Maria Callas, Mes opéras préférés

TURANDOT, de PUCCINI

Dernier opéra de PUCCINI, inachevé à la mort du compositeur en 1924, Turandot est terminé par Franco ALFANO, à la demande du chef Arturo TOSCANINI, qui avait commencé à travailler à cette partition avant la mort de l’auteur. Il existe une autre version, celle complétée par Luciano BERIO en 2001. La lune tient une grande place dans cette œuvre, comparée qu’elle est à la tête tranchée des prétendants à la main de la princesse Turandot.

L’argument est inspiré d’une légende perse, reprise par le dramaturge Carlo Gozzi :

Acte I : Dans un Pékin antique et légendaire, un héraut annonce que la princesse Turandot n’acceptera de se marier qu’à un prince qui saura résoudre ses trois énigmes. Si le prétendant échoue, il aura la tête tranchée. Le dernier à avoir essayé, le prince de Perse, doit pour cela être décapité à la prochaine pleine lune. Dans la foule qui attend ce spectacle se cachent Timour, roi des Tartares en exil et aveugle, et Liu, son esclave qui l’accompagne. Un jeune homme le reconnaît, c’est Calaf, son fils. Timour lui apprend que, après sa défaite, Liu l’a secouru et soigné. La foule assoiffée de sang implore la lune (chœur : « Perché tarda la luna »). Quand le prince de Perse arrive, le peuple saisi par sa beauté demande sa grâce, mais Turandot, qui ne connaît pas la pitié, reste inflexible. Calaf, séduit par la beauté de Turandot, veut passer l’épreuve des trois énigmes. Timour, puis les trois ministres chinois, Pim, Pam et Poum, Ping, Pang et Pong tentent de l’en dissuader. Liu à son tour révèle son amour  pour Calaf, mais en vain (Air : « Signore, ascolta ».)

Puccini Turandot Signore, ascoltaCliquez sur l’image

Calaf s’avance et frappe le gong, signe qu’il demande à passer la redoutable épreuve.

Acte II : Ping, Pang et Pong, faisant le sinistre décompte des victimes de la princesse, se désolent de son comportement. Sans descendance, ce sera la fin de la dynastie royale et de la Chine. Ils souhaitent que Turandot rencontre enfin l’amour.

Sur la place de Pékin, devant le palais impérial, la foule s’est rassemblée pour assister à l’épreuve des énigmes. L’empereur tente une nouvelle fois de dissuader Calaf, qui par trois fois demande à affronter l’épreuve. Turandot paraît et révèle les raisons de sa rigueur : autrefois, un prince étranger s’est rendu coupable d’un crime envers son aïeule, et elle veut la venger la mort de son ancêtre (air : « In questa reggia ».)

Puccin Turandot In questa reggiaCliquez sur Turandot

Turandot énonce ses énigmes, mais Calaf répond à chaque fois, faisant croître la colère de Turandot. Quand Calaf a répondu aux trois énigmes, Turandot supplie son père de ne pas la forcer au mariage, mais l’empereur lui répond que c’est la loi. Calaf déclare alors qu’il n’obligera pas Turandot à se marier contre son gré. Il propose à son tour une énigme : si elle réussit à trouver son nom avant l’aube, il acceptera de mourir comme les prétendants précédents.

Acte III : Turandot a ordonné que nul ne dorme cette nuit, car il faut trouver le nom de l’inconnu (Chœur : Cosi commande Turandot). Calaf, sûr de lui, songe à sa princesse (Air : « Nessun dorma ».)

Turandot puccini Nessun Dorma PavarotttiCliquez sur Calaf

Ping, Pang et Pong vont le voir, le tentent avec des femmes ou des richesses et l’exhortent à fuir, mais Calaf reste, car seule Turandot l’intéresse. On amène Timour et Liu, qu’on a vu parler avec le prince la veille, pour les faire parler sous la torture. Liu déclare qu’elle est la seule à connaître le nom cherché. Intriguée, Turandot lui demande ce qui la fait résister. Liu répond que c’est l’amour. En se taisant, elle se condamne et lègue son amour à Turandot. Arrachant un poignard, elle se suicide (Air : « Tu che di gel sei cinta ».)

