Écrivains, Cinéma, littérature, Oulipo, Poésie

Raymond QUENEAU – Partie 2

Poursuivons notre lecture de la vie et de l’œuvre de Raymond QUENEAU, le dernier encyclopédiste (?), lecture abordée sous un angle musical.

En 1951 paraît le roman hégélien le Dimanche de la vie. Un projet d’adaptation en opéra, écrit en collaboration avec Boris VIAN, ne verra finalement pas le jour. C’est dans ce roman que le héros, Valentin Bru, raconte son passage à Bayreuth : « Une ville où on joue de la musique ».

Wagner Lohengrin (Bayreuth)

Cliquez sur l’image

En 1955, son ami le cinéaste René CLÉMENT fait appel à Queneau pour écrire les chansons de son film Gervaise, inspiré de l’Assommoir de ZOLA, avec une musique de Georges AURIC.

Auric Gervaise

Cliquez sur Gervaise

En 1958, il travaille à Zazie dans le métro, et son fameux Doukipudonktan inaugural, qui paraît début 1959. Dans Zazie, un des personnages s’appelle Turandot, comme l’opéra de PUCCINI et l’oncle hormosessuel de Zazie, qui a un numéro de travesti dans un cabaret de Pigalle, exécute son numéro de danse favori : la mort du cygne. Zazie dans le métro sera adapté dès 1960 au cinéma par Louis MALLE.

Puccini Turandot final

Cliquez sur le final (heureux) de Turandot

En 1960, il crée avec François le Lionnais (et d’autres) l’OuLiPo (l’Ouvroir de Littérature Potentielle), une sous-commission de Collège de Pataphysique.

En 1961 paraît une de ses œuvres oulipiennes majeures, Cent mille milliards de poèmes.

En 1961 encore, il écrit avec Johnny HALLYDAY la chanson « Je te tuerai d’amour ».

Queneau Halliday je te tuerai d'amour

Cliquez sur Johnny (même si ici c’est Zizi JEANMAIRE qui chante)
En 1965 paraît un des ses romans les plus achevés, l’étourdissant les Fleurs bleues, et en 1968, son dernier roman, le Vol d’Icare.

Parallèlement, il publie trois recueils de poésie complémentaires, Courir les rues (1967), Battre la campagne (1968) et Fendre les flots (1969) avant de terminer par son dernier recueil, Morales élémentaires (1975).

En 1967, Georges PEREC entre à l’OuLiPo et deviendra un des amis de Queneau. Ses plus grosses contributions à l’OuLiPo sont la Disparition, un lipogramme en E de 312 pages, et La Vie mode d’emploi.

Outre ses activités littéraires, Queneau a également travaillé pour le cinéma (Monsieur RIPOIS de René Clément, Landru de Claude CHABROL [où il apparaît], le Chant du styrène de Alain RESNAIS [Ô temps suspend ton bol…], Jean-Pierre MOCKY, mais aussi Orson WELLES ou Luis BUNUEL.

Peintre lui-même, il a côtoyé les plus grands de son siècle, de PICASSO à MIRO, en passant par ARP ou DUBUFFET.

Je suis bien conscient au travers de ces deux billets de n’avoir fait qu’effleurer le personnage de Queneau, j’aurais pu parler de ses travaux mathématiques, ou de son écriture pour le théâtre (à la demande d’Albert CAMUS), mais j’espère seulement vous avoir donné l’envie d’en savoir plus sur lui.

Sources : Album Queneau de la Pléiade, éditions Gallimard, 2002.

Queneau œuvres complètes, tome III, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 2006.

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RAYMOND QUENEAU (1903 – 1976) Partie 1

Raymond QUENEAU était assurément polymathe. En effet, écrivain, poète, dramaturge, éditeur, parolier, scénariste, traducteur, linguiste, peintre, mathématicien, philosophe, surréaliste, pataphysicien, il a également contribué à acclimater le genre science-fiction en France.

Raymond Queneau est né au Havre en 1903.

« Je naquis au Havre un vingt et un février
en mil neuf cent et trois.
Ma mère était mercière et mon père mercier :
ils trépignaient de joie. »

En 1913, il prend des cours de piano et de solfège, et a l’occasion d’entendre le jeune HONEGGER jouer du violoncelle chez le marchand de musique voisin.

Honegger Concerto pour violoncelleCliquez sur l’image

Après son bac, il « monte » à Paris et s’inscrit à la Sorbonne en philosophie et en mathématiques (et en logique). En 1924, il entre dans le groupe des surréalistes où il se lie d’amitié avec Jacques PRÉVERT et Michel LEIRIS.

En 1929, il quitte ce groupe pour des raisons de famille (André BRETON s’étant séparé de sa femme avait interdit aux membres du groupe de la revoir, mais Queneau, marié à la sœur de la femme de Breton et ne voyant pas pourquoi il ne devait plus voir sa belle-sœur préféra quitter les surréalistes).

En 1932, il publie son premier roman, le Chiendent, qui remporte le prix des Deux-Magots, prix créé à cette occasion. Fin 1935, il se réunit souvent avec ses amis dont le peintre Élie LASCAUX et Max JACOB, avec qui ils chantent des airs d’OFFENBACH !

