Divers

Je me souviens…

Je me souviens est le titre d’un livre de Georges PEREC paru en 1978. J’y reviendrai.

Sur ce thème des remémorations, je vais ici vous parler de quelques souvenirs mémorables liés à l’opéra.

Je me souviens de ma première Walkyrie à Rouen. C’était dans les années 70 et ça devait être mon premier opéra vu sur scène.

Je me souviens de Saint-François d’Assise de MESSIAEN. Mon premier spectacle au palais Garnier quand je suis arrivé à Paris pour y travailler. Un rêve. José van Dam chantant J’ai peur sur la route, Christiane Eda-Pierre dans le rôle de l’ange, Siegmund Nimsgern dans le rôle du lépreux, et le prêche aux oiseaux sous la baguette de Seiji OZAWA.

Je me souviens d’Atys de Lully à la salle Favart, sous la direction de William Christie, qui a contribué à la redécouverte de tout un monde baroque.

Je me souviens du choc éprouvé avec The Turn of the screw de BRITTEN. D’enthousiasme, je suis retourné le voir le lendemain.

Je me souviens de Tristan und Isolde à Bayreuth. Le silence absolu (et dans le noir) d’où émergea de façon si ténue le début du prélude du 1er acte. Et à l’entracte, j’avais pu me glisser en coulisse pour assister au changement de décor.

Je me souviens de la mort de Boris Godounov chantée par Nicolaï Ghiaurov à Garnier, si expressif dans son jeu et son chant qu’il était presque choquant de le voir se relever et saluer après une mort si réussie.

Je me souviens de Rusalka de DVORAK, un spectacle frôlant la perfection (musique, chant, décors, mise en scène, éclairages…)

Je me souviens de Joseph de MÉHUL que j’ai eu le privilège de chanter en juillet 1989 sur les Champs-Élysées. Il y avait dans cette production une petite jeune qui débutait, une certaine Nathalie DESSAY. Elle chantait au milieu du chœur, juste à côté de moi.

Je me souviens avoir inauguré, dans les chœurs, le Théâtre Impérial de Compiègne, avec Gustave III de AUBER et Laurence DALE dans le rôle de Gustave. (Je me souviens également avoir découvert ce que peuvent être les relations entre un chef d’orchestre et son orchestre, mais ça, je ne peux pas en écrire le détail. En tout cas, ça m’a servi ultérieurement dans les fonctions managériales qu’il m’est arrivé d’exercer.)

Divers

Les histoires d’amour finissent mal… (2)

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Cet adage des Rita Mitsouko s’applique bien aux opéras, qui bien souvent se terminent par la mort de l’héroïne (ou du héros).

Je vais donc vous proposer ici de trouver quelques airs fameux illustrant la mort du héros [pour la mort des héroïnes, voir « Les histoires d’amour finissent mal… (1) « ].mort de don giovanniEn 1787, dans la fantastique scène finale du Don Giovanni de MOZART, la statue du commandeur vient chercher Don Giovanni pour le conduire en enfer.

En 1833, à la fin de Gustave III ou le Bal masqué d’AUBER, Gustave meurt sous les coups de son ministre Ankastrom, alors même qu’il venait de renoncer à son amour pour Amélie, la femme de celui-ci. (Je suis particulièrement heureux de mettre ce final, car je chantais dans les chœurs pour cet enregistrement réalisé lors de l’inauguration du théâtre impérial de Compiègne).

En 1835, à la fin de Lucia di Lammermoor, Edgar se donne la mort quand on lui apprend que Lucia, son amour, est morte.

En 1846, à la fin de la Damnation de Faust de BERLIOZ, Méphistophélès entraîne Faust en enfer dans une chevauchée fantastique.

En 1859, à la fin de Tristan und Isolde de WAGNER, Tristan meurt (avant qu’Isolde ne le rejoigne dans la mort). ghiaurov                                                               Nicolaï GHIAUROV

En 1872, à la fin de Boris Godounov de MOUSSORGSKI, Boris meurt dans une des scènes les plus fortes de l’histoire de l’opéra.

En 1874, dans le Crépuscule des dieux (Götterdammerung) de WAGNER, après la mort de Siegfried, son corps est transporté sur le Rhin, peu avant l’embrasement final et la fin des dieux.

