Compositeurs

Édouard LALO (1823 – 1892)

Édouard LALO est né à Lille le 27 janvier 1823. Il entre au conservatoire de cette ville à l’âge de dix ans, et apprend le violon.

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En 1839 il descend à Paris pour se perfectionner. Il a HABENECK comme professeur et fait la connaissance de Pablo de SARASATE, compositeur et violoniste réputé, avec qui il se lie d’amitié.

En 1856, il entre dans un quatuor et, en tant que compositeur, se consacre à la mélodie française et à des œuvres de musique de chambre. Il écrit notamment sur des poèmes de Victor HUGO, de MUSSET, de LAMARTINE ou encore de BÉRANGER.

Lalo Puisqu'ici bas toute âmeCliquez sur l’image

En 1866, il finit de composer Fiesque, son premier opéra, écrit d’après une pièce de SCHILLER. Malgré l’appui de GOUNOD pour le faire monter, cet opéra ne sera jamais joué du vivant de Lalo.

Ses œuvres les plus connues aujourd’hui, celles qui sont restées au répertoire, datent des années 1870. Il s’agit de la Symphonie espagnole (1874), dont les parties de violon solo ont été écrites pour son ami de Sarasate,

Lalo Symphonie espagnoleCliquez sur le violoniste au milieu de l’orchestre

et de son opéra le Roi d’Ys, achevé en 1881.

Lalo le Roi d'Ys ouvertureCliquez sur l’orchestre

On peut encore citer un beau Concerto pour violoncelle (1876).

Lalo Concerto pour violoncelle mouvement finalCliquez sur le violoncelliste au milieu de l’orchestre

En 1882, l’Opéra de Paris lui commande un ballet, Namouna, qui ne rencontre pas le succès du public, même s’il est reconnu par ses pairs, notamment DEBUSSY.

Lalo Namouna Parade et Fête foraineCliquez sur l’orchestre

Lalo meurt à Paris le 22 avril 1892.

Agenda Ironique, Contes et légendes

CONTES ET LÉGENDES DU TEMPS DE NOËL

Ce mois-ci l’Agenda Ironique est hébergé sur le site Peinture chamanique de Patrick Blanchon.

Décembre, les premières neiges, les pas dans la ouate qui craque sous la semelle, vers l’école, les batailles de boules de neige, la décoration du sapin, et cette interrogation lancinante : Le Père Noël existe t’il vraiment ?

Donc un texte concernant la période qui évoquerait à nouveau l’espoir, ça serait chouette. Et tant pis ma foi si ça finit en déception ou pas. C’est pas le résultat qui compte.

Je ne mets donc rien derrière l’espoir, chacun peut espérer ce qu’il voudra mais quelques contraintes malgré tout

D’abord être un enfant et connaître le nom du premier renne tirant le char du père Noël me semble essentiel.

Ensuite il faut évidemment que le paysage commence à se recouvrir de neige et de silence, Peut être que le mot tintinnabuler tomberait à pic comme orange, étincelles, écarquiller, introït ( celui-là vraiment pour le fun) jeûne, moyeu, rayon, centre, Saint ( ou sain et sein si la phonétique vous inspire) Etoile bien sûr, et conifère allez tiens ça change de sapin.

Introït (Introduction) :

Fauré Requiem Introït et KyrieCliquez sur l’Introït du Requiem de Fauré

21 décembre, solstice d’hiver. C’est le jour le plus court de l’année, mais c’est aussi le jour à partir duquel la durée du jour recommence à augmenter, pour atteindre son point culminant au solstice d’été. Avec l’hiver, la nature se met en sommeil, mais c’est pour mieux repartir au printemps avec la germination et le début de la floraison, avant que la nature nous offre ses fruits bienfaisants.

Berlioz la Damnation de Faust le vieil hiverCliquez sur le vieil hiver qui fait place au printemps

La religion catholique ayant calé son calendrier sur les grandes dates païennes, il est normal que Noël (25 décembre) tombe si près de ce jour particulier de l’année. Avec l’arrivée de l’Enfant Jésus, le fils de Dieu, c’est en effet l’espoir qui nous est donné, espoir que l’homme sera sauvé et pourra, s’il en a la force, gagner le paradis. C’est le sens porté par « la Speranza » de ROSSINI, extraite de ses Pêchés de vieillesse.

