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Agenda Ironique

CAUSE TOUJOURS, TU M’INTÉRESSES !

Après les Mamelles de Tirésias, ma participation à l’Agenda Ironique de mars 2021, voici « Cause toujours, tu m’intéresses », celle du mois d’avril.

Cause toujours, tu m’intéresses
Tout ce qui cause m’intéresse
Tout ce qui communique m’ennuie

Ce mois-ci, L’Agenda Ironique est proposé par Jean Pierre Lacombe du blog des Arts et Mots . Il nous propose trois tableaux évoquant une rencontre, des dialogues, du langage, de la parole…

Nous pouvons nous en inspirer (un seul ou les trois [je n’en ai retenu que deux]) pour imaginer un récit, des dialogues, un poème, un haiku etc…(l’agenda ironique semble laisser pas mal de latitude à l’inspiration) avec comme contraintes de placer la phrase « cause toujours, tu m’intéresses », et quelques jeux de mots:
Anagrammes, boutades, homophonies voire un marabout ou un trompe-oreilles.
Et puis, tiens, une citation de notre choix à mêler au texte.
Le tout avant le 30 avril, sans dépasser un rayon de 10 km autour de votre stylo, clavier, burin, pinceau, etc.

Cause toujours, tu m’intéresses, Jean-Pierre. Moi ce que je veux, c’est parler musique et littérature, pas peinture ! D’ailleurs, les seuls peintres que je connaisse à apparaître sur la scène de l’opéra, c’est Mario CAVARADOSSI, dans Tosca de PUCCINI, Marcello dans la Bohème du même Pucccini et le peintre qui fait le portrait de Lulu dans l’opéra de BERG.

Puccini Tosca E lucevan la stelle (Kaufmann)Cliquez sur Cavaradossi, le peintre

Il y en a un autre, mais j’y reviendrai à la fin de ce billet.

Au début de l’opéra, le genre ne parlait que des héros ou des dieux de l’antiquité et, petit à petit, les sujets se sont rapprochés de la vraie vie des vrais gens.

Ainsi, dans Orphée et Euridyce (1762 – 1774) de GLUCK, Orphée est allé chercher son Eurydice aux enfers. Il aurait bien dû lui dire « Cause toujours tu m’intéresses » alors qu’elle s’étonnait de son silence. Au lieu de quoi, il s’est retourné et, l’ayant vu, l’a définitivement perdu, n’ayant plus que ses yeux pour pleurer et sa voix pour chanter.

Gluk Orfeo ed Euridice Che faro senza EuridiceCliquez sur l’image

À partir de la fin du XVIIIe siècle, avec l’adaptation des pièces de BEAUMARCHAIS (Les Noces de Figaro, le Mariage de Figaro) le vrai monde commence à s’inviter sur la scène de l’opéra.

Dans L’Élixir d’amour (1832) de DONIZETTI, le sergent Belcore cherche à séduire Adina, mais celle-ci n’en a cure et semble lui répondre « Cause toujours, tu m’intéresses ».

Donizetti l'Elisir d'amore Come Paride vezzosoCliquez sur l’image

Au XIXe siècle, c’est l’aspiration à la liberté des peuples qui se dessine, avec l’éveil des écoles nationales.

Dans Rigoletto (1851) de VERDI, le héros est un bouffon difforme au service du duc de Mantoue. Les courtisans adoraient se moquer de lui quand il arrivait le matin et le saluait d’un « Bonjour, monsieur courbé » car ils aimaient bien rigoler tôt, les vils courtisans.

Verdi rigoletto Cortigiani, vil razza dannataCliquez sur Rigoletto

Dans Carmen (1875) de BIZET, tous les hommes voudraient se faire aimer de la belle cigarière (Carmen, sois gentille et au moins réponds-nous), mais Carmen leur répond « cause toujours, tu m’intéresses » (quand je vous aimerai, ma foi je n’en sais rien, peut-être demain, peut-être jamais, mais pas aujourd’hui, c’est certain.)

