Cinéma, littérature, Mythologie, Théâtre

ÉLECTRE, ELEKTRA, ELECTRA, ELLETRA

Électre, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, est un des personnages importants de la mythologie grecque, et le dernière représentante de la famille des Atrides. (Ce n’est pas un hasard si Franck Herbert donné le nom d’Atréis au héros de son space opera Dune, héros dont le second prénom est Oreste, comme le frère d’Électre !)

Le pitch : Électre est la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, la sœur d’Iphigénie et d’Oreste (et aussi de Chrysothémis, moins connue). Clytemnestre ayant tué son mari avec l’aide d’Egisthe, son amant, Électre mettra son frère à l’abri, avant de le pousser à venger leur père quelques années plus tard en tuant leur mère.

Cette tragédie a été racontée par les trois grands tragiques grecs que sont ESCHYLE, SOPHOCLE et EURIPIDE. Plus près de nous, Racine puis Voltaire s’en sont emparée. En Italie Alfieri, en Irlande O’Neill, en Autriche HOFMANNSTHAL se sont également emparé du mythe, alors qu’en France au XXe siècle, Giraudoux, Anouilh, Sartre et Yourcenar l’ont également transposé.

Devant la force dramatique du personnage, il n’est donc pas surprenant de retrouver Électre à l’opéra.

Ainsi, en 1712, André Campra écrivait son Idoménée, dont le livret servira largement à Mozart soixante-dix ans plus tard pour son Idomeneo. Dans cet opéra Électre s’est réfugiée en Crète, et est amoureuse d’Idamante, le fils du roi. Or, Idoménée demande à son fils de reconduire Électre chez elle à Argos, ce qui déclenche la fureur de Neptune.

Campra Idoménée Laissez nous sortir d'esclavageCliquez sur l’image

Et donc en 1780, MOZART écrit son Idomeneo, re di Creta (Idoménée) qui s’inspire de l’Idoménée de Campra.

Mozart Idoménée Tutte nel cor vi sentoCliquez sur Électre (pas très contente)

Le compositeur (méconnu) Christian Cannabich écrira son Electra dans la foulée de Mozart.

Cannabich Electra (Bernius)Cliquez sur le génial chef de chœur

En 1782, Jean-Baptiste MOYNE écrit Électre, une tragédie lyrique de Moyne (1782).

La même année 1782 voit l’Électre de l’infatigable GRÉTRY 1782 Électre, d’après Euripide.

Parmi les œuvres issues de la collaboration de Hugo von Hofmannsthal et Richard STRAUSS figurent Elektra.

Strauss ElektraCliquez sur Elektra

Enfin, le compositeur grec, récemment disparu, Mikis THEODORAKIS a écrit son opéra Electra en 1993. (À noter qu’il avait déjà écrit la musique du film la Mort d’Agamemnon (1962) de Michael CACOYANNIS).

Theodorakis Electra Woe is me, the wrtechedCliquez sur l’image

Écrivains, littérature

DANTE ALIGHIERI (1265 – 1321)

Dante ALIGHIERI est souvent considéré comme le père de la langue italienne moderne. Il est l’auteur de la Divine comédie, un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale.

Dante naît à Florence en juin 1265, en plein conflit entre les guelfes (partisans du pape) et les gibelins (partisans de l’empereur). En 1274, il a neuf ans quand il rencontre Béatrice, qui en a dix, dont il tombe amoureux et qui restera son amour virtuel. En 1282, ce sont les Vêpres siciliennes, ce soulèvement sicilien contre la domination française (dont Verdi tirera un opéra).

En 1283, il commence à écrire sa Vita Nova (Vie nouvelle).

Le 8 juin 1290, Béatrice meurt, mais pour Dante, elle restera toujours sa muse.

Autour de l’année 1300, Dante effectue des missions diplomatiques, notamment à Rome.

Entre 1304 et 1321, il écrit la Divine Comédie. Dans cette Divine Comédie, le poète Virgile lui fait descendre les neuf cercles de l’enfer, avant de monter les sept gradins du purgatoire. Arrivé aux portes du paradis, Virgile ne peut plus le guider, et c’est Béatrice qui prend le relais, pour lui faire visiter les neuf sphères du paradis.

Dante Alighieri meurt le 14 septembre 1321 à Ravenne.

Quelques années avant l’invention de l’opéra, Vincenzo Galilei (le père de Galileo Galilei) met en musique les Lamentations d’Ugolin (1586).