Rossini La SperanzaCliquez sur la Speranza de Rossini

Pour ceux qui ont perdu le sens du message de Noël, ce jour est maintenant marqué par le passage du père Noël qui vient distribuer des cadeaux aux enfants, sur son traîneau tiré par des rennes aux grelots tintinnabulants, menés par le premier d’entre eux, Tornade. Que d’étoiles scintillent alors dans les yeux écarquillés des plus jeunes enfants, qui croient encore au père Noël.

Allwright Petit garçonCliquez sur Graeme Allwright

Il n’y a pas de roues au traîneau du père Noël, et donc pas de rayon qui relie le moyeu de la roue à sa périphérie, puisque le traîneau du père Noël vole, survolant ainsi les forêts de conifères qui entourent sa maison, là-bas dans le Grand Nord.

La tradition du père Noël n’est qu’un avatar récent de celle de Saint-Nicolas (Santa Klaus) qui est fêté en Allemagne, en Belgique ou dans les régions de l’Est de la France, le 6 décembre. Ce jour-là, Saint-Nicolas venait avec son âne (dont on ne sait s’il s’appelait Tornade) porter des présents aux enfants sages (les enfants pas sages, eux, devaient craindre le père Fouettard qui accompagnait parfois Saint-Nicolas pour les battre.)

Autrefois (il n’y a pas si longtemps que ça), l’orange était un fruit exotique et rare (et donc cher) et on offrait une orange à Noël aux enfants. Pour beaucoup de gens, c’était là l’unique occasion de manger une orange dans l’année ! Ainsi, dans l’Amour des trois oranges de PROKOFIEV, le héros doit affronter un voyage périlleux pour trouver les trois oranges.

Prokofiev 3 oranges NinetteCliquez sur la princesse Ninette sortant de son orange

Toujours dans les contes et légendes attachés à la période de Noël, il y a la légende des rois mages venus d’Orient apporter l’or, l’encens et la myrrhe à l’enfant venu sur Terre pour (tenter de) sauver l’humanité, rois mages guidés sur leur route par l’étoile du berger. Cette marche a été illustrée par BIZET dans son Arlésienne, musique écrite pour accompagner le drame de DAUDET.

Bizet l'Arlésienne FarandoleCliquez sur la marche des rois de Bizet

Conclusion. Puisque j’ai commencé ce billet avec le début du Requiem de FAURÉ, je vous propose de le terminer avec la fin de ce même Requiem.

Fauré Requiem In ParadisumCliquez sur In Paradisum

Retrouvez l’Agenda Ironique suivant en cliquant sur les cinq doigts de la main.

Cinéma, littérature

Thomas MANN (1865 – 1955)

Thomas MANN est né à Lübeck le 6 juin 1865 dans une famille (riche) de commerçants. Après avoir travaillé dans une compagnie d’assurances, il s’arrête vite pour devenir écrivain, ce qui lui réussira assez puisqu’il obtient le prix Nobel de littérature en 1929.

Thomas MANN étudie dans sa jeunesse GOETHE, SCHILLER, DOSTOÏEVSKI ou TCHEKHOV, tous écrivains qui ont inspiré des opéras.

La découverte de Lohengrin de WAGNER, et de son prélude « bleu-argenté », à Lübeck font de lui un wagnérien convaincu.

Wagner Lohengrin PréludeCliquez sur le prélude « bleu-argenté »

Après avoir découvert Tristan, il étudie également la musique et la pensée de Wagner. En 1933, il effectue une tournée de conférences en Europe sur le thème « Souffrance et Grandeur de Richard Wagner » pour contrer la récupération de sa musique par le parti nazi. Ceci lui vaudra de ne pas pouvoir rentrer en Allemagne à la fin de sa tournée.

La musique tient une place importante dans son œuvre. Ainsi dans le roman Les Buddenbrook, le déclin d’une famille (1901), le fils de la famille se trouve être pianiste, ce qui nous vaut des descriptions de ses improvisations au piano.

En 1912, il écrit La Mort à Venise, roman en partie autobiographique qui inspirera à BRITTEN son dernier opéra, et dont VISCONTI tirera un film culte, avec comme musique le sublime adagietto de la 5e symphonie de MAHLER.

Mahler 5e symphonie Adagietto

En 1924, après un séjour en sanatorium, il écrit un autre de ses chefs-d’œuvre, La montagne Magique (Der Zauberberg). Lors de son séjour dans un sanatorium Hans Castorp, le héros, achète un gramophone et des disques. Son disque préféré sera « Der Lindenbaum » (« le Tilleul ») extrait du Winterreise (Voyage d’hiver) de SCHUBERT.