Puccini turandot Tu che di gel sei sintaCliquez sur Liu

Timour et le peuple déplorent sa mort. Restés seuls, Calaf embrasse Turandot. La princesse reconnaît alors qu’elle l’aime, mais lui demande pourtant de quitter Pékin. Alors que l’aube va poindre, Calaf révèle son nom à Turandot, mettant ainsi sa vie entre ses mains.

Au matin, Turandot annonce à son père qu’elle connaît le nom de l’étranger : son nom est… Amour ! Calaf et Turandot s’embrassent.

Puccini Turandot finalCliquez sur l’image

(Petit clin d’œil : dans son roman le plus connu, Zazie dans le métro, Raymond QUENEAU a appelé un de ses personnages Turandot.)

Contes et légendes, Géographie, littérature, Shakespeare, Théâtre

L’ÉCOSSE

L’Écosse a inspiré de nombreux compositeurs, suivant principalement un axe historique et deux axes littéraires, OSSIAN et Walter SCOTT.

Mais avant de développer notre étude selon ces axes, un petit hommage à BEETHOVEN, dont on fête cette année le 250e anniversaire (si, si, c’est vrai !) avec une transcription d’une mélodie écossaise pour flûte et piano.

Beethoven mélodie écossaiseCliquez sur l’image

La pièce Macbeth de SHAKESPEARE se passe en Écosse. Elle a inspiré VERDI pour son opéra du même nom. On y voit apparaître le fantôme du roi assassiné (on est en Écosse !)

Verdi Macbeth fin acte IICliquez sur l’image

Suivant deux des axes précités, DONIZETTI a composé son opéra Lucia di Lammermoor (1835), d’après Walter Scott, une œuvre pleinement romantique avec fantôme (on est en Écosse) et scène de folie dont l’argument est une sorte de Roméo et Juliette à la sauce écossaise.

Donizetti Lucia di Lammermoor Chi mi frena (sextuor)Cliquez sur l’image

MENDELSSOHN a titré sa troisième symphonie, dont l’idée lui était venue lors d’un voyage en Grande-Bretagne, « Écossaise ».

Mendelssohn symphonie écossaiseCliquez sur l’image

Il a aussi écrit, suivant l’axe ossianique, la merveilleuse ouverture La Grotte de Fingal.

Mendelssohn La Grotte de FingalCliquez sur ce paysage d’Écosse

Parmi les œuvres inspirées de l’univers de Walter Scott, on peut citer La Dame blanche (1825) de BOÏELDIEU. (Il y a aussi un fantôme [on est en Écosse.])

Boïeldieu la dame blanche Ah quel plaisir d'être soldatCliquez sur le soldat

BIZET aussi a écrit son opéra scottish, la jolie Fille de Perth (1867).


Bizet La jolie Fille de Perth À la voix d'un amant fidèleCliquez sur l’image

Écrivains, Cinéma, littérature, Oulipo, Poésie

Raymond QUENEAU – Partie 2

Poursuivons notre lecture de la vie et de l’œuvre de Raymond QUENEAU, le dernier encyclopédiste (?), lecture abordée sous un angle musical.

En 1951 paraît le roman hégélien le Dimanche de la vie. Un projet d’adaptation en opéra, écrit en collaboration avec Boris VIAN, ne verra finalement pas le jour. C’est dans ce roman que le héros, Valentin Bru, raconte son passage à Bayreuth : « Une ville où on joue de la musique ».

Wagner Lohengrin (Bayreuth)

Cliquez sur l’image

En 1955, son ami le cinéaste René CLÉMENT fait appel à Queneau pour écrire les chansons de son film Gervaise, inspiré de l’Assommoir de ZOLA, avec une musique de Georges AURIC.

Auric Gervaise

Cliquez sur Gervaise

En 1958, il travaille à Zazie dans le métro, et son fameux Doukipudonktan inaugural, qui paraît début 1959. Dans Zazie, un des personnages s’appelle Turandot, comme l’opéra de PUCCINI et l’oncle hormosessuel de Zazie, qui a un numéro de travesti dans un cabaret de Pigalle, exécute son numéro de danse favori : la mort du cygne. Zazie dans le métro sera adapté dès 1960 au cinéma par Louis MALLE.

