Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 31 août au 6 septembre 2020.
Le programme de cette semaine est consacré à des opéras français, de BERLIOZ, BIZET, GOUNOD et MASSENET.
(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)
Après L’albatros, écrit par Charles BAUDELAIRE, je vous propose un nouveau poème traité à la sauce OuLiPo, choisi ici parmi les 41 sonnets irrationnels de Jacques BENS.
Le sonnet irrationnel est une forme oulipienne inventée par Jacques Bens. C’est un sonnet en ce qu’il comporte 14 vers, et il est qualifié d’irrationnel parce que la répartition de ces vers s’établit suivant le rythme 3 1 4 1 5, soit le début des décimales de Pi.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Aujourd’hui, je vous propose donc Ultime.
Avec le dernier-né, s’achève la carrière De cette poésie gracile et roturière Qui tente d’animer des sonnets sans éclat.
Car je n’ai pas beaucoup de goût pour l’éloquence.
« Sans éclat », ce serait presque un apostolat, La victoire en chantant, la trompette guerrière, Si j’avais un petit la fibre aventurière, Et quelques dons physiques pour le pugilat,
De cette poésie gracile : À la fin de Saint-François d’Assise de MESSIAEN, Saint-François déclare « Seigneur, Musique et Poésie m’ont conduite vers Toi » juste avant que de mourir.
La victoire en chantant, la trompette guerrière. La référence ici est directe au Chant du départ de MÉHUL.
Au temple parnassien de jouer les Samson : Comment ne pas penser à Samson et Dalila de SAINT-SAËNS, opéra qui se termine par la destruction du temple par Samson.
Comme un vent du matin et comme une chanson : Dans Idoménée de MOZART, Ilia, la fille de Priam prend la nature à témoin de sa douleur. (Zéphir léger et charmant.)
Consuelo, de George SAND, est un roman, paru en feuilleton dans « La Revue indépendante » de décembre 1841 à février 1844. La Revue indépendante était un journal fondé avec Louis Viardot, le mari de la cantatrice Pauline Garcia, elle-même sœur de la grande cantatrice appelée La Malibran. Après le mariage de Pauline et Louis, c’est sous le nom de Pauline Viardot qu’elle est restée célèbre.
Consuelo, donc, a été dédicacé à Pauline, qui en réponse a écrit : « Inspirer le personnage de Consuelo, c’est sans doute ce que j’ai fait de mieux au monde ! »
Ce roman-feuilleton se déroule en trois parties, Venise, la Bohème et Vienne, et l’histoire de Consuelo se continue dans la Comtesse de Rudolstadt. Embarquez-vous avec Consuelo pour une suite d’aventures rocambolesques dignes d’Eugène SÜE, doublées d’une belle histoire d’amour et de réflexions philosophiques sur la société, la place des femmes dans ycelle, les régimes politiques.
L’histoire débute donc dans la Venise de la première moitié du XVIIIe siècle, où l’on voit Consuelo, une enfant pauvre, recevoir l’enseignement musical de Porpora dans un des hospices de charité de la ville.
Curieusement pour nous, lecteurs du XXIe siècle, VIVALDI n’y est pas représenté parmi les compositeurs qui comptaient à Venise à cette époque. En effet, sa musique avait complètement disparu un siècle après sa mort.
La première fois qu’on « entend » Consuelo chanter, elle a 14 ans et Porpora lui fait chanter à l’église le Salve Regina de PERGOLÈSE. C’est là que le comte Zustiniani, propriétaire d’un théâtre (d’un opéra) l’entend, sans savoir qui elle est, et se met en tête de l’embaucher pour en faire une prima donna pour son opéra.
Après une formation sérieuse auprès de Porpora, Consuelo fait ses débuts « en public » chez le comte avec le psaume I Cieli immensi narrano de MARCELLO, psaume qui sera une des pièces préférées de Pauline Viardot.
Plus tard, sous le charme de son interprétation, et pour mesurer l’étendue de son talent, on lui demande encore de chanter La Diavolessa de GALUPPI,
puis La Didone abbandonata de JOMELLI.
Devant ses qualités, le comte l’engage dans son théâtre, et elle fait ses débuts « officiels » avec Ipermnestre (Ipermestra), opéra du jeune GLUCK encore débutant, et apprenant son « métier » en Italie.
