Fantaisie

L’HUMOUR EN MUSIQUE (Partie 3)

Poursuivons notre série sur l’humour en musique, que j’avais laissée un peu sur le côté ces derniers temps.

(Rappel : la deuxième partie était ici.)

Dans les années 1990, Luciano Pavarotti, Placindo Domingo et José Carreras s’étaient associés sous le nom des Trois Ténors pour faire des mégas concerts.

Les contre-ténors de l’époque ont fait de même sous le nom des Trois Contre-Ténors, et le résultat est assez réjouissant !

Les Contre-TénorsCliquez sur les Contre-Ténors

En 2014, l’humoriste (et pas que…) Marc JOLIVET a présenté un spectacle appelé Comic Symphonic où il était accompagné par un orchestre symphonique. Sa fable sur l’état de notre planète, sur fond de Symphonie pastorale de BEETHOVEN vaut à elle seule le déplacement pour voir le spectacle.

Jolivet Comic SymphonicCliquez sur Marc Jolivet

Charles TRENET a rendu hommage à ROSSINI avec sa chanson Les Bœufs.

Charles Rossini les bœufs de la calomnieCliquez sur Charles Rossini

Quant à Rowan ATKINSON, il nous livre une interprétation très personnelle de l’hymne européen, l’Ode à la Joie de Beethoven.

Beethoven Atkinson Ode à la JoieCliquez sur Rowan Beethoven

Les fameux King’s Singers avaient à leur répertoire Masterpiece, un titre modeste pour une pièce aux prétentions modestes.

King's Singers MasterpieceCliquez sur les King’s Singers

Le comédien Peter Ustinov était un homme d’une grande culture musicale. Écoutons-le ici dans une parodie de la Tribune des critiques de disques, l’émission culte de France Musique (à qui je dois une bonne partie de ce qui me sert de culture.)

Ustinov la tribune des critiques de disques 1Cliquez sur l’image

Écrivains, Compositrices, littérature, Poésie

Paul VERLAINE (1844 – 1896)

« De la musique avant toute chose, et pour cela préfère l’impair » (Art poétique)

Paul VERLAINE naît à Metz le 30 mars 1844.

Son père était militaire, d’où les nombreux déménagements de la famille pendant la jeunesse de Paul. Sa mère, qui avait fait deux fausses couches, adorera son fils et lui passera tout. Ses parents adopteront aussi une cousine orpheline, Élisa, qui sera le premier amour du jeune homme.

En 1851, Verlaine père démissionne de l’armée avec le grade de capitaine, et la famille s’installe à Paris où Paul suit ses études dans une pension privée et au lycée Condorcet. Peu intéressé par les études, il semble plus attiré par certains de ses jeunes condisciples.

Il publie son premier recueil de poésie, les Poèmes saturniens, à l’âge de 22 ans, en 1866. On peut y lire une certaine influence baudelairienne.

Brassens Chanson d'automneCliquez sur la Chanson d’automne

À l’occasion de cette sortie, un jeune poète, un certain Mallarmé, lui écrit pour lui signifier l’admiration qu’il porte à ses poèmes.

Délaissant ses études, Verlaine fréquente les cafés littéraires, et commence à boire (beaucoup) d’alcool, notamment de l’absinthe, boisson qui, selon les procédés de fabrication de l’époque, recélait du méthanol, un alcool attaquant le cerveau.

Dans le groupe des Vilains Bonshommes, lié aux Parnassiens, il fait la connaissance de Charles de Sivry, un compositeur ami de Chabrier avec qui ils ont des projets d’opérettes, Vaucochard et Fils 1er et Fisch-ton-Kan. Et c’est de Sivry qui présentera sa sœur Mathilde à Verlaine. Plus étonnant encore, après la commune, de Sivry se retrouva emprisonné, et en prison c’est lui qui donnera l’adresse de sa mère pianiste à un garde national qui cherchait un professeur de piano pour son fils. Ce fils s’appelait Claude Achille Debussy, et fait partie des nombreux compositeurs qui ont déposé de la musique sous les vers de Verlaine.

