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histoire, Mes opéras préférés, Mythologie

KING ARTHUR, de PURCELL (1691)

Dans l’arbre phylogénétique de l’opéra, les œuvres de PURCELL occupent un rameau à part. En effet, King Arthur est un semi-opéra, un genre qui dérive du masque de cour élisabéthain, qui consistait à donner des représentations chantées et dansées par les nobles de la cour de la reine Élisabeth 1re, environ un siècle avant Purcell. Les héros ne chantent pas eux-mêmes, ce sont plutôt des génies ou des divinités qui chantent, soutenus par un chœur omniprésent.

Pour avoir chanté King Arthur il n’y a guère, et dans de très bonnes conditions artistiques, je peux affirmer que c’est un vrai bonheur pour un choriste que de chanter cette œuvre (voir l’affiche du concert en tête de ce billet).

King Arthur, donc, a été créé en 1691, deux ans après Didon et Enée et ressort de l’épopée arthurienne.

Acte I : L’armée saxonne offre à ses dieux, Wotan et Freïa, un sacrifice avant la bataille. Mais alors que les saxons se livrent à une beuverie, les bretons les provoquent avec un Come if you dare (Viens si tu l’oses en français).

purcell king arthur come if you dareCliquez sur l’image

Acte II : Le roi Arthur et ses troupes poursuivent les saxons. À une croisée de chemins, ils doivent choisir entre les indications de Philidel, qui les mèneraient en lieu sûr, et celles de Grimbold, qui les perdraient dans les marécages. Ils font le bon choix, et la musique s’adoucit (We brethren of air).

Les villageois donnent une fête pour distraire Emmeline, la fiancée d’Arthur (ensemble et chœur : How blest are shepherds).

Acte III : Le génie du froid veut geler les hommes (célébrissime Cold Song: What power art thou), mais Cupidon fait de la résistance et réclame que son empire règne sur tous les cœurs.

purcell king arthur cold song nomiCliquez sur Klaus NOMI

Acte IV : Un duo de sirènes cherche à vamper Arthur, suivi d’un magnifique air célébrant les délices suprêmes de l’amour (How happy the lover). Alors qu’aucun mortel ne peut résister au chant des sirènes, Arthur résiste.

Purcell King Arthur How happy the loversCliquez sur l’image

Acte V : L’enchanteur Merlin invoque Éole. Le dieu du vent calme la mer déchaînée tandis qu’une île surgit des flots, où trône Britannia.

Un chœur exalte la pêche et l’agriculture, sources de richesses dans un pays enfin pacifié (Round thy coasts).

Enfin, Vénus arrive qui personnifie la beauté parfaite de l’Angleterre (Fairest Isle).

Purcell King Arthue Fairest IsleCliquez sur l’image

Divers, Fantaisie, littérature, Shakespeare, Théâtre

LA VIE EST UN SONGE…

… nous apprenait CALDERON en 1635.

« Life is a dream » told us Calderon in 1635.

a midsummer night dream                                                                          source

Sans surprise, songes et rêves ont inspiré les compositeurs, à commencer par la comédie Le Songe d’une nuit d’été (1595) de SHAKESPEARE, adaptée ou mise en musique par PURCELL (The fairy Queen – 1692), WEBER (Oberon – 1826), Ambroise THOMAS (1850) ou BRITTEN (1960).

A l’époque baroque, on trouve de beaux airs de songe, notamment dans Atys (1676) de LULLY, avec sa belle scène du sommeil. Les songes funestes viennent ensuite le prévenir de ne pas mépriser l’amour de Cybèle.

lully atysCliquez sur l’image

Dans Les Boréades (1763) de RAMEAU, l’héroïne Alphise a fait un songe où le dieu Borée détruisait son royaume. Elle évoque ce rêve dans l’air Songe affreux, image cruelle.

