Blog

Écrivains, Cinéma, littérature, Poésie, Théâtre

Jean COCTEAU (1888 – 1963) – DEUXIÈME PARTIE

Poursuivons les aventures musicales de Jean COCTEAU, commencées dans la première partie qui lui a été consacrée.

En 1927, il renoue avec STRAVINSKY pour qui il écrit l’opéra Oedipus Rex. Cette même année, il donne le titre Opéra à un recueil de ses poèmes (écrits sous l’influence de l’opium.)

Stravinsky Oedipus Rex

Cliquez sur l’image et écoutez Cocteau nous présenter sa pièce

En 1929, il compose une pièce, La voix humaine, qui deviendra un opéra en 1959 avec une musique de Poulenc (et aussi un film de ROSSELLINI.) 1929 est aussi l’année d’écriture de la pièce Les Enfants terribles. Philipp Glass adaptera Les Enfants terribles à l’opéra en 1996.

En 1930, il tourne un film surréaliste, Le sang d’un poète, exact contemporain de L’âge d’or de Luis BUNUEL (et commandé par le même mécène, le vicomte de Noailles.) La musique en est de Georges Auric. Il écrit une Cantate pour un jeune prince russe arrivé à Paris, Igor MARKÉVITCH (qui de nos jours est plus connu pour sa carrière de chef d’orchestre.)

Auric Le Sang d'un poète

Cliquez sur l’image

En 1933 il écrit la pièce la Machine infernale, une nouvelle adaptation pour le théâtre du mythe d’Œdipe.

En 1934, c’est Blancharmure, préfiguration des Chevaliers de la Table ronde, pour laquelle Markevitch voulait écrire la musique.

En 1938, il écrit la pièce Les Parents terribles dont il fera un film en 1948.

Pendant la guerre, Cocteau est la cible de la presse collabo. Ainsi en 1941, L.F. CÉLINE appelle, dans le journal Je suis partout, à la liquidation pure et simple du « décadent » COCTEAU, au nom supérieur de la préservation de la « race ».

1943 est l’année de la création à la Comédie française de sa pièce Renaud et Armide, d’après la Jérusalem délivrée du Tasse.

En 1944, c’est l’Aigle à deux têtes, avec une musique d’Auric (création en 1946.) Cette pièce fera l’objet d’un film en 1948 avec les mêmes acteurs (Jean MARAIS, Edwige FEUILLÈRE).

Cocteau se tourne alors vers le cinéma, avec La belle et la bête (1945), avant que d’adapter le mythe fondateur de l’opéra avec Orphée en 1950.

En 1950, il écrit l’argument d’un ballet commandé par Auric pour l’Opéra : Phèdre.

Auric Phèdre

Cliquez sur l’image

En 1955, lui qui avait eu tant de mal à se faire jouer à la Comédie française entre à l’Académie française.

En 1959, la Voix humaine, mise en musique par Poulenc, entre au répertoire de l’Opéra-comique. ZEFFIRELLI met en scène le Poète et sa Muse, avec une musique de MENOTTI.

Poulenc La Voix humaine

Cliquez sur la Voix

En 1960, après la mort de Paul FORT, il reçoit le titre de Prince des poètes, titre qu’avaient porté avant lui notamment VERLAINE et MALLARMÉ.

Cocteau meurt en 1963, le même jour qu’Édith PIAF.

Le MET s'invite chez vous

LE MET S’INVITE CHEZ VOUS – SEMAINE du 25 au 31 mai

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 18 au 24 mai 2020.

Au sommaire deux BERLIOZ : La Damnation de Faust et Les Troyens, du bel canto avec la Somnambule et l’Élixir d’amour. Le STRAUSS hebdomadaire est Salomé et le PUCCINI Manon Lescaut.

