littérature, Mes opéras préférés, Mythologie, Théâtre

ELEKTRA, de STRAUSS (1907 – 1908)

Premier des opéras de Richard STRAUSS sur un livret de Hugo von HOFMANNSTHAL, Elektra a été composé en 1908, d’après la tragédie de SOPHOCLE, et créé à Dresde en 1909. C’est, aussitôt après Salomé (créé en 1905), le deuxième opéra mettant en scène une femme quasi hystérique, et la danse finale d’Elektra n’est pas sans rappeler la « danse des sept voiles » de Salomé. Le rôle-titre est souvent considéré comme un des plus éprouvants (pour la chanteuse) du répertoire, dans son post-wagnérisme apocalyptique.

Cette œuvre ne comporte qu’un acte.

Le pitch : Après le meurtre d’Agamemnon par sa femme Clytemnestre, Électre, sa fille, n’aspire qu’à la vengeance de la mort de son père. Au retour de son frère Oreste, elle pousse celui-ci à accomplir leur vengeance commune.

Argument : Dans son palais à Mycènes, les servantes commentent l’attitude d’Électre, enfermée dans sa solitude.

Strauss Elektra AlleinCliquez sur Électre

Chrysothémis, la sœur d’Électre, vient la prévenir que Clytemnestre et son amant Egisthe veulent la jeter au cachot. Elle lui demande de renoncer à sa vengeance et de reprendre une vie normale. Électre s’enfuit alors qu’arrive la reine.

Clytemnestre paraît, hantée par son crime qui l’empêche de dormir. Elle demande à sa fille comment elle pourrait retrouver le sommeil. Électre lui suggère un sacrifice, le sien propre, de la main de son fils Oreste. Emportée par son désir de vengeance, Électre va jusqu’à lui annoncer sa mort, tuée par la hache même qui a servi à assassiner Agamemnon.

Strauss Elektra ClytemnestreCliquez sur Électre et Clytemnestre

Une servante les interrompt pour glisser un mot à l’oreille de Clytemnestre. Celle-ci éclate d’un mauvais rire, et entre dans le palais, laissant Électre dans l’expectative.

Clytemnestre ressort du palais, annonçant la mort d’Oreste. D’abord incrédule, Électre décide d’accomplir elle-même sa vengeance avec l’aide de sa sœur. Mais, Chrysothémis refusant un tel acte, elle se rend compte qu’elle devra le faire seule.

Un étranger arrive, qui cherche à parler à Clytemnestre. Électre lui dit qui elle est. L’étranger lui révèle alors qu’Oreste n’est pas mort.

Des serviteurs, qui ont reconnu l’étranger, se jettent à ses pieds. Électre reconnaît alors son frère Oreste.

Strauss Elektra OresteCliquez sur Oreste

Leurs retrouvailles, sur fond de désir de venger leur père, sont interrompues par le précepteur d’Oreste, qui vient lui dire qu’il est l’heure. Il entre alors au palais, laissant seul Électre. On entend à l’intérieur un cri de Clytemnestre. Électre incite Oreste à frapper encore.

Egisthe arrive à son tour. Comme il entre dans le palais, il est frappé à son tour par Oreste. Chrysothémis sort du palais et raconte à Électre le double meurtre qui vient d’avoir lieu, mais Électre, vengée, n’est déjà plus là, elle danse jusqu’à ce qu’elle tombe morte au sol.

Oreste quitte le palais, seul et en silence.

Strauss Elektra FinalCliquez sur Électre

(Source principale : les notes de Patrice CHÉREAU pour sa mise en scène du festival d’Aix en 2013 [et le DVD de ce spectacle].)

Agenda Ironique, Compositrices, littérature, Mes opéras préférés, Théâtre

LES MAMELLES DE TIRÉSIAS, D’APOLLINAIRE (1917)

Cet article s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de mars 2021, hébergé par Joséphine LANESEM sur son blog « Nervures et entailles« . Le thème en est : « Nous sommes le courage l’une de l’autre« . Quelques règles stylistiques : une ou plusieurs amphores anaphores, et quelques chiasmes; et glisser « Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie » serait bien vu ».

Les Mamelles de Tirésias est un drame surréaliste de Guillaume APOLLINAIRE qui date de ses jeunes années (en 1903, Guillaume avait 23 ans) et achevé en 1916. La première représentation a eu lieu en 1917, et c’est pour cette œuvre qu’il a inventé le mot surréaliste, terme qui sera emprunté plus tard par André BRETON et sa bande.

Dans le domaine de la musique, on connaît (ou pas) l’adaptation musicale faite par Francis POULENC, mais on ignore assez généralement que la création de 1917 s’est faite avec une musique de scène de Germaine ALBERT-BIROT. Germaine Albert-Birot (1877 – 1931), née Germaine Reynaud d’Arc de Surville, fait partie de ces compositrices totalement méconnues, que l’on confond souvent avec son mari. Elle semble n’exister sur le net que dans les articles consacrés à Pierre Albert-Birot, et ne figure pas (encore) dans CLARA, le répertoire des compositrices.

Albert-Birot les Mamelles de Tirésias

Le pitch : Thérèse, refusant le rôle de procréatrice que lui assignent les hommes, se métamorphose en homme et prend le nom de Tirésias (du nom de Tirésias, dont Ovide nous relate les aventures dans le livre 3 de ses Métamorphoses [cf. ci-dessous]). Dès lors, c’est un homme, le mari de Thérèse/Tirésias, qui portera les enfants. On assiste donc à un entrelacement femme/homme – homme/femme, où les maris/femmes femmes/maris ne sont pas le courage l’une de l’autre (sauf à la fin 😉).

