littérature

BÉATRIX, de BALZAC (1839)

L’idée d’écrire le roman Béatrix est venue à BALZAC lors d’un séjour à Nohant, chez George SAND, séjour au cours duquel il a rencontré le couple formé par Franz LISZT et Marie d’AGOULT. À son retour à Paris, il a mis ce roman en chantier, dans lequel il s’inspire, très librement, de la liaison entre Liszt et Marie D’Agoult.

Béatrix est paru en 1839 et fait partie, dans la Comédie Humaine, des « Études de mœurs – Scènes de la vie privée ». Se passant dans un monde musical et mondain, on y retrouve les stars de l’époque, ROSSINI et DONIZETTI pour l’opéra, mais aussi Liszt et PAGANINI comme virtuoses.

La première partie se passe à Guérande chez les du Guénic, une famille de la vieille noblesse bretonne. Calyste, le jeune homme de la famille, est attiré par Camille Maupin (personnage inspiré de George Sand, ce qui nous vaut une très belle description de cette dernière), ce que sa famille voit avec effroi. Calyste a un rival, car Camille a un amant, l’écrivain Claude Vignon.

On apprend que Camille a eu autrefois une liaison avec Conti, un musicien (Franz Liszt), pour lequel elle a écrit deux livrets d’opéras. Justement, la marquise Béatrix de Rochefide (Marie d’Agoult) arrive au château de Camille avec Conti, qui est devenu son amant. Camille favorise la relation entre Calyste et Béatrix, avec qui il vit un grand amour. Mais Conti lui arrache Béatrix et prend la fuite avec elle.

La deuxième partie se passe à Paris. Camille a arrangé un mariage entre Calyste et une jeune noble, Sabine de Grandlieu, avant de se retirer au couvent (George Sand au couvent, ça, c’est du roman !) Tout serait pour le mieux pour le jeune couple si Béatrix, abandonnée par Conti, ne décidait de récupérer Calyste en exerçant ses charmes sur lui.

Dans Béatrix, Balzac nous livre de très beaux portraits de femmes, ainsi qu’une description de la vie mondaine à Paris dans les années 1830.

Dans la partie consacrée à la description de Camille Maupin, le nom de plume de Félicité Destouches, on apprend (page 690) qu’elle a fait venir à Nantes le pianiste STEIBELT pour apprendre le piano, et qu’elle jouait couramment les sonates de BEETHOVEN (page 691).

Steibelt Andante CantabileCliquez sur l’Andante Cantabile de Steibelt

La rencontre de Camille et Calyste se fait alors que Camille est en train de chanter la cavatine « Grâce pour toi, grâce pour moi » de Robert le Diable, de MEYERBEER et le « Restez » du Guillaume Tell de Rossini (pages 708 et 709.)

Meyerbeer Robert le diable Robert, toi que j'aimeCliquez sur l’image

Un peu plus loin, Balzac nous dresse un portrait de son héros Conti (Page 717) : Conti a beaucoup d’esprit, il a du talent comme compositeur… Sans Meyerbeer et Rossini, peut-être eût-il passé pour un homme de génie. Il est en musique vocale ce qu’est Paganini sur un violon, Liszt sur le piano.

Paganini Liszt La CampanellaCliquez sur la pianiste

Lors de la première rencontre de Béatrix et Calyste, elle chante en duo avec Conti « Dunque il mio bene tu mia sarai », le dernier duo du Roméo et Juliette de ZINGARELLI, et Balzac cite le passage « Di tanti palpiti », du Tancrède de Rossini. (page 746)

Zingarelli Giulietta e RomeoCliquez sur l’image

Pages 825 – 826 : Conti est amoureux de Mlle FALCON, de l’opéra (Balzac avait pu l’entendre dans les Huguenots et dans la Juive.) Puis Conti chante « Pria che spuniti l’aurora », « le plus grand chef-d’œuvre musical qui existe pour les exécutants », extrait du Matrimonio segreto de CIMAROSA.

Cimarosa Il matrimonio Segreto Pria che spunti in ciel l'auroraCliquez sur l’image

Page 883, Sabine craque (de jalousie) en entendant Rubini chanter l’air « Il mio cor si divide » d’Otello.

Rossini Otello Ah vieni neltuo sangueCliquez sur la « battle » de ténors

Page 921 : C’est à un dîner chez Mme Schontz que Paganini déclara n’avoir jamais fait pareille chère chez aucun souverain, ni bu de tels vins chez aucun prince, ni entendu conversation si spirituelle, ni vu de luxe si coquet.

Page 922 : Sois tranquille, dans dix minutes, il te chantera l’air d’Isabelle dans Robert le Diable « Je suis à tes genoux ».

Meyerbeer Robert le diable Robert, toi que j'aime je suis à tes genouxCliquez sur Isabelle

Page 929 : À une représentation de la Lucia qui finit, comme on sait, par un des plus beaux triomphes de Rubini. C’est lors de cette représntation que la trame ourdie pour séparer Calyste de Béatrix se noue.

Donizetti Lucia di Lammermoor cavatine finaleCliquez sur l’image

(Source : Honoré de Balzac, La Comédie humaine, tome II, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, pages 599 à 941)

18 réflexions au sujet de “BÉATRIX, de BALZAC (1839)”

  1. Merci pour nous donner tous ces détails sur cette histoire. Et merci pour les belles musique.
    Belle journée Jean-Louis.
    P.S.: je note le Claude Vignon, amant de Camille. Cela n’est pas resté dans la famille…

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      1. Il fut le prof de Messager et de Fauré le Camille. Il a du les aider à ouvrir encore plus leurs précieuses esgourdes.
        Décidément nous avons tous deux manqué de Camille… A mon âge, je prendrai plus de plaisir avec une camomille ! 😂

        Aimé par 1 personne

  2. Hihihi, il est tout en haut de ma PAL. Ma prochaine lecture. Je me réjouis à l’idée de retrouver tout ce beau monde. A Guérande, en plus ( je connais bien)…. Et puis à Paris.
    Super, en tout cas, cette sélection de morceaux ( je suis là pour les écouter). Et quand je serai plongée dans ma lecture, je ne manquerai pas d’y revenir.
    Merci J-L, pour ce billet que j’attendais, ça fait trop plaisir.
    Au fait, puisque Balzac s’est inspiré de George Sand ( Félicité des Touches), Marie d’Agoult ( Béatrix) et Liszt (le musicien Conti), faut-il en déduire que Marie D’A. avait « volé » Liszt à G. Sand ? Rhoo, c’est pas beau de faire la commère. Je retourne écouter la suite des vidéos… 🎧
    Bonne soirée a toi. Et merci encore pour ce billet 🙏

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    1. On ne sait pas très bien ce qui s’est passé entre George S. et Franz L. ELLE collectionnait les hommes et les mettait très vite dans son lit. LUI était le chéri de ses dames, donc tout est possible. Je vais me replonger dans les archives de Gala pour voir si ils ont sorti un scoupe sur le sujet.

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    1. Je te le conseille (j’aurai du mal à écrire le contraire). Les portraits des trois femmes que sont Camille, Béatrix et Sabine sont assez impressionnants de psychologie (sans oublier celui de la mère de Calyste). À côté, les hommes paraissent bien pâles.
      Personnellement, j’ai eu un peu de mal avec les trente premières pages consacrées à la vieille famille du Guénic, et à leur manoir breton, mais passé cet écureuil (oups, écueil), j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce roman.
      Bonne soirée, Marie-Christine.

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