Inquiet pour l’avenir de son fils, Verlaine père le fait entrer en 1864 comme employé de bureau à l’Hôtel de ville de Paris. Entretemps, son amour de jeunesse, Élisa s’est mariée à un riche industriel sucrier. En 1869, il publie le recueil Fêtes galantes, inspiré par une exposition de peintres du XVIIIe siècle qui avait eu lieu au Louvre.

Fauré Clair de LuneCliquez sur l’image

Debussy Colloque sentimentalCliquez sur le Colloque sentimental

Après la mort de son père, Verlaine continue de vivre chez sa mère qui le pousse à se marier avec Mathilde, de neuf ans sa cadette. Le mariage se fera en 1870 et ils auront un fils, Georges, en 1871. Son amour pour Mathilde inspirera plusieurs poèmes de la bonne Chanson, recueil qui paraîtra en 1871 après la guerre de 1870 et la Commune.

Hahn l'Heure exquiseCliquez sure l’Heure exquise

En 1871, justement, Verlaine reçoit une lettre qui bouleversera sa vie. Un jeune homme de Charleville, Arthur Rimbaud, lui écrit qu’il souhaite quitter sa ville de province où il s’ennuie mortellement pour rejoindre la capitale. Après quelques hésitations, Verlaine l’invite à Paris. Cette rencontre est capitale tant il retrouve chez le jeune homme de 17 ans des idées qu’il porte en lui depuis longtemps. Dès lors, il se désintéresse de sa jeune femme pourtant enceinte. Verlaine et Rimbaud partent ensemble en Angleterre et en Belgique. Un jour, Verlaine tirera un coup de feu sur Rimbaud, ce qui lui vaudra une condamnation à deux ans de prison. Les poèmes écrits pendant cette période figurent dans les Romances sans paroles (1874).

Fauré SpleenCliquez sur l’image

En prison, Verlaine retrouve la foi catholique de son enfance et compose le recueil Sagesse (1880).

Boulanger (Nadia) un grand Sommeil noirCliquez sur le grand Sommeil noir

À sa sortie de prison, il retrouve brièvement Rimbaud qui lui confie le manuscrit des Illuminations, que Verlaine fera imprimer quelques années plus tard.

En 1875, Verlaine est professeur à Londres avant de rentrer en France, où il enseigne dans un collège de jésuites. Il se prend d’affection pour un de ses jeunes élèves, Lucien. Quelques années plus tard, ils se retrouvent à Londres, avant de s’installer chez les parents de Lucien. La mort de celui-ci en 1883 bouleversera Verlaine qui écrira plusieurs poèmes que l’on trouve dans le recueil Amour.

Verlaine rentre à Paris en 1882 et renoue avec le milieu littéraire. En 1884, il publie son essai sur les Poètes maudits ainsi que le recueil Jadis et naguère, dans lequel on trouve son fameux « Art poétique » (De la musique avant toute chose, et pour cela préfère l’impair…).

Mais son alcoolisme est toujours là, provoquant chez lui des épisodes de grande violence, il ira même jusqu’à essayer d’étrangler sa mère. Après un nouveau séjour en prison, Verlaine finira dans la déchéance, presque clochard, et meurt de pneumonie le 8 janvier 1896 à Paris à l’âge de 51 ans.

Malgré son côté « asocial » ses talents de poètes ont été reconnus par les siens, et il a porté le titre de « prince des poètes », titre que portera Mallarmé après sa mort.

Les poèmes de Verlaine ont abondamment été mis en musique, notamment par Fauré, Hahn, Debussy ou encore de nos jours Graciane Finzi.

(Source principale : Henri TROYAT – Verlaine – Flammarion 1993.)

Compositeurs

Baldassare GALUPPI (1706 – 1785)

Image Galuppi

Baldassare (Balthazar) Galuppi est un compositeur vénitien né à Burano le 18 octobre 1706.

Son père lui apprend les bases de la musique et à 16 ans, il part à Venise exercer ses talents. Il apprend la composition auprès de Marcello, organiste à la basilique Saint-Marc. Il s’essaie à la composition d’opéra dès cet âge, mais sa première œuvre la Fede nell’incostanza ne rencontre pas les faveurs du public. Une autre œuvre, Dorinda (1729) lui vaudra plus de succès.

