Écrivains

EUGÈNE SCRIBE (1791-1861)

image Scribe

Eugène SCRIBE, né à Paris le 24 décembre 1791, est un des dramaturges français les plus connus et les plus joués du XIXe siècle.

Passionné de théâtre dès son plus jeune âge, il écrit des pièces avec ses amis, pièces qui ne rencontrent pas le succès. C’est à partir de 1815 que sa carrière de dramaturge débute réellement avec Une nuit de la garde nationale. Assez vite, il s’attache les services de collaborateurs, ce qui lui permet de produire plusieurs centaines de pièces et de livrets d’opéras ou d’opéras-comiques. Après avoir fait le succès du théâtre du Gymnase pour lequel il écrivait, il se met à écrire des livrets d’opéra vers 1825.

Son génie a été de trouver d’écrire des intrigues qui se résolvent petit à petit par des enchaînements logiques de faits que le spectateur découvre progressivement, avec un sens du suspens assez novateur pour son époque.

Si ses pièces ne sont plus guère montées aujourd’hui, la liste des compositeurs avec qui il a travaillé et de chefs-d’œuvre de l’art lyrique auxquels il a collaboré est impressionnante.

Ainsi, en 1819, il écrit la Somnambule, dont HÉROLD tirera en 1827 un ballet, quatre ans avant la reprise de ce même sujet par BELLINI en 1831.

En 1825, il écrit pour BOÏELDIEU ce qui reste l’opéra le plus célèbre de ce compositeur : la Dame blanche, d’après Walter SCOTT. La Dame blanche est considéré comme un des premiers opéras gothiques.

Boïeldieu la Dame blanche D'ici voyez ce beau domaineCliquez sur la Dame blanche

En 1827, il rencontre MEYERBEER et les deux hommes entament une collaboration qui s’inscrira dans la durée. Cette collaboration débute avec Robert le Diable, créé en 1831 à l’Opéra, et qui est un véritable triomphe. Cette œuvre est considérée comme à l’origine du Grand opéra à la française (le Gof), un genre nouveau caractérisé par un drame bâti sur une trame historique, avec des décors grandioses et un ballet obligatoire.

En 1828, il écrit pour son complice AUBER la Muette de Portici, un des opéras à grand spectacle qui contribuera à fonder le Grand opéra à la française. Avec Auber, ils co-signeront trente-sept ouvrages, presque tous des succès. C’est à la suite d’une représentation en 1830 à Bruxelles que le peuple belge s’est soulevé contre l’occupant, et ainsi obtenir l’indépendance de la Belgique quelques semaines plus tard.

Auber la Muette de Portici amour sacréCliquez sur l’image

Toujours en 1828, c’est pour ROSSINI qu’il écrit le livret du Comte Ory.

Rossini le Comte Ory duo Ory IssolierCliquez sur Ory

En 1830, Scribe écrit pour Auber Fra Diavolo et en 1831, pour MEYERBEER, Robert le Diable. Avec Meyerbeer, il signera notamment les Huguenots en 1836, le Prophète en 1849 et l’Étoile du nord en 1854.

Meyerbeer les HuguenotsCliquez sur Marguerite de Valois

En 1832, c’est l’autre compositeur phare du bel canto, DONIZETTI, qui écrit l’Élixir d’amour, d’après un livret écrit pour Auber, le Filtre. Suivront avec ce même compositeur La Fille du régiment et La Favorite (1840), ainsi que Don Pasquale (1843).

Donizetti la Favorite O mon FernandCliquez sur la Favorite

Donizetti Don Pasquale (Pretty Yende)Cliquez sur Norina

En 1834, Scribe est élu à l’Académie française, et les chefs d’œuvre continuent avec en 1835, la Juive pour HALÉVY (le beau-père de BIZET).

En 1854, c’est GOUNOD qui met en musique une pièce initialement écrite pour BERLIOZ, la Nonne sanglante.

Gounod La Nonne sanglante 2Cliquez sur la Nonne

Et quand en 1855, l’Opéra de Paris commande une œuvre à VERDI, c’est tout naturellement à Scribe que l’on s’adresse pour écrire le livret des Vêpres siciliennes.

Verdi les Vêpres siciliennes Mercé, dillette amicheCliquez sur l’image

On retrouve Verdi en 1859 avec le Bal masqué, directement inspiré de Gustave III ou le bal masqué écrit pour Auber en 1833.

Eugène Scribe meurt le 20 février 1861 à Paris, à l’âge de 69 ans.

