Compositrices, Elle voulait qu'on l'appelle..., Grandes villes

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE LEIPZIG…

… comme ne l’a pas chanté Julien CLERC.

Leipzig est une ville de Saxe (Allemagne) qui a un très riche passé musical.

Elle est d’abord connue pour celui qu’on a surnommé le Cantor de Leipzig, J.-S. BACH. Johann Sebastian Bach, né à Eisenach en 1685, est mort à Leipzig en 1750 après 27 ans passés dans cette ville, où il était Maître de musique et Cantor de l’église Saint-Thomas, pour laquelle il écrivit plusieurs centaines de cantates (une par dimanche) ainsi que des œuvres de dimensions plus importantes comme des messes, des passions ou des oratorios.

Bach J.S. Lobet den Herrn, alle HeidenCliquez sur l’image

Mais avant Jean-Sébastien, il y avait eu Georges Friedrich TELEMANN (1681 – 1767). C’est lui qui, lors de ses études de droit à Leipzig, a fondé le Collegium Musicum, un orchestre qui sera dirigé après lui par Bach.

Telemann concerto pour trompetteCliquez sur l’image

Leipzig est aussi la ville qui a le plus ancien orchestre en activité, le Gewandhausorchester. L’origine de cet orchestre remonte à 1743, sous le nom de Concert Grosses, et son nom actuel date de 1781, quand la municipalité l’a installé dans les locaux du Gewandhaus, le bâtiment des marchands en textile.

Au XIXe siècle, la tradition musicale se perpétue. Le 22 mai 1813 naissait à Leipzig Richard WAGNER. Une de ses toutes premières œuvres, rarement jouée, est sa Symphonie en Ut majeur, créée à Leipzig en 1932 (Wagner avait 19 ans).

Wagner Symphonie en Do majeur (1er mvt)Cliquez sur l’image

En 1819, naissait le 13 septembre 1819 Clara WIECK, fille d’un professeur de piano et future pianiste virtuose. L’histoire retiendra d’elle qu’elle aura été la femme de Robert SCHUMANN.

Clara Schumann Abendfeier in VenedigCliquez sur l’image

Un des amis de Robert et Clara Schumann était Félix MENDELSSOHN.

Mendelssohn Concerto pour violon mvt 1 (Furtwängler Menuhin)Cliquez sur le violoniste

Né à Berlin en 1809, Félix se fixe à Leipzig en 1835, où il dirige le fameux orchestre du Gewandhaus, avec lequel il fera redécouvrir les partitions de J.-S. Bach, telles que la Passion selon Saint-Matthieu. Il assurera également la création posthume de la Neuvième symphonie de SCHUBERT.

Bach J.S Matthaus Passion chœur d'ouvertureCliquez sur le chœur d’ouverture

Schubert Symphonie n 9 mvt 2Cliquez sur l’image

Mendelssohn meurt à Leipzig le 4 novembre 1847, quelques mois après sa sœur Fanny.

Retrouvez une autre grande ville musicale avec Rome.

Compositeurs, Compositrices

Robert SCHUMANN (1810 – 1856)

Robert SCHUMANN est né le 8 juin 1810 à Zwickau, dans la Saxe. Son père, libraire et écrivain, l’inscrit dans une école privée où il peut apprendre le latin, le grec et le français.

Robert apprend le piano auprès de l’organiste de la cathédrale, et il n’a que 12 ans quand il compose sa première pièce musicale.

À 18 ans, il part étudier le droit à l’université de Leipzig. C’est là qu’il rencontre Friedrich WIECK, facteur de piano et professeur. Robert décide alors de parfaire sa formation musicale auprès de Wieck. À 20 ans, il écrit à sa mère son souhait d’abandonner le droit pour se consacrer à la musique.

Il s’installe chez les Wieck, ce qui lui donne l’occasion de fréquenter la jeune Clara, de 9 ans plus jeune que lui, et pour qui son père a les plus hautes ambitions concernant sa carrière de pianiste virtuose. C’est l’époque où Robert publie ses opus 1 (Variations sur le nom d’Abegg) et 2 (Papillons). Au cours de ces années d’apprentissage, il « invente » un appareil lui bloquant un doigt afin d’améliorer sa virtuosité, malheureusement, le résultat en sera une quasi-paralysie de ce doigt, ruinant ses espoirs de devenir pianiste virtuose.

Critique musical, il lance en 1831 lors de l’arrivée sur la scène européenne du jeune CHOPIN, âgé de tout juste vingt ans, son fameux « Chapeau bas, messieurs, un génie ! »

En 1834, il publie un journal musical, la Neue Zeitschrift für Muzik, où il oppose les tenants de l’ancienne musique, les « Philistins », aux tenants d’une musique plus moderne, les « Compagnons de David ». Parmi ces modernes figurent les Wieck père et fille, et bien évidemment Robert, qui apparaît sous les traits contrastés d’Eusebius le rêveur et de Florestan le passionné. Ce sont là les premiers signes de la dualité qui habitait Schumann. Les « Compagnons de David » (Davidsbund) ont été mis en musique dans les Davidsbündlertänze (1837) de l’opus 6.

