Divers, Oulipo, Poésie

« EL DESDICHADO », de Gérard de NERVAL

Ce billet inaugure une nouvelle catégorie, la catégorie OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle), à laquelle je raccrocherai les billets déjà écrits sur PEREC ou QUENEAU.

Pour cette première création, je vais partir du poème « El Desdichado » de Gérard de Nerval, avec la contrainte oulipienne d’associer aux substantifs une citation musicale extraite de l’univers de l’opéra.

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé,

Le prince d’Aquitaine à la tour abolie,

Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé,

Porte le soleil noir de la mélancolie.

rameau castor et pollux tristes apprets

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’a consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

berlioz le spectre de la rose crespin

Suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Byron ?

Mon front est rouge encore du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

haendel alcina ombre pallideCliquez sur Alcina

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Citations musicales:

Le veuf : La Veuve joyeuse de LEHAR.

L’Étoile de CHABRIER

Le soleil noir : Tristes apprêts, pâles flambeaux (Castor et Pollux de RAMEAU) : Télaïre, fille su soleil, renonce à la lumière de son père.

Tombeau : Roméo et Juliette de GOUNOD, Roméo vient près du tombeau où le corps de Juliette repose.

La fleur : Carmen de BIZET, « La Fleur que tu m’avais jetée ».

La rose : « Le spectre de la rose », des Nuits d’été de BERLIOZ.

Du baiser : D’amour l’ardente flamme de La Damnation de Faust de Berlioz. Marguerite, abandonnée par Faust, se souvient des baisers d’amour qu’ils échangeaient.

Dans la grotte : « Ombre pallida » de Alcina de HAENDEL. Dans sa grotte, la magicienne Alcina invoque les esprits pour se venger d’un trahison.

La lyre d’Orphée : renvoi vers l’Orfeo de MONTEVERDI.

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le faire savoir, je pourrais envisager de maltraiter ainsi d’autres poèmes. Et si vous aimez Gérard de Nerval, vous pourriez aimer Fantaisie.

Nature, Poésie

LA NUIT (1) : LA NUIT DES AMANTS

mon coeur qui dans la nuit.png

La nuit, cette suspension du temps et de la vie où tout devient possible…

Nuits lumineuses, nuits bénies des amants, où les esprits et les corps se fondent…

Nuits obscures où se trament les complots, les trahisons et où s’opère la magie noire…

Je vais traiter dans ce premier billet consacré à la nuit de la nuit par les amants bénie.

En 1818, SCHUBERT écrit ses Hymnes à la nuit, d’après les très beaux textes de NOVALIS.

Schubert Hymne 1 D 659Cliquez sur l’image

En 1841, BERLIOZ écrit un cycle de mélodies sur des vers de Théophile GAUTIER : Les Nuits d’été.

En 1853, VERDI fait chanter à l’héroïne du Trouvère son « Tacea la notte placida »

verdi tacea la notteCliquez sur l’image

Berlioz encore, dans Béatrice & Benedict (1862), avec « Nuit paisible et sereine ».

Berlioz B&BCliquez sur l’image

GOUNOD nous offre dans Roméo et Juliette (1867) et dans son Faust (1868) deux beaux nocturnes.

gounod nuit d'hyménéeCliquez sur l’image

faust gounod o nuit d'amourCliquez sur l’image

Tout le 2e acte de Tristan und Isolde de WAGNER (Tristan, ze opéra de l’amour !) est l’acte de la nuit, où a lieu une des plus belles scènes d’amour écrites pour l’opéra, avec son crescendo amoureux qui finit dans une extase quasi mystique.

Wagner Tristan und Isolde O sink hernieder, Nacht der LiebeCliquez sur la partition

En 1881, OFFENBACH nous livre dans ses Contes d’Hoffman sa célébrissime Barcarolle.

barcarolleCliquez sur l’image

Dans la continuité lyrique de Tristan figure une des premières œuvres de SCHÖNBERG : La nuit transfigurée (Verklärte Nacht) écrite en 1899.

