Blog

Divers

DIX QUESTIONS À BARBARA ECKLE

©Ayse Yavas

Barbara Eckle est la directrice de l’Opéra de Lille depuis la saison 2025-2026.

Elle a aimablement accepté de répondre à mes questions.

Q1 – Quel a été votre parcours pour devenir directrice de l’Opéra de Lille ?

R1 – Tout au long de mes études, il y avait le théâtre et la musique comme « vérité » pour moi. Très jeune, j’ai pu jouer des rôles, et pratiqué le chant et le violon. J’ai suivi des études de latin et de grec à Oxford, et aimé ce côté créatif de redonner du sens à des fragments littéraires en les traduisant dans une langue contemporaine.

Alors que j’enseignais le latin à New York, j’ai rencontré Lorin Maazel qui travaillait sur son opéra 1984, et j’ai été engagée pour travailler avec lui. Après, j’ai fait mes propres mises en scène, aux États-Unis, avant un retour en Europe, pour une création. Là, je me suis rendu compte que, dans la musique contemporaine, le metteur en scène a un nouveau rôle, celui de rendre vivante une partition dans un nouveau langage.

Après des expériences au cinéma (documentaires sur la musique) et à la radio (émissions sur la musique contemporaine), j’ai été chargée de la programmation des concerts symphoniques et de la construction des saisons à l’Opéra de Stuttgart. J’ai également pris le poste de directrice de la production musicale au festival Ruhrtriennale.

En 2023, pour sa dernière année à ce festival, il y avait une création de Georges Aperghis, Die Erdfabrik, qui traitait de la mine dans cette région minière qu’est la Ruhr, et l’Opéra de Lille s’est montré intéressé par une coproduction de cette œuvre, la région Nord étant également une région minière. Je me suis alors renseignée sur cette maison d’opéra. Quelques mois plus tard, il y a eu l’annonce que l’Opéra de Lille cherchait une directrice, et j’ai répondu à cette annonce.

Q2 – Y a-t-il une différence entre le public allemand et le public français ?

R2 – Aujourd’hui, il est plus juste de parler non pas du public, mais des publics, multiples par leur diversité. C’est le cas à Lille, où j’ai trouvé des publics très ouverts, curieux et chaleureux.

En Allemagne, les publics sont formatés par le Regietheater (NDLR, quand la mise en scène prend le pas sur la musique). Les critiques se concentrent alors beaucoup sur la mise en scène qui propose un parti pris contemporain sur les œuvres. Cela nourrit les publics mais tend aussi à les polariser.

À Lille, j’ai rencontré des publics déjà habitués à des propositions variées, curieux de découvrir la diversité des écritures artistiques et des répertoires.

Q3 – Comment construit-on une saison ?

R3 – Avec Miron Hakenbeck, directeur de la programmation et de la dramaturgie, avec qui je travaillais déjà à Stuttgart, nous programmons un système de quatre œuvres lyriques, avec une programmation riche de concerts et formats variés rassemblés en constellation autour de chacune de ces œuvres lyriques. Pour le choix de ces quatre productions, nous sommes à la recherche d’un équilibre pour présenter l’opéra dans tout ce qu’il peut être : époque, styles musicaux … Il y a toujours une œuvre contemporaine, et toujours un grand titre connu d’un large public ». Pour le choix des metteurs en scène, nous cherchons des metteurs en scène qui peuvent porter un regard contemporain sur des œuvres du passé.

Q4 – Comment recrutez-vous les artistes pour vos productions ?

R4 – Je travaille avec Boris Ignatov, conseiller en distribution avec qui j’ai déjà travaillé à Stuttgart et à la Ruhrtriennale. Boris a une grande connaissance et une réelle sensibilité pour les talents émergents. Nous faisons souvent des auditions où nous rencontrons de jeunes chanteurs qui sont parfois des révélations dans le paysage lyrique français. Mais pour choisir une distribution, la vision du metteur en scène est aussi très importante, car elle permet d’assurer une réelle cohérence artistique.

Q5 – Quelle place attribuez-vous aux compositrices dans vos programmations ?