Puccini Turandot final

Cliquez sur le final (heureux) de Turandot

En 1960, il crée avec François le Lionnais (et d’autres) l’OuLiPo (l’Ouvroir de Littérature Potentielle), une sous-commission de Collège de Pataphysique.

En 1961 paraît une de ses œuvres oulipiennes majeures, Cent mille milliards de poèmes.

En 1961 encore, il écrit avec Johnny HALLYDAY la chanson « Je te tuerai d’amour ».

Queneau Halliday je te tuerai d'amour

Cliquez sur Johnny (même si ici c’est Zizi JEANMAIRE qui chante)
En 1965 paraît un des ses romans les plus achevés, l’étourdissant les Fleurs bleues, et en 1968, son dernier roman, le Vol d’Icare.

Parallèlement, il publie trois recueils de poésie complémentaires, Courir les rues (1967), Battre la campagne (1968) et Fendre les flots (1969) avant de terminer par son dernier recueil, Morales élémentaires (1975).

En 1967, Georges PEREC entre à l’OuLiPo et deviendra un des amis de Queneau. Ses plus grosses contributions à l’OuLiPo sont la Disparition, un lipogramme en E de 312 pages, et La Vie mode d’emploi.

Outre ses activités littéraires, Queneau a également travaillé pour le cinéma (Monsieur RIPOIS de René Clément, Landru de Claude CHABROL [où il apparaît], le Chant du styrène de Alain RESNAIS [Ô temps suspend ton bol…], Jean-Pierre MOCKY, mais aussi Orson WELLES ou Luis BUNUEL.

Peintre lui-même, il a côtoyé les plus grands de son siècle, de PICASSO à MIRO, en passant par ARP ou DUBUFFET.

Je suis bien conscient au travers de ces deux billets de n’avoir fait qu’effleurer le personnage de Queneau, j’aurais pu parler de ses travaux mathématiques, ou de son écriture pour le théâtre (à la demande d’Albert CAMUS), mais j’espère seulement vous avoir donné l’envie d’en savoir plus sur lui.

Sources : Album Queneau de la Pléiade, éditions Gallimard, 2002.

Queneau œuvres complètes, tome III, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 2006.

Écrivains, Cinéma, littérature, Oulipo, Poésie

RAYMOND QUENEAU (1903 – 1976) Partie 1

Raymond QUENEAU était assurément polymathe. En effet, écrivain, poète, dramaturge, éditeur, parolier, scénariste, traducteur, linguiste, peintre, mathématicien, philosophe, surréaliste, pataphysicien, il a également contribué à acclimater le genre science-fiction en France.

Raymond Queneau est né au Havre en 1903.

« Je naquis au Havre un vingt et un février
en mil neuf cent et trois.
Ma mère était mercière et mon père mercier :
ils trépignaient de joie. »

En 1913, il prend des cours de piano et de solfège, et a l’occasion d’entendre le jeune HONEGGER jouer du violoncelle chez le marchand de musique voisin.

Honegger Concerto pour violoncelleCliquez sur l’image

Après son bac, il « monte » à Paris et s’inscrit à la Sorbonne en philosophie et en mathématiques (et en logique). En 1924, il entre dans le groupe des surréalistes où il se lie d’amitié avec Jacques PRÉVERT et Michel LEIRIS.

En 1929, il quitte ce groupe pour des raisons de famille (André BRETON s’étant séparé de sa femme avait interdit aux membres du groupe de la revoir, mais Queneau, marié à la sœur de la femme de Breton et ne voyant pas pourquoi il ne devait plus voir sa belle-sœur préféra quitter les surréalistes).

En 1932, il publie son premier roman, le Chiendent, qui remporte le prix des Deux-Magots, prix créé à cette occasion. Fin 1935, il se réunit souvent avec ses amis dont le peintre Élie LASCAUX et Max JACOB, avec qui ils chantent des airs d’OFFENBACH !

En 1936, il va régulièrement au concert avec Michel Leiris. L’Art de la fugue de J.S.BACH entendu à la Salle Pleyel lui donne l’idée d’une écriture où la forme serait privilégiée. Il s’agit là des prémices des Exercices de Style (une même histoire, assez mince, racontée de 99 manières différentes) et de l’OuLiPo.

