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Cinéma, Divers

CARMEN : le retour…

Je vous l’avais promis il n’y a guère, je vais vous parler dans ce billet de la postérité de Carmen, l’opéra de BIZET.

TCHAÏKOVSKY (1840 – 1893), qui était francophile, avouait une passion pour la partition de Carmen. Il n’est donc pas très surprenant de retrouver l’air « Carmen, m’aimes-tu encore » dans son Concerto pour violon qui date 1878. Cet air avait d’ailleurs déjà été piqué à MOZART par Bizet.

Tchaïkovski Concerto pour violonCliquez sur l’image

Une autre nouveauté qui a plu est celle des chœurs d’enfants. Celui de Carmen a eu tellement de succès que les directeurs d’opéra se sont mis à en réclamer pour les partitions nouvelles qu’ils montaient.

Ainsi, en 1880, RIMSKY-KORSAKOV place un chœur d’enfants dans son Snegourotchka (La Fille de neige).

Tchaïkovsky en a placé un au début de la Dame de pique (1890), et il pousse la copie de Bizet jusqu’à leur faire jouer les petits soldats qui vont à la parade.

Tchaïkovski la Dame de pique chœur d'enfantsCliquez sur l’image

En 1896, on trouve au début du deuxième acte de La Bohème de PUCCINI  le traditionnel chœur d’enfants, imitant là le chœur de début du 4e acte de Carmen, puisque les enfants y vendent des oranges et des marrons.

Puccini la Bohème chœur d'enfants

Cliquez sur le choeur d’enfants

Enfin, autre postérité de l’œuvre, on trouve de très nombreuses adaptations de Carmen au cinéma, dont la Carmen de ROSI avec Julia MIGENES-JOHNSON dans le rôle-titre, la Carmen Jones de PREMINGER qui se passe dans les milieux noirs du Sud des États-Unis, le ballet « Carmeng » dans Les Chinois à Paris de Jean YANNE ou encore le Prénom Carmen de Jean-Luc GODARD.

Écrivains, Bande dessinée, Maria Callas

HERGÉ (et l’opéra)

Le dessinateur de bande dessinée Georges RÉMI (1907-1983), qui signait ses œuvres Hergé, était plus intéressé par le dessin et la peinture que par la musique. Pourtant son grand œuvre Les aventures de Tintin et Milou ne manque pas d’allusions à l’univers de l’opéra.

Hergé est né à Etterbeek (Belgique) le 22 mai 1907.

Il commence très jeune à dessiner ans une revue scoute, signant ses dessins Hergé (les initiales de Georges Rémi). En 1928, le directeur du journal le Vingtième Siècle lui confie le supplément jeunesse, qui s’appellera le Petit Vingtième. Et c’est ainsi qu’en janvier 1929 démarrent les aventures de Tintin, reporter au Petit Vingtième, avec Tintin au Pays de soviets, très largement inspiré du livre antibolchévique Moscou sans voile, de Joseph Douillet.

En 1934, il rencontre un jeune Chinois, étudiant aux Beaux-Arts de Bruxelles, Tchang. Cette rencontre le pousse à se documenter sérieusement sur les pays où il envoie son héros, pour l’album Tintin et le Lotus bleu.

En 1940, le Petit Vingtième est obligé de s’arrêter, mais Hergé continue les aventures de Tintin dans le Soir, journal contrôlé par l’occupant allemand. Ceci vaudra quelques soucis à Hergé à la Libération.

En 1946, c’est le lancement du Journal de Tintin, dont Hergé est le directeur artistique. Entre temps, il avait commencé la mise en couleurs de ses albums d’avant-guerre, parus en noir et blanc, s’attachant pour cela les services d’Edgar P. Jacobs.

En 1950, il fonde les studios Hergé, avec comme principaux collaborateurs, outre Jacobs, Bob de Moor, Jacques Martin (Alix) et Roger Leloup (Yoko Tsuno).

Hergé meurt le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert, près de Bruxelles,  à l’âge de 75 ans.

En ce qui concerne la présence de la musique (classique) dans son œuvre, la première allusion date de 1934, avec les Cigares du Pharaon, où un personnage chante « Sur la mer calmée », soit la traduction française de l’air « Un bel di vedremo » de Madame Butterfly de Puccini.

Cliquez sur l’image

En 1937, à la première planche de l’album de Tintin l’Oreille cassée, on voit un gardien de musée passer le balai avant l’ouverture au public en chantant l’air du Toréador de Carmen.

