littérature, Maria Callas, Oulipo, Poésie

« CHANSON D’AUTOMNE », de VERLAINE

Après Art Poétique de Paul VERLAINE, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et je mets en correspondance les images évoquées par ce poème avec des images musicales qui me viennent à l’esprit.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose Chanson d’automne, un poème datant de 1866 paru dans les Poèmes saturniens.

Les sanglots longs
Des violons

De l’automne

Ravel KaddishCliquez sur l’image

Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Verdi la Traviata Addio del passato (Callas)Cliquez sur l’image

Tout suffocant
Et blême
, quand
Sonne l’heure,

Thomas Hamlet Spectre infernalCliquez sur l’image

Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Gluck Orfeo e Euridice Che faro senza EuridiceClqiuez sur l’image

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Chausson la dernière FeuilleCliquez sur l’image

Citations musicales :

Les sanglots longs des violons : Maurice RAVEL, Kaddish, pour violon et piano.

D’une langueur monotone : Giuseppe VERDI, la Traviata « Addio del Passato ».

Tout suffocant et blême : Albert THOMAS, Hamlet, scène du spectre.

Je pleure : GLUCK Orfeo ed Euridice « Che faro senza Euridice » (« J’ai perdu moin Eurydice »)

La feuille morte : Ernest CHAUSSON la dernière feuille.

Et si vous en voulez un peu plus, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous en voulez un peu plus

Contes et légendes

666 LE NOMBRE DE LA BÊÊÊTE

Puisque ce billet est le 666e publié sur ce blog, et que 666 est le nombre associé à la Bête de l’Apocalypse, j’ai décidé de vous parler de l’Apocalypse dans la musique.

L’Apocalypse est le dernier livre de la Bible. Elle présente le Jugement dernier, quand Dieu séparera les bons et les méchants, envoyant les bons au paradis et les méchants en enfer. L’Apocalypse est annoncée par les quatre cavaliers de l’apocalypse, et les sept trompettes du Jugement dernier.

Musicalement parlant, l’extrait le plus connu est le « Dies Irae » (« Jour de colère ») qui est souvent un mouvement important dans les Requiems (Messes des morts). Je vous propose ici le traitement de ce thème que fait Hector BERLIOZ dans sa Symphonie fantastique.

Berlioz Symphonie Fantasfique Dies IraeCliquez sur l’image

Alors qu’il était prisonnier au stalag VIII, en 1940, Olivier MESSIAEN a composé une œuvre pour quatre instruments, violon, violoncelle, clarinette et piano, inspirée par l’Apocalypse de Saint-Jean : le Quatuor pour la fin du temps.

Messiaen Quatuor pour la fin du temps Danse de la fureur, pour les sept trompettes.Cliquez sur le quatuor (pour la fin du temps)

En 1942, c’est Jean FRANCAIX qui compose l’oratorio l’Apocalype selon Saint-Jean.

Françaix l'Apocalypse selon Saint-JeanCliquez sur l’image

Plus près de nous, en 1968, c’est le pape de la musique électroacoustique Pierre HENRI qui compose son Apocalypse de Jean.

Henri L'Apocalypse de JeanCliquez sur le magnétophone

Dans un genre moins classique, celui du Heavy Metal, souvent nourri de références plus ou moins occultes ou sataniques, le groupe IRON MAIDEN publiera l’album The Number of the Beast en 1982.

Iron Maiden The Number of the BeastCliquez sur la bête

Mais peut-être ce thème de l’apocalypse vous fait penser à un film, Apocalypse Now de COPPOLA, et à l’utilisation de la Chevauchée des Walkyries lors de la charge des hélicoptères.

Wagner Coppola Apocalypse NowCliquez sur l’image

Cinéma, Mes opéras préférés

THE WALL, by PINK FLOYD (1979)

The Wall (le Mur) est le onzième album du groupe inclassable PINK FLOYD. Il a été composé en 1979 et fera l’objet de nombreux concerts, avec une mise en scène et des décors grandioses (un peu comme pouvait l’être l’opéra au XVIIe siècle, ou le GOF au XIXe siècle.) Après l’album et ces concerts, the Wall fera l’objet d’une version filmée par Alan PARKER.