En 1886, Otello meurt sur le corps de sa femme Desdémone quand il comprend qu’il l’a accusée (et tuée) à tort.

En 1957, dans West Side Story les Jets et les Sharks escortent le corps de Tony dans un dernier convoi funèbre.

En 1972, BRITTEN fait mourir Eschenbach du choléra à la fin de son crépusculaire La mort à Venise écrit d’après Thomas MANN.

Enfin, il arrive qu’à l’opéra l’héroïne ET le héros meurent ensemble. Retrouvez ces scènes dans Les histoires d’amour se terminent mal… (3) .

Animation 1, Compositrices, Divers, Fantaisie

LES ONOMATOPÉES

« Ono m’a topé », aurait déclaré John LENNON après sa rencontre avec Yoko. Pour le plaisir, écoutons Imagine !

Si l’on chante beaucoup à l’opéra (c’est un peu le concept, d’ailleurs), on y crie aussi, et les onomatopées n’y manquent pas.

Parmi les précurseurs figure Clément JANEQUIN (1485 – 1558) qui met en musique Les Cris de Paris, le Chant des oiseaux ou encore la Guerre qui imite en musique les bruits de la bataille.

Plus tard RAMEAU mettra en musique le coassement des grenouilles dans sa comédie Platée.

rameau platée grenouilles

Cliquez sur les grenouilles

Dans l’ébouriffant final (septuor) du 1er acte de l’Italienne à Alger, Rossini fait chanter des onomatopées à chacun des protagonsites (et ça fait Tic tic, Tap tap, Boum Boum, Clac Clac…).

Rossini l'Italienne à Alger Septuor de la fin du 1er acte

Cliquez sur l’ébouriffant final du 1er acte de l’Italienne à Alger.

Dans Don Pasquale, de Donizetti, le chœur soulignant les péripéties de la journée, chante « Ding ding dong dong ».

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À la fin de la Damnation de Faust, après la chevauchée fantastique ponctuée des hop hop de Méphisto, BERLIOZ fait chanter aux esprits de l’enfer un pandémonium sur des onomatopées de son invention (has irimiru karabrao…).

WAGNER n’a pas lésiné non plus sur les onomatopées avec le Hoyotoho Heya Heya dans cette autre chevauchée fantastique qu’est la chevauchée des Walkyries.

Dans le Coq d’or, RIMSKY-KORSAKOV fait chanter son coq en russe, ce qui nous donne Kikeriki koko koko (alors que chacun sait que le coq anglais fait cock-a-doodle-doo).

tex avery cock a doodle do

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Le « Rataplan » du 3e acte de La Force du destin du VERDI est aussi un bon exemple d’onomatopées qui doit être amusant à chanter.

Verdi La forza Acte III Rataplan

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Sur les conseils de Camille (merci Camille), j’intègre ici la « légende de Kleinzach » et ses clic clac, cric crac, flic flac, extraite des Contes d’Hoffmann d’OFFENBACH.

kleinzach

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D’Offenbach également, il faut citer le final de la Vie parisienne, avec son « Et pif et paf et pif et pouf ».

Offenbach la Vie parisienne pif paf pouf

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Et en marge de l’opéra, je ne peux résister au plaisir de vous présenter la stripsody de la grande Cathy Berberian. Cathy Berberian, pour qui la musique des Beatles (voir l’intro de ce billet) était de la musique contemporaine, n’a pas hésité à enregistrer un disque de leur musique.

Stripsody qu’il est facile de rapprocher du titre de Gainsbourg Comic Strip (et ça fait Shebam, plop, wizz…).

onomatopées

Cliquez sur les onomatopées

Et puisque j’étais il n’y a guère à Bastille pour les Huguenots de MEYERBEER, j’ai sursauté en entendant dans l’air de Marcel du 1er acte Piff, Paff, Pouff (sic).

Divers, Maria Callas

Les histoires d’amour finissent mal… (1)

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Cet adage des Rita Mitsouko s’applique bien aux opéras, qui bien souvent se terminent par la mort de l’héroïne (ou du héros, voire des deux).