Bach l'art de la fugueCliquez sur l’image

De 1936 à 1938, il tient une rubrique « Connaissez-vous Paris ? » dans « l’Intransigeant », tout en travaillant à son roman en vers Chêne et chien. En feuilletant ce volume, on peut quand même découvrir que:

  • WAGNER logea de Décembre 1861 au 1er février 1862 au 19 quai Voltaire.
  • Les premiers essais importants d’utilisation de la lumière électrique eurent lieu en 1878 place et avenue de l’Opéra.
  • Le théâtre de la Porte-Saint-Martin fut construit en 75 jours en 1781 pour abriter l’Opéra, qui venait de brûler.

En 1942, il fait paraître le roman Pierrot mon ami.

lully au clair de la luneCliquez sur l’image

En 1943 se crée le studio d’Essai de la Radiodiffusion française sous la direction de Pierre SCHAEFFER, studio dont Queneau deviendra vite un pilier. 1943 est aussi l’année où il fait la connaissance du mathématicien François LE LIONNAIS et où paraît son recueil de poèmes Les Ziaux. Il fait également la connaissance de Boris VIAN, dont il sera le premier éditeur avec Vercoquin et le plancton (1946).

Ses activité éditoriales chez Gallimard le mènent à lancer l’Encyclopédie de la Pléiade, et il collabore aux concerts de la Pléiade, où il peut entendre son poème « L’explication des métaphores » mis en musique par René LEIBOWITZ.

Queneau l'explication des métaphoresCliquez sur Raymond Queneau lisant son poème

En 1949, c’est Juliette GRÉCO qui chante un de ses poèmes « Si tu t’imagines (fillette fillette) » sur une musique de KOSMA. Cette même année, il réfléchit à une collection de « romans scientifiques ». Finalement, c’est le terme « Science-fiction » qui s’imposera.

Queneau Si tu t'imaginesRedécouvrez « Si tu t’imagines » en cliquant sur l’image

En 1950, il part à New York où triomphait Roland PETIT, qui a une idée pour lui : « Un mélange de l’opéra de quat’sous, d’Offenbach et de Pierrot mon ami. » Le résultat sera La Croqueuse de diamants, un ballet avec une musique de Jean-Michel DAMASE.

Queneau la croqueuse de diamantsCliquez sur la croqueuse de diamants

Cette même année, il entre au Collège de pataphysique.

En 1954 a lieu la, parution d’un disque des Frères Jacques avec adaptation des Exercices de style. Écoutons l’exercice « Onomatopées« .

Queneau Exercices de styleCliquez sur la plateforme de l’autobus S

Retrouvez ici la suite des palpitantes aventures de Raymond Queneau.

(Source : Album QUENEAU de la Pléiade, éditions Gallimard, 2002)

Compositeurs, Contes et légendes, histoire

François-Adrien BOÏELDIEU (1775 – 1834)

Le petit François-Adrien BOÏELDIEU (en France, n’oubliez pas le tréma sur le I) naît à Rouen le 16 décembre 1775. Il suit ses premières études musicales à la cathédrale de Rouen où il est enfant de chœur.

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Il compose son premier opéra-comique, la Fille coupable en 1793, à l’âge de 17 ans. Cette œuvre est montée au Théâtre des Arts de Rouen. (Le théâtre des Arts à Rouen était une des seules scènes à donner encore des spectacles lyriques pendant la Terreur.) L’année suivante, Boïeldieu publie ses premières romances.

En 1796 il s’installe à Paris et commence à écrire des opéras-comiques pour la Salle Favart.

En 1798, il devient professeur au tout nouveau Conservatoire de musique de Paris (créé en 1795), tout en assurant une abondante production d’opéras, comme le Calife de Bagdad (1800), d’après les Mille et une nuits.

Boïeldieu le Calife de Bagdad OuvertureCliquez sur le portrait de Boïeldieu

En 1803, il devient directeur de l’opéra français à la cour impériale de Saint-Pétersbourg où il reste jusque fin 1810. Ses œuvres de l’époque, comme les Voitures versées, sont donc créées là-bas. Certaines seront adaptées ultérieurement pour les scènes françaises.