Après la chute du mur de Berlin en 1989, une version scénique particulièrement impressionnante a été jouée (et filmée) en 1990 (The Wall live in Berlin.)

Il existe même une version lyrique écrite pour l’opéra.

Le pitch : L’histoire est assez proche de celle de Tommy des WHO. Un petit garçon qui a perdu son père à la guerre et, victime d’une mère castratrice, se renferme en lui-même.

Pink est une star du rock qui revoit sa vie. Son père est mort pendant la Seconde Guerre mondiale et il a été élevé par sa mère. (« The thin Ice »). Pour combler l’absence de son père, il commence à se construire un mur mental le protégeant du monde cruel. (« Another Brick in the Wall part I »).

Pink Floyd The Wall Thin IceCliquez sur l’album culte

Il se souvient de ses années au collège, avec les professeurs sadiques qui tourmentaient les enfants (« We don’t need no education »).

Pink Floyd The Wall We don't no educationCliquez sur l’image (et mangez vos haricots si vous voulez avoir du pudding, car comment voudriez-vous avoir du pudding si vous ne mangez pas vos haricots ?)

Devenu adulte, il se souvient de sa mère abusive (« Mother ») et de ses années d’enfance pendant le blitz (Goodbye Blue Sky).

Pink Floyd The Wall MotherCliquez sur l’image

Pink se marie, mais lors d’une tournée en Amérique, il se laisse séduire par une groupie (Young Lust). Dans sa chambre d’hôtel, il est pris d’un accès de rage dévastatrice et il casse tout dans sa chambre. Puis, déprimé, il pense à sa femme, qui le trompe et qu’il a laissée à Londres, et qui ne répond pas au téléphone (« Don’t leave me now »). Son mur symbolique est désormais achevé et Pink se sent coupé du monde humain (« Goodbye Cruel World »). Il repense à sa jeunesse (« Vera ») avant de revenir à la Seconde Guerre mondiale (« Bring the Boys back home »).

Le manager et son équipe trouvent Pink affalé dans sa chambre d’hôtel, complètement shooté. Ils le droguent pour qu’il puisse remonter sur scène et l’emmènent sur les lieux où il doit donner son concert (« Confortably numb »).

Pink Floyd The Wall Confortably numbCliquez sur ce pauvre Pink complètement shooté dans sa chambre d’hôtel

Complètement camé, Pink s’imagine en dictateur fasciste ordonnant des ratonnades (« Run like Hell »).

Pink Floyd The Wall Run like HellCliquez sur l’image

Son hallucination cesse et il hurle pour que tout s’arrête (« Stop »). Il se remet en question, et son moi profond lui ordonne de casser ce mur qu’il a construit pour se protéger (« Outside the Wall »).

Point d'interrogationCliquez sur le cadeau bonus pour avoir une chouette version alternative d’un des titres phares

(Sources principales : The Wall l’album de 1979, The Wall le film de 1982, The Wall live in Berlin de 1990.)

Écrivains, littérature, Poésie

Pierre de RONSARD (1524-1585)

image Ronsard

Pierre de RONSARD est né en septembre 1524 dans le Vendômois. On ne connaît pas la date exacte de sa naissance. Il est considéré comme un des poètes les plus importants du XVIe siècle.

Son père, fait chevalier pour ses services pendant les guerres d’Italie (celles de François 1er) travaillait au service du Dauphin. Il essaiera d’ailleurs d’attacher son fils Pierre au service du Dauphin, puis à la mort de celui-ci à son frère Charles, duc d’Orléans. Au mariage de leur sœur Madeleine avec le roi Jacques d’Écosse, Ronsard est attaché à son service, puis après la mort de Madeleine à l’âge de 16 ans, à celui du roi Jacques, ce qui lui valut de passer 3 ans en Écosse ou à Londres.

En 1539, il revient en France et se met au service du duc d’Orléans.