Pour aller sur le site du MET : c’est ici. https://www.metopera.org/

Lundi 25 mai Berlioz La Damnation de Faust

Berlioz Damnation de Faust (MET)

Cliquez sur Faust

Mardi 26 mai VERDI Ernani, d’après Victor HUGO

Verdi Ernani (MET)

Cliquez sur Ernani, Elvira et don Carlo

Mercredi 27 mai Puccini Manon Lescaut

Puccini Manon Lescaut (MET)

Cliquez sur Manon et Des Grieux

Jeudi 28 mai Berlioz Les Troyens

Berlioz Les Troyens (MET)

Cliquez sur Didon

Vendredi 29 mai Bellini La Sonnambula (La somnambule)

Bellini La Sonnambula (MET) Dessay

Cliquez sur Amina

Samedi 30 mai Donizetti L’Elisir d’Amore (L’Élixir d’amour)

Donizetti L'Elisir d'amore (MET) Quanto amore

Cliquez sur Adina et Nemorino

Samedi 31 mai Strauss Salome

Strauss Salomé (Met)

Cliquez sur Salomé

Et voilà, bonne semaine, see you a next week.

Divers, Histoire de l'opéra

PORT DU MASQUE RECOMMANDÉ – Partie 1

En ces temps où le port du masque est recommandé dans l’espace public, je me suis interrogé sur le thème « Masque et opéra ».

Un peu d’histoire pour commencer. Pendant la période élisabéthaine, il y avait une forme de théâtre appelée le masque, mélange de théâtre, de musique et de ballets. Le premier opéra anglais est ainsi Le Siège de Rhodes (1656) de William DAVENANT. Les semi-opéras de PURCELL, écrits une trentaine d’années après, dérivent de ces masques.

Faisons à présent un saut dans le temps avec des opéras où les héros sont masqués.

En 1788, dans son Don Giovanni, MOZART fait apparaître un trio de vengeurs masqués, arrivant au château de Don Giovanni pour lui faire payer ses crimes.

Mozart don Giovanni trio des masquesCliquez sur le trio des masques

En 1833, dans son Gustave III ou le Bal masqué, D.F.E. AUBER écrit une des plus brillantes scènes de bal masqué.

Auber Gustave III finalCliquez sur l’image (et écoutez moi chanter dans les chœurs)

Dans Benvenuto Cellini (1834 – 1837), BERLIOZ nous fait assister à un brillant carnaval romain.

Berlioz Benvenuto Cellini CarnavalCliquez sur le carnaval romain

Le livret que SCRIBE avait écrit pour Auber a resservi à VERDI pour son Bal masqué (Un ballo in maschera), mais la censure autrichienne a exigé que l’intrigue soit modifiée pour que l’on ne voit pas un régicide sur scène.

Verdi Un ballo in mascheraCliquez sur l’image

Dans le Masque de la Mort rouge (The mask of the Red Death) (1845), Edgar Allan POE fait intervenir la Mort rouge, symbole de la peste qui sévit à l’extérieur d’un château où un Prince et ses courtisans se sont réfugiés pendant l’épidémie. Ce conte, traduit en français par BAUDELAIRE, a inspiré une partition (1923) à André CAPLET, un disciple de DEBUSSY.

Caplet Conte fantastique le Masque de la mort rougeCliquez sur l’image

Au premier acte de Roméo et Juliette  (1867) de GOUNOD, Roméo et ses amis assistent, masqués, à la réception que le père de Juliette donne pour les 18 ans de sa fille. C’est le coup de foudre entre les deux jeunes gens.

Gounod Roméo et Juliette extraits (masques)Cliquez sur l’image

Sept ans plus tard, en 1874, c’est Johann STRAUSS qui orchestre une scène masquée, dans la Chauve-Souris (Die Fledermaus), où Rosalinde, sous le masque d’une comtesse hongroise, piège son mari, incurable coureur de femmes.

trauss Der fledermaus la comtesse hongroiseCliquez sur la comtesse hongroise

Retrouvez prochainement sur ce blog d’autres masques (plus légers) dans « Port du masque recommandé – Partie 2« .