Schubert Winterreise Der Lindenbaum (Kaufmann)Cliquez sur la partition

La Montagne magique inspirera le japonais MIAZAKI pour son long métrage Le vent se lève produit par le studio Ghibli. Dans cet anime, un des personnages, un allemand antinazi, porte le nom de Castorp. (Cf à ce sujet l’excellent site consacré aux studios Ghibli: Buta-connection).

En 1938, dans son adaptation du mythe de Faust Doktor Faustus, son héros faustien est un compositeur nommé Leverkühn qui développe un système musical basé sur une égalité entre les douze sons. La ressemblance de Leverkühni avec Arnold SCHOENBERG entraînera une brouille entre Mann et Schoenberg.

Schoenberg la nuit transfiguréeCliquez sur l’image

Enfin en 1939, il écrit un livre moins connu (je suis tombé dessus par hasard chez un bouquiniste), Charlotte à Weimar, qui décrit une visite de la Charlotte de Goethe, devenue âgée, à Weimar. Elle y rencontre différents proches de Goethe. Cette visite rappellera alors à Goethe la Charlotte de sa jeunesse, qui aurait inspiré le personnage de Charlotte dans les Souffrances du jeune Werther, œuvre qui sera elle-même adaptée à l’opéra par MASSENET avec Werther.

Massenet Werther Pourquoi me réveiller AlagnaCliquez sur Charlotte et Werther

Thomas Mann meurt à Zurich le 12 août 1955.

Cinéma, Fantaisie, Oulipo, Poésie

« FANTAISIE », de Gérard De NERVAL

Après l’Homme et la Mer de BAUDELAIRE, je vous propose un nouveau poème « traduit en musique ». Aujourd’hui, Fantaisie, de Gérard de NERVAL.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ;
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Thiriet Prévert les Visiteurs du soir Démons et merveillesCliquez sur l’image



Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize… et je crois voir s’étendre
Un coteau vert que le couchant jaunit,

Louis XIII Ballet de la MerlaisonCliquez sur le ballet écrit par Louis XIII

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs.

Wagner Lohengrin Nun sei bedankt, mein lieber SchwannCliquez sur la rivière qui coule entre les fleurs du parc



Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens…

Debussy Pelléas et Mélisande Mes longs cheveux descendentCliquez sur la dame à sa haute fenêtre

Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue ! — et dont je me souviens !

Citations :

Un air très-vieux : Extrait de la musique du film Les Visiteurs du soir, « Démons et merveilles ».

Louis XIII : le roi Louis XIII aimait la musique et en composait, tel ce Ballet de la Merlaison.

avec une rivière : Cette rivière qui baigne le pied du château, il me plaît d’imaginer que c’est celle où arrive Lohengrin, dans sa barque tirée par un cygne, dans l’opéra de WAGNER.

une dame, à sa haute fenêtre : DEBUSSY Pelléas et Mélisande « Mes longs cheveux descendent ».

Et si vous voulez une variante pour l’air languissant et funèbre, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise mystère si vous voulez une variante pour l’air languissant et funèbre

Et si vous aimez Gérard de Nerval, retrouvez ici El Desdichado maltraité par mes soins.

Bande dessinée, Cinéma, Compositrices, Elle voulait qu'on l'appelle..., Grandes villes

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE LILLE

… comme ne l’a pas chanté Julien CLERC.

Après Séville, je vous propose un nouveau billet consacré à une grande ville. Aujourd’hui Lille.

L’opéra de Lille a été construit juste avant la Révolution française. Si vous voulez en savoir plus sur son histoire, je vous invite à consulter le site de Nemorino, qui la raconte très bien.

En 1790, Le Chevalier de SAINT-GEORGES part à Lille, et c’est pour cette ville qu’il compose son dernier opéra Guillaume tout cœur.

Le compositeur Pierre BAUMANN (1796 – 1872) fut altiste et professeur de composition au conservatoire de Lille.

Nettement plus connu est son élève le compositeur Édouard LALO (1823 – 1892). Entré au conservatoire de Lille à l’âge de dix ans, il part ensuite à Paris pour parfaire sa formation musicale. Ses œuvres les plus connues restent probablement la Symphonie espagnole, son Concerto pour violoncelle, son opéra le Roi d’Ys et la musique du ballet Namouna.