À la suite d’une maladie qui le rend à moitié sourd, il arrête sa carrière diplomatique pour se consacrer aux études.

En 1547, il rencontre du BELLAY avec qui il va fonder, avec quelques autres poètes, la Pléiade qui avait pour but de surpasser les auteurs italiens (DANTE, BOCCACE, PÉTRARQUE).

En 1549, il publie quelques poèmes, mais c’est surtout avec ses Odes, à partir de 1550, qu’il commence à se fait connaître. Il est intéressant de noter que dès cette époque, Ronsard concevait sa production poétique pour être chantée.

Sa première ode à avoir été mise en musique est Ma petite Colombelle, par MURET, en 1552.

Muret ma petite colombelle (Ronsard)Cliquez sur l’image

En 1552, ce sont les Amours de Cassandre et il est nommé « prince des poètes ». Surtout, cette année-là, la parution des Amours de Pierre de Ronsard vandomoys est accompagnée d’un « supplément musical » de dix œuvres à 4 voix, signées par les meilleurs compositeurs de l’époque, comme JANEQUIN, GOUDIMEL ou CERTON. L’éditeur donne même les indications pour que des sonnets d’une même structure puissent être chantés sur la même musique que celle du poème d’origine. C’est de l’OuLiPo avant la lettre !

Ronsard Mignonne allons voir si la roseCliquez sur l’image

Goudimel Quand j'aperçois (Ronsard)Cliquez sur l’image

Le succès de ses poésies, le pousse à chercher une place de poète à la cour et il devient poète du roi Charles IX. En 1565, le roi lui offre le prieuré de Saint-Cosme. Ronsard écrit la Franciade, une fresque historique relatant l’Histoire de France.

En 1585, il publie encore les Sonnets pour Hélène, mais miné par la maladie, il finit par mourir le 25 décembre 1585 dans son prieuré de Saint-Cosme.

Dès lors, il tombera dans l’oubli pendant environ deux siècles avant qu’on ne redécouvre son œuvre.

Par exemple, le jeune WAGNER mettra en musique le fameux « Mignonne, allons voir si la rose ».

Wagner Mignonne allons voir si la rose (Ronsard)Clqiuez sur Wagner

Il sera suivi au XIXe siècle par GOUNOD, BIZET, ou GOUVY.

Le XXe siècle continuera les hommages musicaux à Ronsard, avec notamment, à l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance, la publication d’un numéro spécial de la Revue musicale qui lui est entièrement consacré. Le 15 mai aura alors eu lieu un concert Ronsard, dont les musique étaient signées Dukas, ROUSSEL, AUBERT, CAPLET, HONEGGER, MANUEL, DELAGE et RAVEL.

Roussel Ciel, aer et vens (Ronsard)Cliquez sur l’image

Ravel Ronsard à son âme (Ronsard)Cliquez sur l’image

Plus tard, ce sera POULENC qui écrira « Cinq mélodies de Ronsard ».

Poulenc Je n'ai plus les os (Ronsard)Cliquez sur l’image

Et la mise en musique de Ronsard continue encore de nos jours…

(Sources: un texte aimablement fourni par Pascal BERGERAULT, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Tours.)

Agenda Ironique

MENU CONCOCTÉ POUR L’A.I. DE SEPTEMBRE 2022

Ce mois-ci, c’est Mijo du blog « Funambule sur le fil de l’écriture » qui nous propose le thème de l’Agenda Ironique. Le sujet en est le suivant :

Pour cet AI de septembre, la gourmande de Funambule sur le fil de l’écriture ne pouvait pas rater l’occasion de convoquer le foisonnement de la langue française qui a mitonné au long des siècles les expressions culinaires. Là est la première contrainte : dans votre cuisine de mots, insérer un zeste de tradition ou une pincée d’exotisme au travers de ces locutions.

Pour varier les plaisirs de vos trouvailles appétissantes, je vous propose de nous raconter « une première fois » d’une gorgée, d’une lampée, d’une bouchée, d’un effluve ou d’un fumet ou d’une morsure.