R5 – C’est un sujet important, qui ne devrait plus être sujet à débat aujourd’hui. Il y a autant de compositrices brillantes que de compositeurs. La saison prochaine, nous mettrons d’ailleurs en lumière le travail de l’une d’entre elles dans une œuvre lyrique que nous avons cocommandée et coproduite avec l’Irish National Opera.

Q6 – Nous voyons cette année une ouverture à un public le plus large possible. Quelle est votre politique ?

R6 – N’étant pas une maison de répertoire, avec des spectacles différents chaque jour, nous avons fait le constat que l’Opéra est souvent fermé, alors que l’on voudrait que le bâtiment soit ouvert à tout le monde, le plus régulièrement possible. C’est pourquoi nous avons créé les Open Weeks, où l’opéra est ouvert pendant une semaine de 18h à 22h, où le public peut venir gratuitement pour visiter, découvrir, et pratiquer des activités diverses. Ces Open Weeks ont lieu deux ou trois semaines avant la première de l’œuvre lyrique de la constellation en cours, avec des sujets en lien avec cette œuvre, ou la problématique soulevée par l’œuvre. Nous présentons notamment les artistes de la production en cours, et travaillons en lien avec des associations de la ville (médiathèques, action sociale…).

De plus, l’Opéra de Lille est le seul opéra d’une région au territoire très vaste. Nous avons donc mis en place le format d’un opéra itinérant pour aller à la rencontre des publics dans la région. Les habitants des communes lointaines n’ont pas tous la possibilité de venir à Lille assister à nos spectacles. Ces opéras itinérants sont des spectacles immersifs où le public est au plus près des chanteurs ou des instrumentistes. Cette année, l’opéra itinérant était Le Château de Barbe-bleue de Bela Bartok.

Q7 – Quel dispositif vers les jeunes ?

R7 – Nous poursuivons certains des dispositifs couronnés de succès mis en place par ma prédécesseuse Caroline Sonrier, comme les temps forts Happy Days, Opéra Games ainsi que les ateliers Finoreille. Pour des jeunes de 14 à 20 ans, nous avons constitué le Jury « Premier regard », à qui nous donnons le moyen d’affûter leur esprit critique, de défendre leur point de vue, via la découverte de huit spectacles d’opéras et de danse au cours de la saison, et de rencontres privilégiées avec les équipes artistiques et techniques.

Q8 – Quel est votre cahier des charges vis-à-vis de la mairie ?

R8 – Il y a une politique culturelle dans la ville et la région qui met la culture très haut sur la liste des priorités, ce qui est important et précieux pour nous permettre de développer un projet exigeant et novateur. Nous répondons à cette exigence culturelle avec un projet innovant et accessible à tous.

Q9 – Face aux coûts de production, comment envisagez-vous la coproduction avec d’autres maisons d’opéra ?

R9 – La baisse de l’activité engendrée par les tensions budgétaires fragilise les marges de manœuvre des maisons et de nos potentiels de coproduction. Nous arrivons toutefois à trouver des partenaires avec qui nous partageons de mêmes visions artistiques. Les Enfants terribles est une coproduction avec l’Opéra de Darmstadt, et nous aurons l’année prochaine une création en coproduction avec l’Irish National Opera.

Cliquez sur l’image

Nous avons également un partenariat de long terme avec l’Opéra de Flandres en Belgique, avec une coproduction par an et des échanges de public.

Q10 – Parlez-nous d’un de vos plus beaux souvenirs de cette saison à l’Opéra de Lille.

R10 – J’ai été surprise et heureuse de voir l’intérêt et le réel enthousiasme qu’a suscité une proposition aussi inconnue que l’opéra L’Écume des jours d’Edison Denisov avec lequel nous avons ouvert notre première saison.

