Agenda Ironique, Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Théâtre

LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de mars 2021, hébergé par Joséphine LANESEM sur son blog « Nervures et entailles« . Le thème en est : « Nous sommes le courage l’une de l’autre« . Quelques règles stylistiques : une ou plusieurs amphores anaphores, et quelques chiasmes; et glisser « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie » serait bien vu ».

Les Mamelles de Tirésias est un drame surréaliste de Guillaume APOLLINAIRE qui date de ses jeunes années (en 1903, Guillaume avait 23 ans) et achevé en 1916. La première représentation a eu lieu en 1917, et c’est pour cette œuvre qu’il a inventé le mot surréaliste, terme qui sera emprunté plus tard par André BRETON et sa bande.

Dans le domaine de la musique, on connaît (ou pas) l’adaptation musicale faite par Francis POULENC, mais on ignore assez généralement que la création de 1917 s’est faite avec une musique de scène de Germaine ALBERT-BIROT. Germaine Albert-Birot (1877 – 1931), née Germaine Reynaud d’Arc de Surville, fait partie de ces compositrices totalement méconnues, que l’on confond souvent avec son mari. Elle semble n’exister sur le net que dans les articles consacrés à Pierre Albert-Birot, et ne figure pas (encore) dans CLARA, le répertoire des compositrices.

Albert-Birot les Mamelles de Tirésias

Le pitch : Thérèse, refusant le rôle de procréatrice que lui assignent les hommes, se métamorphose en homme et prend le nom de Tirésias (du nom de Tirésias, dont Ovide nous relate les aventures dans le livre 3 de ses Métamorphoses [cf. ci-dessous]). Dès lors, c’est un homme, le mari de Thérèse/Tirésias, qui portera les enfants. On assiste donc à un entrelacement femme/homme – homme/femme, où les maris/femmes femmes/maris ne sont pas le courage l’une de l’autre (sauf à la fin 😉).

(On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir.)

Ce thème « Faites des enfants » qui revient tout au long de la pièce est une véritable anaphore, puisqu’on pourrait la résumer ainsi, du prologue : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère », au final : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère, cher public faites des enfants ».

Francis Poulenc a assisté à la création de 1917, et est resté très fidèle à la pièce dans son adaptation. L’idée de prendre les Mamelles de Tirésias comme sujet de son premier opéra lui vient dès 1938. Il achève sa partition en 1945, mais l’œuvre ne sera créée qu’en 1947, le temps pour Poulenc de trouver la chanteuse idéale (Denise DUVAL). Les Mamelles de Poulenc étaient une de ses œuvres favorites.


Prologue : Le directeur du théâtre annonce le sujet de l’opéra : le problème de la dépopulation. « Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère. »

Poulenc Les Mamelles de Tirésias PrologueCliquez sur le prologue

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Pardonnez moi cher publicCliquez sur le prologue et le début du 1er acte

Acte I : L’action se passe dans un Zanzibar d’opérette. Thérèse, une féministe, refuse le rôle de procréatrice que veulent lui imposer les hommes, et réclame de pouvoir être, soldat, artiste, députée, sénatrice, ministre, et même directrice de la chose publique (en latin, la Res Publica).

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Non monsieur mon mariCliquez sur Francis Poulenc et Denise Duval

Elle se transforme en homme en faisant exploser ses mamelles. À son mari qui arrive, elle annonce qu’elle n’est plus sa femme et qu’elle a masculinisé son nom en Tirésias. Le Mari apparaît « habillé en femme et les mains ligotées. » Il se fait courtiser par le Gendarme à qui il/elle plaît bien. Dès lors, il ôte ses vêtements de femme et annonce que puisque la femme ne veut plus faire d’enfants, il les fera tout seul !

Entr’acte : Les choristes : « Voyez l’impondérable ardeur naître du changement de sexes », alors qu’un chœur de nouveau-nés se fait entendre à l’orchestre.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias EntracteCliquez sur l’entracte

Acte II : Le même jour, au même endroit. La scène est encombrée de berceaux et le Mari est fier de sa nombreuse progéniture (40049 enfants). Un Journaliste parisien vient l’interviewer pour connaître son secret, mais il se fait chasser. Le Mari veut faire d’un des fils un journaliste, mais vite celui-ci veut le faire chanter pour avoir un peu d’argent de poche.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

Le Gendarme survient et lui reproche d’affamer la population de Zanzibar avec ses 40049 enfants. Le Mari conseille alors d’acheter des cartes de rationnement chez la Cartomancienne. Celle-ci arrive et glorifie la procréation, la véritable source de richesses. Le Gendarme veut l’arrêter, mais elle l’étrangle. Le Mari reconnaît sa femme Thérèse sous les voiles de la Cartomancienne et ils retombent amoureux l’un de l’autre, tandis que le Gendarme ressuscite.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias FinalCliquez sur le final

Retrouvez ma participation à l’A.I. d’avril ici : Cause toujours, tu m’intéresses.