À vos claviers ou vos stylos pour mijoter une dégustation pleine de saveurs de la langue française.

Avant d’aborder mon sujet « musical », un petit hommage à QUENEAU et à son Art poétique, ou la recette pour écrire un poème.

Prenez un mot prenez en deux
Faites les cuir’ comme des œufs
Prenez un petit bout de sens
Puis un grand morceau d’innocence
Faites chauffer à petit feu
Au petit feu de la technique
Versez la sauce énigmatique
Saupoudrez de quelques étoiles
Poivrez et mettez les voiles
Où voulez-vous donc en venir ?
À écrire Vraiment ? À écrire ?

Et maintenant, je vais vous proposer un petit menu « spécial opéra ».

Apéro : La première fois que Vincent 1er de Gonzague a vu (et entendu) un spectacle théâtral accompagné de musique, c’était au mariage de sa belle-sœur Marie de Médicis et du roi de France Henri IV, il n’a eu de cesse de produire dans sa propre cour, Mantoue, un spectacle similaire. Il en résultera, de la part de son musicien de cour attitré, Claudio MONTEVERDI, le premier opéra d’une très longue série : l’Orfeo.

monteverdi orfeo savallCliquez sur l’apéro l’ouverture

Hors-d’œuvre : En guise de hors-d’œuvre, je vous suggère de prendre des œufs MEYERBEER, c’est-à-dire des œufs sur le plat servis avec des truffes et des rognons d’agneau.

Meyerbeer l'Africaine Ô paradisCliquez sur l’image et vous serez au paradis

Plat : La première fois que ROSSINI a eu l’idée de son fameux tournedos (une tranche de foie gras poêlée sur une tranche de filet de bœuf), il a demandé au serveur du restaurant de tourner le dos aux convives, pour ne pas les interloquer avec ce drôle de plat. C’est depuis cette époque qu’on parle de Tournedos Rossini. Et pour accompagner, ce plat de viande, peut-être lui a-t-on servi des pasta a la Norma, du nom d’un opéra de BELLINI. Ce sont des pâtes cuisinées avec des tomates, des aubergines grillées et de la ricotta.

callas casta divaCliquez sur Norma

Fromage : Cliquez ici pour savoir pourquoi je ne vous propose pas de fromage.

Desserts : Pour le dessert, vous aurez le choix entre la Poire Belle-Hélène ou la Pêche Melba (bien entendu, vous pouvez avoir les deux si vous êtes gourmands). La Poire Belle-Hélène est un dessert en hommage à l’opéra-bouffe éponyme d’OFFENBACH.

la belle HélèneCliquez sur le couplet des rois, extrait de la belle Hélène

La pêche Melba a été créée en l’honneur de la cantatrice Nellie MELBA.

Puccini Tosca Vissi d'arte (Nelly Melba)Cliquez sur Nellie Melba

Vous pourriez même avoir envie d’un opéra, une pâtisserie dont a eu l’idée un cuisiner qui voyait deux gars peindre les petits rats de l’opéra.

Compositrices, Couleurs, Nature

ARC-EN-CIEL

Joséphine du blog « Nervures et entailles » ayant récemment publié un article intitulé « Arc-en-ciel » m’a demandé si je comptais faire un billet sur « arcs-en-ciel et opéra ». Le voici donc.

L’arc-en-ciel est un des plus beaux phénomènes que la nature nous offre. Il est le résultat de la diffraction de la lumière sur les gouttelettes contenues dans l’air pendant la pluie. Comme l’indice de réfraction de l’air dépend de la longueur d’onde, la lumière du soleil qui comporte toutes les longeurs d’onde se trouve ainsi décomposée suivant un spectre continu qui va de l’ultra-violet à l’infrarouge. Pour l’observer, il faut donc deux conditions qui ne sont pas souvent réunies : de la pluie et du soleil ! On peut aussi créer artificiellement un arc-en-ciel à l’aide d’un prisme cristallin.