Boïeldieu Les Voitures verséesCliquez sur l’image

En 1808, il écrit une musique de scène pour Athalie, de Jean Racine.

En 1815, il devient musicien de la Cour, et en 1818, il succède à MÉHUL à l’académie des Beaux-arts. En 1818, il écrit un Petit Chaperon rouge, d’après le conte de PERRAULT.

En 1825, il compose Pharamond à l’occasion du couronnement de Charles X, mais surtout son œuvre la plus célèbre (encore aujourd’hui), la Dame blanche, sur un livret de l’incontournable SCRIBE, d’après Walter SCOTT. La Dame blanche est ainsi considéré comme un des premiers opéras gothiques.

Boïeldieu la Dame blanche Viens, gentille dameCliquez sur l’image

Les plus tintinophiles d’entre vous se souviendront que c’est un air de la Dame blanche que Tintin, enivré par les vapeurs d’alcool, chante dans l’album « le Crabe aux pinces d’or ».

Tintin et Boïeldieu

Vers la fin de sa vie, Boïeldieu a de sérieux ennuis de santé, doublés par la perte de ses revenus après la faillite de l’Opéra-comique et la chute de la royauté en 1830 (Charles X lui versait une pension). THIERS décide de lui faire verser une pension en remplacement.

Il meurt le 8 octobre 1834.

Outre son abondante production d’opéras comiques et de romances, Boïeldieu est aussi l’auteur de deux concertos pour harpe que l’on joue encore de nos jours.

Boïeldieu Concerto pour harpe en UtCliquez sur l’image

littérature, Nature, Poésie, Shakespeare

LA TEMPÊTE (LES TEMPÊTES)

La tempête a béni mes éveils maritimes
Plus léger qu’un bouchon, j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots.
                                                                Arthur (Arc-en-ciel) RIMBAUD, le Bateau ivre

Alors qu’une tempête vient à nouveau de traverser la France et l’Europe, il m’est venu à l’idée de chercher les plus belles mises en musique de tempêtes à l’opéra.

La Tempête (1610) est une des pièces de SHAKESPEARE qui a été le plus mise en musique. Dès 1695, PURCELL a écrit un semi-opéra sur ce thème. Cette pièce a également inspiré BEETHOVEN pour sa sonate n°17, dite La Tempête, ainsi que le compositeur Thomas ADÈS (The Tempest 2004).

Beethoven sonate la TempêteCliquez sur le pianiste

Fromental HALÉVY, le beau-père de BIZET a lui aussi écrit un opéra sur La Tempête, en 1850.

Outre ces adaptations du grand William, la tempête (maritime) a inspiré bien des compositeurs. Dès 1706, Marin MARAIS met en musique une des premières scènes de tempête à l’opéra, dans son Alcyone, d’après OVIDE.

Marais Alcyone la tempêteCliquez sur l’image

Une vingtaine d’années plus tard, VIVALDI écrit la Tempesta di mare, un concerto pour flûte, dans son opus 10.


Vivaldi la tempesta di mareCliquez sur l’image

Le thème du voyageur perdu dans la tempête et rejeté sur un rivage inconnu est un thème récurrent, que l’on retrouve par exemple chez VIVALDI dans Orlando Furioso (1727), chez RAMEAU dans Les Indes galantes (1735), chez GLUCK dans Iphigénie en Tauride (1779)

Gluck Iphihénie en Tauride ouverture et airCliquez sur cette malheureuse Iphigénie

et jusqu’à ROSSINI avec son Italienne à Alger (1813). (Cf. à ce sujet l’orientalisme à l’opéra.)

Le mouvement intellectuel « Sturm und Drang » (« Tempête et passion« ) est consubstantiel au romantisme allemand. Aussi est-ce sans surprise que l’on retrouve une tempête dans la scène de la Gorge aux loups du Freischütz (1821) de WEBER. WAGNER, impressionné par la découverte de cet opéra alors qu’il avait sept ans, met en musique une tempête au début de son Vaisseau fantôme (1842).