Dans cette première partie, George SAND nous décrit le microcosme du théâtre (de l’opéra) et de la vie de cour, avec ses intrigues, ses rivalités et ses jalousies, dans un milieu que la pure Consuelo traverse sans rien percevoir de toutes ces turpitudes. Quand enfin Porpora lui ouvre les yeux, en lui montrant Anzoleto, le jeune ténor qu’elle aime (platoniquement), la tromper avec sa rivale, elle quitte Venise et Porpora l’envoie donner des leçons de chant dans une famille de Bohème qu’il connaît et apprécie.
Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 31 août au 6 septembre 2020.
(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)
Pour trop de gens, le rituel associé aux concerts de musique dite classique, voire de l’opéra (on imagine les soirées de gala, où il faut se rendre en « tenue de soirée ») est austère, voire ennuyeux. Pourtant, les musiciens, compositeurs ou interprètes, savent rire. Je vais vous en proposer quelques exemples.
Un peu de terminologie pour commencer. L’opéra-comique n’est pas comique, c’est seulement de l’opéra qui comporte des parties parlées. L’opera buffa (en italien) ou l’opéra bouffe (en français), au contraire, se veulent comiques. C’est aussi le cas de l’opérette.
À peu près tous les compositeurs se sont un jour ou l’autre essayés au genre comique. C’est le cas de RAMEAU avec sa comédie Platée.
L’Anglais Gerard HOFFNUNG a fait un travail remarquable pour dynamiter la musique classique. Ainsi de son opéra Let’s fake an opera (The Tales of Hoffnung), qui mélange les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Don Giovanni, Les Pêcheurs de perles, Carmen, Otello…
Je vous ai présenté il n’y a guère quelques grands chœurs de TCHAÏKOVSKI. Alors que pendant près de deux siècles, l’opéra s’est chanté soit en italien, soit en français, le réveil des écoles nationales vers le milieu du XIXe siècle a permis l’expression de l’âme russe en musique, et particulièrement à l’opéra.
Le « père » de la musique russe est GLINKA (1804 – 1857), qui a écrit principalement deux opéras, Ruslan et Ludmila et Une Vie pour le tsar (Ivan Soussanine). Voici le chœur final de Ruslan et Ludmila (1837 – 1842).
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Un des successeurs de Glinka, le plus grand peut-être pour avoir su allier la musicalité de la langue russe et ses racines musicales, est MOUSSORGSKI. Dans son Boris Godounov (1869 – 1872), le chœur, fidèle en cela à la tragédie grecque, représente le peuple, et accompagne de bout en bout le drame qui se joue.
J’ai déjà parlé des chœurs de Tchaïkovski, mais je ne peux résister au plaisir de vous (re)présenter l’hymne des Chérubins, extrait des Liturgies de saint Jean Chrisostome.
PROKOFIEV a écrit des opéras (j’y reviendrai), mais aussi des musiques pour les films d’EISENSTEIN. Il a ainsi composé une musique impressionnante pour Alexandre Nevsky.
La belle Hélène est un opéra-bouffe écrit par OFFENBACH en 1864 sur un livret des joyeux duettistes MEILHAC et HALÉVY, et créé avec succès en décembre de cette même année. Repris un peu partout dans le monde dès l’année suivante (Vienne, Berlin, Prague, …). En l’honneur de cet opéra, le chef Auguste ESCOFFIER a créé le dessert qui porte son nom.
Acte I : Sparte s’apprête à célébrer les fêtes d’Adonis. On célèbre Vénus, qui a battu Junon et Minerve dans le concours de beauté du mont Ida, grâce au berger Pâris. Hélène questionne Calchas, le grand augure de Jupiter, sur « l’affaire du mont Ida ». Pour remercier Pâris, Vénus lui a offert en récompense la plus belle femme du monde, Hélène. Le neveu d’Hélène, Oreste paraît, mais Calchas l’empêche d’entrer dans le temple où Hélène s’est réfugiée.
Pâris débarque déguisé en berger et remet à Calchas une lettre de Vénus où elle demande à l’augure d’aider Pâris à séduire Hélène. Pâris lui raconte le jugement de Pâris (Air : Au mont Ida). Calchas accepte. Hélène apparaît et tombe sous le charme du faux berger.