(On dit que Jupiter prétendait que les femmes connaissaient plus de jouissance que les hommes durant l’amour, et Junon prétendait le contraire. Ils ont fait appel au devin Tirésias qui, ayant été transformé en femme pendant sept ans, était seul à même de répondre à cette question. Tirésias ayant pris le parti de Jupiter, Junon furieuse le rendit aveugle, mais Jupiter amoindrit la peine en lui accordant le don de connaître l’avenir.)

Ce thème « Faites des enfants » qui revient tout au long de la pièce est une véritable anaphore, puisqu’on pourrait la résumer ainsi, du prologue : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère », au final : « Écoutez, ô Français les leçons de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère, cher public faites des enfants ».

Francis Poulenc a assisté à la création de 1917, et est resté très fidèle à la pièce dans son adaptation. L’idée de prendre les Mamelles de Tirésias comme sujet de son premier opéra lui vient dès 1938. Il achève sa partition en 1945, mais l’œuvre ne sera créée qu’en 1947, le temps pour Poulenc de trouver la chanteuse idéale (Denise DUVAL). Les Mamelles de Poulenc étaient une de ses œuvres favorites.


Prologue : Le directeur du théâtre annonce le sujet de l’opéra : le problème de la dépopulation. « Écoutez, ô Français, la leçon de la guerre, et faites des enfants, vous qui n’en faisiez guère. »

Poulenc Les Mamelles de Tirésias PrologueCliquez sur le prologue

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Pardonnez moi cher publicCliquez sur le prologue et le début du 1er acte

Acte I : L’action se passe dans un Zanzibar d’opérette. Thérèse, une féministe, refuse le rôle de procréatrice que veulent lui imposer les hommes, et réclame de pouvoir être, soldat, artiste, députée, sénatrice, ministre, et même directrice de la chose publique (en latin, la Res Publica).

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Non monsieur mon mariCliquez sur Francis Poulenc et Denise Duval

Elle se transforme en homme en faisant exploser ses mamelles. À son mari qui arrive, elle annonce qu’elle n’est plus sa femme et qu’elle a masculinisé son nom en Tirésias. Le Mari apparaît « habillé en femme et les mains ligotées. » Il se fait courtiser par le Gendarme à qui il/elle plaît bien. Dès lors, il ôte ses vêtements de femme et annonce que puisque la femme ne veut plus faire d’enfants, il les fera tout seul !

Entr’acte : Les choristes : « Voyez l’impondérable ardeur naître du changement de sexes », alors qu’un chœur de nouveau-nés se fait entendre à l’orchestre.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias EntracteCliquez sur l’entracte

Acte II : Le même jour, au même endroit. La scène est encombrée de berceaux et le Mari est fier de sa nombreuse progéniture (40049 enfants). Un Journaliste parisien vient l’interviewer pour connaître son secret, mais il se fait chasser. Le Mari veut faire d’un des fils un journaliste, mais vite celui-ci veut le faire chanter pour avoir un peu d’argent de poche.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias Mon cher Papa si vous voulez savoirCliquez sur l’image

Le Gendarme survient et lui reproche d’affamer la population de Zanzibar avec ses 40049 enfants. Le Mari conseille alors d’acheter des cartes de rationnement chez la Cartomancienne. Celle-ci arrive et glorifie la procréation, la véritable source de richesses. Le Gendarme veut l’arrêter, mais elle l’étrangle. Le Mari reconnaît sa femme Thérèse sous les voiles de la Cartomancienne et ils retombent amoureux l’un de l’autre, tandis que le Gendarme ressuscite.

Poulenc Les Mamelles de Tirésias FinalCliquez sur le final

Retrouvez ma participation à l’A.I. d’avril ici : Cause toujours, tu m’intéresses.

Écrivains, littérature, Mythologie, Théâtre

LES TRAGIQUES GRECS – 2 – SOPHOCLE (- 495, – 406)

Il y a quelque 2500 ans, un trio d’auteurs grecs, SOPHOCLE, EURIPIDE et ESCHYLE, fixait les grands mythes grecs et jetait les bases de la tragédie, creuset de notre culture. La force de ces archétypes est telle qu’ils inspirent toujours les auteurs, comme nous allons le voir.

Sophocle a écrit plus de cent pièces, mais seules huit d’entre elles nous sont parvenues.

Trois d’entre elles font partie de la mythologie associée à la ville de Thèbes (Antigone, Œdipe roi et Œdipe à Colone) et trois autres à la guerre de Troyes (Ajax, Électre, Philoctète).

Antigone (- 441) est certainement la pièce de Sophocle la plus connue de nos jours. Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste (Jocaste étant elle-même la mère d’Œdipe se trouve donc être à la fois la mère et la grand-mère d’Antigone). Elle est aussi la sœur d’Étéocle, Polynice et Ismène. À la mort d’Œdipe, les deux frères Étéocle et Polynice se disputent le trône laissé par leur père, et meurent dans un combat fratricide. Leur oncle Créon ordonne que le corps d’Étéocle ne soit pas enseveli comme le voudrait la loi divine, ce qu’Antigone refuse. Elle se fait surprendre alors qu’elle enterre le corps de son frère, et est condamnée à être emmurée vivante. Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone intervient auprès de son oncle qui se laisse fléchir et gracie Antigone, mais trop tard, Antigone s’est pendue dans la grotte où elle devait être emmurée.

