Qu’on ne s’y trompe pas, derrière le terme de manipulateurs pervers peuvent se cacher aussi bien des hommes que des femmes, que l’on appelle alors manipulatrices perverses. Il n’y a en effet pas de genre pour tromper les autres, et les conduire par la séduction puis, par l’emprise qu’on a pris sur eux, à agir pour obtenir d’eux la satisfaction de leurs besoins comme l’argent, l’amour ou le pouvoir.
Partant du constat de l’existence de ces personnes, j’ai recherché quels personnages d’opéra peuvent être considérés comme des manipulateurs pervers, ou pervers narcissiques (NP).
Le premier cas qui m’est apparu, immédiatement, est le traître Iago, dans Otello de Verdi (ou celui de Rossini). Ce personnage fourbe, jaloux et ambitieux présente en effet tous les caractères du PN. Furieux contre Otello qui a donné la place qu’il convoitait à Cassio, jaloux de Cassio qui a obtenu cette place, il va, par le mensonge et la tromperie, aiguiser la jalousie d’Otello en lui faisant croire que sa femme Desdémone le trompe avec Cassio. Il fera tant et si bien qu’à la fin, Otello tuera Desdémone, avant de se suicider.
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Un autre personnage très connu peut être rangé dans la catégorie des PN. Il s’agit de la Reine de la nuit dans la Flûte enchantée de Mozart. Cette dame était la fille du grand prêtre d’ISIS qui, à sa mort, lui a légué tous ses biens, sauf le Cercle solaire réservé aux initiés, qu’il a confié à Zarastro, son successeur. Voulant le récupérer, ainsi que le pouvoir qui va avec, elle va pousser sa propre fille Pamina à tuer Zarastro, l’empêchant de vivre son amour avec Tamino, et prête à la sacrifier si sa fille ne l’aide pas dans sa folle quête pour le pouvoir. La manipulation atteint son point culminant dans cet air de folie destructrice qu’est « Der holle Rache », le deuxième grand air de la Reine de la Nuit.
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Un peu moins caractéristique est l’attitude de la déesse Cybèle, dans Atys de Lully. Et pourtant. Cybèle profite de son statut de déesse pour faire nommer grand Sacrificateur Atys, qu’elle aime en secret. Ensuite, elle plonge Atys dans un sommeil artificiel pour lui faire comprendre, en songe, son amour pour lui, et les dangers qu’il y aurait à ne pas répondre à cet amour. Quand Atys se sert de sa charge de grand Sacrificateur pour empêcher le mariage entre Sangaride, qu’il aime malgré tout, et Célénus, le roi de Phrygie, la fureur de Cybèle devient alors telle qu’elle rend Atys fou, lui présentant Sangaride comme une bête sauvage, qu’il tue. À son réveil, il comprend l’horreur de son geste et se plonge le poignard dans le cœur. Cybèle le transforme alors en pin, forme sous laquelle elle pourra l’aimer à jamais. Alors PN ou pas PN, qu’en pensez-vous ?
Que penser également de Lady Macbeth dans le Macbeth de Verdi ? Suite à une prédiction faite à son mari, elle pousse celui-ci à tuer le roi pour prendre sa place, puis devant l’hésitation de Macbeth, elle s’occupe elle-même de la triste besogne, et décide de supprimer tous ceux qui pourraient leur retirer le trône. Le caractère manipulateur n’est cependant pas vraiment affirmé chez elle.
Tout autre est Scarpia dans Tosca de Puccini. Scarpia est le chef de la police romaine pendant l’occupation napoléonienne. Il convoite la cantatrice Floria Tosca, amante du peintre Cavaradossi. Quand il se rend compte que Cavaradossi a probablement aidé un prisonnier politique en fuite, il fait enlever le peintre, fait venir la chanteuse, et l’oblige à écouter les cris de son amant torturé pour parvenir à ses fins sur elle. Il va jusqu’à lui faire croire que si elle cède à ses avances, son amant sera libre, alors qu’en fait, il a déjà signé sa condamnation à mort.
Le dernier exemple d’emprise maléfique sera emprunté à Henry James et sa nouvelle the Turn of the Screw (le Tour d’écrou), si brillamment mise en musique par Brritten. Mais là, Peter Quint, l’ancien majordome manipulateur qui prenait des libertés avec le jeune Miles et a séduit Miss Jessel, l’ancienne gouvernante de deux enfants avant de la faire mourir. Dès lors, les deux fantômes n’auront de cesse que de terminer leur travail démonique, en essayant d’attirer à eux les deux enfants.
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