Écrivains, littérature, Poésie, Théâtre

VICTOR HUGO (1802-1885)

Victor Hugo est né à Besançon le 26 février 1802.

En 1822, il épouse Adèle Foucher, avec qui il aura 5 enfants, Léopold (1823), mort à quelques mois, Léopoldine (1824), Charles (1826), François-Victor (1828) et Adèle (1830).

Chef de file du romantisme français, il crée le scandale en 1830 avec son Hernani. Cette pièce sera adaptée à l’opéra par Verdi, avec Ernani (1844). En 1832, c’est le Roi s’amuse, pièce qui sera adaptée à nouveau par Verdi avec Rigoletto (1853).

Verdi rigoletto La done e mobileCliquez sur l’image

Hugo fréquente Berlioz, Liszt, Meyerbeer ou encore Delacroix et Sand, et madame Hugo, se sentant délaissée, commence une liaison avec Sainte-Beuve en 1832.

En 1833, Hugo entame une liaison avec Juliette Drouet, liaison qui durera 50 ans. Il écrit Lucrèce Borgia, qui sera adapté par Donizetti dès cette même année 1833 avec Lucrezia Borgia.

Donizetti Lucrezia Borgia Maffio Orsini son ioCliquez sur l’image

Victor Hugo a participé à la mise en musique de ses œuvres puisqu’il a écrit lui-même en 1836 le livret de La Esmeralda, un opéra composé par Louise Bertin. Il s’agit évidemment d’une adaptation de son roman Notre-Dame de Paris (1831).

Bertin La Esmeralda air des clochesCliquez sur Esmeralda

C’est ce même livret qui servira à Dargomyjsky, un élève de Glinka pour son Esméralda (1839).

En 1841, Hugo entre à l’Académie française.

En 1843, l’année où il publie les Burgraves, sa fille Léopoldine meurt à l’âge de 19 ans. Ce drame affectera durablement Victor.

Victor Hugo était engagé politiquement dans son siècle et en 1848, il est élu député de Paris à l’Assemblée législative. En 1851, il est membre du Comité de résistance contre le coup d’État puis doit se réfugier en Belgique.

En 1852, il fait paraître Napoléon le petit, et s’installe à Jersey.

En 1862, il fait paraître les Misérables.

En 1870, Victor Hugo peut enfin rentrer à Paris, et en 1871, il est à nouveau élu député de Paris. Il perd son fils Charles.

En 1873, nouvelle disparition avec celle de son fils François-Victor.

En 1872, c’est Massenet qui écrit son premier opéra Don César de Bazan, d’après une pièce de Dumanoir, elle-même bâtie autour d’un des personnages de Ruy Blas (1838). On peut noter que Mendelssohn a écrit une ouverture pour Ruy Blas, et ce dès 1839 pour les représentations en allemand de cette pièce.

Mendelssohn Ouverture Ruy BlasCliquez sur l’image

Un peu plus tard, Ponchielli adapte Angelo, tyran de Padoue (1835) pour son opéra La Gioconda (1876). On peut voir une adaptation complètement déjantée de la « Danse des heures » de cet opéra dans le dessin animé Fantasia de Walt Disney. Cette même année, le Russe César Cui créait son Angelo, opéra également inspiré par Angelo, tyran de Padoue.

En 1883, c’est la disparition de sa fidèle Juliette Drouet.

Hugo meurt le 22 mai 1885 à Paris, à l’âge de 83 ans. On lui fait des obsèques nationales, et plus de deux millions de personnes se pressent dans Paris pour suivre son cercueil.

En 2013, Robert Badinter et Thierry Escaich créent l’opéra Claude, d’après la pièce Claude Gueux, reprenant ainsi le combat de Victor Hugo en faveur de l’abolition de la peine de mort.

Cliquez sur l’image

Il faut encore noter que, en dehors du champ opératique, Hugo a écrit des romans et beaucoup de poésie (la Légende des Siècles, les Orientales…) et de très nombreux poèmes de Victor ont été mis en musique, que ce soit par Liszt, Gounod, Fauré, Saint-Saëns… ou Brassens !