Celle-ci s’accompagne d’un concours consacré aux « choses de l’intelligence » : une charade, un calembour et des bouts rimés. Pâris remporte facilement l’épreuve et peut ainsi recevoir le trophée. Il se fait reconnaître comme étant Pâris, fils de Priam, le roi de Troie. Hélène, enchantée, le couronne. Dans le tonnerre, Calchas, obéissant à Vénus, rend son oracle. Il faut que Ménélas aille passer quatre semaines en Crète, laissant Hélène seule.
Acte II : Les quatre semaines se sont écoulées, et Hélène résiste toujours à son amour (Air : On me nomme Hélène la blonde). Pâris, impatient, lui décrit les trois moyens d’arriver au cœur d’une femme : l’amour, la violence et la ruse.
Les rois arrivent chez la reine pour une partie de jeu de l’oie (sic !) Calchas, trichant, rafle la mise mais éveille les soupçons des rois. Il est obligé de rendre la moitié de ses gains. Hélène, torturée par son amour naissant, lui demande de voir Pâris en rêve, puisqu’elle fuit le vrai. La reine s’endort. Pâris entre dans sa chambre et Hélène croit que c’est son rêve (Duo : Oui, c’est un rêve).
Alors que Ménélas rentre de Crête, il trouve Pâris dans le lit de son épouse, et ameute les autres rois qui devaient veiller sur son honneur. Hélène rejette la faute sur Ménélas : un mari doit avoir la bienséance, lorsqu’il s’absente, de prévenir sa femme de son retour (Air : Un mari sage). Tout le monde s’accorde pour chasser Pâris de la ville.
Acte III : Oreste et le peuple célèbrent Vénus, mécontente de l’attitude de Ménélas (Air & chœur : En repoussant Pâris). Ménélas jaloux cherche à comprendre pourquoi Hélène a parlé de rêve quand il l’a trouvée au lit avec Pâris. Hélène, clame son innocence, et agacée, finit par le menacer de lui donner de vraies raisons de se plaindre (Air : Là, vrai, je ne suis pas coupable).
Agamemnon et Calchas font remarquer à Ménélas qu’il n’est pas bon de s’opposer au vœu d’une déesse, mais il s’entête : il ne cédera pas à sa femme (Trio : Lorsque la Grèce).
Il fait venir de Cythère le grand augure de Vénus, qui débarque alors et rend son oracle : Hélène doit accompagner l’augure à Cythère. Ménélas pousse Hélène à accepter. Mais elle ne veut pas faire ce voyage pour Ménélas, puisque c’est lui le responsable du courroux de la déesse. Le grand augure lui révèle alors qu’il est Pâris. Ils s’embarquent tous deux pour Cythère.
Ils sont déjà hors de portée quand la supercherie est dévoilée. Hélène a été enlevée par Pâris. La guerre de Troie peut commencer.
Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 24 au 30 août 2020.
Le programme de cette semaine est entièrement consacré à Giuseppe VERDI.
(Attention au décalage horaire entre l’Europe et les États-Unis, un opéra que je cite comme programmé pour le lundi n’est visible en France qu’à partir du lundi soir, puis pendant la journée du mardi.)
La musique dit tout ce que l’âme rêve et pressent de plus mystérieux et de plus élevé. C’est la manifestation d’un ordre d’idées et de sentiments supérieurs à ce que la parole humaine pourrait exprimer.
Georges SAND – Consuelo.
La petite Amantine Aurore Lucile DUPIN est née à Paris en 1804. Femme de lettres, elle connaissait le milieu de la culture, pas seulement les écrivains, mais aussi les peintres et les musiciens.
Elle se marie à dix-huit à Casimir DUDEVANT.
Héritière d’un domaine (et d’un château) à Nohant, dans le Berry, George y fera de fréquents séjours, y invitant tous ses amis, dont BALZAC, Alexandre DUMAS fils, DELACROIX, Gustave FLAUBERT, Théophile GAUTIER ou encore TOURGUENIEV.
Elle est connue, outre par son œuvre littéraire (romans, correspondances…), par ses liaisons, dont celles avec Frédéric CHOPIN et avec Alfred de MUSSET.
En 1830, elle commence une liaison avec Jules SANDEAU, dont elle tirera son pseudonyme de SAND. En 1831, elle fait la connaissance de Balzac. Elle écrit Une conspiration en 1537, texte qu’elle donnera plus tard à Musset qui en fera la pièce Lorenzaccio.