Ses pièces continuent à inspirer les compositeurs puisque Adriana Lecouvreur, de Ciléa, est inspiré d’une pièce écrite par Scribe en 1849.

Maria Callas, Mes opéras préférés

LA SONNAMBULA (LA SOMNAMBULE), de BELLINI (1831)

La Somnambule est un des opéras majeurs de BELLINI, créé en 1831 à Naples, et très vite joué partout en Europe. Le livret est tiré d’un vaudeville de SCRIBE datant de 1819.

Suivant la classification de G.B.SHAW, on peut lui appliquer la formule (S+T/A), puisqu’une soprano et un ténor s’aiment, alors qu’une alto les en empêche.

Le pitch : Alvino et Amina vont se marier. Jalouse, Lisa profite d’une crise de somnambulisme d’Amina pour la faire accuser. Le comte Rodolfo la sauve.

Acte I : Sur la place d’un village de Suisse, on prépare les noces d’Elvino et Amina. L’aubergiste Lisa est jalouse d’Amina. Amina paraît et exprime son bonheur et sa gratitude envers les villageois, et spécialement à Teresa qui l’a élevée lorsqu’elle est devenue orpheline (Air : « Come per me sereno »). Le notaire apparaît, suivi d’Elvino. Elvino donne à Amina une bague qu’il tenait de sa mère (Duo : « Prendi, l’anel ti dono »).

Bellini la Sonnambula Prendi l'anel ti donoCliquez sur Amina et Elvino

Un étranger paraît, qui semble connaître bien le village. En apercevant Amina, il est frappé par sa ressemblance avec un grand amour qu’il a eu dans sa jeunesse. Il commence à faire des avances à Amina, ce qui rend jaloux Elvino. À l’approche de la nuit, Teresa explique à l’étranger qu’un fantôme hante le village (Ensemble & chœur : « A fosco cielo »). L’étranger se retire, et Elvino jaloux fait une scène à Amina, avant de se réconcilier (Duo : « Son geloso del zefiro errante »).

Bellini la Sonnambula Son geloso del zeffiro erranteCliquez sur Elvino et Amina

Lisa reconnaît l’étranger, qui la trouve à son goût : c’est Rodolfo, l’héritier de l’ancien comte du pays. Du bruit se fait entendre : Lisa se cache dans un placard mais laisse tomber son mouchoir. Amina entre en marchant dans son sommeil. Elle se demande si Elvino est toujours jaloux, et prend le comte pour son fiancé. Ému, Rodolfo la laisse se coucher innocemment sur son lit, mais c’est le moment où les villageois décident de rendre hommage au comte. Lisa est allée chercher Elvino pour qu’il surprenne Amina et le comte. Tout le monde est choqué de trouver Amina couchée sur le lit de celui-ci. Réveillée par le bruit, Amina clame son innocence, mais emporté par sa colère, Elvino annule son mariage avec Amina. (Quintette : « D’un pensiero e d’un accento »)

Bellini la Sonnambula D'un pensiero e d'un accentoCliquez sur Amina

Acte II : Les villageois se rendent au château du comte Rodolfo afin de lui demander de défendre Amina. Amina qui se souvient des bons moments passés avec Elvino demande à Teresa de la défendre. Elles entendent Elvino se lamenter, mais quand Elvino entend que le comte vient rejoindre Amina, sa colère le reprend et il lui arrache sa bague de fiançailles. Les villageois reviennent du château, en confirmant l’innocence d’Amina, mais Elvino refuse de se confronter à celui qu’il prend pour son rival (Air : « Ah, perché non posso odiarti »).

Bellini la Sonnambula Tutto è sciolto... Ah Perché non posso odiartiCliquez sur Elvino

Elvino a décidé d’épouser Lisa. Comme il la conduit à l’église, Rodolfo paraît et répète qu’Amina est innocente, en expliquant ce qu’est le somnambulisme. On ne le croit pas, mais Teresa surgit et explique la situation. Lisa joue les Saintes-Nitouches, mais Térésa sort le mouchoir que Lisa a fait tomber chez Rodolfo en se cachant, et demande au comte de confirmer. Elvino constate que Lisa a menti.

Soudain, Amina fait une apparition, en pleine crise de somnambulisme, elle marche sur une corniche en haut d’une tour. Les villageois n’osent pas la réveiller. Dans son sommeil, Amina pleure d’avoir perdu Elvino, et cherche son anneau perdu (Air : « Ah, non credea mirarti »).