Fauré les DjinnsCliquez sur l’image

Dans un des poèmes des Orientales (1829), Hugo nous décrit la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».

Ce thème a particulièrement inspiré Franz Liszt, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles. La quatrième version est le poème symphonique Mazeppa.

Liszt MazeppaCliquez sur l’image

Enfin, si on considère que la comédie musicale est l’adaptation du genre opéra à la fin du XXe siècle (i.e. le fait de raconter une histoire en la faisant chanter et danser par ses interprètes), l’œuvre d’Hugo figure toujours en très bonne place, puisque Les Misérables (1980) et Notre-Dame de Paris (1999) sont deux des plus grands succès du genre. On retrouve également Disney dans son dessin animé le Bossu de Notre-Dame, encore une adaptation de Notre-Dame de Paris (même si VH n’apparaît pas au générique de ce film).

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littérature, Oulipo, Poésie

LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (Quatrains 21 à 25)

Après les première , deuxième, troisième et quatrième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la cinquième et dernière tranche, soit les quatrains 21 à 25. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui donc, la suite et la fin de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !).

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

Milhaud l'Enlèvement d'EuropeCliquez sur l’image

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Rimski-Korsakov le Coq d'orCliquez sur l’oiseau d’or

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :

Berg Wozzeck final (MET)Cliquez sur l’image

L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé

Berlioz la Damnation de Faust Merci, doux crépusculeCliquez sur l’image

Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Citations musicales :

l’Europe : Milhaud, l’Enlèvement d’Europe.

Oiseaux d’or : Rimsky-Korsakov, le Coq d’or.

Toute lune est atroce : Berg Wozzeck.

le crépuscule embaumé : Berlioz, la Damnation de Faust.

Écrivains, littérature, Théâtre

Charles-Simon FAVART (1710-1792)

Charles-Simon Favart est né à Paris le 13 novembre 1710.

Après ses études au Collège Louis-le-Grand, il écrit, en 1732, pour le Théâtre des Marionnettes de la Foire Saint-Germain. Il se fait connaître avec l’opéra-comique la Chercheuse d’esprit (1741). En 1743, il devient metteur en scène à l’Opéra-Comique et, après la fermeture de ce théâtre, travaille sous pseudonyme à la Foire Saint-Laurent. Cette même année, Joseph Bodin de Boismortier met en musique son Don Quichotte chez la duchesse.

Bodin de Boismortier Don Quichotte chez la DuchesseCliquez sur l’image

En 1745, il se marie à une chanteuse, Marie-Justine Duronceray, alias Mlle Chantilly.

En 1746, il entre comme chansonnier au service du Maréchal de Saxe. Ce rôle consistait à diriger la troupe de comédiens et de chanteurs qui accompagnaient le maréchal en campagne. Le Maréchal, grand amateur de femmes, a des vues sur madame Favart, et le couple doit prendre la fuite. Ils se réfugient à Bruxelles, où Charles prend la direction du Théâtre de la Monnaie. En 1750, la mort du maréchal les délivre de ses poursuites et ils peuvent rentrer à Paris, sous la protection de madame de Pompadour.

En 1753, Antoine Dauvergne se sert de cet épisode pour sa Coquette trompée.

Dauvergne la Coquette trompéeCliquez sur l’image

Un gros siècle plus tard, c’est Offenbach qui en a tiré en 1878 une opérette, Madame Favart.

Offenbach Madame Favart OuvertureCliquez sur l’image

À Paris, Charles travaille pour l’Opéra-Comique, réouvert en 1752 et la Comédie Italienne. Il écrit des livrets pour les compositeurs célèbres de son époque tels que Philidor, Monsigny, ou l’inévitable Grétry. Il envoie également ses livrets à Vienne où Gluck les met en musique. C’est d’ailleurs à Favart que Gluck demandera de traduire son Orfeo ed Euridice en français.

