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« LE NUAGE », de MALLARMÉ

Après En envoyant un pot de fleurs de Stéphane MALLARMÉ, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, donc, je vous propose Nuage, un autre poème de jeunesse datant de 1859.

Nuage es-tu l’écume

De l’océan céleste au flot limpide et pur ?

Es-tu la blanche plume

Que détacha la brise, en traversant l’azur,

De l’aile d’un des anges ?

Berlioz les Nuits d'été 6 - l'île inconnueCliquez sur l’image

Es-tu, quand nos louanges,

Volent avec l’encens aux pieds d’Adonaï

Bernstein Chichester Psalms Adonaï ro-iCliquez sur le garçon soprano

Le parfum que balance

Dans l’urne en feu, l’enfant devant la croix ravi?

Du ciel ou de la France

As-tu pris ton essor ?

As-tu vu bien des flots, mainte verte prairie ?

As-tu bercé ton ombre au marbre blanc où dort

Du grand sommeil Marie,

Gounod Roméo et Juliette Salut ! Tombeau sombre et silencieuxCliquez sur le tombeau sombre et silenci-eux

Où la brise aux cyprès murmure un chant de mort ?

« Oh : silence, silence !  » alors dit le nuage :

« Je suis l’envoyé du Seigneur.

Poulenc Salve ReginaCliquez sur l’image

Je porte sur mon sein un blond enfant, de l’âge

Où l’on ne sait pas que l’on meurt.

Je le pris : il dormait sur le sein de sa mère :

L’aile d’un ange est son suaire ! »

Citations :

De l’aile d’un des anges : BERLIOZ Les Nuits d’été, l’île inconnue.

Au marbre blanc où dort : GOUNOD Roméo et Juliette, Salut, tombeau sombre et silencieux

Adonaï : BERNSTEIN, Chichester Psalms, Adonaï ro-i.

L‘envoyé du Seigneur : POULENC Salve Regina.

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VOUS REPRENDREZ BIEN UNE PETIT LARME ? – partie 3 – le XXe siècle

J’ai commencé il n’y a guère une série sur les larmes à l’opéra (ou plus généralement dans la musique dite « classique »). Voici donc une suite avec quelques larmes versées au XXe siècle.

Dans le Château de Barbe bleue (1911) de Bela BARTOK, Ariane cherche à ouvrir les différentes portes du château, malgré les réticences de Barbe bleue. Quand elle ouvre la sixième porte, elle voit un lac blanc et silencieux. Elle demande quel est ce lac et Barbe Bleue lui répond qu’il s’agit de larmes (de ses anciennes femmes).

Bartok le Château de Barbe-bleue 6e porteCliquez sur Barbe bleue et Ariane

Peu après, dans l’Enfant et les sortilèges (1924) de RAVEL, les arbres saignent et pleurent à cause des blessures que l’enfant méchant leur a infligées.

Ravel l'Enfant et les sortilèges les arbres (nos blessures)Cliquez sur l’enfant au milieu des arbres

Une dizaine d’années plus tard, dans Porgy & Bess (1935) de GERSHWIN, les villageois pleurent la mort de leur frère Robbins. (Chœur : « Where is broder Robbins »).

Gershwin Porgy and Bess where is broder RobbinsCliquez sur l’image

Parmi les nombreuses mélodies écrites par POULENC, il en est une que j’aime particulièrement. Il s’agit de « Sanglots » extraite des Banalités (1940) sur des poèmes d’APOLLINAIRE.

Poulenc Banalités SanglotsCliquez sur Poulenc

Et que penser de ces Sonnets sacrés de John Donne, mis en musique par BRITTEN en 1945 après la découverte des camps de concentration nazis. Écoutons « Oh might those sights and tears » (« Oh, que ces soupirs et ces larmes reviennent »).

Britten the holy sonnets of John Donne O might those sights and tearsCliquez sur l’image

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LES VÊPRES DE LA BIENHEUREUSE VIERGE, de MONTEVERDI (1610)

Le 15 août est pour les chrétiens le jour de la célébration de l’Assomption, c’est-à-dire la montée au ciel de la vierge Marie.

Les Vêpres de la bienheureuse Vierge, Vespro della Beata Vergine en italien, datent de 1610. C’est la première des musiques sacrées écrites par MONTEVERDI, et l’une de ses partitions les plus connues. Elle mêle des styles musicaux encore hérités du XVIe siècle et d’autres appartenant déjà au XVIIe. Elle est constituée de 13 parties.