Bizet Carmen Carmen sois-gentille et au moins réponds nousCliquez sur l’image

Plus tard, le XXe siècle est l’époque du vérisme en Italie, et des avancées de la psychologie dans les livrets, avec JANACEK ou BERG.

Je vous avais promis en début de billet d’un autre peintre, il s’agit de Mathis der Maler (Mathis le Peintre), un opéra d’HINDEMITH de 1935. Si dans une conversation sur Matisse, on vous parle de cet opéra, sachez que le Mathis en question est Matthias GRÜNEWALD, un peintre de la Renaissance contemporain de DÜRER.

Hindemith Mathis der MalerCliquez sur le tableau

Un peu plus tard dans le siècle, dans Tommy (1969), des WHO, le héros Tommy, suite à un choc psychologique subi dans sa jeunesse, est devenu sourd, aveugle et muet. Sa mère aimerait bien entrer en communication avec lui, mais il reste indifférent à ses appels.

The Who Tommy Smash the MirrorCliquez sur l’image

Et pour ceux d’entre vous qui ont eu le courage d’arriver jusqu’ici, vous pouvez cliquer sur le cadeau bonus :

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Divers

LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX – 4 – L’AVARICE

La liste des sept péchés capitaux : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la jalousie, la colère et la paresse a été fixée par Saint-Thomas d’Aquin (1224 – 1274) dans sa Somme théologique.

Après l’orgueil et la gourmandise, et la luxure, l’avarice est donc le quatrième péché capital.

L’avarice, c’est ce péché qui consiste à ne pas vouloir se départir de ses biens ou de son argent. À ce titre, on peut dire que l’avare se prive de tout pour ne pas se priver de son argent.

[Il y a de cela fort longtemps, les avares cachaient leur « épargne » dans des bas de laine, et on disait qu’ils faisaient de la contention de cet argent. C’est de là que vient l’expression « un bas de contention pour l’avarice ». (Ce jeu de mots a été homologué par la LDDDJDMP ! 🤣)]

Plus sérieusement, dans notre culture, l’Avare, c’est d’abord Harpagon, le personnage de la pièce de MOLIÈRE datant de 1668. Cette pièce a été mise en musique à plusieurs reprises, par ANFOSSI en 1775, ASTARITA en 1776, ORLANDI en 1801. On peut aussi noter une musique de scène écrite par Maurice JARRE, le père de Jean-Michel.

En 1787, le compositeur italien CAMBIN écrit pour Paris l’opéra bouffon le Tuteur avare.

Avant Molière, SHAKESPEARE avait mis en scène dans le Marchand de Venise (1597) le personnage de Shylock, un riche usurier juif dont l’avidité à recouvrir ses prêts peut être vue comme de l’avarice. Cette pièce a fait l’objet en 1935 d’un charmant opéra de Reynaldo HAHN (1874 – 1947).

Hahn le Marchand de VeniseCliquez sur l’image

Dans l’Or du Rhin (Rheingold) (1854), WAGNER met en scène deux personnages qui perdent tout pour avoir voulu mettre la main sur l’Or du Rhin. Il s’agit des géants Fasolt et Fafner, qui se disputent pour posséder l’anneau magique forgé avec l’Or du Rhin. Pour l’obtenir, Fafner tue son frère Fasolt et va se réfugier dans une caverne, sous la forme d’un dragon qui lui permet de veiller tranquillement (et stérilement) sur son or.

Wagner das Rheingold Fafner und FasoltCliquez sur l’image

En 1836, POUCHKINE écrit Le Chevalier avare, pièce qui sera portée à l’opéra par RACHMANINOV en 1904.

Rachmaninov le Chevalier avareCliquez sur l’image

Et on retrouve évidemment l’avarice dans le ballet Les sept péchés capitaux (1933) de Kurt WEILL.