Gluck Orphée et EuridyceCliquez sur l’image

En 1753, Marie-Justine écrit les Amours de Bastien et Bastienne, une parodie du Devin du Village de Rousseau. Son argument est repris par les librettistes qui ont fourni à Mozart son deuxième opéra, Bastien und Bastienne.

Mozart Bastien et Bastienne Diggi, daggiCliquez sur l’image

En 1761, Favart écrit les trois Sultanes.

En 1772, sa femme Marie-Justine meurt.

Co-directeur (et co-fondateur) de l’actuel Opéra-Comique, on donne le nom de Favart au Théâtre des Italiens, l’actuelle salle Favart, en 1783.

Charles Favart meurt à Belleville le 12 mai 1792, à l’âge de 81 ans.

(Source principale : Dictionnaire de la Musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, sous la direction de Marcelle BENOIT, Fayard, 1992.)

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LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (Quatrains 16 à 20)

Après les première , deuxième et troisième tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la quatrième tranche, soit les quatrains 16 à 20. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois (Arthur, si tu me lis, pardonne-moi !)

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux

Debussy le Martyre de Saint-SébastienCliquez sur l’image

Poulenc Stabat MaterCliquez sur l’image

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Janacek Jenufa Zdravas kralovno (Ave Maria)Cliquez sur l’image

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Britten Peter Grimes scène finaleCliquez sur l’image

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

les-eclairs-solistes-cheffe-echenoz-et-hersantCliquez sur l’image

Citations musicales :

Martyr : Debussy, le Martyre de Saint-Sébastien.

Une femme à genoux : Poulenc, Stabat Mater. Cette femme à genoux pourrait être la Vierge Marie, pleurant au pied de la Croix.

Des noyés descendaient : Dans Jenufa, de Janacek, la marâtre de Jenufa profite de la maladie de celle-ci pour lui voler son bébé et aller le noyer dans les eaux de la rivière qui va bientôt geler.

La carcasse ivre d’eau : Dans Peter Grimes de Britten, le héros accusé par les villageois d’avoir tué ses mousses finit par prendre la mer avec son bateau et le fait couler au large.

Lunules électriques: Hersant, Les Éclairs. Dans cette adaptation à l’opéra du roman Des Éclairs de Jean Echenoz, le héros est l’inventeur Nikola Tesla, célèbre pour ses inventions dans le domaine de l’électricité.

Écrivains, littérature, Poésie, Théâtre

Johann Wolfgang GOETHE (1749-1832)

Johann-Wolfgang-von-Goethe

Johann Wolfgang Goethe naît à Francfort le 28 août 1749. Il suit des études de droit à Leipzig puis à Strasbourg, et fonde le mouvement Sturm und Drang (Tempête et Passion), une réaction au siècle des Lumières finissant qui débouchera sur le romantisme.

En 1773, il écrit un premier drame, Götz von Berlichingen, drame moyenâgeux qui remporte un grand succès. En 1774, pour se guérir d’une déception amoureuse, il écrit les Souffrances du jeune Werther, qui le rendra célèbre dans toute l’Europe (provoquant même une épidémie de suicide à l’image de la mort de son héros. Werther a été adapté à l’opéra par Massenet en 1892.

En 1776, le duc de Saxe-Weimar l’invite à sa cour. C’est là qu’il s’attachera à Charlotte von Stein. Hormis une escapade italienne entre 1786 et 1788, il ne quittera plus Weimar. En 1777, il rédige deux livrets d’opérettes, Erwin und Elmire et Lila.

En 1780, il s’empare du mythe de Faust en faisant paraître son premier livre de Faust.

En 1784, il écrit encore un singspiel, Scherz, List und Rache qui sera, comme ses opérettes, un échec. Son problème en tant que librettiste vient du fait qu’il donne la priorité au livret, la musique ne devant servir que d’ornement au texte. Or, ce n’est pas du tout comme cela que l’opéra fonctionne ! Il fera encore quelques essais au début des années 1790.

