Blog

Compositrices

JOCY DE OLIVEIRA (née en 1936)

Jocy de Oliveira est née le 11 avril 1936 à Curitiba, au Brésil.

Jocy débute ses études musicales à Sao Paulo, avant de venir à Paris, où elle travaille avec la pianiste Marguerite Long. Elle part ensuite à Saint-Louis, aux États-Unis, où elle obtient son diplôme de compositrice.

Elle se marie avec le chef d’orchestre brésilien Eleazar de Carvalho, avec qui elle créera plusieurs de ses compositions.

Jocy de Oliveira entretient une longue relation musicale avec Igor Stravinsky, et note dans son journal tous les moments qu’elle a pu passer avec lui. En 2010, elle crée le spectacle Revisita do Stravinsky.

Partageant sa vie entre le Brésil et les États-Unis, elle rencontre John Cage à Tanglewood (une ville à une centaine de kilomètres de Boston, où se tient en été un festival de musique). John Cage lui apprend que « il n’y a pas de division entre la vie et l’art ». Sous son influence, elle se lance dans la musique conceptuelle, et trouve même que le concept est plus important que le résultat musical (c’est assez oulipien, comme démarche). Elle compose ainsi Nocturno do um piano, une installation avec vidéo et arrangements électroacoustiques dans laquelle elle jette un piano à la mer, avec une pianiste enchaînée au piano, pianiste qui joue pendant six heures, tout en étant filmée et enregistrée.

Cliquez sur le piano à la mer

Un autre compositeur avec lequel Jocy de Oliveira a travaillé est Luciano Berio. Elle crée ainsi Berio sem Censura), spectacle avec Cathy Berberian, et des musiques de Berio et Jocy de Oliveira.

En 1961, elle crée Apague meu spotlight, la première pièce de musique électronique jouée au Brésil.

Cliquez sur Apague meu spotlight

Jocy de Oliveira est extrêmement célèbre au Brésil, où ses neuf opéras spectacles ont connu un grand succès. Parmi eux, on peut noter une trilogie sur la question des femmes, dont l’opéra la Malibran où elle s’interroge sur le rôle des femmes à l’époque de la Malibran et sur les conditions de vie des divas. Sur ce même thème, Jocy a également écrit Who cares if she cries (2007) (qu’importe si elle pleure) et A Prostituta sagrada (la Prostituée sacrée) pour lequel elle se rend en Inde.

Cliquez sur Who cares if she cries
Cliquez sur l’image

Outre ses activités de pianiste, de compositrice et de vidéaste, Jocy de Oliveira a écrit quatre livres, dont celui où elle publie sa correspondance avec tous les grands créateurs qu’elle a connus, Berio, Cage, Stravinsky, Villa-Lobos, Messiaen : Dialogue avec mes lettres.

À propos de Messiaen, Jocy a joué la plupart de ses œuvres pour piano.

(Sources principales : un grand merci à Sophie Lacaze qui m’a fait découvrir Jocy de Oliveira, et m’a envoyé les liens vers les podcasts de France Musique qui m’ont servi pour écrire cet article.

Jocy de Oliveira, compositrice et pianiste (1/2) | France Musique et

Jocy de Oliveira, compositrice et pianiste (2/2) | France Musique

Et il y a aussi son site sur lequel on trouve pas mal d’informations : https://www.jocydeoliveira.com/

Divers

L’ENSEMBLE IL BURANELLO

L’ensemble « Il Buranello » est un ensemble de musique baroque créé en 2015 par la soprano Stéphanie Révillion. Son principal secteur d’activité est la région Hauts de France et la région Grand Est. L’ensemble tire son nom du compositeur baroque italien Baldassare Galuppi, surnommé Il Buranello car natif de Burano, près de Venise.

Dans ses productions, l’ensemble s’attache à marier musique et littérature. Il a de nombreux programmes à son répertoire.

Lamento d’Arianna & autres madrigaux de Monteverdi (2019).

À tout seigneur, tout honneur, ce programme est dédié à la musique de Claudio Monteverdi, le « père » de l’opéra avec l’Orfeo (1607). « Lamentations, lettres d’amour, amoureux qui se cherchent, il s’agit d’émouvoir le spectateur ».