Bellini la Sonnambula Ah non credea mirartiCliquez sur Amina

Alors convaincu de son innocence, Elvino lui glisse à nouveau son anneau au doigt. Amina se réveille et se réjouit quand elle voit que son rêve de retrouver Elvino s’est réalisé. Tout le monde se réjouit, le mariage peut avoir lieu (Air & chœur : « Ah ! non giunge uman pensiero ».)

Bellini la Sonnambula Ah non giunge uman pensieroCliquez sur l’image

Agenda Ironique

ICI L’OMBRE

Pour ce mois de novembre 2022, c’est Carnets Paresseux qui se trouve aux manettes ! Et voici ses consignes :

Je vous propose de parler d’ombre. Pourquoi ? Parce que novembre, parce qu’ombre, parce que, quoi ! Faut-il toujours tout expliquer ? L’ombre ? Oui, aussi bien celle qui s’allonge et recouvre le monde que l’ombre qui naît de la lumière, fille du soleil. Bref, d’écrire ce que vous voulez, dialogue, poème, roman (petit), nouvelle, traité philosophique, opéra, sonnet, sornette, sur l’ombre.  Et quoi d’autre ? Une pincée d’ironie ; une goutte d’agenda, quelques dates, un mois ou deux ; agenda ironique oblige.

Et puis faudra – faudrait ; si vous voulez ; rien n’est obligé – glisser ces deux phrases :  » Je ne m’attends pas à ce que vous croyiez cette histoire. Est-ce que j’y crois, moi ? « 

Tout est bien esspliqué ici :

Dans le domaine de l’opéra, il y a deux voire trois types d’ombres. Le premier, abondamment représenté dans l’univers baroque est lié aux enfers. Le second est lié à son acception plus récente, celle d’un endroit où les rayons ardents du soleil sont arrêtés par un écran, procurant ainsi une zone de fraîcheur. Le troisième serait plutôt magique ou ésotérique, avec des personnages qui ont perdu leur ombre.

Commençons donc par les ombres funestes avec Alceste de GLUCK et l’invocation des divinités du Styx (Ombres, larves, pâles compagnes de la mort.)

Gluck Alceste divinités du Styx

Mais les ombres peuvent aussi être heureuses comme dans Orfeo ed Euridice de Gluck avec son ballet des ombres heureuses. (Normalement c’est pour flûte, mais j’ai choisi cette version au piano pour faire plaisir à John Duff.)

Gluck Orfeo e Euridice Ballet des ombres heureuses (Wang)Cliquez sur la pianiste

Dans Alcina de HAENDEL, la méchante sorcière invoque les ombres pâles des esprits pour assouvir sa vengeance. (« ombre pallide »).

Haendel Alcina Ombre pallide et mi restano le lagrimaCliquez sur Alcina

Le dernier avatar de ces ombres souterraines nous est offert par WAGNER dans son Or du Rhin, quand Wotan descend au Niebelheim chercher l’or qu’Alberich a volé. (« Nacht und Nebel », soit « Nuit et brouillard »)

Wagner Rheingol Nacht un NebelCliquez sur l’image

Passons maintenant aux ombres paisibles avec Haendel et son « ombra maï fu », extrait de Xerxes (Serse).

Haendel Serse Ombra mai fu JarrousskyCliquez sur l’image

Dans Castor et Pollux de RAMEAU Castor, qui est aux Champs-Élysées, invoque les ombres heureuses qui l’accompagnent (Air : « Séjour de l’éternelle paix ».)

Rameau castor et Pollux Séjour de l'éternelle paixCliquez sur l’image

Dans Dinorah ou Le Pardon de Ploërmel, MEYERBEER fait chanter à son héroïne Dinorah « ombre légère qui suit mes pas ».

Meyerbeer Dinorah ou le pardon de Ploërmel Ombre légère qui suit mes pasCliquez sur l’image

Et dans le doux amer Pays du sourire de LEHAR, l’héroïne nous chante « Dans l’ombre blanche des pommiers en fleurs ».

Lehar Le pays du sourire Dans l'ombre balnche des pommiers en fleursCliquez sur l’image

Dans Les contes d’Hoffmann d’OFFENBACH, le méchant Dapertutto demande à Giuletta de séduire Hoffmann pour lui voler son ombre, comme elle l’a fait pour le pauvre Schlémil.

Offenbach les Contes d'Hoffmann Scintille diamantCliquez sur Dapertutto

On retrouve ce thème de l’ombre manquante dans la collaboration entre STRAUSS et HOFMANNSTHAL, la Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten). Dans ce conte mi-fantastique, mi-ésotérique, la fille du seigneur des esprits doit acquérir une ombre pour devenir humaine. (Je ne m’attends pas à ce que vous croyiez cette histoire. Après tout, je n’y crois pas, moi !)

