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Agenda Ironique

AINSI GROGNA GROA

Ce mois-ci, c’est la Craie qui nous propose un thème; comme indiqué ci-après :

Le thème sera la fuite du temps. Carpe diem ou naufrage de général.

Votre texte devra obligatoirement commencer par la phrase

« l’aurore sortait de l’océan sur son char de roses« 

Ausone,  « sommaire pour l’Odyssée » chapitre II  » )

Je vous impose aussi GRóA comme personnage – une reine mythique, femme de Aurvandil, et , sorcière guérisseuse. Nomchalamment vous pourriez ne prendre que le nom et en faire un autre personnage sans aucun rapport.

En option pourriez vous caser les mots : marsouintrichobézoardet « soulèvements de la terre » ?

Tout le reste vous appartient.

Mais tout ceci est esspliqué sur son site :

https://lacraie.art.blog/2023/05/04/agenda-ironique-mai-23/

« L’aurore sortait de l’océan sur son char de roses« . Ainsi grogna Groa, la sorcière guérisseuse. Mais que voulait-elle dire par là ? Selon son mari Aurvandil, le marsouin morvandiau, cette phrase obscure était tirée d’un très ancien livre de contes, l’Iliade. Il y a de ça environ 2500 ans, les citoyens grecs faisaient la haie d’honneur devant l’aède Homère, l’auteur de l’Iliade et de l’Odyssée.

L’Iliade nous raconte à sa façon la guerre de Troie, et l’Odyssée le retour d’Ulysse dans sa patrie (il Ritorno d’Ulisse in patria sua).

Monteverdi Il ritorno d'Ulisse in patria prologueCliquez sur Ulysse

L’aède Homère était doué pour filer la métaphore, aussi aimait-il bien comparer l’aurore aux doigts de fée rosissant l’horizon au lever du soleil. Une de ses héroïnes était aussi douée pour tisser. Il s’agit, vous l’avez deviné, de Pénélope, la femme d’Ulysse, qui a attendu 10 ans le retour de son mari. Pressée par les prétendants de se remarier, elle avait promis de le faire quand elle aurait fini de faire tapisserie. Mais toutes les nuits, elle défaisait l’ouvrage de la journée, de sorte que sa tapisserie n’avançait guère (de Troie). (Les plus subtils de ses prétendants trouvaient quand même ce tricot bizarre…)

Fauré Pénélope OuvertureCliquez sur Pénélope

Mais revenons à Aurvandil. Aurvandil était la mère d’Arvedson (Arved Son = fille ou fils de Arved dans les langages du Nord), la célèbre enchanteresse qui a prédit l’avenir à Gustave III, roi de Suède. Arvedson tirait son pouvoir d’une fuite du temps qu’elle avait détectée, et qui lui permettait de savoir à l’avance ce qui allait se passer.

Auber Gustave III trio de l'acte IICliquez sur Arvedson

Toutefois, se servir ainsi d’une fuite du temps n’était pas sans danger, car cela remettait en cause les grands équilibres de l’Univers. Aussi, de temps en temps, pour se rééquilibrer, il se produisait un grand soulèvement de terre, comme il est relaté dans la deuxième entrée des Indes galantes de Rameau.

indes galantes 2Cliquez sur l’image

Maria Callas, Mes opéras préférés

CAVALLERIA RUSTICANA, de MASCAGNI (1890)

Cavalleria Rusticana est un opéra vériste de Pietro MASCAGNI, créé avec succès à Rome en 1890.

Le pitch : Turridu aurait dû se marier avec Lola, mais à son retour du service militaire, il la retrouve mariée avec Alfio. Du coup, il fait de Santuzza sa maîtresse. Lola jalouse (quand même) trompe son mari avec Turiddu. Quand Alfio l’apprend, il provoque Turiddu en duel et le tue.

Acte I : Avant le lever de rideau, on entend le héros, Turiddu, chanter une chanson prémonitoire où il se dit heureux de mourir pour Lola, sa bien-aimée. (Air : « O Lola ch’ai di latti la cammisa ».)

Mascagni Cavalleria rusticana O Lola ch'ai di latti la cammisaCliquez sur Turiddu

Au XIXe siècle, dans un village de Sicile, le jour de Pâques, les villageois sont devant l’église pour assister à la messe. Ils chantent le printemps revenu, et le jour de Pâques, symboles de la résurrection (Choeur :  » Gli aranci olezzano ».)