Comme son aîné Vivaldi (1678 – 1741), il est maître de musique dans un des hospices de charité de Venise, l’Ospedale dei Mendicanti, poste qu’il occupe de 1740 à 1753. En 1762, il devient Maître de musique de Saint-Marc et en 1766, il est maître des chœurs de l’Ospedale degli Incurabile (hospice des Incurables), poste qu’il occupera jusqu’en 1776.

Cependant, Galuppi voyageait beaucoup, se rendant à Vienne et à Berlin, puis à Londres en 1741 où il restera deux ans, y composant trois opéras. À cette époque, Haendel avait arrêté sa production d’opéras pour se consacrer à de la musique religieuse. L’oratorio Le Messie date précisément de 1741.

Même la Russie appelle Galuppi et en 1765 Catherine II le fait venir à Saint-Pétersbourg où il devient compositeur de la cour. Ses employeurs vénitiens l’ont laissé partir, lui laissant même ses émoluments, à condition qu’il fournisse chaque année un Gloria et un Credo pour la messe de Noël.

Galuppi Magnificat (Gloria)Cliquez sur le Gloria

Sa production d’opéras, genre majeur dans la Venise de l’époque, est assez impressionnante. Il nouera notamment une collaboration extrêmement fructueuse avec le dramaturge Carlo Goldoni, collaboration commencée en 1740 avec Gustave Ier, roi de Suède, Gustavo primo, re di Svezia en V.O. (eh non, il ne s’agit pas de Gustave III, roi de Suède dont je vous parlais il n’y a guère.) Ils travaillèrent ensemble jusqu’en 1754 avec des œuvres comme Il Mondo della Luna (1750) ou Il Filosofo di campagna, le Philosophe de campagne en V.F. (1754). (Il existe une autre version plus connue de Il Mondo della Luna, c’est celle écrite par Joseph Haydn en 1777.

Galuppi Il filosofo di Campagna Son pien di giubiloCliquez sur l’image

Bien évidemment pour l’époque, il s’est aussi frotté aux drames de Métastase (Pietro Metastasio), mettant en musique Artaserse (1749), la Clemenza di Tito (1760) ou Il Re pastore (1762). Ces quelques opéras de Galuppi font partie de 1000 opéras (!) écrits sur les 27 poèmes de Métastase. On peut noter également la version de Mozart de Il Re pastore en 1775 et de La Clemenza di Tito en 1791.

Galuppi La Clemenzia di Tito Del piu sublime soglioCliquez sur Titus

Sur la fin de sa vie, Baldassare se consacrera à de la musique pour clavier

Galuppi sonate en Do majeurCliquez sur le pianiste

et à de nombreuses œuvres religieuses.

Galuppi Dixit Dominus en Sol mineurCliquez sur l’image

Galuppi meurt à Venise le 3 janvier 1785, à l’âge de 78 ans.

(Sources principales : les notes de l’édition du Dixit Dominus, Edizioni del Centro di Musica Antiqua della Fondazione Ghislieri, 2019).

Et cliquez ici pour avoir la liste des compositeurs et compositrices chroniqué(e)s sur ce blog.

Divers

LE RIRE (SCÈNES DE LIESSE À L’OPÉRA)

Pour rompre un peu avec la série sur les larmes à l’opéra commencée il y a peu, je vous propose un intermède plus réjouissant avec le(s) rire(s) mis en musique.

En 1689, PURCELL mettait en scène dans Didon et Enée des sorcières au rire tout à fait diabolique dans l’air « But ere we this perform ».

Purcell didon et Enée But ere we this performCliquez sur les sorcières au rire tout à fait diabolique

Passons au XIXe siècle avec le Freischütz (1821) de WEBER. Au début du 2e acte, Ännchen ne pense qu’à rire alors qu’Agathe s’inquiète pour son Max bien adoré.

Weber Der Freischütz Duo Agathe Ännchen du 2nd acte Schelm, Halt FestCliquez sur Agathe et Ännchen

Dans L’Élixir d’amour (1832) de DONIZETTI, les villageois font la fête à l’idée du mariage qui se prépare.