Compositeurs

BEETHOVEN (1770 – 1827) – Partie 2 – LE DIEU

Suivant l’avis de Franz LISZT, on distingue trois époques dans les compositions de Ludwig van Beethoven : l’enfance (ou la jeunesse), l’homme (ou la maturité), le dieu (le génie).

On a vu dans la première partie de ces articles consacrés à BEETHOVEN les années de jeunesse et celles de la maturité. Alors que ses œuvres de jeunesse sonnent encore comme du MOZART (les deux premières symphonies ou les premières sonates pour piano) ou comme du HAYDN (les six premiers quatuors), Beethoven trouve assez vite sa propre voix en même temps que sa propre voie, avec les symphonies 3 à 8, les quatuors 7 à 11, et tout le corps des sonates avant les cinq dernières, et son opéra Fidelio.

Au début des années 1820, il commence ses ultimes œuvres, poussant la musique dans des contrées encore inexplorées, et ceci malgré sa surdité devenue totale : ce seront les dernières sonates pour piano, les derniers quatuors, et la neuvième Symphonie avec chœur. Pour moi, c’est le propre des génies que de créer les formes dont ils ont besoin quand les formes préexistantes ne leur suffisent plus.

Côté piano, il a épuisé la forme sonate héritée de Mozart et Haydn, et il attaque des œuvres comme la Hammerklavier (Clavier à marteaux) opus 106 (1819), vaste monument du piano, avant que de terminer par les opus 109, 110 et 111 (respectivement 30e, 31e et 32e sonates), laissant la 32e sans son traditionnel troisième mouvement, le son s’éteignant après l’extraordinaire deuxième mouvement.

Beethoven opus 111 PolliniFermez les volets, éteignez votre téléphone et embarquez vous pour un voyage au bout de la musique

Dès lors, il faudra un Liszt pour oser reprendre cette forme après lui avec la Sonate en si bémol mineur. Bien heureusement, de nombreux compositeurs continueront ensuite à en composer, notamment SCHUMANN et BRAHMS. (Et je n’oublie pas qu’à cette même époque, SCHUBERT écrivait lui aussi des sonates qui restent des chefs-d’œuvre du genre.)

Côté quatuors à cordes, c’est en 1825 qu’il porte cette forme au-delà de tout ce qui avait été fait avant lui, avec le 12e, opus 127, les 13e, 14e et 15e, opus 130, 131 et 132 et le 16e opus 135, ouvrant ainsi la voie au XXe siècle, avec un siècle d’avance sur son temps. L’éditeur de Beethoven, effrayé par la hardiesse de la fugue de l’opus 130, lui demanda de la changer, ce que fit Beethoven, pour la remplacer par quelque chose de plus léger. Qu’importe, il la reprit sous le titre de Grande fugue, opus 133, publié juste après sa mort.

Beethoven Grande fugue opus 133Cliquez sur la Grande fugue

Pour ce qui est de la symphonie, il doit aussi inventer, dépasser le cadre rigide de la forme « symphonie », et il écrit sa neuvième symphonie en y introduisant des chœurs, sur l’Ode à la joie de SCHILLER. Il a pour cela repris une partie du matériau musical de sa Fantaisie chorale opus 80.

Beethoven 9e symphonieCliquez sur l’image

Il meurt à Vienne le 26 mars 1827, en laissant un catalogue impressionnant de 9 symphonies, 16 quatuors à cordes, 5 concertos pour piano et un pour violon, 32 sonates pour piano, des trios, des messes, des lieder, etc…

Beethoven Fantaisie choraleCliquez sur l’ébauche de la 9e symphonie

Et je vous propose de terminer cette évocation par la dernière œuvre de Beethoven, le 16e quatuor opus 135, et son annotation métaphysique de Beethoven « Muss es sein? » (« Est-ce que cela doit être ? »)

Beethoven 16e quatuor opus 135Cliquez sur le dernier quatuor

Compositeurs

Mikhaïl GLINKA (1804 – 1857)

Né le 1er juin 1804 en Russie, fils d’un capitaine de l’armée russe, Mikhaïl GLINKA est considéré comme étant le « père de la musique russe ».

