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HIPPOLYTE ET ARICIE, de RAMEAU (1733)

Tragédie lyrique de RAMEAU, inspirée du Phèdre (1676) de Racine (la première version de cette pièce s’appelait Phèdre et Aricie). Elle a été créée en 1733 à l’Académie Royale de Musique de Paris.

C’est à la création de cette œuvre qu’a commencé la Querelle des Lullystes et des Ramistes.

Prologue : Diane et Amour se disputent pour savoir laquelle régnera sur le cœur des habitants de la forêt d’Erymanthe. (Duo : « Non, je ne souffrirai pas »). Jupiter paraît et tranche pour Amour. Il demande à Diane de respecter les arrêts du Destin. Elle accepte de protéger Hippolyte et Aricie.

Acte I : Dans le temple de Diane, Aricie s’apprête à prononcer ses vœux à Diane (Air : « Temple sacré, séjour tranquille ».)

Rameau Hippolyte et Aricie Temple sacré

Hippolyte, qui aime Aricie, cherche à l’en dissuader. (Les prêtresses de Diane devaient être vierges et le rester.) L’entendant, Aricie comprend que son amour sera perdu après ses vœux, et les deux jeunes gens prient Diane de veiller sur eux (Duo : « Tu règnes sur nos cœurs ».) La reine Phèdre, épouse de Thésée et amoureuse de son beau-fils Hippolyte (Hippolyte est le fils de Thésée et d’une amazone), soupçonnant Aricie d’aimer Hippolyte en retour, ordonne que l’on détruise le temple (Air : « Périsse la vaine puissance ».) Diane apparaît pour protéger les deux amoureux (Air : « Ne vous alarmez pas … ».) Un messager annonce que Thésée est descendu aux Enfers. La reine entrevoit que si son amour pour Hippolyte devient possible, elle joue à quitte ou double ou l’amour ou la mort.

Acte II : Aidé par son père Neptune, Thésée est descendu aux Enfers porter secours à son ami Pirithoüs (Air : « Puisque Pluton est inflexible ».)

Rameau Hippolyte et Aricie Puisque Pluton est inflexible

Thésée s’oppose à une furie, puis à Pluton et sa cour infernale. Pluton condamne le héros à partager les supplices de son ami. Thésée, prêt à partager le sort de Pirithoüs, invoque son père, qui lui avait offert trois vœux à exaucer, pour retrouver le jour. Mercure vient rappeler à Pluton le serment de Neptune. Pluton accepte donc de laisser partir Thésée, mais il ordonne aux Parques de lui révéler son destin (Trio : « Quelle soudaine horreur ton destin nous inspire ».)

Rameau Hippolyte et Aricie Quelle soudaine horreur

Acte III : Phèdre attend Hippolyte et veut lui déclarer son amour (Air : « Cruelle reine des amours ».) Hippolyte avoue son amour pour Aricie, déclenchant la fureur jalouse de la reine (Duo : « [Ma fureur va tout/ Gardez-vous de rien] entreprendre ».)

Rameau Hippolyte et Aricie final Ma fureur va tout entreprendre

Comprenant alors les sentiments de sa belle-mère, Hippolyte réclame aux dieux un châtiment pour elle. Phèdre lui demande de la tuer pour tuer son amour coupable.

De retour des Enfers, Thésée demande des explications. Hippolyte ne peut répondre, ne voulant pas accuser Phèdre. La confidente de la reine accuse Hippolyte et Thésée réclame à Neptune un châtiment pour son fils (air : « Puissant maître des flots ».)

Rameau Hippolyte et Aricie Puissant maître des flots

Acte IV : Dans un bois, Hippolyte se lamente (Air : « Ah, faut-il en un jour… ».) Aricie le rejoint. Les deux jeunes gens demandent à Diane de bénir leur union (Duo : « Nous allons nous jurer … ».) Les sujets de Diane se réjouissent quand soudain, Neptune envoie un monstre marin qui emporte Hippolyte. Phèdre attirée par les cris se sent coupable (Air : « Quelle plainte en ces lieux m’appelle? ».)

