Contes et légendes, Le MET s'invite chez vous, Mythologie

LE MET INVITE DES MYTHES ET LÉGENDES CHEZ VOUS – Semaine du 22 au 28 mars

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 22 au 28 mars 2021.

Cette semaine, le MET nous propose une sélection d’œuvres tirées des mythes et légendes.

Lundi 22 mars GLUCK Orfeo ed Euridice

Gluck Orfeo ed Euridice (Met 2009)Cliquez sur l’image

Mardi 23 mars BERLIOZ La Damnation de Faust

Berlioz la Damnation de Faust (MET 2008)Cliquez sur les feux follets

Mercredi 24 mars Gluck Iphigénie en Tauride

Gluck Iphigénie en Tauride (MET)Cliquez sur la bande-annonce de ce très beau spectacle

Jeudi 25 mars STRAUSS Elektra

Strauss Elektra (MET 2016)Cliquez sur Electre et Oreste

Vendredi 26 mars MOZART Idomeneo

Mozart Idomeneo (MET 1982)Cliquez sur l’image

Samedi 27 mars Mozart Don Giovanni

Mozart Don Giovanni (MET 1990)Cliquez sur Dona Anna découvrant avec horreur le corps de son père lâchement assassiné

Dimanche 28 mars WAGNER Der Fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme)

Wagner Fliegende Höllander (MET 2020)Cliquez sur Senta

Voilà, c’est tout pour cette semaine. See you a next ouike pour des triangles amoureux !

Écrivains, littérature, Mythologie, Théâtre

LES TRAGIQUES GRECS – 2 – SOPHOCLE (- 495, – 406)

Il y a quelque 2500 ans, un trio d’auteurs grecs, SOPHOCLE, EURIPIDE et ESCHYLE, fixait les grands mythes grecs et jetait les bases de la tragédie, creuset de notre culture. La force de ces archétypes est telle qu’ils inspirent toujours les auteurs, comme nous allons le voir.

Sophocle a écrit plus de cent pièces, mais seules huit d’entre elles nous sont parvenues.

Trois d’entre elles font partie de la mythologie associée à la ville de Thèbes (Antigone, Œdipe roi et Œdipe à Colone) et trois autres à la guerre de Troyes (Ajax, Électre, Philoctète).

Antigone (- 441) est certainement la pièce de Sophocle la plus connue de nos jours. Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste (Jocaste étant elle-même la mère d’Œdipe se trouve donc être à la fois la mère et la grand-mère d’Antigone). Elle est aussi la sœur d’Étéocle, Polynice et Ismène. À la mort d’Œdipe, les deux frères Étéocle et Polynice se disputent le trône laissé par leur père, et meurent dans un combat fratricide. Leur oncle Créon ordonne que le corps d’Étéocle ne soit pas enseveli comme le voudrait la loi divine, ce qu’Antigone refuse. Elle se fait surprendre alors qu’elle enterre le corps de son frère, et est condamnée à être emmurée vivante. Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone intervient auprès de son oncle qui se laisse fléchir et gracie Antigone, mais trop tard, Antigone s’est pendue dans la grotte où elle devait être emmurée.

Cette pièce a inspiré de très nombreux artistes, notamment COCTEAU et Anouilh au XXe siècle et a inspiré moult opéras.

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

Dans Œdipe roi, l’action se passe à Thèbes ravagée par la peste. Œdipe, devenu roi, cherche à savoir d’où vient la malédiction qui frappe et sa famille, et Thèbes. Il demande au devin Tirésias, qui refuse de répondre. Devant la colère d’Œdipe, il finit par lui révéler qu’il est à la fois le meurtrier de son père et l’époux de sa mère. Devant cette horrible découverte, il se crève les yeux, et demande à partir en exil, après avoir confié ses filles, Antigone et Ismène, à Créon.

Une adaptation à l’opéra de cette tragédie est Œdipus Rex, de STRAVINKY, sur un livret de Jean Cocteau.

Stravinsky Oedipus rexCliquez sur la toile de Max Ernst

Le troisième volet de la trilogie thébaine est Œdipe à Colone. Après s’être crevé les yeux et avoir quitté Thèbes, Œdipe se trouve à Colone, une ville proche d’Athènes. Seules ses filles le soutiennent tandis qu’il cherche à se disculper. Créon, averti par les dieux que la victoire sera à ceux qui seront avec lui veut le ramener à Thèbes, aidé de ses fils Étéocle et Polynice. Aidé par Thésée, le roi d’Athènes, il se retire dans une cachette où il disparaît, après avoir promis sa protection à Athènes.

Le texte a inspiré plusieurs œuvres, dont un opéra d’Antonio Sacchini datant de 1786 (Œdipe à Colone), ainsi qu’une pièce chorale de Iannis Xenakis, À Colone (1977). Le compositeur roumain ENESCO (1881 – 1955) a écrit un Œdipe (1931) reprenant les deux pièces de Sophocle.

Enescu œdipeCliquez sur l’image

Dans Les Trachiniennes, Sophocle nous raconte la mort d’Héraclès, tué par sa femme Déjanire qui, jalouse, a enduit la tunique de Nessus (un centaure vaincu par Héraclès dans ses douze travaux) du sang de l’hydre de Lerne (un autre monstre tué par Héraclès), pour le rendre fidèle. Malheureusement, c’est en revêtant cette tunique empoisonnée que le héros trouve la mort. Déjanire se tuera quand elle comprendra son erreur. Cette pièce a servi de base à Haendel pour son oratorio Hercules.