Comme les œuvres de l’ARIOSTO (l’ARIOSTE) et de il TASSO (le TASSE), la Divine Comédie a fait partie pendant des siècles des œuvres que le public lettré se devait de connaître et d’avoir lues. Ainsi, au XIXe siècle, Franz LISZT rendra hommage à Dante.

Une première fois en 1837 avec sa pièce pour piano Après une lecture de Dante, qui sera recueillie vingt ans plus tard dans le deuxième volume des Années de Pèlerinage.

Liszt Après une lecture de DanteCliquez sur le pianiste

Une deuxième fois en 1857 avec sa Dante Symphonie.

Liszt Dante-Symphonie AlléluiaCliquez sur l’image

Dans le cinquième chant de l’Enfer, comme il arrive au second cercle (celui de la luxure), Dante nous conte l’histoire de Francesca da Rimini, la fille d’un seigneur de Ravenne mariée à Jean le Boiteux, un jeune homme valeureux mais difforme. Très vite, Francesca se mit à tromper son mari avec le frère de celui-ci, Paul le Beau. Surpris ensemble, ils furent assassinés par Jean. Et c’est en Enfer que Dante nous les présente, mais un enfer étrangement calme, au milieu d’une cour d’autres victimes de l’amour, Sémiramis, Didon, Cléopâtre, Hélène de Troie, Achille, Pâris, Tristan.

Cette histoire a été illustrée musicalement par TCHAÏKOVSKI en 1876,

Tchaïkovski Francesca da RiminiCliquez sur l’orchestre

par Ambroise THOMAS en 1882 dans son opéra Françoise de Rimini

Thomas Françoise de RiminiCliquez sur l’image

par RACHMANINOV en 1906

Rachmaninov Francesca da RiminiCliquez sur l’image

et par ZANDONAÏ en1914.

Zandonai Francesca da Rimini final (MET 1984)Cliquez sur l’image

Une autre histoire évoquée dans l’Enfer est celle de Gianni Schicchi, cet homme roué qui réussit à détourner un héritage à son profit. PUCCINI a écrit un opéra en un acte sur ce thème en 1918.

Pucccini Gianni Schicchi O mio babbino caroCliquez sur l’image

Enfin, au chant XXXIII de l’Enfer, Dante nous parle des malheurs d’Ugolin. Ugolin, tyran de Pise, a trahi la cause des gibelins. Une conspiration le renverse et il se trouve en prison avec ses fils et ses petits-fils. Alors qu’ils mouraient de faim, ils le supplièrent de se nourrir de leur chair quand ils seraient morts. Cette légende a été mise en musique par DONIZETTI dans sa cantate Il conte Ugolino qui date de 1826.

Donizetti Il Conte UgolinoCliquez sur l’image

En 2022, Pascal Dusapin a porté la vie de Dante à l’opéra, avec son Il Viaggio, Dante.

Les compositeurs ne sont pas les seuls artistes à avoir été inspirés par l’œuvre de Dante.

Ainsi RODIN et sa monumentale Porte de l’enfer.

Ou encore la série de gravures de Gustave Doré pour la Divine Comédie.

(Source principale : Dante, œuvres complètes, la Pléiade, éditions Gallimard, 1983)

(P.S. comme pour mes récents articles consacrés à un écrivain ou à un compositeur, j’ai fait appel pour le portait de Dante à un jeune artiste qui peut réaliser à la demande vos portraits, ceux des gens que vous aimez, ou de vos animaux familiers, à des prix tout à fait raisonnables. Si vous voulez leur faire une surprise, un cadeau, c’est ici : https://adrian-mercure-fr.carrd.co/# )

Agenda Ironique, Mallarmé, Oulipo

AGENDA IRONIQUE DE SEPTEMBRE 2021

Hop hop hop, on ne bouge plus, on écoute (ou plutôt on lit.)

Pisque le jury de l’Agenda Ironique m’a proposé (en second) pour animer l’Agenda Ironique de septembre, voici ma proposition pour cet intéressant exercice de style (hihihi, tant pis pour vous.)

Votre AI devra tourner autour de soit « Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur », soit « Aboli bibelot d’inanité sonore » (c’est vous qui choisissez votre thème). De plus, il vous sera demandé que votre texte comporte une amphibolie (ou une hypallage si l’amphibolie vous fait trop peur).

