Divers, littérature, Poésie

LE VOYAGE D’HIVER (WINTERREISE), de SCHUBERT Partie 1 – lieder 1 à 8

Le Voyage d’hiver (Winterreise) peut être considéré comme le testament musical de Franz SCHUBERT. Écrit sur des poèmes de MÜLLER, Schubert nous raconte en 24 lieder le cheminement d’un homme qui erre seul dans le froid et la neige après que son aimée l’a quitté, jusqu’à sa rencontre avec un étrange vieillard dans le 24e et dernier lied.

Composée en 1827 en deux cahiers, la partition originale est écrite pour ténor, mais il existe aussi une version pour baryton, et il n’est pas rare non plus que des cantatrices nous fassent le plaisir de les interpréter.

1 – Gute Nacht (Bonne nuit). « Étranger je suis venu, étranger, je repars ». L’homme quitte le village où il a vécu heureux, mais avant de partir, il passe devant la maison de celle qu’il aime pour lui souhaiter bonne nuit.

Schubert Winterreise Gute NAchtCliquez sur l’image

2 – Die Wetterfahne (la Girouette). « Le vent joue avec la girouette sur la maison de ma bien-aimée ». Cette girouette, c’est le cœur de son amie qui change au gré du vent.

Schubert Winterreise Die WetterfahneCliquez sur l’image

3 – Gefrorne Tränen (Larmes gelées). « Des larmes gelées tombent de mes joues ». Ces larmes gelées jaillissent de son cœur, si brûlantes qu’elles pourraient faire fondre la glace, mais elles gèlent très vite.

Schubert Winterreise Gefrorne TränenCliquez sur l’image

4 – Erstarrung (Engourdissement). « En vain je cherche dans la neige la trace de ses pas ». La neige a recouvert la verte montagne, plus une fleur, plus d’herbe verte qui pourrait lui remémorer sa dulcinée.

Schubert Winterreise ErstarrungCliquez sur l’image

5 – Der Lindenbaum (le Tilleul). « Près du puits, devant le porche, s’élève un tilleul ». L’homme avait gravé sur l’écorce du tilleul maints mots d’amour, mais déjà il s’en est éloigné.

Schubert Winterreise Der Lindenbaum (Kaufmann)Cliquez sur l’image

6 – Wasserflut (Inondation). Mainte larme de mes yeux est tombée dans la neige. Le ruisseau des larmes de l’homme s’écoulera à travers villes et campagnes, jusqu’à rejoindre la maison de sa bien-aimée.

Schubert Winterreise WasserflutCliquez sur l’image

7 – Auf dem Flusse.

Schubert Winterreise auf dem FlusseCliquez sur l’image

8 – Rückblick.

Schubert Winterreise RückblickCliquez sur l’image

Clioquez ici pour avoir les lieder 9 à 16, je vous propose un petit cadeau bonus.

Et si vous voulez avoir le texte chanté, avec sa traduction en français, c’est ici.

Cinéma, littérature

Thomas MANN (1865 – 1955)

Thomas MANN est né à Lübeck le 6 juin 1865 dans une famille (riche) de commerçants. Après avoir travaillé dans une compagnie d’assurances, il s’arrête vite pour devenir écrivain, ce qui lui réussira assez puisqu’il obtient le prix Nobel de littérature en 1929.

Thomas MANN étudie dans sa jeunesse GOETHE, SCHILLER, DOSTOÏEVSKI ou TCHEKHOV, tous écrivains qui ont inspiré des opéras.

La découverte de Lohengrin de WAGNER, et de son prélude « bleu-argenté », à Lübeck font de lui un wagnérien convaincu.

Wagner Lohengrin PréludeCliquez sur le prélude « bleu-argenté »

Après avoir découvert Tristan, il étudie également la musique et la pensée de Wagner. En 1933, il effectue une tournée de conférences en Europe sur le thème « Souffrance et Grandeur de Richard Wagner » pour contrer la récupération de sa musique par le parti nazi. Ceci lui vaudra de ne pas pouvoir rentrer en Allemagne à la fin de sa tournée.