Le XIXe siècle n’est pas avare en songes et en rêves, à commencer par le Freischütz (1821) de WEBER, où Agathe au début de l’acte III chante un rêve funeste qu’elle a eu.

weber fresischutz cavatine d'agatheCliquez sur Agathe

Dix ans après, dans Norma de BELLINI, le général romain Pollione raconte son rêve: son amour à Rome avec sa nouvelle maîtresse était brisé par Norma, son ancienne maîtresse.

En 1864, dans La belle Hélène, OFFENBACH fait chanter Hélène et Pâris qui l’a rejointe dans sa chambre, alors qu’Hélène croit rêver.

offenbach belle helene ce n'est qu'un reveCliquez sur l’image

Et en 1867, dans Roméo et Juliette, GOUNOD fait chanter à Mercutio, l’ami de Roméo l’air de la reine Mab (la reine des songes est la reine des mensonges). Peu après, c’est au tour de Juliette de déclarer vouloir profiter de sa liberté avant ses fiançailles (Je veux vivre dans ce rêve).

Gounod Roméo et Juliette je veux vivre dans ce rêveCliquez sur Juliette

Écrivains, littérature, Oulipo

LA DISPARITION (Georges PEREC – 1)

La Disparition (1969) est un roman oulipien écrit par G.org.s P.R.C qui réussit le tour de force d’écrire un roman en français de plus de 300 pages sans utiliser la lettre E, qui est pourtant la lettre la plus courante en français.

Rappelons que l’OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle) est une société regroupant gens de lettres et/ou scientifiques dans le but de produire de la littérature sous contrainte. Dans le cas de la Disparition, la contrainte est donc de ne pas faire apparaître de E, mais une deuxième contrainte oulipienne veut que le texte produit cite la contrainte. Ainsi toute la disparition n’est qu’une longue enquête visant à trouver « quelque chose » qui manque, ce quelque chose pouvant être, par exemple, le cinquième volume dans une série de vingt-six.

Perec qui semblait s’y connaître en musique nous régale donc avec des :

  • Stich-Randall chantait un air d’Aïda.
  • Haig chanta d’abord « Unto us a child is born ».
  • Fricsay l’initia au plain chant, Solti au canon, Von Karajan au tutti, Krips à l’unisson. Sir Adrian Boult assista à l’audition.
  • Douglas Haig, baryton, chantait Don Giovanni (dirigé par Karl Böhm).
  • Il chantait dans Don Juan la partition du commandant.
  • Un ocarina jouant l’Or du Rhin.
  • Haig s’aussitôt livra à sa passion du chant, trouvant dans MOZART, dans BACH, dans SCHUMANN ou dans FRANCK moult satisfactions.

Décryptage :

Theresa Stich-Randall (1927 – 2007) était une soprano américaine extrêmement célèbre à l’époque de La Disparition. Elle s’est illustrée dans les grands rôles mozartiens. Je vous propose de l’écouter chanter Aïda sous la direction de Toscanini (document rare) en 1947.

Verdi Aïda ToscaniniCliquez sur Toscanini

Unto us a child is born (Pour nous un enfant est né) est tiré de l’oratorio Le Messie de Haendel.

Haendel Messie For unto us a child is bornCliquez sur l’image

Ferenc Fricsay, Sir Georg Solti, Herbert von Karajan, Joseph Krips et sir Adrian Boult étaient des chefs d’orchestre.

Don Giovanni (ou Don Juan en français) est un opéra de MOZART d’après l’œuvre de Molière. Par la partition du « commandant » il faut comprendre le « commandeur ». Perec cite également « l’uomo di marbro », ou « l’uomo bianco », (l’homme de marbre, l’homme blanc) qui sont deux noms que Leporello, le valet de Don Juan, donne à la statue du commandeur venue chercher Don Giovanni pour le conduire en enfer. Et puisque j’ai mis Toscanini pour Aïda, soyons fous et mettons Furtwängler pour Don Giovanni.