Suivront Iphigénie en 1786, Egmont en 1787, Torquato Tasso en 1789, et un roman Wilhelm Meister (1794-1796), ainsi qu’un cycle poétique, les Élégies romaines (1789-1795).

En 1806, il régularise sa situation avec Christiane Vulpius, avec qui ils auront cinq enfants. Christiane mourra en 1816.

Goethe se lie d’amitié avec Schiller, qu’il avait fait venir de Iéna à Weimar. Après la mort de celui-ci, Goethe écrit encore les Affinités électives (1809) et le Divan oriental, un nouveau cycle de poèmes (1814-1819). Les Affinités électives donneront lieu à Mignon, opéra d’Ambroise Thomas.

Goethe meurt à l’âge de 83 ans le 22 mars 1832, peu de temps après avoir achevé le second Faust, qui ne sera publié qu’à titre posthume. Ainsi au cours de sa longue vie, il aurait pu voir naître et mourir le classique Mozart (1756-1791), qu’il admirait, le préromantique Beethoven (1770-1827) et le très romantique Schubert (1797-1828).

Outre les adaptations à l’opéra de ses pièces de théâtre, son œuvre littéraire sera abondamment mise en musique par les compositeurs, qu’ils soient romantiques :

  • Beethoven (Ouverture d’Egmont),

Beethoven ouverture d'Egmont

  • Schubert (près de 70 lieder écrits sur des textes de Goethe, dont Le roi des Aulnes ou Marguerite au rouet),

Scubert Marguerite au rouetCliquez sur l’image

ou postromantiques :

  • Wagner (ouverture de Faust),

Wagner Ouverture de FaustCliquez sur l’image

  • Brahms et sa Rhapsodie pour alto (écrite pour le mariage d’une des filles de Robert et Clara Schumann),

Brahms Rhapsodie pour altoCliquez sur l’image

  • Wolff (et ses quelque 50 Goethe Lieder).
littérature, Oulipo, Poésie

LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (Quatrains 11 à 15)

Après les première et seconde tranches du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la troisième tranche, soit les quatrains 11 à 15. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

Verdi Otello ouvertureCliquez sur la tempête

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

Falvetti Il Diluvio Universale Ecci l'Iride pacieraCliquez sur l’image

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Copland Appalachian SpringCliquez sur l’image

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !

Schubert An die Sonne D. 439Cliquez sur l’hymne au soleil (d’argent ?)

Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Mozart Idoménée Zefiretti lusinghieriCliquez sur le zéphir léger

Citations musicales :

La houle à l’assaut des récifs : Verdi, scène d’ouverture d’Otello

Des arcs-en-ciel : Falvetti Il Diluvio universale

Soleils d’argent : Schubert Am die Sonne

Les gouffres cataractants : Copland Appalachian Spring

D’ineffables vents : Mozart Idoménée « Zefiretti lusinghieri »

Rendez-vous début août pour la quatrième tranche du Bateau ivre.

Écrivains, Compositrices, littérature, Théâtre

Alexandre DUMAS père (1802-1870) et fils (1824-1895)

Dans la famille Dumas, je demande le grand-père :

Le grand-père Dumas était Thomas-Alexandre DUMAS (1762-1806). Né à Saint-Domingue, ce militaire est le premier général mulâtre de l’armée française. En 1792, il fait partie de la Légion noire, composée de gens de couleur, où il côtoie le Chevalier de Saint-Georges. Sous Napoléon, Thomas-Alexandre participe à la campagne d’Égypte, mais plus tard son opposition à Napoléon lui vaudra d’être démis de ses fonctions. On peut lire cette opposition en filigrane dans le roman le Comte de Monte-Cristo écrit par son fils entre 1844 et 1846.

Dans la famille Dumas, je demande le père :

Alexandre Dumas (père) est un écrivain français né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts et mort le 5 décembre 1870 au hameau de Puys, ancienne commune de Neuville-lès-Dieppe, aujourd’hui intégrée à Dieppe. Ses œuvres les plus connues sont le Comte de Monte-Cristo et les trois Mousquetaires (ainsi que ses suites Vingt ans après et le Vicomte de Bragelonne).