Vous pouvez écrire dans tous les styles que vous voulez : récit épique, essai philosophique, critique littéraire, roman d’amour, thriller, poésie… et faire intervenir tous les personnages récurrents qu’il vous plaira. C’est avec plaisir que nous aurions des nouvelles d’Onésime, d’Anna Podoton, de Dupin et Lilly, des trois (plus une) petites pommes ou de la mystérieuse pianiste chinoise (liste non limitative, évidemment).

J’ai fait un POC (Proof of Concept) pour tester la solidité de ma proposition en demandant à mon ami Stéphane ce qu’il en pensait, il m’a immédiatement répondu en me proposant deux textes, que je vous livre ici à titre d’exemple.

Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur.

Aboli bibelot d’inanité sonore.

J’ai donc considéré que le concept était valide et je vous le soumets. Je vous rassure, mon ami Stéph’ sera hors concours, d’autant que ses amphibolies ne sont pas si jolies que ça !

À vos blogs ! 🙂

Le lien de votre texte pourra être déposé en commentaire cidsous jusqu’au 26 septembre. Ensuite, lecture et votes jusqu’au 30 septembre.

Mallarmé, Oulipo, Poésie

« REMÉMORATION D’AMIS BELGES », de MALLARMÉ

Après La Chevelure vol d’une flamme à l’extrême de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose « Remémoration d’amis belges », un poème de 1893 en hommage aux poètes belges du cercle Excelsior de Bruges, où Mallarmé avait été invité à donner une conférence en1890.

Les quatrains évoquent la ville de Bruges, sombre et vétuste, alors que les tercets évoquent l’aube, d’où des cygnes surgissant des canaux noirs de la cité prennent leur envol en toute liberté, comme la poésie permet de s’abstraire de la médiocrité de la vie au quotidien.

À des heures et sans que tel souffle l’émeuve

Toute la vétusté presque couleur encens

Comme furtive d’elle et visible je sens

Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve

Boulez Pli selon pliCliquez sur l’image

Flotte ou semble par soi n’apporter une preuve

Sinon d’épandre pour baume antique le temps

Nous immémoriaux quelques-uns si contents

Sur la soudaineté de notre amitié neuve

Verdi La Forza del destino Amici in vita e in morteCliquez sur l’image

Ô très chers rencontrés en le jamais banal

Bruges multipliant l’aube au défunt canal

Grisar Le Carillonneur de BrugesCliquez sur le carillonneur de Bruges

Avec la promenade éparse de maint cygne

Saint-Saëns Carbnaval des animaux le cygneCliquez sur l’image

Quand solennellement cette cité m’apprit

Lesquels entre ses fils un autre vol désigne

À prompte irradier ainsi qu’aile l’esprit.

Schubert Scwanengesang StändchenCliquez sur l’image

Citations musicales :

Pli selon pli : BOULEZ Pli selon pli, hommage à Mallarmé. Cette œuvre; commencée en 1957 a connu, comme nombre d’œuvres de Boulez plusieurs remaniements, et ce jusqu’en 1990. Elle est construite sur une mise en musique de cinq poëmes de Mallarmé, dont le fameux « Le Vierge le vivace et le bel aujourd’hui« , description d’un malheureux cygne pris dans les glaces à Paris lors d’un hiver très rigoureux.

notre amitié : VERDI La Force du destin, Duo « Amici in vita e in morte ». Dans cet opéra de Verdi, le héros Alvaro sauve son ennemi (sans le reconnaître) sur le champ de bataille. Ils se jurent une amitié à la vie et à la mort.

Bruges : Il existe un opéra de Albert GRISAR intitulé le Carillonneur de Bruges (1852).

de maint cygne : SAINT-SAËNS, le Carnaval des animaux, « le Cygne ».

À prompte irradier ainsi qu’aile l’esprit : SCHUBERT Schwanengesang (le Chant du cygne), « Ständchen ».

Écrivains, Compositrices, littérature, Théâtre

LES TRAGIQUES GRECS – 1 – ESCHYLE (- 525, – 456)

Il y a quelque 2500 ans, un trio d’auteurs grecs, SOPHOCLE, EURIPIDE et ESCHYLE, fixait les grands mythes grecs et jetait les bases de la tragédie, creuset de notre culture. La force de ces archétypes est telle qu’ils inspirent toujours les auteurs, comme nous allons le voir.