Je vais donc vous proposer ici de trouver quelques airs fameux illustrant la mort de l’héroïne (pour respecter la parité, j’ai aussi écrit un billet sur la mort des héros). Malena Ernman                                                                 Malena Ernman

Ainsi, dans Didon et Enée, PURCELL donne à Didon un des plus beaux airs d’adieu à la vie qui soient : When I am laid in earth.

 Anna Netrebko                                                                  Anna Netrebko

Dans Anna Bolena, DONIZETTI fait sombrer dans la folie avant son exécution son héroïne injustement accusée d’adultère et condamnée à mort : Coppia iniqua.

Toujours de Donizetti, dans Marie Stuart, écrit d’après le drame de SCHILLER, Marie adresse une prière avant de mourir sur l’échafaud.

 Maria Callas Otello                                                                   Maria Callas

Et dans son Otello, VERDI fait chanter un sublime Ave Maria à Desdémone, avant que celle-ci ne meure, étranglée par son mari jaloux.

À la fin de Rigoletto, Gilda se sacrifie pour son amant le duc et meurt sous les coups qui auraient dû tuer celui-ci.

 Nathalie Dessay Traviata                                                                  Nathalie Dessay

La mort de Violetta dans La Traviata est une autre occasion pour Verdi d’offrir un de ses airs sublimes dont il avait le secret (prendi quest’é l’immagine).

  Waltraud Meier                                                                  Waltraud Meier

Le « rival » de Verdi, WAGNER n’est pas en reste avec la mort d’Isolde dans son opéra Tristan et Isolde (Liebestod).

À la fin de son Faust, GOUNOD fait chanter à Marguerite condamnée une prière pour aller au paradis : Anges purs, anges radieux.

À la fin de Manon, MASSENET fait mourir Manon dans les bras de Des Grieux, en reprenant un de leurs duos d’amour : N’est-ce plus ma main que cette main presse ?

Dans Pelléas et Mélisande, de DEBUSSY, Mélisande meurt en silence.

À la fin de La Bohème de PUCCINI, Mimi malade revient mourir chez son amant.

Dans Lulu de BERG (terminé par F.CEHRA), Lulu meurt sous les coups de Jacques l’éventreur dans un grand cri.

Le final saisissant du Dialogue des Carmélites de POULENC voit les religieuses du couvent (pendant la Révolution française) marcher à l’échafaud  en chantant un Ave Maria qui s’éteint petit à petit jusqu’à la mort de la dernière d’entre elles, Blanche de la Force.

En 1925, dans l’affaire Makropoulos, Elina meurt en avouant sa lassitude d’avoir vécu si longtemps.

Janacek l'Affaire Makropoulos Acte III FinalCliquez sur l’image

Les hommes aussi meurent à l’opéra. Retrouvez quelques morts d’hommes dans Les histoires d’amour finissent mal… (2).

Divers, Fantaisie, littérature, Shakespeare, Théâtre

LA VIE EST UN SONGE…

… nous apprenait CALDERON en 1635.

« Life is a dream » told us Calderon in 1635.

a midsummer night dream                                                                          source

Sans surprise, songes et rêves ont inspiré les compositeurs, à commencer par la comédie Le Songe d’une nuit d’été (1595) de SHAKESPEARE, adaptée ou mise en musique par PURCELL (The fairy Queen – 1692), WEBER (Oberon – 1826), Ambroise THOMAS (1850) ou BRITTEN (1960).

A l’époque baroque, on trouve de beaux airs de songe, notamment dans Atys (1676) de LULLY, avec sa belle scène du sommeil. Les songes funestes viennent ensuite le prévenir de ne pas mépriser l’amour de Cybèle.

lully atysCliquez sur l’image

Dans Les Boréades (1763) de RAMEAU, l’héroïne Alphise a fait un songe où le dieu Borée détruisait son royaume. Elle évoque ce rêve dans l’air Songe affreux, image cruelle.

Le XIXe siècle n’est pas avare en songes et en rêves, à commencer par le Freischütz (1821) de WEBER, où Agathe au début de l’acte III chante un rêve funeste qu’elle a eu.

weber fresischutz cavatine d'agatheCliquez sur Agathe

Dix ans après, dans Norma de BELLINI, le général romain Pollione raconte son rêve: son amour à Rome avec sa nouvelle maîtresse était brisé par Norma, son ancienne maîtresse.