Mascagni Cavalleria rusticana Gli aranci olezzanoCliquez sur l’image

Santuzza, une jeune villageoise, se dirige vers l’auberge de Mama Lucia. La jeune fille demande à Lucia où se trouve son fils Turiddu. L’aubergiste lui répond que son fils Turiddu est parti à la ville chercher du vin mais Santuzza lui répond qu’on l’a pourtant vu la veille. Lucia est troublée et voudrait en savoir plus quand arrive Alfio, un charretier, qui entre et demande à boire en chantant les joies de sa vie de charretier (Air : « Il Cavallo scalpita ».)

Mascagni Cavalleria rusticana Il Cavallo scalpitaCliquez sur Alfio

À son tour, il demande du vin à Lucia, mais quand celle-ci lui dit qu’il est parti chercher du vin, Alfio est étonné car il a vu Turridu le matin même près de chez lui.

À ce moment, on entend l’orgue et les prières venir de l’église. Les villageois entrent à leur tour dans l’église en chantant l’hymne pascal.

Mascagni Cavalleria Rusticana Regina CoeliCliquez sur l’image

Santuzza restée seule avec Mama Lucia lui raconte son histoire. Turiddu était fiancé avec Lola avant son départ à l’armée, mais au retour, il l’a trouvée mariée avec Alfio. Se sentant trahi, Turiddu a fait d’elle sa maîtresse. Mais Lola jalouse lui a à nouveau volé son amant, et maintenant Santuzza reste seule et déshonorée !

Mascagni Cavalleria Voi lo sapete, o mammaCliquez sur Santuzza

Mama Lucia, bouleversée, entre dans l’église. Turiddu arrive à son tour. Il cherche d’abord à éviter Santuzza, mais celle-ci lui reproche son comportement. Lola, à la recherche de son mari, se moque de Santuzza avant d’entrer dans l’église. La dispute entre Turiddu et Santuzza reprend, et Turiddu la bouscule et la fait tomber au sol.

Alfio sort de l’église, et Santuzza lui dévoile alors ce qui s’est passé entre Lola et Turiddu, et qu’il est cocu. Alfio jure qu’il va se venger et sort. Restée seule, Santuzza est prise de remords et d’un mauvais pressentiment.

La messe est dite et les villageois sortent de l’église. Lola veut rentrer chez elle, mais Turiddu invite tout le mond à boire (Air : « Viva il vino spumeggiante ».)

Mascagni Cavalleria Rusticana Viva il vino spumeggianteCliquez sur Turiddu

Alfio refuse, de manière désobligeante. Turiddu se rend compte qu’Alfio sait tout et qu’il ne lui reste plus, selon l’honneur sicilien, qu’à se battre avec lui. Après s’être embrassé, les deux hommes se dirigent vers le verger pour se battre en duel. Turiddu a le pressentiment de sa mort prochaine, et il confie Santuzza à Lucia.

Au soir, les villageois sont réunis sur la place quand une voix de femme annonce la mort de Turridu. Lucia et Santuzza sont effondrées.

(Sources principales : les représentations de l’Opéra de Paris en 2016 et le programme associé, et l’enregistrement sur DVD de la production du festival de Salzburg en 2015.)

Compositeurs

Joseph HAYDN (1732-1809)

image Haydn

Franz Joseph HAYDN est né le 31 mars 1732 à Rohrau, en Autriche.

Aîné du trio Haydn, Mozart, Beethoven, il représente avec eux le classicisme viennois. Compositeur prolifique, il laisse derrière lui 104 symphonies, 83 quatuors à cordes, de la musique de chambre, des sonates pour piano, 13 opéras et de la musique religieuse.

Le petit Joseph (il a vite laissé tomber le Franz) apprend la musique à l’école, puis part à Vienne en 1740 pour chanter dans la maîtrise de la cathédrale Saint-Étienne de cette ville. Il y reste une dizaine d’années, mais son côté farceur, ainsi que la mue de sa voix, l’en fait renvoyer en 1749.

Il se retrouve alors seul à Vienne, où il vivote en donnant des leçons ou en jouant dans différents orchestres. Il devient secrétaire du compositeur Nicola Porpora auprès de qui il prend des leçons. C’est grâce à son voisin Métastase qu’il a connu Porpora. Joseph commence à écrire ses propres œuvres. Bien des années plus tard, en 1779, il mettra en musique l’Isola disabitata de Métastase.