Strauss die Frau ohne Schatten

Compositeurs

Félix MENDELSSOHN-BARTOLDY (1809-1847)

Felix Mendelssohn par Adrian

Félix MENDELSSOHN-BARTHOLDY est né le 3 février 1809 à Hambourg, dans une famille de juifs convertis au luthérianisme. Son père était banquier. En 1811, la famille s’installe à Berlin, où le jeune Félix peut jouir d’une éducation de qualité. Sa mère était musicienne, ainsi que sa grande sœur Fanny. Le dimanche, les parents organisent des concerts que fréquentent les artistes de passage à Berlin. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que Félix montre très jeune ses talents de compositeur. Ainsi, à l’âge de 14 ans, il a déjà écrit douze symphonies, la plupart pour orchestre à cordes, ainsi que quatre opéras.

En 1825, il écrit son Octuor opus 20, et l’année suivante une de ses œuvres les plus connues, l’Ouverture pour le Songe d’une nuit d’été de SHAKESPEARE.

Mendelssohn Le Songe d'une nuit d'été Marche nuptialeCliquez sur la marche nuptiale

En 1829, après ses études, Félix voyage en Angleterre et en Écosse. On trouve des traces de ces voyages dans sa Symphonie Écossaise ou dans l’Ouverture de la grotte de Fingal.

Mendelssohn Symonie ÉcossaiseCliquez sur l’image

L’année suivante, c’est en Italie qu’il voyage, ce qui nous vaudra sa Symphonie Italienne.

Mendelssohn Symphonie ItalienneCliquez sur l’image

Il voyage ensuite dans toute l’Europe, à la fois comme pianiste et comme chef d’orchestre. Il fait (re)découvrir les œuvres de J.-S. BACH, joue les symphonies de BEETHOVEN. Se liant d’amitié avec Robert et Clara SCHUMANN, il crée la neuvième symphonie de SCHUBERT en 1839, onze ans après la mort de celui-ci.

En 1837, Félix se marie avec Cécile JEANRENAUD, avec qui il aura quatre enfants.

En tant que compositeur, il écrit ses cinq « grandes » symphonies, deux concertos pour piano, son célébrissime concerto pour violon, des oratorios (Elias, Paulus) ou encore la Première nuit de Walpurgis, d’après GOETHE.

Mendelssohn Concerto pour violonCliquez sur la violoniste

Mendelssohn La première nuit de Walpurgis Es lacht der MaiCliquez sur l’image

Parmi ses nombreuses œuvres, j’ai un gros faible pour celles pour chœur, accompagnées ou a capella (et je ne peux m’empêcher de verser une larme à l’écoute de ces œuvres, parmi les premières que j’ai chantées.)

Mendelssohn Hör mein Bitten, Herr

Reconnu partout en Europe, Mendelssohn dirige le théâtre de Düsseldorf, puis le fameux Gewandhaus de Leipzig, avant de partir en 1840 à Berlin, appelé par le roi de Prusse pour réorganiser le secteur musical.

Très affecté par la mort de sa sœur Fanny, il meurt quelques mois plus tard, le 4 novembre 1847 à Leipzig, à l’âge de 38 ans.

Et si vous voulez entendre quelques-uns de ses œuvres chorales, yakacliquer sur le lien.

 

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« LE NUAGE », de MALLARMÉ

Après En envoyant un pot de fleurs de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose Nuage, un autre poème de jeunesse datant de 1859.

Nuage es-tu l’écume

De l’océan céleste au flot limpide et pur ?

Es-tu la blanche plume

Que détacha la brise, en traversant l’azur,

De l’aile d’un des anges ?

Berlioz les Nuits d'été 6 - l'île inconnueCliquez sur l’image

Es-tu, quand nos louanges,

Volent avec l’encens aux pieds d’Adonaï

Bernstein Chichester Psalms Adonaï ro-iCliquez sur le garçon soprano

Le parfum que balance

Dans l’urne en feu, l’enfant devant la croix ravi?

Du ciel ou de la France

As-tu pris ton essor ?

As-tu vu bien des flots, mainte verte prairie ?

As-tu bercé ton ombre au marbre blanc où dort

Du grand sommeil Marie,

Gounod Roméo et Juliette Salut ! Tombeau sombre et silencieuxCliquez sur le tombeau sombre et silenci-eux

Où la brise aux cyprès murmure un chant de mort ?

