Cinéma, Compositeurs, Historique, Mythologie

Camille SAINT-SAËNS (1835 – 1921)

Camille SAINT-SAËNS est né à Paris le 9 octobre 1835. Son père meurt quand il a deux mois, et il est élevé par sa mère, peintre, qui veut faire de son fils un artiste. Il apprend le piano avec une grand-tante, et se révèle vite être un enfant prodige. À onze ans, il donne son premier concert, où il joue le 3concerto de Beethoven. Il entre au Conservatoire de Paris en 1848, où il a GOUNOD comme professeur de composition. Il se distingue de ses petits camarades compositeurs français en n’obtenant pas le Grand Prix de Rome, et il sort du Conservatoire avec un prix d’orgue.

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En 1853, à la sortie du Conservatoire, Saint-Saëns devient titulaire de l’orgue de Saint-Merri, où il se fait remarquer par BERLIOZ et LISZT. Avec un tel parrainage, il n’est pas étonnant qu’il se soit distingué plus tard avec ses poèmes symphoniques (Liszt est considéré comme « l’inventeur » du poème symphonique.) En 1857, il prend les commandes des grandes orgues de La Madeleine à Paris, où il restera 20 ans. C’est à cette occasion qu’il écrit son Ave Verum.

Saint-Saëns Ave VerumCliquez sur le chœur

En 1861, Saint-Saëns est professeur de piano dans une école de musique à Paris, où il a comme élève Gabriel FAURÉ et André MESSAGER. Pour le piano, il écrit cinq concertos, dont un en seulement dix-sept jours pour permettre à son ami Anton RUBINSTEIN d’avoir quelque chose de neuf à jouer lors d’un séjour à Paris. En 1870, il s’installe en Angleterre et a l’occasion de jouer devant la reine Victoria. Il compose également de la musique de chambre (Sonate pour piano et violoncelle, Rondo capricioso pour violon [1870]).

Saint-Saëns sonate piano violoncelle no 1Cliquez sur la pianiste et le violoncelliste (et la tourneuse de pages)

En 1871, de retour en France, Saint-Saëns fédère autour de lui un groupe de jeunes musiciens français, et fonde la Société nationale de musique, pour défendre une musique conforme au génie français (on sortait alors de la guerre perdue contre la Prusse), société à laquelle adhèrent notamment César FRANCK ou son élève Gabriel Fauré.

En 1872, il compose un premier opéra, La Princesse Jaune, qui est un échec. Ses poèmes symphoniques qui datent de la même décennie connaissent plus de succès (Le Rouet d’Omphale en 1871, Phaéton en 1873 d’après les Métamorphoses d’OVIDE, La Danse Macabre en 1874…)

Saint-Saëns PhaetonCliquez sur l’image

En 1875, Saint-Saëns se marie, mais son mariage est un échec. Après la mort de ses deux enfants en 1878, il se sépare de sa femme et assume désormais son homosexualité. 1875 est aussi l’année de sa première tournée à Saint-Pétersbourg, où il dirige La Danse Macabre.

Saint-Saëns la danse macabreCliquez sur l’orchestre

En 1877, il reçoit une forte somme de la part d’un mécène, qui meurt cette même année. Il écrit son chef-d’œuvre (pour l’opéra) Samson & Dalila (créé par Liszt en 1877 à Weimar).

Saint-Saëns Samson et Dalila Printemps qui commenceCliquez sur Dalila

En 1878, il crée son Requiem à la mémoire de son mécène. Il fait jouer les poèmes symphoniques de son ami Liszt en France.

Dans les années 1880, Saint-Saëns entre à l’Académie des beaux-arts et reçoit la Légion d’honneur. En 1883, il compose l’opéra Henry VIII, et en 1886, sa monumentale Symphonie avec orgue, (dédiée à la mémoire de Liszt) et le délicieux Carnaval des animaux.

Saint-Saëns symphonie avec orgueCliquez sur l’organiste

Saint-Saëns le carnaval des animauxCliquez sur les animaux

À partir de 1888, après la mort de sa mère, il se met à voyager, notamment en Algérie et en Égypte, où il subit l’influence des musiques orientales (son cinquième concerto de piano est appelé « l’égyptien »).

En 1898, on crée son opéra Déjanire aux Arènes de Béziers.

Saint-Saëns Déjanire version BandaCliquez sur la banda

En 1906, lui qui a déjà joué partout en Europe part en tournée aux États-Unis. En 1908, il est également le premier compositeur de musique de film (L’assassinat du duc de Guise).

Saint-Saëns meurt à Alger le 16 décembre 1921, à l’âge de 86 ans.

