mendelssohn opus 59 Die NachtigallCliquez sur l’image

Opus 60 la première Nuit de Walpurgis, d’après GŒTHE.

Mendelssohn La première Nuit de WalpurgisCliquez sur la mosaïque

Opus 79 Lasset uns frohlocken (Jubilons)

Mendelssohn opys 79 Lasset uns frohlockenCliquez sur l’image

Opus 116 Trauergesang (Chant funèbre)

Mendelssohn opus 116 Trauergesang

Psaume Hör mein Bitten Herr (Seigneur, entends ma prière.)

Mendelssohn Hör mein Bitten, HerrCliquez sur l’image

Il y a aussi des chœurs dans ses grosses machines que sont ses oratorios, comme Paulus ou Elias :

Mendelssohn Paulus (1846)Cliquez sur l’image

Et si ces grands chœurs vous ont plu, vous pourriez aimer retrouver :

Les grands chœurs de SCHUBERT.

Les grands chœurs de BRAHMS.

Mes opéras préférés

LA DAME DU LAC (LA DONNA DEL LAGO), de ROSSINI (1819)

La Dame du Lac (La Donna de Lago) est un opéra seria de ROSSINI, créé en 1819 à Naples d’après le roman du même nom de Walter SCOTT, donnant le « La » à toute une série d’opéras écrits d’après les romans de cet auteur.

Le classement de cet opéra suivant la classification de G.B. SHAW pourrait être quelque chose comme (S+M[+T]/B+T[+T]) (cf. le pitch), puisqu’Elena (Soprano) aime Malcolm, un jeune homme chanté par une Mezzo, alors que son père Douglas (Basse) voudrait la marier à son ami Rodrigo (Ténor) et que le roi Jacques d’Écosse (Ténor) au début est amoureux d’Elena, mais à la fin s’efface devant Malcolm.

Le pitch : En Écosse à l’époque du roi Jacques, Douglas, le précepteur du roi, a été injustement banni avec sa fille Elena. Il s’est réfugié dans les montagnes, aidé par Roderick (Rodrigo), le chef d’un groupe d’opposants au roi. Il lui propose la main de sa fille, mais Elena aime déjà Malcolm, un jeune homme qui l’a suivie dans sa retraite. Jacques, sous un faux nom (Uberto), arrive chez Douglas et Elena et, devant la beauté de la jeune femme, en tombe amoureux.

Lors d’une bataille entre l’armée du roi et les troupes rebelles, Rodrigo est tué et Douglas arrêté. Elena se rend au palais pour demander la grâce de son père. Elle retrouve le roi qui lui promet la grâce de Douglas. Celui-ci commence par refuser, mais le roi lui offre la main d’Elena, car pour lui, seul le bonheur de la jeune femme compte.

Acte I : Au bord du lac Katrin, un groupe de chasseurs s’apprête à partir dans les bois alors que les bergers, eux,vont regagner leur prairie (Chœur). Elena arrive sur une barque. C’est la fille de Douglas, l’ancien précepteur du roi Jacques d’Écosse, qui a été banni. Ils viennent de revenir en Écosse, et se sont réfugiés dans les montagnes, auprès d’un groupe d’opposants au roi, menés par Rodrigo. Elena chante son espoir de voir bientôt Malcolm, son bien aimé.

Le roi Jacques qui faisait partie du groupe de chasseurs sous un faux nom, Uberto (Hubert) quitte ses compagnons et arrive, désireux de voir la belle « Dame du lac ». Il prétend s’être perdu, et Elena lui offre l’hospitalité dans la maison de son père. Alors qu’Elena lui dit qu’elle est la fille de Douglas, le roi éprouve des remords d’avoir exilé celui-ci. Arrivent les amies d’Elena, qui lui parlent de l’amour qu’elle devrait avoir pour Rodrigo, mais Elena répond de manière évasive. Cela suscite les espoirs de Uberto, qui cherche à savoir si le cœur d’Elena est déjà pris (Duo : « Cielo ! In quel estasi ».)

Rossini la Dame du lac Didonato Florez (MET)Cliquez sur Uberto et Elena

Elena demande à Albina, une de ses amies, de raccompagner Uberto sur l’autre rive du lac.

Malcolm arrive et nous fait part de ses espoirs et craintes.