Voilà, je suis obligé de m’arrêter, mais il y aurait encore tant de belles nuits à vous souhaiter, avec les Nocturnes de Chopin ou de Fauré, par exemple. Et le cas de la mise en musique du Songe d’une nuit d’été du grand Bill fera l’objet d’un billet spécifique.

Qui sait, peut-être y aura-t-il une deuxième livraison de Nuits d’amour, qu’en pensez-vous ?

Cinéma, Divers, Poésie, Shakespeare, Woody Allen

LES DOUZE COUPS DE MINUIT

Une fois, par un minuit lugubre, comme je m’appesantissais faible et fatigué
Sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié…
Edgar Allan POE (Trad. MALLARMÉ)

Minuit : une journée qui finit, une journée qui commence. C’est l’heure favorable pour le dénouement des actions, ou au contraire pour le début de nouvelles. Aussi n’est-ce pas un hasard si de nombreuses scènes d’opéra se déroulent à minuit.

Dans Le Freischütz (1821) de WEBER, la fameuse scène de la fonte des balles maudites à la Gorge aux Loups se déroule à minuit.

Dans Gustave III (1833) d’AUBER, la devineresse Arvedson donne rendez-vous à l’héroïne Amélie à minuit au pied d’un gibet pour y cueillir une plante maléfique dont les racines la délivreront d’un amour coupable.

Auber Gustave III minuitCliquez sur la pochette du disque

On retrouve l’intrigue de Gustave III dans Le Bal masqué (1859) de VERDI, puisque c’est le même livret de SCRIBE qui a été adapté pour Verdi. La censure qui sévissait en Italie rendant impossible de montrer un régicide sur scène, l’action a été transposée aux Amériques. La devineresse s’appelle alors Ulrica, et Amélie Amélia.

Dans Le Songe d’une nuit d’été (1850) d’Ambroise THOMAS, qui met en scène Falstaff et  la reine Elizabeth I en amoureuse secrète de SHAKESPEARE (sic), on trouve une scène dans la forêt royale de Richmond, avec  un chasseur maudit qui apparaît à minuit. (Air: dans l’ombre de la nuit).

En 1868, dans Hamlet, Thomas fait intervenir le spectre du père du héros à minuit, pour lui demander de venger son assassinat.

Thomas Hamlet le spectreCliquez sur l’image

Verdi était un habitué des douze coups de minuit puisque dans Rigoletto (1851), c’est dans une auberge que se noue le sort de Gilda, la fille cachée de Rigoletto. Celui-ci a commandité l’assassinat du duc à minuit, mais les assassins décident de lui laisser la vie sauve si un voyageur se présente à la porte avant l’heure fatale. Gilda, amoureuse du duc, se sacrifie et entre dans l’auberge où elle meurt sous les coups des reîtres payés par son père.

Verdi Rigoletto scène finaleCliquez sur la scène finale de Rigoletto

Verdi récidive dans Don Carlos (1867), où le héros a rendez-vous à minuit avec Elisabeth de Valois, pour lui déclarer sa flamme. Et dans son dernier opéra, Falstaff (créé en 1892), on joue une farce à Falstaff en lui donnant un rendez-vous galant à minuit dans le parc royal. Mais c’est un coup monté qui l’attend quand sonnent les douze coups de minuit, les villageois déguisés provoquent un sabbat destiné à le punir en lui faisant peur (Air et chœur: Sul fil d’un soffio etesio).

Dans La Chauve-souris (1874) de J.STRAUSS, ce ne sont pas les douze coups de minuit que l’on entend, mais les six coups qui marquent six heures du matin, et qui signifient que la folle fête est terminée.

Dans Midnight in Paris (2011) de Woody ALLEN, on peut entendre la barcarolle des Contes d’Hoffmann, ainsi qu’un french cancan de La Vie parisienne, d’OFFENBACH.