À la découverte du maître de Venise, Claudio Monteverdi (2020).

Dans l’écriture de Monteverdi, le compositeur cherche à traduire en musique les mouvements de l’âme, et met la musique au service de l’expression poétique. Alors, « Prima la musica ? »

Le Monde entier est un théâtre : Henry Purcell & William Shakespeare (2021).

« Poésie et musique ont le même Dieu, dit la fable : toutes deux ont le même amoureux, car toutes deux vivent en toi. » (William Shakespeare.)

Ce spectacle propose une alternance de textes de Shakespeare, y compris certains sonnets, et de musiques de Purcell, pour nous plonger dans un univers de rêve où vivent des personnages fantastiques, une grande reine ou un amant éconduit…

Près de la croix (2023)

Près de la croix de Jésus se tenait sa mère… Vous aurez reconnu le début du Stabat Mater dolorosa. Ce programme est dédié aux figures de Marie et de Marie-Madeleine. Il Buranello nous fait revivre la manière dont les compositeurs italiens ont traité les émotions de ces femmes.

Charivari ! Opéra féérique d’après Henry Purcell (2022).

Cinq chanteurs / acteurs et leurs complices instrumentistes interprètent les personnages des pièces du grand Bill, dans un jeu burlesque où se fondent raison et déraison, sur des musiques d’Henry Purcell.

Cliquez sur Charivari

Tea Time, Henry Purcell (2022)

​Spectacle comique autour du quotidien d’un vieux couple anglais, sur des airs d’Henry Purcell.​

Cliquez sur Tea Time

Le Mercure (pas) galant. Rivalités à la Cour du Roi-Soleil (2023).

Accompagnée d’un clavecin, une cantatrice italienne prend des leçons auprès de Jean-Baptiste Lully et Paolo Lorenzani. Une manière pour Il Buranello de nous faire découvrir les différences entre les styles italiens et français, à travers la musique qui se jouait à la Cour de Loulou XIV.

Cliquez sur l’image

Les Amours de Vénus, sur des musiques de Barbara Strozzi (2024).

​Trois petits Cupidons volent au secours de Vénus, abandonnée par son amant Adonis. Ce spectacle peut être joué partout sur les territoires, permettant d’aller à la rencontre des habitants pour qui la musique baroque est loin « d’aller de soi », le tout sur une musique de Barbara Strozzi.

Donc, vous l’avez compris, si vous avez l’occasion d’aller voir un pestacle d’Il Buranello, courez-y ! Pour connaître les dates de leurs spectacles, cliquez sur l’Agenda.

Mes opéras préférés

LES MOUSQUETAIRES AU COUVENT, de VARNEY (1880)

Les Mousquetaires au couvent est une opérette de Louis Varney, sur un livret de Ferrier et Prével. Elle a été créée aux Bouffes-Parisiens le 16 mars 1880.

L’action se passe en Touraine, sous le règne de Louis XIII.

Acte I : Devant l’hôtellerie du Mousquetaire gris, des marchandes proposent leurs marchandises, gâteaux ou fleurs, badinant avec les hommes, civils ou mousquetaires.

Cliquez sur l’image

L’armée se prépare à recevoir le cardinal Richelieu, de retour du siège de La Rochelle. L’abbé Bridaine cherche son ancien élève, le mousquetaire Gontran de Solanges. Son capitaine, Narcisse de Brissac, l’a averti que Gontran est tombé amoureux d’une jeune pensionnaire du couvent des Ursulines, Marie, la nièce du gouverneur de Touraine.

L’abbé Bridaine, qui est le seul homme à pouvoir entrer au couvent, accepte de remettre une lettre de Gontran à Marie., mais le gouverneur demande à l’abbé d’aller prévenir ses deux nièces, Marie et Louise, qu’elles doivent prendre le voile.

Cliquez sur l’image

Le gouverneur oblige Pichard, l’aubergiste, a héberger deux moines mendiants, chargés de prêcher la renonciation aux pensionnaires des Ursulines. Quand Bridaine apprend à Gontran que Marie doit prendre le voile, Brissac a une idée pour entrer dans le couvent. Avec Gontran, ils se déguisent en moines.