Bizet Carmen air du totéadorCliquez sur le toréador

En 1940, dans Le Crabe aux pinces d’or, Tintin et le capitaine Haddock sont dans une cave, et respirent les vapeurs d’alcool de bouteilles de vin cassées. Enivrés par ces vapeurs, ils se mettent à chanter, et Tintin chante l’air de Jenny de La Dame blanche de BOÏELDIEU, « Prenez garde, la Dame blanche vous regarde ».

Tintin et Boïeldieu

Tout le monde connaît la Castafiore et son grand air des bijoux, même si la plupart des lecteurs de Tintin n’ont jamais entendu le Faust de GOUNOD.

Gounod Faust Air des bijouxCliquez sur l’image

Elle apparaît pour la première fois dans l’album Le sceptre d’Ottokar (1939) et revient dès lors de manière récurrente, par exemple dans Les 7 boules de cristal (1948) avec la fameuse scène du Music-Hall où Milou se met à hurler à la mort en l’entendant chanter. castafiore

Un des modèles pour le personnage de la Castafiore était Maria CALLAS, et le clin d’œil est appuyé dans l’album Coke en stock (1958) où on retrouve la Castafiore sur le yacht d’un millionnaire grec, telle la  Callas sur le yacht d’ONASSIS.

C’est dans l’album les Bijoux de la Castafiore qu’elle prend le plus de place, puisqu’on la voit s’installer au château de Moulinsart, avec son pianiste Igor (comme STRAVINSKY) Wagner (comme Richard). Et c’est en écoutant le pianiste faire ses gammes que Tintin a la révélation sur la disparition des fameux bijoux de la Castafiore. C’est une pie voleuse (una gazza ladra comme dirait ROSSINI) qui a emporté les bijoux, ce qui du coup innocente les bohémiens qui campent sur le terrain du château. et parmi les nombreuses déformations du nom de Haddock que la Castafiore commet, elle arrive même à l’affubler du nom de Bartok.

Rossini la gazza Ladra OuvertureCliquez sur l’image

Dans l’album Le trésor de Rackam le rouge (1944), on peut voir une affiche annonçant le chanteur Tino Rossi dans le rôle de Boris Godounov.

Enfin, dernier coup d’œil d’Hergé au monde de l’opéra, il représente son collègue et ami Edgar P. JACOBS dans l’album l’Affaire Tournesol (1956). En effet, le créateur de BLAKE et Mortimer était chanteur lyrique avant que de se mettre à la BD, et on voit dans cet album une affiche pour le chanteur E.P. JACOBINI. On le voit également en coulisse déguisé en Méphistophélès, un des rôles que chantait Jacobs.

histoire, Histoire de l'opéra

Histoire de l’opéra : les années 1850 – 1880

J’avais laissé notre ami l’opéra au milieu du XIXe siècle, avec la création du GOf, le Grand Opéra à la française, qui était LE genre dans lequel un compositeur devait briller.

Bien entendu, toutes ces évolutions ne se sont pas faites de manière linéaire, et en parallèle des bouleversements profonds se sont fait jour.

Tout d’abord, deux compositeurs nés la même année vont changer les codes : WAGNER (1813 – 1883) et VERDI (1813 – 1901).

Wagner surtout, héritier du romantique WEBER et de quelques autres, va sortir assez vite du schéma traditionnel de l’opéra avec numéros (c’est-à-dire un découpage en airs, ensembles et chœurs et en morceaux orchestraux) que l’on trouve encore dans ses premières œuvres comme Le Vaisseau fantôme, pour passer au concept de mélodie continue. Dans Tristan und Isolde, par exemple, on ne peut plus découper la musique en tranche en isolant les grands airs. L’autre apport majeur de Wagner est la théorisation du leitmotiv, qui existait déjà chez Weber, comme entité indépendante, porteuse en elle-même de sens. Je développerai ultérieurement ce thème du leitmotiv.

Verdi, lui, nous aide à faire le lien avec le deuxième bouleversement survenu à cette époque. En effet, outre l’évolution de son style musical, ses derniers opéras se rapprochent de la mélodie continue wagnérienne, Verdi représente l’émergence d’un nationalisme musical. Engagé politiquement, il sera député, Verdi a été porte-drapeau du mouvement qui visait à libérer l’Italie du joug autrichien. VERDI n’a-t-il pas été l’acronyme de Victor Emmanuel Roi DItalie ? Et le chœur « Va pensiero » extrait de Nabucco (1841) peut être considéré comme le deuxième hymne national italien.