La légende de Déjanire a également été portée à l’opéra par Camille SAINT-SAËNS en 1898 aux arènes de Béziers. (Attention, rareté !)

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

La trilogie liée à la guerre de Troie commence avec Ajax (- 445). Ajax veut se venger des Atrides, mais Athéna trouble sa raison, et dans un accès de folie, il massacre du bétail. Revenu à lui, et se rendant compte du ridicule auquel il s’est soumis, il se suicide. Ulysse réussit toutefois à persuader Agamemnon de sa vaillance et lui obtient une sépulture digne.

Vient ensuite Électre (- 415). À Mycènes, Électre attend le retour de son frère Oreste. Quand elle apprend la mort de celui-ci, elle envisage de tuer elle-même Clytemnestre qui avait tué son mari Agamemnon (le père d’Électre). Quand finalement Oreste revient, elle l’exhorte à assassiner leur mère Clytemnestre et son amant Egisthe.

Parmi les nombreuses adaptations de ce drame, on peut noter l’Elektra de Richard STRAUSS.

Strauss ElektraCliquez sur Elektra

Philoctète (- 409). Philoctète est le héros qui a allumé le bûcher d’Héraklès pour mettre fin à ses souffrances, empoisonné par la tunique de Nessus que sa femme Déjanire lui avait envoyée pour le rendre fidèle. En récompense, Héraklès lui légua ses flèches magiques trempées dans le sang de l’hydre de Lerne. Philoctète mordu par un serpent fut laissé seul sur une île. Le jeune Néoptolème, fils d’Achille, est envoyé par Ulysse pour le ramener à Troie, lui et ses précieuses flèches, car un devin a révélé aux Grecs qu’ils ne pourraient prendre la ville de Troie qu’avec l’aide de Philoctète et de ses fameuses flèches. Mais le jeune homme ne peut se résoudre à tromper Philoctète, et lui révèle les desseins d’Ulysse qui voulait récupérer les flèches. Dès lors Philoctète veut reprendre son arc pour tuer ce dernier, et il faut une apparition d’Héraklès pour le convaincre d’aller à Troie, où il sera guéri. Dès lors, c’est avec une de ses flèches qu’il tuera Pâris, mettant ainsi fin à la guerre de Troie.

Le personnage de Philoctète apparaît dans le Déjanire (1898) de Camille SAINT-SAËNS (cf. cidsus)

Il y a encore une œuvre de Sophocle, les Limiers, dont on a retrouvé des fragments au début du XXe siècle. Le sujet traite du vol des troupeaux d’Apollon par Hermès, tout juste né. À la fin, Apollon et Hermès se réconcilient grâce à la lyre de ce dernier.

Cette pièce a inspiré Albert ROUSSEL (1869 – 1937) avec son conte lyrique La Naissance de la lyre, créé en 1925.

Roussel La Naissance de la lyreCliquez sur l’enregistrement historique (1930)

(Source principale : Dictionnaire des personnages, Bouquins Laffont, 1999)

Histoire de l'opéra, Mes opéras préférés, Mythologie

ZOROASTRE, de RAMEAU (1749)

Zoroastre est une tragédie lyrique de RAMEAU, sur un livret de Louis de Cahusac, créée en 1749.

Le sujet, maçonnique, en est l’affrontement entre les forces du bien, représentées par Zoroastre et Amélite, et les forces du mal, représentées par Abramane et Erinice. La version de 1749, trop novatrice pour son époque, n’a connu qu’un succès d’estime et Rameau a remis son ouvrage sur le métier en 1756 (année de naissance de MOZART). C’est cette version qui a connu le plus grand succès. On peut noter que c’est dans cet opéra qu’apparaissent pour la première fois les clarinettes dans l’orchestre.

Zoroastre est une préfiguration de ce que sera la Flûte enchantée, composée par Mozart quarante ans plus tard, et dont le héros a pour nom Sarastro. Il faut dire qu’on était à la grande époque de la franc-maçonnerie, franc-maçonnerie qui joue un grand rôle dans la Comtesse de Rudolstadt de George SAND, roman qui est censé se passer au cours de ces mêmes années 1750.

Le pitch : Zoroastre, représentant le bien, aime Amélite, qui est enlevée par Abramane, représentant le mal. Erinice, l’alliée d’Abramane, aime Zoroastre. À la fin, Zoroastre bat Erinice et Abramane.

Suivant la typologie de G.B.SHAW, nous sommes là avec un schéma (S+T/A+B) où un ténor (voire un contre-ténor), Zoroastre, et une soprano, Amélite, voient leur amour contrarié par une basse, Abramane, et une alto, Erinice.

Contrairement à la tradition lullienne, il n’y a pas de prologue à Zoroastre, Rameau commençant son opéra directement par une ouverture.

