Le thème des Soirées baroques de Monflanquin 2023 était le Baroque du Nouveau Monde. Nous y avons donné une sélection de musique baroque soit importée d’Europe par les jésuites partis évangéliser les Amériques, soit de musique baroque écrite par les indigènes dans les missions évangéliques.
Je vous propose ici de retrouver une partie du programme travaillé, puis donné en concert pendant le seconde quinzaine de juillet 2023. Les œuvres sont en latin (Messe, Beatus Vir), en espagnol, voire en quechua !
Ce mois-ci, l’Agenda Ironique prend ses quartiers d’été chez Gibulène. Et qu’est-ce qu’elle demande, Gibulène ?
Vous nous raconterez la conversation de deux cigales observant les vacanciers dans un camping. Elles commentent, bien sûr, avec ironie et causticité.
Les mots à caser : calinotade, patito, cabinets, et fada.
Il vous faudra glisser quelque part « l’homme de Cro-Magnon racontait des préhistoires à ses enfants » (citation empruntée à l’aphoriste Gaëtan Faucer).
Voilà ! à vos plumes, stylos, crayons, feutres, claviers, tout est bon pour y arriver.
Mais tout celà est tellement mieux esspliqué ici :
Les plus tintinophiles d’entre vous auront reconnu dans le titre de cet article le 3e album des aventures de Tintin, reporter au petit XXe.
Dans cet album, qui date de 1932, le dessinateur Hergé qui était encore très jeune à cette époque envoie son fameux reporter au pays des pharaons, qu’il a confondu avec le sud de la France. Ce n’est en effet qu’avec l’album suivant, le Lotus rouge, qu’il a pris l’habitude de se documenter pour nous narrer les aventures de son reporter. Comme les exégètes n’ont pas manqué de le souligner, le dessinateur de BD de Cro-Magnon racontait des préhistoires à ses petits lecteurs. Ce n’est que plus tard qu’il corrigera son album, et lui donnera son titre définitif : les Cigares du pharaon.
Mais foin de calinotade, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos cigales. D’où viennent-elles, ces cigales qui enchantent (ou pas) nos festivals d’été. Pour le savoir remontons à l’antiquité, grecque, et intéressons-nous à Éos, la déesse de l’aurore. Condamnée par Aphrodite à collectionner les jeunes amants, elle demanda à Zeus l’immortalité pour Thiton, un de ses préférés. Mais la distraite oublia de demander la jeunesse qui allait avec, et Thiton se mit à vieillir de plus en plus, se ridant et devenant de plus en plus fada, avant que de se métamorphoser en cigale qui dès lors ne s’arrêta plus de chanter.
C’est avec Jean de La Fontaine que les choses ont commencé à se gâter pour la cigale. Il en fit sa patito (ou peut-être convient-il de dire sa patita ?), et la ridiculisa dans une de ses plus fameuses fables, la Cigale et la Fourmi, fable mainte fois mise en musique. On peut en trouver plusieurs versions dans les cabinets de curiosité musicale.
Mézalor, demanderez-vous avec raison, elle est où la discussion des cigales demandée dans le cahier des charges initial ? Eh bien, c’est simple, il vous suffit de cliquer sur les trois vidéos précédentes, en même temps, et vous aurez un sextuor composé de trois cigales et de trois fourmis ! Il faut de plus faire l’hypothèse, réaliste, que ces trois cigales se sont donné rendez-vous dans un campigne pour fourmis, appelé le campigne du pharaon, et qu’elles ont passé l’été à chanter en se glosant de la petite vie menée par les fourmis. Alors, elle est pas belle, la vie ?
Et si vous voulez un peu plus de chant des cigales, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.
Charles-Simon Favart est né à Paris le 13 novembre 1710.
Après ses études au Collège Louis-le-Grand, il écrit, en 1732, pour le Théâtre des Marionnettes de la Foire Saint-Germain. Il se fait connaître avec l’opéra-comique la Chercheuse d’esprit (1741). En 1743, il devient metteur en scène à l’Opéra-Comique et, après la fermeture de ce théâtre, travaille sous pseudonyme à la Foire Saint-Laurent. Cette même année, Joseph Bodin de Boismortier met en musique son Don Quichotte chez la duchesse.
En 1745, il se marie à une chanteuse, Marie-Justine Duronceray, alias Mlle Chantilly.