Weill les sept péchés capitaux l'avariceCliquez sur l’image

Retrouvez ici le cinquième péché capital, la jalousie.

Le MET s'invite chez vous

LE MET INVITE DES « IL ÉTAIT UNE FOIS » CHEZ VOUS – Semaine du 12 au 18 avril


Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 12 au 18 avril 2021.

Cette semaine, le MET invite les contes de fées (vous savez, ces histoires qui commencent par « Il était une fois » [« Once upon a time »].) La semaine s’ouvre et se ferme par deux versions de Cendrillon, celle de MASSENET et celle de ROSSINI.

Pour aller sur le site du MET, c’est ici : https://www.metopera.org/

(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)

Lundi 12 avril Massenet Cendrillon

Massenet Cendrillon (MET 2018)Cliquez sur la marraine la Fée

Mardi 13 avril TCHAÏKOVSKI Iolanta et BARTOK Bluebeard’s Castle (Le Château de Barbe-bleue)

Tchaikovski Iolanta Netrebko (MET)Cliquez sur Iolanta

Mercredi 14 avril MOZART Die Zauberflöte (La Flûte enchantée)

Mozart Zauberflöte (MET 2017)Cliquez sur Papageno et Papagena

Jeudi 15 avril HUMPERDINCK Hansel and Gretel

Humperdinck Hansel und Gretel (MET)Cliquez sur Hansel et Gretel

Vendredi 16 avril DVORAK Rusalka

Dvorak Rusalka Song to the moon Opolais (MET 2017)Cliquez sur Rusalka

Samedi 17 avril PUCCINI Turandot

Puccini Turandot Nessun dorma (MET 1987)Cliquez sur Calaf

Dimanche 18 avril Rossini La Cenerentola (Cendrillon)

Rossini Cenerentola (MET 2014)Cliquez sur Cendrillon (La Cenerentola)

Voilà, c’est tout pour cette semaine. See you a next ouike pour des autorités morales.

Grands chœurs

Johannes BRAHMS (1833 – 1897) – LES GRANDS CHŒURS.

Ce n’est pas parce que BRAHMS n’a pas écrit d’opéra que je vais me priver de parler de lui sur ce blog. Après tout n’est-il pas un de mes compositeurs préférés ?

Né le 7 mai 1833 à Hambourg, Brahms apprend le piano dès l’âge de six ans. Très jeune, il joue dans les cabarets. Il donne son premier concert à l’âge de quinze ans. À vingt ans, il rencontre le violoniste virtuose Joachim, avec qui il se lie d’amitié. C’est Joachim, et Liszt, qui lui conseillent d’aller voir Robert Schumann. La rencontre est fructueuse, et Schumann reconnaît en lui un futur « grand » de la musique. Il se lie donc d’amitié avec le couple formé par Robert et Clara Schumann, et cette relation privilégiée avec Clara durera même après l’internement et la mort de Robert.

Jusqu’ici cantonné au piano, Robert poussera Brahms à écrire pour l’orchestre. Ce sera chose faite avec le premier concerto pour piano, opus 15.

En 1862, il s’installe à Vienne, où il dirigera un chœur. C’est à Vienne qu’il crée en 1868 son Requiem allemand (Ein Deutches Requiem) à l’occasion du décès de sa mère. Après ses quatre Symphonies, ses deux Concertos pour piano, celui de violon et le double concerto, Brahms consacre ses dernières années de compositeur à la musique de chambre.

Mais il y a un genre musical qu’il a pratiqué tout au long de sa carrière, c’est son œuvre chorale.