Rameau Hippolyte et Aricie final acte IV

Acte V : Thésée a vu Phèdre mourir, mais avant de se donner la mort, elle a lui dévoilé la vérité et il veut se jeter à la mer. Neptune l’en empêche et lui révèle qu’Hippolyte a en fait été sauvé par Diane. Il condamne Thésée à ne plus jamais revoir son fils. Dans la forêt, Aricie se lamente, avant que Diane ne lui annonce l’arrivée d’un héros, qui n’est autre qu’Hippolyte (Duo : « Est-ce vous que je vois? ») Les habitants de la forêt se réjouissent (Chœur : « Chantons sur la musette »)

Rameau Hippolyte et Aricie Chantons sur la musette

et Diane clôt l’œuvre (Air et chœur : « Que tout soit heureux sous les lois ».)

(source : article écrit en regardant le DVD du concert d’Astrée.)

Compositrices, Elle voulait qu'on l'appelle..., Grandes villes, littérature, Théâtre

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE PARIS…

… quelle drôle d’idée, comme ne l’a pas chanté Julien CLERC!

Après Venise, Vienne et Prague, poursuivons avec Paris notre visite des grandes villes dont l’histoire se confond avec celle de l’opéra.

Si Paris occupe une place importante dans le monde de l’opéra depuis LULLY, et surtout au milieu du XIXe siècle, avec le GOf (le grand Opéra à la française), qui faisait qu’un compositeur qui voulait « réussir » dans l’opéra devait se faire jouer à Paris, Paris a aussi sa place comme lieu où se passent un certain nombre d’opéras.

Mais d’abord, je vous propose de retrouver tous ceux qui ont fait la grandeur de Paris en musique :  En flânant dans le quartier de l’Opéra.

À tout seigneur, tout honneur, commençons avec la Esmeralda, l’adaptation de Notre-Dame de Paris de notre poète national Victor HUGO, qui a écrit lui-même le livret de cet opéra de Louise BERTIN.

Bertin Esmeralda Esmeralda dans son cachot

Autre adaptation d’un écrivain français, La Traviata (1853) de VERDI est tiré de La Dame aux camélias d’Alexandre DUMAS, une pièce que Verdi avait eu l’occasion de voir lors d’un de ses séjours à Paris.

Verdi la Traviata Libiamo

Paris, c’est aussi la fête et les p’tit’s femmes, qu’OFFENBACH a mises en musique dans la Vie Parisienne.

Offenbach la vie parisienne le BrésilienCliquez sur le Brésilien

En 1881, Offenbach situe à Paris le premier acte, l’acte d’Olympia, de son seul opéra « sérieux », les Contes d’Hoffmann.

offenbach les contes d'hoffmann olympia

En 1883, c’est MASSENET qui met en musique Manon, d’après le roman de l’abbé Prévost.

Massenet Manon Nous vivrons à Paris

Moins de dix ans plus tard, c’est au tour de PUCCINI de mettre ce drame en musique avec son Manon Lescaut (1893).

Puccini Manon Lescaut Sola, perduta, abbandonata

Dans La Dame de Pique (1890) de TCHAÏKOVSKI, la vieille comtesse se rappelle sa jeunesse passée à Paris, quand elle fréquentait le comte de Saint-Germain, en chantant un vieil air de GRÉTRY, qu’elle chantait à cette époque.

Tchaïkovski La Dame de pique air de la comtesse

Je m’arrête ici pour aujourd’hui, ce billet est déjà assez riche, mais si vous êtes sages et que vous me le demandez gentiment, je vous parlerais une autre fois de la Veuve joyeuse de LEHAR, de la Rondine de Puccini, des Mariés de la Tour Eiffel du presque GROUPE DES SIX, de Lulu de BERG ou de Capriccio de Richard STRAUSS.

Vous pouvez retrouver un autre article de cette série consacrée aux grandes villes avec New York.

Mes opéras préférés, Théâtre

L’AMOUR DES TROIS ORANGES, de PROKOFIEV (1919)

L’Amour des 3 oranges (1919) de PROKOFIEV (1891 – 1953) est issu d’une commande du directeur de l’Opéra de Chicago. Cet opéra est adapté d’une pièce de Carlo Gozzi. La mort du commanditaire en retarde la création et c’est finalement sous l’impulsion de Mary GARDEN, la créatrice du rôle de Mélisande dans Pelléas et Mélisande de DEBUSSY (1862 – 1918), que l’opéra sera créé en français et en 1921. C’est ainsi que l’on arrive à un opéra écrit en français sur un sujet italien par un Russe émigré aux États-Unis.