Écrivains, Cinéma, littérature, Poésie, Théâtre

Jean COCTEAU (1888 – 1963) – PREMIÈRE PARTIE

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi !

Issu d’un milieu aisé, (son grand-père a connu ROSSINI dont il a reçu un piano en legs,) le jeune COCTEAU a eu l’occasion d’entendre le violoniste Pablo de SARASATE jouer en quatuor avec ce grand-père.

Il n’a pas vingt ans qu’il tient déjà salon, où viennent DEBUSSY et Reynaldo HAHN, mais aussi de jeunes poètes ou des peintres comme BONNARD.

Poète précoce, Jean COCTEAU fréquente très jeune PROUST ou les ballets russes de DIAGHILEV. Il se tiendra toujours aux avant-postes de la modernité, passant de Dada au cubisme, mais rejeté par les surréalistes.

Dès 1910, Reynaldo Hahn (1874 – 1947), l’auteur de Ciboulette, met en musique un « mensonge en un acte » de Cocteau : La patience de Pénélope.

Après la présentation à Paris au début du siècle d’œuvres de RIMSKI-KORSAKOV (1844 – 1908)  (Schéhérazade, Le coq d’or), Diaghilev et ses ballets russes attaquent les années ’10 avec trois ballets de STRAVINSKY (1882 – 1971) : L’oiseau de feu (1910), Pétrouchka (1911) et surtout la déflagration provoquée par Le Sacre du printemps (1913).

Stravinsky le sacre du printempsCliquez sur l’image

Soucieux de se tourner vers ce milieu parisien où il triomphe, Diaghilev commande en 1912 une pièce à Cocteau. Ce sera Le dieu bleu, sur une musique de Hahn. En 1914, Cocteau travaille avec Stravinsky sur un projet de ballet : David.

En 1915, il met en chantier un Songe d’une nuit d’été, dont la musique sera confiée à Erik SATIE (1866 – 1925). Cette même année, le créateur de la musique concrète Edgar VARÈSE (1883 – 1965), qui avait dirigé la création du Songe, le présente à PICASSO. Cocteau confie la musique de David à Satie. En 1916, Cocteau demande à Picasso de réaliser le rideau de scène pour ce ballet, qui change de nom et devient Parade. En 1917, la création du ballet Parade réunit donc Cocteau, Satie, Picasso et Diaghilev ! (Excusez du peu.)

Satie ParadeCliquez sur l’image

En 1920, Cocteau détourne Le bœuf sur le toit de Darius MILHAUD (1892 – 1974), souvenirs musicaux de son passé au Brésil, en déposant un texte sur cette musique. Les décors sont de Raoul DUFY et la chorégraphie de MASSINE.

Milhaud Le Bœuf sur le toit

Il compose aussi le livret de Paul et Virginie, un opéra-comique prévu pour Satie.

En 1921, il écrit Les Mariés de la Tour Eiffel, musique du Groupe des six (enfin, cinq d’entre eux).

Groupe des six les Mariés de la Tour EiffelCliquez sur l’image

Cette même année, il écrit le Gendarme incompris, avec une musique de Francis POULENC.

En 1922, Arthur HONEGGER (1892 – 1955) lui écrit une musique de scène pour sa pièce Antigone. Les décors sont de Picasso et les costumes de CHANEL.

En 1924, il écrit Roméo et Juliette, avec une musique de Roger DÉSORMIÈRES. Dernière œuvre de Cocteau pour les Ballets russes, le Train bleu avec une musique de Milhaud.

Milhaud le Train bleuCliquez sur l’image

Et retrouvez sur ce blog la suite des aventures musicales de Jean Cocteau.

(Source principale : Pierre BERGÉ, Album COCTEAU de la Pléiade, éditions Gallimard, 2006.)