En 1936, il va régulièrement au concert avec Michel Leiris. L’Art de la fugue de J.S.BACH entendu à la Salle Pleyel lui donne l’idée d’une écriture où la forme serait privilégiée. Il s’agit là des prémices des Exercices de Style (une même histoire, assez mince, racontée de 99 manières différentes) et de l’OuLiPo.

Bach l'art de la fugueCliquez sur l’image

De 1936 à 1938, il tient une rubrique « Connaissez-vous Paris ? » dans « l’Intransigeant », tout en travaillant à son roman en vers Chêne et chien. En feuilletant ce volume, on peut quand même découvrir que:

  • WAGNER logea de Décembre 1861 au 1er février 1862 au 19 quai Voltaire.
  • Les premiers essais importants d’utilisation de la lumière électrique eurent lieu en 1878 place et avenue de l’Opéra.
  • Le théâtre de la Porte-Saint-Martin fut construit en 75 jours en 1781 pour abriter l’Opéra, qui venait de brûler.

En 1942, il fait paraître le roman Pierrot mon ami.

lully au clair de la luneCliquez sur l’image

En 1943 se crée le studio d’Essai de la Radiodiffusion française sous la direction de Pierre SCHAEFFER, studio dont Queneau deviendra vite un pilier. 1943 est aussi l’année où il fait la connaissance du mathématicien François LE LIONNAIS et où paraît son recueil de poèmes Les Ziaux. Il fait également la connaissance de Boris VIAN, dont il sera le premier éditeur avec Vercoquin et le plancton (1946).

Ses activité éditoriales chez Gallimard le mènent à lancer l’Encyclopédie de la Pléiade, et il collabore aux concerts de la Pléiade, où il peut entendre son poème « L’explication des métaphores » mis en musique par René LEIBOWITZ.

Queneau l'explication des métaphoresCliquez sur Raymond Queneau lisant son poème

En 1949, c’est Juliette GRÉCO qui chante un de ses poèmes « Si tu t’imagines (fillette fillette) » sur une musique de KOSMA. Cette même année, il réfléchit à une collection de « romans scientifiques ». Finalement, c’est le terme « Science-fiction » qui s’imposera.

Queneau Si tu t'imaginesRedécouvrez « Si tu t’imagines » en cliquant sur l’image

En 1950, il part à New York où triomphait Roland PETIT, qui a une idée pour lui : « Un mélange de l’opéra de quat’sous, d’Offenbach et de Pierrot mon ami. » Le résultat sera La Croqueuse de diamants, un ballet avec une musique de Jean-Michel DAMASE.

Queneau la croqueuse de diamantsCliquez sur la croqueuse de diamants

Cette même année, il entre au Collège de pataphysique.

En 1954 a lieu la, parution d’un disque des Frères Jacques avec adaptation des Exercices de style. Écoutons l’exercice « Onomatopées« .

Queneau Exercices de styleCliquez sur la plateforme de l’autobus S

Retrouvez ici la suite des palpitantes aventures de Raymond Queneau.

(Source : Album QUENEAU de la Pléiade, éditions Gallimard, 2002)

littérature, Nature, Poésie, Shakespeare

LA TEMPÊTE (LES TEMPÊTES)

La tempête a béni mes éveils maritimes
Plus léger qu’un bouchon, j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots.
                                                                Arthur (Arc-en-ciel) RIMBAUD, le Bateau ivre

Alors qu’une tempête vient à nouveau de traverser la France et l’Europe, il m’est venu à l’idée de chercher les plus belles mises en musique de tempêtes à l’opéra.

La Tempête (1610) est une des pièces de SHAKESPEARE qui a été le plus mise en musique. Dès 1695, PURCELL a écrit un semi-opéra sur ce thème. Cette pièce a également inspiré BEETHOVEN pour sa sonate n°17, dite La Tempête, ainsi que le compositeur Thomas ADÈS (The Tempest 2004).

Beethoven sonate la TempêteCliquez sur le pianiste

Fromental HALÉVY, le beau-père de BIZET a lui aussi écrit un opéra sur La Tempête, en 1850.

Outre ces adaptations du grand William, la tempête (maritime) a inspiré bien des compositeurs. Dès 1706, Marin MARAIS met en musique une des premières scènes de tempête à l’opéra, dans son Alcyone, d’après OVIDE.

Marais Alcyone la tempêteCliquez sur l’image

Une vingtaine d’années plus tard, VIVALDI écrit la Tempesta di mare, un concerto pour flûte, dans son opus 10.


Vivaldi la tempesta di mareCliquez sur l’image

Le thème du voyageur perdu dans la tempête et rejeté sur un rivage inconnu est un thème récurrent, que l’on retrouve par exemple chez VIVALDI dans Orlando Furioso (1727), chez RAMEAU dans Les Indes galantes (1735), chez GLUCK dans Iphigénie en Tauride (1779)

Gluck Iphihénie en Tauride ouverture et airCliquez sur cette malheureuse Iphigénie

et jusqu’à ROSSINI avec son Italienne à Alger (1813). (Cf. à ce sujet l’orientalisme à l’opéra.)