Donizetti l'Elisir d'amore Come Paride vezzosoCliquez sur la liesse villageoise

En 1846, au début de la Damnation de Faust de BERLIOZ, on entend la joyeuse ronde des paysans chantant et riant.

Berlioz La Damnation de Faust Ronde des paysansCliquez sur la joyeuse ronde des paysans chantant et riant

En 1854, dans l’Or du Rhin (Rheingold) de WAGNER, le rire des filles du Rhin se moquant du nain difforme Alberich va provoquer le drame. Pour se venger, Alberich va voler l’or du Rhin que les étourdies étaient censées garder.

Wagner Rheingold prélude BoulezCliquez sur l’image

On retrouve une scène de rire à la fin de la tétralogie dans le Crépuscule des dieux, quand les soldats de Hagen comprennent sa fine plaisanterie.

Wagner Crépuscule Ihr GibischsmannenCliquez sur les soldats de Hagen en liesse (à 6 mn 8 s dans la vidéo)

Si le rire des sorcières de Didon était diabolique, le rire de Méphistophélès dans le Faust de GOUNOD est proprement méphistophélique dans l’air « Vous qui faites l’endormie ».

Gounod Faust Vous qui faites l'endormieCliquez sur Méphisto

Quittons le XIXe siècle avec La Chauve-souris (Die Fledermaus) de STRAUSS (1874) et sa scène de liesse finale.

Strauss J Fledermaus O Fledermaus (final)Cliquez sur la scène de liesse finale

Retrouvez prochainement la suite des aventures du rire à l’opéra, avec le rire au XXe siècle.

Agenda Ironique, Maria Callas

DOMICILE À SOL FACILE À CIRER

L’Agenda Ironique de Juillet a pris ces quartiers sur ce blog. Le thème en était le suivant :

Je vous propose d’écrire un texte en sept parties, dont chacune devra commencer par une note de musique, dans l’ordre composé par Guido d’Arezzo en 1050.

Si ça peut vous aider, voici le texte latin écrit par Guido pour nous permettre de retenir le nom des notes :

« UT queant laxis / Pour que puissent
« REsonare fibris / résonner des cordes
« MIra gestorum / détendues de nos lèvres
« FAmili tuorum, / les merveilles de tes actions,
« SOLve polluti / ôte le péché,
« LAbii reatum, / de ton impur serviteur,
« Sancte Iohannes. / ô Saint Jean.

Donc, si vous voulez remplacer le DO par un UT, vous avez toute liberté de le faire. Comme petite contrainte supplémentaire, je vous demanderai d’employer quelques termes musicaux simples, tels que silence, soupir, croche ou ouverture et portée.

Il n’y a pas d’autre contrainte, sinon celle de nous surprendre et de nous faire sourire. Votre texte pourra être un poème, une nouvelle, une recette de cuisine… Ce que vous aurez envie d’écrire, en bref.

Domicile à sol facile à cirer, la hutte (Si, si !)

indes galantes 4Cliquez sur les sauvages d’Amérique

mi l’adorait, Mimi, la docile amie, là ! (soupir)

Puccini la Bohème Mi chiamani Mimi (Callas)Cliquez sur Mimi, la docile amie

Mimi l’assit là, Rémi l’ado : au dodo, là ! (en clé de Sol)

Brahms WiegendliedCliquez sur la berceuse, là

Facile à mirer, Rémi l’a mis à dorer, la sole (en clé de Fa)

Bobby Lapointe Leçon de guitare sommaireCliquez sur l’accord de Si

Sole facile à dorer, l’ami

L’amie Mimi l’a dorée, la raie

Si Sido adorait Sissi, Sissi adorait la raie du dos (silence consterné)

Berlioz La Damnation de Faust Ange adoréCliquez sur « ange adoré »

Verdi Nabucco Va pensiero (Sissi l'impératrice)Cliquez sur Sissi

Citations musicales :

La hutte : RAMEAU, les Indes galantes, (entrée : les sauvages d’Amérique.)