Grandes maisons d'Opéra

LA MONNAIE / DE MUNT S’INVITE CHEZ VOUS – période du 18 mai au 30 juin

Comme Paris, Londres, Vienne, Berlin ou New York, Le Théâtre Royal de la Monnaie / De Munt de Bruxelles nous offre, pendant la période de confinement liée au coronavirus, une riche sélection de ses spectacles, disponibles sur son site internet. Cette programmation est particulièrement intéressante en ce qu’elle nous offre, comme le mois dernier, à côté de quelques incontournables, des œuvres qui sortent des sentiers battus, puisqu’il y a même une création, pour nous rappeler que l’opéra est un art vivant, et que tous les ans sur les différentes scènes mondiales, on continue à créer des œuvres de spectacle musical et chanté !

Pour accéder au Théâtre de La Monnaie / De Munt, c’est ici :

https://www.lamonnaie.be/fr

Étaient ainsi disponibles, jusqu’au 30 juin :

MOZART La Flûte enchantée (Die Zauberflöte)

Mozart die zauberflöte la Monnaie

RIMSKI-KORSAKOV Le Coq d’or (La production du Conte du Tsar Saltan de Rimksi-Korsakov était un des grands moments de la sélection du mois précédent.)

Rimski-Korsakov Le coq d'or la MonnaieCliquez sur l’image

DONIZETTI L’Élixir d’amour (L’Elisir d’amor)

Donizetti L'Elisir d'amore La Monnaie

WAGNER Lohengrin

Wagner Lohengrin La Monnaie

BERLIOZ Béatrice et Bénédict

Berlioz Béatrice et Bénédict La Monnaie

Dick van der HARST, Moneim ADWAN et Howard MOODY Orfeo et Majnun, un spectacle de théâtre musical sans frontières issu de la collaboration entre trois compositeurs, deux librettistes et deux metteurs en scène, un des grands moments de la saison 2018. (Petit rappel, Moody est l’auteur de Push, un des plus beaux opéras présentés le mois dernier par La Monnaie / De Munt.)

Moody et al Orfeo et Majnun La MonnaieCliquez sur l’image

Le MET s'invite chez vous

LE MET S’INVITE CHEZ VOUS – Semaine du 18 au 24 mai 2020

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 18 au 24 mai 2020.

Au sommaire beaucoup de classiques, de Don Giovanni de MOZART à Turandot de PUCCINI en passant par Lohengrin de WAGNER ou Faust de GOUNOD !

Lundi 18 mai Mozart Idomeneo (Idoménée)

Mozart Idomeneo Quatuor acte IIICliquez sur l’image

Mardi 19 mai Wagner Lohengrin

Wagner Lohengrin duo Elsa Ortrud Acte IICliquez sur Elsa et Ortrud

Mercredi 20 mai VERDI Un Ballo in Maschera (Un Bal masqué)

Verdi Un ballo in mascherra Eri Tu (MET)Cliquez sur l’image

Jeudi 21 mai Puccini Turandot

Puccini Turandot Nessun dorma (MET)Cliquez sur Calaf

Vendredi 22 mai Mozart Don Giovanni

Mozart don Giovanni Air du catalogue (MET)Cliquez sur l’image

Samedi 23 mai Gounod Faust

Gounod Faust METCliquez sur Faust et Mephistopheles

Dimanche 24 mai MASSENET Manon

Massenet Manon trio acteIV (MET)Cliquez sur l’image saint-sulpicienne

Voilà, encore une belle semaine d’opéras à venir. See you a next week !

 

Mes opéras préférés

LOHENGRIN, de WAGNER (1850)

Lohengrin est le dernier opéra de Richard WAGNER à être bâti sur un schéma classique, avec grands airs, ensembles et chœurs. Il fut créé en 1850 à Weimar sous la direction de LISZT. Wagner écrivait lui-même ses livrets en puisant ses sujets dans les légendes. Pour Lohengrin, il a puisé dans le corpus des légendes germaniques, notamment dans le Parsifal de Wolfram von ESCHENBACH. (Wagner rendra hommage à W. von Eschenbach en en faisant un des héros d’un autre de ses opéras: Tannhaüser.)