Quatre chants pour chœur de femmes, deux cors et harpe op. 17 (1860)

Brahms opus 17 Gesang aus Fingal

Ein Deutsches Requiem op. 45 (1857 – 1868)

Brahms ein Deutches Requiem Denn alles fleich es ist wie grassCliquez sur le timbalier

Liebeslieder Walzer op. 52 (1868 – 1869)

Brahms LiebesliederWälzer Nicht Wandle, mein LichtCliquez sur l’image

Rhapsodie pour alto chœur d’hommes et orchestre op. 53 (1869)

Brahms rhapsodie pour alto (K.Ferrier)Cliquez sur l’image

Schicksallied (Chant du destin) opus 54 (1871).

Brahms SchicksalliedCliquez sur l’image

Neues Liebeslieder Walzer op. 65 (1874)

Fest und Gedenspruche (Unsere Vater) (Notre père) op. 109 (1889)

Brahms Fest und Gedenkspruche opus 109Cliquez sur Johannes

Brahms meurt à Vienne le 3 avril 1897, d’un cancer du foie.

Et si vous avez eu la patience d’arriver jusqu’ici, vous pouvez cliquer sur le bonus mystère.

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Compositeurs, Jazz, littérature, Mythologie

Igor STRAVINSKY (1882 – 1971)

Il y a 50 ans ce 6 avril 2021 disparaissait Igor STRAVINSKY, une des figures majeures de la musique du XXe siècle.

Je dois avouer que quand j’ai commencé mon travail sur l’opéra, le nom de STRAVINSKY ne s’est pas spontanément imposé à moi. Et pourtant, ses compositions dans le domaine des histoires racontées en musique sont importantes.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder à la liste de lecture

Compositeur né en Russie, élève de RIMSKI-KORSAKOV, il vient à Paris en 1910 où il se fait très vite reconnaître par ses musiques écrites pour les ballets russes de DIAGHILEV. Dès 1910, c’est l’Oiseau de feu,

Stravinsky l'Oiseau de feuCliquez sur la danse infernale du roi Katscheï

suivi en 1911 par Petrouchka, et surtout en 1913 le Sacre du Printemps, qui provoque un énorme scandale lors de sa création au Théâtre des Champs-Élysées tout récemment inauguré.

Stravinsky le Sacre du prinyemps (Béjart)Cliquez sur le ballet

Contemporain de ces ballets qui sont peut-être les œuvres les plus connues de Stravinsky, il écrit un conte lyrique, Le Rossignol (1908 – 1914).

Outre ces trois classiques, Stravinsky a eu par ailleurs dès 1910 un projet de ballet avec COCTEAU, David, ballet qui deviendra finalement Parade, mais avec une musique de SATIE.

Après ses « années de jeunesse » où le bouillant Stravinsky a révolutionné la manière d’aborder les rythmes, le compositeur prend un virage pour revenir à des musiques qualifiées de néo-classiques. C’est ainsi que pour Pulcinella (1920), il s’inspire d’un thème de PERGOLÈSE (1710 – 1736.)

Stravinsky PulcinellaCliquez sur l’image

Après la révolution russe de 1917, il vit en France et en Suisse, et il écrit l’Histoire du soldat (1918) d’après RAMUZ, les Noces (1917 – 1923), un opéra-bouffe : Mavra (1922) d’après POUCHKINE, Oedipus Rex (1927) d’après SOPHOCLE et sur un livret de Cocteau, et Perséphone (1934) sur un livret de GIDE.

Pour les chœurs, il écrit la majestueuse Symphonie de Psaumes (1929 – 1930).

Stravinsky Symphonie de PsaumesCliquez sur l’orchestre

En 1940, il émigre aux États-Unis comme beaucoup de compositeurs européens, et il prendra d’ailleurs la nationalité américaine. En musique symphonique, il écrit la délicieuse Symphonie en trois mouvements (1945).

Stravinsly Symphonie en trois mouvementsCliquez sur le first movement

Cette même année, il écrit pour le clarinettiste de jazz Woody HERMAN le Concerto pour clarinette « Ebony concerto ».

Stravinsky Ebony concertoCliquez sur le chef d’orchestre et le clarinettiste

Sa période néoclassique s’achève vers 1950, après The Rake’s Progress (1948) sur un livret de W.H.AUDEN, un des librettistes de BRITTEN.