Pink Floyd Dark side of the moon Brain DamageCliquez sur le prisme décomposant la lumière et formant un arc-en-ciel

Il y a donc une infinité de nuances dans l’arc-en-ciel, mais l’œil humain en distingue principalement sept : le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet.

Le premier exemple d’arc-en-ciel qui m’est venu à l’esprit quand j’ai imaginé ce billet est celui qui clôt l’Or du Rhin (Rheingold) de WAGNER. La demeure des dieux, le Walhalla est achevé. Donner provoque un orage et Froh crée un arc-en-ciel par lequel les dieux peuvent rejoindre leur demeure.

Wagner Rheingold finalCliquez sur l’arc-en-ciel

À l’acte II du Saint-François d’Assise, de MESSIAEN, apparaît un bien curieux Ange voyageur, aux ailes quinticolores (les mots sont de Messiaen lui-même).

Messiaen Sint-François d'Assise, l'Ange voyageurCliquez sur l’image

Le même Messiaen a intitulé le 6e mouvement de son Quatuor pour la fin des temps « Fouillis d’Arcs-en-ciel, pour l’Ange qui annonce la fin du temps ».

Messiaen Quatuor pour la fin des temps Fouillis d'Arc-en-CielCliquez sur l’Arc-en-ciel

Dans ses Musiques d’enfants, PROKOFIEV a écrit la pièce « Pluie et Arc-en-ciel ».

Prokofiev Musiques d'enfants la Pluie et l'Arc-en-CielCliquez sur Prokofiev jeune

Et la compositrice australienne Jeanell CARRIGAN a composé ce bel Arc-en-ciel.

Carrigan Arc-en-CielCliquez sur l’image

Dans un autre genre, celui de la comédie musicale, The Wizard of Oz (le Magicien d’Oz) (1939) comporte un « tube des tubes » avec Somewhere over the Rainbow.

The Wizard of Oz Somewhere over the RainbowCliquez sur Judy Garland

Bien sûr, sur le thème de l’Arc-en-ciel, j’aurais pu écrire un tout autre billet. Le drapeau Arc-en-ciel (je ne parle pas de la Wiphala du Pérou) est l’emblème de la communauté LGBT. J’aurais donc pu illustrer l’arc-en-ciel avec des opéras queers, comme Like Flesh, de Sivan ELDAR, Les Mamelles de Tirésias de POULENC ou encore A quiet Place de BERNSTEIN ou Billy Budd de BRITTEN. Qu’en pensez-vous ?

Et pour voir tous les drapeaux de pays qui ont un arc-en-ciel, il faut aller chez l’incontournable John Duff.

Compositrices, littérature, Théâtre

PELLÉAS ET MÉLISANDE, de MAETERLINCK (1893)

Pelléas et Mélisande (1893) est une pièce de théâtre du dramaturge et poète symboliste Maurice MAETERLINCK.

Cette histoire universelle, on a du mal à la situer ailleurs que dans un passé et un lieu difficilement identifiables, met en scène ce qui semble (é)mouvoir les humains depuis la nuit des temps : l’amour et la jalousie.

Acte I : Golaud, le maître du château, rencontre dans une forêt où il s’était perdu une jeune fille en pleurs. Cette jeune fille, qui s’appelle Mélisande, a perdu sa couronne dans une fontaine. Elle refuse que Golaud la lui retrouve et ne répond à aucune de ses questions sur son origine. Golaud emmène Mélisande et se dirige vers son château, où vit également son père, Arkel, et son demi-frère, Pelléas.

Golaud a écrit une lettre à Pelléas, il s’est marié avec Mélisande, dont il ne connaît toujours pas le passé, mais il a peur des réactions de son père. Il demande à Pelléas ce que son père pense de son mariage. Son bateau est au large du château et Pelléas doit allumer une torche si Arkel l’approuve, en quel cas Golaud rentrera au château avec Mélisande. Dans le cas contraire, il poursuivra son chemin pour ne plus jamais revenir.

Pelléas a reçu une autre lettre. Son ami Marcellus va mourir, et lui demande de venir le voir avant sa fin prochaine. Arkel lui demande de rester jusqu’au retour de Golaud.