Lohengrin, donc, est une adaptation de la légende du Chevalier au cygne et était une des « folies » du roi Louis II de Bavière, qui s’est fait construire le château de Neuschwanstein à partir de cette légende.

Suivant la classification de G.B.SHAW, nous sommes ici dans la structure classique (S+T)/(M+B) où une soprano (Elsa) et un ténor (Lohengrin) s’aiment, et sont empêchés par une mezzo (Ortrud) et un baryton (Telramund).

Prélude :

Wagner Lohengrin PréludeCliquez sur l’image

Acte I : L’action se passe à la cour des ducs de Brabant. On annonce la venue de l’empereur de Germanie. Après neuf ans de paix avec les voisins de l’Est, l’ennemi hongrois est de nouveau aux frontières. Il faut ressouder l’empire. L’empereur Heinrich demande à Friedrich de Telramund de lui expliquer ce qui se passe au duché de Brabant, qui n’a plus de chef. Telramund explique qu’à la mort du duc de Brabant, celui-ci lui a confié ses deux enfants, Elsa et Gottfried. Mais un jour, le fils a disparu. Telramund accuse Elsa d’avoir tué son frère. Devant tant de félonie, il a renoncé à la main d’Elsa, que le duc lui avait promise en mourant, et s’est marié avec Ortrud [1]. Telramund réclame le duché à l’empereur. On appelle Elsa à comparaître. Pour sa défense, elle explique qu’elle a prié Dieu, et qu’elle a alors eu la vision d’un pur chevalier qui lui a apporté le réconfort (Air : « Einsam in trüben Tagen ».)

Wagner Lohengrin le songe d'Elsa Einsam in trüben TagenCliquez sur Elsa

L’empereur veut lui faire subir le jugement de Dieu lotrs d’un tournoi contre Telramund. Elsa réclame ce chevalier pour la défendre. Le héraut appelle les participants au tournoi, mais personne ne vient défendre Elsa. Elsa recommence sa prière à Dieu, et un chevalier apparaît sur une nacelle tirée par un cygne.

Wagner Lohengrin l'entrée de LohengrinCliquez sur l’image

Le chevalier, renvoyant son cygne, salue l’empereur. Il déclare qu’il est venu défendre Elsa. Elle déclare qu’elle s’offre à lui s’il la défend. Il accepte, à une condition, qu’elle ne cherche jamais à savoir ni son nom, ni d’où il vient. Elsa le promet. Il se propose donc d’être son chevalier servant pour le jugement de Dieu. Le duel peut commencer. Le chevalier gagne. Il offre à Telramund la vie sauve, pour qu’il puisse se racheter. Tous félicitent Elsa et le chevalier. Seule Ortrud, à l’écart, se demande qui peut être ce chevalier.

Acte II : Le lendemain matin, Ortrud et Telramund, bannis, se préparent à partir. Ortrud veut rester pour se venger. Telramund lui reproche d’avoir tout perdu pour avoir suivi ses mauvais conseils. C’est sur son témoignage qu’il a accusé Elsa. Ortrud prétend alors que le chevalier inconnu n’est pas un envoyé de Dieu, et qu’il a vaincu Telramund par magie. Elle lui dit que ses pouvoirs magiques disparaîtront s’il lui retranche une partie, fût-elle minime, de son corps. Ils décident alors, dans un beau duo, de se venger.

Elsa arrive, chantant son bonheur et son amour. Ortrud l’appelle, faussement repentante, et lui dit comme elle et Telramund sont malheureux. Elle accuse Elsa d’être coupable de leur malheur. Elsa, qui est toute bonté, pardonne, et va jusqu’à inviter Ortrud à l’accompagner à l’église, le lendemain, pour son mariage. Ortrud jubile en son for intérieur et prie ses dieux à elle, Wotan et Freia (Tiens, ça ne vous rappelle rien ?). Insidieuse, Ortrud annonce à Elsa un malheur à venir, dont elle voudrait la protéger. Son chevalier inconnu pourrait bien la quitter, repartir comme il est venu. Mais Elsa ne doute pas de lui.