La musique tient une place importante dans son œuvre. Ainsi dans le roman Les Buddenbrook, le déclin d’une famille (1901), le fils de la famille se trouve être pianiste, ce qui nous vaut des descriptions de ses improvisations au piano.

En 1912, il écrit La Mort à Venise, roman en partie autobiographique qui inspirera à BRITTEN son dernier opéra, et dont VISCONTI tirera un film culte, avec comme musique le sublime adagietto de la 5e symphonie de MAHLER.

Mahler 5e symphonie Adagietto

En 1924, après un séjour en sanatorium, il écrit un autre de ses chefs-d’œuvre, La montagne Magique (Der Zauberberg). Lors de son séjour dans un sanatorium Hans Castorp, le héros, achète un gramophone et des disques. Son disque préféré sera « Der Lindenbaum » (« le Tilleul ») extrait du Winterreise (Voyage d’hiver) de SCHUBERT.

Schubert Winterreise Der Lindenbaum (Kaufmann)Cliquez sur la partition

La Montagne magique inspirera le japonais MIAZAKI pour son long métrage Le vent se lève produit par le studio Ghibli. Dans cet anime, un des personnages, un allemand antinazi, porte le nom de Castorp. (Cf à ce sujet l’excellent site consacré aux studios Ghibli: Buta-connection).

En 1938, dans son adaptation du mythe de Faust Doktor Faustus, son héros faustien est un compositeur nommé Leverkühn qui développe un système musical basé sur une égalité entre les douze sons. La ressemblance de Leverkühni avec Arnold SCHOENBERG entraînera une brouille entre Mann et Schoenberg.

Schoenberg la nuit transfiguréeCliquez sur l’image

Enfin en 1939, il écrit un livre moins connu (je suis tombé dessus par hasard chez un bouquiniste), Charlotte à Weimar, qui décrit une visite de la Charlotte de Goethe, devenue âgée, à Weimar. Elle y rencontre différents proches de Goethe. Cette visite rappellera alors à Goethe la Charlotte de sa jeunesse, qui aurait inspiré le personnage de Charlotte dans les Souffrances du jeune Werther, œuvre qui sera elle-même adaptée à l’opéra par MASSENET avec Werther.

Massenet Werther Pourquoi me réveiller AlagnaCliquez sur Charlotte et Werther

Thomas Mann meurt à Zurich le 12 août 1955.

Cinéma, Fantaisie, Oulipo, Poésie

« FANTAISIE », de Gérard De NERVAL

Après l’Homme et la Mer de BAUDELAIRE, je vous propose un nouveau poème « traduit en musique ». Aujourd’hui, Fantaisie, de Gérard de NERVAL.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber ;
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Thiriet Prévert les Visiteurs du soir Démons et merveillesCliquez sur l’image



Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize… et je crois voir s’étendre
Un coteau vert que le couchant jaunit,

Louis XIII Ballet de la MerlaisonCliquez sur le ballet écrit par Louis XIII

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs.

Wagner Lohengrin Nun sei bedankt, mein lieber SchwannCliquez sur la rivière qui coule entre les fleurs du parc



Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens…

Debussy Pelléas et Mélisande Mes longs cheveux descendentCliquez sur la dame à sa haute fenêtre

Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue ! — et dont je me souviens !

Citations :

Un air très-vieux : Extrait de la musique du film Les Visiteurs du soir, « Démons et merveilles ».

Louis XIII : le roi Louis XIII aimait la musique et en composait, tel ce Ballet de la Merlaison.

avec une rivière : Cette rivière qui baigne le pied du château, il me plaît d’imaginer que c’est celle où arrive Lohengrin, dans sa barque tirée par un cygne, dans l’opéra de WAGNER.

une dame, à sa haute fenêtre : DEBUSSY Pelléas et Mélisande « Mes longs cheveux descendent ».

Et si vous voulez une variante pour l’air languissant et funèbre, cliquez donc sur le bonus surprise mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise mystère si vous voulez une variante pour l’air languissant et funèbre

Et si vous aimez Gérard de Nerval, retrouvez ici El Desdichado maltraité par mes soins.