En 1834, sa pièce Charles VII chez les grands vassaux est adaptée à l’opéra par Donizetti sous le nom Gemma di Vergy.

Donizetti Emma di Vergy OuvertureCliquez sur l’image

En 1837, il se lance dans un genre à la mode avec l’opéra Piquillo dont le livret est écrit en collaboration avec Gérard de Nerval et une musique d’Hippolyte Mompou.

Monpou Puquillo TrioCliquez sur l’image

En 1843, c’est son ami Berlioz qui met en musique la Belle Isabeau (conte pendant l’orage).

Berlioz la Belle Isabeau, Conte pendant l'orageCliquez sur l’image

En 1846, c’est un autre de ses amis, Liszt, qui met en musique cette Jeanne d’Arc au bûcher.

Liszt Jeanne d'Arc au bûcherCliquez sur l’image

Le Comte de Monte-cristo a fait l’objet d’un opéra sous le nom de Haydé, un opéra portugais écrit par la compositrice Felicita Casella en 1849.

En 1860, Dumas récidive dans le genre opéra avec le Roman d’Elvire, dont la musique est signée Ambroise Thomas.

Après sa mort, son œuvre continue à être portée sur les scènes lyriques avec en 1888 la Dame de Monsoreau, opéra de Salvayre, en 1890, Ascanio, un opéra de Saint-Saëns, en 1896, le Chevalier d’Harmental un opéra-comique de Messager et en 1899, le Sarrazin, un opéra de César Cui, toujours d’après Charles VII chez ses grands vassaux.

Saint-Saëns Ascanio ValseCliquez sur l’image

Autre « tube » musical tiré d’un écrit de Dumas père, le Casse noisette, conte adapté d’E.T.A. Hoffmann, qui sera mis en musique par Tchaïkovski.

Tchaïkovski Casse NoisetteCliquez sur l’image

Dans la famille Dumas, je demande le fils :

Alexandre Dumas dit Alexandre Dumas fils est un écrivain français né le 27 juillet 1824 à Paris et mort le 27 novembre 1895 à Marly-le-Roi. Fils naturel d’Alexandre Dumas père, il ne sera reconnu par son géniteur qu’à l’âge de sept ans.

Son roman la Dame aux Camélias, après avoir été adapté au théâtre où Verdi de passage à Paris a pu le voir, sera ensuite adapté à l’opéra par Verdi, sous le nom de la Traviata.

Verdi traviata BrindisiCliquez sur l’image

Bien dans son époque, Dumas fils faisait partie du club des haschischins (consommateurs de haschich) où l’on trouvait également Baudelaire, Balzac, Flaubert, de Nerval, Gautier ou Delacroix.

Il était également ami avec George Sand, chez qui il s’est rendu plusieurs fois, dans son château de Nohant, dans le Berry.

Lorsqu’en 1836 Louise Bertin écrira son opéra la Esmeralda sur un livret de Victor Hugo, ses adversaires, dont Alexandre DUMAS faisait partie, reconnaissant la qualité de la musique iront jusqu’à attribuer les meilleurs morceaux de la partition à Berlioz, mais feront tomber l’œuvre pour des raisons politiques, le mari de Louise Bertin n’étant pas du même bord qu’eux.

Bertin La Esmeralda air des clochesCliquez sur l’image

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LA PASSE-MIROIR, de Christelle DABOS

Je ne sais pas comment je fais, mais tout me ramène toujours à l’opéra. Alors que j’ai enfin commencé la série de la Passe-miroir, de Christelle Dabos, une passionnante uchronie steam-punk, et histoire de me purger un peu le cerveau de tous ces opéras, je tombe dès le premier chapitre sur un vieux gramophone où un disque rayé bégaye : « Si je… Si je… Si je… » avant que la soprano du disque ne proclame triomphalement « Si je t’aime, prends garde à toi ». Ça commence bien, m’exclamé-je alors en mon for intérieur !