Saint-Saëns autographe(autographe de Saint-Saëns, collection de l’auteur de ce blog)

Et pour retrouver d’autres compositeurs ou compositrices à qui j’ai consacré un article c’est ici: Compositeurs.

Cinéma, Jazz, Mes opéras préférés

PORGY & BESS, de GERSHWIN (1935)

Remarquable fusion entre l’opéra et la musique noire (jazz et spiritual), Porgy and Bess a été composé par GERSHWIN en 1935, deux ans avant sa mort. Cet opéra est relativement difficile à monter sur scène parce que par disposition testamentaire de George et Ira (son frère), il ne doit être joué que par des noirs.

Il existe une version cinématographique jouée par des noirs, dont l’acteur Sidney POITIER, mais les droits en sont actuellement bloqués par la famille qui estime que cette version n’est pas fidèle à l’original.

Acte I : Par un soir d’été, Clara chante une berceuse à son bébé (Air : « Summertime »).

Gershwin Porgy and Bess SummertimeCliquez sur Clara berçant son bébé

Les hommes se préparent à jouer aux dés. Serena, la femme de Robbins a un mauvais pressentiment. Porgy, l’infirme, les rejoint. L’assemblée se moque de lui, et de son intérêt pour Bess. Crown, un docker, arrive avec son amie, Bess. Sporting Life, le dealer, lui fournit de la drogue. Crown, battu aux dés, s’en prend à Robbins, qui a gagné, et le tue. La foule se disperse avant que la police n’arrive. Sporting Life propose à Bess qui lui a demandé de la drogue de le suivre à New York, mais elle refuse. Porgy recueille chez lui Bess qui ne sait où aller.

La communauté pleure la mort de Robbins (Chœur : « Where is broder Robbins »).

Gershwin Porgy and Bess where is broder RobbinsCliquez sur le théâtre

Une quête est organisée pour payer l’enterrement, Porgy arrive avec Bess, mais on refuse l’argent de celle-ci avant qu’elle n’annonce qu’elle n’est plus avec Crown, mais avec Porgy. La police arrive et accuse Peter. Celui-ci dénonce Crown et est embarqué au poste en tant que témoin, le temps que la police attrape Crown.

Le croque-mort arrive, et commence par refuser d’enterrer Robbins pour si peu d’argent, avant de se laisser convaincre. Bess entonne un spiritual et Serena chante son chagrin.

Acte II : Plus tard, Clara chante sa crainte à l’approche de la saison des ouragans. Jake dit son intention d’aller en bateau aux Blackfish Banks. Porgy chante (Air : « I got plenty o’ nuttin’ »), et Clara fait remarquer à quel point il a changé depuis qu’il est avec Bess.

Gershwin Porgy and Bess I got plenty o'Nuttin'Cliquez sur Porgy

Le dealer se fait chasser par la tenancière. Un avocat cupide paraît pour arranger le divorce de Crown et Bess, mais il se fait payer plus cher quand il apprend qu’ils n’étaient pas mariés ! Archdale annonce à Porgy qu’il va payer la caution de Peter. La communauté s’apprête à partir en pique-nique, mais Bess préfère rester seule. Le dealer l’encourage dans cette voie, et lui propose de la drogue. Elle refuse mais il insiste. Porgy le menace, mais il rit de son infirmité avant de partir. Duo d’amour entre Porgy et Bess (Duo : « Bess, you is my woman now ») où Porgy demande à Bess d’aller au pique–nique et de s’amuser.

Gershwin Porgy and Bess Bess, you is my Woman nowCliquez sur Porgy et Bess

Sur l’île, le pique-nique bat son plein. Le dealer donne une lecture blasphématoire de la bible (« It ain’t necessary so… »), reprise par le chœur.

Gershwin Porgy and Bess It ain't necessarily soCliquez sur Cab Calloway

Ils sont interrompus par Serena qui leur reproche leur impiété et leur hypocrisie. Mais déjà il est l’heure de prendre le bateau pour rentrer. Bess est interpellée par Crown, qui avait trouvé refuge sur l’île. Il lui dit qu’il reviendra la chercher et assure son emprise sur Bess, qui rate le bateau.

Une semaine plus tard, Jake s’apprête à prendre la mer. Bess, revenue après 48 heures et malade depuis une semaine est en proie au délire. On voit arriver Peter, sorti de prison. Serena prie Jésus pour la guérison de Bess (« Oh, Dr. Jesus »).