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Il commence le violon et le piano à l’âge de dix ans. À treize ans, on l’envoie en pension à Saint-Pétersbourg. Il y rencontre Alexandre POUCHKINE, avec qui il restera ami jusqu’à la mort de celui-ci.

De santé fragile, il fait un séjour pour se soigner en Italie de 1830 à 1833. Il perfectionne son art musical et, rencontrant BELLINI et DONIZETTI, il prend conscience de la différence entre la musique du Sud, plutôt insouciante, et la musique russe, plus sombre. Il songe à ce que pourrait être un opéra russe.

Il poursuit ses études musicales à Berlin de 1833 à 1834 et, de retour en Russie, il se décide à écrire une musique inspirée des airs populaires russes. Il met en chantier Ivan Soussanine ou Une vie pour le tsar, qui est représenté en 1836.

(Opéra et politique : sous le régime soviétique, l’opéra Une vie pour le tsar a repris le titre original de Ivan Soussanine, car il n’était pas question de glorifier le régime tsariste.)

Glinka Une Vie pour le tsar ouvertureCliquez sur la partition de l’ouverture

Glinka Une Vie pour le tsar finalCliquez sur le chœur final

En 1837, Glinka est nommé Maître de la Chapelle Impériale, poste dont il démissionne en 1839.

En 1844, il rencontre BERLIOZ à Paris, qui écrit des articles élogieux sur sa musique. Il écrit Rouslan et Ludmila (1842) d’après une œuvre de son ami Pouchkine. Ce second opéra connaît moins de succès que le premier, qui glorifiait la dynastie des tsars.

Glinka Russlan et Ludmilla OuvertureCliquez sur l’ouverture

Glinka Russlan et Ludmilla scène persanneCliquez sur la scène persanne

Glinka Russlan et Ludmilla FinalCliquez sur la fermeture

En 1845 – 1847, il voyage en Espagne, où il écrit deux ouvertures ibériques.

Glinka Nuit d'été à MadridCliquez sur la deuxième ouverture ibérique (Nuit d’été à Madrid)

Il influence le compositeur DARGOMISKY (1813 – 1869) [Esméralda (1839), d’après Victor HUGOLa roussalka (1855), d’après Pouchkine, et son chef-d’œuvre que la mort laisse inachevé Le festin de Pierre, d’après le Don Juan de Pouchkine, et qui sera terminé par CUI et RIMSKY-KORSAKOV]

En 1855, il rencontre BALAKIREV, en qui il reconnaît son successeur musical.

Glinka meurt à Berlin le 15 février 1857.

En tant que « père de la musique russe », il faut noter son influence sur le Groupe des cinq (Balakirev, MOUSSORGSKI, Cui, BORODINE, Rimski-Korsakov).

De Une vie pour le Tsar vont découler Le Prince Igor de Borodine, Boris Godounov, de Moussorgski, Ivan le Terrible de Rimsky-Korsakov jusqu’à La guerre et la Paix de PROKOFIEV. De Rouslan et Ludmila découleront Kitège et Le coq d’or de Rimsky-Korsakov, jusqu’à L’amour des trois oranges de Prokofiev.

Glinka est l’exact contemporain de Mendelssohn (1809 – 1847), ce qui se perçoit bien dans son style musical.

Compositeurs, histoire

Nicolas MÉHUL (1763 – 1817)

Méhul par Adrian

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Étienne Nicolas Méhul est né à Givet dans les Ardennes le 22 juin 1763. Formé par les franciscains de Givet, il gagne Paris en 1779 avec une lettre de recommandation pour Gluck. Pour le resituer dans l’histoire musicale, il était quasi contemporain de Beethoven (1770 – 1827).

Il commence sa carrière musicale par des adaptations d’airs d’opéras populaires. À vingt ans, il publie sa première partition, un recueil de trois sonates pour piano-forte. Un deuxième recueil paraît cinq ans plus tard, en 1788.

Méhul sonate opus 1 n 3Cliquez sur le pianiste

Encouragé par Gluck, il se tourne vers l’opéra et entreprend son premier ouvrage lyrique, Cora, en 1785, mais celui-ci n’est créé qu’en 1791. Sa première œuvre dramatique montée sur scène est Euphrosine (1790).