Acte II : Les pensionnaires du couvent s’apprêtent à faire une dictée.

Cliquez sur la dictée

La mère supérieure leur annonce l’arrivée de deux moines envoyés par le gouverneur. Elle demande aux jeunes filles de faire leur examen de conscience avant la confession. Alors que Gontran se fait reconnaître par Marie, Brissac est, lui, intéressé par Louise. Brissac trouve dans le pupitre de Marie son examen de conscience, dans lequel elle avoue son amour pour Gontran.

Cliquez sur l’image

Brissac demande à la mère supérieure un bon repas, afin d’être en forme pour son sermon. Bridaine demande à Marie d’écrire à Gontran qu’elle prenne le voile, mais il reconnaît les faux moines. Gontran est troublé par la lettre de Marie, car il sait que la jeune fille l’aime. Brissac, lui, complètement ivre, fait un prêche sur l’amour, prêche qui ravit les jeunes filles et épouvante les religieuses.

Cliquez sur l’image

Acte III : Dans la cour du couvent, Gontran et Brissac organisent la fuite des jeunes filles. Brissac est de plus en plus épris de Louise.

Simone, la servante de l’auberge, vient demander à Bridaine où se trouve Brissac, et ce qu’il convient de faire des pèlerins découverts saucissonnés dans leur chambre. Alors que Gontran prépare l’exfiltration de Marie, Louise exige d’être enlevée avec sa sœur. Les deux couples d’apprêtent à fuir avec une échelle (Quintette de l’échelle).

Cliquez sur l’image

Bridaine arrive, suivi du gouverneur en personne. Ils cherchent les moines mendiants qui se sont révélés être de dangereux complotistes. Brissac et Gontran reviennent en habits de mousquetaires et disent avoir capturés les pèlerins. En récompense de cette action, le gouverneur leur accorde la main de ses nièces.

(Source principale : les représentations de l’Opéra-Comique de 2015, et le programme associé.)

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« SES PURS ONGLES TRÈS HAUT DÉDIANT LEUR INOX », de MALLARMÉ (1868)

On a retrouvé récemment, dans la bibliothèque de l’Opéra de Saint-Glinglin, un inédit de Mallarmuche. Il s’agit de la première version du sonnet en « IX », datée du 1er avril 1868. Dans ce premier jet, Mallarmé avait choisi des rimes en « OX » et non les fameuses rimes en « IX » comme de la version qu’il a finalement retenue.

Ses purs ongles très haut dédiant leur inox,

Cliquez sur l’inox

L’angoise ce minuit soutient, lampe au phosphore,

Maint rêve vespéral brûlé par le botox,

Que ne recueille pas de cinéraire en or.

Sur les crédences, au salon vide, nulle infox

Cliquez sur la calomnie

Aboli bibelot d’inanité encore

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Stox,

avec ce seul objet dont le néant sonore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un tort

Agonise selon peut-être le trésor

Cliquez sur le trésor

des licornes ruant du feu sur le fort Knox

Elle, défunte nue, en ce miroir si belle

Cliquez sur Marguerite riant de se voir si belle en ce miroir

Qui dans l’oubli formé par le cadre se fox

Trot scintillant comme un quatuor.

Cliquez sur le fox-trot

Citations musicales :

Leur inox : Chostakovitch, Lady Macbeth de Mzensk, scène dans la boucherie industrielle.

Nulle infox : Rossini, le Barbier de Séville « Air de la calomnie ».

Le trésor : Wagner, Siegfried scène où Siegfried tue le dragon veillant sur son trésor.

En ce miroir si belle : Gounod, Faust air des bijoux.

Fox Trot : Art Hickman, Rose room fox-trot

Vous pouvez retrouver ici d’autres articles publiés un 1er avril :

Havre & Caumartin (2019)

L’opéra de Saint-Glinglin s’invite chez vous (2020)

Arnoldo Poivrieri (1755 – 1825) (2021)

La Fée nommée mène au logis (de l’esprit) (2022)

Le cantique des quantiques (2023)

Zelda Ocarina (née en 1966) (2024)

Léon Féodorovitch Tolstoïevski (2025)

Compositrices, Grandes voix

CATHY BERBERIAN (1925-1983)

Cathy Berberian, cantatrice au répertoire aussi varié qu’original, naît le 4 juillet 1925 à Attleboro, aux États-Unis.