Mozart Don Giovanni commandeur furtwanglerCliquez sur Don Giovanni et le commandeur

L’Or du Rhin (Rheingold) est le titre du prologue de l’Anneau du Nibelung de WAGNER, et l’ocarina est un instrument à vent très ancien, une sorte de flûte ovoïde. Les amateurs de jeux vidéos se souviennent certainement d’un des meilleurs Zelda: Ocarina of time.

Wagner Rheingold débutCliquez sur l’image

Quant à Schumann, s’il ne cite pas une œuvre en particulier, il me plaît d’imaginer qu’il s’agit de son opéra Genoveva, qu’il aurait pu écrire Gainofaifa (ou Guaino fait Fa) ! Peut-être saurez-vous écrire Genoveva sans E : à vos commentaires !

Et si vous avez aimé cet article, ne manquez pas sur ce blog :

La Vie mode d’emploi (Georges Perec — 2) et Je me souviens (Georges Perec — 3) et Cantatrix sopranica L. (Georges Perec — 4).

Cinéma, Compositeurs, littérature, Shakespeare

Benjamin BRITTEN (1913 – 1976)

Parmi les grands compositeurs du XXe siècle figure l’anglais Benjamin BRITTEN (1913 – 1976), trop largement méconnu en France. Je l’ai déjà écrit, Britten est celui qui a réveillé l’opéra anglais presque trois siècles après PURCELL (1659 – 1695).

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la lsite de lecture

Benjamin Britten est né le 22 novembre 1913 dans le Suffolk. Ill reçoit ses premières leçons de piano à l’âge de 5 ans, avant de faire des études musicales classiques où il a notamment comme professeur Franck BRIDGE.

En 1934, il écrit la Simple Symphony, op.4.

En 1939, devant le climat belliciste qui règne en Europe, il migre aux États-Unis avec son compagnon, le ténor Peter Pears (qui créera beaucoup des œuvres de Britten). Il revient en Angleterre en 1942, où il écrit A Ceremony of Carols (pour chœur).

britten a ceremony of carolsCliquez sur l’image

En 1944, il reçoit une commande pour un opéra : ce sera Peter Grimes, créé en 1945.

Britten Peter GrimesCliquez sur l’image

En 1946, Britten écrit son second opéra, le Viol de Lucrèce (The Rape of Lucretia).

En 1947, il fonde l’English Opera group (EOG), avec l’ambition de « rendre à la musicalité de la langue anglaise la liberté dont elle a été dépourvue depuis Purcell » . En 1949, il écrit un opéra pour les jeunes Let’s make an opera : the little sweep (Faisons un opéra : le petit ramoneur). En 1951, c’est la création de Billy Budd, d’après MELVILLE.

En1954, Britten crée à la Biennale de Venise le chef-d’œuvre qu’est The turn of the screw (Le tour d’écrou) d’après Henry JAMES, et en 1960, il adapte SHAKESPEARE avec A midsummer night’s dream.

En 1961, il écrit pour son ami Rostropovitch la sonate pour violoncelle et piano, et son monumental War Requiem qui nécessite deux orchestres et deux chœurs, et qui juxtapose à la liturgie classique du Requiem un poème pacifiste.

En 1971, Britten entreprend son dernier opéra Death in Venice (Mort à Venise) d’après le roman éponyme de Thomas MANN (1971 est également l’année du film de Visconti, avec sa très belle utilisation de l’adagietto de la 5e symphonie de MAHLER).

Stylistiquement, on peut dire que comme son contemporain Alban BERG (1885 – 1935), il a attaché une grande importance à l’aspect formel de ses opéras, notamment dans l’usage des interludes orchestraux et, comme chez Berg et JANACEK (1854 – 1928), et les aspects psychologiques des personnages sont particulièrement développés.

Britten meurt en 1976.