Wagner Vaisseau fantôme ouverture KarajanCliquez sur le bateau en détresse dans la tempête

Et on continue à trouver de belles évocations de tempête dans le Guillaume Tell (1829) de ROSSINI, dans l’ouverture de l’Otello (1884) de VERDI.

Verdi Otello ouvertureCliquez sur l’image

Le XXe siècle continue la représentation de tempêtes avec par exemple Porgy and Bess (1935) de GERSHWIN ou le Peter Grimes (1944) de BRITTEN.

Britten peter Grimes la tempêteCliquez sur Benjamin Britten

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« SAINTE », de MALLARMÉ

Après Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Sainte, qui correspond à une description d’un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

À la fenêtre recélant

Rossini Barbier ecco ridente in cieloCliquez sur l’image

Le santal vieux qui se dédore
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore,

Est la Sainte pâle, étalant

Gounod messe de Sainte-Cécile

Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant

Jadis selon vêpre et complie :

Monteverdi Vêpres MagnificatCliquez sur l’image

À ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange

Messiaen Saint François d'Assise l'ange musicienCliquez sur l’image

Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

Cage 4 min 33 sCliquez sur le pianiste

Citations :

À la fenêtre : Dans le Barbier de Séville de ROSSINI, le comte Almaviva chante une sérénade à la fenêtre de Rosine (ecco ridente in cielo.)

la Sainte : Puisqu’il s’agit de Sainte Cécile, je vous propose un extrait de la messe de Sainte Cécile de GOUNOD.

Magnificat et Vêpre : j’ai choisi ici le Magnificat extrait des Vêpres pour la bienheureuse Vierge Marie, de MONTEVERDI.

viole et l’Ange : dans Saint-François d’Assise, MESSIAEN met en musique un ange musicien qui s’apprête à jouer de la viole.

Musicienne du silence : John CAGE, 4 min 33 s, un vrai morceau de musique qui dure 4 minutes et 33 secondes, entièrement silencieux, sur des paroles de HAVRE et CAUMARTIN.

Découvrez « Hommage », écrit en hommage à Richard WAGNER, que Mallarmé admirait.

Mes opéras préférés

FIDÉLIO, de BEETHOVEN

L’argument de Fidélio, de BEETHOVEN, est issu de Léonore, ou l’amour conjugal, une pièce française tirée d’un fait divers sous la révolution française, représentée en 1798, et qui exalte les notions de liberté et de fraternité, deux thèmes chers à Beethoven.

Mise en chantier en 1803, l’œuvre est achevée et donnée en 1805, sous le titre Léonore. Devant le mauvais accueil du public, Beethoven remanie son opéra, et en donne une deuxième version en 1806. Mais Beethoven se fâche avec le directeur du théâtre et reprend sa partition après la deuxième représentation. Il faudra alors attendre 1814 pour avoir la version définitive, titrée Fidélio.

À l’occasion de ces remaniements, Beethoven a écrit plusieurs ouvertures, qui sont encore jouées au concert (dont celle dite de Léonore III.)

Stylistiquement, Beethoven a suivi la voie ouverte par Mozart en 1791 avec sa Flûte enchantée, un des premiers opéras écrits en langue allemande, et Fidélio préfigure l’opéra romantique allemand, qui n’allait pas tarder à venir avec le Freischütz (1821) de Weber.

Suivant la classification de G.B.SHAW, nous sommes là en présence d’une structure du type (S+T)/B.

Acte I : Marceline, la fille de Rocco, le geôlier, repousse les avances de Jacquino, l’assistant de son père. Marceline est amoureuse de Fidélio, un gardien qui vient d’arriver (Air : « Ach wär ich schon ».)

Beethoven Fidélio O wär ich schonCliquez sur l’image

Rocco arrive avec Fidélio pour faire les comptes de la prison. Il est content de son travail, et verrait bien un mariage entre sa fille et Fidélio. Marceline se laisse aller à son amour pour Fidélio, ce qu’il/elle ne supporte pas (il/elle chante en aparté qu’il/elle est Léonore, la femme de Florestan, un prisonnier politique qu’elle est venue délivrer), Rocco approuve les sentiments de sa fille, alors que Jacquino croie être dans un mauvais rêve (Quatuor : « Mir ist so wunderbar ».)