Haydn l'Isola disabitata OuvertureCliquez sur l’image

De riches mécènes commencent à lui passer commande pour différentes pièces musicales, comme des quatuors. En 1757, il compose ses premiers quatuors à cordes, genre dont il fixe la forme. Il tombe amoureux d’une de ses élèves, Thérèsa Keller, mais celle-ci étant destinée au couvent, il se résout à se marier avec sa sœur Maria-Elena Theresia. (Ils n’auront pas d’enfants.)

En 1760, Haydn entre au service du prince Estherazy comme vice-maître de chapelle. Le prince, grand amateur de musique, a son propre orchestre et Haydn doit composer pour lui. Au décès du prince, en 1762, le frère de celui-ci prend la succession et, trouvant le château trop petit, se fait construire un palais plus grand et comportant une salle d’opéra, où l’on donne une représentation chaque jour ! Haydn doit alors fournir des pièces musicales à la demande (de son employeur.)

En 1766, à la mort du premier maître de chapelle, Haydn prend sa place, et il a la lourde tâche de diriger deux opéras et deux concerts par semaine, tout en assurant la gestion de l’orchestre. Il se fait ainsi leur porte-parole en 1772 quand il écrit, pour signaler au prince qui prolonge son séjour à Estheràza que les musiciens veulent rentrer chez eux, la symphonie n° 45 les Adieux à la fin de laquelle les instrumentistes, les uns après les autres, quittent la salle pour ne plus laisser que le chef d’orchestre et son premier violon.

Haydn les AdieuxCliquez sur les Adieux

En 1777, il écrit Il Mondo della Luna, d’après Goldoni.

Haydn il Mondo della LunaCliquez sur l’image

Même s’il reste en Autriche, les œuvres de Haydn commencent à être appréciées un peu partout en Europe, à Londres comme à Paris ou en Espagne. Ainsi, en 1785, il écrit pour Paris six symphonies.

Contemporain de Mozart (1756-1791), il a l’occasion de jouer avec lui des quatuors, et Mozart reconnaîtra la dette qu’il a envers Haydn en ce qui concerne l’écriture pour quatuor.

En 1782, Haydn écrit sa version de l’Orlando furioso d’après l’Arioste : Orlando Paladino.

Haydn Orlando Paladino FinalCliquez sur l’image

En 1784, c’est le tour de la Jérusalem délivrée du Tasse avec Armida.

Haydn ArmidaCliquez sur l’image

En 1786, Haydn écrit un de ses chefs-d’œuvre religieux, l’oratorio les Sept dernières paroles du Christ en croix.

Haydn les sept dernières paroles du Christ en croixCliquez sur l’image

En 1790, le prince meurt à son tour, et son fils prend sa place, mais celui-ci, ne goûtant guère la musique, licencie son orchestre. Haydn part à Vienne. Là, il reçoit une proposition pour une série de concerts à Londres et, en 1791, il a l’occasion d’y jouer ses symphonies. Il écrit pour Londres quelques symphonies, dites londonniennes, dont la célèbre symphonie n° 94, surnommée la Surprise.

Haydn Symphonie 94 la SurpriseCliquez sur la surprise

Lors de son retour à Vienne, Haydn s’arrête à Bonn où Beethoven lui présente ses premières œuvres. Haydn accepte de le prendre comme élève.

En 1794, Haydn est de retour à Londres, où il écrit encore six nouvelles symphonies.

L’année suivante, il revient définitivement à Vienne. Face au danger apporté par Bonaparte, Haydn compose l’hymne autrichien. Impressionné par les oratorios de Hanedel entendus à Londres, il se consacre désormais à cette forme musicale, écrivant en 1798 la Création et en 1800 les Saisons, ou encore les Sept dernières paroles du Christ (1786).

Haydn die SchöpfungCliquez sur la Création

Mais Haydn est malade, et la création de ses deux derniers chefs-d’œuvre l’a épuisé. Il ne compose plus guère et Haydn meurt à Vienne le 31 mai 1809, à l’âge de 77 ans.

(Source principale : le dossier de la Philharmonie de Paris qui lui est consacré).

Et si vous en voulez un peu plus, vous pouvez cliquer sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise mystère si vous en voulez encore un peu plus

Divers

QUELQUES AIRS DE MOZART…

… chantés dans ma jeunesse.

Une des chansons populaires que je chantais quand j’étais encore un tout petit enfant était Ah vous dirais-je maman. Je ne connaissais bien évidemment pas à l’époque les 12 variations pour piano que Mozart a écrites sur cet air populaire.