Wagner Lohengrin duo Elsa Ortrud Acte IICliquez sur Elsa et Ortrud

Au lever du jour, le héraut proclame le bannissement de Telramund et Ortrud ainsi que le mariage du chevalier avec Elsa. Le chevalier a renoncé au titre de duc de Brabant, aussi ne sera-t-il « que » Protecteur du Brabant. Dès le lendemain, il se mettra en route pour défendre l’empire germanique de l’invasion des Hongrois à l’Est. Les nobles protestent contre ce départ précipité, mais n’y peuvent mais. Telramund apparaît et déclare qu’il s’y opposera. Elsa arrive pour la cérémonie du mariage, mais Ortrud apparaît, richement vêtue, et réclame la première place. Elle prétend être la femme d’un homme reconnu de tous, alors que personne ne sait qui est le mari d’Elsa. Elle accuse même le chevalier d’être un magicien. L’empereur et le Protecteur du Brabant paraissent. Elsa explique au chevalier qu’elle a pardonné à Ortrud et l’a invitée. Celui-ci lui demande alors si le poison du doute s’est insinué en elle. Telramund apparaît et accuse à son tour le chevalier d’avoir été déloyal lors du jugement de Dieu, et d’avoir vaincu par magie. Il lui demande de révéler son nom et son origine, mais le chevalier refuse. Seule Elsa aurait le droit de le lui demander. Elsa renouvelle sa confiance en son fiancé et ils entrent dans l’église.

Acte III : Elsa et son mari entrent dans le palais, accompagnés par la fameuse marche nuptiale. Ils se disent leur amour dans un beau duo. Comme le chevalier l’appelle par son nom à elle, Elsa commence à suggérer qu’il pourrait lui dire son nom à lui, qu’il lui serait doux de le prononcer. Il lui répond alors qu’il l’estimera de savoir respecter sa promesse, et révèle qu’il a sacrifié pour elle la plus belle destinée du monde.

Wagner Lohengrin début acte IIICliquez sur Elsa et Lohengrin

Mais ces propos, au lieu de l’encourager, tombent dans le terreau du doute préparé par Ortrud, et Elsa commence à s’imaginer qu’il pourrait la quitter pour retrouver cette si haute destinée. Dans un moment de doute, elle pose la question fatale. Dans une pièce voisine, Telramund et quatre hommes se tenaient en embuscade. Le chevalier tue Telramund et il ordonne à ses complices de porter son corps devant l’empereur.

L’empereur remercie les hommes d’être venus si nombreux et demande où est le Protecteur du Brabant, qui doit les conduire au combat. Quand celui-ci arrive, derrière le cadavre de Telramund, il annonce qu’il ne vient pas en combattant, mais en accusateur. Il accuse sa femme d’avoir trahi sa promesse. Il va maintenant révéler son nom à tous, puisque c’est Elsa, la seule personne à pouvoir le faire, qui lui a posé la question. Il dit qu’il vient d’un pays lointain, du château de Montsalvat, qui abrite le temple du Graal. Le Graal répand sa foi sacrée sur la chevalerie. Lui est le fils de Parsifal, et il se nomme Lohengrin.

Wagner Lohengrin In fernem Land... Mein lieber SchwanCliquez sur Lohengrin

Au moment de partir avec son cygne, qui est revenu le chercher, il dit encore que sous cette forme, c’est le jeune Gottfried qui est là, métamorphosé par la magicienne Ortrud. Il annonce son retour à venir, et remet à Elsa un cor, une épée et un anneau à destination de son frère. Ortrud avoue qu’elle a agi ainsi pour venger ses anciens dieux. Le cygne se métamorphose alors en Gottfried. Lohengrin le présente à l’assemblée comme étant le duc de Brabant, leur chef, et il s’éloigne.

[1] Note pour les metteurs en scène : en habillant Elsa de blanc et Ortrud de noir, on obtient un très joli effet, et en plus, le spectateur comprend qui sont les gentils et qui sont les méchants.