Rameau Zoroastre OuvertureCliquez sur l’Ouverture de Zoroastre

Acte I : Le tyran Abramane et ses prêtres ont vaincu. Abramane qui aime Amélite en veut à celle-ci de lui avoir préféré son rival Zoroastre, alors qu’Erinice, qui aime Zoroastre, en veut à celui-ci de lui avoir préféré Amélite. Abramane et Amélite se mettent alors d’accord pour régner ensemble, en abandonnant l’amour et faire régner le mal (on reconnaît là le thème de la Tétralogie de WAGNER, écrite un siècle plus tard) (Duo : « Unissons nos fureurs »).

Ils se retirent comme Amélite paraît, avec sa suivante Céphise. Amélite se plaint de l’ennui que lui cause l’absence de Zoroastre. Céphise lui fait valoir que les retrouvailles seront douces. Soudain, la terre tremble, la nuit tombe ! C’est Erinice qui invoque les Esprits cruels qui font régner la terreur et le désespoir. Ils s’emparent d’Amélite.

Acte II : Dans le palais d’Oromasès, le maître des bons esprits, Zoroastre soupire, car Amélite est loin de lui. Oromasès lui apprend qu’en dehors du palais, un monstre faisant régner la terreur sur terre s’est emparé d’Amélite. Zoroastre doit délivrer la terre du pouvoir d’Abramane. Oromasès demande aux cieux de s’ouvrir, et confiant les Livres de Vie (livres sacrés) à Zoroastre, l’envoie sur terre.

Rameau Zoroastre acte IICliquez sur Oromasès

On retrouve Amélite aux mains des Esprits cruels. Erinice s’apprête à la tuer quand Zoroatre apparaît. Erinice retient son bras, et lui avoue son amour pour lui. Zoroastre la rejette. Alors, au comble de la fureur, Erinice projette de les tuer tous deux. (Air : « Je confondrai dans ma fureur »). Zoroastre rompt l’enchantement et le jour revient. Le peuple chante son allégresse. Zoroastre a chassé les dieux criminels, les malheurs vont cesser et les plaisirs renaître (Ensemble : « Tendres amants, formez les plus beaux nœuds »).

Acte III : Abramane reproche à Erinice de n’avoir pas su frapper Amélite quand elle le pouvait. Il la fait disparaître pour assouvir sa vengeance. (Air : « Osons achever de grands crimes »). Le jour se lève. Zoroastre, Amélite et leurs suites se préparent au mariage. (Air : « Ô lumière vive et pure »).

Rameau Zoroastre Accourez jeunesses brillantes (Acte III)Cliquez sur Zoroastre

Les jeunes filles et les jeunes gens se préparent à l’hymen. Au moment où ils vont prononcer leur serment, le tonnerre retentit, le jour disparaît, c’est Abramane qui vient les accabler de son feu. Amélite tombe, foudroyée. Zoroastre déclare que seul l’amour d’Amélite peut lui rendre courage. Il appelle les Esprits bienfaisants pour qu’ils s’occupent d’Amélite, puis court secourir le peuple que menace Abramane.

Rameau Zoroastre Mille rayons brillantsCliquez sur l’image

Acte IV : Dans un temple souterrain, Abramane est en proie à sa propre noirceur (Air : « Cruels tyrans, qui régnez dans mon cœur »).

Rameau Zoroastre Cruels tyransCliquez sur Abramane

Ses prêtres lui annoncent que Zoroastre triomphe. Erinice regrette d’avoir uni son destin à celui d’Abramane, mais celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Il fait un sacrifice à son dieu Ariman et fait venir la Vengeance, la Haine et le Désespoir. Tous ensemble, dans une extraordinaire messe noire, s’apprêtent à répandre la terreur et la mort.

Rameau Zoroastre Ah, nos fureurs ne sont point vaines Acte IV scène VICliquez sur la Vengeance

Acte V : Erinice cherche Zoroastre, mais son cœur hésite toujours.

Rameau Zoroastre Quel tourment (Acte V)Cliquez sur l’image

Zoroastre paraît. Elle lui exprime son amour, mais comme le peuple chante les louanges d’Amélite, elle se reprend et retourne à sa haine. Les chants se transforment en pleurs : Erinice a enlevé Amélite. Abramane, face à Zoroastre, lui dit que s’il le frappe, il fera tomber Amélite sous les coups de ses sujets infernaux. Zoroastre le frappe quand même, confiant dans la justice du ciel. Abramane tombe, et les Esprits bienveillants libèrent Amélite. Oromasès lui annonce qu’il a passé la dernière épreuve, et que désormais il peut régner avec Amélite. L’œuvre se termine dans un dernier duo d’amour, accompagné du chœur (Duo : « Que ces nœuds sont charmants »).

(Source principale : je me suis servi pour rédiger ce billet du très beau DVD enregistré au théâtre de Drottningholm en 2006 (et le hasard faisant décidément bien les choses, c’est dans ce même bijou d’opéra que BERGMAN a enregistré sa Flûte enchantée [Trollflöjten]! 🙂)

Compositrices, Jazz, Mythologie, Nature

DES ÉTOILES À L’OPÉRA (6 JANVIER)

L’épiphanie est une fête chrétienne qui a lieu, traditionnellement, le 6 janvier (ou le premier dimanche de janvier). Dans la culture populaire, ce sont les rois mages, venus d’Orient et guidés par une étoile, pour saluer l’Enfant-Jésus qui vient de naître.