Mimi : PUCCINI La Bohème, (Air : mi chiamano Mimi.)

Au dodo : BRAHMS Wiegenlied (berceuse)

La clé : Boby LAPOINTE Leçon de guitare sommaire.

Adorait : BERLIOZ La Damnation de Faust (Air : « Ange adoré ».)

Sissi : VERDI Nabucco (Chœur « Va Pensiero »).

Et si vous en voulez encore un peu plus sur ce ton là, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise mystère si vous en voulez un peu plus

Agenda Ironique

DO RÉ MI FA SOL LA SI DO. L’agenda ironique de juillet 2022.

Puisqu’il m’échoit encore l’honneur de proposer un thème à l’Agenda Ironique, et que cet honneur m’est tombé dessus bien tard, je vais vous proposer d’écrire un texte en sept parties, dont chacune devra commencer par une note de musique, dans l’ordre composé par Guido d’Arezzo en 1050.

Si ça peut vous aider, voici le texte latin écrit par Guido pour nous permettre de retenir le nom des notes :

« UT queant laxis / Pour que puissent
« REsonare fibris / résonner des cordes
« MIra gestorum / détendues de nos lèvres
« FAmili tuorum, / les merveilles de tes actions,
« SOLve polluti / ôte le péché,
« LAbii reatum, / de ton impur serviteur,
« Sancte Iohannes. / ô Saint Jean.

Donc, si vous voulez remplacer le DO par un UT, vous avez toute liberté de le faire. Comme petite contrainte supplémentaire, je vous demanderai d’employer quelques termes musicaux simples, tels que silence, soupir, croche ou ouverture et portée.

Il n’y a pas d’autre contrainte, sinon celle de nous surprendre et de nous faire sourire. Votre texte pourra être un poème, une nouvelle, une recette de cuisine… Ce que vous aurez envie d’écrire, en bref.

On se donne jusqu’au 27 juillet pour élaborer tous nos charmants textes.

À titre d’exemple, voici que ROGER & HAMMERSTEIN m’ont proposé :

Roger and HAmmerstein the sound of musicCliquez sur l’image

Compositrices, Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETITE LARME ? – Partie 2, le XIXe SIÈCLE

Je vous parlais il n’y a guère des larmes à l’opéra et à la période baroque. Je me propose de prolonger ce sujet avec les larmes versées au XIXe siècle.

En 1807, à l’acte II de la Légende de Joseph en Égypte de MÉHUL, Jacob se réveille. Il a fait un rêve. Dans son rêve, il a vu son fils Joseph, disparu depuis longtemps et qu’il croyait mort. Il se rappelle alors son fils chéri. (Air : Ô, mon Joseph, cher enfant de mon cœur, le temps n’a pas séché mes larmes ».) Présents et tout aussi émus, ses fils Benjamin et Joseph (incognito) reprennent son très bel air dans ce bref duo.

Méhul Joseph O mon JosephCliquez sur Joseph (incognito), Jacob et Benjamin

Vingt-cinq ans plus tard, en 1832, ce sont de tout autres larmes qui perlent aux yeux de la coquette Adina dans L’Élixir d’amour de DONIZETTI, qui s’imagine que Nemorino ne l’aime pas. Nemorino, amoureux éconduit d’Adina reprend espoir en voyant cette larme furtive.

Donizetti l'Élixir d'amour Una furtiva lagrima (Alagna)Cliquez sur Nemorino

En 1837, dans son très théâtral Requiem, BERLIOZ nous régale et épuise les chœurs avec ce « Lacrimosa ».

Berlioz Requiem Lacrimosa (Bernstein)Cliquez sur l’image

Poursuivons notre voyage dans le temps et arrêtons-nous en 1851, avec Rigoletto de VERDI. À l’acte II, quand il comprend que sa fille se fait courtiser par le duc, le héros Rigoletto tombe en pleurs et s’humilie devant les courtisans. (Air : « Cortigiani, vil razza danata ».)