« Oh : silence, silence !  » alors dit le nuage :

« Je suis l’envoyé du Seigneur.

Poulenc Salve ReginaCliquez sur l’image

Je porte sur mon sein un blond enfant, de l’âge

Où l’on ne sait pas que l’on meurt.

Je le pris : il dormait sur le sein de sa mère :

L’aile d’un ange est son suaire ! »

Citations :

De l’aile d’un des anges : BERLIOZ Les Nuits d’été, l’île inconnue.

Au marbre blanc où dort : GOUNOD Roméo et Juliette, Salut, tombeau sombre et silencieux

Adonaï : BERNSTEIN, Chichester Psalms, Adonaï ro-i.

L‘envoyé du Seigneur : POULENC Salve Regina.

Contes et légendes, histoire

MAZEPPA

image Mazeppa

Ivan Stepanovitch Mazeppa (1644-1709) est un héros ukrainien qui a inspiré bien des écrivains, et pas des moindres, puis bien des compositeurs, et pas des moindres (et pour être complet, bien des peintres, et pas des moindres.)

Issu d’une famille noble ukrainienne, il est élevé à la cour du roi de Pologne. Quand il séduit la jeune épouse d’un voïvode, ce dernier, pour se venger, le fait attacher nu sur un cheval sauvage qu’il libère dans la steppe. La chevauchée fantastique dure trois jours, accompagnée par les corbeaux et les loups. Au bout de trois jours, Mazeppa fourbu, moulu, rompu, tombe au sol. Il est recueilli par des cosaques qui le soignent et font de lui leur chef. Il est présenté à la cour de Pierre le Grand, qui fait de lui un « hetman ». Mais Mazeppa décide alors de se retourner contre le tsar et de s’allier à Charles XII de Suède pour rendre l’Ukraine indépendante. Il est battu à la bataille de Poltava en 1709 et doit se réfugier en Turquie, où il finit par mourir.

Dès 1731, VOLTAIRE nous raconte l’épopée de Mazeppa dans son Histoire de Charles XII.

Mais c’est au siècle suivant que ce héros, amant, guerrier et libérateur, suscitera l’intérêt des romantiques.

Ainsi Lord BYRON qui en tirera un de ses poèmes, Mazeppa, en 1819. Ce poème a fait l’objet d’une mise en musique par Carl LOEWE entre 1828 et 1832.

Loewe MazeppaCliquez sur le pianiste

Victor HUGO, lui, nous décrit dans un de ses poèmes des Orientales (1829), la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».

Ce thème a particulièrement inspiré Franz LISZT, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles.

La première version, Études en douze exercices, date de 1826 (et donc antérieure au poème d’Hugo !) et est l’œuvre d’un prodige alors âgé de 15 ans! La seconde, Douze grandes études, date de 1839. La troisième et dernière, enfin, date de 1852 et est connue sous le nom de Douze études d’exécutions transcendentales.

Liszt Mazeppa (Piano)Cliquez sur la partition

La quatrième version enfin est un poème symphonique de 1851, structuré en trois parties : la course folle sur le dos du cheval, la chute, le réveil et le triomphe.

Liszt Mazeppa (Orchestre)Cliquez sur Liszt

Et POUCHKINE prendra le relais avec Poltava (1828), qui inspirera TCHAÏKOVSKI pour son opéra Mazeppa (1881-1884).

Tchaïkovski Mazeppa BerceuseCliquez sur l’image

Mes opéras préférés, Mythologie

SÉMÉLÉ, de HAENDEL (1743-1744)

Sémélé de HAENDEL est un objet hybride, un opéra déguisé en oratorio, datant de 1743. En 1743, Haendel avait arrêté d’écrire des opéras pour se tourner vers l’oratorio, qui traite de sujets plus religieux, ne pouvant être montrés au théâtre. Dès 1741, il avait écrit son fameux Messie (Messiah). Pourtant, en 1743, quand on lui propose le sujet de Sémélé, tiré des Métamorphoses d’OVIDE, il en tire un opéra qui, joué pendant le carême de 1744, c’est-à-dire à une époque de l’année où les théâtres étaient fermés aux œuvres profanes, sera présenté comme un oratorio.

Le texte de Sémélé est écrit en anglais, et non en italien comme pour la plupart des livrets de Haendel. Et surtout, nous disposons d’un véritable chœur d’oratorio, plus fourni que les chœurs classiques d’opéra, chœurs qui étaient souvent chantés en coulisse par les artistes qui n’étaient pas sur scène à ce moment-là.