En 1949 Cathy Berberian profite d’une bourse pour approfondir ses études de chant à Milan.

Cliquez sur l’image

Au conservatoire de Milan, Cathy rencontre un étudiant en composition, Luciano Berio, avec qui elle se mariera. Luciano écrira pour elle Visage en 1961, pour voix et bande magnétique ou Sequenza III en 1966, où le couple explore toutes les possibilités de la voix humaine.

Cliquez sur l’image

Cathy Berberian n’aura donc de cesse d’approfondir la technique vocale, en accord avec les compositeurs d’avant-garde qu’elle fréquente, tels John Cage (Aria en 1958) ou Igor Stravinsky.

Cliquez sur l’image

Mais Cathy Berberian ne se limitait pas à la création d’œuvres contemporaines. Sa technique lui permettait de chanter des compositeurs plus classiques, comme Gershwin et son « Summertime », ou Saint-Saëns et sa Danse macabre.

Cliquez sur l’image
Cliquez sur la Danse macabre

En 1966, Cathy Berberian interprète, façon cantatrice, les Beatles, pour faire aimer cette musique aux parents de ceux qui les écoutaient.

Cliquez sur l’image

Elle est également l’autrice de Stripsody (1966), une rhapsodie mettant en musique différentes onomatopées, et ceci un an avant le Comic Strip de Serge Gainsbourg.

Cliquez sur l’image

Cathy Berberian décède le 6 mars 1983 à Rome, à l’âge de 57 ans.

Divers

DIX QUESTIONS À BARBARA ECKLE

©Ayse Yavas

Barbara Eckle est la directrice de l’Opéra de Lille depuis la saison 2025-2026.

Elle a aimablement accepté de répondre à mes questions.

Q1 – Quel a été votre parcours pour devenir directrice de l’Opéra de Lille ?

R1 – Tout au long de mes études, il y avait le théâtre et la musique comme « vérité » pour moi. Très jeune, j’ai pu jouer des rôles, et pratiqué le chant et le violon. J’ai suivi des études de latin et de grec à Oxford, et aimé ce côté créatif de redonner du sens à des fragments littéraires en les traduisant dans une langue contemporaine.

Alors que j’enseignais le latin à New York, j’ai rencontré Lorin Maazel qui travaillait sur son opéra 1984, et j’ai été engagée pour travailler avec lui. Après, j’ai fait mes propres mises en scène, aux États-Unis, avant un retour en Europe, pour une création. Là, je me suis rendu compte que, dans la musique contemporaine, le metteur en scène a un nouveau rôle, celui de rendre vivante une partition dans un nouveau langage.

Après des expériences au cinéma (documentaires sur la musique) et à la radio (émissions sur la musique contemporaine), j’ai été chargée de la programmation des concerts symphoniques et de la construction des saisons à l’Opéra de Stuttgart. J’ai également pris le poste de directrice de la production musicale au festival Ruhrtriennale.

En 2023, pour sa dernière année à ce festival, il y avait une création de Georges Aperghis, Die Erdfabrik, qui traitait de la mine dans cette région minière qu’est la Ruhr, et l’Opéra de Lille s’est montré intéressé par une coproduction de cette œuvre, la région Nord étant également une région minière. Je me suis alors renseignée sur cette maison d’opéra. Quelques mois plus tard, il y a eu l’annonce que l’Opéra de Lille cherchait une directrice, et j’ai répondu à cette annonce.

Q2 – Y a-t-il une différence entre le public allemand et le public français ?

R2 – Aujourd’hui, il est plus juste de parler non pas du public, mais des publics, multiples par leur diversité. C’est le cas à Lille, où j’ai trouvé des publics très ouverts, curieux et chaleureux.