Bande dessinée, Cinéma, Compositrices, Elle voulait qu'on l'appelle..., Grandes villes

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE LILLE

… comme ne l’a pas chanté Julien CLERC.

Après Séville, je vous propose un nouveau billet consacré à une grande ville. Aujourd’hui Lille.

L’opéra de Lille a été construit juste avant la Révolution française. Si vous voulez en savoir plus sur son histoire, je vous invite à consulter le site de Nemorino, qui la raconte très bien.

En 1790, Le Chevalier de SAINT-GEORGES part à Lille, et c’est pour cette ville qu’il compose son dernier opéra Guillaume tout cœur.

Le compositeur Pierre BAUMANN (1796 – 1872) fut altiste et professeur de composition au conservatoire de Lille.

Nettement plus connu est son élève le compositeur Édouard LALO (1823 – 1892). Entré au conservatoire de Lille à l’âge de dix ans, il part ensuite à Paris pour parfaire sa formation musicale. Ses œuvres les plus connues restent probablement la Symphonie espagnole, son Concerto pour violoncelle, son opéra le Roi d’Ys et la musique du ballet Namouna.

Lalo Le roi d'Ys Vainement ma bien aiméeCliquez sur l’image

Gustave NADAUD, chansonnier roubaisien (1820 – 1893), membre du Caveau et auteur de Pandore et les deux gendarmes.

Nadaud Pandore et les deux gendarmesCliquez sur les deux gendarmes

Parmi les compositeurs nés dans la métropole lilloise, il y a en a un qui me plaît particulièrement. Albert ROUSSEL (1869 – 1937) est né à Tourcoing. Marin de formation, il décide de quitter la marine pour se consacrer à la musique. Au début influencé par DEBUSSY ou d’INDY, il trouve vite sa voix et sa voie, pour écrire des compositions aux rythmes hardis et aux orchestrations subtiles. Dans le domaine de l’opéra, il a écrit Padmâvatî, influencé par l’Inde et pour le ballet : le Festin de l’araignée.

Roussel Padmâvatî préludeCliquez sur l’image

Le baryton belge Edgard P. JACOBS, plus connu pour son rôle dans l’histoire de la bande dessinée franco-belge, entre à l’opéra de Lille en 1929. Las, la crise de 1929 – 1930 font que les Français restreignent drastiquement les emplois occupés par des étrangers, et il doit retourner en Belgique.

jacobs méphisto

Roubaix a vu naître le poète symboliste Albert SAMAIN (1858 – 1900). Très célèbre à son époque, ses poèmes ont inspiré de nombreuses mises en musique, dont l’opéra Polyphème du breton Jean CRAS

Cras Polyphème Elle dort...Cliquez sur l’image

ou encore FAURÉ ou Nadia BOULANGER.

Boulanger (NAdia) Ilda (Samain)Cliquez sur Nadia

Un autre roubaisien mondialement connu est Georges DELERUE (1925 – 1992). Certes, ce ne sont pas ses quatre opéras qui lui ont valu cette notoriété, ce sont ses musiques de films, pour lesquelles il reçut trois Césars et un Oscar. Il a travaillé avec des cinéastes comme RESNAIS, TRUFFAUT, LAUTNER ou de BROCA.

Delerue La Nuit américaineCliquez sur l’image

Enfin, Lille continue sa tradition de ville musicale puisque le 21 janvier 2022 a vu la création de Like Flesh, un opéra de Sivan ELDAR.

Eldar Like Flesh Teaser Opéra de LilleCliquez sur l’image

Et si vous voulez plus de musique d’un de ses compositeurs, cliquez sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez plus de musique d’un de ces compositeurs

Cinéma, littérature, Woody Allen

GUERRE ET AMOUR, de Woody ALLEN (1975)

Guerre et amour (Love and Death), qui date de 1975, est le premier film de Woody Allen que j’ai vu, et je considère qu’il reste, quarante-cinq ans après, parmi les plus drôles de ses films.

Très librement inspiré de Guerre et Paix de TOLSTOÏ et de DOSTOÏEVSKI, ce film se passe en grande partie pendant l’invasion de la Russie par Napoléon et ses troupes.