À l’entrée du château, Pelléas accueille Mélisande.

Acte II : Pelléas et Mélisande devisent près d’une fontaine. Mélisande se penche et laisse tomber son alliance dans la fontaine.

Mélisande soigne Golaud qui a fait une chute de cheval. Elle lui déclare qu’elle ne peut plus vivre dans ce château sans lumière, qu’elle y étouffe, et qu’elle mourra si elle reste. Golaud lui prend les mains, et remarque qu’elle a perdu sa bague. Troublée, Mélisande répond qu’elle a dû la perdre le matin, en ramassant des coquillages dans une grotte qui donne sur la mer. Golaud lui dit que cette bague est très importante pour lui, et lui demande d’aller la rechercher. Mélisande a peur, mais Golaud lui demande de se faire accompagner par Pelléas.

Acte III : Pelléas et Mélisande attendent le retour de la chasse de Golaud. La nuit va tomber quand Yniold, le fils du premier mariage de Golaud, entre. Il a peur que Mélisande ne quitte le château. Golaud arrive enfin, et constate que Mélisande et Pelléas ont pleuré.

À sa fenêtre, Mélisande arrange sa chevelure pour la nuit. Elle chante. Pelléas arrive au pied de la tour. Il vient annoncer qu’il part le lendemain , et demande à Mélisande de lui tendre la main pour l’embrasser. Les cheveux de Mélisande se dénouent, se répandant sur Pelléas qui s’enroule amoureusement dedans. Survient Golaud qui les surprend dans leurs jeux.

Golaud a amené Pelléas dans les souterrains du château. Il parle de la mort qui y règne, et qui pourrait emporter Pelléas. En sortant, Golaud prévient Pelléas qu’il les a surpris dans ce qu’il appelle des jeux d’enfants, et lui demande de ne pas recommencer. Plus tard, il veut faire parler Yniold sur ce qui se passe entre Mélisande et Pelléas quand ils sont ensemble, mais Yniold répond qu’il ne se passe rien entre eux, que Mélisande ne veut pas qu’il sorte car elle a peur de se retrouver seule avec Pelléas.

Acte IV : Le père de Pelléas, qui était malade, va mieux, et exhorte Pelléas à voyager. Pelléas donne rendez-vous à Mélisande dans le parc.

Le soir, Pelléas et Mélisande se retrouvent dans le parc. Pelléas avoue à Mélisande que s’il doit partir, c’est parce qu’il l’aime. Mélisande lui répond qu’elle aussi l’aime. Ils s’embrassent quand Golaud arrive. Il frappe Pelléas de son épée. Mélisande se sauve et Golaud la poursuit.

Acte V : Les servantes discutent de ce qui s’est passé pendant la nuit. On a trouvé Golaud et Mélisande devant la porte, et maintenant Mélisande se meurt.

Dans la chambre de Mélisande, Arkel et le docteur discutent. Golaud arrive, plein de remords pour son geste fou. Il demande qu’on le laisse seul avec sa femme et lui demande de le pardonner. Mais il est repris par sa jalousie et veut savoir si « il s’est passé » quelque chose entre Pelléas et Mélisande. Devant les dénégations de Mélisande, il se remet en colère. Quand il voit que Mélisande est en train de s’évanouir, il dit à Arkel et au docteur de rentrer. Mais il est trop tard, il ne saura jamais.

On présente à Mélisande son enfant né trois jours avant, et elle meurt en contemplant cette pauvre petite chose qu’elle a mise au monde.

Une telle histoire a inspiré bien des compositeurs, et non des moindres.

La mise en musique la plus célèbre est celle de DEBUSSY, pour un opéra très fidèle au texte de Maeterlinck (1902).

Debussy Pelléas et Mélisande Scène de la fontaineCliquez sur la scène de la fontaine

Auparavant, en 1898, FAURÉ avait composé une musique de scène.

Fauré Pelléas et Mélisande SicilienneCliquez sur le flûtiste

WALLACE a écrit sa propre musique de scène en 1900.