Lalo Le roi d'Ys Vainement ma bien aiméeCliquez sur l’image

Gustave NADAUD, chansonnier roubaisien (1820 – 1893), membre du Caveau et auteur de Pandore et les deux gendarmes.

Nadaud Pandore et les deux gendarmesCliquez sur les deux gendarmes

Parmi les compositeurs nés dans la métropole lilloise, il y a en a un qui me plaît particulièrement. Albert ROUSSEL (1869 – 1937) est né à Tourcoing. Marin de formation, il décide de quitter la marine pour se consacrer à la musique. Au début influencé par DEBUSSY ou d’INDY, il trouve vite sa voix et sa voie, pour écrire des compositions aux rythmes hardis et aux orchestrations subtiles. Dans le domaine de l’opéra, il a écrit Padmâvatî, influencé par l’Inde et pour le ballet : le Festin de l’araignée.

Roussel Padmâvatî préludeCliquez sur l’image

Le baryton belge Edgard P. JACOBS, plus connu pour son rôle dans l’histoire de la bande dessinée franco-belge, entre à l’opéra de Lille en 1929. Las, la crise de 1929 – 1930 font que les Français restreignent drastiquement les emplois occupés par des étrangers, et il doit retourner en Belgique.

jacobs méphisto

Roubaix a vu naître le poète symboliste Albert SAMAIN (1858 – 1900). Très célèbre à son époque, ses poèmes ont inspiré de nombreuses mises en musique, dont l’opéra Polyphème du breton Jean CRAS

Cras Polyphème Elle dort...Cliquez sur l’image

ou encore FAURÉ ou Nadia BOULANGER.

Boulanger (NAdia) Ilda (Samain)Cliquez sur Nadia

Un autre roubaisien mondialement connu est Georges DELERUE (1925 – 1992). Certes, ce ne sont pas ses quatre opéras qui lui ont valu cette notoriété, ce sont ses musiques de films, pour lesquelles il reçut trois Césars et un Oscar. Il a travaillé avec des cinéastes comme RESNAIS, TRUFFAUT, LAUTNER ou de BROCA.

Delerue La Nuit américaineCliquez sur l’image

Enfin, Lille continue sa tradition de ville musicale puisque le 21 janvier 2022 a vu la création de Like Flesh, un opéra de Sivan ELDAR.

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur l’image

Et si vous voulez plus de musique d’un de ses compositeurs, cliquez sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez plus de musique d’un de ces compositeurs

Divers, Maria Callas

DRAMES DE LA JALOUSIE À L’OPÉRA

Je vous en avais parlé dans ma série sur les sept péchés capitaux, on rencontre beaucoup d’histoires d’amour à l’opéra. Malheureusement ces histoires d’amour sont parfois accompagnées par ce revers de la médaille amoureuse qu’est la jalousie.

Voici donc une deuxième série de drames provoqués par la jalousie sur les scènes d’opéras (je ne parle évidemment pas ici des tensions et rivalités qui peuvent exister entre les chanteurs et les chanteuses.)

Ainsi dans l’Orlando furioso (1727) de VIVALDI, le héros Orlando est jaloux de Médor, que la magicienne Alcina a ramené à la vie.

Vivaldi Orlando furioso Troppô é fiero,il nume arcieroCliquez sur l’image

Peu de temps après, son contemporain HAENDEL met en musique le même drame tiré de l’ARIOSTE avec son Alcina. À la fin du deuxième acte, Alcina se plaint d’avoir été trahie par l’homme qu’elle aime.

Haendel Alcina Ombre pallide et mi restano le lagrimaCliquez sur Alcina

La même année (1735) en France, RAMEAU met en scène la jalousie de Tacmas dans la troisième entrée des Indes galantes. Heureusement, tout se termine bien et les quatre protagonistes joignent leur voix pour chanter le bonheur retrouvé.

indes galantes 3

Retour en Angleterre en 1738 avec Xerxès (Serse) de Haendel et cette scène où Romilda qui se croit trahie par son fiancé chante sa jalousie.

Haendel Serse E gelosia quella tirannaCliquez sur Romilda

Changeons de siècle et de pays avec La Somnambule (La Sonnambula) (1831) de BELLINI, où Elvino, jaloux des avances faites à sa fiancée Adina, lui fait une scène avant que les amoureux ne se réconcilient.