En Allemagne, les publics sont formatés par le Regietheater (NDLR, quand la mise en scène prend le pas sur la musique). Les critiques se concentrent alors beaucoup sur la mise en scène qui propose un parti pris contemporain sur les œuvres. Cela nourrit les publics mais tend aussi à les polariser.

À Lille, j’ai rencontré des publics déjà habitués à des propositions variées, curieux de découvrir la diversité des écritures artistiques et des répertoires.

Q3 – Comment construit-on une saison ?

R3 – Avec Miron Hakenbeck, directeur de la programmation et de la dramaturgie, avec qui je travaillais déjà à Stuttgart, nous programmons un système de quatre œuvres lyriques, avec une programmation riche de concerts et formats variés rassemblés en constellation autour de chacune de ces œuvres lyriques. Pour le choix de ces quatre productions, nous sommes à la recherche d’un équilibre pour présenter l’opéra dans tout ce qu’il peut être : époque, styles musicaux … Il y a toujours une œuvre contemporaine, et toujours un grand titre connu d’un large public ». Pour le choix des metteurs en scène, nous cherchons des metteurs en scène qui peuvent porter un regard contemporain sur des œuvres du passé.

Q4 – Comment recrutez-vous les artistes pour vos productions ?

R4 – Je travaille avec Boris Ignatov, conseiller en distribution avec qui j’ai déjà travaillé à Stuttgart et à la Ruhrtriennale. Boris a une grande connaissance et une réelle sensibilité pour les talents émergents. Nous faisons souvent des auditions où nous rencontrons de jeunes chanteurs qui sont parfois des révélations dans le paysage lyrique français. Mais pour choisir une distribution, la vision du metteur en scène est aussi très importante, car elle permet d’assurer une réelle cohérence artistique.

Q5 – Quelle place attribuez-vous aux compositrices dans vos programmations ?

R5 – C’est un sujet important, qui ne devrait plus être sujet à débat aujourd’hui. Il y a autant de compositrices brillantes que de compositeurs. La saison prochaine, nous mettrons d’ailleurs en lumière le travail de l’une d’entre elles dans une œuvre lyrique que nous avons cocommandée et coproduite avec l’Irish National Opera.

Q6 – Nous voyons cette année une ouverture à un public le plus large possible. Quelle est votre politique ?

R6 – N’étant pas une maison de répertoire, avec des spectacles différents chaque jour, nous avons fait le constat que l’Opéra est souvent fermé, alors que l’on voudrait que le bâtiment soit ouvert à tout le monde, le plus régulièrement possible. C’est pourquoi nous avons créé les Open Weeks, où l’opéra est ouvert pendant une semaine de 18h à 22h, où le public peut venir gratuitement pour visiter, découvrir, et pratiquer des activités diverses. Ces Open Weeks ont lieu deux ou trois semaines avant la première de l’œuvre lyrique de la constellation en cours, avec des sujets en lien avec cette œuvre, ou la problématique soulevée par l’œuvre. Nous présentons notamment les artistes de la production en cours, et travaillons en lien avec des associations de la ville (médiathèques, action sociale…).

De plus, l’Opéra de Lille est le seul opéra d’une région au territoire très vaste. Nous avons donc mis en place le format d’un opéra itinérant pour aller à la rencontre des publics dans la région. Les habitants des communes lointaines n’ont pas tous la possibilité de venir à Lille assister à nos spectacles. Ces opéras itinérants sont des spectacles immersifs où le public est au plus près des chanteurs ou des instrumentistes. Cette année, l’opéra itinérant était Le Château de Barbe-bleue de Bela Bartok.

Q7 – Quel dispositif vers les jeunes ?

R7 – Nous poursuivons certains des dispositifs couronnés de succès mis en place par ma prédécesseuse Caroline Sonrier, comme les temps forts Happy Days, Opéra Games ainsi que les ateliers Finoreille. Pour des jeunes de 14 à 20 ans, nous avons constitué le Jury « Premier regard », à qui nous donnons le moyen d’affûter leur esprit critique, de défendre leur point de vue, via la découverte de huit spectacles d’opéras et de danse au cours de la saison, et de rencontres privilégiées avec les équipes artistiques et techniques.