Cliquez sur l’image
Divers

LA PASSION SELON SAINT-JEAN, de J.-S. BACH

La Passion selon Saint-Jean, de Jean-Sébastien Bach, date de 1724. Elle a été composée pour le Vendredi saint. Si elle a été jouée plusieurs fois du vivant du Cantor de Leipzig, elle s’est perdue après la mort de celui-ci. À cette époque, on jouait de la musique vivante, c’est-à-dire écrite par des compositeurs vivants, et bien souvent les musiques n’étaient plus jouées après la mort de leur compositeur. Il faudra attendre 1833, soit plus d’un siècle, pour que Félix Mendelssohn ne découvre la partition et la fasse exécuter à nouveau.

Le texte mis en musique par Bach est celui de l’Évangile selon Saint-Jean.

La Passion est composée de deux parties, chacune d’elles s’ouvrant et se clôturant par un chœur ou un choral.

Elle s’ouvre sur le chœur « Herr, Herr, unser Herrscher » (« Seigneur, Seigneur, notre maître »).

Cliquez sur le chœur d’ouverture

Elle se poursuit par une alternance entre les récitatifs de l’évangéliste et de réponses du chœur, et d’interventions des solistes.

Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image
Cliquez sur le chœur final de la première partie

Entre les deux parties, le prêtre prononçait le sermon.

La seconde partie s’ouvre donc sur un choral : « Christts, der uns selig macht » (« Christ, toi qui nous rends heureux »).

Cliquez sur le choral ouvrant la seconde partie
Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image

La Passion selon Saint-Jean se termine par ce choral : « Ach Herr, dein lieb engelein » (Ah, Seigneur, laisse ton ange emporter mon âme »).

Cliquez sur le choral final
Divers

ÉCRIVAINS, DRAMATURGES ET LIBRETTISTES

Écrivains, dramaturges et librettistes est le titre de mon opus 2, paru en novembre 2025 aux éditions Le Lys bleu.

À l’occasion de la sortie de ce livre, j’ai été interviewé par Françoise Objois sur RCF Hauts de France. Vous pouvez écouter cet entretien ici.

Je serai en dédicace au magasin Cultura de Lomme le 28 mars à 10 heures, et, à cette occasion, proposerai une animation en musique pour présenter ce livre.

De tout temps, l’évolution des histoires racontées en musique a suivi l’évolution de la littérature. Il n’est pas inintéressant de remarquer que l’invention de l’opéra, avec l’Orfeo de Monteverdi en 1607, est contemporaine de l’invention du théâtre moderne avec Shakespeare (1564-1616) et celle du roman moderne avec le Don Quichotte (1605) de Cervantès.

Cliquez sur l’image

À l’époque baroque, les sujets des opéras étaient tirés de la mythologie telle qu’a pu nous la rapporter Ovide et ses Métamorphoses.

Cliquez sur l’image

Les pièces de Shakespeare sont porteuses d’une dramaturgie telle que des centaines d’œuvres lyriques ont été créées d’après elles.

Cliquez sur Ophélie

Vers la fin du XVIIIe siècle, le roman gothique anglais a donné lieu à des opéras gothiques, comme le Vampire, de Marschner.

Quand le mouvement gothique s’est transformé en romantisme littéraire, l’opéra a naturellement suivi avec l‘opéra romantique. Ainsi, l’acte de naissance du romantisme français avec la « bataille » d’Hernani (1830) où Verdi a écrit son Ernani dès 1844.

Victor Hugo et Louise Bertin

Plus loin dans le siècle, le naturalisme de Zola a donné lieu à des opéras naturalistes, avec Louise de Charpentier, et surtout la version italienne du naturalisme qu’est le vérisme.

Cliquez sur l’image

Pratiquement toutes les pièces du symboliste Maeterlinck ont été traduites à l’opéra. L’opéra le plus connu de cette descendance est Pelléas & Mélisande de Debussy.

Cliquez sur Mélisande

Au XXe siècle, l’exploration de la psychologie, voire de la psychanalyse, en littérature, fournira des sujets à Berg avec son  Wozzeck ou sa Lulu.

Cliquez sur l’image
Écrivains, littérature, Mythologie

VIRGILE (70-19, av. J.-C.)

Publius Vergilius Maro, dit Virgile, est un poète latin, né en 70 en Lombardie avant J.-C.