Rossini la donna del Lag Mura felici... Elena ! O tu, che chiamoCliquez sur Malcolm

Serrano, le serviteur de Douglas, vient annoncer que Rodrigo est prêt à combattre avec ses troupes. Douglas presse Elena d’épouser le chef rebelle, mais la jeune fille refuse. Douglas part à la rencontre de Rodrigo, laissant seules Elena et Malcolm qui peuvent (enfin) chanter leur amour.

Rodrigo arrive avec ses hommes, et Douglas, Elena et Malcolm arrivent. Rodrigo déclare sa flamme à Elena, mais devant la réponse de celle-ci, il comprend vite que son amour n’est pas partagé. Douglas se demande si Elena aime Malcolm, et le jeune homme est prêt à se trahir quand Elena l’en empêche en le faisant taire. Mais tous ces soucis passent au second plan quand on annonce que l’ennemi (l’armée du roi) arrive et tous se réunissent pour la bataille à venir, accompagnés par un impressionnant chœur de druides.

Rossini La Donna del lago final acte 1 Quanto a quest'alma amanteCliquez sur l’image

Acte II : Le roi, ou plutôt Uberto, erre dans la forêt, à la recherche d’Elena (Air : « O fiamma soave ».)

Rossini la donna del Lago Oh fiamma soaveCliquez sur Uberto

Quand Elena arrive, il lui déclare son amour, mais Elena lui répond qu’elle aime déjà quelqu’un. Uberto lui offre alors une bague « qu’il tient du roi », qui pourra lui servir de sauf-conduit. Mais Rodrigo arrive et, apprenant qu’Uberto est un ami du roi, considère que c’est donc son ennemi. Il le provoque en duel et Rodrigo est tué (Trio : « Misere mie pupille ».)

rossini la dame du lac trioCliquez sur Elena et Rodrigo

Les troupes du roi ont battu les Highlanders et capturé Douglas. Malcolm se précipite pour protéger Elena, mais Albina lui annonce que celle-ci a suivi son père et va essayer de fléchir le roi.

Elena arrive au château du roi et entend Uberto chanter son amour pour elle. Elle lui demande alors de la conduire auprès du roi pour demander la grâce de son père. Uberto révèle alors sa vraie identité, et annonce qu’il va pardonner à Douglas et à ses amis. Douglas commence par refuser, mais le roi lui offre un collier de perles et la main d’Elena. Pour Elena, tout est bien qui finit bien : la main de Malcolm et la grâce de son père !

Air et chœur final « Tanti affetti in tal momento »

Rossini la donna del Lag o Tanti affetti in tal momento

Agenda Ironique

AGENDA IRONIQUE DE MARS 2023

Ce mois-ci, l’Agenda Ironique se passe chez Isabelle-Marie :

et voici ce qu’elle nous demande, Isabelle-Marie :

Vu que c’est le mois de mars, ça vous le savez, que c’est le mois du printemps, vous le savez aussi, que c’est le changement d’heure, ah vous aviez oublié ? D’ailleurs, vous avancez ou vous reculez d’une heure ? À vous de me le dire et vous avez le droit de vous tromper dans l’histoire que vous allez me raconter.

Mais quelle histoire ? Elle se passera dans un champ avec des fleurs, des plantes, des mauvaises herbes (après les légumes v’là les fleurs), mais vous choisirez celles qui piquent, qui grattent, qui puent, qui dévorent ceux qui s’approchent trop près, à vous les chardons, les orties, les plantes carnivores, et celles qui n’existent pas encore, mais que vous allez inventer au gré de votre fantaisie. Je ne vous impose qu’une fleur LE PISSENLIT et vous en ferez ce que vous voulez. Ah, j’oubliais, il aura une valise, il adore voyager.

Pensez à mettre une pendule, un réveil, une horloge, c’est vous qui décidez du moment que ça donne l’heure.

Après un long grattage occiputal pour savoir comment traiter ces contraintes, je me suis résolu à vous proposer quelques haïkus, à commencer par celui de VH le poète dans les Contemplations, où il prend métaphoriquement la défense du (petit) peuple.

J’aime l’araignée

Et j’aime [bien aussi] l’ortie

Parce qu’on les hait

Liardon (Hugo) J'aime l'araignée et j'aime l'ortieCliquez sur l’araignée sur sa feuille d’ortie

Ce haïkaï pourrait être accompagné de cet autre de Georges BRASSENS.