Schumann (Robert) DavidbündlertänzeCliquez sur le pianiste

Entre-temps, la petite Clara a grandi et un amour tout ce qu’il y a de plus romantique naît entre les jeunes gens. Seulement voilà, il y a le père, Friedrich Wieck, qui ne voit pas du tout le pauvre Robert comme gendre, pensant qu’il serait incapable d’apporter à sa fille les revenus suffisants pour la faire vivre sur un train digne de son talent. Il s’oppose donc par tous les moyens, y compris la calomnie et le tribunal à tout rapprochement entre Robert Schumann et Clara Wieck.

Clara Schumann Adrian Mercure 2021Cliquez sur Clara Wieck-Schumann

En 1838, Robert part pour Vienne, où il rencontre le frère de Franz SCHUBERT qui lui remet un certain nombre de partitions, et une copie de la neuvième symphonie, dite la Grande. C’est ainsi que de retour à Leipzig, il peut faire créer sous la direction de son ami Félix MENDELSSOHN une des œuvres majeures de l’univers symphonique (tiens, il faudra que je vous parle un jour des neuvièmes symphonies célèbres, n’oubliez pas de m’y faire penser).

En 1839, les deux tourtereaux en viennent à faire un procès au père pour abus de pouvoir, et suite à ce procès gagné, ils peuvent enfin se marier, le 12 septembre 1840.

1840 est aussi un changement dans le style musical de Schumann. Jusqu’alors, il avait écrit pour le piano. Désormais, il se consacre au lied (à la mélodie), et il écrit, notamment, les Liederkreis et les Amours du poète, sur des textes de HEINE ou encore le cycle l’Amour et la vie d’une femme.

Schumann (Robert) LiederkreisCliquez sur l’alto

Le couple mène désormais une vie conjugale traditionnelle. Monsieur travaille à sa musique et à son journal musical pendant que madame s’occupe du ménage et des enfants.

Après les lieder de 1840, Robert aborde en 1841 le genre symphonique, avec sa première symphonie, dite le Printemps, et l’ébauche de son concerto pour piano.

Schumann (Robert) Symphonie 1 1er mvtCliquez sur l’image

1842 sera l’année de la musique de chambre, avec les 3 quatuors de l’opus 21, le quintette avec piano opus 44 et le quatuor avec piano opus 47.

Schumann (Robert) quintette opus 44Cliquez sur le quintette

En 1843, nouveau changement avec l’oratorio pour orchestre chœur et soliste le Paradis et la Péri. Robert se met à la direction d’orchestre, mais son caractère trop pusillanime ne lui permet pas de s’imposer dans ce domaine.

Bien que le succès, et donc les revenus financiers, soit au rendez-vous, tout cela ne suffit pas à couvrir les frais du ménage et l’éducation des nombreux enfants. Clara doit donc, même si elle a (pour le moment) renoncé à ses talents de compositrice, repartir en tournée pour assurer ses concerts.

Fin 1844, le couple s’installe à Dresde, capitale de la Saxe. Robert accompagne Clara dans ses tournées.

En 1845, il termine son concerto pour piano, qui sera créé à la fin de l’année, avec Clara au piano.

Schumann (Robert) Concerto pour pianoCliquez sur la célèbre pianiste chinoise

En 1847, ils sont affectés par la mort de leurs amis, Fanny et Félix Mendelssohn.

1848 sera l’année de son seul opéra, Genoveva, ainsi que de Manfred, un mélodrame d’après l’œuvre de Lord BYRON.

Schumann (Robert) GenovevaCliquez sur l’image

En 1849, à l’occasion du centenaire de la naissance de GOETHE, Schumann termine les Scènes de Faust qu’il avait commencées quelques années plus tôt.

Schumann (Robert) Faust SzenenCliquez sur l’image

En 1850, la ville de Düsseldorf lui propose la place de directeur musical de son orchestre et la famille déménage pour cette ville, ce qui donne l’occasion à Clara de reprendre son activité de pianiste. Robert peut ainsi créer début 1851 sa troisième symphonie, appelée Rhénane, mais très vite des conflits naissent entre l’orchestre et le chœur et leur directeur. Il réussit encore à jouer sa quatrième symphonie en 1853, mais sans grand succès. À l’occasion d’un concert en hommage à BEETHOVEN, le couple fait la connaissance du violoniste JOACHIM, qui deviendra vite un ami.

Un jeune homme vient frapper à leur porte pour leur présenter sa musique. Il s’agit de Johannes BRAHMS, et les Schumann apprécient tout de suite son génie. Lui aussi deviendra un de leurs plus fidèles amis. Fin 1854, Schumann démissionne de son poste de directeur de la musique.

Schumann, qui avait depuis longtemps de graves problèmes de santé mentale se jette dans le Rhin. On le sauve et il est alors placé dans un asile dont il ne sortira plus avant sa mort, le 29 juillet 1856.

Outre ses œuvres pour piano, ses lieders, son œuvre symphonique, sa musique de chambre, Schumann a également écrit des œuvres chorales, dont ce Zigeunerleben (la vie des Tziganes), une de mes préférées.

Schumann (Robert) ZigeunerlebenCliquez sur une de mes œuvres chorales préférées

Écrivains, Compositrices

HENRICH HEINE (1797 – 1856)

Je vous parlais il n’y a guère de Fanny MENDELSSOHN, cette grande sœur de Félix Mendelssohn, qui a eu beaucoup de mal à développer ses talents de compositrices et à faire publier ses œuvres. Je signalais que parmi les poètes de son temps qu’elle avait mis en musique figurait Heinrich HEINE. Ce n’est pas la première fois que l’on rencontre ce grand poète romantique sur ce blog, aussi ai-je décidé de lui consacrer un billet.