Verdi Nabucco Va pensiero bisCliquez sur le cœur 

L’autre grand mouvement qui apparaît donc au milieu du siècle est ce que l’on appelle l’éveil des écoles nationales. L’Allemagne avait commencé à sortir du duopole italo-français avec des ouvrages écrits en allemand, mais le mouvement de liberté des nations qui se répandait en Europe va se traduire à l’opéra par des œuvres écrites dans des langues indigènes. La Russie d’abord, avec GLINKA (1804 – 1857), le père de la musique russe, et ses opéras Une Vie pour le tsar (1836) et surtout Rouslan et Ludmila (1842). Lui succédera le groupe des cinq (BALAKIREV, MOUSSORGSKI, CUI, BORODINE et RIMSKI-KORSAKOV) dont je parlerai ultérieurement.

Glinka Rouslan et Ludmila ouvertureCliquez sur l’image

En Bohème, SMETANA (1824 – 1884) ouvre la voie à une musique puisant ses origines dans la tradition avec La Fiancée vendue (1864). Il sera suivi par DVORAK (1841 – 1904) et sa dizaine d’opéras. Lui-même sera suivi par JANACEK, mais ça, c’est pour le XXe siècle.

En France, une nouvelle génération arrive avec GOUNOD, SAINT-SAËNS, BIZET et MASSENET, alors que les Anglais n’ont toujours pas d’opéra en anglais. HERVÉ et surtout OFFENBACH créent un nouveau genre, lopérette.

Vers la fin du siècle, les Italiens créeront le vérisme, mais ça, c’est pour le prochain billet « Histoire de l’opéra ».

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L’OPÉRA GOTHIQUE

Cette forme (non répertoriée) d’opéras est issue du roman gothique anglais, un mouvement littéraire issu de la redécouverte de SHAKESPEARE et de l’architecture gothique, et qui a débouché sur le fantastique et le romantisme. Il est caractérisé par des ambiances sombres, fantastico-macabres, où les personnages passent beaucoup de temps dans des cryptes, voire des oubliettes.

On considère que ce mouvement littéraire démarre avec Le Château d’Otrante (1764)  de WALPOLE, pour se terminer peu après Frankenstein (1818) de Mary SHELLEY, en passant par Le Moine (1796) de LEWIS.

L’opéra ayant toujours suivi les mouvements littéraires, il est donc logique d’avoir vu apparaître dans la première moitié du XIXe siècle des opéras d’inspiration gothique.

On peut ainsi citer BOÏELDIEU et sa Dame blanche (1825),

Boïeldieu la Dame blanche Viens, gentille dame

MARSCHNER et son Vampire (1828) et SPOHR et son Alchimiste (1830).

Marschner Le Vampire ouvertureCliquez sur l’image

Lord BYRON faisait partie d’un petit groupe d’écrivains qui travaillaient ensemble  quand Mary Shelley a écrit son Frankenstein. Lui-même est l’auteur (notamment) de Child Harold, qui a inspiré BERLIOZ pour son Harold en Italie. Et la Symphonie fantastique du même Berlioz s’inscrit bien dans cette veine romantico-fantastique, avec  « sa marche au supplice » et son « songe d’une nuit de Sabbat ».

Berlioz Symphonie fantastique 5e mvtCliquez sur l’image

Autre opéra d’inspiration gothique, La Nonne sanglante (1854) de GOUNOD, sur un livret de SCRIBE adapté du Moine de Lewis. On peut noter que Berlioz avait également travaillé sur ce livret en 1841, mais qu’il ne reste que des fragments de cet opéra.

Gounod La Nonne sanglanteCliquez sur l’image

La création à La Monnaie de Bruxelles de l’opéra Frankenstein  a été un des événements de la saison dernière.

Et prochainement, je vous parlerai des opéras fantastiques, du Freischütz de WEBER au Tour d’écrou de BRITTEN…

Quant au roman gothique anglais, il a donné naissance, presqu’un siècloe plus tard à un des romans fantastiques les plus populaires qui soit, Dracula de Bram Stocker (1897).

Enfin, je m’en voudrais de ne pas citer l’excellent site « Le voyage lyrique » que j’ai découvert en préparant ce billet : https://www.levoyagelyrique.com/le-gothique-a-l-opera

Cinéma, Compositeurs, littérature

TCHAÏKOVSKI, le retour

J’avais laissé notre ami Piotr Illitch en 1875, année où la partition de Carmen l’a bouleversé. Voyons la suite…

En 1876, il compose Francesca da Rimini, un poème symphonique d’après l’œuvre de DANTE.