Boris (Woody Allen) est amoureux de sa cousine Sonja (Diane KEATON). Quand les troupes de Napoléon envahissent l’Autriche, Boris se trouve enrôlé dans l’armée russe. Il est désespéré quand sa cousine se marie avec un riche marchand de harengs, qu’elle trompera allègrement. On la voit ainsi jouer la sonate le Printemps de BEETHOVEN avec un de ses amants.

Beethoven Sonate le PrintempsCliquez sur l’image

Avant de partir au combat, les soldats ont droit à une permission. Boris va ainsi à l’opéra écouter la Flûte enchantée de MOZART avec son oncle et sa tante (les parents de Sonja). Pendant l’ouverture, il esquisse une scène de flirt avec une belle comtesse qui est dans la salle.

Mozart_magic_fluteCliquez sur l’image

Les hasards de la guerre font de Boris un héros (bien involontaire). Il retrouve la comtesse lors d’un bal, mais ayant offensé le mari de la comtesse, il doit se battre en duel contre lui.

Boccherini quintette op 13 menuetCliquez sur l’image

Devenu veuve, Sonja accepte de se marier avec lui, pensant qu’il serait tué le lendemain lors du duel.

Le hasard faisant décidément bien les choses chez Woody Allen, il s’en sort, et le couple doit désormais partager une vie commune.

Napoléon envahit la Russie, et Sonja échafaude un plan, celui de faire tuer Napoléon par Boris alors qu’elle fera semblant de séduire l’empereur des Français. Suite à cette tentative ratée, Sonja réussit à s’échapper alors que Boris est condamné à mort, ce qui permet à Woody Allen de parodier la fameuse scène avec la Mort du Septième Sceau de BERGMAN.

La plus grande partie de la musique est donc de PROKOFIEV (qui au passage a lui-même adapté le Guerre et Paix de Tolstoï sous forme d’un opéra). Dès le générique, on peut ainsi entendre la Suite du Lieutenant Kijé,

Prokofiev Lieutenant Kijé

suivie dans la première scène par la musique que Prokofiev a écrite pour Alexandre Nevski, le formidable film d’EISENSTEIN. On peut également entendre la marche de l’Amour des trois oranges.

Prokofiev Alexandre NevskiCliquez sur une scène du formidable film de Sergeï Eisenstein

Outre ces citations musicales, c’est dans ce film qu’on trouve le dialogue suivant entre le héros et son père, dialogue qui cite à peu près tous les romans de Dostoïevski.

Tu te rappelles notre jeune voisin, Raskolnikov ?

Oui.

Il a tué deux femmes.

Non, quelle terrible histoire !

C’est Bobick qui me l’a dit. Les frères Karamazov le lui ont dit.

Il a dû être possédé !

Il était immature.

Immature ! C’était un idiot.

Et il a joué la carte de l’offensé.

C’était un joueur.

Allen War and Death the EndCliquez sur l’image finale

Écrivains, Cinéma, littérature, Woody Allen

Féodor DOSTOÏEVSKI (1821 – 1881)

(c) Adrian Mercure 2021

Féodor DOSTOÏEVSKI est un des plus grands écrivains russes du XIXe siècle. Il est né à Moscou il y a deux cents ans, le 11 novembre 1821. Lors de sa jeunesse dans la Russie tsariste, il fréquente les milieux progressistes, ce qui lui vaut une arrestation et une condamnation à mort, à l’âge de 18 ans. Après un simulacre d’exécution, il est déporté au bagne en Sibérie pour une période de quatre ans. Plus tard, il relatera ses souvenirs dans Souvenirs de la maison des morts. À son retour du bagne, il quitte l’armée (il avait un grade de sous-officier, mais avait été rétrogradé au rang de simple soldat) pour se consacrer à la littérature.

On peut distinguer trois périodes dans son œuvre. Les années romantiques, qui se terminent avec son séjour au bagne, les années où son socialisme est prêt à remplacer Dieu, et enfin le retour aux racines russes et à l’orthodoxie.

Dostoïevski meurt à Saint-Pétersbourg le 9 février 1881.