Prologue : La foule se dispute pour savoir quel type de pièce il faut monter, tragédie ou comédie. Les spectateurs sont invités à assister à un nouveau genre de spectacle : l’Amour des 3 Oranges. Ce chœur des tragiques et des comiques ponctuera de ses interventions et commentaires tout le déroulement de l’opéra.

Acte I : Le prince, fils du roi de trèfle, souffre d’une hypocondrie incurable. Le roi, inquiet de voir sa nièce Clarisse monter sur le trône après lui, demande à Truffaldino, son fou, de faire rire le prince pour le sortir de sa mélancolie. Il appelle Léandre, son Premier ministre, qui n’aime pas le prince. Clarisse promet le mariage à Léandre quand elle aura accédé au trône, après la mort du Prince. Léandre lui dit que pour ce faire, il empoisonne petit à petit son esprit avec de la poésie tragique. Clarisse, elle, pense à des moyens plus radicaux, l’opium ou une balle.

Sméraldine, esclave de la sorcière Fata Morgana (la fée Morgane) vient les prévenir que le prince bénéficie de l’appui du mage Tchélio, mais que Fata Morgana les aidera (Trio : Fata Morgana). Tchélio et Fata Morgana jouent le destin de Léandre et du roi aux cartes. La sorcière l’emporte.

Acte II : Les efforts de Truffaldino pour faire rire le prince échouent face à son hypocondrie. On traîne le prince au spectacle (« marche »), spectacle qui le laisse pourtant impassible.

https://www.youtube.com/watch?v=-Ur8dHVxByE&t=16s

Durant le spectacle, Truffaldino s’en prend à Fata Morgana qui s’était invitée et la ridiculise, provoquant le rire du prince. Fata Morgana lui lance un anathème qui le condamne à subir l’amour de trois oranges et partir à leur recherche.

Prokofiev 3 oranges anathème

Le prince, sous l’emprise du sort de Fata Morgana et contre la volonté de son père, veut partir tout de suite chez la sorcière Créonte qui les retient captives.

Acte III : Tchélio invoque le mage Farfarello pour savoir où sont passés le prince et Truffaldino. Celui-ci dit qu’il a envoyé le prince et Truffaldino chez Créonte dans le désert en soufflant sur eux. Les ayant rejoints, Tchélio met en garde le prince contre l’horrible cuisinière qui garde les trois oranges. Il lui donne un ruban magique, et lui recommande de n’ouvrir les oranges que près d’une source.

Les voyageurs arrivant au château de Créonte, se rendent à la cuisine. La cuisinière se dresse devant eux. Pendant que Truffaldino détourne son attention avec le ruban magique, le prince dérobe les trois oranges.

Prokofiev 3 oranges creonte

Le prince et Truffaldino sont à nouveau dans le désert, avec les oranges, devenues énormes. Le Prince, épuisé, s’endort. Truffaldino assoiffé, ouvre une orange pour se désaltérer puis une autre. Il en sort des princesses, qui réclament à boire avant de mourir soif. Truffaldino fuit et le prince reste seul avec la troisième orange, d’où sort la princesse Ninette.

Prokofiev 3 oranges NinetteCliquez sur la princesse Ninette

L’intervention des Ridicules (du prologue) qui apportent de l’eau la sauve de la mort. Le prince déclare son amour à Ninette et veut l’emmener au palais, mais la princesse ne veut pas y aller habillée comme elle est. Le prince part à la recherche d’une robe digne d’une princesse. Pendant son absence, Sméraldine et Fata Morgana la transforment en rat et Sméraldine prend la place de Ninette. Le prince revient avec le roi qui, trompé par les apparences, oblige son fils à se marier avec la fausse Ninette.

Prokofiev 3 oranges adieux ninette

Acte IV : Tchélio et Fata Morgana se battent à coups d’éclairs et de tonnerre. Les « figures de rêve » interviennent, neutralisent la sorcière et envoient Tchélio sauver le Prince.

La cour salue le roi, le Prince et sa fiancée, mais quand on ouvre le baldaquin, on découvre un gros rat. C’est Ninette, qui ne veut pas céder sa place à l’usurpatrice.

Prokofiev 3 oranges le rat

Tchélio lui rend sa forme humaine. Le roi ordonne que l’on pende Sméraldine, Léandre et Clarice. Fata Morgana vient les chercher et les entraîne dans les entrailles de la Terre. Le peuple se réjouit et célèbre le roi, le prince et la princesse Ninette.