Lohengrin sera proposé sur le site du MET le 19 mai 2020.

Animation 1, Fables de la Fontaine, Fantaisie, littérature, Oulipo, Poésie

« LE LOUP ET L’AGNEAU », de La Fontaine

Après Le Lion et le Rat, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, un classique des classiques, le Loup et l’Agneau.

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.

Audran La MascotteCliquez sur l’image

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.

Prokofiev Pierre et le loup part 2Cliquez sur l’image

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;

Bellini La somnambule Ah! Perché non posso odiartiCliquez sur Rodolfo

Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

Gounod Roméo et Juliette Dieu qui fis l'homme à ton imageCliquez sur l’image

– Je n’en ai point.
– C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.

Monteverdi Orfeo Nymphes et bergersCliquez sur Orfeo et son chœur de nymphes et de bergers

On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts

Rameau les Indes galantes forêts paisiblesCliquez sur des forêts pas si paisibles que ça !

Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Citations :

Un agneau : AUDRAN La Mascotte Duo « J’aime bien mes dindons / j’aime bien mes moutons » (désolé je n’ai pas trouvé d’agneau, alors j’ai pris un mouton.)

Un loup : PROFOFIEV Pierre et le Loup (retrouvez ici la version DISNEY de Pierre et le Loup)

En colère : À la fin du premier acte de La somnambule de BELLINI, Elvino trompé par les apparences se met en colère contre le comportement d’Amina.

Ton frère : GOUNOD Roméo et Juliette Frère Laurent « Dieu de bonté ».

Vos bergers : Au début de l’Orfeo de MONTEVERDI, le Chœur des nymphes et des bergers célèbre les noces d’Orfeo et Euridice (Orphée et Eurydice.)

Au fond des forêts : Dans Les Indes galantes de RAMEAU, la quatrième entrée se terminent dans une réconciliation autour du calumet de la paix (Danse et air « Forêts paisibles ».)

Le MET s'invite chez vous

LE MET S’INVITE CHEZ VOUS – Semaine du 11 au 17 mai

Le Metropolitan Opera de New York (MET) vient de communiquer la liste des opéras qu’il mettra à disposition sur son site pour la semaine du 11 au 16 mai 2020.

Au sommaire quelques classiques, de Werther de MASSENET à Rigoletto ou Nabucco de VERDI, mais aussi un opéra contemporain avec La Tempête du compositeur Thomas ADÈS, et un très bel opéra de BRITTEN, Peter Grimes. Le STRAUSS hebdomadaire est Ariane à Naxos, avec Jessye NORMAN !

Lundi 11 mai Massenet Werther (à ne pas rater !)

Massenet Werther scène finale METCliquez sur Werther et Charlotte

Mardi 12 mai Thomas Adès The Tempest

Adès La Tempête METCliquez sur l’image

Mercredi 13 mai Strauss Ariane à Naxos

Strauss Ariane à Naxos Norman METCliquez sur l’image

Jeudi 14 mai Britten Peter Grimes

Britten Peter Grimes METCliquez sur l’image

Vendredi 15 mai DONIZETTI Lucia di Lammermoor

Donizetti Lucia di Lammermoor scène de la folie METCliquez sur Lucia

Samedi 16 mai Verdi Rigoletto

Verdi Rigoletto La Donna e mobile METCliquez sur l’image

Dimanche 17 mai Verdi Nabucco

Verdi Nabucco Va pensiero METCliquez sur le chœur 

See you a next week, à la semaine prochaine !

littérature, Mythologie

PSYCHÉ

Psyché

L’histoire de Psyché et Cupidon nous est racontée par APULÉE dans L’Âne d’Or, un roman du 2e siècle de notre ère.