Eschyle est l’aîné de nos trois tragédiens, peut-être est-ce pour cela qu’il fait plus intervenir les dieux que les humains dans ses tragédies. Il a écrit plus de cent pièces, mais seules cinq d’entre elles nous sont parvenues.

Contemporain des guerres contre les Perses, Eschyle participe aux batailles de Marathon et de Salamine.

Une légende veut qu’il soit mort en recevant une tortue sur la tête, tortue lancée par un rapace sur son crâne chauve, qu’il avait pris pour un caillou !

Les Perses. Cette pièce, écrite en – 472, évoque la victoire des Grecs contre les Perses à la bataille de Salamine. C’est la plus ancienne pièce de théâtre conservée.

Les sept contre Thèbes. Cette pièce écrite en – 467 décrit le siège et l’attaque de la ville de Thèbes contre sept chefs d’Argos, dans le combat fratricide entre Étéocle et Polynice, les fils d’œdipe et frères d’Antigone. L’action se déroule donc avant les multiples versions de la tragédie Antigone.

Les Suppliantes, qui date d’environ – 460, raconte l’histoire des 50 Danaïdes (les filles de Danaos, lui-même descendant de Zeus et Io) qui devaient épouser les 50 fils d’Égyptos. Ne voulant pas de ce mariage, elles se réfugient avec leur père à Argos, le berceau de leur race, où elles demandent l’asile. Le roi d’Argos accepte de les protéger. Je reviendrai dans un billet spécifique sur l’histoire des Danaïdes, et de leur aînée, Hypermnestre.

En 1941, Honegger écrit une musique de scène pour cette pièce.

L’Orestie , qui date de – 458 est une trilogie composée de Agamemnon, les Choéphores et les Euménides. Serge Taneïev écrit un opéra, Oresteia, créé à Moscou en 1895.

Taneyev Oresteia (Orestie) OuvertureCliquez sur l’image

L’Orestie sera également adaptée par Darius Milhaud sur un livret de Paul Claudel.

Milhaud l'Orestie AgamemnonCliquez sur Agamemnon

Milhaud l'Orestie les ChoéphoresCliquez sur les Choéphores

Milhaud l'Orestie les EuménidesCliquez sur les Euménides

En 1966, c’est le compositeur grec Xenakis qui met en musique l’Orestie.

Xenakis OresteïaCliquez sur l’Oresteïa

Et en 2011, la compositrice polonaise écrit le drame lyrique Oresteia.

Il reste une autre pièce, Prométhée enchaîné dont la date est incertaine. Je reviens également dans un billet spécifique sur Prométhée, ce héros de la mythologie grecque, qui ayant volé le feu pour le donner aux hommes, se trouve cloué sur un rocher. Immortel, il est condamné à avoir le foie mangé chaque jour par un aigle, jusqu’à ce qu’il cède et révèle à Zeus un secret, mais Prométhée tient bon.

Honegger a écrit en 1946 une musique de scène pour ce Prométhée enchaîné d’Eschyle.

Et si vous voulez vous détendre un peu après tous ces drames antiques, cliquez sur le bonus surprise.

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez vous détendre un peu après tous ces drames antiques.

Agenda Ironique, Fables de la Fontaine, Oulipo

LE CHÊNE ET LE CORPS BEAU, d’après La FONTAINE

ESOPE RESTE ICI ET SE REPOSE

Ce palindrome mériterait de figurer sur la tombe du fabuliste ÉSOPE, un des inspirateurs de ce bon monsieur de La FONTAINE, l’ineffable homme à fables. La fable qui suit, très librement inspirée du corpus La Fontainien, est donc ma contribution à l’Agenda Ironique d’août 2021, dont le thème est proposé par l’affable Max-Louis.

Le thème : Fable

J’explique : la fable est de tout temps parmi nous entre le mensonge et l’imaginaire en passant par l’érotisme et le pamphlet, elle couvre tous les pans de la société. Le récit nous transporte où nous enfonce qu’importe la fable est la chair de notre chair sans nous en rendre compte, qu’elle soit anodine ou prégnante.

Je vous propose de composer un texte (prose ou poésie – long ou court) dans le genre qu’il vous plaît (fantastique, utopique, commun, amoureux, journalier, carnet de bord, romantique, animalier, érotique…) le tout… Ironique.