En 1746, il entre comme chansonnier au service du Maréchal de Saxe. Ce rôle consistait à diriger la troupe de comédiens et de chanteurs qui accompagnaient le maréchal en campagne. Le Maréchal, grand amateur de femmes, a des vues sur madame Favart, et le couple doit prendre la fuite. Ils se réfugient à Bruxelles, où Charles prend la direction du Théâtre de la Monnaie. En 1750, la mort du maréchal les délivre de ses poursuites et ils peuvent rentrer à Paris, sous la protection de madame de Pompadour.
En 1753, Antoine Dauvergne se sert de cet épisode pour sa Coquette trompée.
À Paris, Charles travaille pour l’Opéra-Comique, réouvert en 1752 et la Comédie Italienne. Il écrit des livrets pour les compositeurs célèbres de son époque tels que Philidor, Monsigny, ou l’inévitable Grétry. Il envoie également ses livrets à Vienne où Gluck les met en musique. C’est d’ailleurs à Favart que Gluck demandera de traduire son Orfeo ed Euridice en français.
En 1753, Marie-Justine écrit les Amours deBastien et Bastienne, une parodie du Devin du Village de Rousseau. Son argument est repris par les librettistes qui ont fourni à Mozart son deuxième opéra, Bastien und Bastienne.
Après les première , deuxième et troisième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la quatrième tranche, soit les quatrains 16 à 20. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)
Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !)
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds. Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d’azur ;
Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Une femme à genoux : Poulenc, Stabat Mater. Cette femme à genoux pourrait être la Vierge Marie, pleurant au pied de la Croix.
Des noyés descendaient : Dans Jenufa, de Janacek, la marâtre de Jenufa profite de la maladie de celle-ci pour lui voler son bébé et aller le noyer dans les eaux de la rivière qui va bientôt geler.
La carcasse ivre d’eau : Dans Peter Grimes de Britten, le héros accusé par les villageois d’avoir tué ses mousses finit par prendre la mer avec son bateau et le fait couler au large.
Lunules électriques: Hersant, Les Éclairs. Dans cette adaptation à l’opéra du roman Des Éclairs de Jean Echenoz, le héros est l’inventeur Nikola Tesla, célèbre pour ses inventions dans le domaine de l’électricité.
Après les sérénades chantées à l’opéra, voici une deuxième série de sérénades, écrites cette fois pour des instruments (et des voix). (Rappel : la sérénade est un concert que l’on donne en début de soirée (ou la nuit), à une personne à qui on veut plaire, souvent dans un contexte amoureux.)
Mozart a écrit plusieurs sérénades. Parmi celles-ci, la sixième est appelée Sérénade nocturne (Serenata notturna).
La sérénade est un concert que l’on donne en début de soirée (ou la nuit), à une personne à qui on veut plaire, souvent dans un contexte amoureux. Il ne faut pas la confondre avec l’aubade, qui est un concert donné à l’aube. Comme il est souvent question d’amour à l’opéra, il n’est dès lors pas étonnant d’y trouver moult sérénades !
Dans les Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner, le héros David croyant que son rival Beckmesser donne la sérénade à son aimée provoque un beau charivari en plein milieu de la nuit.
LeonCavallo nous propose dans Paillasse la sérénade « O Colombina ».
« – Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
– Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »
Giraudoux : Électre
Après le billet consacré au crépuscule du soir, en voici un consacré au crépuscule du matin, encore appelé aube ou aurore.
Éos, déesse grecque de l’aurore était sœur d’Hélios (le soleil) et de Séléné (la lune). On la trouve dans un mythe souvent mis en musique, celui de Céphale et Procris, et ce dès 1694 avec la tragédie lyrique d’Élisabeth Jacquet de la Guerre, puis dans le premier opéra écrit en russe par l’Italien Araja en 1755, et en 1773 dans l’opéra de Grétry et encore en 1934 dans l’opéra de Krenek.
Dans Tosca (1899) de Puccini, au début du 3e acte, on entend un extraordinaire concert des cloches de Rome qui sonnent pour saluer le lever du jour. Juste après, Cavaradossi, le héros condamné à mort, chante l’air » E lucevan le stelle » (un des grands airs du répertoire), dans lequel il se souvient des bons moments passés sous les étoiles auprès de son amante Flora Tosca.
Diva est un film de Jean-Jacques Beinex qui date de 1981. La BOF de ce film a révélé au grand public un grand air d’opéra, tiré de la Wally de Catalani.