En 1832, elle écrit son premier roman, Indiana. En 1833, elle va à l’opéra avec MÉRIMÉE, qui deviendra son amant. Elle commence une correspondance avec Alfred de Musset, et très vite, ils deviennent amants.
Parmi les amis musiciens de Sand figuraient BERLIOZ et MEYERBEER. Berlioz, qui a écrit Lélio, ou le retour à la vie (1832), une suite à sa fameuse Symphonie fantastique, a trouvé le nom Lélio dans un roman de Sand.
En 1834, Musset présente à Sand un jeune homme de 23 ans, Franz LISZT, (qui avait une liaison secrète avec la comtesse Marie d’AGOULT). Très vite le courant passe entre Liszt et Sand, qui adorait écouter Liszt, allongée sous le piano.
En 1836, elle part avec Franz Liszt et Marie d’Agoult en Suisse. On trouve des traces de ce voyage dans la première année de Pèlerinage de Liszt, consacrée à la Suisse.
À leur retour de Suisse, George Sand, qui avait abandonné son pied-à-terre parisien, logera quelque temps chez Marie, et c’est là qu’elle fera la connaissance d’un certain Frédéric Chopin.
En 1837, c’est le second séjour de Liszt et Marie d’Agoult à Nohant.
En 1838, c’est le début de sa liaison avec Chopin. En fin d’année, ils partent à Majorque. C’est à la Chartreuse de Valldemosa que Chopin écrit son fameux prélude « à la goutte d’eau ».
En 1840, elle fait un voyage avec Louis VIARDOT, avec qui elle fondera la Revue indépendante en 1841, et sa femme la cantatrice Pauline GARCIA (alias Pauline VIARDOT).
En 1842, elle publie Consuelo, l’histoire d’une cantatrice. Ce roman, paru en feuilleton, est dédié à Pauline. En 1843, elle en publie la suite La Comtesse de Rudolstadt.
En 1847, c’est la rupture avec Chopin (qui meurt en 1849). Une partie de la relation entre George Sand et Chopin sert de trame au roman Lucrezia Floriani (1847) bien que George s’en soit défendue.
Politiquement, George était marquée à gauche, proche des saint-simoniens et défendant la démocratie. En 1848, elle fonde un journal pour la république.
En 1853, elle écrit Les Maîtres sonneurs, roman sur les ménétriers (les musiciens de village).
Musset meurt en 1857. En 1859 paraît Elle et lui, roman inspiré de la liaison de George et Alfred.
1863, parution de Mademoiselle La Quintinie, dont l’anticléricalisme de la préface lui vaut une mise à l’index de l’ensemble de son œuvre.
1869, création de La petite Fadette à l’Opéra-Comique (musique de SEMET).
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Georges Sand meurt en 1876, et Victor HUGO écrira son oraison funèbre :
Je pleure une morte, et je salue une immortelle. Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée ; aujourd’hui dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple. Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon.
(Source principale : La Pléiade – Georges SAND – romans [2 volumes])
Je vous en parlais il n’y a guère, Francis POULENC a écrit un très beau Stabat Mater. Mais il a aussi écrit un Ave Maria, un Salve Regina, les liturgies à la Vierge noire (de Rocamadour), et encore, à la fin de sa vie, un Gloria. Poulenc, ami des poètes et des peintres (APOLLINAIRE, ÉLUARD, Max JACOB, PICASSO) a commencé dans le Paris bohème des années 1920, mettant en musique les poèmes de ses amis. En 1936, il est frappé par la foi en voyant la statue de la Vierge noire de Rocamadour. Dès lors, il se consacrera aussi bien à l’écriture de musique religieuse que de musique profane.
En 1936, donc, il écrit les sublimes Litanies à la Vierge noire.
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En 1939, il publie les Quatre motets pour un temps de pénitence, destinés à être chantés pendant la semaine sainte.
En 1955, il porte à l’opéra Dialogues des Carmélites de Georges BERNANOS. Il y introduit un Ave Maria dans la scène où l’aumônier du couvent, chassé par la terreur révolutionnaire, vient de faire ses adieux aux religieuses. Il termine surtout son œuvre par un bouleversant Salve Regina, entonné par les sœurs qui s’avancent vers l’échafaud et se taisent, une à une.