En 1864, dans La belle Hélène, OFFENBACH fait chanter Hélène et Pâris qui l’a rejointe dans sa chambre, alors qu’Hélène croit rêver.

offenbach belle helene ce n'est qu'un reveCliquez sur l’image

Et en 1867, dans Roméo et Juliette, GOUNOD fait chanter à Mercutio, l’ami de Roméo l’air de la reine Mab (la reine des songes est la reine des mensonges). Peu après, c’est au tour de Juliette de déclarer vouloir profiter de sa liberté avant ses fiançailles (Je veux vivre dans ce rêve).

Gounod Roméo et Juliette je veux vivre dans ce rêveCliquez sur Juliette

Divers, Mythologie, Nature

LA MER

L’été, les vacances, la mer…

Dans la musique classique, si on dit La Mer, on pense tout de suite à DEBUSSY et son poème symphonique datant de 1904. Mais la mer a également inspiré bien des compositeurs d’opéras, et ce dès MONTEVERDI, qui dans Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (1640) fait dialoguer Junon et Jupiter pour que Neptune calme son courroux et laisse Ulysse rentrer à Ithaque.

On retrouve l’univers marin chez PURCELL dans Didon et Énée (1689) ainsi que dans King Arthur (1691), où à la fin de ce semi-opéra l’enchanteur Merlin invoque Éole qui fait surgir une île des flots déchaînés, une île où trône Britannia (Rule Britannia) !

Purcell King Arthue Fairest Isle

WAGNER n’est pas en reste pour la représentation de la mer, et ceci dès le Vaisseau fantôme (1842) qui commence par une tempête et finit par un engloutissement, et surtout dans Tristan und Isolde (1859), dont une bonne partie de l’action se passe sur le bateau qui conduit Isolde escortée par Tristan en Cornouailles.

En 1863, BIZET écrit Les Pêcheurs de perle, dont l’action se passe sur l’île de Ceylan (Sri Lanka). C’est pour Bizet l’occasion d’écrire un de ses plus beaux duos.

Bizet les Pêcheurs de perle Au fond du temple saint

Dans le Roi d’Ys (1878 puis 1888) de LALO, la mer engloutit la ville d’Ys.

L’ouverture d’Otello (1886) de VERDI nous montre une mer déchaînée sur laquelle navigue le général Ot(h)ello, de retour à Venise après une victoire contre les Turcs.

On retrouve Debussy et son Pelléas et Mélisande (1902) dont l’action se situe près de la mer (voir la scène inquiétante dans la grotte). Et est-ce en pensant au roi d’Ys qu’il a intitulé un de ses préludes pour piano La Cathédrale engloutie (1910) ?

Debussy La Cathédrale engloutie

À la même époque que Pelléas, PUCCINI fait chanter dans Madame Butterfly (1903) un de ses plus beaux airs à l’héroïne, qui attend le retour de son mari en regardant la mer.

En 1945, BRITTEN ressuscitera l’opéra anglais, plus de deux siècles après Purcell, avec Peter Grimes (1945).

Et puis, même si ce n’est pas de l’opéra, ne boudons pas notre plaisir en écoutant le Poème de l’amour et de la mer, de CHAUSSON.

Chausson poème de l'amour et de la merCliquez sur la mer

Cinéma, Divers, histoire

LES VOIX (LA TESSITURE)

Tessiture? Si t’es sûr… me répondent mes amis quand j’emploie ce mot devant eux. Rassurez-vous, il n’y a rien de grave là-dedans. La tessiture, c’est tout simplement le type de voix avec laquelle on chante.