En parallèle de cette activité lyrique, la carrière de Méhul se déploie sous la révolution avec sa collaboration aux fêtes civiques, par différentes pièces patriotiques, dont le fameux Chant du départ (1794) ou encore le Chant national du 14 juillet 1800, écrit à la demande de Bonaparte.

Méhul le Chant du départCopier l’image

Ces travaux lui vaudront les honneurs de l’Institut de France, puis un poste d’inspecteur au Conservatoire de Paris à la création de celui-ci en 1795. avec Grétry et Gossec.

En 1797, il écrit le jeune Henri (ou la Chasse du jeune Henri), sur un livret de Bouilly. Bouilly est resté dans l’histoire de l’opéra par sa pièce Léonore, ou l’amour conjugal (1798), qui inspirera Beethoven pour son Fidelio.

Méhul le jeune Henri ouvertureCliquez sur l’image

Méhul écrit une trentaine d’opéras, dont l’Irato (1801), une réponse au premier consul qui prétendait que l’opéra bouffe était réservé à l’Italie. Méhul écrira donc un faux opéra italien, et ne dévoilera qu’il en était l’auteur qu’après que celui-ci eut remporté le succès. En 1806, il écrit Uthal, d’après les écrits apocryphes de Mac Pherson sur les poésies d’Ossian.

mehuk uthalCliquez sur l’image

Son plus grand succès restera l’opéra biblique Joseph (1807) qui connaît un grand triomphe y compris en Allemagne et en Italie.

Mehul Joseph part 3Cliquez sur Joseph et Jacob

Napoléon apprécie son œuvre, mais ceci n’aura pas d’influence sur sa carrière à la Restauration, et il sera nommé au conservatoire de Paris en 1816. Outre sa production d’opéras et d’œuvres patriotiques, Méhul est également l’auteur de cinq symphonies.

Méhul meurt de la tuberculose à Paris le 18 octobre 1817.

Compositrices, Jazz, Mythologie, Nature

DES ÉTOILES À L’OPÉRA (6 JANVIER)

L’épiphanie est une fête chrétienne qui a lieu, traditionnellement, le 6 janvier (ou le premier dimanche de janvier). Dans la culture populaire, ce sont les rois mages, venus d’Orient et guidés par une étoile, pour saluer l’Enfant-Jésus qui vient de naître.

Ce qu’on appelle l’étoile du berger, un des objets célestes les plus brillants du ciel nocturne, est en fait une planète. Il s’agit de Vénus, la deuxième planète du système solaire. Sa proximité avec le soleil fait qu’on ne la voit qu’au lever et au coucher de celui-ci. Au milieu de la nuit, étant proche du soleil, elle est donc cachée en même temps que lui, et au milieu du jour, sa clarté est éclipsée par celle du soleil.

Vénus, c’est évidemment la déesse de l’Amour (Aphrodite chez les Grecs). C’est pour s’être réfugié chez elle que Tannhäuser, dans l’opéra de WAGNER, est rejeté par les hommes. Amusamment, dans cet opéra, on retrouve à la fois son côté pécheresse dans la « bacchanale » qui ouvre le premier acte, et son côté poétique dans la « romance à l’étoile » que Walter chante au 3e acte.

Wagner Tannhaüser BacchanaleCliquez sur la bacchanale au mont de Vénus

Wagner Tannhaüser Romance à l'étoileCliquez sur l’image

Mais revenons aux rois mages suivant leur étoile. BIZET s’est inspiré d’un vieux chant provençal pour sa « Marche des Rois », dans la musique qu’il a composée pour la pièce L’Arlésienne de DAUDET.

Bizet l'Arlésienne (Stutzmann)Cliquez sur l’orchestre et sa cheffe

Pour rester sur le thème de l’épiphanie, écoutons l’opéra jazz de COSMA Marius et Fanny, d’après PAGNOL.

Cosma Marius et FannyCliquez sur Marius et pis Fanny

Le ciel d’hiver se caractérise dans l’hémisphère Nord par la constellation d’Orion, et par une étoile très brillante, Sirius. Orion était un chasseur géant et redoutable. Artémis s’intéressait à lui, mais Apollon, le frère d’Artémis, craignant pour sa sœur, s’arrangea pour le faire mourir d’une flèche de la chasseresse. Quand elle comprit qu’elle venait de tuer Orion, elle le plaça dans le ciel, en compagnie de ses chiens, Sirius et Procyon.