En 1877, TOLSTOÏ, un demi-dieu pour Tchaïkovski, demande à le rencontrer. Nadejda von MECK, une riche veuve passionnée de musique, le prend sous sa protection en lui versant une rente, ce qui lui permet de vivre pour sa musique. Tchaïkovski a l’idée d’un opéra d’après Eugène Onéguine, de POUCHKINE. Mais une femme entre dans sa vie qui, comme la Tatiana d’Eugène Onéguine, lui envoie une lettre brûlante d’amour.

tchaikovsky air de la lettreCliquez sur l’image

Tchaïkovski accepte le mariage, pensant ainsi faire taire les rumeurs qui commençaient à circuler sur son homosexualité. Très vite, le mariage vire au cauchemar, et Tchaïkovski tente de se suicider.

En 1878, il achève sa quatrième symphonie et Eugène Onéguine. La 4e est créée à Moscou, déclenchant l’indifférence générale. Il commence son Concerto de violon et démissionne du conservatoire de Moscou.

tchaikovsky concerto de violonCliquez sur l’image

Il songe à un nouvel opéra d’après Jeanne d’Arc de SCHILLER, la Pucelle d’Orléans. En 1879, Onéguine est créé à Moscou. Sans rencontrer un succès extraordinaire, l’œuvre s’installe quand même au répertoire.

Nadejda négocie avec le chef d’orchestre Édouard COLONNE pour que l’on monte à Paris la 4e symphonie, dont elle est dédicataire. Tchaïkovski part à Paris, puis en Italie, où il écrit le Capriccio italien. Il accepte une commande officielle pour une exposition, ce sera l’ouverture 1812, qui célèbre la victoire des Russes face à Napoléon (si vous écoutez bien, peut-être y reconnaîtrez-vous un thème). Il songe à un nouvel opéra, Mazeppa, et à la demande de Nadejda, écrit son Trio pour piano, violon et violoncelle. En 1884, Mazeppa est achevé et créé simultanément à Moscou et Saint-Pétersbourg. À cette occasion, il est décoré par le tsar.

En 1886, il écrit un opéra, la Charmeuse et à la fin de l’année 1887, il part en tournée en Europe. En Allemagne, il rencontre BRAHMS et GRIEG et en Bohème, DVORAK. De retour en Russie, il écrit la cinquième Symphonie, qui sera créée en 1888. Il compose un nouveau ballet, La Belle au bois dormant qui sera créé en 1890. Il commence un nouvel opéra, la Dame de pique, d’après Pouchkine. La création de la Dame de pique en fin d’année sera enfin un succès. La francophilie de Tchaïkovski s’y retrouve puisqu’il fait chanter à la comtesse se remémorant sa jeunesse un air de GRÉTRY, extrait de Richard Cœur de lion.

Tchaïkovski la Dame de pique air de la comtesseCliquez sur l’image

En 1891, il reçoit une commande de l’opéra de Saint-Pétersbourg : un ballet, Casse-Noisette d’après DUMAS et un opéra, Iolanta.

Tchaikovski Iolanta Netrebko VillazonCliquez sur Iolanta et Godefroid

Cette année-là, sa tournée de chef d’orchestre le mène jusqu’aux États-Unis, où il dirige au Carnegie Hall. À la fin de l’année, les deux œuvres Casse-Noisette et Iolanta sont créées lors de la même soirée.

Début 1893, il écrit sa sixième symphonie, dite Pathétique, et il meurt du choléra le 6 novembre, juste après la création de cette dernière.

tchaikovsky 6e symphonieCliquez sur l’image

Pour les cinéphiles, on peut noter que la symphonie pathétique est le titre français de la « biographie » que le cinéaste Ken RUSSELL a consacré à Tchaïkovski en 1969 (titre original: The music lovers).

Compositeurs, littérature

Piotr Illitch TCHAÏKOVSKI (1840 – 1893) – Partie 1

Piotr Illitch TCHAÏKOVSKI (1840 – 1893) est un compositeur russe, qui a su allier ses racines slaves à sa culture occidentale, voire francophile.

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Piotr Illitch est né le 7 mai 1840 et, d’une manière inhabituelle, il ne montre pas de signe de précocité musicale lors de ses études. En 1859, il termine des études de droit et entre au ministère de la Justice. En 1861, des amis l’emmènent comme interprète lors d’un voyage en Europe. Cette même année, il apprend l’harmonie et la basse continue. En 1863, il démissionne du ministère pour se consacrer à la musique et en 1865, il passe son diplôme du Conservatoire avant d’entrer comme professeur au Conservatoire de Moscou. Très vite, il pense à l’opéra et il demande au dramaturge OSTROVSKI d’adapter une de ses pièces, le Voïvode.