Aujourd’hui, la catégorisation des voix la plus courante est, dans l’ordre du plus aigu au plus grave, Soprano – Alto – Ténor – Basse (nombre de partitions pour chœurs se réfèrent ainsi au mystérieux club des SATB). Cette répartition se décompose plus finement, ainsi entre sopranos et altos on trouvera les mezzos (d’un mot latin qui veut dire milieu) et entre ténors et basses, on trouvera les barytons (d’un mot grec qui veut dire milieu). Chacune de ces catégories peut elle-même être sous-catégorisée, avec les sopranos colorature, les contraltos, les ténors lyriques, les barytons martins, les basses profondes, etc…

Femme Soprano Castrats Homme
Femme Mezzo
Femme Alto Contre-ténor Homme
Homme Ténor Contralto Femme
Homme Baryton
Homme Basse

Les voix la tessiture (ROH)Cliquez sur la vidéo de présentation des voix du Royal Opera House

L’Encyclopedia Universalis nous propose ainsi le découpage suivant:

  • soprano léger et coloratur, à la virtuosité « volubile »;
  • soprano lyrique ou de demi-caractère;
  • soprano dramatique, puissant, wagnérien;
  • mezzo-soprano, intermédiaire entre soprano et alto;
  • alto et contralto, voix graves aux inflexions émouvantes;
  • haute-contre et ténor léger aux sonorités douces;
  • ténor lyrique ou de demi-caractère;
  • ténor dramatique ou fort ténor;
  • baryton et baryton Martin: voix nuancées, aptes à la mélodie française…;
  • baryton Verdi: généreux, à l’aise dans le répertoire vériste;
  • baryton basse;
  • basse chantante;
  • basse noble, utilisée par MOUSSORGSKI.

Cette distribution des voix n’a pas toujours été la même. Historiquement, l’Église interdisant aux femmes de se produire au théâtre, les rôles de femmes étaient tenus par des hommes, castrats, hautes-contre ou  contre-ténors. Il faudra attendre 1671 pour que cette interdiction soit levée. Dès lors, on a pu voir des femmes sur scène et les entendre chanter à l’opéra, même si l’usage des castrats a perduré encore pendant plus de deux siècles.

Ceci explique pourquoi on trouve des rôles de travestis dans les opéras les plus anciens. Par exemple, dans le Jules César de Haendel, le rôle éponyme est chanté par une femme, car dans la version originale, il était écrit pour un castrat.

Les voix les plus hautes des hommes sont plus hautes que les voix les plus basses des femmes. Ainsi, dans l’extrait ci-dessus de Haendel, le contre-ténor P.Jarrousky chante au-dessus de la contralto N.Stutzmann, ce qui rend ce duo particulièrement émouvant.

Haendel Jules César Son nata lagrimar Jaroussky StutzmannCliquez sur l’image

À propos des castrats, un des plus célèbres a été FARINELLI (1705 – 1782), dont la vie a inspiré le film de G.CORBIAU en 1994. Il a fallu pour reconstituer une voix de castrat enregistrer un contre-ténor et une soprano coloratur, puis mixer les voix avec l’aide des logiciels développés à l’IRCAM.

Haendel Rinaldo Cara Sposa (Farinelli)Cliquez sur Farinelli

L’affaire de hauteur se complexifie si on tient compte de la hausse du diapason à travers les siècles. En effet, aux époques pré-baroques et  baroques, il n’y avait pas d’organisme international pour fixer les poids et mesures, ni a fortiori la hauteur des  notes. Ainsi le diapason qui, pour faire simple, fixe la hauteur du LA sur laquelle tous les instruments de l’orchestre s’accordent, n’était pas le même dans tous les pays, ni même dans toutes les régions. Il aura fallu attendre la fin du XIXe siècle, puis le XXe pour qu’on se mette d’accord sur un LA universel, qui est aujourd’hui fixé à 440 Hz. Mais depuis le baroque, le diapason est ainsi passé d’une valeur moyenne de 415 Hz à 440 Hz, ce qui n’est pas sans poser des problèmes aux chanteurs, puisque ce glissement revient à changer toutes les hauteurs d’environ un ton. Un contre-ut baroque devenant un contre-ré !

Enfin, si cet article vous a plu, je vous conseille d’aller sur l’excellent site Le Voyage lyrique, qui a publié un dossier très complet et très richement illustré. Je vous conseille notamment la vidéo de Kathleen Ferrier, l’enregistrement du dernier castrat (mort en 1922), et enfin les vidéos des octavistes, voix hyper graves que, je l’avoue, je ne connaissais pas.