Ce qu’on appelle l’étoile du berger, un des objets célestes les plus brillants du ciel nocturne, est en fait une planète. Il s’agit de Vénus, la deuxième planète du système solaire. Sa proximité avec le soleil fait qu’on ne la voit qu’au lever et au coucher de celui-ci. Au milieu de la nuit, étant proche du soleil, elle est donc cachée en même temps que lui, et au milieu du jour, sa clarté est éclipsée par celle du soleil.

Vénus, c’est évidemment la déesse de l’Amour (Aphrodite chez les Grecs). C’est pour s’être réfugié chez elle que Tannhäuser, dans l’opéra de WAGNER, est rejeté par les hommes. Amusamment, dans cet opéra, on retrouve à la fois son côté pécheresse dans la « bacchanale » qui ouvre le premier acte, et son côté poétique dans la « romance à l’étoile » que Walter chante au 3e acte.

Wagner Tannhaüser BacchanaleCliquez sur la bacchanale au mont de Vénus

Wagner Tannhaüser Romance à l'étoileCliquez sur l’image

Mais revenons aux rois mages suivant leur étoile. BIZET s’est inspiré d’un vieux chant provençal pour sa « Marche des Rois », dans la musique qu’il a composée pour la pièce L’Arlésienne de DAUDET.

Bizet l'Arlésienne (Stutzmann)Cliquez sur l’orchestre et sa cheffe

Pour rester sur le thème de l’épiphanie, écoutons l’opéra jazz de COSMA Marius et Fanny, d’après PAGNOL.

Cosma Marius et FannyCliquez sur Marius et pis Fanny

Le ciel d’hiver se caractérise dans l’hémisphère Nord par la constellation d’Orion, et par une étoile très brillante, Sirius. Orion était un chasseur géant et redoutable. Artémis s’intéressait à lui, mais Apollon, le frère d’Artémis, craignant pour sa sœur, s’arrangea pour le faire mourir d’une flèche de la chasseresse. Quand elle comprit qu’elle venait de tuer Orion, elle le plaça dans le ciel, en compagnie de ses chiens, Sirius et Procyon.

Le mythe d’Orion a inspiré bien des compositeurs, de Louis de LA COSTE (1728) à Kaija SAARIHAO (2002).

Orion de de LA COSTE (1728)

de La Coste OrionCliquez sur la partition

Saariaho OrionCliquez sur les percussionnistes

Retrouvez prochainement d’autres histoires liées aux étoiles, constellations et héros de la mythologie, mais en attendant, je ne peux résister au plaisir de vous offrir « E lustevan le stelle », de la Tosca de PUCCINI. Le héros, Cavaradossi, au matin qui précède son exécution, voit le jour se lever sur Rome, et les étoiles s’éteindre dans le ciel.

Puccini Tosca E lucevan le stelleCliquez sur Cavaradossi

Cliquez sur Cavaradossi

Point d'interrogationCliquez sur le bonus (habilement) caché

Et retrouvez une autre série d’éoiles à l’opéra en cliquant sur le lien.

littérature, Mythologie, Théâtre

ANTIGONE

Antigone est certainement la pièce de SOPHOCLE la plus connue de nos jours. Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste (Jocaste étant elle-même la mère d’Œdipe se trouve donc être à la fois la mère et la grand-mère d’Antigone). Elle est aussi la sœur d’Étéocle, Polynice et Ismène. À la mort d’Œdipe, les deux frères Étéocle et Polynice se disputent le trône laissé par leur père, et meurent dans un combat fratricide. Leur oncle Créon ordonne que le corps d’Étéocle ne soit pas enseveli comme le voudrait la loi divine, ce qu’Antigone, partagée entre la loi humaine et la loi divine, refuse. Elle se fait surprendre alors qu’elle enterre le corps de son frère, et est condamnée à être emmurée vivante. Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone intervient auprès de son oncle qui se laisse fléchir et gracie Antigone, mais trop tard, Antigone s’est pendue dans la grotte où elle devait être emmurée.

Cette pièce a inspiré de très nombreux dramaturges, dont Jean Racine dans la Thébaïde (1664) et jusqu’à Jean COCTEAU et Jean Anouilh ou Bertold Brecht au XXe siècle et a suscité moult opéras.

C’est ainsi qu’on peut noter un certain nombre d’opéras baroques, dont l’Antigona de Traetta (1772),

Traetta Antigona Piangi, o TebeCliquez sur l’image

une musique de scène de MENDELSSOHN pour la pièce de Sophocle,

Mendelssohn AntigoneCliquez sur l’image

une musique de scène de SAINT-SAËNS pour la pièce de Sophocle,

la tragédie musicale de HONEGGER sur un livret de Cocteau,

Honegger Cocteau AntigoneCliquez sur l’image

La trilogie d’Antigone de RAITIO (1922)

Raitio Antigone TrilogyCliquez sur l’image

la Sinfonia de Antigona de Carlos CHAVEZ (1933)

Chavez Sinfonia de AntigonaCliquez sur l’image

ou encore l’Antigonae (1949) de Karl ORFF (oui, celui des Carmina Burana)

Orff AntigonaeCliquez sur Antigone

et jusqu’à l’Antigone d’Ezra Donner

Ezra Donner Antigone PrologueCliquez sur l’image

Sophocle est revenu à la fin de sa vie sur le personnage d’Antigone dans son Œdipe à Colone, un prequel d’Antigone. Cette pièce représente l’arrivée d’Œdipe à Colone, une ville proche d’Athènes. Il s’est crevé les yeux après avoir découvert l’épouvante de son forfait et est rejeté de tous. Seules ses filles le soutiennent alors qu’il cherche à se disculper. Créon veut s’emparer de lui et de ses filles. Aidé par Thésée, le roi d’Athènes, il se retire dans une cachette.