Beethoven Fidélio Mir ist so wunderbarCliquez sur le quatuor

Fidélio réussit à faire dire à Rocco qu’il y a un prisonnier qui est là sur l’ordre d’un supérieur et demande à le voir, mais Rocco lui dit qu’il doit avoir la permission de Pizzaro, le gouverneur. On annonce la venue d’un ministre qui vient inspecter la prison.

Entrent Pizzaro et sa garde (« marche militaire »). Pizzaro ordonne que l’on fasse tuer Florestan avant la venue du ministre. Fidélio qui a tout entendu chante son indignation (Air : « Komm Hoffnung ».) À la demande de Fidélio, Jacquino permet aux prisonniers de sortir pour la promenade. Ils chantent leur joie de respirer à l’air libre (Chœur : « O welche Lust ».)

Beethoven Fidélio O welche LustCliquez sur le chœur 

Rocco informe Fidélio que Pizzaro lui a donné la permission de l’embaucher comme assistant et de descendre avec lui aux cachots, mais pour creuser une tombe pour Florestan. Pizzaro revient, fâché qu’on ait laissé sortir les prisonniers. Rocco s’excuse et les fait rentrer (« Quintette avec chœur ».) Pizzaro lui dit que quand la tombe sera creusée, il descendra dans le cachot et tuera Florestan.

Acte II : Dans son cachot, Florestan chante sa solitude, expliquant qu’il est au cachot pour avoir dit la vérité, mais que ce qui le soutient, c’est la conscience d’avoir fait son devoir (Air : « Gott, Welch Dunkel hier ».) Il évoque son amour pour Léonore avant de s’endormir.

Beethoven Fidélio Gott welch Dunkel hierCliquez sur Florestan

Rocco et Fidélio arrivent. Tout d’abord, ils croient Florestan mort, avant de se rendre compte qu’il dort. Rocco ordonne à Fidélio de vider une citerne où on jettera le corps de Florestan. Le travail fini, Florestan se réveille. Rocco lui donne à boire, mais quand Florestan apprend qu’il est au cachot sur l’ordre de Pizzaro, il se sent perdu et demande qu’on prévienne sa femme, Léonore (« Trio »).

Rocco appelle Pizzaro, qui arrive et dit à Florestan qu’il va le tuer. Léonore se dévoile alors et menace Pizzaro avec un pistolet. À ce moment, des trompettes annoncent l’arrivée du ministre. Pizzaro s’enfuit. Les deux époux se retrouvant expriment l’amour qui les unit (Duo : « O namenlose Freude ».)

beethoven fidelio o namenlose freudeCliquez sur Florestan et Léonore

Les prisonniers et le peuple lancent au ministre un appel à la liberté. Rocco lui raconte toute l’histoire et le ministre demande à Léonore d’ôter elle-même les chaînes de son époux. Tous rendent gloire à dieu (« Sextuor & chœur : Heil sei dem Tag ».)

Beethoven Fidélio finale Heil sei dem TagCliquez sur l’image

Écrivains, littérature

JEAN ECHENOZ – AU PIANO

Jean ECHENOZ, qui vient de faire paraître Vie de Gérard Fulmard (2020, Éditions de Minuit), est un de nos écrivains en activité les plus subtils. C’est aussi un fin connaisseur de la musique dite classique.

Après le billet consacré à son roman Ravel, en voici donc un autre sur Au piano (2003, Éditions de Minuit), où il nous raconte la vie et l’après-vie d’un pianiste concertiste.

Son héros est donc pianiste (classique). Dès la page 12, au parc Monceau à Paris, il voit les statues d’Ambroise THOMAS, de GOUNOD et de CHOPIN.

Page 16, il joue le 2e concerto de Chopin Salle Pleyel. Et page 18, il décrit de façon très réaliste le concert de toux et raclements de gorge que le public offre aux musiciens dès que le silence se fait entre deux mouvements (on s’y croirait.)

Chopin concerto no 2Cliquez sur la pianiste

Page 20, il est question de l’enregistrement d’une intégrale CHAUSSON.

Chausson Quelques danses pour pianoCliquez sur le pianiste

Page 24, dans un travail d’analyse musicale, le héros « démonte » la partition comme une petite mécanique (allusion à RAVEL qui, passionné d’automates, les collectionnait) pour trouver la panne (les fausses notes qu’il a faites le soir en concert).