Ses œuvres principales sont Souvenirs de la Maison des morts (1860 – 1862), Crime et Châtiment (1866), le Joueur (1866), l’Idiot (1868 – 1869), et les Frères Karamazov (1880). La plupart de ces romans ont été adaptés à l’opéra.

Ainsi, Souvenirs de la Maison des morts a été porté à l’opéra par JANACEK sous le titre de la Maison des morts (Z Mrtvého Domu) en 1928.

Janacek De la maison des morts (Z mrtveho domu)Cliquez sur l’image

Dans Crime et Châtiment, le héros, Raskolnikov est un étudiant qui vit dans la misère. Il décide de tuer, presque au nom de la morale, une riche veuve qui prête avec usure de l’argent pour les gens comme lui. Mais, alors qu’il se croyait tout puissant, il doit vivre désormais avec le poids de son crime. Avec ses questions métaphysiques, c’est certainement un des romans de Dostoïevski qui a suscité le plus d’œuvres dérivées, que ce soit au cinéma ou en musique.

En 1942, le compositeur allemand Boris BLACHER écrit un oratorio, le grand Inquisiteur d’après ce roman.

Blacher le grand InquisiteurCliquez sur l’image

Il a aussi fait l’objet d’une adaptation sous le titre Raskolnikov par le compositeur suisse SUTERMEISTER en 1948, d’un ballet de Ronaldo CADEU en 2009,

Cadeu Crime et ChâtimentCliquez sur l’image

et d’un opéra rock russe en 1984. On trouve ainsi son influence chez Woody ALLEN dans son film Crimes et Délits (1990).

Polymedia Crime et ChâtimentCliquez sur l’image

Le joueur est un roman en partie autobiographique, puisque Dostoïevski était un joueur invétéré, qui a perdu beaucoup d’argent pour satisfaire sa passion du jeu. PROKOFIEV s’y est pris à deux fois pour l’adaptation du Joueur, avec une première version en 1916, remaniée en 1927.

Prokofiev le JoueurCliquez sur la bande-annonce

Le prince Mychkine, le personnage principal de L’Idiot, est un être fondamentalement bon, sa bonté confinant même à l’idiotie. À travers Mychkine, Dostoïevski nous dépeint un personnage quasiment christique. L’Idiot a fait l’objet d’un opéra écrit en 2013 par le compositeur russe WEINBERG.

Weinberg l'IdiotCliquez sur l’image

(P.S. Comme pour mes récents articles consacrés à un écrivain ou à un compositeur, j’ai fait appel pour le portrait de Dostoïevski à un jeune artiste qui peut réaliser à la demande vos portraits, ceux des gens que vous aimez, ou de vos animaux familiers, à des prix tout à fait raisonnables. Si vous voulez leur faire une surprise, un cadeau, illustrer vos cartes de vœux, c’est ici : Adrian Mercure (adrian- )

littérature, Mes opéras préférés

LES ÉCLAIRS, d’HERSANT (et ECHENOZ), 2021

J’ai assisté ce 2 novembre à la création, mondiale, du drame joyeux les Éclairs, une commande de l’Opéra Comique de Paris au romancier Jean ECHENOZ (prix Médicis en 1983 et prix Goncourt en 1999) et mis en musique par Philippe HERSANT.

Les Éclairs est le fruit d’une commande du directeur du Théâtre de l’Opéra Comique à Jean Echenoz, qui avait quartier libre pour le sujet. Il a alors choisi d’adapter le troisième volume de son cycle des vies imaginaires (après Ravel, 2006 et Courir, 2008), le roman Des Éclairs (2010), une biographie très librement inspirée de la vie de Nikola TESLA. En recevant peu après le livret, déjà tout découpé, le directeur l’a proposé au compositeur Philippe Hersant, qu’il rêvait de voir écrire un opéra pour sa vénérable institution.

Philippe Hersant est né en 1948. Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, il est pensionnaire de la Villa Médicis de 1978 à 1980. Le catalogue de ses œuvres est riche de plus de cent numéros d’opus, dont trois opéras (Le Château des Carpathes en 1992 et le Moine noir en 2002).