  1. Les Vêpres commencent sur une ouverture majestueuse, déjà présente dans l’Orfeo.

Monteverdi Vêpres InvitatoriumCliquez sur l’Invitatorium

2. Dixit Dominus.

3. Nigra sum.

4. Laudate pueri dominum à 8 voix.

Monteverdi Vêpres Laudate PueriCliquez sur le Laudate pueri

5. Pulchra es.

6. Laetatus sum.

7. Duo seraphim.

Monteverdi Vêpres Duo seraphimCliquez sur le duo Seraphim

8. Nisi dominus à 10 voix.

Monteverdi Vêpres Nisi DominusCliquez sur le Nisi Dominus

9. Audi coelum.

10. Lauda Jerusalem.

11. Sonata sopra Sancta Maria. (On peut penser que BERLIOZ s’en est souvenu quand il a écrit, dans la Chevauchée fantastique de la fin de la Damnation de Faust, les femmes priant Marie au pied d’une croix (Sancta Maria ora pro nobis) alors que Méphisto emporte Faust vers l’enfer, avec les traits de violon figurant la chevauchée infernale !)

Monteverdi Vêpres Duo Sonata sopra Sancta MariaCliquez sur la sonata sopra Sancta Maria

12. Ave Maris Stella.

Monteverdi Vêpres Ave Maris stellaCliquez sur l’Ave Maris Stella

13. deux Magnificats, un dans le style ancien, un dans le style nouveau.

Monteverdi Vêpres Magnificat Deposuit potentesCliquez sur le deposuit potentes

Et si vous voulez encore un peu plus de ces Vêpres, cliquez donc sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez encore un peu plus de ces Vêpres

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GUSTAVE III OU LE BAL MASQUÉ, de AUBER (1833)

Gustave III, ou le Bal masqué est un opéra de D.F.E. AUBER datant de 1833 et écrit sur un livret de SCRIBE. Le livret est emprunté à l’histoire récente puisque le roi de Suède Gustave III a réellement été tué lors d’un Bal masqué en 1792. Ce même livret resservira à VERDI pour Un Ballo in Maschera (Un Bal masqué). Gustave III, qui a fondé le genre Grand opéra à la Française (GoF), a eu un grand succès dans toute l’Europe. On l’a encore donné à Vienne en 1871, sous le nom d’Un Bal Masqué. À la création, le ballet du cinquième acte était dansé par plus de cent danseurs avec un luxe jamais vu dans les décors.

Suivant la classification de G.B. SHAW, nous sommes ici en présence de la formule (T+S/B), puisqu’un ténor (Gustave) aime une soprano (Amélie) alors que la basse (Ankastrom) ne veut pas.

Ouverture :

Auber Gustave III OuvertureCliquez sur l’ouverure

Acte I : Alors que le peuple chante les louanges du roi Gustave III de Suède, Ribbing et Dehorn, deux conjurés, appellent à la vengeance contre le tyran, que son goût pour les arts détourne des affaires de l’État. Le roi entre, et commence par saluer les artistes de sa cour (Air : « Oh, vous par qui ma vie… »)

Auber Gustave III Oh, vous par qui ma vieCliquez sur l’image

Ses ministres viennent lui parler de ses devoirs, la guerre, la justice, mais il ne s’occupe que des préparatifs du bal du lendemain. Un page lui tend la liste des invités au bal. Au nom de la comtesse Ankastrom, il se trouble et se ravit à l’idée de voir la comtesse. Il demande à être seul, mais son ministre et meilleur ami, Ankastrom, arrive pour lui parler. (Duo : « Un amour qui l’offense ») le roi croit qu’Ankastrom sait qu’il aime sa femme alors qu’Ankastrom est venu lui parler d’un complot qui se trame contre lui. Une fois le quiproquo levé, ils se mettent d’accord pour marcher sur les Moscovites qui veulent envahir la Suède. Oscar annonce l’arrivée du surintendant du bal masqué, et du maître de ballet. Après la répétition des ballets du lendemain, on tend au roi des papiers à signer. Parmi eux figure un ordre d’exil. Ankastrom explique qu’il s’agit de celui d’une devineresse nommée Arvedson. Oscar, en homme du peuple, défend la devineresse, car elle prédit l’avenir et chez elle tout le monde se presse. Il faut lui faire grâce (Air : « Allons chez la devineresse »). Gustave hésite. Pour savoir la vérité, il a l’idée de se rendre déguisé chez la sibylle. Tout le monde approuve, y compris Dehorn et Ribbing qui voient là une occasion de se débarrasser du roi. Tout le monde se donne rendez-vous, masqués, chez la sibylle (Air et ensemble : « D’honneur, c’est charmant »).

Acte II : Le roi Gustave arrive le premier chez Arvedson. Il se cache pour observer. Arvedson invoque Belzébuth (Chœur : « Silence amis, il faut nous taire ».) Arrive Christian, un matelot, qui veut savoir s’il sera un jour récompensé pour son dévouement au service du roi. Arvedson voit pour lui un beau grade et une forte somme. Ému, Gustave glisse discrètement dans la poche de Christian un rouleau d’or sur lequel il griffonne quelques mots. Quand Christian met la main à la poche pour payer Arvedson, il découvre l’or et lit le billet, où il voit qu’il obtient le grade d’officier. Vient ensuite Amélie, la femme d’Ankastrom. La sibylle devine qu’elle vient à cause d’un chagrin d’amour. Le roi est intéressé par ce qui va se dire. Arvedson donne rendez-vous à Amélie à minuit au pied du gibet, pour y cueillir une plante maléfique, qui lui permettra de se défaire de son amour coupable. Gustave se promet d’y être aussi.