Et pour commencer, écoutons l’opus 1 n° 1 de Fanny, le Schwannengesang (Chant du Cygne) écrit sur un poème de Heine.

Fanny Mendelssohn Schwanenlied (Heine)Cliquez sur l’image

Heinrich Heine, donc, est né le 13 décembre 1797 à Düsseldorf. (La disparition des archives d’état civil de l’époque fait qu’on n’est pas certain de cette date.)

Après quelques tentatives de travail dans la banque de son oncle, il poursuit sans grand succès des études de commerce et de droit. De 1821 à 1823, il étudie à l’université de Berlin, notamment auprès de HEGEL. Même s’il avait déjà écrit plus jeune des poésies, c’est de cette période que datent ses premières œuvres. En 1825, il obtient son doctorat en droit et, pour pouvoir exercer (il était juif), se convertit au christianisme.

En 1824 paraît le recueil qui contient un de ses poèmes les plus connus, la Loreley, qui a fait l’objet d’un grand nombre d’adaptations musicales, notamment par LISZT (1841) et Clara SCHUMANN (1843).

Liszt die LoreleiCliquez sur l’image

Schumann Clara Die LoreleiCliquez sur l’image

En 1827, il publie le recueil le Livre des chants (Buch der Lieder), qui inspirera Robert SCHUMANN dans son Dichterliebe (Les Amours du poète).

Schumaan Robert Dichterliebe op 48 - 1Cliquez sur l’image

En 1831, Heine part pour Paris (en partie parce que ses origines juives en Allemagne lui fermaient beaucoup de portes.) Correspondant d’un journal allemand, il publie une série d’articles sur la situation en France, articles qui seront sévèrement censurés en Allemagne. À cause de cette censure, il s’installe définitivement à Paris où il fréquente les salons, y rencontrant BERLIOZ, CHOPIN, SAND ou Alexandre DUMAS. Il francise son prénom et se fait appeler Henri.

En 1841, il se marie avec Augustine MIRAT, une ancienne grisette qu’il fréquentait depuis 1834, mais qu’il voulait mettre à l’abri en cas de malheur.

Défenseur de la démocratie, les idées de Heine étaient proches de celles de son lointain cousin Karl MARX ou de Hegel, son professeur à Berlin. Son écriture s’en ressent et il est passé d’un romantisme tardif à une littérature plus engagée.

Il admirait Napoléon, mais celui d’avant le 18 brumaire. Dans sa jeunesse, il avait assisté à l’entrée de l’empereur à Düsseldorf. On en trouve des traces dans son poème Die beiden Grenadiere (les deux Grenadiers), poème qui a été mis en musique par Robert Schumann (en allemand, et citant la Marseillaise) et WAGNER (en français).

Schumann Die beiden GrenadiereCliquez sur l’image

Wagner les deux GrenadiersCliquez sur l’image

Heine a servi de source d’inspiration pour une autre œuvre de Wagner, son Vaisseau fantôme (der fliegende Holländer). En 1834, Heine écrivit la nouvelle Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski, qui contenait la légende de ce marin errant pour avoir blasphémé durant une tempête. C’est en se souvenant de cette histoire que Wagner a rédigé le livret de son opéra.

Wagner Vaissau fantôme ouvertureCliquez sur le Vaisseau fantôme

Les dernières années de sa vie le voient alité, car il souffre d’une maladie neurologique qui va en s’aggravant, le rendant presque paralysé. Il meurt à Paris le 17 février 1856, à l’âge de 59 ans.

Heine est certainement le poète ayant suscité le plus de mélodies, aussi n’est-il pas étonnant que tous les grands compositeurs de lieder se soient emparé de son œuvre.

Schubert Der DoppelgängerCliquez sur la mélodie de Schubert

Brahms MeerfahrtCliquez sur la mélodie de Brahms

Wolf Wenn ich in deine Augen sehCliquez sur la mélodie de Wolf

Compositrices

Fanny MENDELSSOHN (1805 – 1847)

© Adrian Mercure 2022

Née à Hambourg le 14 novembre 1805, Fanny MENDELSSOHN, la sœur de l’autre, disparaissait à Berlin le 14 mai 1847, il y a 175 ans. Sa famille s’installe à Berlin en 1811.

Comme son frère Félix, elle manifeste très jeune ses dons musicaux, mais alors que leur père encourage Félix dans sa vocation, il dissuade Fanny de développer les siens.

Je me suis un peu servi pour cet article de ce que nous en dit Aliette de LALEU dans son livre Mozart était une femme.

Dans son enfance, Fanny était proche de son jeune frère Félix, de 3 ans son cadet, qui n’hésitait pas à lui soumettre ses idées musicales, confiant qu’il était dans le jugement de sa sœur. Alors qu’à l’âge de 15 ans, elle envoie fièrement à son frère quelques lieder écrits en allemand, elle reçoit une lettre de son père la dissuadant de poursuivre dans cette voie. La musique, écrit-il en substance, est une affaire d’homme et une femme doit se réserver pour les choses propres à leur sexe.