Ce texte a inspiré plusieurs œuvres, dont un opéra de SACCHINI Œdipe à Colone (1786),

Sacchini Oedipe à Colone Trio de l'acte IIICliquez sur l’image

une musique de scène de Mendelssohn.

Mendelssohn Oedipus in KolonosCliquez sur le chœur

Antigone apparaît dans l’opéra Œdipe (1931) d’ENESCO.

Enesco Oedipe Gloire au roi des Thébaisn acte IICliquez sur l’image

ainsi qu’une pièce chorale de XENAKIS, À Colone (1977).

Voir ici le billet consacré au mythe d’Œdipe.

Mythologie, Nature

LES QUATRE ÉLÉMENTS (3) : L’EAU

Puisque nous entrons en hiver, intéressons-nous à celui des quatre éléments (le feu – l’eau – l’air – la terre) qui symbolise cette saison. C’est à l’eau que l’hiver est associé.

Dans l’étude de la symbolique de ces quatre éléments, l’eau est d’abord la source de toute vie. Mais comme le feu avait le double pouvoir de réchauffer comme celui de détruire ou de brûler, l’eau, source de vie, a aussi le pouvoir de dissoudre ou de noyer. Le caractère symbolique de l’eau, c’est d’être humide et froide.

Il faut distinguer l’eau calme et pure, celle de la source ou de la rivière (ou des lacs) et l’eau violente, celle de la tempête sur la mer. En symbolique, on distingue également l’eau souterraine, ou chtonienne de l’eau de pluie, la plus pure, celle qui vient du ciel.

Dans pratiquement toutes les civilisations, on trouve une légende des dieux qui inonde la Terre pour en faire disparaître l’homme, coupable d’offenses envers eux. On en trouve un exemple rapporté par Ovide dans ses Métamorphoses où Jupiter choisit l’eau pour soulager la Terre de la présence des hommes. Ce déluge a été mis en musique par Falvetti dans son Diluvio Universale.

falvetti il diluvio universaleLaissez vous aller au plaisir d’écouter Il Diluvio Universale en cliquant sur l’image

WAGNER a été inspiré par l’eau puisque son premier opéra « de la maturité » est le Vaisseau fantôme, que le deuxième acte de son chef-d’œuvre Tristan und Isolde se passe sur la mer, et que la Tétralogie commence sur le Rhin, par le vol de l’Or du Rhin par le nain Alberich, et se termine seize heures de musique plus tard par le Rhin qui déborde et éteint l’incendie qui a détruit le Walhalla, laissant la place à l’homme sur la Terre à la fin du Crépuscule des dieux.

Wagner Rheingold prélude BoulezCliquez sur le prélude de l’Or du Rhin

On retrouve cette notion d’engloutissement dans les légendes des villes englouties. Par exemple, le Roi d’Ys de LALO ou la légende de Kitège, la ville engloutie de RIMSKI-KORSAKOV.

Lalo le roi d'Ys Vainement ma bien aiméeCliquez sur Mylio

Bien entendu, les mythologies sont riches en créatures de l’eau, les sirènes, ondines, naïades ou nixes. Une de mes préférées, à l’opéra, est Rusalka. L’héroïne de Rusalka est une naïade, une des filles de l’ondin, le génie des eaux. Elle habite un lac, mais pour son malheur tombe amoureuse d’un prince qui vient s’y baigner tout le jour. Quittant son statut de naïade par amour pour le prince, elle finit par errer entre les deux mondes des humains et de l’eau.

Dvorak rusalka mladosti zve pozbavenaCliquez sur Rusalka

Debussy, qui était terrien avant que d’être marin nous a laissé, outre son poème symphonique la Mer, un prélude qu’il a appelé la Cathédrale engloutie (rappelons que Debussy écrivait d’abord la musique, et qu’il ne posait un titre dessous qu’après avoir composé ses morceaux).

Debussy La Mer BernsteinCliquez sur Lenny

La mer peut être associée à l’amour (comme dans Tristan). Écoutons le Poème de l’Amour et de la Mer de Chausson.

Chausson poème de l'amour et de la merCliquez sur l’image

Retrouvez le quatrième élément avec l’air, symbolisant le printemps.

Écrivains, littérature, Mythologie, Théâtre

LES TRAGIQUES GRECS – 3 – EURIPIDE (- 480 , – 403)

EURIPIDE (- 480, – 403) fait partie, avec ESCHYLE et SOPHOCLE de ceux qu’on appelle les tragiques Grecs. On connaît peu de choses fiables de sa vie, mais il semble qu’il ait été ami avec SOCRATE. Les tragédies grecques portaient sur les récits mythologiques de l’époque, que ce soit la Guerre de Troie ou le destin des Atrides.