(Source principale, je me suis servi pour écrire ce billet de « Benjamin Britten, a life in the twentieth century« , by Paul KILDEA [Penguin Book 2013])

Liste des principaux opéras de Britten :

Peter Grimes (1945)

The Rape of Lucretia (le Viol de Lucrèce) (1946)

Billy Budd (1951)

The Turn of the screw (le Tour d’écrou) (1956)

Gloriana (1953)

Death in Venice (La Mort à Venise) (1971)

A midsummer nights’s dream (le Songe d’une nuit d’été) (1960)

Cinéma, Valse, Woody Allen

Woody ALLEN – les années 2000

J’avais laissé notre ami Woody au millénaire précédent, regardons à présent sa filmographie des années 2000.

 escrocs mais pas trop                                                                            source

Dans Escrocs mais pas trop (Small Time Crooks) qui date de 2000 (et donc de la dernière année du millénaire précédent), le rêve des nouveaux riches dépeints par Woody ALLEN est d’assister à une première à l’opéra ! On peut y entendre une valse de STRAUSS pendant une soirée de collecte de fonds pour l’opéra, mais on y voit également le personnage joué par Woody s’endormir pendant un concert RACHMANINOFF. On peut aussi y entendre une des suites pour violoncelle seul de BACH jouée dans une église à Venise, pendant la fugue européenne de la femme de Woody.

le sortilège du scorpion de jade                                                                            source

Le Sortilège du scorpion de Jade (2001) a peu de citations musicales, excepté le Sur un marché persan de KETELBEY.

  Hollywood ending                                                                           source

Dans Hollywood Ending (2002), le thème est celui d’un cinéaste qui devient psychosomatiquement aveugle au moment du tournage de son film (on est proche du thème de l’acteur qui devient flou devant la caméra de Deconstructing Harry). Le cinéaste se compare alors à BEETHOVEN, qui écrivait de la musique alors qu’il était sourd. Et le thème de l’opéra, employé comme image de la réussite sociale, est abordé dans une conversation entre le cinéaste et son fils punk.

   Melinda et Melinda                                                                           source

Dans Melinda et Melinda (2004), le Concerto en ré de STRAVINSKY joue un rôle important. Ce film illustre la querelle (théâtrale) entre les tragiques et comiques, comme avait pu le faire PROKOFIEV dans L’Amour des 3 oranges. Un des personnages du film a composé deux opéras, et est comparé par l’une des deux Melinda à VERDI ou PUCCINI. Enfin, on peut entendre quelques mesures de la 7e symphonie de Beethoven comme illustration sonore d’un film de série Z de la Hammer !

  Match point                                                                          source

On entend beaucoup d’opéras dans Match Point (2005), premier film de la période européenne de Woody ALLEN. Le héros en est un arriviste qui cherche à entrer dans une riche famille anglaise. Pour ce faire, il doit accompagner la fille de la famille à l’opéra écouter La Traviata, puis Rigoletto de Verdi. On entend dès le générique le tube qu’est le Una furtiva lagrima, extrait de l’Élixir d’amour de DONIZETTI. On a aussi droit à des extraits des Pêcheurs de perle de BIZET, de Macbeth, d’Otello ou du Trouvère de Verdi, ainsi que du Guillaume Tell de ROSSINI.

  scoop                                                                           source

Scoop (2006) utilise également la musique classique puisque la BOF comporte la Danse du sabre de KATCHATURIAN, Peer Gynt de GRIEG ou encore Le Lac des cygnes de TCHAÏKOVSKI.

  Le rêve de Cassandre                                                                           source

Quant au Rêve de Cassandre (2007), la musique en est de Philip GLASS, compositeur contemporain, l’un des papes de la musique répétitive et auteur d’opéras, dont un sur la personne de Walt DISNEY.

  Vicky Cristina Barcelona                                                                            source

Dans Vicky Cristina Barcelona (2008), qui se passe en Espagne, la guitare est évidemment présente et une partie de la musique est de l’Espagnol Isaac ALBENIZ, avec Granada et Asturias.

  Whatever works                                                                             source

Et dans Whatever Works, de 2009, on retrouve Beethoven avec la 5e et la 9e symphonie, ainsi que la fameuse Marche nuptiale de MENDELSSOHN.