Deux ans plus tard, Fanny se fiance avec un peintre, Wilhelm HENSEL, qu’elle épousera à 24 ans. Heureusement pour elle, son mari n’a pas les mêmes prévenances contre ses aspirations musicales et il sera au contraire un soutien, l’encourageant à écrire et à publier ses œuvres.

Félix cherche à contourner l’interdiction paternelle en proposant à Fanny de publier ses compositions sous son nom. Mais cette aide est à double tranchant. Les œuvres qui ont le plus de succès ne sont pas les siennes, mais celles de sa sœur ! Dix ans plus tard, donnant un concert à Londres devant la reine Victoria, celle-ci croit lui faire plaisir en chantant un de ses vieux lieders, Italien, et Félix est obligé d’avouer qu’il n’en est pas le compositeur.

Fanny Mendelssohn ItalienCliquez sur l’image

En 1830, Fanny et Wilhelm ont un fils, Sebastian Ludwig Félix (comme BACH, BEETHOVEN et son oncle), qu’elle soigne et élève en mère modèle. À côté de ces tâches ménagères, il lui reste du temps pour composer sa musique et jouer du piano.

En 1839, Fanny et son mari font un séjour à Rome. Elle fait la connaissance de GOUNOD qui tombe amoureux de sa musique et l’encourage à continuer.

À partir de 1843, elle organise les concerts donnés par ses parents à Berlin en invitant des compositeurs, en jouant elle-même du piano, voire en dirigeant un chœur ou un orchestre de chambre.

Prenant de plus en plus confiance en elle, Fanny écrit en 1846 une de ses œuvres majeures, le Trio pour piano, violon et violoncelle.

Fanny Mendelssohn Trio avec piano 4e mvtCliquez sur trio

Elle meurt à l’âge de 41 ans d’une crise d’apoplexie à Berlin, le 14 mai 1847, quelques mois après la création publique de ce trio.

Ses compositions sont essentiellement pour piano ou des lieders, sur des textes des poètes de son temps, GOETHE, HEINE, BYRON ou EICHENDORFF (et de son mari), de la musique de chambre, ainsi que quelques pièces pour chœur ou encore une mise en musique pour le second Faust de Goethe.

Fanny Mendelssohn Nocturne en sol mineurCliquez sur le nocturne

Fanny Mendelssohn Fantaisie pour violoncelle et pianoCliquez sur la Fantaisie pour violoncelle et piano

Fanny Mendelssohn Scènes du Faust IICliquez sur l’image

Retrouvez Aliette de LALEU dans une de ses chroniques de France Musique : https://www.youtube.com/watch?v=F-Qb7qKk8U4

(P.S. Comme pour mes récents articles consacrés à un écrivain ou à un compositeur, j’ai fait appel pour le portrait de Fanny MENDELSSOHN à un jeune artiste qui peut réaliser à la demande vos portraits, ceux des gens que vous aimez, ou de vos animaux familiers, à des prix tout à fait raisonnables. Si vous voulez leur faire une surprise ou un cadeau personnalisé, c’est ici : Adrian Mercure (adrian- )

Compositrices, Couleurs

ROSE

Après le vert du printemps, je vous propose de passer au rose.

J’ai déjà écrit sur cette couleur dans mon article « Voici des roses« , mais je vais essayer ici de parler de la symbolique associée au rose.

Mais tout d’abord, retrouvons Hildegarde von BINGEN, herboriste, chanoinesse et musicienne, dans son Vos flores rosarium.

von Bingen vos flores rosariumCliquez sur Vos flores rosarium

En peinture, le rose s’obtient par un mélange de rouge et de blanc. Plus on met de blanc, plus le rose est pâle. D’après les légendes de l’antiquité, la couleur rose proviendrait du sang d’Adonis, l’amant d’Aphrodite, qui aurait coloré lors de sa mort les premières roses. La rose est ainsi associée au symbole de l’amour qui triomphe de la mort, voire à la renaissance.

La légende de Vénus et Adonis (ou Aphrodite et Adonis), racontée par OVIDE dans ses Métamorphoses, a été mise en musique par John BLOW.

Blow Vénus & AdonisCliquez sur l’image

Dans la religion chrétienne, la symbolique de la rose pour la renaissance spirituelle liée à l’amour divin a ainsi été reprise pour la vierge Marie. Une de ses appellations est la Rose mystique, la rose sans épines. Le rosaire est ainsi un ensemble de « Je vous salue Marie » et son nom vient de la guirlande de roses qui couronne Marie selon cette symbolique.

Tallis Ave rosa sine spinisCliquez sur l’image

À l’époque médiévale, la rose est associée à l’amour courtois des troubadours. On la retrouve dans le Roman de la Rose ou, un peu plus tard, dans la célèbre poésie de RONSARD, Mignonne allons voir si la rose.

Ronsard Mignonne allons voir si la roseCliquez sur l’image

De l’autre côté du Channel, la guerre des Deux-Roses est le nom donné à la lutte pour le trône d’Angleterre entre la maison d’York, qui avait une rose blanche sur son blason et la maison des Lancaster, qui avait une rose rouge sur son blason. Cet épisode de l’histoire d’Angleterre a été raconté par SHAKESPEARE dans sa première tétralogie sur Henry VI et Richard III. Richard III a fait l’objet d’un opéra de BATTISTELLI en 2005.