Cette pièce a inspiré de très nombreux artistes, notamment COCTEAU et Anouilh au XXe siècle et a inspiré moult opéras.

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

Dans Œdipe roi, l’action se passe à Thèbes ravagée par la peste. Œdipe, devenu roi, cherche à savoir d’où vient la malédiction qui frappe et sa famille, et Thèbes. Il demande au devin Tirésias, qui refuse de répondre. Devant la colère d’Œdipe, il finit par lui révéler qu’il est à la fois le meurtrier de son père et l’époux de sa mère. Devant cette horrible découverte, il se crève les yeux, et demande à partir en exil, après avoir confié ses filles, Antigone et Ismène, à Créon.

Une adaptation à l’opéra de cette tragédie est Œdipus Rex, de STRAVINKY, sur un livret de Jean Cocteau.

Stravinsky Oedipus rexCliquez sur la toile de Max Ernst

Le troisième volet de la trilogie thébaine est Œdipe à Colone. Après s’être crevé les yeux et avoir quitté Thèbes, Œdipe se trouve à Colone, une ville proche d’Athènes. Seules ses filles le soutiennent tandis qu’il cherche à se disculper. Créon, averti par les dieux que la victoire sera à ceux qui seront avec lui veut le ramener à Thèbes, aidé de ses fils Étéocle et Polynice. Aidé par Thésée, le roi d’Athènes, il se retire dans une cachette où il disparaît, après avoir promis sa protection à Athènes.

Le texte a inspiré plusieurs œuvres, dont un opéra d’Antonio Sacchini datant de 1786 (Œdipe à Colone), ainsi qu’une pièce chorale de Iannis Xenakis, À Colone (1977). Le compositeur roumain ENESCO (1881 – 1955) a écrit un Œdipe (1931) reprenant les deux pièces de Sophocle.

Enescu œdipeCliquez sur l’image

Dans Les Trachiniennes, Sophocle nous raconte la mort d’Héraclès, tué par sa femme Déjanire qui, jalouse, a enduit la tunique de Nessus (un centaure vaincu par Héraclès dans ses douze travaux) du sang de l’hydre de Lerne (un autre monstre tué par Héraclès), pour le rendre fidèle. Malheureusement, c’est en revêtant cette tunique empoisonnée que le héros trouve la mort. Déjanire se tuera quand elle comprendra son erreur. Cette pièce a servi de base à Haendel pour son oratorio Hercules.

La légende de Déjanire a également été portée à l’opéra par Camille SAINT-SAËNS en 1898 aux arènes de Béziers. (Attention, rareté !)

Saint-Saëns DéjanireCliquez sur l’image

La trilogie liée à la guerre de Troie commence avec Ajax (- 445). Ajax veut se venger des Atrides, mais Athéna trouble sa raison, et dans un accès de folie, il massacre du bétail. Revenu à lui, et se rendant compte du ridicule auquel il s’est soumis, il se suicide. Ulysse réussit toutefois à persuader Agamemnon de sa vaillance et lui obtient une sépulture digne.

Vient ensuite Électre (- 415). À Mycènes, Électre attend le retour de son frère Oreste. Quand elle apprend la mort de celui-ci, elle envisage de tuer elle-même Clytemnestre qui avait tué son mari Agamemnon (le père d’Électre). Quand finalement Oreste revient, elle l’exhorte à assassiner leur mère Clytemnestre et son amant Egisthe.

Parmi les nombreuses adaptations de ce drame, on peut noter l’Elektra de Richard STRAUSS.

Strauss ElektraCliquez sur Elektra

Philoctète (- 409). Philoctète est le héros qui a allumé le bûcher d’Héraklès pour mettre fin à ses souffrances, empoisonné par la tunique de Nessus que sa femme Déjanire lui avait envoyée pour le rendre fidèle. En récompense, Héraklès lui légua ses flèches magiques trempées dans le sang de l’hydre de Lerne. Philoctète mordu par un serpent fut laissé seul sur une île. Le jeune Néoptolème, fils d’Achille, est envoyé par Ulysse pour le ramener à Troie, lui et ses précieuses flèches, car un devin a révélé aux Grecs qu’ils ne pourraient prendre la ville de Troie qu’avec l’aide de Philoctète et de ses fameuses flèches. Mais le jeune homme ne peut se résoudre à tromper Philoctète, et lui révèle les desseins d’Ulysse qui voulait récupérer les flèches. Dès lors Philoctète veut reprendre son arc pour tuer ce dernier, et il faut une apparition d’Héraklès pour le convaincre d’aller à Troie, où il sera guéri. Dès lors, c’est avec une de ses flèches qu’il tuera Pâris, mettant ainsi fin à la guerre de Troie.

Le personnage de Philoctète apparaît dans le Déjanire (1898) de Camille SAINT-SAËNS (cf. cidsus)

Il y a encore une œuvre de Sophocle, les Limiers, dont on a retrouvé des fragments au début du XXe siècle. Le sujet traite du vol des troupeaux d’Apollon par Hermès, tout juste né. À la fin, Apollon et Hermès se réconcilient grâce à la lyre de ce dernier.

Cette pièce a inspiré Albert ROUSSEL (1869 – 1937) avec son conte lyrique La Naissance de la lyre, créé en 1925.

Roussel La Naissance de la lyreCliquez sur l’enregistrement historique (1930)

(Source principale : Dictionnaire des personnages, Bouquins Laffont, 1999)

littérature, Oulipo, Poésie

« À UNE DAME CRÉOLE », de BAUDELAIRE

Après La Musique de Charles BAUDELAIRE, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici dans les poèmes de cet auteur.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales que m’inspirent ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc À une dame créole, écrit pour sa maîtresse Jeanne DUVAL.