Q8 – Quel est votre cahier des charges vis-à-vis de la mairie ?

R8 – Il y a une politique culturelle dans la ville et la région qui met la culture très haut sur la liste des priorités, ce qui est important et précieux pour nous permettre de développer un projet exigeant et novateur. Nous répondons à cette exigence culturelle avec un projet innovant et accessible à tous.

Q9 – Face aux coûts de production, comment envisagez-vous la coproduction avec d’autres maisons d’opéra ?

R9 – La baisse de l’activité engendrée par les tensions budgétaires fragilise les marges de manœuvre des maisons et de nos potentiels de coproduction. Nous arrivons toutefois à trouver des partenaires avec qui nous partageons de mêmes visions artistiques. Les Enfants terribles est une coproduction avec l’Opéra de Darmstadt, et nous aurons l’année prochaine une création en coproduction avec l’Irish National Opera.

Cliquez sur l’image

Nous avons également un partenariat de long terme avec l’Opéra de Flandres en Belgique, avec une coproduction par an et des échanges de public.

Q10 – Parlez-nous d’un de vos plus beaux souvenirs de cette saison à l’Opéra de Lille.

R10 – J’ai été surprise et heureuse de voir l’intérêt et le réel enthousiasme qu’a suscité une proposition aussi inconnue que l’opéra L’Écume des jours d’Edison Denisov avec lequel nous avons ouvert notre première saison.

Cliquez sur l’image
Divers

LA PASSION SELON SAINT-JEAN, de J.-S. BACH

La Passion selon Saint-Jean, de Jean-Sébastien Bach, date de 1724. Elle a été composée pour le Vendredi saint. Si elle a été jouée plusieurs fois du vivant du Cantor de Leipzig, elle s’est perdue après la mort de celui-ci. À cette époque, on jouait de la musique vivante, c’est-à-dire écrite par des compositeurs vivants, et bien souvent les musiques n’étaient plus jouées après la mort de leur compositeur. Il faudra attendre 1833, soit plus d’un siècle, pour que Félix Mendelssohn ne découvre la partition et la fasse exécuter à nouveau.

Le texte mis en musique par Bach est celui de l’Évangile selon Saint-Jean.

La Passion est composée de deux parties, chacune d’elles s’ouvrant et se clôturant par un chœur ou un choral.

Elle s’ouvre sur le chœur « Herr, Herr, unser Herrscher » (« Seigneur, Seigneur, notre maître »).

Cliquez sur le chœur d’ouverture

Elle se poursuit par une alternance entre les récitatifs de l’évangéliste et de réponses du chœur, et d’interventions des solistes.

Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image
Cliquez sur le chœur final de la première partie

Entre les deux parties, le prêtre prononçait le sermon.

La seconde partie s’ouvre donc sur un choral : « Christts, der uns selig macht » (« Christ, toi qui nous rends heureux »).

Cliquez sur le choral ouvrant la seconde partie
Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image

La Passion selon Saint-Jean se termine par ce choral : « Ach Herr, dein lieb engelein » (Ah, Seigneur, laisse ton ange emporter mon âme »).

Cliquez sur le choral final
Divers

ÉCRIVAINS, DRAMATURGES ET LIBRETTISTES

Écrivains, dramaturges et librettistes est le titre de mon opus 2, paru en novembre 2025 aux éditions Le Lys bleu.

À l’occasion de la sortie de ce livre, j’ai été interviewé par Françoise Objois sur RCF Hauts de France. Vous pouvez écouter cet entretien ici.

Je serai en dédicace au magasin Cultura de Lomme le 28 mars à 10 heures, et, à cette occasion, proposerai une animation en musique pour présenter ce livre.

De tout temps, l’évolution des histoires racontées en musique a suivi l’évolution de la littérature. Il n’est pas inintéressant de remarquer que l’invention de l’opéra, avec l’Orfeo de Monteverdi en 1607, est contemporaine de l’invention du théâtre moderne avec Shakespeare (1564-1616) et celle du roman moderne avec le Don Quichotte (1605) de Cervantès.