Historiquement, l’opéra cherchant à retrouver l’art de la tragédie grecque, il n’est pas surprenant que les pièces d’Euripide aient fait l’objet d’adaptations musicales, et ce plus de 2 000 ans après leur écriture !

Parmi ses tragédies ayant inspiré les compositeurs, on peut noter :

Andromaque. Andromaque est l’épouse d’Hector, le prince troyen, et est un modèle de l’époque fidèle. Sa descendance littéraire est due à Racine, qui a écrit son Andromaque en adaptant la pièce d’Euripide. Parmi les œuvres lyriques inspirées par la tragédie de Racine, on peut citer :

  • Andromaque, une tragédie lyrique de GRÉTRY représentée en 1780.
  • Andromaca, un opéra de Giovanni PAÏSIELLO de 1797
  • Ermione, un opéra de ROSSINI créé en 1819.
  • et Andromaque, une musique de scène de SAINT-SAËNS datant de 1903.

Grétry Andromaque Murs sacrésCliquez sur Andromaque

Iphigénie à Aulis qui est comme pour Andromaque la source de l’Iphigénie de Racine, dont GLUCK s’est servi pour son Iphigénie en Aulide (1774). Iphigénie est la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, et la sœur d’Électre et d’Oreste (et de Chrysothémis, moins connue).

Gluck Iphigénie en AulideCliquez sur Iphigénie

Électre est la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, et la sœur d’Iphigénie et d’Oreste. C’est elle qui pousse Oreste à tuer leur mère pour venger le meurtre d’Agamemnon. Son histoire a inspiré un grand nombre d’œuvres dont :

Elektra, opéra de Richard STRAUSS (1909) (son librettiste HOFMANNSTHAL s’est en fait plutôt servi de l’Électre de Sophocle).

Electra, opéra en deux actes de Mikis THEODORAKIS (1993).

Théodorakis ElectraCliquez sur Électre

Oreste, dont HAENDEL a tiré l’opéra Oreste (1737).

Haendel OresteCliquez sur l’image

Iphigénie en Tauride qui a inspiré Campra (1704), Iphigénie en Tauride de Gluck (1779) et son rival PICCINNI (1781) en France et de nombreux autres opéras en Italie (GALUPPI en 1768, JOMMELLI en 1771).

Alceste qui a inspiré LULLY et l’Alceste de Gluck. Alceste, épouse du roi Admète, se sacrifie pour prendre la place de son mari aux Enfers. Héraclès, amoureux d’elle, va la rechercher et la rend à son mari.

Gluck Alceste finalCliquez sur Alceste

Médée. Médée, fille du roi de Colchide, tombe amoureuse de Jason venu chercher la Toison d’Or. Elle propose de l’aider dans les tâches imposées par son père pour conquérir ladite toison. Elle quitte la Colchide avec Jason, mais un peu plus tard, Jason tombe amoureux d’une autre. Prise de folie meurtrière, elle sacrifie les deux enfants qu’elle a eus avec Jason. (Je vous le fais simple, mais toute son histoire est jalonnée de meurtres horribles).

L’histoire de cette mère infanticide est de loin celle qui a le plus été représentée sur les scènes lyriques, avec notamment la Médée de Charpentier (1693), celle de Cherubini (1797), la Suite pour orchestre de d’Indy (1898), un opéra de Milhaud (1939), un de Barber (1946), un de Theodorakis (1991) jusqu’à Dusapin (1992) et Reverdy (2003).

Charpentier Médée Noires DivinitésCliquez sur l’image

Et enfin Hippolyte qui a donné Hippolyte et Aricie de RAMEAU.

Hippolyte est le fils de Thésée et de la reine des Amazones (rien à voir avec une entreprise multinationale dont le but est de supprimer le maximum d’emplois à valeur ajoutée partout à travers le monde pour les remplacer par des emplois à très faible valeur ajoutée, au niveau mondial, on estime que cette entreprise crée un emploi chaque fois qu’il en supprime 2,5 ailleurs.) Quand plus tard, Thésée se remarie avec Phèdre, celle-ci tombe amoureuse de son beau-fils Hippolyte, et ça se passe très mal !

Rameau Hippolyte et Aricie Trio des Parques (Quelle soudaine horreur)Cliquez sur le Trio des Parques (et tremblez)

Retrouvez prochainement sur ce blog des articles consacrés aux petits camarades d’Euripide : Sophocle et Eschyle.

Cinéma, littérature, Mythologie, Religion

ZOROASTRE, ZARATHOUSTRA, ZARASTRO

Quel est le lien entre ces différents personnages, me demanderez-vous (peut-être) ? Eh bien, c’est l’incarnation d’un même symbole, celui du bien et de la lumière.

Zoroastre est un personnage issu de la mythologie perso-indienne, datant d’environ mille ans av. J.-C. On retrouve dans son nom les notions de « vieux » et de « chameau ». De là à le traduire par « vieux chameau », il y a un pas que je ne franchirai certainement pas. Je préfère retenir la racine S.TR. que l’on retrouve dans Ishtar, cette déesse babylonienne de l’amour et de la guerre associée à la planète Vénus, ou encore dans « astre » et « aster » (français et anglais).