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Bizet les Pêcheurs de Perles Je crois entendre encore (Alagna)Cliquez sur le ténor

 

Son teint est pâle et chaud; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Rameau Hippolyte et Aricie Que tout soit heureux sous les lois (Diane)Cliquez sur l’image

 

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,

Lully Alceste PrologueCliquez sur Loulou XIV, le Héros de la nymphe de la Seine

 

Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

 

Bizet Carmen ToréadorCliquez sur le toréador

Citations:

Et de palmiers : BIZET, les Pêcheurs de perles, « Je crois entendre encore » (caché sous les palmiers)

comme une chasseresse : RAMEAU, Hippolyte et Aricie. À la fin de cet opéra, Diane la chasseresse se réjouit de ce que tout se termine bien (Que tout heureux sous les lois…)

la Seine : LULLY, Alceste, dans le prologue de cet opéra, la nymphe de la Seine déclare à Louis XIV qu’il est son héros !

grands yeux noirs : Bizet, Carmen, dans l’air Toréador, un œil noir le regarde.

Et en bonus pour ces yeux noirs, une petite surprise :

Point d'interrogationCliquez sur le point d’interrogation pour accéder au bonus surprise

littérature, Mes opéras préférés

DIALOGUES DES CARMÉLITES, de POULENC (1953 – 1955)

Opéra mystique

Dialogue des Carmélites

Bernanos – Poulenc

Dialogues des Carmélites a été écrit par Georges BERNANOS en 1948 pour servir de scénario à un film, d’après une pièce écrite entre les deux guerres par une Allemande, le film ne se fera finalement pas. Bernanos meurt peu de temps après, et le manuscrit reste dans ses papiers. Retrouvé après sa mort, il est adapté pour le théâtre, et créé en Allemagne en 1951. C’est en 1953 que Francis POULENC a l’idée d’en tirer un opéra, qu’il compose de 1953 à 1955. L’œuvre est créée à la Scala de Milan début 1957, avant que d’être créée à Paris quelques mois plus tard.

Le pitch : Pendant la Révolution, une jeune fille de la noblesse s’engage au Carmel. Malgré sa crainte de la mort, elle rejoint ses consœurs à l’échafaud.

Poulenc Dialogue des Carmélites de muntCliquez sur l’image

Premier Tableau : À l’hôtel particulier de la famille de la Force, peu avant la Révolution française. Le fils de la famille, le Chevalier, demande à son père, le marquis de La Force, où est sa sœur Blanche. Le père lui annonce son intention de marier Blanche à un ami du Chevalier, Roger de Damas. Blanche entre à ce moment dans le salon, et dit la crainte quelle vient d’avoir en traversant la foule dans son carrosse, alors que la révolte commence à gronder. Elle sort d’une cérémonie religieuse chez les Sœurs de la Visitation. Elle se retire dans sa chambre. Entendant un cri, le Baron va voir ce qui se passe. Blanche lui annonce son intention d’entrer au Carmel.

Deuxième Tableau : Quelques semaines plus tard, au parloir du Carmel de Compiègne, la supérieure interroge Blanche sur ses motivations à entrer au couvent. Elle lui explique que la règle des religieuses est de prier pour les autres. Elle demande à Blanche si elle a choisi son nom de carmélite. Blanche répond : sœur Blanche de l’Agonie du Christ. Quelque temps plus tard, Blanche est reçue comme postulante. Elle discute avec sœur Constance à qui elle reproche de trouver la vie amusante. Sœur Constance lui révèle qu’elle a le pressentiment que leurs destins sont liés, et qu’elles mourront ensemble.

À l’infirmerie, Mère Marie et le médecin sont au chevet de la Prieure, qui se meurt. La prieure recommande Blanche à mère Marie, et lui dit qu’elle a choisi Blanche, à cause de son nom de carmélite qui est celui qu’elle-même avait choisi en entrant dans les ordres. Quand commencent les râles de l’agonie, Blanche, attirée par les cris, se dirige vers l’infirmerie. La prieure lui demande de s’approcher et lui réserve ses derniers mots, lui confiant sa peur de mourir. Plus tard, la Prieure morte, les religieuses doivent veiller le corps. À un moment, restée seule, Blanche s’enfuit. mère Marie, qui était à la porte, la gronde pour son manque de courage, avant de la consoler.

Troisième Tableau : Blanche et sœur Constance tressent une croix de fleurs pour la tombe de la Prieure. Elles parlent de leur conception de la mort.

Poulenc Dialogue des Carmélites Pensez à la mort de notre chère MèreCliquez sur Sœur Constance

La nouvelle Prieure a été nommée. Ce n’est pas mère Marie, mais sœur Marie de Saint-Augustin, une fille de fermiers qui s’exprime en proverbes et en citations, avec un gros bon sens populaire.

Poulenc Dialogue des Carmélites Mes chères fillesCliquez sur la mère supérieure

Elle a reçu une lettre de son évêque, qui demande que les postulantes reçoivent le voile. Mère Marie pense que c’est trop tôt pour Blanche, mais la Prieure insiste pour que l’on obéisse à l’évêque. (Suit la scène, muette, de la prise de voile).

Poulenc Dialogue des Carmélites METCliquez sur l’image

Au parloir, un délégué de la municipalité et le notaire du couvent vont faire l’inventaire des biens de la communauté, qui doivent être remis à disposition de la Nation. Après cet inventaire, les sœurs discutent de leur avenir. On voit que les idées de la révolution ont pénétré au sein du Carmel, entre les filles de paysans, de bourgeois, et de la noblesse.