Verdi rigoletto Cortigiani, vil razza dannataCliquez sur Rigoletto

Verdi encore, deux ans plus tard, avec La Traviata. À la fin de cet opéra, Violetta, dite la Traviata, relit une lettre de Germont, le père de son amant Alfredo. Elle lit cette lettre au moment de mourir et pleure sur le passé perdu. (Air : « Adio del passato ».)

Verdi Traviata adio del passato DessayCliquez sur Violetta

Retour en France en 1886 avec Pauline VIARDOT qui met en musique la Chanson du pêcheur, de Théophile GAUTIER (une des six mélodies du cycle les nuits d’été de Berlioz.)

Viardot (Pauline) La chanson du pêcheurCliquez sur l’image

L’année suivante est celle de Werther de MASSENET. Liée par un serment fait à sa mère mourante, Charlotte ne peut répondre à l’amour que lui porte le jeune Werther. (Air: Va, laisse couler mes larmes ! »)

Massenet Werther les larmes qu'on ne pleure pasCliquez sur Charlotte

En 1892, dans Iolanta, l’héroïne de TCHAÏKOVSKI est aveugle et n’a jamais vu la lumière du jour ni la beauté des fleurs de son jardin. Quand un chevalier arrive chez elle et lui demande à quoi servent les yeux, elle ne peut que répondre : « à pleurer ».

Tchaikovski Iolanta Duo Iolanta VaudémontCliquez sur Iolanta et Godefroid

La même année, LEONCAVALLO mettait en scène les affres de la jalousie du clown Paillasse dans son opéra Pagliacci (Paillasse). À la fin du 1er acte, il sait que sa femme le trompe, mais il doit enfiler son costume de clown et faire semblant de rire, malgré ses pleurs rentrés (Air : Vesti la giubba »).

Leoncavallo Pagliacci Vesti la giubbaCliquez sur le clown Paillasse

En 1900, dans Rusalka de DVORAK, l’ondin, le père de l’ondine Rusalka qui a accepté de perdre son statut d’ondine et sa voix par amour pour un humain, pleure sur le triste sort de sa fille (Air : « Cely svêt neda ti »).

Dvorak Rusalka Cely svet neda tiCliquez sur l’ondin

Et pour entendre couler des larmes au XXe siècle, cliquez sur ce lien.

Compositrices, littérature, Maria Callas, Oulipo, Poésie

« ART POÉTIQUE », de VERLAINE

Le poème « mis en musique » de ce mois sera Art poétique, de Paul VERLAINE. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Schubert An die MusikCliquez sur la musique

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

Hahn Chansons grises L'Heure exquiseCliquez sur la chanson grise

C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Debussy Nuit d'étoiles (Véronique Gens)Cliquez sur les claires étoiles

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Bonis Mel Nocturne pour flûte, Cor et PianoCliquez sur l’image

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,

Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Verdi Rigoletto Ch'io gli parliCliquez sur l’image

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

Gounod Faust Bijoux CallasCliquez sur l’image

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Berlioz Les Nuits d'été Au cimetière (Crespin)Cliquez sur « l’âme éveillée »

Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

Citations musicales:

De la musique : SCHUBERT An die Musik

la chanson grise : HAHN Chansons grises : « l’Heure exquise »

des claires étoiles : FAURÉ Nuit d’étoiles

et la flûte au cor : Mel BONIS Scènes de la Forêt, « Nocturne pour Flûte, Cor et Piano »

la Pointe assassine, l’Esprit cruel et le Rire impur : VERDI Rigoletto. Dans Rigoletto, le héros, bouffon du duc, exerce son esprit acerbe contre les courtisans avec ses piques cruelles.

ce bijou d’un sou : GOUNOD Faust « Air des bijoux »

une âme en allée : BERLIOZ Les Nuits d’été « Au Cimetière (Clair de lune) »

Animation 1, Cinéma, Mes opéras préférés

GUILLAUME TELL, de ROSSINI (1829)

Dernier opéra de Rossini, écrit sur un livret d’Étienne de Jouy d’après la pièce de Schiller et créé à l’Opéra de Paris en 1829. La longueur de cette œuvre (presque 4 heures) en a empêché un succès pareil à ceux auxquels Rossini était accoutumé. Son Ouverture est un des morceaux les plus utilisés au cinéma, de Walt Disney à Stanley Kubrick.