Mes opéras préférés

THE TURN OF THE SCREW, de BRITTEN (1954)

The Turn of the screw (Le Tour d’écrou en français) est un opéra de chambre écrit en 1954 par Benjamin BRITTEN, d’après une nouvelle de Henry JAMES. Il a été créé à La Fenice de Venise par les musiciens de l’English Opera Group, un ensemble fondé quelques années plus tôt par Britten pour redonner des lettres de noblesse à l’opéra anglais.

Dans ce huis clos à six voix, Britten a parfaitement su traduire l’atmosphère fantastique de la nouvelle de James, qui raconte une histoire de fantôme revenant hanter deux enfants,  et on sent l’angoisse monter au fur et à mesure que le drame se noue. A titre très personnel, quand j’ai découvert cette œuvre à Favart dans les années 1980, j’ai été tellement enthousiasmé que je suis retourné la voir le lendemain !

Prologue: Le prologue est écrit pour ténor solo et piano. Le narrateur évoque l’arrivée d’une nouvelle gouvernante chez le tuteur des enfants Miles et Flora.

Acte I : Dans la propriété de Bly où ils vivent, les enfants accueillent leur nouvelle gouvernante, et lui font visiter la propriété.

Le lendemain, on apprend que Miles est renvoyé de l’école à cause de sa mauvaise influence sur ses camarades. Se pourrait-il qu’il soit méchant?

Quelques temps plus tard, alors que les enfants jouent, la gouvernante croit voir une silhouette en haut de la tour de la maison. Interrogée, l’intendante Mrs Grose lui dit qu’il s’agit de Peter Quint. Elle lui apprend alors un pan inquiétant du passé de cette maison. L’ancien majordome prenait des libertés avec Miles et a séduit Miss Jessel, l’ancienne gouvernante, avant de la faire mourir. Lui-même est mort en glissant sur la glace. La gouvernante comprend alors que sa mission est de protéger les enfants.

Alors que la gouvernante fait réciter leurs leçons aux enfants, Miles se met à chanter une chanson inquiétante (Malo, malo,…). Plus tard, la gouvernante et Flora sont au bord du lac quand Flora déclare: « Ce lac, c’est la mer morte » avant de se remettre à jouer à la poupée (« Go to sleep »).

Britten The Turn of the Screw The LakeCliquez sur la gouvernante et Flora

Le fantôme de Miss Jessel apparaît de l’autre côté du lac.

Britten The Turn of the Screw Acte I scènes 6 à 8Cliquez sur l’image

Dans la nuit, la voix de Quint appelle Miles, qui lui répond. La voix de Miss Jessel se joint à eux et Flora lui répond (quatuor). Les cris de la gouvernante et de l’intendante interrompent cette fantastique scène de possession.

Acte II: Quint et Miss Jessel apparaissent dans une atmosphère fantomatique. Dans leur duo, la tension entre eux croît (Duo : « The ceremony of innocence is drowned »).

Britten The Turn of the Screw Ceremony of innocenceCliquez sur l’image

Dans sa chambre, la gouvernante sent la présence de Miss Jessel en train d’écrire à sa table. Quand Miss Jessel prend la parole, menaçant les enfants, la gouvernante qui avait songé à fuir Bly comprend qu’elle ne peut pas les abandonner. Elle se décide à écrire à leur tuteur pour l’informer de ce qui se passe (Air: « Sir, dear Sir »).

Dans la nuit, la voix de Quint ordonne à Miles de voler la lettre de la gouvernante, ce qu’il fait.

Le lendemain, pendant que Miles joue tranquillement du piano, Flora quitte discrètement la pièce et se rend vers le lac. La gouvernante la suit et sent la présence de Miss Jessel. Elle demande à Flora si elle la sent aussi, mais Flora lui répond qu’elle la déteste. La gouvernante comprend qu’elle a perdu, que Miss Jessel lui a appris à la haïr.