Le Chevalier vient chercher Blanche, pour la faire partir à l’étranger, sur ordre de leur père. Blanche refuse de quitter le Carmel.

Poulenc Dialogue des Carmélites Oh ne me quittez pasCliquez sur Blanche et le Chevalier

Des citoyens viennent fouiller le couvent, à la recherche d’or, ou de « jeunes filles séquestrées par leur famille ». Mère Marie tient tête au commissaire qui voudrait faire sortir Blanche du couvent.

Quatrième Tableau : La prieure lit devant l’assemblée le décret suspendant les vœux des sœurs. Blanche souhaite néanmoins prononcer ses vœux en secret, mais la Prieure refuse.

Les révolutionnaires entrent dans le couvent et pillent les objets sacrés. La prieure convoque Blanche pour l’inciter à quitter le couvent, craignant que son manque de courage ne lui permette d’affronter la situation, mais Blanche refuse encore.

Le jour du Vendredi saint, l’aumônier arrive pour célébrer une messe clandestine, et annonce qu’il reviendra pour Pâques. Le jour de Pâques, l’aumônier ne vient pas. S’ensuit une discussion sur la peur et le courage. Mère Marie suggère que, pour compenser l’absence du prêtre, les sœurs donnent leur vie en martyre. La prieure déclare que c’est à chacune de se prononcer sur le martyre. Suit une discussion sur l’attitude que chacune imagine tenir face à ce martyre à venir. Seule Blanche, effrayée et en retrait, ne participe pas. Au-dehors, on entend le bruit des trompettes et des canons. L’aumônier, en fuite, entre, les bénit, et franchit le mur pour se cacher. La foule entre, et on lit le décret d’expulsion qui frappe les religieux et les religieuses, leurs biens devant être mises en vente au profit de la Nation.

Mère Marie demande aux sœurs de se prononcer par vote sur l’adoption du martyre. On craint que seule Blanche ne vote contre. Finalement, seule sœur Constance a voté contre, pour ne pas abandonner Blanche, mais elle change finalement son vote pour qu’il y ait unanimité. Blanche s’enfuit.

Cinquième tableau : À l’Hôtel de la Force arrive un sans-culotte. C’est l’ancien cocher qui vient prévenir Blanche que son père a été arrêté et qu’il faut aller le délivrer.

À la Conciergerie, les révolutionnaires surveillent les nobles enfermés. On appelle le Marquis de la Force. Le cocher est venu avec Blanche expliquer comment les révolutionnaires ont libéré Blanche du couvent où son père l’avait fait enfermer. Blanche remercie ses libérateurs. Blanche et son père sont relâchés par le tribunal.

Retour chez les religieuses, qui ont également été « libérées » par les révolutionnaires, rendues à la vie civile. L’aumônier informe la Prieure et mère Marie que le marquis de la Force a été guillotiné. Mère Marie décide d’aller chercher Blanche pour la reconduire à Compiègne.

À l’Hôtel de la Force, mère Marie et Blanche ont une conversation sur la peur et sur le mépris de soi-même. On vient chercher Blanche pour faire les courses. À son retour, elle croise dans la rue des révolutionnaires portant une tête sur une pique. Elle se réfugie derrière une porte cochère avec d’autres passants. Une vieille dame qui est là lui apprend qu’à Compiègne, ils ont arrêté les religieuses du Carmel. Tremblante, Blanche va retrouver mère Marie pour lui donner la nouvelle. Celle-ci dit qu’il faut aller les rejoindre, mais Blanche s’enfuit à nouveau.

À la prison, les sœurs sont rassemblées. Elles discutent de l’attitude à tenir devant le  tribunal. La prieure dit qu’elle les représentera toutes. Quelqu’un évoque le cas de Blanche, et sœur Constance dit qu’elle est persuadée que celle-ci reviendra, à cause de son pressentiment.

Le tribunal les a toutes condamnées, y compris mère Marie par contumace. Les sœurs s’avancent une à une vers l’échafaud, chantant le « Salve Regina » puis le « Veni Creator ». Au fur et à mesure qu’on entend le couperet tomber, le chant se fait plus ténu. Quand il n’en reste plus qu’une, une nouvelle voix se fait entendre, et on voit Blanche s’avancer vers l’échafaud. Soudain, sa voix se tait, comme l’ont fait les autres.

Poulenc Dialogue des Carmélites Salve ReginaCliquez sur l’image

Fables de la Fontaine, littérature, Oulipo, Poésie

« LE CORBEAU ET LE RENARD », de La Fontaine

Après Le Loup et l’Agneau, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine, dont on célèbre cette année le 400e anniversaire de la naissance. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre des substantifs de ce poème par des citations musicales que m’évoque ce substantif.)

Aujourd’hui, un classique des classiques, le Corbeau et le Renard.

Maître Corbeau, sur un arbre perché,

Tenait en son bec un fromage.

rabier-wachkyrieCliquez sur la Vache qui rit

Maître Renard, par l’odeur alléché,

Janacek la petite renarde rusée Acte II scène IICliquez sur le renard et la renarde

Lui tint à peu près ce langage :

« Hé, bonjour, Monsieur du Corbeau.

Que vous êtes joli, que vous me semblez beau!

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumage,

Flûte enchantée Papageno PapagenaCliquez sur Papageno et Papagena

Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »

À ces mots, le Corbeau ne se sent plus de joie;

Et pour montrer sa belle voix,

Donizetti L'Élixir d'amour Une furtiva lagrima (Caruso)Cliquez sur le ténor

Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.