Mythologie, Nature, Poésie

LES MUSES AIMENT LES ARTS

Nous lézards aimons les Muses

Elles Muses aiment les arts

Avec les arts on s’amuse

On muse avec les lézards…

Je ne peux m’empêcher de citer le début de ce poème de QUENEAU en introduction à ce billet consacré aux muses zet aux arts.

Les muses, au nombre de 9, étaient les filles de Zeus et de Mnémosyne (la déesse de la mémoire).

​CALLIOPE ​Poésie épique
​CLIO ​Histoire
​ÉRATO ​Poésie lyrique
​EUTERPE Musique
​MELPOMÈNE ​Tragédie
​POLYMNIE ​Rhétorique
​TERPSICHORE ​Danse
​THALIE ​Comédie
​URANIE ​Astronomie

À l’époque baroque, les dieux, les nymphes et les Muses apparaissaient sans problème dans les livrets d’opéra. Il est donc naturel d’y rencontrer des Muses. Par exemple dans Alceste de LULLY, à la fin de l’œuvre, Apollon descend de l’Olympe avec les Muses.

Dans Platée, de RAMEAU, qui raconte un complot de Jupiter pour ridiculiser la nymphe Platée (et la jalousie de sa femme Junon), la Muse de la Comédie Thalie se joint à ce complot.

Rameau Platée ThalieCliquez sur la Thalie de Rameau

Dans les Boréades, du même Rameau, c’est Polymnie (la rhétorique) qui intervient pour essayer d’adoucir Borée, le dieu du vent.

Rameau les BoréadesCliquez sur l’image

On peut également noter que Campra a écrit un opéra-ballet intitulé Les Muses (1703) ou encore citer l’opéra-ballet les Fêtes de Thalie (1714), de MOURET, où l’on voit Melpomène (la Tragédie) se disputer avec Thalie (La Comédie) pour savoir qui doit avoir la prééminence sur l’opéra. À cette époque pré-hollywoodienne, quand un spectacle avait du succès, on faisait une suite, et c’est ainsi que dans la Revanche du fils du retour des Fêtes de Thalie (je ne suis pas certain du titre exact de cette suite), c’est au tour de Terpsichore (la Danse) et de Polymnie d’entrer dans la danse (si j’ose dire) pour revendiquer leur part dans le succès de l’opéra.

On retrouve ce même thème au XXe siècle où PROKOFIEV fait s’affronter Comédie et Tragédie pour savoir qui doit avoir la préséance sur l’autre dans L’amour des 3 oranges (1919). Les Muses y sont représentées par le chœur.

Prokofiev l'Amour des 3 oranges tragiques vs lyriquesCliquez sur l’image

Enfin dans les Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH c’est la muse de la Poésie qui veut s’assurer de l’exclusivité des faveurs du poète Hoffmann.

littérature, Mythologie, Nature, Poésie

le vin, LE VENT, la vie… (1 LE VENT)

… est un recueil de poésies du poète antéislamique Abu NUWAS (757 – 815), dans lequel il célèbre tous les plaisirs qui enivrent sa vie, que ce soit le vin, ou l’amour sous toutes ses formes.

Vine, Wind, Life is a book of poems written by Abu Nuwas.

Dans ce billet, je vous parlerai de la présence du vent dans l’opéra. Il y aura bien sûr un « LE VIN, le vent, la vie ». En l’attendant, je vous conseille le très bon article sur les chansons à boire de l’opéra de l’excellent site Le voyage lyrique.

C’est dans les opéras baroques que l’on trouve le plus l’influence du vent, puisqu’à cette époque les sujets étaient pour l’essentiel puisés dans la mythologie, et Éole, le dieu du vent pouvait donc participer à l’action.

Ainsi dès 1673 dans Alceste de LULLY, on voit Éole calmer les flots pour permettre à Admète et Alcide de poursuivre Lycomède qui a enlevé Alceste.