Divers

SCÈNES DE FOLIE À L’OPÉRA

(Scenes of Madness in opera).

Je ne vais pas parler ici des scènes de folie collective auxquelles on peut assister dans nos salles d’opéra de la part du public quand tel divo ou telle diva a particulièrement bien chanté.

En préparant mon livre, je me suis rendu compte que la folie a particulièrement inspiré les auteurs, et que les scènes de folie sont souvent les plus réussies dans leurs œuvres.

La représentation de la folie à l’opéra commence dès l’œuvre originelle qu’est l’Orfeo (1607) de MONTEVERDI. À la fin de l’œuvre, Orphée est rendu fou par la perte d’Eurydice avant qu’Apollon ne vienne le chercher pour le mener au ciel.

Monteverdi Orfeo finalCliquez sur Apollon et Orphée

Dans Atys (1676) de LULLY, la déesse Cybèle frappe Atys de folie. Dans sa folie meurtrière, croyant voir un monstre affreux, Atys tue Sangaride, qu’il aime et dont Cybèle était jalouse. Quand il reprend ses esprits, le chœur déplore son geste (Atys lui-même fait périr ce qu’il aime).

Dans les opéras inspirés d’Orlando furioso (Roland furieux) de l’ARIOSTE, on trouve également de belles scènes de folie. Dans Orlando furioso (1727) de VIVALDI, Orlando devient fou quand il découvre le mariage d’Angélica et de Médor. Croyant voir Angelica dans une statue de l’enchanteur Merlin, il veut s’en emparer et tue le gardien du temple.

vivaldi orlando furioso folieCliquez sur l’image

En 1747, RAMEAU fait intervenir le personnage de la Folie dans sa comédie Platée. Ce personnage a le pouvoir, grâce à une lyre volée à Apollon, de rendre gai un chant funeste et triste un chant badin. Rameau veut par là affirmer la priorité de la musique sur les paroles pour traduire des sentiments.

rameau folieCliquez sur la folie

Le XIXe siècle nous vaut aussi des cas de folie. Dans Lucia di Lammermoor (1835)  de DONIZETTI, Enrico arrange un mariage entre sa sœur, Lucia, et un riche Lord pour redorer la fortune de la famille, mais Lucia est déjà amoureuse d’un autre. Suite à différentes péripéties, Lucia devenue folle tue son Lord de mari. Son retour sur scène nous vaut son Air de la folie,  un des morceaux les plus connus de la partition. On peut noter que Donizetti lui-même est mort fou.

donizetti Lucia air de la folieCliquez sur Lucia

Dans le Trouvère (1853) de VERDI, opéra à la limite de l’opéra gothique, la gitane Azucena a enlevé le fils de son ennemi pour venger la mort de sa mère sur le bûcher. Mais au moment de jeter l’enfant au feu, elle est prise de folie et tue son propre enfant.

Autre scène de folie impressionnante, celle d’Ophélie au 4e acte de l’Hamlet d’Ambroise THOMAS.

Thomas Hamlet air de la folieCliquez sur Ophélie

À la fin de Boris Godounov (1869) de MOUSSORGSKI, Boris pris de remords pour avoir fait assassiner le tsarévitch et prendre sa place sur le trône est pris de visions et de convulsions dans une scène hallucinée, avant de mourir. On peut noter que Moussorgski, alcoolique,  a été atteint de delirium tremens.

moussorgski Boris Godounov mort GhiaurovCliquez sur Boris

Au XXe siècle, les apports de la psychologie et de la psychanalyse influent les livrets. Ainsi dans Wozzeck (1917-1922) de BERG, le héros est-il frappé de folie, et suivi par le médecin qui étudie son cas.

Et puis, en dehors de l’opéra, il y a une autre folie célèbre, celle de CORELLI, que tout le monde a peu ou prou entendue un jour.

Corelli la foliaCliquez sur le violoniste

Et pour en savoir (beaucoup) plus, rendez-vous sur le site du Voyage lyrique:

https://www.levoyagelyrique.com/la-folie-a-l-opera.