Bellini la Sonnambula Son geloso del zefiro erranteCliquez sur Adina

35 ans plus tard, dans Aïda (1870) de VERDI, Amnéris laisse éclater sa fureur jalouse quand elle se rend compte que son cher Radamès aime l’esclave Aïda.

Verdi Aïda Pieta ti prendra del mio dolorCliquez sur l’image

Et vers la fin du siècle, c’est LEONCAVALLO dans son Paillasse (1892) qui fait chanter à son héros trompé cet air où il exprime tout son malheur.

Leoncavallo Paillasse No Pagliaccio non sonCliquez sur Paillasse

Et comme il me reste quelques opéras traitant de la jalousie, vous en aurez peut-être prochainement une nouvelle série.

Mes opéras préférés

ALCINA, de HAENDEL (1735)

Alcina est un des derniers opéras écrits par HAENDEL, d’après Orlando Furioso de l’ARIOSTE. Il a été créé à Londres en 1735. Comme son nom l’indique, la figure centrale de cette œuvre est Alcina, une magicienne (ou sorcière) qui avait la funeste habitude de transformer en rochers ou en bêtes furieuses les hommes qui abordaient son île. Un jour, le chevalier Ruggiero aborde sur cette île mais, tombée amoureuse, Alcina use de ses enchantements pour le retenir auprès d’elle au lieu de le transformer.

Parmi les sorcières que l’on peut rencontrer à l’opéra, Alcina en est une des plus tragiques, et son amour pour Ruggiero s’exprime sous toutes les formes, l’amour heureux (Ah, mio cor), l’amour réconfort (Si, son quella), l’amour vengeur (Ombre pallide) jusqu’à l’amour désespéré (Mi restano le lagrime).

Le pitch : Bradamante aime Ruggiero, retenu prisonnier par les sorts de la magicienne Alcina. Partie à la recherche de Ruggiero avec l’aide de Melisso, Bradamante aborde l’île de la magicienne. Morgana, la sœur d’Alcina, tombe amoureuse de Bradamante, qui s’était déguisée en homme (Ricciardo) pour le voyage. Après moult qui pro quo dus au travestissement de Bradamante, les sorts d’Alcina sont brisés et tout finit bien pour les deux amants.

ACTE I : La belle Bradamante, qui se fait passer pour son cousin Ricciardo, et Melisso, le tuteur de Ruggiero, sont partis à la recherche de celui-ci. Pris dans un naufrage, ils abordent sur l’île de la magicienne Alcina. Bradamante et Melisso sont découverts par Morgana, la sœur d’Alcina. (Il s’agit là de la Fata Morgana, en français la Fée Morgane, que l’on retrouve dans bien des légendes, dont celle du Graal et du roi Arthur.) Morgana est attirée par Ricciardo, Bradamante déguisée en homme. Un chœur chante les délices de ces lieux quand arrive la magicienne Alcina, accompagnée de Ruggiero, sous le charme d’Alcina. Oberto, un jeune homme, recherche son père, une ancienne victime des sorts d’Alcina. Ruggiero, amoureux d’Alcina, a oublié Bradamante.

Oronte, l’ancien amant de Morgana, menace Bradamante dont il est jaloux. Bradamante se défend (Air : « È gelosia ») et Morgana la prend sous sa protection.

Haendel Alcina È gelosiaCliquez sur Bradamante

Pour se venger, Oronte révèle à Ruggiero qu’Alcina s’est éprise de Bradamante, et le raille de croire à son amour. Ruggiero se plaint auprès d’Alcina d’avoir été abandonné, mais Alcina s’en défend (Air : « Si, son quella »).

Haendel Alcina Si son quellaCliquez sur Alcina

Bradamante se dévoilant essaie de convaincre Ruggiero qu’elle est sa fiancée, mais Ruggiero ne la croit pas. Il se précipite chez Alcina pour la convaincre de changer en bête celui qu’il croit être son rival. Pour la sauver, Morgana presse Bradamante de quitter l’île. Bradamante feint de céder à Morgana, qui lui a déclaré son amour (Air : « Tornami a vagheggiar »).

Haendel Alcina Tornami a vagheggiar (Devieilhe)Cliquez sur Morgana

Acte II : Melisso reproche à Ruggiero son attitude ingrate, puis lui donne un anneau magique, capable de détruire les sorts d’Alcina. Ruggiero est immédiatement libéré et pense à sa Bradamante. Celle-ci paraît, mais comme elle a toujours l’apparence de Ricciardo, Ruggiero croit qu’il s’agit d’un nouveau sortilège d’Alcina. Bradamante insiste, et Ruggiero finit par la croire.