Dans King Arthur de PURCELL, au début de l’acte V, l’enchanteur Merlin invoque Éole. Le dieu du vent calme la mer déchaînée. Des flots surgit une île, l’Angleterre, the fairest isle.

Purcell King Arthur Fairest IsleCliquez sur l’île féérique

Dans le dernier de ses opéras, et peut-être le dernier opéra baroque puisqu’en 1763, le classicisme avait débuté, RAMEAU choisit Les Boréades dans lequel la reine Alphise doit choisir pour époux parmi les Boréades, c’est-à-dire les descendants de Borée, le dieu du Vent. Mais c’est un étranger, Abaris, qu’elle aime. Si elle cède à son amour, elle provoquera la colère de Borée. Après diverses péripéties, que je raconterai un jour dans un billet consacré aux Boréades, Borée en colère frappe la Terre de ses vents, provoquant la terreur chez les humains (Nuit redoutable, jour affreux). Au début de l’acte V, Borée ordonne aux vents de continuer à frapper la Terre, mais ceux-ci sont devenus faibles à cause d’un humain. En fait, on apprend qu’Abaris est un fils d’Apollon et d’une nymphe, elle-même descendante de Borée. Ainsi Alphise peut se marier avec Abaris et tout est bien qui finit bien.

Rameau les BoréadesCliquez sur l’image

Passons à l’époque classique avec l’opéra seria Idoménée (1780) de MOZART. L’histoire se passe en Crête après la chute de Troie. Au début du 3e acte, Ilia, fille de Priam, prend la nature à témoin de sa douleur (en français : Zéphir léger et charmant).

Mozart Idoménée Zefiretti lusinghieriCliquez sur l’image

Quelques années plus tard, ROSSINI dans son Barbier de Séville compare les ravages de la calomnie à un petit vent qui enfle et enfle. Air de la calomnie : « La calunnia è un venticello ».

Rossini le barbier de Sévilla La CalunniaCliquez sur la calomnie

Et en dehors du chant de l’opéra, je ne peux résister à vous présenter une des pièces impressionnistes de DEBUSSY : Ce qu’a vu le vent d’ouest.

Debussy Ce qu'a vu le vent d'OuestCliquez sur le pianiste

Et pour terminer, une très belle chanson de BREL, qui est déjà un classique de la chanson francophone.

littérature, Oulipo, Poésie

Cent mille milliards de poèmes (QUENEAU)

Cent mille milliards de poèmes (1961) est le titre d’un des recueils de poèmes les plus connus de Raymond QUENEAU, un des fondateurs de l’OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle).

Il est basé sur l’écriture de 10 sonnets dont tous les premiers vers ont la même rime, tous les seconds vers ont la même rime, …, tous les quatorzièmes vers ont la même rime.

Ainsi, en faisant un tirage aléatoire du premier vers, puis du second, …, puis du quatorzième, on obtient la constitution de 10 puissance 14 poèmes différents, soit Cent mille milliards de poèmes.

Je vous ai donc concocté à partir du matériau poétique laissé par Queneau un des cent mille milliards de poèmes possibles, en cherchant dans chaque vers un rapport, parfois éloigné, avec l’univers de l’opéra.

Lorsqu’un jour exalté l’aède prosaïse

Pour consommer un thé puis des petits gâteaux

La critique lucide aperçoit ce qu’il vise

Il chantait tout de même oui mais il chantait faux

Quand on prend des photos de cette tour De Pise

Le vulgaire s’entête à vouloir des vers beaux

Aller à la grande ville est bien une entreprise

Les Grecs et les Romains en vain cherchent leurs mots

L’esprit souffle et resouffle au-dessus de la botte

Le touriste à Florence ignoble charibotte

Lorsque Socrate mort passait pour un lutin

Les rapports transalpins sont-ils biunivoques?

Exaltent l’espagnol les oreilles baroques

Si la cloche se tait et son terlintintin.