Stravinsky The Rake's ProgressCliquez sur Tom Rakewell et Ann Trulove

Il commence alors sa troisième période, plus formelle, où il se rapproche d’un sérialisme à la WEBERN.

Stravinsky meurt le 6  avril 1971 à New York.

Le MET s'invite chez vous, littérature

LE MET INVITE LES CHEFS-D’ŒUVRE LITTÉRAIRES CHEZ VOUS – Semaine du 5 au 11 avril.


Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 5 au 11 avril 2021.

Cette semaine, le MET met en scène des adaptations à l’opéra des grands drames littéraires.

Pour aller sur le site du MET, c’est ici : https://www.metopera.org/

(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)

De DANTE à SHAKESPEARE ou GOGOL, des siècles de dramaturges ont vu leurs œuvres adaptées à l’opéra. Cette semaine vous présente une extraordinaire galerie d’opéras inspirés par les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature.

Lundi 5 avril GOUNOD Faust d’après GOETHE.

Gounod Faust METCliquez sur Faust et Méphisto

Mardi 6 avril VERDI Rigoletto d’après Victor HUGO.

Verdi Rigoletto Addio addio (MET 1981)Cliquez sur l’image

Mercredi 7 avril TCHAÏKOVSKI Eugene Onegin (Eugène Onéguine) d’après POUCHKINE.

Tchaïkovski eugène Onéguine (MET 2017)Cliquez sur Tatiana

Jeudi 8 avril ZANDONAI Francesca da Rimini d’après DANTE.

Zandonai Francesca da Rimini final (MET 1984)Cliquez sur l’image

VENDREDI 9 avril CHOSTAKOVITCH The Nose (Le Nez) d’après GOGOL.

Chostakovitch The Nose (MET)Cliquez sur l’image

Samedi 10 avril Gounod Roméo et Juliette d’après SHAKESPEARE.

Gounod Roméo et Juliette Trailer (MET)Cliquez sur Juliette et Roméo

Dimanche 11 avril Verdi Luisa Miller d’après SCHILLER.


Verdi Luisa Miller METCliquez sur Rodolfo et Luisa

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui, See you a next ouike pour des « Il était une fois« .

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« RENOUVEAU », de MALLARMÉ

Après Apparition de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, lisons « Renouveau », un poème de jeunesse (1866) écrit alors qu’après un hiver fécond (celui où il a commencé à travailler à Hérodiade), Mallarmé s’était trouvé en panne d’inspiration poétique.

Le printemps maladif a chassé tristement

l’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,

Berlioz la Damnation de Faust le vieil hiverCliquez sur l’image

Et dans mon être à qui le sang morne préside

L’impuissance s’étire en un long baillement

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne

Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,

Berlioz la Damnation de Faust Merci, doux crépusculeCliquez sur l’image

Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,

Par les champs où la sève immense se pavane

Fauré Après un rève (Devieilhe)Cliquez sur l’image

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,

Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,

Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

Thomas Hamlet le chant des fossoyeursCliquez sur l’image

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…

Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil

De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Messiaen Saint-François d'Assise le prêche aux oiseauxCliquez sur la volière

Citations musicales :

Le printemps maladif : BERLIOZ La Damnation de Faust, « Le vieil hiver a fait place au printemps ».

Des crépuscules : Berlioz La Damnation de Faust, « Voici qu’au crépuscule ».

J’erre après un rêve : FAURÉ « Après un rêve » (mélodie).

Creusant de ma face un fosse : Thomas, Hamlet, « chant des fossoyeurs »

Oiseaux en fleur gazouillant au soleil : MESSIAEN Saint-François d’Assise « le prêche aux oiseaux ».