Battistelli Richard IIICliquez sur l’image

(Source principale pour la partie symbolique : Encyclopédie des symboles, le livre de poche, collection la Pochothèque, 1996.)

Retrouvez d’autres nuances de ROSE sur le blog « Nervures et entailles » de Joséphine.

Et retrouvez mes autres billets consacrés aux couleurs :

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Et pourquoi ne pas prolonger ce billet avec un bonus surprise ?

point-dinterrogationPourquoi ne prolongeriez-vous pas ce billet en cliquant sur le bonus surprise ?

Cinéma, Compositeurs, Compositrices, Divers

QUELQUES COMPOSITEURS SUISSES

On connaît généralement peu de ce côté des Alpes les compositrices et compositeurs suisses. Pourtant, on gagne à écouter leurs musiques. Je vous en propose ici une petite sélection.

Caroline BOISSIER-BUTINI est née à Genève en 1786. D’abord pianiste, sa réputation dépasse vite les frontières de la Suisse. En 1818, elle se rend à Londres et à Paris et a l’occasion de se confronter aux meilleurs pianistes de sa génération. Son œuvre est essentiellement pianistique, mais elle a également écrit des concertos (pour piano) et des symphonies. Elle meurt près de Genève en 1836.

Boissier-Butini Sonate pour piano n° 2Cliquez sur la pianiste

Louis NIEDERMEYER est né en 1802 à Nyon. Après des études à vienne et à Rome, il compose son premier opéra pour Naples en 1820, à l’âge de 18 ans. Il s’installe à Paris en 1836, ville où il écrit encore trois opéras, avant d’écrire une Messe solennelle et de se tourner vers la musique sacrée. Il dirige ainsi l’école de musique religieuse de Paris, dont la mission était de séparer la musique religieuse et la musique profane, école plus connue aujourd’hui d’école Niedermeyer de Paris. Parmi les professeurs qui y ont enseigné figure SAINT-SAËNS, qui y a eu comme élèves FAURÉ et MESSAGER.

Niedermeyer le Lac (de Lamartine)Cliquez sur le Lac (de Lamartine)

Émile JAQUES-DALCROZE est né en 1865. Il suit ses études musicales au Conservatoire de Genève avant de les poursuivre à Paris, auprès de FAURÉ et DELIBES, et à Vienne auprès de BRUCKNER. Il est l’inventeur d’une méthode d’enseignement de la musique basée sur l’étude physique de la rythmique, méthode toujours en vigueur aujourd’hui et qui porte son nom. Il meurt à Genève en 1950.

Jaques-Dalcroze la VeilléeCliquez sur l’image

Ernest BLOCH est né à Genève en 1880. Il suit ses études à Genève, notamment avec Jaques-Dalcroze, puis à Bruxelles, Francfort et Paris. En 1904, il compose un opéra, Macbeth, d’après SHAKESPEARE. En 1913, il s’installe aux États-Unis où il enseigne la composition à Cleveland, avant de prendre la direction du Conservatoire de San Francisco. Son œuvre est nourrie d’inspirations juives, comme dans la suite hébraïque Schelomo. Il meurt à Portland en 1959.

Bloch SchelomoCliquez sur le célèbre violoncelliste.

Franck MARTIN naît à Genève en 1890. Il travaille la musique en cachette de ses parents et en 1926, il fonde la Société de musique de chambre de Genève. Il enseigne aussi à l’institut Jaques-Dalcroze et au Conservatoire de Genève. Parmi ses œuvres, on peut noter des pièces religieuses, mais aussi un opéra Der Sturm, d’après la Tempête de Shakespeare. Il meurt aux Pays-Bas en 1974.

Martin Messe pour double chœur a capellaCliquez sur l’image

Arthur HONEGGER, né en 1892 au Havre et mort à Paris en 1955 est le plus français des compositeurs suisses. Il étudie la musique à Zurich avant d’entrer au Conservatoire de Paris. Il fait partie du groupe des Six. Plus tard, il enseignera au Conservatoire de Paris où il aura comme élève notamment Olivier MESSIAEN. Il est l’auteur de musique symphonique, d’oratorios, d’opéras (l’Aiglon d’après ROSTAND), mais aussi de nombreuses musiques de film, dont le Napoléon d’Abel GANCE ou Regain de PAGNOL, et de l’opérette le Roi Pausole.

Honegger l'AiglonCliquez sur l’image

Willy BURCKARD est né dans le canton de Berne en 1900. Il poursuit ses études de musique à Leipzig, Munich et Paris, avant d’enseigner lui-même la composition et le piano à Berne. Il meurt en 1955 à Zurich.

Burckard Concertino pour violoncelleCliquez sur l’image

Heinrich SUTERMEISTER naît en 1910 et commence ses études de musique à Bâle. Plus tard, il travaillera à Paris et à Munich, où il rencontrera Carl ORFF. Sutermeister est surtout connu pour ses opéras, dont Raskolnikov d’après DOSTOÏEVSKI, Madame Bovary d’après FLAUBERT, ou encore Romeo und Julia d’après Shakespeare. Il meurt en 1995 à Sorges.