L’aède en question pourrait être HOMERE dont les chants ont inspirés bien des opéras, en commençant par Le retour d’Ulysse dans sa patrie, de MONTEVERDI.

Par les petits gâteaux, je pense évidemment à l’opéra, une de mes pâtisseries préférées.

Pour la critique, je ne détaille pas, mais avec le vers suivant, on peut penser à Cantatrix Sopranica L. de Georges PEREC, ce grand ami de Queneau. Cantatrix Sopranica L. est une étude scientifique de l’influence du lancer de tomate sur les sopranos.

Le quatrain suivant et le début du premier tercet sont centrés sur l’Italie, patrie de l’opéra.

La Mort de Socrate est le titre d’une œuvre de SATIE d’après PLATON.

Ah ! Ces rapports transalpins biunivoques n’illustrent-ils pas le fait que pendant plus de deux siècles, toute la production d’opéra en Europe était faite soit en français, soit en italien ?

Les oreilles baroques espagnoles peuvent évoquer la zarzuela, cette forme ancienne de théâtre chanté en espagnol.

Quant à la cloche et son terlintintin, il s’agit de la musique, tout simplement.

Animation 1, Écrivains, Cinéma, Compositrices, littérature, Poésie, Théâtre

Victor HUGO (1802 – 1885) ET LA MUSIQUE

                                                              (Victor HUGO and opera)

« Défense de déposer de la musique sur mes vers » aurait déclaré Victor HUGO (1802 – 1885).

Son œuvre dramatique a pourtant inspiré bien des compositeurs, puisqu’une centaine d’opéras ont été composés d’après cette œuvre.

VH donc, chef de file du romantisme français, a créé le scandale en 1830 avec son Hernani. Cette pièce sera adaptée à l’opéra par VERDI, avec Ernani (1844). Ce n’est pas la seule adaptation de VH par Verdi puisqu’à partir de la pièce Le Roi s’amuse (1832), il composera Rigoletto en 1851.

Verdi rigoletto La done e mobile

Autre Italien à adapter VH, on peut citer DONIZETTI qui mettra en musique Lucrèce Borgia (1833), avec Lucrezia Borgia, et ce dès 1833, soit l’année même de la création du drame d’Hugo !

Donizetti Lucrezia Borgia Maffio Orsini son ioCliquez sur l’image

VH a participé à la mise en musique de ses œuvres puisqu’il a écrit lui-même en 1836 le livret de La Esmeralda, un opéra composé par Louise BERTIN (notez bien ce nom, il n’y a pas beaucoup de femmes compositrices dans le monde décrit par ce blog). Il s’agit évidemment d’une adaptation de son roman Notre Dame de Paris (1831).

Bertin La Esmeralda air des cloches

C’est ce même livret qui servira à DARGOMIJSKY, un élève de GLINKA pour son Esméralda (1839).

En 1872, c’est MASSENET qui écrit son premier opéra Don César de Bazan, d’après une pièce de DUMANOIR, elle-même bâtie autour d’un des personnages de Ruy Blas (1838). On peut noter que MENDELSSOHN a écrit une ouverture pour Ruy Blas, et ce dès 1839 pour les représentations en allemand de cette pièce.

Mendelssohn Ouverture Ruy BlasCliquez sur l’orchestre

Un peu plus tard, PONCHIELLI adapte Angelo, tyran de Padoue (1835) pour son opéra La Gioconda (1876). On peut voir une adaptation complètement déjantée de la « Danse des heures » de cet opéra dans le dessin animé Fantasia de Walt DISNEY. Cette même année, le Russe César CUI créait son Angelo, opéra également inspiré par Angelo, tyran de Padoue.

Enfin, si on considère que la comédie musicale est l’adaptation du genre opéra à la fin du XXe siècle (i.e. le fait de raconter une histoire en la faisant chanter et danser par ses interprètes), l’œuvre de VH figure toujours en très bonne place, puisque Les Misérables (1980) et Notre-Dame de Paris (1999) sont deux des plus grands succès du genre. On retrouve également Disney dans son dessin animé le Bossu de Notre-Dame, encore une adaptation de Notre-Dame de Paris (même si, de mémoire, VH n’apparaît pas au générique).