Et pour « faire » bonne mesure, une citation à placer où bon vous semble dans le texte proposé :

« Une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus » Edmond Jabès : Le Livre des Questions Tome 2

Agenda Ironique Août 2021 | Le dessous des mots (wordpress.com)

La raison du plus fort n’est toujours la meilleure

Nous l’allons montrer tout à l’heure

Le chêne un jour dit au corps beau

Blow Vénus & AdonisCliquez sur l’image

Que vous êtes joli, que vous me semblez beau

Sans mentir, tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.

Mozart Idoménée Zeffiretti lusinghieriCliquez sur Ilea

Mais que faisiez-vous au temps chaud ?

Vous chantiez, j’en suis fort aise

et bien dansez maintenant

Rameau les Indes galantes Forêts paisiblesCliquez sur les danseurs

À ces mots, le corps beau ne se sent plus de joie

Il pousse un large contre-ut

Donizetti La Fille du régiment pour mon âme quel destinCliquez sur « l’air aux neuf contre-ut »

En vain le chêne lutte

Le corps beau souffle si fort qu’à la fin il déracine

Celui de qui la tête au Ciel était voisine

C’en est fini de lui

Une lettre se détache de son nom, le chne n’est déjà plus

Adieu veaux, vaches, cochons, couvées.

Citations : le corps beau, ce ne peut-être que celui d’Adonis, mis en musique par John BLOW dans son masque Venus & Adonis.

Dansez maintenant : RAMEAU Les Indes galantes Air : « Forêts paisibles »

un large contre-ut : DONIZETTI La Fille du régiment air : « pour mon âme »

Tout me semble zéphyr : MOZART Idoménée air « Zeffireti lusinghieri ».

Et si vous avez eu la patience d’arriver jusqu’ici, vous pouvez cliquer sur le bonus mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus mystère si vous avez eu la patience d’arriver jusqu’ici

Compositrices, Mythologie, Théâtre

OEDIPE

Sujet complexe que celui d’Œdipe. On connaît ce héros essentiel de la mythologie grecque grâce aux deux pièces Œdipe roi et Œdipe à Colone de SOPHOCLE.

Œdipe était le fils de Laïos et Jocaste, abandonné à sa naissance parce qu’un oracle avait prédit à Laïos que son fils le tuerait. Recueilli par le roi Polybe, et ayant appris qu’il devait tuer son père, il quitte la cour de son père adoptif et se dirige vers Thèbes. En chemin, il croise Laïos et le tue. Arrivé à Thèbes, et après avoir résolu l’énigme du sphynx (voire de la sphynge), il épouse sa mère, la reine Jocaste, qui lui donnera quatre enfants, Antigone, Ismène, Étéocle et Polynice. Lorsqu’il apprend son forfait du devin Tirésias, il se crève les yeux et quitte Thèbes.

En 1786, SACCHINI a composé un opéra, Œdipe à Colone.

Sacchini Oedipe à Colone

À la même époque, le prolifique GRÉTRY avait entamé un Œdipe à Colonne qu’il n’achèvera pas.

En 1845, Félix MENDELSSOHN, le frère de la compositrice Fanny, écrit une musique de scène pour Œdipe à Colone.

Mendelssohn Oedipe à ColoneCliquez sur le chœur

En 1861, c’est MOUSSORGSKI qui écrit Œdipe à Athènes, une musique de scène pour une pièce de OZEROV.

Moussorgski OedipeCliquez sur l’image

En 1927, STRAVINSKY écrit son Œdipus Rex, sur un livret de COCTEAU.

Stravinsky Oedipus RexCliquez sur l’image

Le compositeur LEONCAVALLO n’aura pas la chance de voir la création de son opéra Œdipe-roi (Edipo Re) en 1930, un an après sa mort.

Leoncavallo Oedipe roi (Edipo Re)Cliquez sur l’image

alors qu’en 1931, le trop méconnu ENESCO achève son opéra Œdipe, qui reprend toute la vie du personnage.

Enesco Oedipe Voyez, Thébains, voyez !Cliquez sur l’image

Antigone, une des filles d’Œdipe, connaîtra le même succès que son père. Voir ici https://toutloperaoupresque655890715.com/2020/12/29/antigone/le billet qui lui est consacré.