Gershwin Porgy and Bess Oh Doctor Jesus Ella FitzgeraldCliquez sur Ella Fitzgerald

Les commerçants se succèdent pour vendre leurs marchandises et pour essayer de sortir Bess de son état. Bess appelle Porgy à son chevet. Porgy lui dit qu’il sait qu’elle a revu Crown. Elle répond qu’il va venir la chercher et qu’elle est trop faible pour lui résister (elle l’a dans la peau). Porgy demande « et s’il n’existait pas ». Bess répond qu’alors elle resterait avec lui parce que c’est lui qu’elle aime.

On retrouve Clara qui attend sur l’embarcadère son mari Jake. La cloche annonçant l’ouragan sonne. La communauté se rassemble et prie (reprise de : « Oh, Dr. Jesus »). Clara reprend la prière pour son enfant (sur l’air de « Summertime »). Porgy demande à Bess ce qui la préoccupe, et lui dit que personne ne peut survivre sur l’île dans cette tempête. Des coups sont frappés à la porte. Les superstitieux pensent que c’est la mort, mais en fait c’est Crown qui arrive. Il est revenu chercher Bess, qui lui répond que son nouvel homme, c’est Porgy. Crown porte la main sur Bess, Porgy veut intervenir, mais il est repoussé par Crown. À Clara qui le menace du châtiment divin, il répond en blasphémant. Clara voit par la fenêtre le bateau dérivant de Jack. Elle sort dans la tempête, suivie de Crown qui lance un défi à Porgy.

Acte III : Après la tempête, on enterre Clara (Chœur : « Clara, Clara »). Sporting Life est le seul à ne pas s’affliger.

Gershwin Porgy and Bess Clara, ClaraCliquez sur l’image

Bess s’occupe du bébé de Clara (« Summertime »). Le soir, Crown réapparaît et s’approche de la maison de Porgy. Porgy le tue.

Des policiers arrivent et veulent voir Serena. Elle fait croire qu’elle est alitée depuis trois jours. Ils interrogent alors Porgy et lui demandent de venir identifier le corps de Crown. Sporting Life lui fait peur en lui disant que si son regard porte sur Crown, ses blessures se remettront à saigner, révélant ainsi sa culpabilité. Après le départ de Porgy, Sporting Life donne de la drogue à Bess et tente de la convaincre de le suivre à New York.

Une semaine plus tard, Porgy revient, la police n’a rien pu retenir contre lui. Il explique qu’il a gagné beaucoup d’argent en prison grâce a ses dés et distribue des cadeaux à ses amis. Il appelle Bess, mais nul sinon l’écho ne répond à sa voix. Voyant le bébé dans les bras de Serena, il se précipite dans sa maison qu’il trouve vide. Les femmes lui disent qu’elle a suivi Sporting Life à New-York. Il part la chercher à New York (Oh lawd, I’m on my way).

Animation 1, Cinéma, Compositeurs, littérature, Woody Allen

George GERSHWIN (1898 – 1937)

George GERSHWIN est né le 26 septembre 1898 à Brooklyn. Fils d’une famille de juifs russes émigrés à la fin du XIXe siècle, il grandit à New-York. Il découvre le piano à l’âge de 12 ans, et montre tout de suite de grandes dispositions pour la musique. Auteur de chansons, puis de comédies musicales, il publie sa première composition à 18 ans.

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En 1924, il honore une commande pour un concerto-jazz, la fameuse Rhapsody in blue qui lancera la carrière internationale de Gershwin.

(En 1979, Woody ALLEN ouvrira son magnifique Manhattan sur cette Rhapsody in blue.)

En 1924, il signe un contrat pour un concerto de piano. Sitôt le contrat signé, il se précipite dans une librairie pour acheter un manuel de composition pour son concerto ! Il en résulta le Concerto en fa (1925).

Gershwin concerto en faCliquez sur la pianiste

En 1928, il rencontre RAVEL qui effectuait une tournée aux U.S.A. Il lui demande des cours de composition, Ravel refuse, au titre qu’il ferait « du Ravel de seconde classe, au lieu de faire du Gershwin de première classe » (rapporté par Jean ECHENOZ dans Ravel.) Gershwin part à son tour en tournée, en Europe, et c’est à Paris qu’il termine une autre de ses œuvres très populaires, Un Américain à Paris (1928).

Gershwin An American in ParisCliquez sur l’orchestre 

(On trouve quelques mesures de Un Américain à Paris au début de One cab’s Family du génial Tex AVERY.)

Parmi ses mélodies figurent de nombreuses pièces qui sont devenues des standards du jazz, comme « The Man I love »

Gershwin The Man I loveCliquez sur l’image

ou encore I got Rhythm (qu’on peut entendre sur la B.O. de Celebrity [1989], de Woody Allen.)