Mozart Variations sur Ah vous dirais-je maman KV 265Cliquez sur les Variations

Pas beaucoup d’années plus tard, dans la chorale de l’école primaire, nous chantions en canon l’Alphabet. C’est probablement à cette occasion que j’ai fait ma première fugue !

Mozart AlphabetCliquez sur l’alphabet

Une vingtaine d’années plus tard quand, jeune adulte travaillant à Paris et hantant les salles de concert, je me suis dit qu’il fallait que je fasse de la musique, je me suis inscrit au Centre d’Études polyphoniques de Paris pour apprendre le chant et le solfège. Un des premiers airs « sérieux » que j’ai travaillé était le « Non piu andraï » des Noces de Figaro.

Mozart Les Noces de Figaro Non piu andraiCliquez sur le Non piu andraï

Dans le prolongement de ces études, j’ai eu l’occasion de faire un stage Chant / Foie gras dans le Périgord, où j’ai eu travaillé le duo « La ci darem la Mano », du Don Giovanni.

don giovanni la ci daremCliquez sur la ci darem la mano

Après ces cours de chant, j’ai effectué des stages Musique Montagne, où j’ai eu le bonheur de chanter le Requiem de Mozart sous la direction de Michel Piquemal.

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur le Requiem

Grâce à des personnes rencontrées dans ces stages, j’ai eu ensuite la chance d’entrer dans l’ensemble vocal Intermezzo, sous la direction de Claire Marchand. Intermezzo étant une chorale affiliée au mouvement à Chœur Joie, nous avons pu chanter avec d’autres chorales de ce mouvement la Missa Brevis K. 194.

Mozart Missa Brevis K 194Cliquez sur la Missa Brevis K. 194

Un peu plus tard, et prenant des cours avec un excellent professeur de chant, il m’a fait travailler le « Donne mie la fate » du Cosi fan Tutte.

Mozart Cosi fan Tutte Donne mie , la fate a tantiCliquez sur le Donne mie la fate a tanti

Lors d’un stage d’été avec le même professeur, il m’a fait travailler le duo Pamina Papageno de la Flûte enchantée, et nous avons répété tous ensemble l’Ave verum.

Mozart Zauberflöte Duo Pamina PapagenoCliquez sur la Zauberflöte

Mozart Ave verum CorpusCliquez sur l’Ave verum corpus

Écrivains, littérature, Théâtre

Lorenzo DA PONTE (1749-1838)

image Da Ponte

Lorenzo da Ponte (Manuelo Conegliano) est né le 10 mars 1749 dans la province de Venise. Son père était d’origine juive, mais après la mort de sa femme, il se remarie avec une jeune catholique et change son nom et adopte celui de Da Ponte. Manuelo Conegliano devient donc Lorenzo Da Ponte.

Lorenzo entre au séminaire et est ordonné prêtre en 1773. Pourtant, après s’être installé à Venise, il mène une vie peu compatible avec la dignité de la prêtrise, et est condamné par les autorités.

En 1781, Da Ponte part à Vienne où il est nommé poète impérial par Joseph II, succédant ainsi à Métastase. Il écrit des livrets pour Salieri (adaptation du Tarare de Beaumarchais, sous le nom de Axur, Re d’Ormus).

Salieri Axur, re d'Ormus come fuggir... Son queste le speranzeCliquez sur l’image

Il a travaillé pour un autre compositeur important à son époque, l’Espagnol Martin y Soler, avec notamment una Cosa rara (1786) ou l’Arbre de Diane (l’Arbori di Diana).

Martiny Soler Una cosa rara Dolci mi parve un diCliquez sur l’image

S’il reste universellement connu aujourd’hui, c’est pour sa collaboration avec Mozart, puisqu’ils signeront ensemble les Noces de Figaro (1786), Don Giovanni (1787) et Cosi fan Tutte (1789).

Mozart Les Noces de Figaro Non so piuCliquez sur l’image

Mozart Don Giovanni Air du catalogueCliquez sur l’image

Cosi fan Tutte avait été initialement écrit pour Salieri mais celui-ci, n’ayant pas le temps de mettre ce livret en musique, l’a proposé à Mozart.

Mozart Cosi fan tutte Ah, che tutta in un momentoCliquez sur l’image

Après la mort de Joseph II en 1790, Da Ponte se rend à Prague et à Dresde, où il retrouve son camarade Casanova, qu’il avait connu à Venise.

En 1792, son cosmopolitisme le mène à Londres où il écrit des livrets en italien pour le King’s Theatre.