Contes et légendes, Géographie, littérature, Shakespeare, Théâtre

L’ÉCOSSE

L’Écosse a inspiré de nombreux compositeurs, suivant principalement un axe historique et deux axes littéraires, OSSIAN et Walter SCOTT.

Mais avant de développer notre étude selon ces axes, un petit hommage à BEETHOVEN, dont on fête cette année le 250e anniversaire (si, si, c’est vrai !) avec une transcription d’une mélodie écossaise pour flûte et piano.

Beethoven mélodie écossaiseCliquez sur l’image

La pièce Macbeth de SHAKESPEARE se passe en Écosse. Elle a inspiré VERDI pour son opéra du même nom. On y voit apparaître le fantôme du roi assassiné (on est en Écosse !)

Verdi Macbeth fin acte IICliquez sur l’image

Suivant deux des axes précités, DONIZETTI a composé son opéra Lucia di Lammermoor (1835), d’après Walter Scott, une œuvre pleinement romantique avec fantôme (on est en Écosse) et scène de folie dont l’argument est une sorte de Roméo et Juliette à la sauce écossaise.

Donizetti Lucia di Lammermoor Chi mi frena (sextuor)Cliquez sur l’image

MENDELSSOHN a titré sa troisième symphonie, dont l’idée lui était venue lors d’un voyage en Grande-Bretagne, « Écossaise ».

Mendelssohn symphonie écossaiseCliquez sur l’image

Il a aussi écrit, suivant l’axe ossianique, la merveilleuse ouverture La Grotte de Fingal.

Mendelssohn La Grotte de FingalCliquez sur ce paysage d’Écosse

Parmi les œuvres inspirées de l’univers de Walter Scott, on peut citer La Dame blanche (1825) de BOÏELDIEU. (Il y a aussi un fantôme [on est en Écosse.])

Boïeldieu la dame blanche Ah quel plaisir d'être soldatCliquez sur le soldat

BIZET aussi a écrit son opéra scottish, la jolie Fille de Perth (1867).


Bizet La jolie Fille de Perth À la voix d'un amant fidèleCliquez sur l’image

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ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE VENISE…

… quelle drôle d’idée ! comme l’a chanté Julien CLERC.

Parmi les villes qui ont tenu une place importante à l’opéra, Venise figure en bonne place, et ce dès le début de l’opéra.

En effet, le père fondateur du genre, Claudio MONTEVERDI est appelé à Venise en 1613. Et dès 1637, Venise cède à la passion pour l’opéra en ouvrant son premier théâtre dédié à l’opéra. C’est aussi le premier à être payant. C’est pour Venise que Monteverdi écrit le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640) et le Couronnement de Poppée (1642).

Lors de son apprentissage en Italie, Haendel y écrit Agrippina pour la saison 1709-1710.

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Le Vénitien prolifique, Antonio VIVALDI, y est né en 1678. Il aborde l’opéra en 1713 avec Ottone in villa, et c’est pour Venise qu’il écrit ses quelques dizaines d’opéras.

Vivaldi Ottone in villaCliquez sur l’image

Un autre Vénitien d’importance était le dramaturge Carlo GOLDONI (1707 – 1793) qui, parmi les quelque 200 pièces qu’il a écrites, a également produit des livrets d’opéra, dont Griselda (1735) mis en musique par Vivaldi.

Au siècle suivant, Venise prendra une place importante pour Franz LISZT et son gendre Richard WAGNER, puisque c’est dans cette ville que ce dernier est mort en 1883. Liszt écrira alors à sa mémoire la pièce pour piano Gondole funèbre. C’est ensuite lors d’un voyage en train entre Venise et Bayreuth que Liszt prendra froid, ce qui causera sa mort en 1886.

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Les chefs-d’œuvre de VERDI que sont Rigoletto et la Traviata ont été créés au théâtre de la Fenice, à Venise.

Venise est aussi une ville qui a servi de décor à des opéras. Parmi ceux-ci, citons par exemple la Gioconda (1876) de PONCHIELLI, adaptée de Angelo, tyran de Padoue de VH.

Le troisième acte des Contes d’Hoffmann (1881) d’OFFENBACH, avec sa célèbre « Barcarolle » est appelé l’acte vénitien puisqu’il se passe à Venise.

barcarolleCliquez sur l’image

Au XXe siècle, on a pu voir Venise dans le rare Marchand de Venise (1935) de Reynaldo HAHN, d’après Shakespeare.