Sutermeister Romeo und JuliaCliquez sur l’image

Bernard REICHEL est né en 1901 à Neuchâtel. Après des études au Conservatoire de Bâle, il suit l’enseignement de Jaques-Dalcroze à Genève, puis passe un an à Paris. Il enseigne ensuite la musique au Conservatoire de Genève où il côtoie Franck Martin. Son œuvre comporte de la musique pour orgue (il était organiste), de la musique de chambre et de la musique religieuse. Il meurt en 1922 à Lutry.

Reichel MagnificatCliquez sur l’image

On pourrait encore citer dans cette liste Rolf LIEBERMANN (1910 – 1999) qui, outre ses fonctions de directeur de l’Opéra de Paris de 1973 -1980, a lui-même composé des opéras. C’est lui qui a convaincu Messiaen d’écrire son opéra Saint-François d’Assise.

(Un grand merci à Béatrice et Christiane, mes deux amies choristes [et suisses] de l’ensemble « Les Vocalistes européens », qui m’ont aidé à établir cette liste.)

(merci également à Sergio Belluz pour m’avoir suggéré quelques corrections ou ajouts https://www.sergiobelluz.com/ )

Compositrices, Couleurs, Divers, Nature

VERT

En ce jour du printemps, quoi de plus naturel que de vous parler du vert, couleur assez facilement associée à cette saison ?

Avant d’aller plus loin, voyons ce que nous en dit le grand spécialiste en couleurs Arthur Arc-en-ciel RIMBAUD, dans son Sonnet des voyelles :

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides

Pour Rimbaud, donc, la lettre associée au vert est le U, et dans son sonnet, il y a associé le vert de la mer ainsi que celui des pâtures.

Revenons à ce terme : viride. Selon le CNRTL, il signifie « qui tire sur le vert, verdissant ». On le retrouve dans la notion de « viriditas », la force de la germination, omniprésente dans l’œuvre d’Hildegarde von BINGEN.

Hildegard von Bingen O viriditas digiti deiCliquez sur l’image

Le vert de la nature est chanté par Ruggiero dans Alcina de HAENDEL, avec l’air « Verdi pratti » (Vertes prairies).

Haendel Alcina Verdi pratiCliquez sur Bradamante, Morgana et Ruggiero

Le vert, c’est aussi la couleur de l’espérance. Ainsi, si vous mélangez le bleu et le jaune qui composent le drapeau de l’Ukraine, vous obtenez le vert de l’espérance, espérance que ce pays se sorte de l’agression ignoble dont il est en ce moment victime.

Pierre HENRY, la mort verte.

Dans la symbolique chrétienne, le vert est la couleur de l’espoir de la délivrance, et le Graal est réputé être vert émeraude. Je vous propose ici d’écouter « l’enchantement du Vendredi saint, extrait du Parsifal de WAGNER.

Cliquez sur l’image

Le vert est la couleur de Vénus, la déesse de l’Amour comme le rouge est la couleur de Mars, le dieu de la guerre. Son surnom « anadyomène » signifie « celle qui sort de l’eau », d’où la couleur verte qui lui est associée.

Blow Venus and AdonisCliquez sur l’image

Le vert, symbole de la renaissance et de la vigueur de la nature, se trouve également associé à la vigueur du sexe, ainsi le surnom de « Vert galant » donné au roi Henry IV. Mais vous souveniez-vous que dans l’histoire de l’opéra, c’est le mariage d’Henry IV et de Marie de Médicis en 1600 qui a donné le la (415) à l’opéra ? ce mariage fut l’occasion de représentations fastueuses données à Florence, avec la création musicale d’une œuvre de Giacopo PERI, l’Euridice. De retour à Mantoue, le duc de cette ville, employeur de MONTEVERDI, demanda à ce dernier une œuvre capable de rivaliser en faste avec l’Euridice. Monteverdi répondra avec son Orfeo, considéré comme le premier opéra de l’histoire.

Monteverdi Orfeo Acte ICliquez sur les nymphes

(Source principale pour la partie symbolique : Encyclopédie des symboles, le livre de poche, collection la Pochothèque, 1996).

Retrouvez d’autres nuances de VERT sur le blog « Nervures et entailles » de Joséphine.

Et retrouvez mes autres billets consacrés aux couleurs :

Blanc

Bleu

Rouge

Rose

Compositrices, littérature

MOZART ÉTAIT UNE FEMME, de Aliette de LALEU (2022) – partie 2

Je m’étais arrêté dans ma lecture en musique de Mozart était une femme, le brillant essai de la sémillante Aliette de LALEU sur la présence des femmes dans la musique classique au milieu du chat pitre 4. Je vous propose donc de poursuivre cette lecture.

Chapitre 4 (suite) : « Comment les femmes meurent à l’opéra ». Aliette souligne à quel point les femmes souffrent et meurent à l’opéra (bon d’accord, les hommes aussi, mais moins.) Elle nous en donne quelques exemples particulièrement bouleversants.

DONIZETTI, Lucia di Lammermoor Scène de la folie de Lucia (« il dolce suono »).

Donizetti Lucia di Lammermoor Il dulce suono (Damrau)Cliquez sur Lucia

VERDI La Traviata « Adio del passato ».

Verdi Traviata adio del passato DessayCliquez sur Violetta

PUCCINI Tosca « Vissi d’arte » par la Callas

Puccini Tosca Vissi d'arte CallasCliquez sur Flora Tosca

Puccini Madama Butterfly « Un bel di vedremo ».