Le mythe d’Orion a inspiré bien des compositeurs, de Louis de LA COSTE (1728) à Kaija SAARIHAO (2002).

Orion de de LA COSTE (1728)

de La Coste OrionCliquez sur la partition

Saariaho OrionCliquez sur les percussionnistes

Retrouvez prochainement d’autres histoires liées aux étoiles, constellations et héros de la mythologie, mais en attendant, je ne peux résister au plaisir de vous offrir « E lustevan le stelle », de la Tosca de PUCCINI. Le héros, Cavaradossi, au matin qui précède son exécution, voit le jour se lever sur Rome, et les étoiles s’éteindre dans le ciel.

Puccini Tosca E lucevan le stelleCliquez sur Cavaradossi

Cliquez sur Cavaradossi

Point d'interrogationCliquez sur le bonus (habilement) caché

Et retrouvez une autre série d’éoiles à l’opéra en cliquant sur le lien.

Compositrices, Divers

LES ANNIVERSAIRES DE 2021 – Partie 1 – les compositeurs et les opéras

Après les anniversaires de 2020, voyons quels anniversaires nous pourrons célébrer en 2021 (ou quelques événements que nous pourrons commémorer) :

Dans la catégorie « compositeurs » sont nommé(e)s :

Pauline VIARDOT, née il y 200 ans.

Viardot deux mélodiesCliquez sur Pauline Viardot

Daniel François esprit AUBER, qui est décédé il y a 150 ans.

Auber Manon Lescaut C'est l'histoire amoureuseCliquez sur Manon Lescaut

Alexandre ZEMLINSKY (1871 – 1942) né il y a 150 ans.

Zemlinsky Der Zwerg (le Nain)Cliquez sur la scène de l’opéra de Lille

Clara SCHUMANN (1819 – 1896) dont on commémorera le 26 mai le 125e anniversaire du décès.

Clara Schumann 3 Fugues sur des thèmes de BachCliquez sur l’orchestre

Camille SAINT-SAËNS (1835 – 1921) dont on commémorera le centième anniversaire du décès.

Saint-Saëns Symphonie avec orgue finalCliquez sur les grandes orgues illuminées

Et enfin Igor STRAVINSKY qui est mort il y a 50 ans.

Stravinsky 3 mvts de Pétrouchka pour pianoNe cliquez pas sur la pianiste

Dans la catégorie « opéra » sont nommés :

Psyché de LULLY, créé il y a 350 ans, en 1671.

Lully Psyché Plainte italienneCliquez sur l’image

Zémire et Azor de GRÉTRY, créé il a 250 ans, en 1771.

Grétry Zémire et Azor la FauvetteCliquez sur l’image

Le Freischütz de WEBER créé il y a 200 ans, en 1821.

Weber Der Freischütz OuvertureCliquez sur l’orchestre

Il y a 150 ans, en 1871, on a pu assister à la création de

Siegfried de WAGNER

Wagner Siegfried l'oiseau de la forêtCliquez sur Siegfried et l’oiseau de la forêt

ainsi qu’Aïda de VERDI

Verdi Aïda O terra, addioCliquez sur Radamès et Aïda dans la nuit de leur tombeau

Il y a 100 ans, c’était les créations de

Katia Kabanova de JANACEK (1919 – 1921)

Janacek KAtia KabanovaCliquez sur Katia et Tychon

L’Amour des 3 oranges de PROKOFIEV

PRokofiev l'Amour des 3 oranges marcheCliquez sur les cuivres de l’orchestre

et les Mariés de la Tour Eiffel, par le Groupe des six (moins un).

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur l’image

Ne manquez pas, prochainement sur ce blog, la suite des événements à célébrer ou commémorer en 2021, avec les musiques qui ne sont pas de l’opéra mais que j’aime bien quand même, et les écrivains dont les œuvres ont suscité moult opéras.

Et retrouvez ici les anniversaires de 2022.

Compositrices, littérature, Poésie

Louise BERTIN (1805 – 1877)

Née le 15 février 1805 près de Paris, Louise BERTIN était la fille de Louis-François BERTIN, directeur du Journal des débats, un titre important au début du XIXe siècle et de Geneviève-Aimée-Victoire BOUTARD, pianiste qui lui donnera ses premières leçons de musique. La famille Bertin vivait donc dans un milieu culturel riche (INGRES faisait partie de leurs amis et a réalisé leurs portraits).