(P.S. De nos jours, Œdipe est généralement connu par le « complexe d’Œdipe » théorisé par le médecin viennois Sigmund FREUD. En effet, en 1897, alors qu’il avait commencé à élaborer sa théorie de la psychanalyse, il s’est rendu compte qu’il y avait en lui un désir pour sa mère doublé d’une jalousie envers son père. Privé de repères externes, il en a déduit, à l’encontre de toute rationalité scientifique, que ces envies étaient communes à tous les jeunes garçons !)

littérature, Mallarmé, Maria Callas, Oulipo, Poésie

« LA CHEVELURE VOL D’UNE FLAMME A L’EXTRÊME », de MALLARMÉ

Après Renouveau de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, lisons « La chevelure vol d’une flamme à l’extrême », un poème de 1887 qui est une allégorie de l’idée mallarméenne de la femme, « cette divinité qui n’est que soi ».

La chevelure vol d’une flamme à l’extrême

Debussy Pelléas et Mélisande Mes longs cheveux descendentCliquez sur Mélisande

Occident de désirs pour la tout éployer

Se pose (je dirais mourir un diadème)

Haendel Giulio Cesare Caro Bella Piu amabile beltaCliquez sur l’image

Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue

L’ignition du feu toujours intérieur

Berlioz Béatrix et Bénedict l'amour est un flambeau l'amour est une flamme (Domingo)Cliquez sur l’image

Originellement la seule continue

Dans le joyau de l’œil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame

Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt

Gounod Faust Bijoux CallasCliquez sur Marguerite

Rien qu’à simplifier avec gloire la femme

Accomplit par son chef fulgurante l’exploit

De semer de rubis le doute qu’elle écorche

Ainsi qu’un joyeuse et tutélaire torche

Citations musicales :

La chevelure : DEBUSSY Pelléas et Mélisande air : « Mes longs cheveux descendent » de l’acte III.

un diadème : HAENDEL Giulio CESARE in Egitto duo « Caro ! Bella ! Piu amabile belta ». À la fin de cet opéra, César remet le diadème royal à Cléopâtre et ils se déclarent leur amour.

L’ignition du feu toujours intérieur : BERLIOZ Béatrix et Bénédict, air « l’Amour est un flambeau, l’amour est une flamme ».

ne mouvant astre ni feux : GOUNOD Faust Air des bijoux.

Et pour vous permettre d’apprécier ce poème sans être géné(e) par mes disgressions musicales, le voici dans sa version originale.

Écrivains, littérature, Mallarmé, Poésie

Edgar Allan POE (1809 – 1849)

Edgar Allan POE est un écrivain américain, né à Boston en 1809 et mort à Baltimore en 1849. Romancier, nouvelliste, poète, journaliste, critique littéraire, Poe est un des premiers écrivains américains.

Il commence sa carrière littéraire en 1817 par une livraison de poèmes qu’il ne signe pas. Il entre dans un journal comme critique littéraire et publie en 1838 les Aventures d’Arthur Gordon Pym (qui sera traduit en français par BAUDELAIRE en 1858.)

Les Aventures d’Arthur Gordon Pym a fait l’objet d’une pièce musicale d’Einojuhani RAUTAVAARA, On the last Frontier, en 1997. (Vous, je ne sais pas, mais moi, j’adore la musique de Rautavaara.)

Rautavaara On the last FrontierCliquez sur l’image

Baudelaire traduira également les Histoires extraordinaires (1856) et les nouvelles Histoires extraordinaires (1857), et surtout le fantastique poème The Raven (le Corbeau) dont l’original date de 1845. The Raven a fait l’objet d’une transcription musicale de la part du chef d’orchestre américain Léonard SLATKIN.

Une fois par un minuit lugubre,

comme je m’appesantissais, faible et fatigué,

sur maint curieux et bizarre volume,

de savoir oublié.

Je dodelinais la tête

quand soudain se fit un heurt,

soudain se fit un heurt,

à la porte de ma chambre…

(Je m’arrête là, mais il y aura peut-être un jour un billet sur ce fabuleux Corbeau d’Edgar Poe.)

Un autre traducteur en français de Poe sera MALLARMÉ, qui publiera sa propre traduction du Corbeau en 1875. L’édition de cette traduction se fera avec un frontispice de MANET.

Et je rappelle que Mallarmé a écrit un de ses plus beaux poèmes à la mémoire d’Edgar Allan Poe : « Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change« .