À 35 ans, il publie un petit recueil de poèmes, les Bucoliques, glorifiant l’empereur Auguste. Les Bucoliques seront suivies d’un second recueil, les Géorgiques. Les Géorgiques, ou les travaux de la terre, au sens large, est une commande de Mécène, son protecteur qui a laissé son nom au mécénat. Beethoven s’inspirera des Géorgiques dans sa Symphonie Pastorale et sa tempête.

Cliquez sur l’image

On trouve également dans les Géorgiques le thème d’Orphée et Eurydice.

Cliquez sur l’image

Mais le grand œuvre de Virgile est l’Énéide, qui occupera les dernières années de sa vie. L’Énéide raconte l’histoire du prince Énée, depuis la guerre de Troie jusqu’à la fondation d’une « nouvelle Troie », en Italie. Dans son périple, il aborde à Carthage où la reine Didon tombe amoureuse de lui, mais ne peut le retenir, car son destin est de fonder une « nouvelle Troie » en Italie.

Cliquez sur l’image

Virgile meurt à Brindisi en 19 avant J.-C.

Virgile était un des poètes les plus célèbres de son époque, et il le restera après sa mort, entrant dans la légende. On le trouve par exemple dans la Divine Comédie de Dante Alighieri, où il accompagne le poète en Enfer et au Purgatoire.

Cliquez sur le pianiste
Mes opéras préférés, Mythologie

LES TROYENS, de BERLIOZ (1858)

Les Troyens est un vaste opéra de Berlioz. Berlioz, qui connaissait très bien l’Énéide de Virgile, en compose lui-même le livret. Commande de l’opéra de Paris, la partition des Troyens est jugée injouable par l’orchestre, et la première représentation, partielle, a lieu le 4 novembre 1863 au Théâtre lyrique. Il faudra attendre 1899 pour que la première partie, la Prise de Troie, soit donnée à l’Opéra et 1919 pour l’exécution de la deuxième partie, les Troyens à Carthage.

La prise de Troie.

Acte 1 : À Troie, les Troyens s’apprêtent à faire la fête, car après dix ans de siège, les Grecs sont partis et la cité est sauve. La famille du roi Priam est prête, mais seule Cassandre ne cède pas à la liesse. Elle a le pressentiment d’un danger pour la ville, mais personne ne l’écoute. Même son fiancé, Chorèbe, n’arrive pas à la comprendre.

Cliquez sur Chorèbe
Cliquez sur Cassandre

Priam décide une cérémonie funèbre à la mémoire de son fils Hector, tué pendant la guerre de Troie. Énée n’accepte pas le gouvernement de Priam et rêve d’autre chose pour la ville de Troie. Il verrait bien son fils Ascagne comme héritier du régime, mais c’est Astyanax, le fils d’Hector et Andromaque, que Priam choisit pour lui succéder.

Les Grecs ont laissé en partant une offrande rituelle à la porte de la ville : un immense cheval de bois. Les Troyens s’apprêtent à la faire entrer dans la ville quand Énée apporte une terrible nouvelle. Le prêtre Laocoon, qui se méfiait des Grecs, même porteurs de présents, a été assassiné. Priam et son entourage sont frappés de stupeur, mais ils décident quand même d’accepter le cadeau des Grecs (octuor et double chœur : « Châtiment effroyable ».)

Cliquez sur l’octuor et le double chœur

Seule Cassandre continue à jouer les Cassandre en prédisant un grand malheur, mais les Troyens n’en ont cure et font entrer le cheval géant dans la ville.

Cliquez sur Cassandre

Acte II :

Le cheval de Troie n’était qu’un piège grossier de la part des Grecs, piège dans lequel les Troyens ont plongé. Des soldats étaient cachés à l’intérieur du cheval. Ils en sortent pendant la nuit et ouvrent les portes de Troie à l’armée grecque. Priam et sa femme Hécube sont tués. Créuse, la femme d’Énée, se suicide.