Gershwin I got rythmCliquez sur le trio de jazz

George Gershwin a beaucoup travaillé avec son frère Ira (diminutif d’Israël) comme parolier, que ce soit pour ses mélodies ou ses comédies musicales.

En 1935, ils écrivent ensemble l’opéra jazz Porgy and Bess qui connaîtra un immense succès, plus peut-être dans le milieu du jazz que dans celui de l’opéra. Il en existe de nombreux enregistrements, dont un fameux de Ella FITZGERALD et Louis ARMSTRONG.

Gershwin Porgy and Bess SummertimeCliquez sur Satchmo

Gershwin meurt le 11 juillet 1937 d’une tumeur au cerveau.

Retrouvez plus de billets consacrés aux compositeurs en cliquant sur ce lien : Compositeurs.

Cinéma, Mythologie, Nature, Valse

LES QUATRE SAISONS (5) – L’HIVER (2)

Après un premier billet sur la mise en musique de l’hiver, billet paru il y a un an (déjà), voici une suite des aventures musicales de l’hiver.

Évidemment, quand on dit Quatre saisons et musique, on pense aussitôt à VIVALDI.

Vivaldi l'hiver

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Mais avant Vivaldi, LULLY avait écrit en 1687 Isis, d’après les Métamorphoses d’Ovide. On y apprend que Junon, jalouse de Io courtisée par Jupiter, poursuit celle-ci jusqu’à l’embouchure du Nil. Jupiter demande alors à Junon de l’épargner, ce qu’elle accepte de faire en la transformant en déesse. Dès lors, Io s’appellera Isis et sera vénérée par les Égyptiens. Il y a dans Isis un très bel air tremblé « Hiver qui nous tourmente ».

Lully ISIS Hiver qui nous tourmente

Cliquez sur les Pages du roi

PURCELL s’en souviendra quelques années plus tard (en 1691) quand il écrira l’air du génie du froid du King Arthur, avec son fameux Cold Song.

purcell king arthur cold song Orlinski

Cliquez sur le génie du froid

Un peu à la lisière de l’opéra, il y a le fabuleux Voyage d’hiver (Winterreise) de SCHUBERT. Ce presqu’opéra est en fait un cycle de 24 lieders narrant l’errance d’un voyageur en hiver.

Schubert Winterreise Erstarrung

Cliquez sur la partition
En 1882, WALDTEUFEL écrit la Valse des patineurs (peut-être la seule partition de lui qui soit restée au répertoire).

Waldteufel Valse des patineurs

Cliquez sur Émile Waldteufel

En 1892, CATALANI écrit La Wally dont l’action se déroule au Tyrol. La fin de cet opéra se passe à Noël, dans une tempête de neige. Je vous propose d’écouter le fameux air « Ebben ? Ne andro lontana », dont DVORAK se souviendra probablement quand il écrira Rusalka en 1900. Les plus cinéphiles d’entre vous reconnaîtront cet air rendu fameux par Jean-Jacques BEINEIX dans son film Diva (1981).

Catalani La Wally ebben ne andro lontana

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En 1899, GLAZOUNOV écrit un ballet pour Marius PETIPA, Les Saisons. Écoutons l’hiver.

Glazounov les saisons l'hiver

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En 1938, PROKOFIEV écrit la musique du film Alexandre Nevski de Sergueï EINSENSTEIN. On y trouve la fameuse scène de la bataille sur le lac gelé.

Cliquez sur l’imageProkofiev Alexandre Nevski

P.S. : pour mes lecteurs de l’hémisphère Sud, vous pouvez considérez que ce billet s’applique à l’été. Retournez le voir le 21 juin, quand je publierai un billet sur l’été dans l’hémisphère Nord. (D’accord, les références à Noël ne seront plus d’actualité 😉🍾)

Écrivains, Cinéma, littérature, Shakespeare

CERVANTÈS (1547 – 1616) ET LE QUICHOTTE

Cervantes par Adrian

Madame, là où il y a musique, il ne saurait y avoir chose mauvaise. (Cervantès)

Miguel de CERVANTÈS, né le 19 septembre 1547 a écrit le premier livre de son Don Quichotte en 1605, c’est à dire à l’époque où se créait l’opéra. (L’Orfeo de Monteverdi date de 1607.) Ce roman, dont le titre espagnol est El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha, est souvent considéré comme étant le premier roman « moderne ». Rappelons qu’à cette même époque de bouillonnement intellectuel, Shakespeare, mort la même année que Cervantès, fixait les règles du théâtre lui aussi « moderne ».