Mrs Grose apprend à la gouvernante que sa lettre a été volée et n’est jamais partie. La gouvernante supplie Miles de lui dire si c’est lui qui a volé la lettre. Quint essaie de l’empêcher d’avouer. La gouvernante demande à Miles qui se tient devant lui. Miles pousse un dernier cri « Peter Quint, toi, démon » et la gouvernante reste seule avec le cadavre de Miles. Elle reprend le chant funèbre « Malo ».

Britten The Turn of the Screw Acte II scène 8Cliquez sur l’image

histoire, Histoire de l'opéra

Histoire de l’opéra : des années 1945 à nos jours

J’avais laissé notre ami l’opéra au sortir de la guerre 39 – 45, avec bon nombre de compositeurs germaniques et/ou juifs exilés en Amérique.

Que lui est-il arrivé depuis ?

Tout d’abord, une excellente nouvelle pour les britanniques avec Benjamin BRITTEN (1913 – 1976), qui va réveiller l’opéra anglais plus de deux siècles après son dernier représentant notoire : Henry PURCELL (1659 – 1695).

Britten Peter Grimes 4 interludesCliquez sur l’image

En France, Francis POULENC (1899 – 1963) s’illustre non seulement dans la musique vocale, mais aussi dans la musique instrumentale. Et à titre très personnel, je me souviens avec beaucoup d’émotion de la création du Saint-François d’Assise de MESSIAEN (1908 – 1992) à Garnier en 1983 (c’était la première fois que j’y mettais les pieds, un rêve !).

Les États-Unis prennent une place importante [il y avait déjà une place pour eux dans la première moitié du XXe siècle avec notamment Scott JOPLIN (1868 – 1917) et GERSHWIN (1898 – 1937)], avec Léonard BERNSTEIN (1918 – 1990), mais aussi avec les papes de la musique répétitive que sont Philip GLASS (né en 1937) ou John ADAMS (né en 1947).

Bien entendu, l’opéra s’adapte à toutes les nouvelles formes musicales, quelle que doive être la coupure avec un public pas toujours formé pour suivre ces changements.

Les véritables adaptations du genre théâtre mis en musique et chanté, qui devrait être la définition de l’opéra, me semble être la comédie musicale. On a vu avec Victor HUGO combien son génie dramatique s’adapte à toutes les formes de théâtre musical.

Un autre avatar de notre ami l’opéra est l’opéra-rock avec notamment Tommy des WHO, 200 motels de Franck ZAPPA ou encore the Wall de Pink Floyd.

En 2022, j’ai pu voir la création de deux opéras, Like Flesh de Sivan ELDAR et des Éclairs de Philippe HERSANT

Bande dessinée, Compositrices, Contes et légendes, histoire, littérature

JEANNE D’ARC ET BARBE BLEUE

What happened between Joan of Arc and Bluebeard ?

Quel curieux rapprochement que celui de Jeanne d’Arc et de Barbe Bleue. Il prend pourtant son sens quand on sait qu’un des modèles historiques de Barbe Bleue était Gilles de Rais, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc pendant la guerre de Cent Ans et nommé maréchal de France, mais aussi violeur et égorgeur de petits enfants.

On peut noter que les deux personnages de Gilles de Rais et de Barbe-Bleue ont fait l’objet d’un album de la série de bande dessinée Jhen, série créée par Jacques Martin (Alix, Lefranc) et dessinée par Pleyers.  barbe-bleue gilles de raisEt puisque je suis dans la bande dessinée, je ne peux résister au plaisir de citer F’murrr et sa Jehanne Darques, mariée avec Gilles de Retz (?) et compagne d’aventures d’Attila.

  f'murrr jehanneMais revenons à l’opéra:

La Barbe bleue (1697) est un des contes de PERRAULT, qui raconte l’histoire de Barbe-Bleue qui confie à sa nouvelle femme toutes les clés de son château, dont une qu’elle n’a pas le droit d’utiliser. Évidemment, dès qu’il a le dos tourné, sa femme brave l’interdit et trouve une pièce avec les cadavres de ses précédentes épouses. Au retour de Barbe-Bleue, celui-ci veut tuer sa femme.