Cinéma, Compositeurs, Fantaisie, Premier avril

Arnoldo POIVRIERI (1755 – 1825)

(c) Adrian Mercure 2021

Dans la trop longue liste des compositeurs qui ont connu un grand succès de leur vivant, avant que de disparaître complètement aux yeux de la communauté, il en est un dont le sort m’apitoie particulièrement.

Il s’agit de Arnoldo POIVRIERI, un compositeur vénitien venu exercer ses talents à Vienne puis à Paris, ville où il mourra. Et il n’a même pas sa rue dans le quartier de l’opéra !

Contemporain de MOZART, BEETHOVEN et SCHUBERT, Arnoldo Poivrieri ne connaît pas aujourd’hui une reconnaissance à la hauteur de son talent.

Né dans la région de Venise le 4 mai 1755, il part à 15 ans faire ses études musicales à Vienne. En 1770, il est présenté à METASTASE et à GLUCK. En 1774, il est en rivalité avec SALIERI pour le poste de compositeur de la Cour et directeur de l’opéra italien de Vienne. Il voyage alors en Italie et en France pour assister aux représentations de ses opéras. C’est ainsi qu’à Paris, Gluck donne un opéra, le Tonneau, sous son propre nom, avant de révéler que Poivrieri en est l’auteur.

À Vienne, Poivrieri entre à la loge maçonnique déjà fréquentée par Mozart et Haydn, et des contemporains ont avancé l’hypothèse que la musique funèbre maçonnique de Mozart aurait en fait été co-écrite par Mozart et Poivrieri.

Mozart Musqiue funèbre maçonniqueCliquez sur l’image

Il écrit pour la cantatrice Consuelo La Festa d’Imeneo, titre qui lui sera honteusement piqué par son contemporain Porpora, comme le relate George Sand dans son roman La Comtesse de Rudolstadt.

Porpora la festa d'imeneo vaghi amori

Parmi ses illustres élèves à Vienne, il faut relever les noms de Beethoven et Schubert, déjà cités, mais aussi ceux de LISZT ou de MEYERBEER.

Poivrieri vivait à Vienne en même temps que Schubert, mais avec des fonctions et une reconnaissance beaucoup plus importantes que celles d’ycelui. En fait, Poivrieri admirait l’œuvre de son élève et cadet. Il a écrit plusieurs opéras pour le Théâtre impérial et il a dû confier à Schubert le livret de Fierrabras, n’ayant pas le temps d’en composer la musique.

Schubert FierrabrasCliquez sur l’image

Une légende colporte que Salieri aurait fait empoisonner Schubert. C’est POUCHKINE qui est à l’origine de cette infox, dans sa nouvelle intitulée Schubert et Poivrieri (1830), nouvelle reprise par RIMSKY-KORSAKOV dans son opéra éponyme (1899).

Après son succès avec Amadeus (1984), Milos FORMAN avait été pressenti pour adapter cette nouvelle au cinéma, sous le titre Franz Peter, mais il a dû décliner cette offre pour se consacrer à son Valmont, une adaptation des Liaisons dangereuses. (Il a certainement eu raison.)

En 1820, alors qu’il s’était installé à Paris, il écrit Il pescatori di pesce, d’après un roman de son exact contemporain Pietro LOTTI (1750 – 1823), opéra qu’il fait représenter au Théâtre des Italiens, sans grand succès. L’intérêt de cet opéra réside surtout dans le fait qu’il a probablement inspiré BIZET pour ses Pêcheurs de perles.

Bizet les pêcheurs de perle je crois entendre encore GilmourCliquez sur l’image

Aujourd’hui totalement disparu, le souvenir de Poivrieri à Vienne était encore suffisamment présent à Vienne 50 ans après son décès le 1er avril 1825 pour que les parents de SCHÖNBERG donnent son prénom à leur enfant. (Et il est amusant de constater que le livret de Moses und Aron (1930 – 1932) est assez proche de celui de Mosè e Aronne (1815), un opéra « viennois » de Poivrieri.