Hahn le Marchand de VeniseCliquez sur l’image

Surtout, Venise est le lieu du roman crépusculaire La Mort à Venise, de Thomas MANN, roman superbement adapté à l’opéra par Benjamin BRITTEN en 1972.

britten mort à VeniseCliquez sur l’image

Et pour finir sur une note plus légère, écoutons les Gondoliers (il Gondolieri), de l’ami ROSSINI, une pièce toujours si agréable à chanter.

Rossini il GondolieriCliquez sur l’image

Retrouvez d’autres grandes villes d’opéra en sélectionnant la catégorie « Elle voulait qu’on l’appelle… » dans le bandeau à droite ! Et pour commencer : Prague !

Écrivains, Compositrices, littérature, Poésie, Théâtre

LES LIBRETTISTES

On connaît généralement bien dans l’univers de l’opéra les compositeurs, les chanteurs et les chefs d’orchestre, voire les metteurs en scène (en bien ou en mal), mais il y a une catégorie dont on parle peu : les auteurs des livrets, encore appelés librettistes (de l’italien libretto = livret). Et pourtant, sans eux, pas d’histoire et sans histoire, pas d’opéra.

Certains auteurs, et non des moindres, se sont prêtés au jeu d’écrire des poèmes (c’est ainsi qu’on appelait les livrets, car jusqu’au XIXe siècle, ils étaient écrits en vers, tout comme les pièces de théâtre) pour les compositeurs de leur époque.

Ainsi, LULLY (1632 – 1687) a commencé ses comédies-ballets avec MOLIÈRE et Molière s’associera avec CORNEILLE et QUINAULT pour le livret de Psyché (1671). Plus tard, après la brouille entre Molière et Lully, Quinault deviendra le librettiste attitré de Lully, alors que Marc-Antoine CHARPENTIER écrira les musiques de Molière.

Le successeur de Lully en France, RAMEAU (1683 – 1764) commence sa carrière à l’opéra avec un livret de VOLTAIRE, Samson (vers 1732). Le rival de Voltaire, ROUSSEAU, écrit lui-même le livret de son opéra Le Devin du village (1752). Rameau a écrit un autre ouvrage en collaboration avec Voltaire, La Princesse de Navarre (1745), dont une reprise fut confiée à … Rousseau dès la fin de cette année 1745.

Pendant ce temps en Italie, MÉTASTASE (Pietro METASTASIO) (1678 – 1782) écrivait des livrets d’opéra. Plus de 1000 opéras seront écrits sur les 27 poèmes de Métastase. MOZART lui-même les mettra en musique : Il Re pastore (1775) et La Clémence de Titus (1791). Mozart travaillera également avec un autre librettiste, Lorenzo DA PONTE pour sa « trilogie Da Ponte » : Les Noces de Figaro, Cosi fan Tutte et Don Giovanni.

À propos des Noces de Figaro, BEAUMARCHAIS (1732 – 1799) a écrit son propre opéra, Tarare, qui sera mis en musique par SALIERI., le « rival » de Mozart.

Salieri tarareCliquez sur l’image

Victor HUGO a adapté lui-même son œuvre Notre-Dame de Paris pour la Esmeralda de Louise BERTIN.

La première moitié du XIXe siècle en France est celle d’Eugène SCRIBE (1791- 1861). La liste des compositeurs pour qui il a écrit est impressionnante, de BOÏELDIEU et sa Dame blanche (1825), ROSSINI et le Comte ORY (1828), MEYERBEER et Robert le diable (1831), HALEVY avec La Juive (1835) ou DONIZETTI avec La Fille du régiment (1840).

boïeldieu la dame blanche ouvertureCliquez sur Boïeldieu

Mais c’est avec D.F.E. AUBER que sa collaboration a été la plus féconde, puisqu’ils ont travaillé ensemble sur 38 opéras ou opéras-comiques, dont La Muette de Portici (1828) ou Gustave III ou le Bal masqué (1833). Les livrets de Scribe ont été souvent réutilisés, par exemple Le Philtre (1831) écrit pour Auber est devenu l’Élixir d’amour (1832) de Donizetti, le vaudeville La Somnambule (1819) servira de trame à l’opéra du même nom de BELLINI en 1831, et le Gustave III servira de support au Bal masqué (1859) de VERDI. Scribe a d’ailleurs écrit le livret du premier opéra écrit par Verdi pour l’opéra de Paris : Les Vêpres siciliennes (1855).

verdi les vêpres siciliennesCliquez sur l’image

Certains compositeurs soucieux de l’équilibre entre texte et musique ont écrit eux-mêmes leurs livrets. C’est le cas notamment de Wagner (1813 – 1883).