Psyché (dont le nom signifie âme en grec) est une princesse à la beauté parfaite, si belle même qu’elle éveille la jalousie d’Aphrodite. Malgré sa beauté, elle ne trouve pas d’époux, les hommes la vénérant comme une œuvre d’art, au point d’oublier de célébrer le culte d’Aphrodite. Furieuse, celle-ci ordonne à son fils Éros (Cupidon) de la rendre amoureuse du mortel le plus vil qui puisse exister. Mais au moment d’obéir à Aphrodite, Éros se blesse malencontreusement avec une de ses flèches, et tombe amoureux de Psyché.

Le père de Psyché se rend à Delphes pour demander à Apollon que sa fille puisse se marier, mais hélas, l’oracle est formel, Psyché doit être abandonnée sur un rocher, où un horrible monstre viendra la chercher pour en faire sa femme.

Le père de Psyché obéit à l’oracle, mais Éros amoureux demande à son père, Zéphyr, d’enlever la jeune fille et de l’amener dans son palais. Dans l’obscurité de la nuit, son époux la rejoint, mais lui demande de ne jamais chercher à connaître son identité. Il la visite toutes les nuits, et Psyché se trouve prise entre son amour pour son amant et la répugnance qu’elle a pour le monstre qu’elle croit être son mari.

Mais les deux sœurs de Psyché, d’abord inquiètes pour leur sœur disparue, deviennent jalouses quand elles apprennent son sort. Elles la convainquent alors de tuer l’horrible monstre. Profitant du sommeil d’Éros pour le regarder, elle découvre le plus beau jeune homme qu’elle ait jamais vu, mais Éros réveillé s’enfuit.

Psyché entame alors une quête pour le retrouver, avant de finir chez Aphrodite elle-même, qui la soumet aux pires épreuves, telles que rapporter des eaux du Styx ou un morceau de la beauté de Perséphone.

Ses épreuves remplies, avec l’aide entre autres de Zeus, Psyché finit par retrouver Éros. Ils se marient et Psyché ayant bu l’ambroisie acquiert ainsi l’immortalité. De leur union naît Hédoné (Volupté).

Et c’est ainsi que la Beauté engendra Amour qui lui-même engendra la Volupté. Tout un programme !

Une si belle légende ne pouvait laisser les compositeurs indifférents. C’est ainsi que LULLY nous livra deux Psyché, la première en 1671, une comédie-ballet avec un livret sur lequel ont travaillé MOLIÈRE, Pierre CORNEILLE et QUINAULT. La deuxième, une tragédie en musique où le livret fut retravaillé par Thomas Corneille et son neveu FONTENELLE.

Lully Psyche Prélude de Trompettes

En 1675, l’anglais Matthew LOCKE (1621 – 1677) écrivit un semi-opéra sur la traduction du livret de Lully.

Locke PsycheCliquez sur l’image

Au siècle suivant, MONDONVILLE écrira L’Amour et Psyché.

Mondonville l'Amour et PsychéCliquez sur l’image

En 1857, c’est le grand Ambroise THOMAS qui écrit son opéra Psyché

Thomas PsychéCliquez sur l’image

En 1872, dans son opéra-comique Fantasio, OFFENBACH introduit l’air « Psyché, pauvre imprudente ».

Offenbach Fantasio Psyché pauvre imprudenteCliquez sur l’image

Plus près de nous, César FRANCK écrivit en 1888 un poème symphonique pour chœur et orchestre sur le thème de Psyché.

Franck PsychéCliquez sur l’image

Puis en 1897, c’est Camille SAINT-SAËNS qui écrit un oratorio pour ténor et chœur d’hommes, d’après le Psyché de Molière.

Et encore au siècle suivant, Manuel DE FALLA écrira son Psyché pour mezzo-soprano et petit ensemble instrumental.

De Falla PsychéCliquez sur l’image

Il est à noter que Jean de La FONTAINE a repris ce mythe en l’enrichissant, dans un de ses contes, les Amours de Psyché et Cupidon.

(Sources principales :

Encyclopaedia Universalis 2017

Dictionnaire des personnages , Bouquins Laffont 1999

Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, éditions Fayard 1992, sous la direction de Marcelle BENOIT.)