Alcina veut changer Ricciardo en bête, mais Ruggiero et Morgana réussissent à la convaincre de ne pas le faire (Air : « Ama, sospira, ma non ti offende ».)

Haendel Alcina Ama, sospiro... Un momento di contenteCliquez sur Morgana et Oronte (ou Ricciardo ?)

Afin de s’échapper, Ruggiero convainc Alcina de le laisser partir à la chasse, en lui promettant, non sans duplicité, d’être fidèle à celle qu’il aime (air : « Mio bel tesoro ».)

Haendel Alcina Mio bel tesoroCliquez sur l’image

Oberto entre. Il cherche toujours son père, et Alcina lui promet qu’il le retrouvera bientôt. Oronte vient rapporter à Alcina que Ruggiero s’apprête à s’enfuir. Alcina se lamente d’avoir été trahie (Air : « Ah, mio cor ! schemito sei ! »).

Haendel Alcina Ah ! mio cor, schernito seiCliquez sur Alcina

Oronte prévient Morgana que son nouvel amant l’abandonne, mais Morgana le laisse seul à sa déception (Air : « E un folle, è un vile affato »). Ruggiero et Bradamante se déclarent leur amour, mais Morgana les surprend et leur reproche leur trahison. Ruggiero, qui s’apprête à rompre les sorts d’Alcina, chante une dernière fois la verte nature qui va ainsi perdre sa beauté factice (Air : « Verdi prati »).

Haendel Alcina Verdi pratiCliquez sur Bradamante, Morgana et Ruggiero

Dans une grotte, Alcina invoque les esprits pour se venger, tout en se plaignant de la trahison dont elle se sent victime (Air : « Ombre pallide »).

Haendel Alcina Ombre pallide et mi restano le lagrimaCliquez sur Alcina

Acte III : Morgana réussit à se faire pardonner d’Oronte (Air : « Credete al mio dolore »).

Haendel Alcina Credete al mio coreCliquez sur Morgana

Alcina tente encore de retenir Ruggiero. Ruggiero s’apprête à détruire les monstres et les enchantements d’Alcina (Air : « Sta nell’Ircana »).

Haendel Alcina Sta nell'Ircana pietrosa tanaCliquez sur Ruggiero

Alcina et Oronte n’ont plus qu’à constater la victoire de Ruggiero (Air : « Mi restano le lagrima »)

Haendel Alcina Mi restano le lagrimeCliquez sur Alcina

quand Oberto paraît, cherchant toujours son père. Alcina lui demande de tuer une bête fauve, mais Oberto comprend qu’il s’agit de son père et se tourne contre Alcina (Air : « Barbara ! Io ben lo so ».) Après une dernière tentative pour séparer Bradamante et Ruggiero (Trio : « Non è amor, nè gelosia »),

Haendel Alcina Non è amor, nè gelosiaCliquez sur l’image

ce dernier détruit l’urne magique qui abrite tous les sorts d’Alcina. Aussitôt, tous les chevaliers prisonniers de ces sorts sont libérés et retrouvent leur forme humaine (Chœur : « Dall’orror di notte cieca »).

Haendel Alcina Dall'orro di notte ciecaCliquez sur Georges Frédéric

(source : moi-même d’après le livret, une diffusion sur ARTE le 10/07/2015 et une interview du chef Christophe Rousset)

Agenda Ironique

PLUIE EN NOVEMBRE, NOËL EN DÉCEMBRE

Ce mois-ci, l’Agenda Ironique est embarqué chez Laurence Délis, et voici ce qu’elle nous propose comme thème.

https://palettedexpressions.wordpress.com/2021/11/01/y-a-de-la-joie-par-dessus-les-toits-agenda-ironique/

Aussi pour pour parer aux jours gris de novembre, novembre de brume et de mélancolie, je vous propose de débuter votre récit par une phrase empruntée à Charles Trenet « Y a de la joie […] par-dessus les toits […] du soleil dans les ruelles » à laquelle j’ajoute et novembre.