Cervantès était attiré par l’héroïsme et la gloire. Soldat, il perd la main gauche à la bataille de Lépante (1571), puis est fait prisonnier par les « Barbaresques ». Son séjour en captivité lui donne l’occasion de montrer sa fermeté d’âme. Rendu à la vie civile, il est réduit à un rien social, loin de ses aspirations de grandeur. Dès lors, il se consacre à l’écriture. Son grand œuvre intervient vers la fin de sa vie puisqu’il a 58 ans quand paraît le premier livre et 68 ans pour le second.

Miguel de Cervantès meurt le 22 avril 1616 à Madrid, à l’âge de 68 ans.

Don Quichotte a connu des fortunes diverses à l’opéra.

Une des premières adaptations est The Comical History of Don Quixote (1695) de Purcell.

En 1743, Joseph Bodin de Boismortier a écrit un Don Quichotte chez la duchesse, sur un livret de Charles Favart, l’un des fondateurs de l’opéra-comique.

Bodin de Boismortier Don Quichotte

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En 1761, c’est Telemann qui écrit son Don Quichotte.

Telemann Don Quixote Suite

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Païsiello écrira son Don Chisciotte della Mancia :

Paisiello Don Chisciotte della MAncia Acte II Scene 7
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Un peu plus tard, c’est Jules Massenet (1842 – 1912) qui mettra en musique le roman picaresque, en 1910, avec son Don Quichotte.

Massenet Don Quichotte Quand apparaissent les étoiles

En 1922, Manuel de Falla écrit Les Tréteaux de Maître Pierre (El Retablo de Maese Pedro) d’après un épisode du Quichotte.

Maurice Ravel (1875 – 1937) a écrit un cycle de mélodies, les chansons de Don Quichotte à Dulcinée (1932 – 1933), il s’agit de sa dernière œuvre achevée.

Ravel Don Quichotte à Dulcinée
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Jacques Ibert (1890 – 1962) a écrit quatre mélodies sur Don Quichotte.

Ibert Don Quichotte
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Richard Strauss a écrit une pièce pour violoncelle et orchestre qui a pour titre Don Quixote.

Strauss Richard Don Quichotte
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Et Korngold a écrit la suite pour piano Don Quixotte.

Korngold Don Quixote
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En 2021, Franck Bédrossian écrit Don Quixote, un concerto pour un pianiste, son assistant et orchestre de chambre.

L’adaptation en comédie musicale du roman de Cervantès a été une des grandes affaires de Jacques Brel. Malheureusement, son Homme de la Mancha n’a jamais rencontré le succès qu’il escomptait.

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Un autre échec célèbre est l’adaptation au cinéma par Terry Gillian, Jean Rochefort qui devait tenir le rôle de l’hidalgo s’étant cassé une jambe peu de temps avant le début du tournage, c’est tout le projet de film que le cinéaste a dû abandonner.

(P.S. les éléments qui m’ont permis de caractériser Cervantès sont issus de l’Encyclopedia Universalis, éd. 1993).
Animation 1, Compositeurs, Histoire de l'opéra

LE GROUPE DES CINQ

Dans le cadre de l’éveil des écoles nationales, des compositeurs russes se sont fédérés autour de BALAKIREV (1836 – 1910) pour former ce qu’on a appelé le Groupe des Cinq. Leur motivation était d’écrire de la musique russe, en se détachant des canons imposés de la musique occidentale. (TCHAÏKOVSKI, très influencé par cette musique occidentale, ne faisait pas partie de ce groupe dont il ne comprenait pas, au début, la musique.)

Ces compositeurs étaient :

Autodidacte pour la musique, Borodine a poursuivi des études scientifiques et devient docteur en médecine. À côté de ses études, il compose néanmoins et a l’occasion de rencontrer Moussorgski. C’est Balakirev qui le fait entrer dans le groupe des cinq en 1862. L’œuvre la plus connue (chez nous) de Borodine est certainement le poème symphonique Dans les Steppes de l’Asie centrale, dédié à Franz LISZT.

Borodine dans les steppes de l'Asie centraleCliquez sur l’image

Il a également écrit de la très belle musique de chambre, ainsi que l’opéra le Prince Igor, célèbre pour ses « Danses polovtsiennes ».

  • César CUI (1835 – 1918)

Ingénieur en génie civil, il rencontre Balakirev en 1856, et c’est à son contact qu’il se met à écrire de plus en plus de musique. Parmi les opéras écrits par César Cui on peut noter un Mademoiselle Fifi (1900) d’après Guy de MAUPASSANT ainsi que deux opéras pour enfants Le petit Chaperon rouge (1911) et le Chat botté (1913).