Sur la fin de sa vie, Verdi a travaillé avec Arrigo Boïto, lui-même auteur d’opéras (Hamlet, Mefistofele). Ils écriront ensemble Otello (1884) et Falstaff (1890). Outre Verdi, Boïto a écrit le livret La Gioconda (1876) de Ponchielli.

Les librettistes se sont parfois mis à deux pour écrire leurs textes. Le duo le plus connu est celui formé par Meilhac et Halévy, les auteurs de La belle Hélène (1864) pour Offenbach, Carmen (1875) pour Bizet ou encore Manon (1881) pour Massenet.

À propos de Carmen, on peut noter que le librettiste Ludovic Halévy était  le cousin de la femme de Bizet, Geneviève Halévy, elle-même fille du compositeur Halévy, auteur de La Juive et professeur de Bizet au conservatoire.

J’ai lu récemment sur un blog consacré à l’opéra un article sur un autre duo de librettistes, celui formé par HAVRE et CAUMARTIN, duo injustement tombé dans l’oubli.

massenet manon acte IICliquez sur l’image

Au XXe siècle, on peut noter la collaboration fructueuse de Richard Strauss et HOFMANNSTHAL. À la mort d’Hofmannsthal, Strauss se tournera vers d’autres librettistes, notamment Stefan Zweig qui lui écrira La Femme silencieuse (1935).

strauss rosenkavalier duo 2e acteCliquez sur l’image

Colette a écrit pour Ravel le livret de l’Enfant et les sortilèges, mais ce n’est pas la seule femme librettiste. Découvrez-en plus avec Aliette de LALEU, de France Musique.

aliette de laleu librettistesCliquez sur l’image

Écrivains, Cinéma, littérature, Théâtre

Alexandre POUCHKINE (1799 – 1837)

J’en parlais dans le récent billet sur la Dame de pique, voici un billet sur Alexandre POUCHKINE (1799 – 1837). Ce fils de la noblesse russe, ce romantique russe, né le 26 mai 1799 à Moscou, a beaucoup écrit de contes, nouvelles et pièces de théâtre pendant sa courte vie. Il est mort à Saint-Pétersbourg le 29 janvier 1837 à 37 ans des suites d’un duel d’honneur. Sa femme Natalia fréquentant un officier français, le duel devint vite inévitable. Touché au ventre lors de ce duel, le poète devait décéder deux jours plus tard.

Nombreux sont les opéras qui sont des adaptations de ses écrits.

Le premier compositeur a avoir adapté Pouchkine est Mikhaïl GLINKA, le père de la musique russe. C’était un ami d’enfance de Pouchkine (ils étaient en pension ensemble à Saint-Pétersbourg), et il a mis en musique Rouslan et Ludmila (1837 – 1842), d’après un de ses poèmes épiques.

ruslan et ludmila ouvertureCliquez sur l’image

Son élève DARGOMYJSKI, un autre précurseur de la musique russe, a composé La Roussalka (1856) et Le Convive de pierre (1866 – 1869) d’après deux drames de Pouchkine.

Parmi les monuments mondiaux de l’opéra figure le Boris Godounov (1869 – 1872) que MOUSSORGSKI a composé, d’après Pouchkine.

Mousssorgski Boris Godounov scène du couronnementCliquez sur Boris

TCHAÏKOVSKI a composé ses deux chefs-d’œuvre que sont Eugène Onéguine (1877 – 1878) et La Dame de pique (1890) sur des textes de Pouchkine, et un autre de ses opéras, moins connu, est Mazeppa (1881), adapté d’un poème épique de Pouchkine.

duel onéguineCliquez sur Lenski et Onéguine

L’ami RIMSKI-KORSAKOV a mis en musique Mozart et Salieri (1897), une courte pièce qui fait l’hypothèse que le compositeur SALIERI aurait tué MOZART. C’est de cette pièce de Pouchkine qu’est issu, indirectement, le film Amadeus de Milos FORMAN.