Il faut encore noter que, en dehors du champ opératique, de très nombreux poèmes de VH ont été mis en musique, que ce soit par LISZT, GOUNODFAURÉ ou SAINT-SAËNS… ou BRASSENS !

Fauré les DjinnsCliquez sur le chœur

Notamment avec les Orientales (1829) où Hugo nous décrit la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».

Ce thème a particulièrement inspiré Franz LISZT, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles. La quatrième version est le poème symphonique Mazeppa.

Écrivains, littérature, Mallarmé, Poésie

Stéphane MALLARMÉ ET LA MUSIQUE

Si les poëmes (sic) de Mallarmé n’ont pas inspiré directement d’opéra, le rôle du Prince des poètes (titre qui lui a été décerné après la mort de Verlaine, le précédent récipiendaire) dans le milieu des arts de son époque n’est pas négligeable, et trop souvent ignoré.

Stéphane Mallarmé naît à Paris le 18 mars 1842.

Dans le domaine musical, la mise en musique de ses vers la plus connue est le Prélude à l’après-midi d’un faune (1894) par Claude Debussy (1862-1918), pièce qui sera rapidement adaptée pour la danse par les Ballets russes de DIAGHILEV.

debussy prélude à l'après-midi d'un fauneCliquez sur l’image

Ravel (1875-1937) a comme Debussy déposé des mélodies sur les vers de Mallarmé (Trois poèmes de Mallarmé). Pierre Boulez (1925-2016) a lui écrit Pli selon pli, portrait de Mallarmé (1960) sur cinq poèmes de Mallarmé.

En tant que chef d’orchestre, les représentations wagnériennes de Boulez à Bayreuth sont entrées dans la légende, et à propos de Wagner (1813-1883), Mallarmé faisait partie du cercle de ses premiers admirateurs français. Il lui a rendu hommage dans son poëme Hommage (Le silence déjà funèbre d’une moire…).

À la fin de sa vie, Mallarmé recevait dans son salon peintres (Monet, Manet…), musiciens (Debussy, Saint-Saëns…), écrivains (Hugo, Verlaine, Rimbaud…). Auteur dès 1864 de fragments d’un drame biblique, Hérodiade, il reçoit en 1891 Oscar Wilde qui écrit sur le même sujet cette même année, et en français, sa pièce Salomé qui sera adaptée à l’opéra par le post-wagnérien Richard Strauss en 1905.

strauss salomé danse des 7 voilesCliquez sur Salomé

Mais ce n’est pas tout, grand admirateur d’Edgar Allan Poe, Mallarmé traduira de nombreux textes de cet auteur, dont le célèbre Corbeau (Une fois par un minuit lugubre), et écrira Le Tombeau d’Edgar Poe (Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change…). Or Debussy travaillera à la fin de sa vie à un opéra d’après La Chute de la maison Usher, de Poe, qu’il laissera inachevé à sa mort en 1918.

Et pour finir sur les liens tissés entre ces génies, comment ne pas penser à ce vers du Tombeau d’Edgar Poe : Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur à propos du personnage de Mélisande dans le Pelléas et Mélisande de Debussy.

Mallarmé meurt le 9 septembre 1898 à vavins, à l’âge de 56 ans.