Rossini Guillaume Tell Ouverture par DisneyPlease, click on the Overture from Willima Tell

Le pitch : Arnold, le fils du pasteur, aime Mathilde, la fille du bailli Gessner, l’occupant autrichien. Un soldat de Gessner ayant été tué par un pâtre, le bailli veut se venger. Il demande aux villageois de se prosterner devant son chapeau, ce que Guillaume Tell refuse de faire. Dès lors, Gessler voudra faire mourir Guillaume qui prend la fuite avec Arnold.

Ouverture : La célèbre ouverture de Guillaume Tell est composée de quatre parties évoquant une scène bucolique suivie d’un orage, le ranz des vaches et enfin la bataille contre l’occupant autrichien.

Rossini Guillaume Tell OuvertureCliquez sur l’ouverture

Acte I : Regardant un pêcheur qui songe à sa belle, Guillaume Tell pense à sa patrie, occupée par l’Autriche, ce qui inquiète sa femme Hedwige et son fils Jemmy. Le chœur des paysans annonce la fin du jour.

Rossini Guillaume Quel jour serein le ciel présageCliquez sur l’image

Le vieux Melchtal descend de la montagne, avec son fils Arnold. Hedwige, la femme de Guillaume, lui demande de célébrer trois mariages à l’occasion de la fête des pasteurs. Guillaume offre l’hospitalité à Melchtal et Arnold. Melchtal demande à Arnold quand il va se décider à se marier. Resté seul, Arnold chante son amour pour Mathilde, la fille du bailli Gessner, c’est-à-dire de l’ennemi. Guillaume demande à Arnold ce qui l’agite. S’en suit un duo entre Guillaume et Arnold où ce dernier est déchiré entre son amour pour Mathilde et son amour pour sa patrie.

Rossini Guillaume Tell Où vas-tu, quel transport t'agiteCliquez sur Arnold et Guillaume

Arrivent Melchtal, Hedwige et le chœur venu chercher les trois fiancées. Pendant que Melchtal bénit les trois couples, on entend Gessler arriver. Arnold s’enfuit, suivi de Guillaume. Le chœur se réjouit et honore Jemmy, le fils de Guillaume, qui a remporté le prix de tir à l’arc. Mais un pâtre arrive, qui explique que pour défendre sa fille de la soldatesque gesslerienne, il a tué un soldat et qu’il est poursuivi. Il veut traverser le lac pour trouver refuge de l’autre côté. Le pécheur refuse. Guillaume revient, sans Arnold. Le pâtre quémande son secours et Guillaume lui fait traverser le lac. Les soldats de Gessler arrivent, conduits par le capitaine de la garde, Rodolphe. Celui-ci demande qui a aidé le pâtre, mais le peuple refuse de répondre. Melchtal déclare que cette terre ne connaît pas de délateur. Rodolphe ordonne qu’on l’arrête.

Acte II : Dans la montagne, à un chœur de chasseurs répond un chœur de pâtres. Mathilde, qui s’est isolée du groupe, sent qu’Arnold n’est pas loin. Dans le fond de son cœur, c’est lui qu’elle aime (Air : Sombre forêt…).

Rossini Guillaume Tell Sombre forêtCliquez sur Mathilde

Arnold paraît, et lui avoue son amour, auquel elle répond (Duo : Oui vous l’arrachez à mon âme).

Rossini Guillaume Tell Oui, vous l'arrachez à mon âmeCliquez sur Arnold

Mais on vient, il faut se séparer. C’est Guillaume accompagné d’un de ses compagnons, Walter. Guillaume et Walter rappellent à Arnold que Mathilde est leur ennemie, et lui apprennent que Gessler a fait mourir son père (Trio : « Quand l’Helvétie est un champ de supplices ».)

Rossini guillaume Tell trioCliquez sur le trio

Il l’appelle à prendre la tête de la révolte contre le bailli. Les délégués des trois cantons arrivent. Arnold fédère leur révolte.

Acte III : Alors que Mathilde attend un doux adieu d’Arnold, celui-ci révèle qu’il doit venger son père. Elle lui dit de fuir.