Puccini Butterfly Un bel di vedremoCliquez sur Cio Cio San

Aliette aborde ensuite le personnage de Médée, et celui de Tirésias / Thérèse dans les Mamelles de Tirésias d’APOLLINAIRE. Et là, il y avait une nouvelle injustice à soulever. En effet, la musique de scène lors de la création de la pièce était signée Germaine BIROT, encore une femme totalement disparue des radars, confondue le plus souvent avec son mari, et la version musicale que l’on connaît est celle écrite bien plus tard par POULENC.

Le chapitre se termine par le sort réservé aux femmes instrumentistes, certains instruments leur étant interdits, par exemple les instruments à vent parce qu’ils enlaidissent la femme, ou le violoncelle qui, se jouant les jambes écartées, a quelque chose de choquant.

Chapitre 5 : « Les modernes confiantes ».

Le chapitre cinq commence par une évocation du destin des sœurs Nadia et Lili BOULANGER.

Viennent ensuite la carrière de trois instrumentistes du XXe siècle.

La pianiste Clara HASKIL.

Beethoven Sonte n 17 la Tempête (Haskil)Cliquez sur la pianiste

La violoncelliste Jacqueline DU PRÉ

Elgar Concerto pour violoncelle (DuPré)Cliquez sur la violoncelliste

Et la violoniste Ginette NEVEU

Ravel Tzigane (Neveu)Cliquez sur la violoniste

Aliette nous parle ensuite des orchestres féminins, notamment celui de Jane EVRARD, et l’on apprend que c’est pour cet orchestre que ROUSSEL a écrit sa Sinfonietta.

Roussel Sinfonietta (Evrard)Cliquez sur la pochette de disque

Elle nous parle aussi des chanteuses noires qui ont eu longtemps le double handicap d’être femmes et de couleur, citant ainsi Marianne ANDERSON, Jessye NORMAN, Shirley VERRETT, Léontine PRICE ou Katthleen BATTLE, ainsi que la Française Christiane EDA-PIERRE.

Purcell Didon NormanCliquez sur Jessye Norman

Berlioz Béatrice et Bénédict Vous soupirez, madame... Nuit paisible et sereine (Eda-Pierre)Cliquez sur l’image

Chapitre 6 : Les dégâts du XXe siècle.

Dans ce dernier chapitre, après l’évocation de la suffragette Ethel SMYTH, Aliette nous parle de l’extraordinaire recul de la présence de femmes compositrices au XXe siècle, en prenant l’exemple de Germaine TAILLEFER, la seule femme du Groupe des six, qui selon les mots de Poulenc était ravissante avant d’être compositrice.

Smyth March of the WomenCliquez sur la Marche des Femmes

Tailleferre Trio pour violon, violoncelle et pianoCliquez sur l’image

Conclusion : Je ne vais pas vous espoiler le livre d’Aliette de Laleu en vous racontant la fin, courez donc chez votre libraire préféré(e) pour vous le procurer ! Sachez seulement qu’on a à présent l’occasion d’écouter des opéras écrits par des femmes. Je songe ici à Like Flesh de Sivan ELDAR créé à Lille au début de cette année, ou à l’Amour de loin, de Kaija SAARIAHO.

Saariaho L'AMour de loin Si tu t'appelles AmourCliquez sur Clémence

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur la Bande-annonce de Like Flesh

Et si vous en voulez encore un peu plus, cliquez sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous en voulez encore un peu plus

Compositrices, Histoire de l'opéra, littérature

MOZART ÉTAIT UNE FEMME, de Aliette de LALEU (2022) – partie 1

Aliette de Laleu à la librairie Place ronde, à Lille, le 25 février 2022

Cette année, mon sujet pour la journée internationale des femmes (en France, on dit la journée internationale des droits de la femme) est tout trouvé. En effet, la journaliste musicale Aliette de LALEU, que j’ai déjà citée sur ce blog, vient de sortir un essai passionnant sur la place des femmes dans la musique classique : Mozart était une femme.

Je vous propose donc de le lire ensemble, et en musique.

Chapitre 1 : « Des noms et des visages ». Ce premier chapitre est consacré aux premières femmes musiciennes, en commençant par Sappho (Sapho). Poétesse, et donc musicienne, ayant vécu sur l’île de Lesbos six siècles avant J.-C., elle a été surnommée la dixième muse par PLATON. Elle a fondé un temple dédié à Aphrodite. Son nom est resté dans l’histoire de la littérature et de la poésie et, à l’époque romantique encore, a continué faire parler d’elle. Ne pouvant vous faire entendre sa musique, je vous propose ici un air de l’opéra Sapho, que GOUNOD a écrit en 1851 pour la cantatrice Pauline VIARDOT (que l’on retrouvera plus loin dans le livre d’Aliette.)

Gounod Sapho Ô ma lyre immortelleCliquez sur l’image

Montons dans notre chronoscaphe et faisons un bond dans le temps pour admirer Hildegarde von BINGEN (1098-1179). Musicienne, religieuse, herboriste (et donc guérisseuse), Hildegarde a occupé une place très importante à son époque.