En 1805, il fuit en Amérique avec sa femme pour échapper à ses créanciers où il tient différents commerces avant d’enseigner l’italien et sa littérature. Mais son goût pour l’opéra subsiste et en 1833, il cherche à monter un Opéra italien à New York, après avoir assuré la création américaine de Don Giovanni en 1826.

Sur la fin de sa vie, il écrit, tel Casanova, ses Mémoires.

Da Ponte meurt à New York le 17 août 1838, âgé de 89 ans.

littérature, Oulipo, Poésie

« LE BATEAU IVRE », de RIMBAUD (Quatrains 1 à 5)

Après Tombeau de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi parmi mes poèmes préférés. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui donc, le début d’un morceau de bravoure, le Bateau ivre de Rimbaud. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, soit l’équivalent de 1,2 myriapode), je vais le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :

Les bateliers de la Volga (Rebroff)Cliquez sur l’image

Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

indes galantes 4Cliquez sur les Peaux-Rouges

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur l’image

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

Wagner les Maîtres Chanteurs final acte IICliquez sur le tohu-bohu triomphant

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Marais Alcyone la tempêteCliquez sur l’image

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,

Rossini Guillaume Tell Ah que ton âme se rassure (Jemmy)Cliquez sur l’image

L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Pour avoir le début de la suite, c’est ici : Le Bateau ivre – Quatrains 6 à 10.

Citations musicales :

Les haleurs : Les Bateliers de la Volga.

Des Peaux-Rouges criards : Rameau les Indes galantes – les Sauvages.

Les Fleuves m’ont laissé descendre : Gluck Alceste « Divinités du Styx ».

La tempête: Marin Marais, Alcyone – la Tempête.

tohu-bohus plus triomphants : Wagner les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg final du 2nd acte.

aux enfants la chair des pommes : vous, je ne sais pas, mais moi, quand on me dit enfant + pomme, je pense à Guillaume Tell et à son fils, et donc à Rossini Guillaume Tell air de Jemmy « Ah ! Que ton âme se rassure ».

À suivre…

Divers

CINQUIÈME ANNIVERSAIRE DU BLOG

Voilà déjà cinq ans que je me suis lancé dans cette aventure d’un blog consacré à la musique et à la littérature. En cinq ans, j’ai publié presque 750 articles. Au début, j’en publiais beaucoup pour enrichir ma base de connaissances, et maintenant je suis arrivé à un rythme d’un article tous les 3 jours (sauf événement spécial).

Vous vous êtes mis à plus de 80 000 visiteurs cumulés, venus de 150 pays, pour voir 143 000 vues sur ce blog.

J’ai consacré 116 articles à mes opéras préférés, de l’Orfeo de Monteverdi à Like Flesh de Sivan Eldar, ou de Aïda de Verdi à Zoroastre de Rameau. Le plus regardé est celui consacré aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach, juste devant Tosca de Puccini.

barcarolle

J’ai également consacré 76 articles à des compositeurs ou des compositrices, de Monteverdi à Claire Renard. Le compositeur qui vous a le plus intéressés est Franz Schubert. Parmi ces articles, 11 concernent des compositrices, pour la plupart injustement méconnues.

Schubert FierrabrasCliquez sur Fierrabras (de Schubert)

Ces chiffres de 116 opéras et 76 compositeurs (ou compositrices) chroniqués sont à rapprocher de mon objectif initial, quand j’ai commencé mon livre sur l’opéra (livre qui s’est transformé au cours du temps en ce blog), de retenir 99 opéras et 49 compositeurs (j’avais en tête, pour la structure de ce livre, La vie mode d’emploi de Perec).

Une autre catégorie pour laquelle j’ai créé un métabillet vous permettant de vous y retrouver facilement est celle des écrivains liés au monde de l’opéra ou de la musique. Il y a à ce jour 35 écrivains passés à ma moulinette, d’Eschyle à Échenoz, le billet le plus consulté étant celui consacré à Victor Hugo.

Voilà, il y a encore bien d’autres catégories, consacrées à l’histoire, au cinéma (pas encore assez par rapport à mon objectif initial), à la nature, à la bande dessinée, à la poésie, à l’OuLiPo, au dessin animé…

Une catégorie récente est celle sur les publicités se servant de musique classique pour vendre pâtes, lessive ou autres grosses ouatures. Cette catégorie très populaire vient en tête des vues puisque l’article le plus consulté est « De l’emploi de la musique classique dans la pub » suivi de près par « la Musique de Vivaldi dans la publicité« , avec plus de 3000 vues pour chacun de ces 2 articles.