Le premier opéra écrit sur le conte de Perrault est Raoul Barbe-Bleue (1789) de GRÉTRY.

OFFENBACH, qu’aucun sujet ne rebutait, a également écrit son opéra-bouffe Barbe-Bleue en 1866.

Au XXe siècle, où les apports de la psychologie ou de la psychanalyse nourrissent les livrets d’opéras, il y a au moins deux opéras importants écrits sur le mythe de Barbe-Bleue : Ariane et Barbe-Bleue (1906) de Dukas, d’après le symboliste MAETERLINCK (Celui de Pelléas et Mélisande et justement il y a une Mélisande parmi les femmes de Barbe-bleue) et le Château de Barbe-Bleue (1911) de BARTOK.

En 2002, la compositrice Isabelle Aboulker écrit un opéra pour enfants, Douce et Barbe-bleue.

Aboulker douce et Barbe-bleueCliquez sur l’image

Quant à Jeanne d’Arc, avant de rejoindre le roman historique français, elle a été célébrée par SCHILLER (encore un qui défendait les libertés) dans sa Pucelle d’Orléans (1801), pièce qui a inspiré VERDI pour Giovanna d’Arco (1845) et TCHAÏKOVSKY pour La Pucelle d’Orléans (1881).

Tschaïkovski la pucelle d'orléansCliquez sur Jeanne d’Arc

 

Mais avant eux, ROSSINI avait écrit dès 1832 la cantate Giovanna d’Arco.

Rossini Giovanna d'ArcoCliquez sur l’image

Et en 1874, c’est LISZT qui écrit son Jeanne d’Arc au bûcher, quelques décennies avant HONEGGER.

Liszt Jeanne d'Arc au bûcherCliquez sur l’image

Animation 1, littérature, Mythologie, Nature

LE STUDIO GHIBLI

Studio Ghibli was founded by Hayaho MIYAZAKI (Spirited away) and Isao TAKAHATA (Grave of the fireflies).

Le studio GHIBLI est un studio de dessins animés, ou plus précisément d’anime puisqu’il s’agit d’animation japonaise, fondé en 1985 par Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro) et Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles).

On ne le sait pas toujours, mais Miyazaki, qui mêle animisme japonais et écologie dans ses longs métrages, est également attiré par l’Europe, et ceux de ses films qui ne se passent pas au Japon se passent souvent dans une espèce de Mitteleuropa.

Le compositeur attitré de Miyazaki est Joe Hisaishi, mais des éléments de musique classique se trouvent également dans les bandes originales.

Ainsi dans Nausicaä de la Vallée du vent (1984), cette citation de la Sarabande d’Haendel.

Hisaichi Nausicaä HaendelCliquez sur Nausicaä

ponyo walkyrie

Dans Ponyo sur la falaise (2008), la petite fille poisson s’appelle Brünnehilde, comme la Walkyrie de WAGNER, avant d’être nommée Ponyo par un petit garçon qui la recueille. Son histoire est proche de celle d’Ondine, d’E.TA. Hoffmann, ou de la petite Sirène d’Andersen et donc de la Rusalka de Dvorak.

Dvorak Rusalka METCliquez sur Rusalka

Vers la fin du film, Ponyo/Brunehilde chevauche une vague géante, sur la musique de la Chevauchée des Walkyries.  Le vent se lève

Dans Le vent se lève (2013) apparaît le personnage de Castorp, directement inspiré du Castorp de La Montagne magique (1924) de Thomas Mann. Or ce roman est écrit en contrepoint de la Mort à Venise (1912) du même Mann, roman qui a été transposé à l’opéra par B.Britten (1972). Il a également été adapté au cinéma par Visconti, avec la géniale utilisation de la musique de Mahler (adagietto de la 5e symphonie).