Le pitch : Sémélé, fille de Cadmus et sœur d’Ino, aime Jupiter. Cadmus veut la marier à Athamas, qu’aime Ino. Junon jalouse se débarrasse de Sémélé avec l’aide de Somnus. Ino peut alors se marier avec Athamas tandis que Jupiter extrait du corps calciné de Sémélé le fruit de leur amour : Bacchus.

Acte I : Sémélé, sur ordre de son père, doit se préparer à son mariage avec le prince Athamas. Elle cache difficilement son désespoir, car elle aime secrètement Jupiter, le roi des dieux. Elle implore Jupiter de lui donner un signe pour savoir quelle conduite tenir. (Air : « O Jove, in pity teach me which to choose ».)

Haendel Sémélé O jove I, pity teach me which to chooseCliquez sur l’image

Athanas la trouvant seule espère que c’est son amour pour lui qui la met dans cet état. Il demande à Hymen de favoriser leur union. (Air : « Hymen, haste, thy torch prepare ».)

Haendel Sémélé Hymen, haste, thy torch prepareCliquez sur l’image

Ino, la sœur de Sémélé est elle aussi désespérée, car elle aime secrètement Athamas.

Cadmos vient annoncer que Jupiter a enlevé Sémélé et l’a emportée dans les cieux. Sémélé est au pinacle du bonheur.

Haendel Sémélé Endless pleasure, endless loveCliquez sur Sémélé

Junon, la femme de Jupiter est jalouse de la nouvelle incartade de son mari. Sémélé aime Jupiter, mais elle souffre de la barrière qu’il y a entre son dieu de mari et elle, simple mortelle.

Haendel Sémélé Where'er you walkCliquez sur Jupiter et Sémélé

Acte II : Junon demande à Iris, sa messagère, où se trouve Sémélé. Iris lui répond qu’elle est dans un palais que Jupiter a fait construire pour elle, palais gardé par deux féroces dragons. Junon invoque Somnus, le dieu du sommeil, pour qu’il l’aide à endormir les dragons et à tromper Sémélé. Somnus commence par refuser, préférant le repos à l’action.

haendel Sémélé Duo Junon SomnusCliquez sur Junon et Somnus

Sémélé s’ennuie pendant les absences du Jupiter et elle prie le sommeil de revenir et lui faire voir en rêve son amant.

Haendel Sémélé O sleep, why dost thou leave meCliquez sur Sémélé

Jupiter revient, et promet à Sémélé un heureux séjour (Air : Where’er you walk).

Haendel Sémélé where'er you walk, cool gales shall fan the gladeCliquez sur Sémélé et Jupiter

Acte III : Junon et Iris essaient de réveiller Somnus qui préfère dormir, mais Junon lui fait miroiter que s’il l’aide, elle obtiendra pour lui l’amour de Pasithéa, son aimée. (Duo Somnus Junon.)

Haendel Sémélé More sweet is that nameCliquez sur l’image

Junon prend l’apparence d’Ino et lui indique que si elle réussit à voir Jupiter sous son apparence divine, elle accédera elle aussi à l’immortalité. Quand Sémélé retrouve Jupiter, elle lui fait promettre sur le Styx, le plus puissant serment qu’un dieu puisse prononcer, qu’elle lui accordera ses faveurs. Fou d’amour, Jupiter promet, et Sémélé lui demande alors de le voir sous son apparence divine. Jupiter la met en garde, mais Sémélé insiste (Air : No, no, I’ll take no less »).

Haendel Sémélé No, no I'll take no less (Battle)Cliquez sur Sémélé qui veut tout faire dans l’excès

Bien entendu, c’est plus que ce qu’une humaine peut supporter, et Sémélé se trouve brûlée par la vision du dieu.

Jupiter se saisit du fruit de leurs amours, et le garde bien au chaud dans sa cuisse jusqu’à la naissance. Cet enfant, c’est Bacchus, le dieu du vin dont le pouvoir est plus grand que celui de l’amour (sic !) Pendant ce temps sur Terre, on célèbre les noces d’Athamas et d’Ino.

(Source principale : les représentations de l’opéra de Lille en octobre 2022.)

Divers

LES PEINTRES ET L’OPÉRA

En assistant il n’y a guère à l’Opéra Bastille à Tosca de PUCCINI, il m’est revenu que le personnage de Cavaradossi est peintre. Dès lors, me suis-je demandé, quels autres peintres peut-on trouver sur les scènes lyriques ?

Le premier que j’ai trouvé est Marcello, un des personnages faméliques qui sont les héros du drame vériste la Bohème (1896) de Puccini.

