La Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten) est un opéraen quatre actes de Richard Strauss créé le 10 octobre 1919 à Vienne. La possibilité d’écrire cette histoire fut évoquée des 1911, après la création du Chevalier à la rose. Hofmannsthal rêvait d’écrire un opéra qui serait à la Flûte enchantée, ce que le Chevalier à la Rose était aux Noces de Figaro.
L’élaboration de l’argument, particulièrement complexe, dura de 1911 à 1916. L’œuvre, qui prend ses sources dans les Contes de Grimm, les Mille et une nuits ou la Flûte enchantée et les mêle au symbolisme viennois de l’époque, fut achevée en 1917, mais ne fut représentée au Staatsoper de Vienne qu’en 1919, après la guerre.
Le pitch : La fille du seigneur des esprits a été capturée, sous la forme d’une gazelle, par l’empereur. Une fois mariée à l’empereur, devenue mortelle, il lui reste à devenir humaine mais pour cela, et pour pouvoir donner des enfants à l’empereur, il lui faut gagner l’ombre qu’elle n’a pas.
Acte I : Un messager de Keikobad, le seigneur des esprits, demande à la nourrice de l’impératrice si sa maîtresse a obtenu une ombre. Fille de Keikobad et d’une humaine, l’impératrice ne peut ni avoir d’enfants ni porter une ombre. Devant la réponse négative, il lui apprend alors que si elle ne se dote pas d’une ombre sous trois jours, elle devra retourner dans le monde des esprits avec la nourrice, tandis que l’empereur sera pétrifié.
En sortant de la chambre de son épouse, l’Empereur annonce à la nourrice son intention d’aller chasser. Il se souvient de la façon dont il a conquis l’impératrice pour en faire son épouse : alors qu’il chassait une gazelle blanche qui ne projetait aucune ombre, les ailes de son faucon de chasse rouge ont aveuglé la gazelle. Lorsqu’elle est tombée et qu’il l’a attaquée avec une lance, l’animal s’est transformé en femme. Le faucon blessé était perdu. La rusée nourrice apprend que l’Empereur sera absent pendant trois jours. Il lui recommande de veiller sur sa femme et s’en va.
À son réveil, l’impératrice regrette la perte de son talisman, qui lui permettait de se métamorphoser. Elle se souvient du temps où elle vivait sous la forme d’une gazelle, et comment un faucon l’a blessée. Elle voit le faucon de l’empereur, qui lui annonce que son absence d’ombre condamne son époux à être pétrifié. Elle demande à sa nourrice de l’aider à se trouver une ombre. Celle-ci la prévient que pour cela, elles auront à descendre chez les terribles humains.
Descendues sur terre, elles arrivent chez le teinturier Barak. La femme de celui-ci se dispute avec les frères de son mari, réclamant qu’ils quittent la maison. Barak et sa femme sont mariés depuis trois ans, mais le teinturier ne lui a pas donné d’enfant, ce qu’il regrette. Barak quitte la maison.
L’impératrice et sa nourrice, déguisées en servantes, se présentent, et la nourrice, lui offrant bijoux et beaux habits, réussit à convaincre la femme de Barak de renoncer à son ombre et à sa descendance à venir.
Barak rentre à la maison, et la nourrice et l’impératrice quittent la femme, lui promettant de revenir la servir pendant trois jours, après quoi son ombre leur appartiendra, alors qu’elle pourra avoir en échange tout ce qu’elle veut. Elles sortent et on entend la voix des enfants à naître la suppliant de les laisser venir. Barak rentre et sa femme lui annonce que deux tantes viendront lui tenir compagnie, puis elle va se coucher.
Dehors, on entend le veilleur rappelant aux couples mariés qu’ils doivent transmettre le flambeau de la vie.
Acte II : Le lendemain matin, une fois Barak parti, la nourrice et l’impératrice incitent la femme à tromper le teinturier avec un beau jeune homme que la nourrice fait apparaître par magie. Barak rentre du marché, étonné d’avoir fait des affaires inespérées, et interrompt la rencontre entre sa femme et le beau jeune homme. Heureux de sa bonne fortune, il invite les passants à manger chez lui, mais son épouse refuse sa nourriture.
L’Empereur cherche sa femme, qui n’est pas au palais. Il retrouve son faucon rouge qui le mène jusqu’au palais, vide, ce qui éveille ses soupçons. Quand il voit rentrer discrètement l’impératrice et la nourrice, sa jalousie se renforce et il veut tuer sa femme.
La nourrice endort Barak et invoque l’esprit du jeune homme avec qui la femme du teinturier doit tromper son mari. Cette dernière crie, réveillant son époux, et elle lui reproche de ne pas savoir la protéger. L’impératrice, prise de compassion et voyant qu’elle met le couple en danger déclare que c’est elle qui devrait être pétrifiée. La femme de Barak révèle alors à son époux qu’elle a vendu son ombre et sa maternité. Et en effet, sa femme n’a plus d’ombre. Barak menace de tuer sa femme. L’impératrice renonce alors à cette ombre mal acquise. La terre s’ouvre, séparant Barak de son épouse, tandis que la nourrice met l’impératrice en lieu sûr.
La troisième nuit est venue. La nourrice craint d’avoir encouru la colère de Keikobad, mais le démon du mal la pousse à poursuivre ses manigances. L’Impératrice a réfléchi : elle veut rester chez les humains. La femme du teinturier se jette sur Barak en lui avouant son infidélité. Barak et ses frères constatent que la femme n’est plus la même : elle a vendu son âme et son ombre. Furieux, le teinturier veut la tuer, mais ses frères le retiennent. La nourrice encourage l’impératrice à voler l’ombre désormais sans propriétaire, mais l’impératrice refuse, car elle a acquis une émotion humaine, la compassion. La Nourrice ramène l’Impératrice dans le monde des esprits. Barak et son Épouse restent en arrière, déconcertés.
Acte III : Barak et sa femme sont séparés par un mur très épais dans une grotte. La femme entend les voix des enfants non nés. Son époux l’encourage à ne pas faiblir, leur amour est toujours vivant. Des voix lointaines les incitent à grimper sur des rochers, d’où ils pourront voir le promontoire sur lequel la nourrice et l’impératrice se sont réfugiées, grâce à une barque magique.
La nourrice essaie à nouveau de séparer Barak et sa femme, ce pour quoi le messager la condamne à errer sans fin. L’impératrice refuse de boire l’eau aux reflets d’or qui lui permettrait d’avoir une ombre. Elle préfère appartenir au genre humain. L’empereur lui apparaît : il est presque entièrement pétrifié, à l’exception d’un œil avec lequel il essaie encore de la contempler. Il l’enjoint de ne pas le sauver au détriment des deux humains. Ce renoncement provoque un miracle, une ombre s’étend à ses pieds, et l’empereur revient à la vie. La voix des enfants non nés se joint avec allégresse à celle de Barak et de sa femme.