Divers, histoire, littérature, Sciences, Théâtre

DOCTEURS ET MÉDECINS

Si la présence de docteurs et médecins ne manque pas dans l’univers de l’opéra, on verra qu’ils ne sont souvent pas présentés à leur avantage.

Dès l’époque de MOLIÈRE, LULLY a écrit la musique de l’Amour médecin (1665), et quand leur coopération a cessé, c’est Marc Antoine CHARPENTIER (celui du Te Deum de l’Eurovision) qui a écrit la musique du Malade imaginaire (1673).

Charpentier le Malade imaginaireCliquez sur l’image

On peut signaler ici que le personnage de Diafoirus est probablement inspiré par celui de Guy PATIN, célèbre médecin contemporain de Molière. guy patin                                                                           source

Diafoirus a fait une nouvelle apparition dans Qui ? (1931), une opérette du XXe siècle.

ROSSINI fait intervenir dans le Barbier de Séville (1816) le docteur Bartolo, un barbon qui  veut se marier avec sa pupille.

Dans L’Élixir d’amour (1834), DONIZETTI fait intervenir un charlatan, Dulcamara, qui prétend avoir inventé un élixir qui garantit l’amour de la personne aimée.

Charles Gounod a adapté le Médecin malgré lui de Molière.

Cliquez sous l’image

Dans Les Contes d’Hoffmann (1881) d’OFFENBACH, il y a un docteur Miracle qui se propose de guérir Antonia, une cantatrice vouée à la mort si elle chante. Fort amusamment, le Docteur Miracle est aussi une opérette écrite par BIZET en 1856, résultat d’un concours organisé par Offenbach pour trouver de nouveaux compositeurs.

On trouve encore des docteurs dans Iolanta (1892) de TCHAIKOVSKI, où le docteur maure guérit l’héroïne de sa cécité, et dans les deux opéras de BERG : le sergent-major de Wozzeck (1922) et l’inquiétant docteur Schön de Lulu (1935).

Tchaikovski Iolanta air du docteur il y a deux mondesCliquez sur le docteur maure

Dans Tommy (1969) des WHO, un docteur cherche à sortir le héros de son mutisme, sa cécité et sa surdité.

Enfin, signalons le Doctor Atomic (2005), John ADAMS, qui relate la vie du physicien Oppenheimer, le père de la bombe atomique.

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CARMEN : le retour…

Je vous l’avais promis il n’y a guère, je vais vous parler dans ce billet de la postérité de Carmen, l’opéra de BIZET.

TCHAÏKOVSKY (1840 – 1893), qui était francophile, avouait une passion pour la partition de Carmen. Il n’est donc pas très surprenant de retrouver l’air « Carmen, m’aimes-tu encore » dans son Concerto pour violon qui date 1878. Cet air avait d’ailleurs déjà été piqué à MOZART par Bizet.

Tchaïkovski Concerto pour violonCliquez sur l’image

Une autre nouveauté qui a plu est celle des chœurs d’enfants. Celui de Carmen a eu tellement de succès que les directeurs d’opéra se sont mis à en réclamer pour les partitions nouvelles qu’ils montaient.

Ainsi, en 1880, RIMSKY-KORSAKOV place un chœur d’enfants dans son Snegourotchka (La Fille de neige).

Tchaïkovsky en a placé un au début de la Dame de pique (1890), et il pousse la copie de Bizet jusqu’à leur faire jouer les petits soldats qui vont à la parade.

Tchaïkovski la Dame de pique chœur d'enfantsCliquez sur l’image

En 1896, on trouve au début du deuxième acte de La Bohème de PUCCINI  le traditionnel chœur d’enfants, imitant là le chœur de début du 4e acte de Carmen, puisque les enfants y vendent des oranges et des marrons.

Puccini la Bohème chœur d'enfants

Cliquez sur le choeur d’enfants

Enfin, autre postérité de l’œuvre, on trouve de très nombreuses adaptations de Carmen au cinéma, dont la Carmen de ROSI avec Julia MIGENES-JOHNSON dans le rôle-titre, la Carmen Jones de PREMINGER qui se passe dans les milieux noirs du Sud des États-Unis, le ballet « Carmeng » dans Les Chinois à Paris de Jean YANNE ou encore le Prénom Carmen de Jean-Luc GODARD.