Puccini la Bohème Acte IV Duo Rodolfo MarcelloCliquez sur le peintre

Le second est donc Mario Cavaradossi, dans l’opéra Tosca, qui est chargé de peindre une fresque dans une église. Ayant pris pour modèle une inconnue qui vient prier tous les jours, il est victime de la jalousie de son amante, Floria Tosca.

Puccini Tosca Recondita armonia (Alagna)Cliquez sur le peintre

Dans Lulu (1929-1935) de BERG, un des personnages principaux de l’acte I est le peintre, qui peint un portrait de l »héroïne Lulu. (Ce tableau interviendra de manière récurrente dans la suite de ce chef d’œuvre de l’opéra du XXe siècle.)

Berg Lulu Der Mahler AriosoCliquez sur le peintre

Un vrai peintre, Matthias Grünewald (c.1475-1528), est le héros de Mathis der Maler (Mathias le peintre) (1934), un opéra de Paul HINDEMITH.

Hindemith Mathis der MalerCliquez sur la peinture

Mais si les compositeurs se sont intéressés à la peinture, certains d’entre eux étaient également peintres. Ainsi Arnold SCHÖNBERG, « l’inventeur » de l’atonalisme et du dodécaphonisme au XXe siècle faisait partie du mouvement pictural Blau Reiter (le Cavalier bleu (1911-1912). Il a participé à l’almanach de ce mouvement, en fournissant une partition : Herzgewächse ainsi que la reproduction de deux de ses toiles.

Schönberg HerzgewächseCliquez sur la peinture

Un des peintres du Blau Reiter qui œuvrait avec son fondateur Kandinsky était Paul Klee. Lui-même musicien, il était violoniste, il a beaucoup théorisé sur les rapports entre peinture et musique. Par un juste retour des choses, c’est ensuite le chef d’orchestre et compositeur Pierre BOULEZ qui s’est intéressé à l’art de Klee.

Klee n’était pas le seul peintre à jouer d’un instrument, qu’on se souvienne d’INGRES et de son célèbre violon.

Schönberg n’a pas été le seul musicien à collaborer au Blau Reiter, le synesthésiste SCRIABINE a également collaboré à ces travaux, notamment en étudiant les rapports entre la musique en tant qu’art du temps et peinture en tant qu’art de l’espace.

Une autre approche de ces rapports entre musique et peinture pourrait être les peintres qui ont collaboré à des opéras, mais ça, c’est pour un billet suivant.

Mythologie

ILS (ELLES) SE SONT BRÛLÉ LES AILES

J’ai eu le bonheur d’assister il n’y a guère aux représentations de Sémélé de HAENDEL à l’opéra de Lille, opéra dans lequel l’héroïne, la mortelle Sémélé, qui aime Jupiter et est aimée par lui, veut voir son amant sous sa forme de dieu. Elle se trouve alors brûlée à la vue du porteur de la foudre divine. La morale de l’histoire, qui est relatée par OVIDE dans le troisième livre de ses Métamorphoses, semble être qu’à vouloir s’élever au-dessus de sa condition, on se brûle les ailes.

Cliquez sur l’image

Avant Haendel, le mythe de Sémélé avait déjà fait l’objet d’un opéra de Marin MARAIS en 1709.

Marais SéméléCliquez sur l’image

Dès lors, me suis-je donc demandé, y a-t-il d’autres héros qui se sont brûlé les ailes en essayant d’approcher de trop près un monde qui n’est pas le leur ?

Avec de tels prolégomènes, on pense immédiatement au mythe d’Icare. Icare était le fils de l’architecte Dédale, et ensemble ils avaient construit le labyrinthe où était enfermé le Minotaure, une chimère mi-homme mi-taureau. Pour délivrer Ariane livrée au Minotaure, Dédale avait donné à Thésée un fil lui permettant d’entrer dans le labyrinthe, de tuer le Minotaure, puis d’en ressortir en remontant le fil. Làs, Minos, le père d’Ariane, au lieu de les récompenser comme il se doit, les enferma dans le labyrinthe. Dédale eut alors l’idée de se fabriquer des ailes avec de la cire et des plumes. Père et fils purent alors quitter le labyrinthe, mais l’imprudent Icare, ivre de voler dans les cieux, voulut aller plus haut, toujours plus haut, jusqu’à se frotter au soleil qui fit fondre la cire qui tenait ses ailes, et Icare tomba dans la mer.