Ce qui donne la phrase suivante : « Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre… »  

À vous d’écrire une suite où il sera question de ce mois novembre. Que fait novembre ou que faire de novembre ou que faire en novembre, avec qui ou quoi… bref, c’est à vous de le dire, comme bon vous plaira avec un zeste d’ironie agenda oblige.

Il faudra ajouter trois mots à votre inspiration du mois  :

un puits – le passage – se taire

Avec lui, y a d’la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles, et novembre et sa pluie sera vite oubliée ! Voyons celà.

Comme le dit l’adage populaire, « Pluie en novembre, Noël en décembre ». Et comme nous avons eu un peu de pluie en ce mois de novembre, il y a de fortes chances que nous ayons Noël en décembre. 🎅

Le 22 novembre 1913 naissait Benjamin BRITTEN, un de mes compositeurs préférés du XXe siècle. En 1942, à son retour des États-Unis, il écrit A Ceremony of Carols, une sublime cantate pour chœur d’enfants et harpe, pour le temps de Noël.

Britten A Ceremony of CarolsCliquez sur le chœur de jeunes

Deux siècles avant lui, c’était HAENDEL qui chantait la joie de la venue de l’Enfant Jésus sur Terre, dans son oratorio le Messie (1741).

Haendel Messiah For unto us a child is bornCliquez sur l’image

Entre eux deux, WEBER, né le 18 novembre 1786 a composé cette Nuit de Noël :


Weber Weinacht ist's im ganzen LandCliquez sur l’image

Et dans sa quelque peu mystique Turangalila Symphonie, MESSIAEN fait pleuvoir les notes dans le passage intitulé « Joie du Sang des étoiles ».

Messiaen Turangalila Symphonie Joie du sang des étoiles

Mais de nos jours, le caractère sacré de Noël est un peu oublié et Noël, dans le genre profane, c’est aussi le père Noël qui arrive par les toits apporter de la joie aux enfants. Avec lui, y a d’la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles, et novembre et sa pluie est vite oubliée !

Retrouvez le frère de Tom NOVEMBRE interpréter en duo avec ELSA cette chanson de Graeme ALLWRIGHT.

Allwright Petit garçonCliquez sur le père Noël

Voilà, après une prestation aussi capillo-tractée, il n’y a plus qu’à se taire. Et puisque Laurence veut un puits, écoutons Lawrence (Dale) chanter la complainte de Joseph, jeté dans un puits par ses méchants frères, dans l’opéra Joseph, de MÉHUL.

joseph laurence daleCliquez sur Joseph

Retrouvez ici ma participation à l’A.I. de décembre 2021 : Contes et légendes au temps de Noël.

Compositeurs

Alban BERG (1885 – 1935)

Alban BERG naît à Vienne le 9 février 1885 dans une famille aisée de cette ville.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder à la liste de lecture

Sans formation musicale particulière, Berg compose de nombreux lieder. En 1904, il rencontre Arnold SCHOENBERG et il suit ses cours pendant six ans. Il pratique donc la musique sérielle, puis dodécaphonique. Avec Anton WEBERN, le trio compose la seconde école de Vienne (la première étant celle de Haydn, Mozart et Beethoven). Malgré l’utilisation des techniques arides du dodécaphonisme, BERG sait toujours sortir du carcan de la forme, et rester lyrique dans ses compositions.

En 1908 paraît sa Sonate pour piano Opus n° 1.

De ses nombreux lieder de jeunesse, il en retient sept datant de 1905 à 1908 en un cycle (sieben frühe Lieder), qui seront orchestrés en 1928.

Berg Sieben frühe Lieder Die NachtigallCliquez sur l’image

En 1914, à la création viennoise du Woyzeck de Georg BÜCHNER, Berg est bouleversé et « sent » qu’il doit mettre ce drame en musique.

Il compose donc Wozzeck, dont il achève le livret en 1917, et la partition en 1922. Wozzeck est créé en 1925 à Berlin, sous la direction d’Erich Kleiber, et est considéré comme une des œuvres lyriques phares du XXe siècle.