Bizet Carmen habaneraCliquez sur l’image

L’héroïne de ce roman s’appelle Ophélie, comme l’Ophélie d’Hamlet (et de l’opéra d’Ambroise Thomas) et entre au service d’une noble d’une autre famille, Dame Berenilde (dont le nom « sonne » comme Brünnehilde.)

Thomas Hamlet Des larmes de la nuitCliquez sur Ophélie

Un accord entre les deux familles veut qu’elle devienne l’épouse de Thorn, le neveu de Berenilde. Thorn a une demi-sœur, Freyja, qui devient vite l’ennemie d’Ophélie. Freia est un des personnages de l’Or du Rhin, c’est la déesse de la jeunesse qui assure l’immortalité aux dieux en leur faisant manger ses pommes « magiques ».

Une des scènes les plus importantes du tome I est le chapitre intitulé « l’Opéra », où Berenilde doit interpréter le rôle d’Isolde devant le chef tout puissant de ce monde.

Wagner Tristan und Isolde mort d'Isolde (Norman)Cliquez sur Brünnehilde chantant la mort d’Isolde

Tome II : Le journal de la cour s’appelle Le Nibelungen (et le directeur de ce journal s’appelle Tolstoï). Ophélie est mise sous la protection de personnages appelées Valkyries.

Wagner Die Walküre la chevauchée (MET 2019)Cliquez sur l’image

Un peu plus tard, il y a un conteur qui raconte l’histoire d’un nain qui forge une épée dans sa caverne, puis l’histoire du voyageur borgne qui modifie le destin de personnages. On se croirait dans du Wagner !

wagner walkyrie Leb wohlCliquez sur le voyageur borgne qui modifie le destin des personnages

Un peu plus tard encore, Berenilde chante dans son bain le dernier air d’opéra à la mode. Christelle Dabos ne nous précise toutefois pas s’il s’agit d’un air de l’occis Maure, Otello.

otello ave mariaCliquez sur Desdémone

Un lieu s’appelle le Clairdelune, comme la sonate de Beethoven du même nom.

Beethoven Sonate 14 Clair de lune Adagio sostenutoCliquez sur la sonate de Beethoven qui porte le même nom

Il y a un comte Harold, comme l’œuvre de Berlioz Harold en Italie inspirée par l’œuvre de Lord Byron.

Berlioz HArold en Italie marche des pélerinsCliquez sur Harold (en Italie)

Et à la toute fin du tome IV, on retrouve Bizet et sa Carmen, puisqu’on peut entendre :

L’oiseau que tu croyais surprendre

Battit de l’aile et s’envola

L’amour est loin, tu peux l’attendre

Tu ne l’attends plus, il est là.

Bizet Carmen Habanera (Callas)Cliquez sur Carmen Callas

(sources principales : les quatre volumes de la Passe miroir, de Christelle Dabos, éditions Gallimard, se trouvent chez Gallimard Jeunesse et en Folio).

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LE BATEAU IVRE, de RIMBAUD (QUATRAINS 6 A 10)

Après la première tranche du Bateau ivre d’Arthur (Arc-en-ciel) Rimbaud, voici la deuxième tranche, soit les quatrains 6 à 10. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui donc, la suite de ce morceau de bravoure. Ce poème étant assez vaste dans ses proportions (vingt-cinq quatrains, soit cent vers, ou encore 1200 pieds, et donc l’équivalent de 1,2 myriapode), je dois le découper en fines tranches pour le traiter entièrement, au fil des mois.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer
, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Chausson poème de l'amour et de la merCliquez sur le poème de la mer

Britten Peter Grimes scène finaleCliquez sur le chœur final de Peter Grimes

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Poulenc Apollinaire MarieCliquez sur l’image

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

Wagner Parsifal finalCliquez sur l’image

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

monteverdi couronnement de Poppée prologueCliquez sur l’image

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

pour avoir la suite dubateau ivre, cliquez sur les quatrains 11 à15.