Rossini Guillaume Pour notre amour plus d'espéranceCliquez sur l’image

Sur la place du village, on dresse une estrade. Gessler paraît et ordonne que l’on se prosterne en passant devant son chapeau accroché à un poteau. Sous la contrainte des soldats, tout le monde se prosterne devant le chapeau. Guillaume arrive avec Jemmy. Rodolphe lui ordonne de s’incliner. Guillaume refuse. Gessler le fait arrêter. Guillaume demande à Jemmy d’aller prévenir sa mère afin qu’elle lance le signal de la révolte, un feu allumé, mais Gessler ordonne que l’on place une pomme sur la tête de Jemmy, et demande à Guillaume de l’atteindre d’une flèche. Guillaume résiste, puis cachant une flèche sous son habit, il tire et atteint la pomme, ne cachant pas que s’il avait raté, la deuxième flèche aurait été pour Gessler. Celui-ci demande qu’on arrête Guillaume et son fils. Mathilde les prend sous sa protection, mais déjà Gessler a une autre idée pour faire disparaître Guillaume et l’entraîne sur le lac pour le mener en prison.

Acte IV : Arnold pleure la perte de son père quand les confédérés arrivent, cherchant des armes pour secourir Guillaume. Arnold leur dit où trouver les armes que son père et Guillaume avaient cachées en vue de la révolte. De son côté, Edwige décide de tuer Gessler. Mathilde se présente et lui rend Jemmy (Trio : « Je rends à votre amour ».)

Rossini Guillaume Tell Je rends à votre amourCliquez sur le trio

Malgré la tempête, Guillaume réussit à regagner le rivage. Il demande à sa femme pourquoi sa maison brûle. Elle répond qu’elle y a mis le feu pour donner le signal de la révolte. Poursuivi par les soldats, Guillaume tue Gessler.

Arnold arrive après avoir libéré le château de l’occupant autrichien. Il peut retrouver Mathilde !

Rossini Guillaume Tell FinalCliquez sur Arnold, Guillaume et Mathilde

Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETITE LARME D’OPÉRA ?

Un des ressorts dramatiques les plus puissants en œuvre à l’opéra est l’amour, amour souvent contrarié qui occasionne pleurs et larmes.

Cette tradition des larmes mises en musique remonte à loin puisque dès MONTEVERDI, c’est en pensant à sa femme mourante que le compositeur a composé son Orfeo. Un autre opéra de Monteverdi est Arianna (Ariane). La partition en est malheureusement perdue, et il n’en subsiste qu’un air, le « lamento d’Ariane ».

Monteverdi Arianna Lasciatemi morireCliquez sur l’image

En 1676 et en France, LULLY fait se plaindre la déesse Cybèle dans son Atys, quand elle se rend compte qu’Atys ne l’aime pas.

Lully Atys Espoir si cher et si douxCliquez sur l’image

Un demi-siècle plus tard, HAENDEL nous livre dans son Jules César en Égypte (1724) le très beau duo entre une mère et son fils, Cornélie et Sextus, qui s’apprêtent à mourir « Son nata a lagrimar ».

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur Sextus et Cornélie

En 1736, PERGOLÈSE écrit son Stabat Mater, pièce religieuse qui décrit les souffrances de la Vierge Marie au pied de la croix de son fils Jésus.

Pergolèse Stabat MaterCliquez sur l’image

En 1745, dans la comédie de RAMEAU Platée, Momus apporte à Platée les présents de l’amour : pleurs, cris, langueurs et espérance.

En 1762, dans Orfeo ed Euridice de GLUCK, rien n’égale la douleur d’Orphée qui a perdu son Eurydice.

Gluck Orfeo e Euridice Che faro senza EuridiceCliquez sur Orfeo

Quittons le XVIIIe siècle avec MOZART et son Requiem, particulièrement le « lacrimosa », ce mouvement qui décrit les larmes versées pour le défunt.

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Et je vous propose de retrouver prochainement une nouvelle sélection de larmes versées à l’opéra (ou à l’église), avec le XIXe siècle.