La vidéo la plus regardée est, d’une manière assez inattendue, celle-ci :

Point d'interrogationCliquez sur la vidéo la plus regardée, et ce d’une manière assez inattendue

Côté classique, la vidéo la plus regardée est l’Ave Maria de Schubert interprété par Maria CALLAS.

Schubert Ave Maria CallasCliquez sur la Callas

En septembre dernier, j’ai fait une petite sélection de 57 compositeurs et compositrices d’opéra dans un livre, Compositeurs et compositrices, très beau et pas cher. Il m’en reste une cinquantaine, donc vous pouvez encore le commander. Cela me fera de la place pour le second volume qui sera consacré aux Écrivains et librettistes.

couverture-du-livre-image

À la sortie de ce livre, je suis passé dans le poste, et vous pouvez trouver cidsous le podcast de l’émission.

image podcastCliquez sur le podcast

Et pour finir ce billet, je vous propose de retrouver une de mes vidéos préférées, Nathalie Stutzmann et Philip Jaroussky dans un duo de HAENDEL.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Philippe Jaroussky et Nathalie Stutzmann

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise

Divers

FRANZ LISZT ET LA HONGRIE

Franz LISZT est, les habitués de ce blog le savent, un compositeur né dans l’empire austro-hongrois et, s’il a passé une grande partie de sa carrière hors de Hongrie, son attachement à son pays natal ne s’est jamais démenti.

Je vais me proposer ici de vous présenter quelques influences que la musique hongroise a pu avoir sur l’ami Liszt.

Les plus connues de ses œuvres sont certainement les Rhapsodies hongroises. La rhapsodie est une forme musicale libre, qui doit son nom aux rhapsodes, ces bardes de l’antiquité grecque qui chantaient / récitaient les poèmes écrits par d’autres. Les rhapsodies hongroises de Liszt sont des variations sur des thèmes folkloriques hongrois.

Liszt Rhapsodie hongroise n 6Cliquez sur la pianiste

En 1838, suite à une crue du Danube ayant fait des dégâts terrribles à Pest, la partie basse de la future Budapest, Liszt organise à Vienne un concert pour venir en aide à ses compatriotes sinistrés, inventant ainsi le concert de charité.

En 1848, peu avant la révolution qui souleva la Hongrie comme tant de pays d’Europe, Liszt quitte la Hongrie. Il avait auparavant fait la promesse au cardinal Szitowsky d’écrire une messe pour la consécration de la basilique d’Eztergom. Il reviendra huit ans plus tard, pour l’exécution de sa Messe de Gran (Esztergomi Mise) le 31 août 1856, en présence de l’empereur François-Joseph.

Liszt Messe de Gran Credo (Esztergomi mise)Cliquez sur l’image

Ce fut l’occasion pour Liszt de retrouver son pays et ses racines, après ses années d’errance cosmopolite. Il écrit à Caroline de Sayn-Wittgenstein : « Rien ailleurs ne remplace ces choses et cette physionomie de la race, quand elles se rattachent aux souvenirs de l’enfance, et qu’on a conservé intacte cette tonalité du cœur qui est le sentiment de la patrie… »

Il n’est dès lors pas étonnant que Liszt retranscrive ce sentiment dans ses poèmes symphoniques Hungaria (1856) et la Bataille des Huns (1857).

Liszt HungariaKattintson a zenekarra

En 1862, il écrit l’oratorio la Légende de Sainte Elizabeth, reine de Hongrie, la patronne de ce pays. Elizabeth était la femme de Louis IV de Thuringe. Elle portait du pain aux pauvres, ce que sa belle-famille ne goûtait guère. Un jour qu’elle se rendait ainsi dans les bas quartiers d’Eisenach, on lui demanda ce qu’elle portait sous son manteau. Elle répondit que c’était des roses, avant d’avouer que c’était du pain. Mais quand on la força à ouvrir son manteau, ô miracle, ce sont bien des roses qui s’y trouvaient !

Statue de Sainte-ElizabethStatue de Sainte-Elizabeth à Bratislava

Liszt la Légende de Sainte ElizabethCliquez sur l’image

Dès lors, Liszt partagera sa vie entre Budapest, Rome et, plus tard, Venise et Bayreuth. Liszt fondera l’Académie de musique de Hongrie, en récompense de quoi le gouvernement lui offrira un appartement, aujourd’hui transformé en musée Franz Liszt. On peut y voir des pianos, des portraits, ainsi que sa bibliothèque musicale. Il s’y trouve par exemple un des premiers ouvrages de musicologie, des Bohémiens et de leur musique en Hongrie (1859). (Cet ouvrage a été critiqué au début du siècle suivant par Bela Bartok, qui reprochait à Liszt l’amalgame fait entre musique folklorique hongroise et musique tzigane.)

Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie

Sur la fin de sa vie, Liszt a encore employé une forme musicale hongroise, la czàrdàs, du nom de ses danses populaires que l’on jouait dans les czàrdos (petits restaurants de village).

Liszt Czàrdàs macabreCliquez sur le pianiste

Divers, Géographie

CROISIÈRE LITTÉRAIRE et MUSICALE SUR LE DANUBE

Je ne savais pas quand j’ai écrit mon billet sur « le Danube (pas si bleu que ça) » que je ferais un jour une croisière sur ce fleuve, le deuxième plus grand fleuve d’Europe, qui traverse 10 pays et arrose 4 capitales. Cette croisière nous a permis de descendre (puis de remonter) le Danube, bénéficiant de visites guidées, de conférences très intéressantes, de concerts, ainsi que d’ateliers d’écriture. Bref un programme aussi chargé que passionnant !

Dimanche 16 avril : Visite de l’abbaye de Melk, incluant un concert privé de musique de chambre par le quatuor « Viva la Musica » (Haydn, Schubert, Lanner, Brahms).

Schubert Danses allemandesCliquez sur l’image

Navigation dans la vallée de la Wachau et conférence de Béatrice Vaida sur « l’empire des Habsburg ».

La vallée de la WachauLa vallée de la Wachau

Le soir, concert sur le bateau (Bach/Busoni, Prokofiev/Schubert, Ivanov, Chopin, Vladigeroff) donné par Martin Ivanov.

Chopin Polonaise héroïqueCliquez sur l’image

Lundi 17 avril : Visite de Vienne, en Autriche. Le soir, concert de Martin Ivanov sur le bateau (Schumann, Chopin, Liszt).

Schumann Papillons (Ivanov)Cliquez sur Martin Ivanov

Mardi 18 avril : Conférence de Béatrice Vaida sur Budapest. Visite de la partie basse de la ville, Pest, notamment du musée Liszt, et concert privé dans ce musée, par Istvan Gulyas (Liszt : Les Années de pèlerinage, la Suisse).

Concert Budapest

Liszt la Vallée d'ObermannCliquez sur le pianiste

Mercredi 19 avril : Visite de la partie haute de la ville, Buda et remontée vers Bratislava.

Jeudi 20 avril : Visite de Bratislava, capitale de la Slovaquie. Bratislava est une petite ville bien sympathique. Concert privé dans le palais primatial (Mozart, Dvorak). Atelier d’écriture animé par Irène Frain et Catherine Lalanne. Conférence de Béatrice Vaida sur « le Danube, fleuve européen ».

Concert Bratislava

dvorak Quatuor américain II lentoCliquez sur l’image

Le soir, conférence de Catherine Lalanne dédiée à l’exploration de l’œuvre de la romancière des lointains, Irène Frain, et à son dernier roman l’Allégresse de la femme solitaire.

Vendredi 21 avril : Atelier d’écriture. Visite de Linz, la ville du compositeur Bruckner.

Bruckner Symphonie 4 AllegroNe cliquez pas sur l’image

Linz est également le nom de la 36e Symphonie de Mozart. Alors qu’il était en voyage entre Salzbourg et Vienne, Mozart s’était arrêté à Linz. On lui demanda de donner un concert, mais comme il voyageait sans partition sur lui, il dut écrire de manière impromptue une symphonie, ce qu’il fit en 4 jours !

Mozart Symphonie 36 Linz AdagioCliquez sur l’image

Compositrices

CLAIRE RENARD, née en 1944.

image Claire Renard

J’ai eu récemment l’occasion de rencontrer la compositrice Claire RENARD lors d’une conférence débat consacrée aux femmes et à la création (littéraire et musicale). J’ai beaucoup aimé son approche, et après avoir pu discuter avec elle, j’ai décidé de lui consacrer ce billet. Après avoir fait quelques recherches, je lui envoyé un projet de billet, qu’elle a eu l’amabilité de relire et de modifier pour mieux faire apparaître la continuité de sa démarche.

Claire RENARD naît en 1944 à Neuilly-sur-Seine.