Schönberg Moïse et AaronCliquez sur l’image

Enfin, il faut noter qu’outre ses dons musicaux, Poivrieri avait une autre passion, la vexillologie. Et dans cette Europe aux frontières sans cesse mouvantes, il s’est livré à un passionnant travail sur l’évolution des drapeaux qui accompagnait ces nations changeantes !

Voilà, vous en savez autant que moi sur Arnoldo Poivrieri. Et si vous avez eu le courage de me lire jusqu’ici, vous avez le droit de cliquer sur le cadeau bonus.

Point d'interrogationCliquez sur la vidéo bonus

P.S. Si vous avez aimé le portrait d’Arnoldo Poivrieri qui ouvre ce billet, il a été réalisé par un jeune artiste d’après une gravure d’époque. Si vous aussi, vous souhaitez avoir votre portrait numérique, ou celui d’un de vos proches, vous pouvez passer commande à Adrian Mercure à l’adresse suivante : Adrian Mercure (adrian-mercure.carrd.co

Retrouvez ici d’autres articles publiés un 1er avril :

HAVRE & CAUMARTIN

L’opéra de Saint-Glinglin s’invite chez vous.

littérature

BÉATRIX, de BALZAC (1839)

L’idée d’écrire le roman Béatrix est venue à BALZAC lors d’un séjour à Nohant, chez George SAND, séjour au cours duquel il a rencontré le couple formé par Franz LISZT et Marie d’AGOULT. À son retour à Paris, il a mis ce roman en chantier, dans lequel il s’inspire, très librement, de la liaison entre Liszt et Marie D’Agoult.

Béatrix est paru en 1839 et fait partie, dans la Comédie Humaine, des « Études de mœurs – Scènes de la vie privée ». Se passant dans un monde musical et mondain, on y retrouve les stars de l’époque, ROSSINI et DONIZETTI pour l’opéra, mais aussi Liszt et PAGANINI comme virtuoses.

La première partie se passe à Guérande chez les du Guénic, une famille de la vieille noblesse bretonne. Calyste, le jeune homme de la famille, est attiré par Camille Maupin (personnage inspiré de George Sand, ce qui nous vaut une très belle description de cette dernière), ce que sa famille voit avec effroi. Calyste a un rival, car Camille a un amant, l’écrivain Claude Vignon.

On apprend que Camille a eu autrefois une liaison avec Conti, un musicien (Franz Liszt), pour lequel elle a écrit deux livrets d’opéras. Justement, la marquise Béatrix de Rochefide (Marie d’Agoult) arrive au château de Camille avec Conti, qui est devenu son amant. Camille favorise la relation entre Calyste et Béatrix, avec qui il vit un grand amour. Mais Conti lui arrache Béatrix et prend la fuite avec elle.

La deuxième partie se passe à Paris. Camille a arrangé un mariage entre Calyste et une jeune noble, Sabine de Grandlieu, avant de se retirer au couvent (George Sand au couvent, ça, c’est du roman !) Tout serait pour le mieux pour le jeune couple si Béatrix, abandonnée par Conti, ne décidait de récupérer Calyste en exerçant ses charmes sur lui.

Dans Béatrix, Balzac nous livre de très beaux portraits de femmes, ainsi qu’une description de la vie mondaine à Paris dans les années 1830.

Dans la partie consacrée à la description de Camille Maupin, le nom de plume de Félicité Destouches, on apprend (page 690) qu’elle a fait venir à Nantes le pianiste STEIBELT pour apprendre le piano, et qu’elle jouait couramment les sonates de BEETHOVEN (page 691).

Steibelt Andante CantabileCliquez sur l’Andante Cantabile de Steibelt

La rencontre de Camille et Calyste se fait alors que Camille est en train de chanter la cavatine « Grâce pour toi, grâce pour moi » de Robert le Diable, de MEYERBEER et le « Restez » du Guillaume Tell de Rossini (pages 708 et 709.)