Hersant Missa Brevis KyrieCliquez sur le Kyrie de la Missa Brevis de Philippe HERSANT

Pour son livret, Echenoz a gardé la trame générale de son roman, mais il a ajouté un personnage féminin, la journaliste Betty, ce qui lui permet de transformer le style du roman : une narration par l’auteur pratiquement sans dialogues, par une narration par un des personnages de l’œuvre. Un personnage secondaire masculin, Angus Napier, disparaît.

Le travail a ensuite commencé entre le librettiste et le compositeur pour « faire » véritablement un opéra, avec des airs, des duos, des chœurs, bref tout ce qui fait un opéra.

Hersant Echenoz des éclairs duettoCliquez sur Philippe Hersant et Jean Echenoz

Le pitch : L’histoire raconte, de façon très libre et romancée, la vie de Nikola Tesla (appelé ici Gregor), prototype du savant fou et asocial et inventeur du courant alternatif.

Hersant Les Éclairs Bande annonceCliquez sur la bande-annonce

Acte I : l’ingénieur Gregor a quitté l’Europe pour tenter sa chance aux États-Unis. Le paquebot transatlantique sur lequel il fait la traversée connaît une panne de sa dynamo, plongeant les gens de la compagnie maritime dans le désespoir, mais Gregor se propose de réparer cette dynamo. Tout le monde est heureux, y compris Betty, une journaliste qui faisait la traversée sur ce même bateau. L’arrivée à New York se fait sur une très subtile citation de la Symphonie du Nouveau Monde de DVORAK.

Muni d’une recommandation, il va voir l’inventeur Edison et lui propose d’améliorer son générateur. Il réussit, mais Edison, vexé, n’honore pas son contrat. Il renvoie Gregor, en lui promettant qu’il ne trouvera plus de travail.

Gregor travaille maintenant sur un chantier. Betty le retrouve et lui propose de rencontrer Parker (Westinghouse), un riche entrepreneur et rival d’Edison. Gregor lui soumet son idée de produire du courant alternatif, là où Edison se polarisait sur le courant continu.

Acte II : avec l’argent gagné chez Parker, Gregor vit désormais dans le luxe et fréquente la haute société. Il fait la rencontre de Norman Axelrod, un philanthrope, et de sa femme Ethel.

Chez les Axelrod

Jaloux du succès de Gregor, et soucieux de ses intérêts propres, Edison décide monter l’opinion publique contre l’invention de son rival. Il commence par faire une rafle des animaux de compagnie pour les électrocuter, et montrer ainsi les dangers du courant alternatif. Puis il passe à la vitesse supérieure en électrocutant une éléphante du zoo. Puis, il passe à l’homme, en inventant la chaise électrique et en en faisant une démonstration où il convoque la presse. Malgré les basses manœuvres d’Edison, l’opinion publique reste toujours avec Gregor.

Acte III : Quelques années plus tard, on retrouve Gregor au Colorado, où il est parti poursuivre ses travaux au calme. Il a inventé une machine capable de produire l’énergie librement, et ainsi de contribuer au bien de l’humanité. Il est en outre persuadé qu’il existe des civilisations extraterrestres, et pense pouvoir entrer en communication avec eux.

Betty

Il revient à New York pour mettre en œuvre ses travaux, mais ses idées commencent à le faire passer pour excentrique, et le monde commence à se détourner de lui. Seule Ethel, secrètement amoureuse de Gregor, continue à le défendre devant les hommes. Les idées généreuses de Gregor de faire bénéficier les hommes gratuitement d’une énergie libre ne plaisent pas à Parker, qui finit par rompre son contrat.

Acte IV : Le soir de Noël, les Axelrod attendent Gregor. Celui-ci arrive, disant que sans le soutien financier de Parker, ses affaires vont de plus en plus mal.

Gregor, chez lui, est de plus en plus seul. Ethel vient lui déclarer (enfin) son amour et lui proposer de partir avec lui en Europe, mais Gregor, par fidélité à Norman, refuse sa proposition.