Le renard s’en saisit et dit : « Mon bon Monsieur,

Apprenez que tout flatteur

Vit aux dépens de celui qui l’écoute :

Lully Atys PrologueCliquez sur le prologue d’Atys ou Louis XIV est comparé à un dieu !

Cette leçon vaut bien un fromage , sans doute. »

Le corbeau, honteux et confus,

Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Citations :

un fromage : WAGNER, la Walkyrie, Chevauchée des Walkyries.

Maître Renard : JANACEK, La petite Renarde rusée.

votre plumage : MOZART La Flûte enchantée, duo de Papageno et Papagena

sa belle voix : DONIZETTI, l’Élixir d’amour, Una furtiva lagrima interprété par Enrico CARUSO (mort il y a cent ans en 1921).

tout flatteur : LULLY, prologue d’Atys, tout à la gloire de Loulou XIV, comparé dans ce prologue à un dieu.

littérature, Mythologie, Théâtre

ANTIGONE

Antigone est certainement la pièce de SOPHOCLE la plus connue de nos jours. Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste (Jocaste étant elle-même la mère d’Œdipe se trouve donc être à la fois la mère et la grand-mère d’Antigone). Elle est aussi la sœur d’Étéocle, Polynice et Ismène. À la mort d’Œdipe, les deux frères Étéocle et Polynice se disputent le trône laissé par leur père, et meurent dans un combat fratricide. Leur oncle Créon ordonne que le corps d’Étéocle ne soit pas enseveli comme le voudrait la loi divine, ce qu’Antigone, partagée entre la loi humaine et la loi divine, refuse. Elle se fait surprendre alors qu’elle enterre le corps de son frère, et est condamnée à être emmurée vivante. Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone intervient auprès de son oncle qui se laisse fléchir et gracie Antigone, mais trop tard, Antigone s’est pendue dans la grotte où elle devait être emmurée.

Cette pièce a inspiré de très nombreux dramaturges, dont Jean Racine dans la Thébaïde (1664) et jusqu’à Jean COCTEAU et Jean Anouilh ou Bertold Brecht au XXe siècle et a suscité moult opéras.

C’est ainsi qu’on peut noter un certain nombre d’opéras baroques, dont l’Antigona de Traetta (1772),

Traetta Antigona Piangi, o TebeCliquez sur l’image

une musique de scène de MENDELSSOHN pour la pièce de Sophocle,

Mendelssohn AntigoneCliquez sur l’image

une musique de scène de SAINT-SAËNS pour la pièce de Sophocle,

la tragédie musicale de HONEGGER sur un livret de Cocteau,

Honegger Cocteau AntigoneCliquez sur l’image

La trilogie d’Antigone de RAITIO (1922)

Raitio Antigone TrilogyCliquez sur l’image

la Sinfonia de Antigona de Carlos CHAVEZ (1933)

Chavez Sinfonia de AntigonaCliquez sur l’image

ou encore l’Antigonae (1949) de Karl ORFF (oui, celui des Carmina Burana)

Orff AntigonaeCliquez sur Antigone

et jusqu’à l’Antigone d’Ezra Donner

Ezra Donner Antigone PrologueCliquez sur l’image

Sophocle est revenu à la fin de sa vie sur le personnage d’Antigone dans son Œdipe à Colone, un prequel d’Antigone. Cette pièce représente l’arrivée d’Œdipe à Colone, une ville proche d’Athènes. Il s’est crevé les yeux après avoir découvert l’épouvante de son forfait et est rejeté de tous. Seules ses filles le soutiennent alors qu’il cherche à se disculper. Créon veut s’emparer de lui et de ses filles. Aidé par Thésée, le roi d’Athènes, il se retire dans une cachette.

Ce texte a inspiré plusieurs œuvres, dont un opéra de SACCHINI Œdipe à Colone (1786),

Sacchini Oedipe à Colone Trio de l'acte IIICliquez sur l’image

une musique de scène de Mendelssohn.

Mendelssohn Oedipus in KolonosCliquez sur le chœur

Antigone apparaît dans l’opéra Œdipe (1931) d’ENESCO.

Enesco Oedipe Gloire au roi des Thébaisn acte IICliquez sur l’image

ainsi qu’une pièce chorale de XENAKIS, À Colone (1977).

Voir ici le billet consacré au mythe d’Œdipe.

Cinéma, littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« APPARITION », de Stéphane MALLARMÉ

Après Victorieusement fui le suicide beau de MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, ce sera Apparition, un poème de jeunesse :

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs

Tchaïkovski Hymn of the CherubimCliquez sur les Chérubins (désolé, je n’ai pas trouvé de séraphins)

Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots
glissant sur l’azur des corolles.

Marais (Sainte-Colombe) les Pleurs SavallCliquez sur les Pleurs de la viole de M. de Sainte-Colombe


— C’était le jour béni de ton premier baiser.

Gounod Roméo et Juliette Ange adorableCliquez sur Juliette et Roméo qui vont échanger leur premier baiser

Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse


La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue

Donizetti l'Élixir d'amour quanto e bellaCliquez sur Nemorino découvrant sa belle au soleil de midi


Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Massenet Cendrillon (MET 2018)Cliquez sur la Fée

Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

Citations musicales :

Des séraphins en pleurs : Hymne des Chérubins de TCHAÏKOVSKI.

… de mourantes violes De blancs sanglots… : Marin MARAIS les Pleurs, tirés du film Tous les matins du monde d’Alain CORNEAU.