Cliquez sur l’image

À l’époque baroque, les sujets des opéras étaient tirés de la mythologie telle qu’a pu nous la rapporter Ovide et ses Métamorphoses.

Cliquez sur l’image

Les pièces de Shakespeare sont porteuses d’une dramaturgie telle que des centaines d’œuvres lyriques ont été créées d’après elles.

Cliquez sur Ophélie

Vers la fin du XVIIIe siècle, le roman gothique anglais a donné lieu à des opéras gothiques, comme le Vampire, de Marschner.

Quand le mouvement gothique s’est transformé en romantisme littéraire, l’opéra a naturellement suivi avec l‘opéra romantique. Ainsi, l’acte de naissance du romantisme français avec la « bataille » d’Hernani (1830) où Verdi a écrit son Ernani dès 1844.

Victor Hugo et Louise Bertin

Plus loin dans le siècle, le naturalisme de Zola a donné lieu à des opéras naturalistes, avec Louise de Charpentier, et surtout la version italienne du naturalisme qu’est le vérisme.

Cliquez sur l’image

Pratiquement toutes les pièces du symboliste Maeterlinck ont été traduites à l’opéra. L’opéra le plus connu de cette descendance est Pelléas & Mélisande de Debussy.

Cliquez sur Mélisande

Au XXe siècle, l’exploration de la psychologie, voire de la psychanalyse, en littérature, fournira des sujets à Berg avec son  Wozzeck ou sa Lulu.

Cliquez sur l’image
Écrivains, littérature, Mythologie

VIRGILE (70-19, av. J.-C.)

Publius Vergilius Maro, dit Virgile, est un poète latin, né en 70 en Lombardie avant J.-C.

À 35 ans, il publie un petit recueil de poèmes, les Bucoliques, glorifiant l’empereur Auguste. Les Bucoliques seront suivies d’un second recueil, les Géorgiques. Les Géorgiques, ou les travaux de la terre, au sens large, est une commande de Mécène, son protecteur qui a laissé son nom au mécénat. Beethoven s’inspirera des Géorgiques dans sa Symphonie Pastorale et sa tempête.

Cliquez sur l’image

On trouve également dans les Géorgiques le thème d’Orphée et Eurydice.

Cliquez sur l’image

Mais le grand œuvre de Virgile est l’Énéide, qui occupera les dernières années de sa vie. L’Énéide raconte l’histoire du prince Énée, depuis la guerre de Troie jusqu’à la fondation d’une « nouvelle Troie », en Italie. Dans son périple, il aborde à Carthage où la reine Didon tombe amoureuse de lui, mais ne peut le retenir, car son destin est de fonder une « nouvelle Troie » en Italie.

Cliquez sur l’image

Virgile meurt à Brindisi en 19 avant J.-C.

Virgile était un des poètes les plus célèbres de son époque, et il le restera après sa mort, entrant dans la légende. On le trouve par exemple dans la Divine Comédie de Dante Alighieri, où il accompagne le poète en Enfer et au Purgatoire.

Cliquez sur le pianiste
Mes opéras préférés, Mythologie

LES TROYENS, de BERLIOZ (1858)

Les Troyens est un vaste opéra de Berlioz. Berlioz, qui connaissait très bien l’Énéide de Virgile, en compose lui-même le livret. Commande de l’opéra de Paris, la partition des Troyens est jugée injouable par l’orchestre, et la première représentation, partielle, a lieu le 4 novembre 1863 au Théâtre lyrique. Il faudra attendre 1899 pour que la première partie, la Prise de Troie, soit donnée à l’Opéra et 1919 pour l’exécution de la deuxième partie, les Troyens à Carthage.

La prise de Troie.

Acte 1 : À Troie, les Troyens s’apprêtent à faire la fête, car après dix ans de siège, les Grecs sont partis et la cité est sauve. La famille du roi Priam est prête, mais seule Cassandre ne cède pas à la liesse. Elle a le pressentiment d’un danger pour la ville, mais personne ne l’écoute. Même son fiancé, Chorèbe, n’arrive pas à la comprendre.