forman amadeusCliquez sur l’image

Rimski-Korsakov a également mis en musique Le Tsar Saltan (1899 – 1900) et Le Coq d’or (1909), d’après des contes écrits par Pouchkine.

rimsky le tsar saltanCliquez sur l’image

Un autre membre du Groupe des cinq, César CUI, a écrit Le Festin en temps de peste (1900) et RACHMANINOV Le Chevalier avare (1904) et Aleko (1892).

rachmaninov alekoCliquez sur l’image

Au XXe siècle, les textes de Pouchkine ont encore inspiré STRAVINSKY avec Mavra (1922) et BRITTEN qui a composé des mélodies pour Galina Vishnevskaïa, la femme de son ami Rostropovitch : The poet’s echo (1965).

briten the poet's echoCliquez sur l’image

Divers, Fantaisie, littérature, Shakespeare, Théâtre

LA VIE EST UN SONGE…

… nous apprenait CALDERON en 1635.

« Life is a dream » told us Calderon in 1635.

a midsummer night dream                                                                          source

Sans surprise, songes et rêves ont inspiré les compositeurs, à commencer par la comédie Le Songe d’une nuit d’été (1595) de SHAKESPEARE, adaptée ou mise en musique par PURCELL (The fairy Queen – 1692), WEBER (Oberon – 1826), Ambroise THOMAS (1850) ou BRITTEN (1960).

A l’époque baroque, on trouve de beaux airs de songe, notamment dans Atys (1676) de LULLY, avec sa belle scène du sommeil. Les songes funestes viennent ensuite le prévenir de ne pas mépriser l’amour de Cybèle.

lully atysCliquez sur l’image

Dans Les Boréades (1763) de RAMEAU, l’héroïne Alphise a fait un songe où le dieu Borée détruisait son royaume. Elle évoque ce rêve dans l’air Songe affreux, image cruelle.

Le XIXe siècle n’est pas avare en songes et en rêves, à commencer par le Freischütz (1821) de WEBER, où Agathe au début de l’acte III chante un rêve funeste qu’elle a eu.

weber fresischutz cavatine d'agatheCliquez sur Agathe

Dix ans après, dans Norma de BELLINI, le général romain Pollione raconte son rêve: son amour à Rome avec sa nouvelle maîtresse était brisé par Norma, son ancienne maîtresse.

En 1864, dans La belle Hélène, OFFENBACH fait chanter Hélène et Pâris qui l’a rejointe dans sa chambre, alors qu’Hélène croit rêver.

offenbach belle helene ce n'est qu'un reveCliquez sur l’image

Et en 1867, dans Roméo et Juliette, GOUNOD fait chanter à Mercutio, l’ami de Roméo l’air de la reine Mab (la reine des songes est la reine des mensonges). Peu après, c’est au tour de Juliette de déclarer vouloir profiter de sa liberté avant ses fiançailles (Je veux vivre dans ce rêve).

Gounod Roméo et Juliette je veux vivre dans ce rêveCliquez sur Juliette

Divers, histoire, littérature, Sciences, Théâtre

DOCTEURS ET MÉDECINS

Si la présence de docteurs et médecins ne manque pas dans l’univers de l’opéra, on verra qu’ils ne sont souvent pas présentés à leur avantage.

Dès l’époque de MOLIÈRE, LULLY a écrit la musique de l’Amour médecin (1665), et quand leur coopération a cessé, c’est Marc Antoine CHARPENTIER (celui du Te Deum de l’Eurovision) qui a écrit la musique du Malade imaginaire (1673).

Charpentier le Malade imaginaireCliquez sur l’image

On peut signaler ici que le personnage de Diafoirus est probablement inspiré par celui de Guy PATIN, célèbre médecin contemporain de Molière. guy patin                                                                           source

Diafoirus a fait une nouvelle apparition dans Qui ? (1931), une opérette du XXe siècle.

ROSSINI fait intervenir dans le Barbier de Séville (1816) le docteur Bartolo, un barbon qui  veut se marier avec sa pupille.

Dans L’Élixir d’amour (1834), DONIZETTI fait intervenir un charlatan, Dulcamara, qui prétend avoir inventé un élixir qui garantit l’amour de la personne aimée.

Charles Gounod a adapté le Médecin malgré lui de Molière.