Ce mythe d’Icare a fait l’objet d’un ballet de la part du chef d’orchestre et compositeur Igor MARKEVITCH, l’Envol d’Icare (1933).

Markevitch L'envol d'Icare la mort d'IcareCliquez sur Igor

Il a également inspiré en 1935 le ballet Icare à SZYFAR et HONEGGER, créé pour Serge LIFAR. Lors de la reprise en 1962 à l’Opéra de Paris, Lifar fit appel à PICASSO pour les décors.

En 1969, c’est l’organiste Jean GUILLOU qui écrira « Icare » dans ses Visions cosmiques, improvisations pour orgue.

Guillou IcareCliquez sur l’image

Plus près de nous encore, en 2006, c’est Alfred SCHNITTKE qui a composé un ballet sur l’Envol d’Icare.

SCHNITTKE l'Envol d'IcareCliquez sur l’image

La troisième figure mythologique dont je vais vous parler est celle de Phaéton, le fils de Phœbus, le soleil. Phaéton ayant emprunté le char du Soleil s’élance dans les cieux, mais il ne réussit pas à en maîtriser les chevaux ailés fougueux et s’approche trop près du soleil, menaçant de faire brûler la Terre entière. Jupiter doit intervenir et frapper Phaéton de son foudre divin pour arrêter la course folle du char et faire que le monde retrouve son ordre. Ce mythe a inspiré LULLY en 1683 dans sa tragédie en musique du même nom.

Lully Phaéton Il me fuit, l'inconstant !Cliquez sur l’image

Il a également inspiré SAINT-SAËNS pour son poème symphonique Phaéton.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur l’image

Divers, Instruments

LA FLÛTE

La flûte est certainement un des plus anciens instruments de musique. Faite à partir de roseaux creusés ou d’os, on trouve des traces de flûte datant d’il y a plus de 20 000 ans, et il y a une tradition flûtière dans toutes les civilisations, de la Chine à l’Égypte en passant par la Mésopotamie ou la Grèce.

Aujourd’hui, les différentes formes de flûte que l’on peut rencontrer sont la flûte de Pan, la flûte à bec, la flûte traversière ou le piccolo (de l’italien piccolo qui veut dire petit), sans plus parler des serpents, chalumeaux ou autres flageolets.

Parmi les emplois de la flûte pour accompagner les chanteurs à l’opéra, un des premiers est celui fait par LULLY dans son ballet le Triomphe de l’amour (1681) ou dans Atys, où la flûte accompagne le songe du héros.

Lully Atys Dormons, dormons tous (scène du sommeil)Cliquez sur l’image

On trouve un très bel air accompagné à la flûte dans l’Orlando furioso de VIVALDI. (Air : Sol da te.)

Vivaldi Orlando furioso Sol da teCliquez sur le flûtiste

Une autre utilisation sublime de la flûte est celle faite par GLUCK dans le « Menuet et danse des esprits » de son Orfeo ed Euridice.

Gluck Orfeo ed Euridice Danse des esprits (flûte)Cliquez sur le flûtiste (et l’orchestre)

Bien sûr, qui dit flûte et opéra pense immédiatement à la Flûte enchantée (Zauberflöte) de MOZART, où le héros, le prince Tamino, se sert d’une flûte enchantée pour progresser sur le chemin de la découverte et de la connaissance.

Mozart la Flûte enchantée Wie stark ist nicht dein ZaubertonCliquez sur Tamino charmant les bêtes sauvages avec sa flûte enchantée

Faisons un saut de presque un siècle et retrouvons WAGNER qui nous propose, dans Siegfried, une scène où le héros cherche à dialoguer avec un oiseau en se taillant une flûte dans un roseau.

wagner siegfried murmures de la forêtCliquez sur Siegfried


Propulsons-nous à présent au XXe siècle avec DEBUSSY et sa pièce pour flûte seule Syrinx, célébrant le dieu Pan (l’inventeur mythologique de la flûte de Pan.)

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

Debussy avait déjà magnifié la flûte à la fin du siècle précédent dans ce petit miracle d’orchestration qu’est le Prélude à l’après-midi d’un faune, d’après le poème de son ami MALLARMÉ.

Debussy Prélude à l'après-midi d'un fauneCliquez sur l’image

Dans le conte musical pour enfant Pierre et le Loup, PROKOFIEV se sert de la flûte pour caractériser le merle.

Porkofiev Serge et le loup le MerleCliquez sur le merle et la flûte

Et si vous le voulez, vous pouvez encore cliquer sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous le voulez

Et si vous avez aimé la flûte, peut-être aimerez-vous la trompette ?