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

La petite Louise, victime de séquelles d’une poliomyélite (elle marchait avec des béquilles, et était surnommée « la boiteuse ») se forme à la musique auprès des maîtres de son époque, FÉTIS et REICHA, Reicha qui avait eu pour élèves non moins que BERLIOZ et LISZT.

Dès ses vingt ans, elle compose deux opéras comiques Guy Mannering (1825), d’après Walter SCOTT et le très gothique Loup-garou (1827), ainsi qu’un opéra, Fausto (1831), d’après le Faust de GOETHE.

En 1836, elle compose pour l’Académie royale de musique son œuvre la plus marquante, la Esmeralda, d’après Notre Dame de Paris, dont le livret est rédigé par Victor HUGO lui-même (c’est le seul livret d’opéra que composera VH, qui par ailleurs lui dédiera un des poèmes des Chants du Crépuscule). Hélas, la situation et les querelles politiques font que cette œuvre tombe rapidement, non pas pour des raisons musicales, mais par hostilité envers Louis Bertin et les positions politiques conservatrices qu’il défendait dans le Journal des débats. Et pourtant Berlioz, qui a dirigé les répétition d’Esmeralda, reconnaît une grande œuvre dans Esmeralda, alors que Liszt en fera la transcription complète pour voix et piano ! Les adversaires de Bertin, dont Alexandre DUMAS, iront même jusqu’à attribuer les meilleurs morceaux de la partition à Berlioz.

Bertin la EsmeraldaCliquez sur le disque

Après cet échec, elle ne composera plus que très peu, quelques mélodies, des ballades pour piano, des fantaisies de chambre.

Revenons brièvement à Berlioz pour souligner qu’il a dédicacé ses Nuits d’été à Louise Bertin.

Berlioz Nuits d'été AbsenceCliquez sur l’image

Bertin mélodie Ah dors en paix mon bel enfantCliquez sur le disque

Elle se consacre dès lors à la poésie et publiera deux recueils, récompensés par l’Académie française. Son poème « Si la mort est le but » a été mis en musique par GOUNOD.

Gounod (Bertin) Si la mort est le but.Cliquez sur le disque

Louise Bertin meurt à Paris le 26 avril 1877.

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ALCESTE (et ADMÈTE)

Avant que d’être un gros garçon qui passe son temps à manger des tartines de confiture dans Le Petit Nicolas, de SEMPÉ et GOSCINNY, Alceste était une tragédie d‘EURIPIDE. Sa trame a inspiré beaucoup d’opéras, dont bon nombre se sont dissipés dans les méandres du temps et de l’oubli.

Le pitch : La tragédie d’Euripide peut être résumée ainsi – Admète, roi de Thessalie, est en train de livrer son dernier combat, celui contre la mort. Apollon, qui avait trouvé refuge chez lui après avoir été chassé de l’Olympe pour avoir tué les Cyclopes, a obtenu des trois Parques qu’à l’heure de sa mort, Admète puisse rester en vie si une personne se dévoue pour mourir à sa place. Sa femme Alceste se sacrifie pour lui et meurt. Hercule, l’ami d’Admète parvient à arracher Alceste à la mort et à la rendre à son époux (d’après CALZABIGI, le librettiste de GLUCK pour la version italienne).

Parmi les adaptations à l’opéra de ce mythe figure l’Antigona delusa da Alceste, de AURELIS, dont HAENDEL se servira pour son Admeto re di Tessaglia (1727).

Haendel Admeto, Re di TessagliaCliquez sur l’image

Dans les versions encore jouées de nos jours figurent l’Alceste de LULLY (1673), et celles de Gluck (version italienne en 1767 et version française en 1776).

Lully Alceste Alceste vous pleurezCliquez sur l’image

Par rapport à la version italienne, relativement fidèle à Euripide, la version française a été très resserrée sur les drames intérieurs d’Alceste et de son mari Admète, ce qui n’a pas contribué au succès de cette œuvre. Peu de temps après, on a rajouté le personnage d’Hercule (présent chez Euripide) pour pimenter un peu l’action et la rendre plus agréable au public, mais c’est GOSSEC (un des maîtres de BERLIOZ), qui a fait ces rajouts ultérieurs dans la partition de Gluck.