Le jour béni de ton premier baiser : Duo « Ange adorable » extrait du Roméo et Juliette de GOUNOD.

Du soleil aux cheveux : Au début de l’Élixir d’amour de DONIZETTI, le héros chante son amour pour sa belle sous la chaleur du soleil de midi en été.

La fée au chapeau de clarté : La fée, la marraine de Cendrillon, dans l’opéra du même nom de MASSENET.

Agenda Ironique, Bande dessinée, Mes opéras préférés

GLORIANA, de BRITTEN (1953)

Gloriana est un opéra écrit par Benjamin BRITTEN en 1953, pour les célébrations du couronnement de la reine Elizabeth II. Son sujet avait déjà été traité par DONIZETTI plus d’un siècle plus tôt, dans son Roberto Devereux (1837).

Britten Gloriana PremièreCliquez sur la reine Elizabeth (II) à la première de Gloriana

Ce billet s’inscrit dans le cadre de l’Agenda Ironique de décembre 2020, piloté de main de maître par « Le retour du Flying Bum« . Le thème, très général, est un retour sur l’Annus Horribilis de la reine Elizabeth II, 2020 pouvant être considéré comme une année particulièrement horrible ! Les participants devront utiliser au moins une fois le mot « régionalisme », au moins une expression ou locution régionale et un juron régional.

Je savais depuis longtemps que Britten avait écrit cet opéra, mais devant le caractère pompeux, voire pompier de la commande, j’avais jusqu’ici différé le moment de le regarder, craignant qu’il ne s’agisse ici d’un opus horribilis, malgré l’admiration profonde que j’ai pour Britten. En fait, ça va comme on dit par chez nous, vous pouvez y aller (si vous en avez l’occasion, car c’est loin d’être l’opéra le plus joué de ce compositeur.) On peut toutefois considérer que dans sa carrière musicale presque sans faute, il s’agisse là d’un régionalisme difficilement exportable hors des îles britanniques. 1953, c’est l’année où E.P. JACOBS commence un de ses chefs-d’œuvre, la Marque jaune. On sait que Blake et Mortimer, anoblis par la reine pour services rendus à la patrie, étaient présents à la création de Gloriana. À la sortie, Blake s’est même exclamé, « By Jove, c’est trop bien ! »

Le pitch : Robert Devereux (Lord Essex) et Lord Mountjoy se disputent les faveurs de la reine Elizabeth I. Celle-ci a un faible pour Essex. Mais Essex, ambitieux et fougueux est accusé de trahison par ses ennemis, qui convainquent la Reine de le condamner à mort.

Acte I : À l’issue d’un tournoi (que l’on ne voit pas), Mountjoy est récompensé par la reine, suscitant l’ire et la jalousie d’Essex. Ils se battent en duel et Mountjoy blesse Essex. La reine arrive et leur rappelle qu’il est interdit de se battre à la Cour. Elle leur demande de se réconcilier. La foule acclame Elizabeth.

Britten Gloriana Long may she keep this realmCliquez sur Elizabeth (I)

Britten Gloriana Acte I scène I (fin)Cliquez sur royal carrosse

La reine s’entretient avec Robert Cecil, son conseiller, de la rivalité qui oppose Mountjoy et Essex. Elle admire ce dernier, mais Cecil la met en garde. Il prévient que l’armada espagnole menace la Grande-Bretagne. Essex survient. À la demande de la reine, il chante pour la distraire la reine, avant que de lui demander à être envoyé en Irlande pour mater la rébellion qui s’y trame.

Britten Gloriana The Lute SongCliquez sur Essex

Elizabeth demande à réfléchir. Restée seule, elle prie Dieu de lui donner la force d’être une bonne reine.

Acte II : La reine assiste à un masque* donné sur le thème du Temps et de l’Harmonie.

Essex, sa sœur Lady Rich, Lord Mountjoy et la femme d’Essex, Frances, discutent. Essex se plaint de ce que la reine ne veut pas le laisser partir en Irlande. Ils voudraient prendre plus de pouvoir alors que la reine vieillit. Frances leur recommande d’être prudents.

Lors d’un bal à la cour, la femme d’Essex porte une robe magnifique. La reine entre et fait jouer une danse énergique aux musiciens, puis elle demande aux femmes de sortir changer de tenue.

Britten Gloriana Choral Dances (acte II scène III)Cliquez sur Benjamin Britten

Lady Essex change de robe et revient en se plaignant qu’on ait volé sa robe. La reine apparaît, portant la robe volée, ce qui cause la colère d’Essex.

Elizabeth entre à nouveau et donne son accord pour envoyer Essex en Irlande.

Acte III : Dans les appartements de la reine, les servantes parlent du manque de réussite d’Essex face à la rébellion irlandaise. Essex arrive et exige de parler immédiatement à la reine. La reine s’agace en l’écoutant se plaindre de ses ennemis à la cour. Il sort et les servantes habillent la reine. Sir Cecil entre et la met en garde contre le comportement d’Essex, de plus en plus insubordonné.

Dans une rue de Londres, on entend un chanteur de rue décrire l’insubordination d’Essex. Le crieur public annonce qu’il a été déclaré traître !

La garde rapprochée de la reine essaie de la convaincre de signer la condamnation à mort d’Essex. Elizabeth hésite à cause de l’affection qu’elle garde pour lui. Lord Mountjoy, lady Rich et lady Essex viennent demander la grâce d’Essex. La reine leur répond avec sympathie, mais lady Rich la met en colère en lui disant qu’au fond, elle a besoin d’Essex pour bien régner. La reine signe la condamnation d’Essex.