Page 35, il répète la sonate1.X.1905 de JANACEK.

Janacek Sonate 1.X.1905Cliquez sur la pianiste

Page 37, il donne un programme FAURÉ au théâtre Graslin à Nantes.

Fauré nocturne no 6Cliquez sur le pianiste

Page 79, il joue les Scènes d’enfants, de SCHUMANN.

Schumann scènes d'enfantsCliquez sur la pianiste

Page 125, au purgatoire, il rencontre Dean MARTIN qui lui chante The night is young and you’re so beautiful.

Dean Martin The night is youngCliquez sur le crooner en technicolor (vu de dos)

Page 179, dans l’avion, il écoute un Impromptu de SCHUBERT, l’allegro en mi bémol majeur de l’opus 90.

Schubert impromptu no 2 op 90Cliquez sur la pianiste

Enfin, page 208, il joue (encore) du Chopin.

Chopin nocture Op 72 no 1Cliquez sur la pianiste

Contes et légendes, Divers, histoire, littérature

L’ORIENTALISME À L’OPÉRA

On le sait (ou pas), il y a eu une vague d’orientalisme en art et en littérature aux XVIIe et XVIIIe siècles. On pense par exemple à la turquerie du Bourgeois gentilhomme (1670) de MOLIÈRE, ou aux Lettres persanes (1721) de MONTESQUIEU. Il faut voir aussi l’accueil prodigieux qui a été réservé à la traduction en français des Mille et une nuits au début du XVIIIe siècle. (Je traite dans un billet spécifique les adaptations en musique [occidentale] de ces Mille et une nuits.) En 1747 – 1748, c’est VOLTAIRE qui place Zadig, un de ses contes philosophiques, dans un Orient inventé.

L’opéra, toujours prompt à suivre les modes littéraires, s’est donc emparé de ce thème illustrant un certain choc des cultures.

Je ne reviendrai pas ici sur les opéras qui se passent en Égypte, un billet leur ayant déjà été consacré (cf. l’Égypte et l’opéra.)

Parmi les œuvres qui participent de ce genre orientaliste, une des premières est donc la comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme de LULLY et Molière.

Lully le Bourgeois gentilhomme marche turqueCliquez sur l’image

Dans les Indes galantes (1735) de RAMEAU, la première entrée s’intitule « Le Turc généreux ». C’est l’histoire classique d’Occidentaux échoués sur un rivage exotique après une tempête. Osmine, le turc s’éprend de la belle occidentale mais finit par la laisser partir avec son amoureux.

Rameau Indes galantes Turc généreuxCliquez sur l’image

Cinquante ans plus tard, c’est MOZART avec son Enlèvement au sérail (1782) qui se soumet à la loi du genre. On y trouve Constance, capturée par des pirates et vendue au pacha Selim. Belmonte, son fiancé veut la délivrer du sérail où elle est enfermée, sous la garde d’Osmin. À la fin, Selim, généreux leur accorde pardon et liberté.

Mozart l'enlèvement au sérail ouvertureCliquez sur l’image

Mozart est aussi l’auteur d’une autre « turquerie » célèbre : sa fameuse Marche turque.

Mozart marche turqueCliquez sur la pianiste

Trente ans après, ROSSINI, qui marque la fin d’une époque, est un des derniers à se livrer à l’orientalisme, avec l’Italienne à Alger (1813) et le Turc en Italie (1814).

Dans l’Italienne à Alger, les rôles sont inversés et c’est Isabella qui part à Alger chercher son fiancé, prisonnier du bey d’Alger.

Rossini l'Italienne à Alger ouvertureCliquez sur l’image

Dans le Turc en Italie, nouveau changement de rôle, puisque l’action se passe cette fois en Italie. Fiorilla tombe amoureuse d’un Turc, Selim, et ils projettent de s’enfuir ensemble. Mais c’est sans compter sur Zaïda, une bohémienne autrefois maîtresse du turc. En effet, celle-ci s’arrange avec le mari de Fiorilla pour récupérer son ancien amant et reformer ainsi les couples.