Énée cherche à la ramener à la vie quand il voit le fantôme d’Hector qui l’exhorte à quitter Troie et à se rendre en Italie pour y fonder une nouvelle Troie. Panthée, un ami d’Énée et Chorèbe lui demandent de prendre les armes contre les Grecs.

Les femmes troyennes reconnaissent que Cassandre avait eu raison et regrettent de ne pas l’avoir écoutée. Cassandre leur demande de la rejoindre de la mort pour ne pas tomber aux mains des soldats grecs. Elle se suicide et Énée fuit la ville en flammes.

Cliquez sur le chœur des Troyennes

Les Troyens à Carthage.

Acte III :

À la suite de l’assassinat de son mari, la reine Didon a quitté Tyr et se retrouve à Carthage.

Cliquez sur l’image

Anna, sa sœur, lui dit que sa vie n’est pas finie, et qu’elle peut encore se remarier, ce que Didon refuse de faire par fidélité à son mari.

Énée et ses compagnons abordent à Carthage. Ascagne présente les Troyens à Didon. On apprend qu’un féroce Africain, Iarbas, menace Didon et Carthage. Énée offre ses services pour les défendre contre l’Africain.

Cliquez sur le final de l’acte III

Acte IV :

Didon semble éprouver de l’amour pour Énée, ce qu’Anna voit d’un bon œil. Didon demande à Énée de lui parler de Troie. Énée lui dit qu’Andromaque a épousé Pyrrhus, le fils du meurtrier de son époux et lui-même meurtrier de Priam et Hécube. Didon sent faiblir sa fidélité à son défunt mari Sychée et elle perd sa bague de mariage (Duo: « Nuit d’ivresse et d’extase infinie »).

Cliquez sur Didon et Énée

Mais Énée ne peut rester, car il entend les fantômes des Troyens morts qui lui ordonnent de quitter Carthage pour accomplir son destin, fonder une nouvelle Troie en Italie.

Acte V :

Énée hésite à partir sans un ultime adieu à Didon (Air: « Inutiles regrets »).

Cliquez sur Énée

Il entend à nouveau les fantômes qui l’exhortent à partir quand Didon entre, bouleversée par cet abandon. Énée essaye de s’expliquer et lui demande son pardon, mais Didon le conjure de ne pas l’abandonner. Énée part, maudit par Didon.

Didon demande à Anna d’aller voir Énée pour le retenir, mais il est trop tard, Énée et sa troupe ont déjà repris la mer.

Furieuse, Didon ordonne qu’on les poursuive pour la venger, mais finalement, elle se donne la mort.

Cliquez sur Didon

(Source principale : les représentations de l’Opéra de Paris en 2019, et le programme associé.)

Agenda Ironique, Divers

LE DOUZE DANS TOUS SES ÉTATS

J’avais déjà commencé à écrire cet article quand le sujet de l’Agenda Ironique de mars 2026 est tombé. J’ai donc décidé de le réorienter de manière à ce qu’il réponde au cahier des charges proposé par Amélie (voir cidsous).

Ce mois-ci, c’est Plume dans la main (Amélie) qui nous propose le sujet de l’Agenda Ironique. Et kwaquèle nous demande, Plume dans la main ? Elle nous demande d’accueillir le printemps (c’est de saison) : nouveau départ, recommencement, nouvelle ère, bref, nouveauté ! sous forme de cercle circulaire, ou à la rigueur, de rond, et avec « des émojis qui n’existent toujours pas en 2026 alors qu’on n’en peut plus de les réclamer ! » comme :

– le drapeau breton alors que chacun sait que s’il y a du public, il y a un drapeau breton.

– la framboise alors que qui se sert de l’émoji tête d’ail ?

– l’entonnoir alors que c’est quand même un must have.

– le rein parce qu’on a tous un pote néphrologue.

– le pangolin parce que rendez-nous 2018. 

Et pour les plus joueurs, essayer de faire quelque chose de l’émoji tête d’ail dont on se demande bien pourquoi à quoi il peut servir, à part tenir à distance les vampires et garnir les émojis gigots.

Donc, en bref, du nouveau, du cercle, des émojis et une tête d’ail.