Je suis mauvaise herbe

Braves gens braves gens braves

Je suis mauvaise herbe

Brassens la mauvaise HerbeCliquez sur la mauvaise herbe

C’est Ricet Barrier

Qui chante les pissenlits

Pas par les racines

Barrier les PissenlitsCliquez sur les pissenlits

À propos de Ricet Barrier, saviez-vous qu’il avait une amie qui s’appelait Lise, et que chaque fois qu’il la rencontrait, il lui demandait, « Ça va, Lise ? » (En fait, je ne suis pas certain de cette affirmation, mais je suis comme le professeur Burp, désagrégé en biologie animale [merci, Gotlib], j’aime bien faire profiter les autres de mon ignorance.)

Quant à la pendule, il faut se reporter à notre bon vieux Maurice (RAVEL)

Opéra horloge

L’enfant et les sortilèges

de Maurice Ravel

Ravel l'enfant et les sortilèges l'horlogecliquez sur l’horloge pour essayer de l’avancer ou de la reculer d’une heure

Opéra western

La fanci-ulla del West

les jumpings cactus

Dans son opéra la Fanciulla del west (la Fiancée du far-west) qui se passe en Californie, PUCCINI aurait pu glisser une scène avec des jumpings cactus, ces sympathiques plantes du désert qui, pour se protéger, sont capables de lancer leurs épines (très pointues) à quelques mètres sur un danger (humain ou animal) s’approchant trop près (et croyez-moi, ça pique !)

Puccini la fanciulla del west Ch'ella mi crda libero e lontanoCliquez sur l’image

Divers

LES POÈMES SYMPHONIQUES DE LISZT – Partie 2 LES ANNÉES 1854 – 1881

Je vous parlais il n’y a guère des poèmes symphoniques de Franz LISZT, avec ceux que l’on pourrait qualifier « de sa jeunesse », datant de 1847 à 1851. Voici donc la suite et la fin de la présentation de ces poèmes symphoniques.

Assez naturellement, Liszt a célébré Orphée, le premier des musiciens, avec son Orphée (Orpheus) écrit en 1854 à l’occasion d’une reprise de l’Orfeo ed Euridice de GLUCK.

Liszt Orphée (Orpheus)Cliquez sur l’image

Festklange (Bruits de fête) date de 1854.

Liszt Bruits de fête (Festklange)Cliquez sur l’orchestre

Hungaria, en hommage à sa patrie de naissance date de 1856.

Liszt HungariaCliquez sur l’orchestre

Le dixième, Hamlet d’après SHAKESPEARE, date de 1856 et a été inspiré d’une représentation d’Hamlet qui avait vivement impressionné Liszt.

Liszt HamletCliquez sur l’orchestre

La Bataille des Huns (Hunnenschlacht) date de 1857, et a été inspiré par un tableau de von KAUYLBACH.

Liszt La Bataille des Huns (Hunnenschlacht)Cliquez sur l’orchestre

Enfin le treizième et dernier, du Berceau jusqu’à la tombe (Von der Wiege bis zum Grabe), date de 1881.

Sur cette œuvre, une des dernières de Liszt, rappelons-nous ce qu’en disait Wladimir JANKELEVITCH : « C’est ainsi que l’œuvre de Liszt, toute bruissante d’héroïsme, d’épopées et d’éclats triomphants, se voit aux approches de la vieillesse envahie peu à peu par le silence… de longues pauses viennent interrompre le récitatif, des mesures blanches espacent et raréfient les notes: la musique de la Messe basse, des Valses oubliées, de la Gondole funèbre et du poème symphonique Du berceau à la tombe devient de plus en plus discontinue, les sables du néant envahissent la mélodie et en tarissent la verve. »

Liszt du Berceau jusqu'à la tombe (Vin der Wiege bis zum Grabe)Cliquez sur l’image

Et pour en savoir plus sur le genre « poème symphonique« , cliquez dessus.

Cinéma, Compositrices

Germaine TAILLEFERRE (1892-1983)

image Tailleferre

Germaine TAILLEFERRE est née le 19 avril 1892 à Saint-Maur-des-Fossés, près de Paris. (Son nom de famille était Taillefesse, mais elle a préféré en changer).

Elle commence l’étude du piano avec sa mère à l’âge de deux ans et écrit ses premières pièces musicales à cinq ans. Mais dans le milieu bourgeois de sa famille, il n’est pas convenable pour une femme de s’adonner à la musique, et son père refuse qu’elle entre au Conservatoire.