Peu après Debussy, c’est SCHÖNBERG qui a écrit en 1903 un poème symphonique sur cette histoire.

Schoenberg Pelléas et MélisandeCliquez sur l’image

Deux ans plus tard, en 1905, SIBELIUS a lui aussi écrit une musique de scène.

Sibelius Pelléas et MélisandeCliquez sur l’image

Un peu plus tard, en 1923, la compositrice Mel BONIS intitulera une de ses pièces pour piano Mélisande.

Bonis MélisandeCliquez sur le pianiste

Enfin, beaucoup plus près de nous, le compositeur de musique de film Alexandre DESPLAT a intitulé Pelléas et Mélisande sa Suite pour flûte et orchestre.

Desplat Pelléas et MélisandeCliquez (encore) sur le flûtiste

Et si vous voulez encore un peu de musique, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogation

Écrivains, Compositrices, littérature, Poésie, Théâtre

Maurice MAETERLINCK (1862-1949)

image Maeterlinck

Maurice MAETERLINCK naît le 29 août 1862 à Gand. Poète et surtout dramaturge, il est considéré comme étant le chef de file des symbolistes.

Comme d’autres poètes de son époque, il suit des études de droit avant de se consacrer à la littérature. Dès 1885, il publie des poèmes d’inspiration parnassienne, ce mouvement poétique qui a suivi le romantisme, visant à promouvoir « l’art pour l’art » comme l’écrivait GAUTIER.

Il décide de partir à Paris où il fait la connaissance de MALLARMÉ ou VILLIERS de L’ISLE-ADAM. Il découvre les idéalistes allemands, HEGEL et SCHOPENHAUER ainsi que SCHLEGEL, préfigurateur du symbolisme.

En 1889, il publie Serres chaudes, un recueil de poèmes qui sera mis en musique par CHAUSSON et Lili BOULANGER.

Chausson Serres chaudesCliquez sur l’image

Boulanger Lile RefletsCliquez sur l’image

Toujours en 1889, il publie sa première pièce de théâtre, la Princesse Maleine. Lili Boulanger en a tiré un opéra, dont le manuscrit est perdu.

Suivront en 1890 l’Intruse, portée à l’opéra par RIEMANN, et les Aveugles, qui a inspiré trois opéras, et en 1891 les Sept princesses.

1892 est l’année de son œuvre peut-être la plus connue, Pelléas et Mélisande, qui a fait l’objet d’au moins cinq adaptations musicales signées DEBUSSY, FAURÉ, SCHÖNBERG, SIBELIUS, WALLACE et Mel BONIS.

En 1894, ce sera une série de trois petites pièces : Alladine et Palomides, pièce qui fera l’objet de trois opéras, Intérieur (deux opéras), et la Mort de Tintagiles (trois opéras). Je reviendrai dans un billet spécifique à ces mises en musique de Pelléas et Mélisande.

En 1895, il fait la connaissance de l’actrice Georgette LEBLANC (la sœur de Maurice LEBLANC, le créateur du personnage d’Arsène Lupin.) Ils s’installent en concubinage notoire à Passy, près de Paris, au grand dam de leurs familles respectives, toutes les deux très catholiques. Ensemble, ils tiendront un salon fort couru où on pouvait rencontrer Oscar WILDE, Stéphane Mallarmé, Auguste RODIN ou encore Camille SAINT-SAËNS. Maurice et Georgette vivront ensemble jusqu’en 1918.

En 1896, Maeterlinck publie un second recueil de poésies, Douze chansons, dont certaines seront mises en musique par ZEMLINSKY. Pour le théâtre, il écrit Aglavaine et Sélysette (mis en musique par HONEGGER) et le Trésor des humbles.

Honegger Aglavaine et SélysetteCliquez sur l’image

En 1901, ce sera Ariane et Barbe bleue, mis en musique par Dukas et par BARTOK (Le Château de Barbe bleue) et Sœur Béatrice (quatre opéras). Dans cette pièce, on retrouve les prénoms de Mélisande, Sélysette et Alladine pour les premières femmes de Barbe bleue.