Comme d’habitude, c’est mieux expliqué chez Plume dans la mainouskil faudra aller déposer, dans les commentaires, les liens des textes, comme d’habitude.

Le douze est souvent considéré comme le symbole d’un cycle achevé. On le retrouve donc dans les douze mois de l’année ou dans les douze signes du zodiaque (cycles annuels). Un exemple de constellation dont l’explication se trouve dans un opéra est la constellation des Gémeaux, avec l’opéra Castor et Pollux de Rameau.

Cliquez sur les jumeaux Castor et Pollux

Le douze est aussi à la base de la décomposition d’un temps plus présent. Ainsi, la journée est décomposée en deux fois douze heures, chaque heure étant décomposée en cinq fois douze minutes, chaque minute étant décomposée en cinq fois douze secondes. Le douzième coup de minuit, qui marque à la fois la fin d’une journée et le début d’une nouvelle, est souvent associé à des scènes infernales, comme dans le Freischütz de Weber, ou encore dans cette scène du Vampire de Marschner (un conseil, munissez vous d’une gousse d’ail avant de regarder la vidéo.)

Ne cliquez sur l’image que si vous vous êtes munis d’une gousse d’ail

Toujours en symbolique, douze est le produit de trois et de quatre, le trois représentant l’univers céleste (voir la Sainte Trinité de la chrétienté) et le quatre l’univers terrestre, délimité par les quatre points cardinaux.

En mythologie, on trouve le douze notamment dans les douze travaux d’Hercule. Hercule est un de ces personnages de la mythologie qui a été abondamment porté à l’opéra. Claude Terrasse a ainsi écrit ses Travaux d’Hercule (1901).

Cliquez sur les travaux d’Hercule

Douze est aussi le nombre d’apôtres de Jésus. Das liebesmahl der apolstel (la Cène des apôtres) est une cantate de Wagner écrite en 1853 à Dresde pour célébrer la Pentecôte.

Cliquez sur l’image

En musique, douze est le nombre de degrés de la gamme chromatique occidentale (Do – Do dièse – Ré – Ré dièse – Mi – Fa – Fa dièse – Sol – Sol dièse – La – La dièse – Si – Do).

Au début du XXe siècle, quand l’évolution de notre musique savante a fait disparaître la notion de tonalité en vigueur depuis de nombreux siècles, Arnold Schönberg a appelé dodécaphonisme la manière d’écrire une musique où aucune hiérarchie ne s’imposait entre les douze sons de la gamme. Douze est aussi le nombre de temps du blues, qui associe ainsi rythmes binaires et rythmes ternaires.

Cliquez sur l’image

En géométrie, le dodécaèdre régulier est un des cinq solides de Platon. Il est très joli et je n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’a pas droit à son émoji.

Je suis désolé, mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil depuis la géniale invention de l’alexandrin, ce vers de douze pieds qui sied si bien à la prosodie française. Que seraient les tragédies de Racine ou de Corneille sans la perfection de leurs alexandrins, genre « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » ou encore « Et le désir s’accroît quand l’effet se recule » !

Compositrices

AMY BEACH (1867-1944)

Amy Cheney est née le 5 septembre 1867 à Herriker, aux États-Unis.

À l’âge de six ans, elle reçoit ses premiers cours de piano de la part de sa mère. En 1875, sa famille déménage pour Boston, et Amy approfondit son piano. Elle prend également des cours de contrepoint et de composition. Elle écrit ses premières compositions en 1877, mais il faut attendre 1883 pour voir sa première œuvre publiée, la mélodie the Rainy Day.

C’est en 1883 également qu’elle fait ses débuts de pianiste concertiste, à Boston. En 1885, c’est avec le prestigieux Orchestre symphonique de Boston qu’elle donne le Concerto en fa mineur de Chopin.