La prise de pouvoir musical à Saint-Pétersbourg par les représentants de l’école nationaliste russe (le groupe des cinq, mené par BALAKIREV) l’éloigne de cette ville. En 1867, à l’occasion de concerts donnés par BERLIOZ à Moscou, il se rapproche de Balakirev. En 1868, il fait un nouveau voyage à Paris, et la découverte du Grand Opéra à la française le marque fortement.

En 1868, on crée le Voïvode au Bolchoï, mais cette œuvre ne rencontre pas le succès. Tchaïkovski écrit un nouvel opéra, Ondine, qui ne connaît pas plus de succès et il brûle les partitions de ces premiers ouvrages lyriques. Sur les conseils de Bala (qui rêve), il écrit une ouverture pour Roméo et Juliette, qui ne rencontre qu’un  accueil poli (cette pièce s’est depuis imposée dans les programmes classiques.

Tchaikovski roméo et julietteCliquez sur l’image

En 1870, il met en route un nouvel opéra, l’Oprichnik, qui sera créé avec succès en 1873. Entre temps, et pour renflouer ses finances, il organise un concert de ses œuvres à Moscou, concert ou TOURGUENIEV viendra en personne. En 1873, il écrit une musique de scène pour Snegourotchka d’Ostrovski (RIMSKI-KORSAKOV écrira un opéra sur la même pièce : Snegourotchka ou La Fille de neige).

En 1875, il écrit son fameux premier concerto de piano, dédié à Hans von Bülow, qui le jouera dans le monde entier.

tchaikovsky concerto de pianoCliquez sur l’image

Il reçoit une commande du Bolchoï : le ballet Le Lac des cygnes. 1875 est l’année de la création en France de Carmen de BIZET, dont il étudie la partition avec une « passion presque maladive ».

tchaikovsky le lac des cygnesCliquez sur l’image

Ne manquez pas la suite des aventures de notre ami Piotr Illitch dans Tchaïkovski, le retour.

histoire, Histoire de l'opéra, littérature

Histoire de l’opéra : les années 1800 – 1850

J’avais laissé notre ami l’opéra à la fin des années 1700.

La transition entre les deux siècles se fait naturellement avec BEETHOVEN (1770 – 1827), qui a excellé dans toutes les formes musicales, sonates, musique de chambre, symphonies, concertos, etc. Parmi toute son œuvre, Beethoven a tenu à écrire un opéra, genre incontournable à son époque, et c’est ainsi qu’il a écrit Fidelio, en s’y prenant à deux reprises, une première version en 1804 et une deuxième en 1814.

Beethoven fidelio mir ist so wunderbarCliquez sur l’image

La première moitié du XVIIIe siècle correspond au romantisme. En Allemagne, ce romantisme s’exprime avec SCHUBERT (1797 – 1828) et surtout WEBER (1786 – 1826) et son Freischütz (1821).

freischutz harnoncourtCliquez sur l’image

À cette époque, l’Allemagne essaie de se libérer de l’influence italienne (La Flûte enchantée et Fidelio sont écrits en allemand). Dans ce même mouvement vers le nationalisme, l’opéra de Vienne commande dans les années 1820 à Schubert et Weber des opéras en allemand (des singspiels), mais c’est malheureusement l’époque où la déferlante ROSSINI (1792 – 1868) se répand sur l’Europe, et les représentations de Vienne, balayées par la Rossini-mania, sont des échecs.

rossini semiramide bel raggioCliquez sur l’image

Après Weber, l’Allemagne continuera dans le romantisme voire l’opéra gothique avec SPOHR (1784 – 1859), et surtout MARSCHNER (1785 – 1861) et son Vampire (1828) d’après Lord Byron et le Templier et la Juive (1829) d’après Walter SCOTT.

Marschner le vampireCliquez sur le vampire (à vos risques et périls)

L’écrivain romantico-historique écossais Walter SCOTT (1771 – 1832) connaîtra un succès prodigieux dans toute l’Europe, et inspirera bon nombre de compositeurs.

En Italie, les musiciens les plus renommés sont Rossini (1792 – 1868), DONIZETTI (1797 – 1848) et BELLINI (1801 – 1835).

Curieusement, Paris devient la capitale européenne de la musique où l’on rencontre les grands virtuoses, tels que LISZT ou PAGANINI, et  où les Italiens CHERUBINI (1760 – 1842), Rossini, Bellini et Donizetti viennent tous se faire adouber au Théâtre-Italien. BERLIOZ (1803 – 1869) représente à lui tout seul la musique romantique française.