Meyerbeer Robert le diable Robert, toi que j'aimeCliquez sur l’image

Un peu plus loin, Balzac nous dresse un portrait de son héros Conti (Page 717) : Conti a beaucoup d’esprit, il a du talent comme compositeur… Sans Meyerbeer et Rossini, peut-être eût-il passé pour un homme de génie. Il est en musique vocale ce qu’est Paganini sur un violon, Liszt sur le piano.

Paganini Liszt La CampanellaCliquez sur la pianiste

Lors de la première rencontre de Béatrix et Calyste, elle chante en duo avec Conti « Dunque il mio bene tu mia sarai », le dernier duo du Roméo et Juliette de ZINGARELLI, et Balzac cite le passage « Di tanti palpiti », du Tancrède de Rossini. (page 746)

Zingarelli Giulietta e RomeoCliquez sur l’image

Pages 825 – 826 : Conti est amoureux de Mlle FALCON, de l’opéra (Balzac avait pu l’entendre dans les Huguenots et dans la Juive.) Puis Conti chante « Pria che spuniti l’aurora », « le plus grand chef-d’œuvre musical qui existe pour les exécutants », extrait du Matrimonio segreto de CIMAROSA.

Cimarosa Il matrimonio Segreto Pria che spunti in ciel l'auroraCliquez sur l’image

Page 883, Sabine craque (de jalousie) en entendant Rubini chanter l’air « Il mio cor si divide » d’Otello.

Rossini Otello Ah vieni neltuo sangueCliquez sur la « battle » de ténors

Page 921 : C’est à un dîner chez Mme Schontz que Paganini déclara n’avoir jamais fait pareille chère chez aucun souverain, ni bu de tels vins chez aucun prince, ni entendu conversation si spirituelle, ni vu de luxe si coquet.

Page 922 : Sois tranquille, dans dix minutes, il te chantera l’air d’Isabelle dans Robert le Diable « Je suis à tes genoux ».

Meyerbeer Robert le diable Robert, toi que j'aime je suis à tes genouxCliquez sur Isabelle

Page 929 : À une représentation de la Lucia qui finit, comme on sait, par un des plus beaux triomphes de Rubini. C’est lors de cette représntation que la trame ourdie pour séparer Calyste de Béatrix se noue.

Donizetti Lucia di Lammermoor cavatine finaleCliquez sur l’image

(Source : Honoré de Balzac, La Comédie humaine, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, pages 599 à 941)

Le MET s'invite chez vous

LE MET INVITE DES TRIANGLES AMOUREUX CHEZ VOUS – Semaine du 28 mars au 4 avril

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 29 mars au 4 avril 2021.

Cette semaine, le MET met en scène les triangles amoureux chers à G.B.SHAW.

Pour aller sur le site du MET, c’est ici : https://www.metopera.org/

(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)

Lundi 29 mars BELLINI Norma

Bellini Norma Casta Diva Radvanovsky (MET 2017)

Mardi 30 mars STRAUSS Capriccio

Strauss Cappriccio METCliquez sur la comtesse

Mercredi 31 mars DONIZETTI Roberto Devereux

Donizetti Roberto Devereux METCliquez sur Sarah et le duc de Nottingham

Jeudi 1er avril VERDI Il Trovatore (Le Trouvère)

Verdi Trovatore Di quella piraCliquez sur l’image

Vendredi 2 avril MASSENET Werther

Massenet Werther les larmes qu'on ne pleure pasCliquez sur Charlotte

Samedi 3 avril DONIZETTI L’Elisir d’Amore (L’Élixir d’amour)

Donizetti l'Elisir d'amore Acte II duo (MET 2012)Cliquez sur Adina et Nemorino

Dimanche 4 avril WAGNER Tristan und Isolde

Wagner Tristan und Isolde (MET 2016)Cliquez sur la bande-annonce

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. See you a next ouike.