Hildegard von BingenCliquez sur l’image

Chapitre 2 : « Les stars du baroque »

Le chapitre commence à Venise au XVIIe siècle, avec ses hospices consacrés aux nécessiteux et aux enfants orphelins ou abandonnés. C’est dans un de ces hospices réservés aux jeunes filles qu’œuvrait VIVALDI, et une grande partie de sa musique a donc été écrite pour des femmes, chanteuses ou instrumentistes. On peut se faire une idée de l’atmosphère qui régnait dans ce milieu dans le roman Consuelo de George SAND.

Aliette développe ensuite ses stars du baroque avec Barbara STROZZI, Francesca CACCINI et Elizabeth Jacquet de la Guerre.

Strozzi Che si puo fareCliquez sur l’image

Chapitre 3 : « Les révolutionnaires du classique »

Au début de ce chapitre, Aliette nous apprend qu’il y a eu une très grande production d’opéras écrits par des femmes en France autour de la période révolutionnaire puisque ce sont 54 opéras écrits par 23 compositrices ou librettistes qui ont été recensés entre 1770 et 1820.

Gail N'est-ce pas d'elleCliquez sur l’image

Elle nous parle ensuite du remplacement progressif des castrats, surtout en France, par des femmes. C’est le cas de La MALIBRAN (Maria), la grande sœur de la cantatrice et compositrice Pauline VIARDOT.

Chopin Viardot Mazurka Hai LuliCliquez sur l’image

Elle évoque aussi la figure d’Hélène de MONTGEROULT, grande pianiste et auteure d’une méthode de piano dont on se demande pourquoi elle n’est pas plus connue.

de Montgeroult par Aliette de LaleuCliquez sur Aliette de Laleu nous parlant d’Hélène de Montgeroult dans sa chronique sur France Musique

La partie consacrée à Maria Anna MOZART, dite Nannerl explique le titre de ce livre.

Chapitre 4 : « Les guerrières romantiques »

Dans ce chapitre, Aliette de Laleu évoque quelques figures de femmes compositrices dont le talent a été empêché par des hommes, pères frères ou maris.

Tout d’abord Fanny MENDELSSOHN, la grande sœur de Félix. Très proche de son frère, c’est son père qui a freiné son envie de faire de la musique. On sait que certaines des mélodies publiées par Félix sont en fait de Fanny, ce qui le faisait souffrir dans son orgueil quand on le complimentait pour des musiques qui n’étaient pas de lui. Je reviendrai sur Fanny le 14 mai prochain pour le 175e anniversaire de sa mort.

Fanny Mendelssohn ItalienCliquez sur l’image

Ensuite, Clara SCHUMANN, la femme de Robert, qui a sacrifié sa carrière de compositrice pour mieux servir son mari, même si ses talents de pianiste étaient reconnus (c’était souvent grâce à eux qu’elle faisait « bouillir la marmite », les revenus de Robert n’étant pas suffisants pour faire vivre la famille.)

Clara Schumann Trio opus 17 AndanteCliquez sur l’image

Enfin Alma MAHLER, la femme de Gustav, qui par contrat a dû s’engager à cesser d’écrire de la musique quand elle s’est mariée, pour ne pas faire d’ombre à son mari.

Alma Mahler HymneCliquez sur l’image

Il m’aurait fallu aussi parler de Louise FARRENC, Louise BERTIN et Mel BONIS, mais je vais m’arrêter là pour l’instant (j’ai déjà été un peu long par rapport à mes billets habituels), mais rassurez-vous, il y a ici la suite des Aventures d’Aliette au pays des femmes dans la musique classique. Et puis si vous n’avez pas la patience d’attendre, courez donc chez votre libraire préféré(e) acheter le livre !

Compositrices, Fables de la Fontaine, Oulipo

LE CHÊNE ET LE ROSEAU, de La FONTAINE

Après Le Loup et l’Agneau, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans les fables de La Fontaine. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les substantifs de ce poème par des citations musicales en rapport avec ce substantif.)

Aujourd’hui, encore un classique parmi les classiques, le Chêne et le Roseau, fable qui a été mise en musique par Pauline VIARDOT.

Viardot le chêne et le roseauCliquez sur l’image

Le Chêne un jour dit au Roseau :

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.

Beethoven sonate n 17 la Tempête (Grimaud)Cliquez sur la tempête

Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;

Beethoven Symphonie pastorale l'OrageCliquez sur l’orage

Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.

Rameau les Boréades Suite des ventsCliquez sur les royaumes du vent

La Nature envers vous me semble bien injuste.
– Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

Gluck alceste ombres, larves ...Cliquez sur Alceste s’apprêtant à rejoindre l’empire des morts

Citations :

Roseau : mythe de Pan et Syrinx dans les Métamorphoses d’OVIDE. DEBUSSY a écrit une pièce pour flûte qui porte ce nom de Syrinx.

la tempête : BEETHOVEN sonate n° 17 « la Tempête ».

l’orage : Beethoven « l’orage » extrait de la 6e symphonie « Pastorale »

des Royaumes du vent : Dans les Boréades, RAMEAU nous raconte l’histoire d’Alphise qui doit se marier avec un des deux boréades, les fils du dieu des vents Borée.

l’Empire des Morts : GLUCK Alceste Pour sauver son mari Admète, la reine Alceste décide de prendre sa place dans l’empire des morts.