Cui MagnificatCliquez sur le magnificat

Moussorgski est célèbre pour son opéra Boris Godounov, mais aussi pour les Tableaux d’une exposition ou encore la Nuit sur le Mont Chauve, rendue populaire par Walt DISNEY dans son dessin animé Fantasia.

Moussorgski Une nuit sur le mont chauve FantasiaCliquez sur l’image

Si le club groupe des cinq s’est formé autour de l’autodidacte Balakirev, Rimski-Korsakov en était le véritable ciment, et il a aidé, orchestré, voire complété les œuvres de ses camarades.

Rimsky-korsakov ouverture sur 3 thèmes russesCliquez sur l’image

Cinéma, littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« TEL QU’EN LUI-MÊME ENFIN L’ÉTERNITÉ LE CHANGE », de MALLARMÉ

Après Oh si chère de loin, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images de ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, j’ai donc choisi d’illustrer le Tombeau d’Edgar Poe, que Mallarmé a écrit à l’occasion de l’érection d’un monument à sa mémoire.

Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change,

Monteverdi Orfeo finalCliquez sur l’image

Le poète suscite avec un glaive nu

Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu,

Que la mort triomphait en cette voix étrange !

Eux, comme un vil sursaut d’hydre oyant jadis l’ange,

Messiaen Saint-François d'Assise l'ange musicienCliquez sur l’ange

Donner un sens plus pur aux mots de la tribu,

Proclamèrent très haut le sortilège bu

Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.

Verdi Macbeth Tre volte miagolaCliquez sur les sorcières

Du sol et de la nue hostiles, ô grief !

Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief

Dont la tombe de Poë éblouissante s’orne

Calme bloc ici bas chu d’un désastre obscur

Kubrick 2001 monolitheCliquez sur le monolithe

Que ce granit du moins montre à jamais sa borne

Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.

Wagner Crépuscule des dieux corbeaux de WotanCliquez sur la mort de Siegfried

Citations :

L’éternité le change : à la fin de l’Orfeo de MONTEVERDI, Apollon fait monter Orphée au ciel où il jouira de l’immortalité pour contempler l’image d’Eurydice.

Oyant jadis l’ange : j’ai choisi ici l’ange musicien, à l’acte II du Saint-François d’Assise (1983) de MESSIAEN.

Dans quelque noir mélange : au début de l’acte III de Macbeth de VERDI, les sorcières préparent un breuvage infernal (un noir mélange) leur permettant de lire l’avenir.

Calme bloc ici bas chu d’un désastre obscur : ce vers me fait immanquablement penser au monolithe du film 2001 a Space Odyssey de Stanley KUBRICK. La musique qui accompagne cette scène est le Requiem de LIGETI.

Aux noirs vols du blasphème : ces « noirs vols du blasphème » me font penser aux corbeaux de Wotan, annonciateurs de la mort de Siegfried à la fin du Crépuscule des dieux, d’autant que le Corbeau d’Edgar Allan Poe est un des poèmes traduits par Mallarmé en français.

Cinéma, Compositeurs, Shakespeare

Henry PURCELL (1659 – 1695)

Henry PURCELL est né à Londres le 10 septembre 1659. Son père appartient à la Chapelle Royale. Le jeune Henry entre comme enfant de chœur à la Chapelle Royale, où il commence son éducation musicale.

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Purcell entre ensuite à l’école de l’abbaye de Westminster. Il poursuit ses études musicales avec John Blow et compose diverses musiques de scène, dont une ouverture pour le Timon d’Athènes, de Shakespeare (1678).

En 1679, il prend le poste d’organiste de l’abbaye de Westminster, tenu jusqu’ici par son maître John Blow, poste qu’il gardera jusqu’à sa mort. Il se consacre alors à l’écriture de cantates et de musique de chambre.

Il se marie en 1681. L’année suivante il devient organiste de la Chapelle Royale. Il ajoute à sa palette musicale la composition de musiques pour la famille du roi.

En 1686, soucieux de créer un théâtre musical dégagé de l’influence italienne qui régnait alors, il compose, dans l’ancien style des masques élisabéthains, Didon et Énée (1689) et King Arthur (1691), sur des livrets de John Dryden,

 Purcell King Arthur How happy the loversCliquez sur l’image

ainsi que The Fairy Queen (1692), une adaptation du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare.

Il écrit de nombreux airs,

Purcell O solitude DellerCliquez sur la partition

ainsi que de la musique solennelle, Ode à Sainte Cécile (1692), Musique pour les funérailles de la reine Marie (1694).