La troupe des courtisans arrive alors qu’Amélie sort. Gustave se présente à son tour, déguisé en matelot. Il veut savoir si ses amours seront bonnes. Prenant sa main, Arvedson lui annonce qu’il va bientôt mourir assassiné. Le roi demande par qui, et la sibylle précise que ce sera par la première personne à qui il serrera la main. Ankastrom arrive, en retard, et Gustave se précipite pour lui serrer la main, persuadé que la sibylle est dans l’erreur. Alors que tous s’apprêtent à partir, Dehorn et Ribbing veulent en profiter pour frapper le roi, mais le peuple, acclamant son souverain, les en empêche. Gustave dit à Ankastrom, qui cherche à le protéger, que sa meilleure protection, c’est ce peuple qu’il rend heureux (ensemble et chœur : Ah, quand mon peuple heureux ».)

auber gustave IIICliquez sur l’image

Acte III : À minuit, Amélie vient à son rendez-vous, les traits cachés. Elle hésite, mais au moment de cueillir la plante maudite (Air : « C’est l’heure où ma main tremblante ».) Gustave intervient.

Auber Gustave III minuitCliquez sur le minuit lugubre

Il est prêt à tout abandonner pour l’amour d’Amélie. Amélie résiste. Survient Ankastrom, veillant toujours sur le roi, et qui a appris que celui-ci est sorti seul de Stockholm, alors que des conspirateurs sont sur sa trace. Ankastrom lui propose un déguisement pour quitter les lieux. Gustave veut bien partir avec Amélie. Pour le convaincre de partir seul, Amélie menace d’ôter son voile, révélant ainsi à Ankastrom qui est la femme qui était en compagnie du roi cette nuit. Gustave finit par accepter, mais il fait promettre à Ankastrom de raccompagner la dame à Stockholm, sans chercher à savoir qui elle est. Les conjurés arrivent, mais au lieu du roi, c’est Ankastrom qu’ils trouvent en compagnie d’une femme. Ils veulent savoir qui se cache sous le voile, et celui-ci tombant, ils découvrent qu’il s’agit d’Amélie. Les conjurés trouvent l’affaire très drôle (Chœur : « Ah, ah, ah » !), Ankastrom beaucoup moins. Se croyant trahi il décide de se joindre au complot, et donne rendez-vous à Dehorn et Ribbing le lendemain chez lui.

Acte IV : Amélie et Ankastrom sont chez eux. Ankastrom projette de se venger de l’adultère en tuant sa femme. Puis, il accepte de l’épargner si elle avoue sa faute. Mais Amélie n’avoue pas, et pour cause. Avant de mourir, Amélie demande à voir une dernière fois ses enfants (Air : « Oui, je vous implore »). Ému par sa prière, Ankastrom laisse la vie sauve à sa femme. C’est un autre qui périra sous ses coups. Dehorn et Ribbing entrent. Ankastrom leur annonce qu’il est au courant de leur complot, et qu’il veut se joindre à eux. Ils se disputent l’honneur de tuer le roi. Pour se départager, ils tireront le nom au sort. Amélie entre : un page a apporté un écrit du roi. On demande à Amélie de tirer le nom de l’assassin dans un chapeau. C’est celui d’Ankastrom qui sort. Amélie devine leur sinistre projet. Oscar, le maître de cérémonie, arrive alors pour inviter les Ankastrom au bal, qui sera un bal masqué. La scène se termine par un très beau quintette, où Amélie exprime sa crainte, Oscar sa joie à l’idée des fastes du bal, et le trio des conjurés leur serment de faire mourir le roi.

Auber Gustave III Acye IV quintetteCliquez sur le très beau quintette

Acte V : Le lendemain, le roi, revenant à la raison, décide de nommer Ankastrom gouverneur de Finlande, pour éloigner Amélie de sa cour. (Air : « Sainte amitié, que j’offense »).

Auber Gustave III Acte V Sainte amitié que j'offenseCliquez sur l’image

Un chambellan arrive porteur d’un petit mot de billet qu’une dame inconnue lui a remis. On l’y avertit de ne pas aller au bal, que sa vie est menacée. On ouvre le bal (Chœur : « Plaisir, amour, ivresse »). Ankastrom rejoint Dehorn et Ribbing. Oscar paraît et finit par révéler aux conjurés le déguisement du roi. La danse reprend. Amélie et le roi se retrouvent face à face. Amélie supplie Gustave de partir. Gustave apprend à Amélie qu’elle quittera la Suède le lendemain avec son époux, mais Ankastrom arrive et Gustave meurt sous ses coups.

Auber Gustave III finalCliquez sur le final

(Source principale : le livret et les représentations au Théâtre impérial de Compiègne de 1991, production dans laquelle j’ai eu le bonheur de chanter.)

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