En 1885, Amy épouse le docteur Beach et doit interrompre sa carrière de pianiste. Elle a quand même le droit de se consacrer à la composition (et de jouer dans deux concerts caritatifs par an). Elle signera ses œuvres Mrs H.H.H.A. Beach. Ne pouvant se perfectionner auprès de professionnels, elle complète sa formation de compositrice en autodidacte. Elle développe alors de grandes formes dont la Messe en mi bémol majeur (1890), créée en 1892, ou sa Symphonie gaélique (1896), la première symphonie composée et publiée par une Américaine. Elle écrit aussi des mélodies et de la musique de chambre.

Cliquez sur le Kyrie de la Grande messe
Cliquez sur la symphonie gaélique

En 1893, le succès de sa mélodie Ecstasy lui permet d’acheter un terrain à Cape Cod, dans le Massachusetts.

Cliquez sur Ecstasy

En 1900, Amy Beach crée elle-même son propre Concerto pour piano avec l’Orchestre symphonique de Boston.

Son mari meurt en 1910, et Amy Beach peut reprendre sa carrière de pianiste, avec notamment une grande tournée en Europe.

Au début de la Première Guerre mondiale, Amy retourne aux États-Unis, où elle partage son temps entre New York et sa propriété de Cape Cod.

En 1925, Amy Beach fonde la Society of American Women composers.

En 1932, elle compose un opéra : Cabildo.

Cliquez sur le duo d’amour de Cabildo

Amy Beach décède le 27 décembre 1944 à New York, à l’âge de 77 ans.

Cliquez sur Extase

Mes opéras préférés

LES ENFANTS TERRIBLES, de Philip GLASS (1996)

En 1929, Jean Cocteau fait paraître le roman les Enfants terribles, qui raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur, orphelins, qui se coupent de la société pour créer leur propre monde, dans leur chambre.

En 1949, Cocteau confie à Jean-Pierre Melville le soin d’en faire une adaptation cinématographique, dont la musique est le Concerto en la mineur de J.-S. Bach.

En 1996, c’est le « pape » du minimalisme, Philip Glass, qui s’empare du texte de Cocteau pour le porter à l’opéra, signant avec la chorégraphe Susan Marshall le livret. Il en fait un « opéra de chambre », pour quatre solistes et trois pianos.

Les Enfants terribles sera donné à l’Opéra de Lille du 20 au 26 mars 2026. Courez-y !

Cliquez sur la bande-annonce

Après une bataille de boules de neige, Paul a été blessé par une boule dans laquelle se trouvait un caillou. Gérard raccompagne Paul chez lui. Elisabeth, la sœur de Paul, leur ouvre la porte. Paul est forcé de rester à la maison. Il a peur de mourir. Gérard annonce que Dargelos, qui avait lancé la boule de neige, a été renvoyé de l’école. Paul range la photo de Dargelos dans son trésor.

Paul et Elisabeth se disputent et veulent prendre leur mère à témoin, mais ils la découvrent morte. Ils prennent alors Gérard à témoin. Elisabeth ne supportant plus Paul veut quitter la maison. Elle demande à Gérard de lui présenter son amie Agathe, couturière, pour qu’elle lui trouve un emploi de vendeuse.

Agathe apprend à Elisabeth le métier de vendeuse. Chez elle, Elisabeth montre son trésor à Agathe, qui croit se reconnaître sur la photo de Dargelos. Elisabeth finit par inviter Agathe à s’installer chez eux.

Gérard a présenté Michael, un riche Américain, à Elisabeth. Michael propose le mariage à Elisabeth, au grand dam de Paul. La veille du mariage, Elisabeth fait visiter la riche maison de Michael à Paul. Quelques jours plus tard, Michael meurt dans un accident de voiture. Paul et Agathe partent s’installer dans la maison. Après la mort de Paul, Elisabeth est perdue et s’ennuie toute seule dans sa chambre.

Paul envoie une lettre d’amour à Agathe mais, ému, écrit son propre nom sur l’enveloppe. Dans le même temps, Agathe confie à Elisabeth qu’elle aime Paul. Elisabeth va voir son frère qui lui avoue avoir écrit une lettre à Agathe, et s’inquiète de n’avoir pas de réponse.