C’est pourtant ce qu’elle fait en 1904, avec la complicité de sa mère. Elle obtient sa médaille de solfège en 1906 (à 14 ans, donc.) En 1912, elle y rencontre Darius Milhaud, Georges Auric et Arthur Honegger.

Elle fréquente les milieux artistiques parisiens et rencontre Apollinaire et Marie Laurencin. En 1917, elle fait la connaissance de Picasso et Modiglianai et c’est chez eux que début 1918 est donné le premier concert des « nouveaux jeunes », comprenant aussi Francis Poulenc (qu’elle appelait « Poupoule ») et Louis Durey. Au programme était donné Jeux de plein air de Germaine Tailleferre, une œuvre pour deux pianos qu’elle jouait avec Erik Satie.

En 1920, un critique musical renomme le petit groupe « Groupe des six » par analogie au célèbre « Groupe des cinq » russe. En 1921, elle participe à la création des Mariés de la Tour Eiffel, une œuvre collective pour laquelle elle écrit « Quadrille » et « la Valse des dépêches ».

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur la toile de CHAGALL

En 1921 encore, elle écrit pour son ami Jacques Thibaud sa première Sonate pour piano et violon, sonate qui sera créée l’année suivante par le duo Cortot Thibaud. En 1923, elle écrit le ballet le Marchand d’oiseaux.

Tailleferre le Marchand d'oiseauxCliquez sur l’image

Germaine reçoit des conseils de composition de la part de Ravel et a séjourné plusieurs fois à Hendaye chez son aîné. En 1924, elle écrit l’adagio pour violon et piano.

Tailleferre adagio violon pianoCliquez sur l’image

En 1926, elle se marie à un dessinateur américain, et part vivre avec lui à Manhattan. Elle y rencontre Charlie Chaplin, mais son mari, jaloux du sccès de son épouse, refuse qu’elle écrive de la musique pour Chaplin (c’eût été pour le Cirque !). Elle dédie néanmoins son Concertino pour harpe et orchestre à son mari.

En 1927, le couple revient à Paris mais en 1929, le couple se sépare (son ex-mari se suicidera en 1931.) En 1929, elle écrit Six chansons françaises.

En 1931, elle travaille à un opéra-comique, Zoulaina, dont il ne reste que l’ouverture. 1931 est aussi l’année de naissance de son seul enfant, issu de sa liaison avec un juriste qu’elle épousera l’année suivante. Las, une fois encore, son mari n’apprécie guère de la voir composer de la musique. Elle commence à également à écrire de la musique de film.

En 1937, elle travaille avec Paul Valéry pour la Cantate du Narcisse.

Pendant l’occupation, Germaine quitte la France pour les États-Unis. Elle revient en France en 1946.

En 1949, Germaine Tailleferre écrit un ballet, Paris-Magie, et un opéra-comique Il était un petit navire qui ne connaîtra pas de succès.

En 1951 elle écrit la comédie musicale Parfums et en 1953 le ballet Parisiana ainsi que sa Sonate pour harpe.

Tailleferre sonate pour harpeCliquez sur la harpiste

En 1955, elle écrit pour la radio sa Petite histoire lyrique de l’art français : du style galant au style méchant, une commande de Jean Tardieu pour la RTF. Germaine et son mari se séparent et le divorce est prononcé l’année suivante. Germaine se retrouve « libre ».

Tailleferre la Fille d'opéraCliquez sur la Fille d’opéra

En 1957, elle compose l’opéra la petite Sirène sur un texte de Philippe Soupault et un peu plus tard Le Maître sur un texte de Ionesco. Cette même année, Louis Malle fait appel à elle pour la musique de son film Ascenseur pour l’échafaud, mais Miles Davis, à qui Louis Malle avait montré ce qu’il avait tourné improvise en une nuit ce qui sera l’une des musiques de film les plus marquantes.

En 1963, Germaine Tailleferre écrit l’Adieu du Cavalier, un hommage à Poulenc sur un texte d’Apollinaire.

Sur la fin de sa vie, sous l’impulsion de Désiré Dondeyne, le chef de l’orchestre d’harmonie des gardiens de la Paix, elle écrit plusieurs œuvres pour ces orchestres d’harmonie.

Sa dernière œuvre est une commande du ministre de la Culture, le Concerto de la fidélité (1981).

Tailleferre Concerto de la fidélité (pour voix élevée)Cliquez sur l’image

Germaine Tailleferre meurt le 7 novembre 1983 à Paris, à l’âge de 91 ans.