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur Alceste

Au XXe siècle, on peut encore noter l’Alceste (Alkestis) (1922) de BOUGHTON et celui de WELLESZ (1924) sur un livret de Hugo von HOFMANNSTHAL.

Boughton Alceste (Alkestis)Cliquez sur Rutland Boughton

En 1960 encore, la compositrice Vivian FINE écrira l’œuvre pour orchestre en quatre mouvements Alcestis.

Fine AlcestisCliquez sur l’image

Un très grand merci à l’ami Totor Berlioz qui m’a donné l’idée de ce billet (il a consacré de très belles pages à l’Alceste de Gluck dans son ouvrage À travers chant).

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Sergeï PROKOFIEV (1891 – 1953)

Né en Ukraine le 23 avril 1891, Sergeï (Serge) PROKOFIEV est issu d’une famille modeste. Il est initié très jeune à la musique par sa mère, et donne son premier opéra à l’âge de 9 ans !

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Génie précoce, à 12 ans, il a déjà écrit 4 opéras, une symphonie et 2 sonates.

Il entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1904 où il a pour professeurs RIMSKY-KORSAKOV et LIADOV. Il obtient un grand prix de piano en 1913 en jouant son propre Concerto n°1.

En 1908, il collabore aux soirées musicales de DIAGHILEV à Moscou, où il rencontre STRAVINSKY et DEBUSSY.

En 1915, il écrit des ballets pour les ballets russes de Diaghilev, dont Chout le bouffon créé en 1921 et Ala et Lolli, un ballet qui ne sera finalement jamais monté et dont il tirera la Suite scythe.

Prokofiev suite ScytheCliquez sur le chef d’orchestre

En 1917, il écrit la Symphonie Classique, brillante parodie des symphonies classiques. Il écrit aussi un opéra, Le Joueur, une commande d’après le roman de DOSTOÏEVSKI qui n’aboutit pas.

Prokofiev Symphonie classiqueCliquez sur la cheffe d’orchestre

À la suite de la révolution de 1917, Prokofiev part en exil de 1918 à 1933.

Arrivé en Amérique, les créations américaines de son Concerto de piano et de la Suite scythe connaissent un tel succès que l’Opéra de Chicago lui commande un opéra. Ce sera L’amour des trois oranges écrit en 1919 et créé à Chicago en 1921.

Après l’Amérique, il s’installe à Paris où il révise Chout et où il achève son 3e Concerto de piano.

Prokofiev 3e concerto pour pianoCliquez sur la pianiste

En 1933, il décide de revenir en URSS, et il compose de la musique labellisée soviétique. Il écrit son ballet Roméo et Juliette (1935).

Prokofiev Roméo et JulietteCliquez sur l’image

En 1936, il écrit le célèbre conte pour enfants Pierre et le Loup.

Prokofiev Pierre et le loupCliquez sur Pierre

Il fait la connaissance du cinéaste Sergeï EISENSTEIN, pour qui il écrit les musiques d’Alexandre Nevski (1938) et Ivan le Terrible (1946). Ceci ne l’empêche pas d’être accusé de « formalisme bourgeois », et d’être mis sur les listes noires d’artistes, à côté notamment de CHOSTAKOVITCH. Son monumental opéra Guerre et Paix (1941 – 1943), d’après TOLSTOÏ, ne sera pas monté de son vivant.

Il rentre en grâce en 1951 avec son oratorio La Garde de la Paix, qui lui vaut le prix Staline.

Prokofiev décède à l’âge de 61 ans d’une hémorragie cérébrale le 5 mars 1953, le même jour que Staline, ce qui fait que le monde mettra plusieurs jours à apprendre sa mort.

Outre les œuvres déjà citées, Prokofiev est surtout connu pour sa musique pour piano : 9 sonates et cinq concertos dont le Concerto pour la main gauche, écrit comme celui de RAVEL pour le pianiste Paul WITTGENSTEIN (le frère de l’autre) qui avait perdu son bras droit à la guerre, et encore deux opéras, l’Ange de feu (1922 – 1927) et les Fiançailles au couvent (1940 – 1946).

Prokofiev concerto pour la main gaucheCliquez sur l’image

Opéra et cinéma : Woody ALLEN a illustré son film Guerre et Amour avec des musiques de Prokofiev, notamment l’amour des trois oranges .