Pour certains, Poe est considéré comme l’inventeur du roman policier. En effet, dans les nouvelles recueillies dans les Histoires extraordinaires se trouve un personnage, le chevalier DUPIN, qui est considéré comme l’ancêtre des détectives qui résolvent les énigmes en faisant fonctionner leurs petites cellules grises. Dupin apparaît dans les trois nouvelles que sont le Double assassinat dans la rue Morgue (1841), le Mystère de Marie ROGET (1843) et la Lettre volée (1844).

Parmi ses Histoires extraordinaires figurent :

Le diable dans le beffroi (1902 – 1912) : opéra inachevé de Claude DEBUSSY.

Debussy le Diable dans le beffroiCliquez sur la pochette de disque

Gérard PESSON en a fait un de ses Trois contes (2019)

Pesson Le Diable dans le beffroiCliquez sur le beffroi

La Chute de la maison USHER, opéra inachevé de DEBUSSY (1908 – 1917)

Debussy la Chute de la maison UsherCliquez sur l’image

L’Américain Philip GLASS a écrit sa propre version de The Fall of the House of Usher en 1978.

Glass The Fall of the House UsherCliquez sur l’image (et obtenez la version Debussy en prime)

En 1912, la harpiste Henriette RENIÉ écrit une ballade pour harpe d’après le Cœur révélateur.

Renié Ballade fantastique pour harpe (Poe)Cliquez sur la harpiste

En 1923, André CAPLET, un disciple de Debussy, écrit Le masque de la mort rouge , un conte musical pour quatuor à cordes et harpe.

Caplet le Masque de la mort rougeCliquez sur le quatuor à cordes et la harpe

RACHMANINOV écrit Les Cloches (1912 – 1913), une symphonie chorale d’après le poème éponyme (traduit en français par Mallarmuche) qui représente les quatre âges de la vie.

Rachmaninov les Cloches (The bells)Cliquez sur l’image

(P.S. comme pour mes récents articles consacrés à un écrivain ou à un compositeur, j’ai fait appel pour le portait de Poe à un jeune artiste qui peut réaliser à la demande vos portraits, ceux des gens que vous aimez, ou de vos animaux familiers, à des prix tout à fait raisonnables. Si vous voulez leur faire une surprise, un cadeau, c’est ici : Adrian Mercure (adrian-mercure.carrd.co ].

Vous pouvez retrouver d’autres musiques inspirées par notre ami Poe sur le site de Claude CAPRIOLO, La Regina Gioiosa.



littérature, Oulipo, Poésie

« LES PHARES », de Charles BAUDELAIRE

Après avoir wagnerisé, puis debussysé le poème « La Musique » de Charles BAUDELAIRE, je vous propose aujourd’hui d’illustrer musicalement le poème « Les Phares », où Baudelaire rend hommage aux grands peintres qui constituent son panthéon.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Ce billet a été réalisé avec l’aide amicale de John DUFF, qui en plus d’être un éminent vexillologue est également un éminent baudelairien.

Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ;

Wagner Tannhäuser BacchanaleCliquez sur la bacchanale

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays,

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;

Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;

Don Giovanni finalCliquez sur le fantôme puissant venant chercher Don Giovanni en étirant les doigts

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand coeur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats,

Debussy Prélude à l'après-midi d'un fauneCliquez sur l’après-midi d’un faune impudent

Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;

Berlioz Symphonie fantastique Un BalCliquez sur l’image

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;

De Falla Goyescas Los RequiebrosCliquez sur le pianiste

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;

Weber Berlioz l'invitation à la valseCliquez sur la pochette du disque

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les coeurs mortels un divin opium !

Berlioz Te DeumCliquez sur le Te Deum

C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !

Citations :

Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer : WAGNER, Tannhaüser, Bacchanale. Baudelaire a fait partie des premiers admirateurs français de Wagner, et il a écrit Wagner et Tannhauser à Paris en 1861, après la création française de cet opéra.

Des fantômes puissants qui dans les crépuscules : MOZART, Don Giovanni, scène finale.

impudences de faune : DEBUSSY, Prélude à l’après-midi d’un faune (d’après un poème de MALLARMÉ).

Qui versent la folie à ce bal tournoyant : BERLIOZ Symphonie Fantastique « Un bal »

Goya, cauchemar plein de choses inconnues : GRANADOS, Goyescas. Dans son œuvre Goyescas, Granados s’est attaché à traduire en musique ce que lui inspiraient les peintures de GOYA.

comme un soupir étouffé de Weber : WEBER, l’Invitation à la Valse, orchestrée par Berlioz.

Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum : Berlioz Te Deum.