Gregor est désormais sans argent. Il ne vit plus que pour les pigeons qu’il nourrit, ses seuls vrais amis. Ethel vient lui dire une dernière fois son amour avant de le quitter définitivement, mais Gregor n’est déjà plus là pour l’entendre. Il est désormais « ailleurs ».

(Sources principales :

Jean Echenoz, Des Éclairs, roman, éditions de minuit 2010.

Le spectacle de création à l’Opéra comique le 2 novembre 2021, et le programme associé

À l’exception de la première photo, les clichés photographiques sont issus du site de l’opéra Comique et sont sous copyright de Stefan Brion)

littérature, Oulipo, Poésie

« L’HOMME ET LA MER », de Charles BAUDELAIRE

Homme libre toujours tu chériras la mer !

Année BAUDELAIRE oblige, je continue mes poèmes mis en musique façon OuLiPo, après La musique de Charles BAUDELAIRE, par un classique de cet écrivain : L’Homme et la Mer.

(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc un autre classique : L’Homme et la Mer.

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Lalo le Roi d'Ys ouvertureCliquez sur l’image

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Debussy La Mer BernsteinCliquez sur l’image

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;

Britten Peter Grimes 4 interludesCliquez sur l’image
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Debussy la Cathédrale engloutie (Grimaud)Cliquez sur la pianiste

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Wagner der Fliegende Holländer ouvertureCliquez sur l’image
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Citations :

ton esprit n’est pas un gouffre : LALO le roi d’Ys ouverture. Cet opéra du Lillois Édouard Lalo reprend la légende de la ville d’Ys, engloutie par les eaux.

Au bruit de cette plainte : La mer de DEBUSSY.

nul n’a sondé le fond de tes abîmes : Peter Grimes de BRITTEN. Dans cet opéra, le héros Peter Grimes, en butte à l’hostiilité des villageois finit par aller se perdre en mer avec son bateau.

nul ne connaît tes richesses intimes : Debussy la Cathédrale engloutie

voilà des siècles innombrables : Le Vaisseau fantôme de WAGNER. Dans cet opéra, le Hollandais est condamné à errer éternellement (ou presque) sur les flots déchaînés.

Pour vous permettre de relire ce poème sans avoir à subir mes divagations musicales, je vous propose de le retrouver dans son jus.

Et si vous voulez un supplément de musique, cliquez donc sur le bonus surprise !

Point d'interrogationCliquez donc sur le bonus surprise si vous voulez un supplément de musique !

littérature, Maria Callas, Poésie

AU MILIEU DE L’HIVER, J’AI DÉCOUVERT EN MOI…

Notre amie blogueuse Solène VOSSE vient de faire paraître son quatrième livre, le second recueil de poésie : Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été

S’il ne me revient pas de « critiquer » ses poèmes (et d’ailleurs peut-on critiquer l’essence de la poésie ?), je peux seulement me dire qu’ils me parlent, qu’ils me touchent. Et puisque Solène nous fait part des musiques qui l’ont accompagnée quand elle écrivait, laissez-moi partager avec vous ces moments de musique.

Ainsi page 35, dans le poème « Héroïnes » Solène fait référence à l’air « Casta Diva » extrait de Norma de BELLINI.

callas casta divaCliquez sur la Callas

Page 36 dans le poème « Et pourtant tu me manques » elle convoque Carmen de BIZET ou Madame Butterfly de PUCCINI.

Puccini Butterfly Un bel di vedremoCliquez sur l’image

Page 45 pour « Étoile » nous avons le plaisir « d’entendre » Simon & Garfunkel dans The Sound of silence.

Simon & Garfunkel The Sound of silenceCliquez sur l’image

Page 49 pour le poème « Adio del passato », du nom d’un air de la Traviata de VERDI, c’est encore la Callas qu’elle nous fait entendre. Ce n’est pas cette version que j’ai choisi de vous faire écouter ici.

Verdi Traviata adio del passato DessayCliquez sur l’image

Page 53 pour « Il y a » nous avons l’occasion d’entendre la méditation de Thaïs, de MASSENET.