Devant cette concentration parisienne de compositeurs, on assiste alors à la création d’un nouveau genre, le Grand Opéra à la française, sous l’impulsion de l’Italien CHERUBINI (1760 – 1842), de l’Allemand MEYERBEER (1791 – 1864) ou du Français AUBER (1782 – 1871). Ce genre est caractérisé par un drame bâti sur une trame historique avec des décors somptueux et un grand ballet.

Et pour terminer, je vous propose une petite sélection des plus beaux duos d’amour écrits pendant cette période.

Retrouvez la suite dans Histoire de l’opéra : les années 1850 – 1880.

Cinéma, littérature, Woody Allen

Woody ALLEN – les années 90

Après avoir parcouru la filmographie des années 80 de Woody ALLEN, intéressons-nous à celle des années 90.

 Alice                                                                            source

Dans Alice (1990), l’histoire d’une femme mariée qui tombe amoureuse d’un musicien, on trouve un dialogue plein d’ambiguïté (à la Woody ALLEN, quoi !) où il est question des vertus comparées du sax ténor et du sax soprano. On peut aussi y entendre un concerto de Bach et un air de Kurt WEILL.

 ombres et brouillard                                                                             source

On retrouve la musique de Weill dans Ombres et brouillard (Shadow and Fog) en 1991, un bel hommage à l’expressionisme allemand d’un MURNAU ou d’un Fritz LANG. On y entend notamment l’Alabama Song, ainsi que des extraits de l’Opéra de quat’sous ou des 7 péchés capitaux (opéras écrits en collaboration avec BRECHT).

  harry dans tous ses états                                                                           source

C’est MOUSSORGSKY qu’il invite sur la BOF de Harry dans tous ses états (Deconstructing Harry) (l’histoire d’un acteur qui n’impressionne plus la pellicule, ou plutôt qui devient flou devant l’objectif de la caméra, (flippant non?) en 1997, où on peut entendre Une nuit sur le mont chauve.

  celebrity                                                                           source

Celebrity (1998) débute sur l’ouverture de la 5e symphonie de BEETHOVEN, et on peut aussi entendre la marche nuptiale de Lohengrin, de WAGNER, et I got rythm, de GERSHWIN. Le film se termine par une reprise de la 5e de Beethoven. Une petite curiosité de ce film est la présence d’un certain Donald TRUMP dans le rôle de D.Trump (qui était à l’époque animateur vedette d’une émission de téléréalité.)

 accords et désaccords                                                                          source

Enfin en 1999 dans Accords et désaccords (Sweet and Lowdown) on retrouve un musicien, un guitariste de jazz dont le grand rival est Django Reinhard. À noter un curieux Rêve d’amour de LISZT interprété à la guitare par Django.

Retrouvez les films des années 2000 dans notre prochain billet, disponible sur ce blog.

 

 

 

 

 

Mes opéras préférés

LA FLÛTE ENCHANTÉE, de MOZART (1791)

La Flûte enchantée (Zauberflöte) est le dernier des opéras écrits par MOZART. Il s’agit d’un Singspiel, c’est-à-dire d’un opéra écrit en allemand, avec des parties parlées et des parties chantées.

(The magic flute is the last opera written by Mozart, in 1791).

Le livret, particulièrement complexe et passablement misogyne, est de SCHIKANEDER, un frère en maçonnerie de Mozart, et comporte de nombreuses références à la maçonnerie (trois dames, trois enfants, trois gardes, trois temples, trois épreuves…)

On retrouvera Schikaneder un peu plus tard dans l’histoire de la musique puisqu’en tant que directeur du théâtre An der Wien, il commande en 1803 un opéra à BEETHOVEN. Heureusement, la faiblesse du livret proposé empêchera Beethoven d’aller jusqu’au bout, et il choisira finalement une pièce française vantant la liberté pour écrire son opéra Fidelio.

Acte I : Le prince Tamino entre en scène en courant, poursuivi par un gigantesque serpent. Il s’évanouit. Trois dames entrent, tuent le serpent et repartent. Tamino se réveille et trouve le serpent mort à ses pieds. L’oiseleur Papageno apparaît. Il se vante d’avoir tué le serpent, mais les trois dames réapparaissent, menaçantes, et lui fixent un cadenas sur la bouche, pour avoir menti. Les trois dames offrent un médaillon avec le portrait de la fille de la reine de la nuit, et Tamino en tombe amoureux. Elles lui apprennent qu’elle a été enlevée par un démon qui la retient dans son château. Trois coups de tonnerre se font entendre, annonciateurs de la reine de la nuit.