Johann Wolfgang Goethe naît à Francfort le 28 août 1749. Il suit des études de droit à Leipzig puis à Strasbourg, et fonde le mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion), une réaction au siècle des Lumières finissant qui débouchera sur le romantisme.
En 1773, il écrit un premier drame, Götz von Berlichingen, drame moyenâgeux qui remporte un grand succès. En 1774, pour se guérir d’une déception amoureuse, il écrit les Souffrances du jeune Werther, qui le rendra célèbre dans toute l’Europe (provoquant même une épidémie de suicide à l’image de la mort de son héros. Werther a été adapté à l’opéra par Massenet en 1892.
En 1776, le duc de Saxe-Weimar l’invite à sa cour. C’est là qu’il s’attachera à Charlotte von Stein. Hormis une escapade italienne entre 1786 et 1788, il ne quittera plus Weimar. En 1777, il rédige deux livrets d’opérettes, Erwin und Elmire et Lila.
En 1780, il s’empare du mythe de Faust en faisant paraître son premier livre de Faust.
En 1784, il écrit encore un singspiel, Scherz, List und Rache qui sera, comme ses opérettes, un échec. Son problème en tant que librettiste vient du fait qu’il donne la priorité au livret, la musique ne devant servir que d’ornement au texte. Or, ce n’est pas du tout comme cela que l’opéra fonctionne ! Il fera encore quelques essais au début des années 1790.
Suivront Iphigénie en 1786, Egmont en 1787, Torquato Tasso en 1789, et un roman Wilhelm Meister (1794-1796), ainsi qu’un cycle poétique, les Élégies romaines (1789-1795).
En 1806, il régularise sa situation avec Christiane Vulpius, avec qui ils auront cinq enfants. Christiane mourra en 1816.
Goethe se lie d’amitié avec Schiller, qu’il avait fait venir de Iéna à Weimar. Après la mort de celui-ci, Goethe écrit encore les Affinités électives (1809) et le Divan oriental, un nouveau cycle de poèmes (1814-1819). Les Affinités électives donneront lieu à Mignon, opéra d’Ambroise Thomas.
Goethe meurt à l’âge de 83 ans le 22 mars 1832, peu de temps après avoir achevé le second Faust, qui ne sera publié qu’à titre posthume. Ainsi au cours de sa longue vie, il aurait pu voir naître et mourir le classique Mozart (1756-1791), qu’il admirait, le préromantique Beethoven (1770-1827) et le très romantique Schubert (1797-1828).
Outre les adaptations à l’opéra de ses pièces de théâtre, son œuvre littéraire sera abondamment mise en musique par les compositeurs, qu’ils soient romantiques :
Beethoven (Ouverture d’Egmont),
Schubert (près de 70 lieder écrits sur des textes de Goethe, dont Le roi des Aulnes ou Marguerite au rouet),
L’histoire de la musique ne manque pas d’œuvres laissées inachevées à la mort du compositeur. Dans certains cas, la partition a été terminée par quelqu’un d’autre. En voici une petite liste.
À sa mort, Purcell a laissé inachevé son semi-opéra the Indian Queen. C’est son frère Daniel qui l’a terminé.
Parmi les adaptations du mythe de Don Juan, le Russe Dargomijski a adapté la nouvelle de Pouchkine le Convive de Pierre. Laissé inachevé à sa mort, l’opéra a été complété par ses amis Cui et Rimski-Korsakov.
Lili Boulanger n’aura pas eu le temps de terminer sa Princesse Maleine, d’après Maeterlinck, et personne ne pourra reprendre le flambeau, car sa partition a été perdue.
Puccini aura plus de chance avec Turandot. C’est le compositeur Alfano qui terminera le 3e acte, et lors de la création de cet opéra, le chef d’orchestre Arturo Toscanini stopera la représentation à la mesure même où Puccini s’était arrêté.
Les membres de la seconde école de de Vienne seront victimes de la terrible malédiction aussi et Schönberg laissera inachevé son Moïse et Aaron, alors que son élève Berg ne terminera pas Lulu, qui sera terminé 40 ans plus tard par Friedrich Cerha.
Et beaucoup plus près de nous, Philippe Boesmans n’a pu terminer la partition de On purge Bébé, d’après Feydeau, et c’est son élève Benoît Mernier qui a finalisé la composition, avec un problème toutefois. Boesmans n’a pas laissé de traces ou de brouillon de la musique qu’il comptait écrire, et Mernier a dû faire du « à la manière de… »