Mahler Symphonie n° 5 adagiettoCliquez sur l’image

Quant à Takahata, son goût pour la musique occidentale transparaît non seulement dans ses musiques de films, mais également dans le sujet même de certains de ses films. Ainsi de Gauche le violoncelliste (1981), où un jeune violoncelliste s’entraîne la nuit, au milieu d’animaux qui l’aident. Le concert qu’il prépare avec son orchestre de jeunes est la Symphonie pastorale de Beethoven. yamada                                                                             source

Dans Mes Voisins les Yamada (1999), une série de saynètes de la vie familiale au Japon, des extraits musicaux ponctuent le film, et on peut y entendre notamment la marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, la symphonie des jouets attribuée à Léopold Mozart ou encore les symphonies 1 et 5 de Mahler.

Et enfin, pour tout savoir sur l’univers du studio Ghibli, une seule adresse, l’excellent site Buta Connection.

Si ce billet vous a plu, celui sur Walt DISNEY pourrait vous plaire également.

Compositeurs

BEETHOVEN (1770 – 1827) – Partie 1 – LA JEUNESSE ET LA MATURITÉ

Toujours aimer la liberté

Dernier des classiques (il a côtoyé Mozart et Haydn à Vienne), premier des romantiques (il est contemporain de WEBER et SCHUBERT), Ludwig van BEETHOVEN occupe une place de choix dans le panthéon de compositeurs.

Suivant l’avis de Franz LISZT, on distingue trois époques dans les compositions de Beethoven : l’enfance (ou la jeunesse), l’homme (ou la maturité), le dieu (le génie).

image d'oreille pour liste de lectureCliquez sur l’oreille pour accéder directement à la liste de lecture

Le petit Ludwig naît à Bonn le 15 ou 16 décembre 1770. Enfant prodige, son père le fait jouer très jeune en société, espérant ainsi le transformer en nouveau Mozart.

Après ses années de formation à Bonn puis à Vienne, il s’installe dans cette ville en 1792, où il fréquente les salons de grands aristocrates mélomanes et mécènes. D’abord reconnu comme pianiste virtuose, il commence à l’être comme compositeur vers la fin du XVIIIe siècle avec ses premiers concertos, sonates, quatuors et symphonies.

Sa vie privée a été malheureuse. Comme son contemporain viennois Schubert (1797 – 1828), il ne trouvera jamais l’âme sœur et en souffrira, mais en plus sa surdité, dont il commence à se plaindre en 1802, l’isolera du reste du monde.

Toujours à la recherche de la liberté (voir la citation en exergue), il écrit une symphonie (la troisième) qu’il compte dédier au général Bonaparte, mais quand il apprend que celui-ci va se faire couronner empereur, il en déchire la dédicace, et appelle sa symphonie l’Héroïque.

Beethoven HéroïqueCliquez sur l’image

En 1803, il se tourne vers l’opéra, le genre incontournable pour un musicien à cette époque, avec Léonore, d’après une pièce écrite pendant la révolution française. Terminé en 1805, l’œuvre est mal accueillie par le public, et il la remanie en 1806, puis en 1814 sous le titre Fidélio (ces reprises expliquent pourquoi il existe 3 versions de l’ouverture de Léonore).

Beethoven Fidélio Chœur des prisonniersCliquez sur les prisonniers

Pendant ce temps, sa production de chefs-d’œuvre continue avec toujours des sonates, des concertos, des symphonies,

Beethoven 5e symphonie débutCliquez sur l’orchestre

de la musique de chambre…

Beethoven Trio les EspritsCliquez sur le trio

En 1816, on fait de lui le chantre de la musique allemande face à la déferlante Rossini qui se répand sur l’Europe, mais c’est cause perdue, et c’est Rossini qui triomphe.

Pendant toutes ces années, sa surdité s’est aggravée, si bien que vers les années 1820, il était devenu (presque) totalement sourd. Ce sont précisément dans ces années qu’il a porté la musique le plus loin, comme si la musique n’était plus qu’une construction de l’esprit, dégagée des contingences physiques qui construisent et transmettent le son.

Retrouvez prochainement ce dernier Beethoven, celui que LISZT appelait le dieu.