Flûte enchantée TaminoCliquez sur l’image

La reine de la nuit entre, désespérée. Elle dit que si Tamino délivre sa fille Pamina, celle-ci sera à lui pour toujours. (1er air de la reine : O zittre nicht, mein lieber Sohn). Papageno réapparaît. Les trois dames lui enlèvent son cadenas et donnent à Tamino une flûte et à Papageno un carillon (un glockenspiel), instruments qui les aideront dans leur quête de Pamina. Trois jeunes garçons leur montreront le chemin vers le palais de Zarastro, le ravisseur de la princesse.

Dans le palais de Zarastro, Pamina doit échapper aux avances de Monostatos, le Maure chargé de la garder. Papageno arrive, et ils se font peur mutuellement, chacun croyant avoir affaire à un démon. Papageno apprend à Pamina qu’il est venu la délivrer avec le prince Tamino, qui est amoureux d’elle.

Dans un bois sacré se trouvent trois temples. Tamino arrive, conduit par les trois garçons. Il veut entrer dans le temple de la Nature, puis dans le temple de la Raison, mais à chaque fois une voix lui commande : Arrière ! Il s’avance alors vers le temple de la Sagesse, dont la porte s’ouvre. Un prêtre lui révèle la véritable nature de Zarastro et que Pamina vit encore. Il joue de sa flûte, et Papageno lui répond. Tamino sort alors que Papageno et Pamina entrent en scène, poursuivis par Monostatos et ses esclaves. Papageno joue de son carillon, et Monostatos et ses esclaves se mettent à danser. Zarastro entre avec sa suite. Pamina implore sa pitié, mais Zarastro lui dit qu’il ne lui veut pas de mal. Tamino entre enfin et trouve Pamina. Ils se reconnaissent et s’embrassent. Des prêtres bandent les yeux de Pamina, Tamino et Papageno pour les conduire au temple des épreuves.

Acte II : Zarastro demande à ses prêtres d’initier Tamino à la sagesse. Il leur apprend que Pamina est destinée à Tamino, et que c’est pour la soustraire à l’influence néfaste de sa mère qu’il l’a enlevée. Zarastro et ses prêtres invoquent Isis et Osiris pour qu’ils accompagnent les deux humains dans leur parcours vers la sagesse. (O Isis und Osiris).

Mozart La Flûte enchantée O Isis und OsirisCliquez sur Zarastro

 

Tamino et Papageno entrent. L’orateur leur demande s’ils sont prêts, Tamino répond que oui, mais Papageno hésite. Le prêtre lui annonce qu’au bout de l’épreuve, il y aura une Papagena pour lui. L’oiseleur accepte donc. La première épreuve sera de garder le silence. Les trois dames entrent et leur prédisent la mort. Papageno, effrayé, commence à répondre mais Tamino lui rappelle qu’il doit se taire.

Monostatos veut voler un baiser à Pamina, endormie. La reine de la nuit apparaît et Pamina se jette dans ses bras. La reine lui apprend alors que son père était un ancien grand prêtre d’Isis et qu’à sa mort il leur avait légué tous ses biens, sauf le cercle solaire d’Isis qu’il avait réservé aux initiés, le laissant à la garde de Zarastro, son successeur. La reine de la nuit tend un poignard à sa fille pour qu’elle tue Zarastro. Si elle ne le fait pas, elle la maudira à jamais (2e grand air de la reine de la nuit : Der Hölle Rache).

Flûte enchantée Reine de la nuitCliquez sur l’image

Tamino et Papageno entrent. Papageno, qui a du mal à garder le silence, se plaint de la soif. Une vieille femme entre porteuse d’eau. Elle prétend que son amoureux s’appelle Papageno, mais part sans dire son nom. Les trois enfants viennent porter au prince et à l’oiseleur la flûte et le carillon. Tamino joue de la flûte et Pamina accourt, enchantée. Mais le prince doit garder le silence. Pamina s’éloigne tristement.

Il reste deux épreuves à Tamino. Quant à Papageno, il a échoué et ne pourra être initié. Il se met à chanter, en s’accompagnant de son carillon. La vieille femme arrive et promet de s’occuper de lui. Papageno résiste, mais quand elle dit qu’elle peut le libérer, il accepte. La vieille femme se transforme alors en une jeune oiseleuse, habillée de plumes comme lui. C’est Papagena.

Les trois jeunes garçons entrent au moment où Pamina, désespérée tente de se suicider avec le poignard. Ils l’en empêchent.