Cliquez sous l’image

Dans Les Contes d’Hoffmann (1881) d’OFFENBACH, il y a un docteur Miracle qui se propose de guérir Antonia, une cantatrice vouée à la mort si elle chante. Fort amusamment, le Docteur Miracle est aussi une opérette écrite par BIZET en 1856, résultat d’un concours organisé par Offenbach pour trouver de nouveaux compositeurs.

On trouve encore des docteurs dans Iolanta (1892) de TCHAIKOVSKI, où le docteur maure guérit l’héroïne de sa cécité, et dans les deux opéras de BERG : le sergent-major de Wozzeck (1922) et l’inquiétant docteur Schön de Lulu (1935).

Tchaikovski Iolanta air du docteur il y a deux mondesCliquez sur le docteur maure

Dans Tommy (1969) des WHO, un docteur cherche à sortir le héros de son mutisme, sa cécité et sa surdité.

Enfin, signalons le Doctor Atomic (2005), John ADAMS, qui relate la vie du physicien Oppenheimer, le père de la bombe atomique.

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Victor HUGO (1802 – 1885) ET LA MUSIQUE

                                                              (Victor HUGO and opera)

« Défense de déposer de la musique sur mes vers » aurait déclaré Victor HUGO (1802 – 1885).

Son œuvre dramatique a pourtant inspiré bien des compositeurs, puisqu’une centaine d’opéras ont été composés d’après cette œuvre.

VH donc, chef de file du romantisme français, a créé le scandale en 1830 avec son Hernani. Cette pièce sera adaptée à l’opéra par VERDI, avec Ernani (1844). Ce n’est pas la seule adaptation de VH par Verdi puisqu’à partir de la pièce Le Roi s’amuse (1832), il composera Rigoletto en 1851.

Verdi rigoletto La done e mobile

Autre Italien à adapter VH, on peut citer DONIZETTI qui mettra en musique Lucrèce Borgia (1833), avec Lucrezia Borgia, et ce dès 1833, soit l’année même de la création du drame d’Hugo !

Donizetti Lucrezia Borgia Maffio Orsini son ioCliquez sur l’image

VH a participé à la mise en musique de ses œuvres puisqu’il a écrit lui-même en 1836 le livret de La Esmeralda, un opéra composé par Louise BERTIN (notez bien ce nom, il n’y a pas beaucoup de femmes compositrices dans le monde décrit par ce blog). Il s’agit évidemment d’une adaptation de son roman Notre Dame de Paris (1831).

Bertin La Esmeralda air des cloches

C’est ce même livret qui servira à DARGOMIJSKY, un élève de GLINKA pour son Esméralda (1839).

En 1872, c’est MASSENET qui écrit son premier opéra Don César de Bazan, d’après une pièce de DUMANOIR, elle-même bâtie autour d’un des personnages de Ruy Blas (1838). On peut noter que MENDELSSOHN a écrit une ouverture pour Ruy Blas, et ce dès 1839 pour les représentations en allemand de cette pièce.

Mendelssohn Ouverture Ruy BlasCliquez sur l’orchestre

Un peu plus tard, PONCHIELLI adapte Angelo, tyran de Padoue (1835) pour son opéra La Gioconda (1876). On peut voir une adaptation complètement déjantée de la « Danse des heures » de cet opéra dans le dessin animé Fantasia de Walt DISNEY. Cette même année, le Russe César CUI créait son Angelo, opéra également inspiré par Angelo, tyran de Padoue.

Enfin, si on considère que la comédie musicale est l’adaptation du genre opéra à la fin du XXe siècle (i.e. le fait de raconter une histoire en la faisant chanter et danser par ses interprètes), l’œuvre de VH figure toujours en très bonne place, puisque Les Misérables (1980) et Notre-Dame de Paris (1999) sont deux des plus grands succès du genre. On retrouve également Disney dans son dessin animé le Bossu de Notre-Dame, encore une adaptation de Notre-Dame de Paris (même si, de mémoire, VH n’apparaît pas au générique).

Il faut encore noter que, en dehors du champ opératique, de très nombreux poèmes de VH ont été mis en musique, que ce soit par LISZT, GOUNODFAURÉ ou SAINT-SAËNS… ou BRASSENS !

Fauré les DjinnsCliquez sur le chœur

Notamment avec les Orientales (1829) où Hugo nous décrit la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».

Ce thème a particulièrement inspiré Franz LISZT, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles. La quatrième version est le poème symphonique Mazeppa.