Dukas Ariane et Barbe bleueCliquez sur les cinq premières femmes de Barbe bleue

Bartok le Château de Barbe bleueCliquez sur la pauvre Judith

En 1902, il écrit Mona Vanna qui sera porté quatre fois à l’opéra, dont un opéra inachevé de RACHMANINOV. En 1908, ce sera l’Oiseau bleu, porté à l’opéra par WOLFF.

Rachmaninov Monna VannaCliquez sur l’image

En 1911, Maeterlinck est lauréat du prix Nobel de littérature.

En 1918, il se marie avec une autre actrice, Renée DAHON.

En 1930, il rachète un bâtiment de luxe, conçu pour être un casino, et en fait sa villa qu’il appelle Orlamonde (comme dans Ariane et Barbe bleue ou une des Douze chansons.)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Maeterlinck se réfugie aux États-Unis. Il revient à Nice en 1947 et c’est dans sa villa d’Orlamonde qu’il meurt le 6 mai 1949, à l’âge de 85 ans.

Outre ses poésies et ses pièces de théâtre, Maeterlinck a aussi écrit des essais sur la biologie tels que la Vie des abeilles, la Vie des termites ou la Vie des fourmis, ainsi que des écrits mystiques.

Compositeurs, Compositrices, Histoire de l'opéra, littérature

IL EST LÀ, IL EST LÀ, IL EST LÀ

Qui donc, quoi donc, qu’est-ce qui est là ?

Mais mon livre sur les compositeurs et les compositrices, voyons !

Soit une cinquantaine de compositeurs et compositrices, de Claudio MONTEVERDI à Benjamin BRITTEN, en passant par Francesca CACCINI ou Pauline VIARDOT, recueillis en un joli volume. Pour chaque compositeur, j’ai inséré un QR Code qui vous permettra, en l’activant, d’arriver sur la page idoine de mon blog, et donc d’écouter toutes les jolies musiques que je cite dans le livre.

Vous pouvez le commander par le formulaire de contact de mon blog.

À très bientôt pour des nouvelles de ce livre !

Divers

VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETIT LARME ? – partie 3 – le XXe siècle

J’ai commencé il n’y a guère une série sur les larmes à l’opéra (ou plus généralement dans la musique dite « classique »). Voici donc une suite avec quelques larmes versées au XXe siècle.

Dans le Château de Barbe bleue (1911) de Bela BARTOK, Ariane cherche à ouvrir les différentes portes du château, malgré les réticences de Barbe bleue. Quand elle ouvre la sixième porte, elle voit un lac blanc et silencieux. Elle demande quel est ce lac et Barbe Bleue lui répond qu’il s’agit de larmes (de ses anciennes femmes).

Bartok le Château de Barbe-bleue 6e porteCliquez sur Barbe bleue et Ariane

Peu après, dans l’Enfant et les sortilèges (1924) de RAVEL, les arbres saignent et pleurent à cause des blessures que l’enfant méchant leur a infligées.

Ravel l'Enfant et les sortilèges les arbres (nos blessures)Cliquez sur l’enfant au milieu des arbres

Une dizaine d’années plus tard, dans Porgy & Bess (1935) de GERSHWIN, les villageois pleurent la mort de leur frère Robbins. (Chœur : « Where is broder Robbins »).

Gershwin Porgy and Bess where is broder RobbinsCliquez sur l’image

Parmi les nombreuses mélodies écrites par POULENC, il en est une que j’aime particulièrement. Il s’agit de « Sanglots » extraite des Banalités (1940) sur des poèmes d’APOLLINAIRE.

Poulenc Banalités SanglotsCliquez sur Poulenc

Et que penser de ces Sonnets sacrés de John Donne, mis en musique par BRITTEN en 1945 après la découverte des camps de concentration nazis. Écoutons « Oh might those sights and tears » (« Oh, que ces soupirs et ces larmes reviennent »).

Britten the holy sonnets of John Donne O might those sights and tearsCliquez sur l’image