Tamino doit affronter ses dernières épreuves: traverser l’eau et le feu. Pamina revient. Ils peuvent enfin se parler. La princesse apprend au prince que sa flûte a été taillée par son père dans le bois d’un chêne millénaire. Avec cette flûte enchantée, ils peuvent passer l’épreuve de l’eau et le feu.

Papageno menace de se pendre, les trois jeunes garçons l’en empêchent et lui conseillent de jouer de son carillon. Papagena arrive (Duo: Pa pa papageno(na)).

Flûte enchantée Papageno PapagenaCliquez sur l’image

La reine de la nuit et Monostatos entrent dans le temple pour se venger, mais ils se font rejeter à jamais dans la nuit.

Zarastro sur son trône accueille Tamino et Pamina parmi les initiés d’Isis.

 

Mozart Zuberflöte la Flûte enchantée finalCliquez sur la lumière de la Connaissance !

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Victor HUGO (1802 – 1885) ET LA MUSIQUE

                                                              (Victor HUGO and opera)

« Défense de déposer de la musique sur mes vers » aurait déclaré Victor HUGO (1802 – 1885).

Son œuvre dramatique a pourtant inspiré bien des compositeurs, puisqu’une centaine d’opéras ont été composés d’après cette œuvre.

VH donc, chef de file du romantisme français, a créé le scandale en 1830 avec son Hernani. Cette pièce sera adaptée à l’opéra par VERDI, avec Ernani (1844). Ce n’est pas la seule adaptation de VH par Verdi puisqu’à partir de la pièce Le Roi s’amuse (1832), il composera Rigoletto en 1851.

Verdi rigoletto La done e mobile

Autre Italien à adapter VH, on peut citer DONIZETTI qui mettra en musique Lucrèce Borgia (1833), avec Lucrezia Borgia, et ce dès 1833, soit l’année même de la création du drame d’Hugo !

Donizetti Lucrezia Borgia Maffio Orsini son ioCliquez sur l’image

VH a participé à la mise en musique de ses œuvres puisqu’il a écrit lui-même en 1836 le livret de La Esmeralda, un opéra composé par Louise BERTIN (notez bien ce nom, il n’y a pas beaucoup de femmes compositrices dans le monde décrit par ce blog). Il s’agit évidemment d’une adaptation de son roman Notre Dame de Paris (1831).

Bertin La Esmeralda air des cloches

C’est ce même livret qui servira à DARGOMIJSKY, un élève de GLINKA pour son Esméralda (1839).

En 1872, c’est MASSENET qui écrit son premier opéra Don César de Bazan, d’après une pièce de DUMANOIR, elle-même bâtie autour d’un des personnages de Ruy Blas (1838). On peut noter que MENDELSSOHN a écrit une ouverture pour Ruy Blas, et ce dès 1839 pour les représentations en allemand de cette pièce.

Mendelssohn Ouverture Ruy BlasCliquez sur l’orchestre

Un peu plus tard, PONCHIELLI adapte Angelo, tyran de Padoue (1835) pour son opéra La Gioconda (1876). On peut voir une adaptation complètement déjantée de la « Danse des heures » de cet opéra dans le dessin animé Fantasia de Walt DISNEY. Cette même année, le Russe César CUI créait son Angelo, opéra également inspiré par Angelo, tyran de Padoue.

Enfin, si on considère que la comédie musicale est l’adaptation du genre opéra à la fin du XXe siècle (i.e. le fait de raconter une histoire en la faisant chanter et danser par ses interprètes), l’œuvre de VH figure toujours en très bonne place, puisque Les Misérables (1980) et Notre-Dame de Paris (1999) sont deux des plus grands succès du genre. On retrouve également Disney dans son dessin animé le Bossu de Notre-Dame, encore une adaptation de Notre-Dame de Paris (même si, de mémoire, VH n’apparaît pas au générique).

Il faut encore noter que, en dehors du champ opératique, de très nombreux poèmes de VH ont été mis en musique, que ce soit par LISZT, GOUNODFAURÉ ou SAINT-SAËNS… ou BRASSENS !

Fauré les DjinnsCliquez sur le chœur

Notamment avec les Orientales (1829) où Hugo nous décrit la chevauchée de Mazeppa. Pour VH, Mazeppa est le symbole du génie qui, lancé dans une course effrénée, « court, vole, tombe, et se relève roi ».

Ce thème a particulièrement inspiré Franz LISZT, qui s’y est pris à quatre reprises pour traduire le poème en musique, en insistant sur le symbole final. Les trois premières versions correspondent aux trois versions des Douze études, redoutablement difficiles. La quatrième version est le poème symphonique Mazeppa.