Massenet Thaïs MéditationCliquez sur l’image

Page 59 pour « Aujourd’hui sous le ciel gris » nous retrouvons Carmen et sa « Habanera ».

Bizet Carmen habanera

Enfin, page 83 pour « Vents d’ange » c’est non moins que le Stabat Mater de PERGOLÈSE que Solène nous propose d’écouter.

Pergolèse Stabat mater Kirkby BowmanCliquez sur l’image

Bref, vous l’avez compris, ce livre est un incontournable pour tous les amoureux de la poésie et de la musique.

(Source principale : Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été… Solène VOSSE, The BookEdition.com 2021)

Et si vous voulez accompagner la lecture de « En d’autres temps » (page 23), cliquez donc sur le bonus surprise.

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez accompagner la lecture de « En d’autres temps »

Bande dessinée, Cinéma, littérature

LE SPACE OPERA

​Voilà déjà trois ans et demi que je cherche un prétexte pour écrire un billet sur le space opera (en écrirai-je un jour sur le soap-opéra ?)

La sortie de l’adaptation par Denis VILLENEUVE de Dune, le roman culte de Franck HERBERT, me fournit aujourd’hui ce prétexte.

Le space opera est un sous-genre de la science-fiction, où l’on trouve des épopées se passant à des échelles (inter-)galactiques. Parmi les auteurs de romans, on trouve Isaac ASIMOV et son cycle Fondation, lui-même un décalque de l’Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain, de GIBBON, transposé en S.F.

Dans les grands classiques S.F. du space opera on peut donc citer le cycle de Dune de Franck HERBERT, ou encore un de mes préférés, Jack VANCE et son cycle de TSCHAÏ. Citons encore le cycle de la Culture de Iain M. BANKS, que j’ai découvert récemment.

Au cinéma, la nonologie des Star Wars est évidemment une référence absolue pour le space opera. La saga des Star Treck en est une autre.

En B.D., nous avons les aventures des agents spatio-temporels Valérian et Laureline ou l’univers de Lone Sloane, de Philippe DRUILLET. Pour mémoire, j’ai déjà évoqué le space opera (et Druillet) dans le billet consacré à Gustave FLAUBERT.

Druillet, fondateur historique du magazine Métal Hurlant, qui ressort en kiosque aujourd’hui même, a beau coup travaillé sur la Tétralogie, et spécialement sur l’Or du Rhin (Rheingold) de WAGNER. Il a aussi mis en image des spectacles comme les Carmina Burana de Carl ORFF ou le Requiem de VERDI aux chorégies d’Orange.

ORff Carmina Burana DruilletCliquez sur l’image

Verdi requiem DruilletCliquez sur ce montage du Requiem de Verdi à Orange

À propos de Flaubert et Druillet, je pourrais encore vous parler de Salaambô, mais je ne voudrais pas espoiler le billet que je consacrerai (un jour) à ce dessinateur.

Le dessinateur Jean-Claude MÉZIÈRES a travaillé avec Luc BESSON, sur les décors du 5e élément. On trouve dans ce film une diva galactique, Plavalaguna, qui chante « l’air de la folie » de Lucia de Lammermoor, de Gaetano DONIZETTI. Ce même air qui impressionna tant Emma Bovary au Théâtre des Arts de Rouen.

donizetti Lucia air de la folie le 5e élémentCliquez sur la diva galactique Plavalaguna

Et voici une petite dédicace de l’album qui donne son titre au film de Besson :

dédicace Valérian

Pour la musique de son film, Luc Besson a fait appel à la coqueluche d’Hollywood, Alexandre DESPLAT. Ce compositeur multirécompensé (César, Oscar, Bafta, Golden Globes…) pour sa cinquantaine de musiques de film est notamment l’auteur de la musique du film Florence Foster JENKINS.

Mozart la Flûte enchantée massacrée par F; Foster JenkinsCliquez sur l’image

Enfin, en ante bonus, découvrez ici une planche originale de Valérian, extraite de ma collection personnelle :

planche Valérain

Et si vous avez été sages, vous avez gagné le droit de cliquer sur le bonus surprise.

Point d'interrogationCliquez sur le bonus surprise si vous avez été sages