Cliquez sur Chorèbe
Cliquez sur Cassandre

Priam décide une cérémonie funèbre à la mémoire de son fils Hector, tué pendant la guerre de Troie. Énée n’accepte pas le gouvernement de Priam et rêve d’autre chose pour la ville de Troie. Il verrait bien son fils Ascagne comme héritier du régime, mais c’est Astyanax, le fils d’Hector et Andromaque, que Priam choisit pour lui succéder.

Les Grecs ont laissé en partant une offrande rituelle à la porte de la ville : un immense cheval de bois. Les Troyens s’apprêtent à la faire entrer dans la ville quand Énée apporte une terrible nouvelle. Le prêtre Laocoon, qui se méfiait des Grecs, même porteurs de présents, a été assassiné. Priam et son entourage sont frappés de stupeur, mais ils décident quand même d’accepter le cadeau des Grecs (octuor et double chœur : « Châtiment effroyable ».)

Cliquez sur l’octuor et le double chœur

Seule Cassandre continue à jouer les Cassandre en prédisant un grand malheur, mais les Troyens n’en ont cure et font entrer le cheval géant dans la ville.

Cliquez sur Cassandre

Acte II :

Le cheval de Troie n’était qu’un piège grossier de la part des Grecs, piège dans lequel les Troyens ont plongé. Des soldats étaient cachés à l’intérieur du cheval. Ils en sortent pendant la nuit et ouvrent les portes de Troie à l’armée grecque. Priam et sa femme Hécube sont tués. Créuse, la femme d’Énée, se suicide.

Énée cherche à la ramener à la vie quand il voit le fantôme d’Hector qui l’exhorte à quitter Troie et à se rendre en Italie pour y fonder une nouvelle Troie. Panthée, un ami d’Énée et Chorèbe lui demandent de prendre les armes contre les Grecs.

Les femmes troyennes reconnaissent que Cassandre avait eu raison et regrettent de ne pas l’avoir écoutée. Cassandre leur demande de la rejoindre de la mort pour ne pas tomber aux mains des soldats grecs. Elle se suicide et Énée fuit la ville en flammes.

Cliquez sur le chœur des Troyennes

Les Troyens à Carthage.

Acte III :

À la suite de l’assassinat de son mari, la reine Didon a quitté Tyr et se retrouve à Carthage.

Cliquez sur l’image

Anna, sa sœur, lui dit que sa vie n’est pas finie, et qu’elle peut encore se remarier, ce que Didon refuse de faire par fidélité à son mari.

Énée et ses compagnons abordent à Carthage. Ascagne présente les Troyens à Didon. On apprend qu’un féroce Africain, Iarbas, menace Didon et Carthage. Énée offre ses services pour les défendre contre l’Africain.

Cliquez sur le final de l’acte III

Acte IV :

Didon semble éprouver de l’amour pour Énée, ce qu’Anna voit d’un bon œil. Didon demande à Énée de lui parler de Troie. Énée lui dit qu’Andromaque a épousé Pyrrhus, le fils du meurtrier de son époux et lui-même meurtrier de Priam et Hécube. Didon sent faiblir sa fidélité à son défunt mari Sychée et elle perd sa bague de mariage (Duo: « Nuit d’ivresse et d’extase infinie »).

Cliquez sur Didon et Énée

Mais Énée ne peut rester, car il entend les fantômes des Troyens morts qui lui ordonnent de quitter Carthage pour accomplir son destin, fonder une nouvelle Troie en Italie.

Acte V :

Énée hésite à partir sans un ultime adieu à Didon (Air: « Inutiles regrets »).

Cliquez sur Énée

Il entend à nouveau les fantômes qui l’exhortent à partir quand Didon entre, bouleversée par cet abandon. Énée essaye de s’expliquer et lui demande son pardon, mais Didon le conjure de ne pas l’abandonner. Énée part, maudit par Didon.

Didon demande à Anna d’aller voir Énée pour le retenir, mais il est trop tard, Énée et sa troupe ont déjà repris la mer.

Furieuse, Didon ordonne qu’on les poursuive pour la venger, mais finalement, elle se donne la mort.

Cliquez sur Didon

(Source principale : les représentations de l’Opéra de Paris en 2019, et le programme associé.)