Berg Wozzeck extraitsCliquez sur l’image

La même année, il compose la Suite lyrique, suivant les méthodes dodécaphoniques, qui sera créée en 1927, et dans la partition de laquelle il dissimule son amour pour Hanna Fuchs. D’abord écrite pour quatuor à cordes, il en existe également une version pour orchestre à cordes.

berg Suite lyriqueCliquez sur l’orchestre à cordes

En 1929, il commence l’opéra Lulu, adaptation de deux pièces de Franck WEDEKIND. Berg a écrit lui-même le livret, à partir de L’esprit de la terre (1895) et La boîte de Pandore (1902). Mais, en 1935, il s’interrompt pour écrire un Concerto pour violon, dédié à la mémoire de Manon Gropius, la fille d’Alma MAHLER et de l’architecte Walter GROPIUS (fondateur du Bauhaus), morte à l’âge de dix-huit ans. C’est le Concerto à la mémoire d’un ange. (Femme de Gustav Mahler, Alma s’était remariée après la mort de celui-ci avec Gropius, le fondateur du mouvement Bauhaus.)

Berg Concerto à la mémoire d'un angeCliquez sur le portrait d’Alban Berg

Ayant délaissé Lulu pour ce concerto, il n’a pas le temps de terminer son opéra, qu’il laisse inachevé à sa mort d’une septicémie le 24 décembre 1935. Lulu sera terminé en 1979 par un de ses élèves, Friedrich CERHA.

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Cinéma, littérature, Woody Allen

GUERRE ET AMOUR, de Woody ALLEN (1975)

Guerre et amour (Love and Death), qui date de 1975, est le premier film de Woody Allen que j’ai vu, et je considère qu’il reste, quarante-cinq ans après, parmi les plus drôles de ses films.

Très librement inspiré de Guerre et Paix de TOLSTOÏ et de DOSTOÏEVSKI, ce film se passe en grande partie pendant l’invasion de la Russie par Napoléon et ses troupes.

Boris (Woody Allen) est amoureux de sa cousine Sonja (Diane KEATON). Quand les troupes de Napoléon envahissent l’Autriche, Boris se trouve enrôlé dans l’armée russe. Il est désespéré quand sa cousine se marie avec un riche marchand de harengs, qu’elle trompera allègrement. On la voit ainsi jouer la sonate le Printemps de BEETHOVEN avec un de ses amants.

Beethoven Sonate le PrintempsCliquez sur l’image

Avant de partir au combat, les soldats ont droit à une permission. Boris va ainsi à l’opéra écouter la Flûte enchantée de MOZART avec son oncle et sa tante (les parents de Sonja). Pendant l’ouverture, il esquisse une scène de flirt avec une belle comtesse qui est dans la salle.

Mozart_magic_fluteCliquez sur l’image

Les hasards de la guerre font de Boris un héros (bien involontaire). Il retrouve la comtesse lors d’un bal, mais ayant offensé le mari de la comtesse, il doit se battre en duel contre lui.

Boccherini quintette op 13 menuetCliquez sur l’image

Devenu veuve, Sonja accepte de se marier avec lui, pensant qu’il serait tué le lendemain lors du duel.

Le hasard faisant décidément bien les choses chez Woody Allen, il s’en sort, et le couple doit désormais partager une vie commune.

Napoléon envahit la Russie, et Sonja échafaude un plan, celui de faire tuer Napoléon par Boris alors qu’elle fera semblant de séduire l’empereur des Français. Suite à cette tentative ratée, Sonja réussit à s’échapper alors que Boris est condamné à mort, ce qui permet à Woody Allen de parodier la fameuse scène avec la Mort du Septième Sceau de BERGMAN.

La plus grande partie de la musique est donc de PROKOFIEV (qui au passage a lui-même adapté le Guerre et Paix de Tolstoï sous forme d’un opéra). Dès le générique, on peut ainsi entendre la Suite du Lieutenant Kijé,

Prokofiev Lieutenant Kijé

suivie dans la première scène par la musique que Prokofiev a écrite pour Alexandre Nevski, le formidable film d’EISENSTEIN. On peut également entendre la marche de l’Amour des trois oranges.

Prokofiev Alexandre NevskiCliquez sur une scène du formidable film de Sergeï Eisenstein

Outre ces citations musicales, c’est dans ce film qu’on trouve le dialogue suivant entre le héros et son père, dialogue qui cite à peu près tous les romans de Dostoïevski.

Tu te rappelles notre jeune voisin, Raskolnikov ?

Oui.

Il a tué deux femmes.

Non, quelle terrible histoire !

C’est Bobick qui me l’a dit. Les frères Karamazov le lui ont dit.

Il a dû être possédé !

Il était immature.

Immature ! C’était un idiot.

Et il a joué la carte de l’offensé.

C’était un joueur.

Allen War and Death the EndCliquez sur l’image finale