Purcell Musique pour les funérailles de la reine MaryCliquez sur l’image

(Les cinéphiles reconnaîtront un thème de la bande originale du film Orange mécanique [a Clockwork orange] de Stanley Kubrick).

Il meurt le 21 novembre 1695 en laissant inachevé The Indian Queen, et sera le dernier grand compositeur anglais avant une relève qui mettra deux siècles à venir, avec Britten.

Le masque élisabéthain : Cette forme est héritée des représentations que la noblesse donnait en l’honneur du roi ou de la reine, et qui mélangeaient théâtre et musique. Elle s’est ensuite popularisée.

Écrivains, Bande dessinée, Cinéma, littérature

Gustave FLAUBERT (1821 – 1880)

Gustave FLAUBERT naît à Rouen le 12 décembre 1821. Son père, Achille, est chirurgien à l’Hôtel-Dieu de cette ville. En 1831, il entre au collège royal de Rouen et commence à écrire. En 1834, il travaille à un roman, Isabeau de Bavière, dont on n’a pas gardé la trace.

En 1837, il écrit Bibliomanie, premier de ses textes à être publié, l’année suivante, dans une revue rouennaise.

En 1841, Gustave descend à Paris pour suivre des études de droit. En 1843, il commence la première version de l’Éducation sentimentale, version qui sera achevée en 1845. En 1844, il s’installe au Croisset, près de Rouen, où il demeurera jusqu’à sa mort le 8 mai 1880.

Le style de Flaubert est reconnaissable par le souci qu’il avait de trouver toujours le mot le plus juste, et par-dessus tout, le rythme de la phrase.

Si vous avez lu Madame BOVARY (1856) de l’ami Tatave, vous vous souvenez peut-être de ce chapitre où Emma va écouter Lucia di Lammermoor, de DONIZETTI, à l’Opéra de Rouen.

donizetti Lucia air de la folieCliquez sur Lucia

Il faudra attendre presque un siècle pour que ce roman soit adapté à l’opéra. En 1933, Darius MILHAUD écrit deux chansons sur ce thème, puis en 1951, c’est un autre Rouennais, Emmanuel BONDEVILLE, qui l’adapte dans un opéra-comique.

Bondeville Emma BovaryCliquez sur la partition

Salammbô (1857 – 1862) semble avoir une forme faite pour l’opéra. C’est à VERDI que Flaubert pense dès la fin de 1862 pour mettre son roman en musique, mais ce projet ne se réalisera pas. En 1863 – 1864, MOUSSORGSKI travaille au Lybien, un projet d’opéra d’après Salammbô. Finalement, c’est le post-wagnérien REYER (1823 – 1909) qui compose en 1890 un opéra inspiré de ce roman, opéra qui connaîtra un beau succès à son époque.

Reyer SalammbôCliquez sur Salammbô

Encore en 1998, le compositeur FÉNELON crée son Salammbô. Parmi les projets non aboutis de mise en musique de ce roman, on peut encore citer ceux de DEBUSSY ou de RACHMANINOFF, et celui de CAPLET en 1902.

À signaler encore le Salaambô (2021) d’Othman Louati, 9 tableaux électroniques avec trompette.

Le conte Hérodias, tirés des trois contes (1877) servira à MASSENET pour son opéra Hérodiade (1881). C’est ce même sujet biblique qui inspirera MALLARMÉ pour son Hérodias, qui deviendra Salomé en 1905 sous la plume de Richard STRAUSS.

Massenet HérodiadeCliquez sur l’image

De Flaubert, on connaît le Dictionnaire des idées reçues (publié à titre posthume en 1913). Si on le feuillette, on trouve :

à l’entrée Opéra : « Paradis de Mahomet sur la terre. »

à l’entrée WAGNER : « Ricaner quand on entend son nom, faire des plaisanteries sur la musique de l’avenir. »

Enfin, comme j’ai aussi une casquette Bande Dessinée (et une casquette space opera), je m’en voudrai de ne pas citer l’adaptation de Salammbô par Philippe DRUILLET en 1980.

druillet

Pour boucler la boucle, et puisque j’ai commencé ce billet avec l’air de la folie de Lucia di Lammermoor, je vais le terminer avec ce même air en version space opera, puisque Luc BESSON, dans son film le 5e élément fait chanter cet air par une diva galactique, Plavalaguna, qui chante l’air de la folie, de Lucia de Lammermoor, de DONIZETTI.

donizetti Lucia air de la folie le 5e élémentCliquez sur Plavalaguna

(P.S. promis, vous aurez un jour un billet sur le space opera.)