Elisabeth trouve la lettre que Paul s’était envoyée par erreur et la supprime. Elle raconte à Paul qu’Agathe aime Gérard, à Agathe que Paul ne l’aime pas et à Gérard qu’Agathe est folle de lui et qu’il devrait se marier avec elle.

Agathe et Gérard se sont mariés et viennent rendre visite à Paul et Elisabeth. Gérard dit qu’il a croisé Dargelos qui, gardant un bon souvenir de Paul, lui a offert une boule de poison d’orient.

Un peu plus tard, Agathe et Gérard reviennent. Agathe a reçu une lettre de Paul où il annonce son intention de se suicider. Mais ils arrivent trop tard, Paul a déjà pris le poison de Dargelos. Comme il explique pourquoi, Elisabeth avoue qu’elle a voulu garder son frère pour elle, et sortant un révolver de leur boîte au trésor, elle se donne la mort auprès de lui.

(Source principale : le site Olyrix : https://www.olyrix.com/oeuvres/1253/les-enfants-terribles/argument )

littérature, Oulipo, Poésie

JE VIS, JE MEURS : JE ME BRULE ET ME NOYE, de Louise LABÉ (1555)

Après  » À Clymène « , de Verlaine, je vous propose ce mois-ci un autre poème, de Louise Labé (avant 1524-1566), « Je vis, je meurs : je me brule et me noye », paru en 1555 dans le recueil Œuvres de Louize Labé lionnoize.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Je vis, je meurs : je me brule et me noye.

J’ai chaust estreme en endurant froidure :

Cliquez sur l’image

La vie m’est et trop molle et trop dure.

J’ai grans ennuis entremeslez de joye :

Tout à un coup je ris et je larmoye,

Cliquez sur les larmes gelées

Et en plaisir maint grief tourment j’endure :

Mon bien s’en va, et à jamais il dure :

Tout en un coup je seiche et je verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :

Et quand je pense avoir plus de douleur,

Sans y penser je me treuve hors de peine.

Cliquez sur l’image

Puis quand je croy ma joye estre certeine,

Et estre au haut de mon désiré heur,

Il me remet en mon premier malheur.

Cliquez sur l’image

Citations musicales :

En endurant froidure : Henry Purcell King Arthur « Cold song ».

Je ris et je larmoye : Franz Schubert le Voyage d’hiver « Gefrorne Tränen ».

Plus de douleur… hors de peines : Francis Poulenc Sept chansons « Marie ».

En mon premier malheur : Claudio Monteverdi Lamento d’Ariane.

Agenda Ironique

HASARD CALENDULAIRE (A.I. de Février 2026)

Ce mois-ci, l’Agenda Ironique s’en revient chez Jérôme (Carnets paresseux), qui nous propose de souhaiter un joyeux anniversaire à l’Agenda Ironique qui est né il y a tout pile onze ans.

Le hasard calendulaire ne fait pas toujours bien les choses. Ainsi du malheureux Serge Prokofiev qui a eu le mauvais goût de mourir le même jour de 1953 que Staline. La couverture médiatique de la mort du dirigeant soviétique a fait passer sous silence la disparition du compositeur ukrainien.

Prokofiev, qui a mis sa musique au service de Sergeï Eisenstein, n’a pu le faire pour Octobre, film qui datant de 1928 était muet. Il s’est rattrapé avec sa cantate Octobre écrite pour le 40e anniversaire de la révolution d’Octobre.

Cliquez sur Octobre

Ceux qui ont lu Je me souviens de Georges Perec se souviennent peut-être qu’il nous rappelle que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même accident d’avion que le boxeur Marcel Cerdan, en 1949. C’est peut-être pour ça que le grand public a ignoré la mort de la célèbre violoniste.

Cliquez sur la célèbre violoniste dont la mort a été occultée par un non moins célèbre boxeur

Et à propos de Cerdan, Edith Piaf est morte le même jour d’octobre que Jean Cocteau. C’est peut-être pour ça que le grand public a ignoré la mort du célèbre écrivain.

En tout cas Francis cabrel, lui, s’en est souvenu, en écrivant pour eux sa chanson Octobre.

Cliquez sur l’image