Elle apprend d’abord le piano avant de rencontrer Pierre SCHAEFFER, le « père » de la musique concrète ou électroacoustique, qui bouleversera sa conception de la musique. Elle entre ainsi au GRM, le Groupe de Recherches Musicales / INA.

Très intéressée par la pédagogie de la musique, Claire Renard écrit en 1982, Le Geste musical, une synthèse de ses expériences dans ce domaine, livre qui sera suivi de le Temps de l’espace en 1991.

En tant que compositrice, ses recherches portent sur les notions conjointes de temporalité et de spatialité, ainsi que sur le statut d’auditeur-spectateur. Cet intérêt pour le rapport geste / son, la spatialité et la lumière (certaines pièces sont écrites pour être écoutées dans le noir, ou sans que l’on voie les instrumentistes), la pousse à travailler avec des metteurs en scène et des vidéastes/plasticiens comme Gustavo FRIGERIO ou Esa VESMANEN ou encore Adalberto MECARELLI.

En 1984, elle fonde l’association PIMC (Pédagogie Informatique Musique et Création) pour mettre en œuvre la particularité de ses projets de situations d’écoute et sa réflexion sur la société dans laquelle elle vit.

Parmi ses créations, son intinéraire est jalonné de pièces-repères :

En 1986, La Vallée close, une pièce – créée par les Percussions de Strasbourg et le Chœur Résonance Contemporaine – où chœurs et instrumentistes sont groupés en 3 pôles différents, afin de créer un effet tournant pour l’auditeur.

En 1988, un concert spectacle à destination des enfants et du tout public, Pour Octave, où la mise en espace sollicite une écoute particulière.

En 1994, Brèves d’été, pièces pensées par rapport à l’endroit où Claire Renard se retire pour composer, en Grèce. À travers un dispositif centré sur voir/ne pas voir, ces pièces sollicitent la relation de l’individu qui est relié à beaucoup plus grand que lui et à un profond mystère. (Vous pouvez entendre Brèves d’été en allant sur son site, dont l’adresse figure à la fin de ce billet.)

Renard Brèves d'été

En 1995, sur des textes de Franck-André JAMME, elle compose Col Canto, un drame lyrique qui aborde l’identité et l’itinéraire d’une femme à travers trois âges de son existence. Ce travail sur la mémoire constitutive de l’identité se poursuit avec l’installation la Musique des mémoires (2000) issue de collectes sonores et vocales dans trois villes, Helsinki, Lisbonne et Athènes, et composée sous forme de séquences diffusées dans un dispositif dédié.

En 1997, sur un texte d’E.JABES, elle écrit On ne cesse pas de mourir de ce dit, une pièce chorale sur le racisme.

En 2003, Claire Renard écrit la Muse en son jardin, destinée à l’espace d’un jardin, et conçue autour d’une réflexion sur la finitude et l’infinitude, basée sur un texte de R.M. RILKE.

Renard la Muse en son jardinCliquez sur la Muse en son jardin

En 2006, elle compose Chambre du temps, une installation créée en collaboration avec E. Vesmanen, designer et vidéaste qui imagine des dispositifs d’écoute spécifiques à chacune des sept séquences musicales réparties dans l’espace.

En 2013, Claire Renard écrit l’opéra Orimita, un drame lyrique sur l’intolérance entre les cultures, sur un texte de Janine MATILLON.

Renard OrimitaCliquez sur l’image

En 2017, elle crée … « là où tombe la lumière », une pièce pour Cristal Baschet, contrebasse et percussions.

En 2020, Claire Renard prend la présidence de l’association Plurielles 34, une association promouvant la musique contemporaine écrite par des femmes.

En 2022, elle écrit Qui Que Quoi, pour chœur d’enfants et instruments ainsi que Là où tombe la lumière, une pièce pour erhu (un instrument chinois), violoncelle et piano, dans la continuité de sa recherche sur la mixité des sources sonores.

En 2022, elle crée aussi De sa vie restera une onde, pièce pour lectrice et électroacoustique à partir d’un texte de Ryoko SEKIGUCHI sur la relation entre voix en direct et voix enregistrée.

(Source principale :le numéro 30 de la revue Lisières, consacré à Claire Renard [novembre 2019]. Les passages ici surlignés sont extraits de cette revue).

Et pour en savoir (beaucoup) plus sur Claire Renard et écouter certaines de ses musiques, dont Brèves d’été, vous pouvez visiter son site à l’adresse suivante : http://www.clairerenard-pimc.fr/index.php/fr/