Et pour finir ce billet, je vous propose cette Toccata par Yuja WANG :

Prokofiev toccata Wang
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Compositeurs, Compositrices, littérature

Pauline VIARDOT (1821 – 1910)

Figure incontournable de la vie musicale en France au XIXe siècle, Pauline VIARDOT (1821 – 1910), née GARCIA, était cantatrice et compositrice. Issue d’une famille de musiciens, elle était la sœur d’une autre cantatrice célèbre, La Malibran.

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Née le 18 juillet 1821, elle débute comme pianiste (elle était élève de LISZT), mais après la mort de sa sœur en 1836 elle se tourne sur ses traces dès 1837. En 1839 elle fait ses débuts à l’opéra dans l’Otello de ROSSINI. L’année suivante, elle épouse le directeur du Théâtre Italien, Louis VIARDOT. Amie de George SAND et de CHOPIN, elle fréquente le milieu intellectuel parisien, qu’elle reçoit dans son salon. George Sand lui dédiera d’ailleurs son roman Consuelo.

BERLIOZ adaptera à sa voix de mezzo le rôle d’Orphée dans la reprise qu’il fera de l’Orphée et Eurydice de GLUCK et MEYERBEER adaptera pour elle son opéra le Prophète.

Gluck Orphée et Eurydice j'ai perdu mon EurydiceCliquez sur Orphée

Elle fait la connaissance de GOUNOD à Rome quand il est à la villa Médicis. Quelques années plus tard, ils se retrouvent à Paris et Gounod écrit pour elle son opéra Sapho.

Gounod Sapho Ô ma lyre immortelleCliquez sur Sapho

Lors d’un de ses séjours parisiens, TCHAÏKOVSKI la rencontre, et elle lui montre le manuscrit original du Don Giovanni de MOZART.

Comme son ami Liszt, elle fait beaucoup pour aider les jeunes musiciens, et c’est grâce à son aide que MASSENET peut monter son oratorio Marie-Magdeleine, alors que SAINT-SAËNS lui dédie son Samson et Dalila.

Massenet Marie-Magdeleine Ô mes soeursCliquez sur Marie-Magdeleine

Elle a l’occasion de chanter à l’opéra de Saint-Pétersbourg, ce qui lui permettra avec son mari de faire connaître la musique russe en occident. L’écrivain russe TOURGUENIEV tombera ainsi amoureux d’elle en 1843. Il restera ami du couple Viardot pendant quarante ans. Pauline le présentera d’ailleurs à George Sand.

En tant qu’interprète, BRAHMS, SCHUMANN ou FAURÉ ont écrit des mélodies pour elle.

Brahms les Bohémiennes (Viardot)

Quand à partir de 1863 elle perd ses aigus, elle doit quitter les scènes d’opéra, ne chantant plus qu’en privé, et se consacre à l’enseignement et à la composition musicale, écrivant de nombreuses mélodies et opéras.

Polyglotte, elle a écrit des mélodies françaises, des lieder allemands, des chansons espagnoles ou des romances russes. Par exemple, elle a déposé des vers sur les mazurkas de son ami Chopin.

Chopin Viardot Mazurka Hai LuliCliquez sur la célèbre cantatrice

La plupart de ses opéras ont été écrits sur des livrets de son ami Tourguéniev.

Viardot Berceuse cosaqueCliquez sur l’image

En 1870, elle a encore l’occasion de créer la Rhapsodie pour alto de Brahms.

Brahms Rhapsodie pour altoCliquez sur l’alto

En 1872, Saint-Saëns introduit le jeune Gabriel FAURÉ dans le salon des Viardot. (Cinq ans plus tard, il y aura un projet de mariage entre Fauré et Marianne, une des filles de Pauline, musicienne comme sa mère.) Fauré dédiera une de ses premières mélodies à Pauline (on trouve une mise en musique de ce même poème dans les Nuits d’été de Berlioz).

Fauré la chanson du pêcheurCliquez sur l’image

Pauline composera elle-même une mélodie sur ce texte en 1886.

Viardot (Pauline) La chanson du pêcheurCliquez sur l’image

Opéras : Trop de femmes (opérette) (1867), l’Ogre (1868), l’opérette le dernier Sorcier (1869),

Viardot le dernier SorcierCliquez sur l’image

le Miroir (1869), Cendrillon (1904), La Nuit de la Saint-Sylvestre.

Viardot CendrillonCliquez sur la fée

Pauline Viardot meurt le 18 mai 1910 à Paris.