À propos d’Ishtar, Vincent D’INDY (1851 – 1931) a écrit un poème symphonique relatant sa descente aux enfers pour rechercher son amant (ça ne vous dit rien ?). À chaque porte de l’enfer (il y en a sept), elle doit se dépouiller d’un bijou ou d’une pièce de vêtement (telle Salomé dans sa danse des sept voiles).

D'Indy IstarCliquez sur l’orchestre

Strausse Salomé Danse des 7 voilesCliquez sur Salomé et ses 7 voiles

Revenons à Zoroastre, qui a commencé comme prêtre dans la religion mazdéiste, la religion d’Ahura Mazda. Il aurait eu en songe la vision de Ahura Mazda, la divinité suprême, le dieu de la lumière. Dès lors, il prônera la venue du dieu de justice, l’abandon des anciennes religions barbares, et la consommation des boissons enivrantes. La religion mazdéiste est aussi connue sous le nom de zoroastrisme.

Le siècle des Lumières est celui qui a connu une ouverture de l’Occident à d’autres cultures, notamment orientales. On retrouve ainsi l’influence du zoroastrisme dans le conte philosophique Zadig (1747) de VOLTAIRE.

Deux ans plus tard, c’est Jean-Philippe RAMEAU qui écrit son opéra Zoroastre (1749), s’inspirant des concepts maçonniques de son époque, soit une lutte entre le mal et l’ombre représentée par Abramane, et le bien et la lumière représentée par Zoroastre.

Rameau Zoroastre Mille rayons brillantsCliquez sur l’image

Quelque quarante ans plus tard, on trouve un personnage du nom de Zarastro (Sarastro en français) dans l’opéra maçonnique la Flûte enchantée (1791) de MOZART. Dans cette œuvre qui voit l’opposition entre le bien / le mal ou la lumière / l’obscurité, Zarastro, Grand-prêtre d’Isis et Osiris, représente la lumière et il est gardien du disque solaire.

Mozart La Flûte enchantée O Isis und OsirisCliquez sur Zarastro

Au XIXe siècle, c’est NIETZSCHE qui s’empare du personnage de Zarathoustra, dans son Also spracht Zarathustra, (Ainsi parla Zarathoustra) (1885). Richard STRAUSS écrira dès 1896 le poème symphonique qui porte ce nom. On trouve au début de la partition cette citation du philosophe : « La musique a trop longtemps rêvé; nous voulons maintenant nous réveiller.  »

L’utilisation du début de ce poème symphonique par Stanley KUBRICK dans son film 2001, a Space odyssey (2001, l’Odyssée de l’espace), sorti en 1969, a contribué à ressortir cette œuvre d’un oubli où elle était quelque peu tombée.

Strauss zarathustra kubrick

À la demande de John Duff, qui m’a fait remarquer que je ne parlais pas de Zorro dans billet, voici en complément « Zorro est arrivé » (rappelons que s’il est tout de noir vêtu, Zorro représente le bien) :

Salvador Zorro est arrivéCliquez sur Henri Salvador

Maria Callas, Mes opéras préférés, Mythologie

ALCESTE, de GLUCK (1767 [Vienne], 1776 [Paris])

Comme pour Orphée, la version d’Alceste de GLUCK qui nous est parvenue est une adaptation pour la France d’un opéra en italien écrit pour Vienne dix ans auparavant. L’action en a été resserrée pour l’adaptation française, ce qui donne une œuvre proche de la tragédie grecque, avec l’omniprésence du chœur qui souligne l’action. L’aspect austère de cette version française a rebuté le public, et on a rajouté le personnage d’Hercule, qui pourtant était présent dans la version italienne, et retiré pour la France. C’est GOSSEC, un des maîtres de BERLIOZ, qui a procédé à cet ajout.

Acte I : Le peuple se lamente car Admète, le roi de Thessalie, va mourir (Chœur : Dieux, rendez-nous notre roi).

Gluck Alceste Dieux, rendez-nous notre roiCliquez sur le peuple qui se lamente

La reine Alceste entre, accompagnée de ses enfants. Elle espère que les dieux, émus par sa souffrance, auront pitié d’elle et de ses enfants (Air : Grands dieux, du destin qui m’accable).

 Le grand prêtre accompagné du peuple demande aux dieux d’écarter la mort du trône (Air & chœur : Dieu puissant, écarte du trône). Le grand prêtre annonce que le dieu va se manifester.

La reine revient implorer Apollon (Air : immortel Apollon). Apollon accède aux prières des humains, il accepte de sauver Admète si quelqu’un offre sa vie pour sauver celle du roi. Le peuple fuit, laissant la reine seule. Elle décide alors de mourir à la place de son mari (Air : Non, ce n’est point un sacrifice). Le grand prêtre rentre, annonçant que le roi va vivre, mais que quand arriveront les ténèbres de la nuit, Alceste devra rejoindre le royaume des morts. (Air : Divinités du Styx, je n’implorerai point votre pitié.)

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur l’image

Acte II : Le peuple se réjouit, Admète est vivant. Le roi arrive et remercie son peuple. Il veut savoir par quel miracle il est revenu à la vie. On lui explique qu’un héros inconnu s’est sacrifié pour lui. Le roi demande à voir sa femme. Alceste revient une dernière fois avant la nuit, mais ne peut se réjouir avec le roi et le peuple, qui croient que c’est seulement grâce à ses prières qu’Admète est sauvé. Elle va devoir se résoudre à avouer la vérité (Air : Grands dieux, soutenez mon courage).