Restée seule, elle songe à sa relation avec Essex, et qu’il lui faut maintenant désigner un successeur au trône, avant une mort qu’elle sent prochaine.

Britten Gloriana Act III scene III conclusionCliquez sur Elizabeth (I)

(Source principale : le DVD de la production du Royal Opera House de 2013, paru chez Opus Arte)

Retrouvez ici une autre participation à l’Agenda Ironique.

* le masque élisabéthain est une forme de spectacle mêlant musique, chant et danse, auquel participaient les membres de la cour.

Écrivains, littérature, Mythologie, Théâtre

LES TRAGIQUES GRECS – 3 – EURIPIDE (- 480 , – 403)

EURIPIDE (- 480, – 403) fait partie, avec ESCHYLE et SOPHOCLE de ceux qu’on appelle les tragiques Grecs. On connaît peu de choses fiables de sa vie, mais il semble qu’il ait été ami avec SOCRATE. Les tragédies grecques portaient sur les récits mythologiques de l’époque, que ce soit la Guerre de Troie ou le destin des Atrides.

Historiquement, l’opéra cherchant à retrouver l’art de la tragédie grecque, il n’est pas surprenant que les pièces d’Euripide aient fait l’objet d’adaptations musicales, et ce plus de 2 000 ans après leur écriture !

Parmi ses tragédies ayant inspiré les compositeurs, on peut noter :

Andromaque. Andromaque est l’épouse d’Hector, le prince troyen, et est un modèle de l’époque fidèle. Sa descendance littéraire est due à Racine, qui a écrit son Andromaque en adaptant la pièce d’Euripide. Parmi les œuvres lyriques inspirées par la tragédie de Racine, on peut citer :

  • Andromaque, une tragédie lyrique de GRÉTRY représentée en 1780.
  • Andromaca, un opéra de Giovanni PAÏSIELLO de 1797
  • Ermione, un opéra de ROSSINI créé en 1819.
  • et Andromaque, une musique de scène de SAINT-SAËNS datant de 1903.

Grétry Andromaque Murs sacrésCliquez sur Andromaque

Iphigénie à Aulis qui est comme pour Andromaque la source de l’Iphigénie de Racine, dont GLUCK s’est servi pour son Iphigénie en Aulide (1774). Iphigénie est la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, et la sœur d’Électre et d’Oreste (et de Chrysothémis, moins connue).

Gluck Iphigénie en AulideCliquez sur Iphigénie

Électre est la fille d’Agamemnon et de Clytemnestre, et la sœur d’Iphigénie et d’Oreste. C’est elle qui pousse Oreste à tuer leur mère pour venger le meurtre d’Agamemnon. Son histoire a inspiré un grand nombre d’œuvres dont :

Elektra, opéra de Richard STRAUSS (1909) (son librettiste HOFMANNSTHAL s’est en fait plutôt servi de l’Électre de Sophocle).

Electra, opéra en deux actes de Mikis THEODORAKIS (1993).

Théodorakis ElectraCliquez sur Électre

Oreste, dont HAENDEL a tiré l’opéra Oreste (1737).

Haendel OresteCliquez sur l’image

Iphigénie en Tauride qui a inspiré Campra (1704), Iphigénie en Tauride de Gluck (1779) et son rival PICCINNI (1781) en France et de nombreux autres opéras en Italie (GALUPPI en 1768, JOMMELLI en 1771).

Alceste qui a inspiré LULLY et l’Alceste de Gluck. Alceste, épouse du roi Admète, se sacrifie pour prendre la place de son mari aux Enfers. Héraclès, amoureux d’elle, va la rechercher et la rend à son mari.

Gluck Alceste finalCliquez sur Alceste

Médée. Médée, fille du roi de Colchide, tombe amoureuse de Jason venu chercher la Toison d’Or. Elle propose de l’aider dans les tâches imposées par son père pour conquérir ladite toison. Elle quitte la Colchide avec Jason, mais un peu plus tard, Jason tombe amoureux d’une autre. Prise de folie meurtrière, elle sacrifie les deux enfants qu’elle a eus avec Jason. (Je vous le fais simple, mais toute son histoire est jalonnée de meurtres horribles).

L’histoire de cette mère infanticide est de loin celle qui a le plus été représentée sur les scènes lyriques, avec notamment la Médée de Charpentier (1693), celle de Cherubini (1797), la Suite pour orchestre de d’Indy (1898), un opéra de Milhaud (1939), un de Barber (1946), un de Theodorakis (1991) jusqu’à Dusapin (1992) et Reverdy (2003).

Charpentier Médée Noires DivinitésCliquez sur l’image

Et enfin Hippolyte qui a donné Hippolyte et Aricie de RAMEAU.

Hippolyte est le fils de Thésée et de la reine des Amazones (rien à voir avec une entreprise multinationale dont le but est de supprimer le maximum d’emplois à valeur ajoutée partout à travers le monde pour les remplacer par des emplois à très faible valeur ajoutée, au niveau mondial, on estime que cette entreprise crée un emploi chaque fois qu’il en supprime 2,5 ailleurs.) Quand plus tard, Thésée se remarie avec Phèdre, celle-ci tombe amoureuse de son beau-fils Hippolyte, et ça se passe très mal !

Rameau Hippolyte et Aricie Trio des Parques (Quelle soudaine horreur)Cliquez sur le Trio des Parques (et tremblez)

Retrouvez prochainement sur ce blog des articles consacrés aux petits camarades d’Euripide : Sophocle et Eschyle.