Retrouvez ci-dessous des liens vers quelques poèmes mallarméens illustrés sur ce blog :

Apparition

Brise marine

Oh si chère de loin, et proche et blanche, si…

La Chevelure vol d’une flamme à l’extrême

Don du poème

En envoyant un pot de fleurs

Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change

Remémoration d’amis belges

Le nuage (1859)

Quand l’ombre menaça de la fatale loi (1883)

Le Pitre châtié

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx

Sainte

Hommage

M’introduire dans ton histoire (1886)

Renouveau (1866)

Au seul souci de voyager (1898)

Le tombeau de Charles Baudelaire

Tombeau (de Verlaine) (1896)

Le Vierge, le vivace et le bel aujoud’hui

Fantaisie, littérature, Mallarmé, Poésie

LA THÉORIE DES CYGNONS FAIBLES

En découvrant en bord de Seine trois cygnons tout juste sortis de l’œuf suivre en file (en théorie) leurs parents, je me suis interrogé sur la représentation des cygnes à l’opéra.

J’ai immédiatement pensé à Lohengrin, le chevalier mystérieux qui donne son nom à un opéra de Wagner, et qui arrive dans une nacelle tirée par un cygne. On apprend à la fin de l’œuvre que Lohengrin est le fils de Parsifal. Or dans Parsifal, autre opéra de Wagner, le héros tue au premier acte un cygne, animal pur et sacré, ce qui l’exclut de la découverte du mystère du Graal. (Je reviendrai bien sûr dans d’autres billets sur Lohengrin et Parsifal.)

Lohengrin adieuxCliquez sur le disque

Le cygne de Pesaro est le surnom que l’on donnait à Rossini, compositeur originaire de Pesaro. Ce surnom est dû au chant du cygne, dont on dit qu’au moment de mourir, le cygne produit un chant particulièrement beau et touchant.

Autre compositeur, Schubert, dont les opéras ne sont pas restés au répertoire (la faiblesse de ses livrets les rend difficiles à monter). Le chant du cygne (Schwanengesang) est le titre d’un recueil de lieder que son éditeur a publié à titre posthume.

Schubert StändchenCliquez sur l’image

Légèrement en marge de l’opéra, le Lac des cygnes est un des ballets les plus populaires de Tchaïkovski. Quand Nadejda von Meck, la riche mécène qui a « subventionné » Tchaïkovski pendant des années l’abandonnera, elle se tournera vers un jeune compositeur français, un certain Claude Debussy, et lui commandera justement une transcription pour piano du Lac des cygnes.

le lac des cygnesCliquez sur l’image

De Debussy à Mallarmé, il n’y a qu’un pas, ce qui me permet d’arriver au sonnet Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, que Mallarmé a écrit, comme d’autres écrivains de son époque, sur le sort d’un cygne qui s’était trouvé pris dans les glaces à Paris pendant un hiver particulièrement rude. Ce poème fait partie de ceux mis en musique par Pierre Boulez dans Pli selon pli, hommage à Mallarmé.

Et je ne peux pas consacrer un billet aux cygnes sans parler du Carnaval des animaux de Saint-Saëns, et de sa très belle page pour violoncelle appelée Le Cygne.

le cygne saint-saënsCliquez sur l’image

En 1895, dans son épopée Lemminkäinen tirée du Kalevala nordique, Sibelius nous a offert ce très beau Cygne de Tuonela.

Sibelius le Cygne de TuonelaCliquez sur le cygne

Dans le Conte  du tsar Saltan (1905), de Rimski-Korsakov, le jeune héros Gvidon tue un vautour qui pourchassait un cygne. Il s’avère que ce cygne était une princesse, et à la fin de l’opéra, Gvidon et la princesses se marient !

Rimsky-Korsakov Le Conte du tsar Saltan Ty, tsarevitch, moy spasitelCliquez sur le cygne (qui est en fait une princesse)

Mais revenons à nos grosses boules de duvet. Comme on le sait depuis Andersen, un jeune cygne évoque plus un vilain petit canard que l’animal majestueux qu’il est en devenir. Et ce passage par Andersen me permet d’évoquer La petite sirène, qui inspirera (avec Ondine) le livret de Rusalka, de Dvorak.

Et récemment, j’ai déocuvert cette très belle mélodie, les Cygnes, de la compositrice Rita Strohl.

Strohl les CygnesCliquez sur l’image