Gluck Alceste Grand dieux, soutenez mon courageCliquez sur Alceste

Admète lui demande de sécher ses pleurs (Air : Bannis la crainte). Alarmé par les pleurs d’Alceste, il demande à voir ses enfants, Alceste répond qu’ils vont bien. Enfin, elle dévoile la vérité. Admète refuse le sacrifice d’Alceste et veut mourir avec elle, car à quoi bon vivre si l’objet de son amour n’est plus !

Gluck Alceste Aux cris de la douleur devenez accessibleCliquez sur Alceste et Admète

Le peuple se lamente à nouveau sur le sort d’Alceste, qui partage ses pleurs avant de le faire taire (Air : Ah malgré moi mon faible cœur).

Gluck Alceste Ah malgré moiCliquez sur Alceste

Acte III : Alceste va mourir, et Admète ne lui survivra pas. Le chœur pleure (Chœur : Pleure, oh patrie). Hercule paraît, et demande pourquoi l’on pleure. Informé, il déclare qu’il va aller en enfer chercher Alceste (Air : Au pouvoir de la mort, je saurai la ravir).

Gluck Alceste Au pouvoir de la mort je saurai la ravirCliquez sur Hercule

Alceste, arrivant sur les rives des enfers chante (Divinités implacables). L’amour lui donne une force nouvelle pour aller jusqu’au bout. Mais Admète arrive à son tour et la supplie, pour ses enfants, de rester (Air : Alceste, au nom des dieux). Alceste persiste dans sa volonté de mourir. La trompe de Charon résonne, les enfers réclament leur dû. Alceste est attirée vers les ténèbres.

Admète veut la suivre, mais Hercule arrive et ramène Alceste. Apollon descend du ciel (c’est un deus ex machina) et libère Alceste de ses vœux, on le remercie (Trio : Reçois, dieu bienfaisant) avant que le peuple ne chante pour les fortunés époux.

Gluck Alceste finalCliquez une dernière fois sur Alceste

(Source : Je me suis essentiellement servi pour rédiger ce billet du (très beau) DVD de John Eliot GARDINER, avec la mise en scène hiératique de Robert Wilson. J’ai vu que c’est disponible sur Youtube, mais je ne sais pas si c’est légal).

Bande dessinée, Compositrices, littérature, Mythologie, Théâtre

ALCESTE (et ADMÈTE)

Avant que d’être un gros garçon qui passe son temps à manger des tartines de confiture dans Le Petit Nicolas, de SEMPÉ et GOSCINNY, Alceste était une tragédie d‘EURIPIDE. Sa trame a inspiré beaucoup d’opéras, dont bon nombre se sont dissipés dans les méandres du temps et de l’oubli.

Le pitch : La tragédie d’Euripide peut être résumée ainsi – Admète, roi de Thessalie, est en train de livrer son dernier combat, celui contre la mort. Apollon, qui avait trouvé refuge chez lui après avoir été chassé de l’Olympe pour avoir tué les Cyclopes, a obtenu des trois Parques qu’à l’heure de sa mort, Admète puisse rester en vie si une personne se dévoue pour mourir à sa place. Sa femme Alceste se sacrifie pour lui et meurt. Hercule, l’ami d’Admète parvient à arracher Alceste à la mort et à la rendre à son époux (d’après CALZABIGI, le librettiste de GLUCK pour la version italienne).

Parmi les adaptations à l’opéra de ce mythe figure l’Antigona delusa da Alceste, de AURELIS, dont HAENDEL se servira pour son Admeto re di Tessaglia (1727).

Haendel Admeto, Re di TessagliaCliquez sur l’image

Dans les versions encore jouées de nos jours figurent l’Alceste de LULLY (1673), et celles de Gluck (version italienne en 1767 et version française en 1776).

Lully Alceste Alceste vous pleurezCliquez sur l’image

Par rapport à la version italienne, relativement fidèle à Euripide, la version française a été très resserrée sur les drames intérieurs d’Alceste et de son mari Admète, ce qui n’a pas contribué au succès de cette œuvre. Peu de temps après, on a rajouté le personnage d’Hercule (présent chez Euripide) pour pimenter un peu l’action et la rendre plus agréable au public, mais c’est GOSSEC (un des maîtres de BERLIOZ), qui a fait ces rajouts ultérieurs dans la partition de Gluck.

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur Alceste

Au XXe siècle, on peut encore noter l’Alceste (Alkestis) (1922) de BOUGHTON et celui de WELLESZ (1924) sur un livret de Hugo von HOFMANNSTHAL.

Boughton Alceste (Alkestis)Cliquez sur Rutland Boughton

En 1960 encore, la compositrice Vivian FINE écrira l’œuvre pour orchestre en quatre mouvements Alcestis.

Fine AlcestisCliquez sur l’image

Un très grand merci à l’ami Totor Berlioz qui m’a donné l’idée de ce billet (il a consacré de très belles pages à l’Alceste de Gluck dans son ouvrage À travers chant).