(P.P.S. j’avais presque terminé ce billet quand j’ai découvert le lien suivant, qui m’a permis de l’enrichir. Je vous le livre donc, si vous voulez en savoir plus sur Flaubert et sa mise en musique :

https://journals.openedition.org/flaubert/3546 )

Cinéma, Mes opéras préférés

TOMMY, des WHO (1969)

Créé en 1969, l’opéra-rock Tommy, des WHO, comporte bon nombre de classiques du rock, de « Amazing Journey » à « Pinball Wizard » en passant par « See me, feel me ».

Après l’enregistrement de l’album, les Who l’ont joué en tournée dans le monde entier pendant près de 2 ans, notamment au festival de Woodstock. Il y a également eu une version jouée avec le London Symphony Orchestra, ainsi qu’un film de Ken Russell, dans lequel joue une pléiade d’artistes pop, d’Elton JOHN à Éric CLAPTON en passant par Tina TURNER.

The Who Tommy le filmCliquez sur la bande-annonce du film

Dans les années 1990, Tommy a été également adapté en comédie musicale.

Acte I : L’opéra-rock commence traditionnellement par une ouverture (Overture) très wagnérienne en ce qu’elle expose les principaux leitmotivs qui serviront tout au long de l’œuvre.

The Who Tommy OvertureCliquez sur la pochette du disque

À la fin de la guerre 14 – 18, le capitaine Walker n’est pas revenu et ne connaîtra donc pas son fils qui doit naître (« It’s a boy). Quand il rentre à la maison trois ans plus tard, il tue d’amant de sa femme devant les yeux du petit Tommy, à qui on demande de ne jamais rien dire de ce qu’il a vu et entendu. traumatisé, Tommy devient sourd, muet et aveugle (« Deaf, dumb and blind boy »).

Enfermé dans son inconscient, Tommy traduit musicalement ses impressions (« Amazing Journey »).

The Who Tommy Amazing journeyCliquez sur la pochette du disque

Ses parents l’emmènent voir le prêcheur d’une secte pour essayer de le guérir. (« You talk about your woman ») (« Eyesight to the blind »). À l’occasion de Noël, les parents se demandent comment un enfant qui ne peut ni voir, ni entendre, ni parler pourrait découvrir la grâce de Jésus et donc être sauvé de la damnation éternelle (« Christmas »).

The Who Tommy ChristmasCliquez sur Keith MOON

On entend la première exposition des fameux thèmes « Tommy can you see me » et « See me, feel me ».

The Who Tommy See Me Feel Me WoodstockCliquez sur l’image

Après différentes expériences malheureuses, le premier acte se termine par une Underture.

Acte II : Ses parents confient Tommy à son oncle Ernie, un vieux pervers alcoolique, qui l’abuse sexuellement (« Fiddle about »).

Tommy se découvre un génie pour le flipper (« Pinball wizard »), il devient champion et célèbre.

The Who Tommy Pinball WizardCliquez sur l’image

Nouvelle tentative de le guérir (« There’s a doctor ») (« See me, feel me »). Le docteur déclare que les sens de Tommy fonctionnent bien, mais qu’il a un blocage psychosomatique. La mère de tommy essaye d’entrer en contact avec lui (« Tommy can you hear me ? »), mais celui-ci reste à se contempler dans le miroir. La mère brise le miroir (« Smash the Mirror »).

Le bris du miroir sort Tommy de sa prison intérieure, et il se sent enfin libre (« Sensation »). Sa guérison fait la une des journaux (« Miracle cure »), et Tommy gagne un statut de gourou. Désormais, il va essayer de mener les gens à son niveau d’expérience. Lors d’un de ses discours, « Sally Simpson », une pauvre petite fille de riche qui veut essayer de toucher le nouveau Messie, se fait rudoyer par le service d’ordre. Tommy essaye de guider ses disciples (« I’m free »). Devant l’affluence de gens qui veulent suivre Tommy, Tommy fait construire un camp pour les accueillir (« Tommy’s Holidays Camp »). C’est l’oncle Ernie qui est chargé de les accueillir.

Tommy demande à ses disciples de devenir sourds, muets et aveugles pour atteindre son niveau spirituel, mais la foule ne le suit pas, et Tommy se retrouve seul. (« We’re not gonna take it »).

The Who Tommy We're not gonna take itCliquez sur l’image

Curieusement, le thème de Tommy est très proche d’un autre opéra-rock anglais, le fameux The Wall (1979) de Pink Floyd (le père qui n’est pas revenu de la guerre, le héros coupé du monde derrière le mur mental qu’il s’est forgé,…)