Citations musicales :

Le Poème de la mer : Chausson Poème de l’amour et de la mer.

un noyé pensif parfois descend : Britten, Peter Grimes. À la fin de cet opéra, Peter Grimes, le marin qui pense trop, part se noyer dans la mer.

l’alcool : Poulenc Alcools sur des poèmes de Guillaume Apollinaire.

Un peuple de colombes : Wagner Parsifal « final ». À la toute fin de Parsifal, une colombe apparaît dans les cieux et vole au-dessus de la tête de Parsifal. Celui-ci devient alors le roi chargé de garder le Saint-Graal.

drames très antiques : Dans le prélude du Couronnement de Poppée, de Monteverdi, la Fortune et la Vertu se disputent pour savoir qui d’entre elles gouvernera les humains. Mais Amour les départage, c’est lui qui règne sur le cœur des hommes. N’est-ce point là le résumé du drame le plus antique qui soit ?

La circulation des sèves : Dans Like Flesh, de Sivan Eldar, l’étudiante se transforme peu à peu en arbre, et la compositrice traduit de manière impressionnante cette circulation inouïe de la sève.

Eldar Like Flesh Teaser de l'IRCAM

Cliquez ici pour avoir la troisième tranche (quatrains 11 à 15).

Compositrices, Oulipo

Kaija SAARIAHO (1952-2023)

image Saariaho

© Priska Ketterer

Kaija Saariaho, qui vient de disparaître, est née le 14 octobre 1952 à Helsinki.

Elle commence à apprendre la musique à l’âge de six ans, à l’école.

Après des études à l’académie des Beaux-Arts d’Helsinki, elle s’oriente vers la musique.

Kayja Saariaho se marie à 18 ans avec un architecte. À 24 ans, elle entre à l’académie Sibelius d’Helsinki où elle aura comme camarade d’études le compositeur et chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen.

En 1980, elle se rend à Darmstadt où elle découvre la musique spectrale française avant de venir travailler à l’IRCAM à Paris. Elle s’installe donc à Paris où elle vit depuis 1982.

En 1986, elle crée Lichtbogen, une commande du ministère de la Culture. En 1987, c’est Io, et Nymphéas, cette dernière œuvre inspirée par Monet.

Saariaho LichtbogenCliquez sur l’aurore boréale (Lichtbogen)

En 1988, elle écrit avec son conjoint Du cristal…

Saariaho du Cristal...Cliquez sur du Cristal

En 1994, Kaija Saariaho compose un concerto de violon, Graal Theatre, d’après l’œuvre de Jacques Roubaud.

Saariaho Graal ThéâtreCliquez sur Graal Theatre

En 1996 elle compose, pour la chanteuse Dawn Upshaw, Château de l’âme.

Saariaho Château de l'âme 1 la lianeCliquez sur Château de l’âme

C’est encore avec Dawn Upshaw qu’elle créera, en 2000, son premier opéra l’Amour de loin, sur un livret d’Amin Maalouf. Il sera créé au Festival de Salzbourg sous la direction d’Esa-Pekka Salonen.

Saariaho L'Amour de loinCliquez sur l’Amour de loin

En 2006, elle crée l’oratorio La Passion de Simone, d’après la vie de Simone Weil sous l’occupation. Cette même année, elle écrit son second opéra Adriana Mater, une commande de l’Opéra de Paris, toujours sur un livret de Maalouf.

Saariaho la Passion de SimoneCliquez sur la Passion de Simone

En 2010, c’est Émilie et en 2016 Only the sound remains.

Saariaho Only the Sound remainsCliquez sur Only the Sound remains

Enfin, son dernier opéra Innocence est créé en 2021 au festival d’Aix-en-Provence.

Saariaho Innocence (bande annonce)Cliquez sur la bande-annonce d’Innocence

En 2022, Kaija Saariaho entre à l’Académie des Beaux-Arts.

Elle meurt d’un cancer à Paris le 2 juin 2023, à l’âge de 70 ans.

(Sources principales : France Musique et Wikipedia, plus deux ou trois choses que je connais de Kaija Saariaho.)

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