Le mouvement intellectuel « Sturm und Drang » (« Tempête et passion« ) est consubstantiel au romantisme allemand. Aussi est-ce sans surprise que l’on retrouve une tempête dans la scène de la Gorge aux loups du Freischütz (1821) de WEBER. WAGNER, impressionné par la découverte de cet opéra alors qu’il avait sept ans, met en musique une tempête au début de son Vaisseau fantôme (1842).

Wagner Vaisseau fantôme ouverture KarajanCliquez sur le bateau en détresse dans la tempête

Et on continue à trouver de belles évocations de tempête dans le Guillaume Tell (1829) de ROSSINI, dans l’ouverture de l’Otello (1884) de VERDI.

Verdi Otello ouvertureCliquez sur l’image

Le XXe siècle continue la représentation de tempêtes avec par exemple Porgy and Bess (1935) de GERSHWIN ou le Peter Grimes (1944) de BRITTEN.

Britten peter Grimes la tempêteCliquez sur Benjamin Britten

littérature, Mallarmé, Oulipo, Poésie

« SAINTE », de MALLARMÉ

Après Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, je vous propose donc Sainte, qui correspond à une description d’un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

À la fenêtre recélant

Rossini Barbier ecco ridente in cieloCliquez sur l’image

Le santal vieux qui se dédore
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore,

Est la Sainte pâle, étalant

Gounod messe de Sainte-Cécile

Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant

Jadis selon vêpre et complie :

Monteverdi Vêpres MagnificatCliquez sur l’image

À ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange

Messiaen Saint François d'Assise l'ange musicienCliquez sur l’image

Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

Cage 4 min 33 sCliquez sur le pianiste

Citations :

À la fenêtre : Dans le Barbier de Séville de ROSSINI, le comte Almaviva chante une sérénade à la fenêtre de Rosine (ecco ridente in cielo.)

la Sainte : Puisqu’il s’agit de Sainte Cécile, je vous propose un extrait de la messe de Sainte Cécile de GOUNOD.

Magnificat et Vêpre : j’ai choisi ici le Magnificat extrait des Vêpres pour la bienheureuse Vierge Marie, de MONTEVERDI.

viole et l’Ange : dans Saint-François d’Assise, MESSIAEN met en musique un ange musicien qui s’apprête à jouer de la viole.

Musicienne du silence : John CAGE, 4 min 33 s, un vrai morceau de musique qui dure 4 minutes et 33 secondes, entièrement silencieux, sur des paroles de HAVRE et CAUMARTIN.

Découvrez « Hommage », écrit en hommage à Richard WAGNER, que Mallarmé admirait.

Contes et légendes, littérature, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (3)

Après les livres I à IV des Métamorphoses d’Ovide, continuons notre lecture de cette anthologie des contes et légendes connus au début de notre ère.

Nombreux sont les humains qui ont voulu se comparer aux dieux, et qui en ont été punis.

Ainsi dans le livre VI, Ovide nous raconte les aventures d’Arachné, cette tisseuse si prodigieuse qu’elle prétendait être meilleure tisseuse que la déesse Athéna elle-même. À l’issue d’un concours organisé entre elles, Arachné remporta la palme. Furieuse Athéna se précipita sur elle et la chassa. Arachné réfugiée dans sa chambre se pendit. Quand elle la vit ainsi suspendue à la corde, Athéna eut enfin pitié et lui rendit la vie, mais en la transformant en araignée condamnée à tisser toute sa vie.

Rufus Wainwright ArachneCliquez sur Rufus Wainwright

Ovide nous présente ensuite Niobé, fille de Tantale (lui-même fils de Zeus) qui se vanta du nombre et de la beauté des enfants qu’elle avait engendrés, se moquant de Léto qui n’avait donné naissance qu’à Artémis et Apollon (ce qui n’est déjà pas si mal). Furieux, les dieux firent en sorte que les deux enfants de Léto tuent tous les enfants de Niobé.

Steffani Niobe JarrouskyCliquez sur l’image

En 1951, c’est BRITTEN qui mettra en musique le mythe de Niobé dans ses 6 Métamorphoses d’après Ovide.

Britten Métamorphoses NiobéCliquez sur le hautboïste

Après nous avoir parlé du mythe d’Icare, qui s’est brûlé les ailes pour s’être approché trop près du soleil, Ovide aborde ensuite le mythe de Philémon et Baucis. Philémon et Baucis forment un couple de vieillards vivant de peu. Zeus et Hermès, déguisés en hommes, frappent à toutes les portes en demandant l’asile. C’est finalement chez Philémon et Baucis qu’ils trouvent le meilleur accueil, les deux vieillards se privant pour bien honorer leurs hôtes. Zeus leur donne le privilège d’être transformés en arbres enlacés après leur mort, afin que rien ne les sépare.

Cette légende a connu bien des fortunes en musique, puisqu’elle a inspiré tant Haydn et Gluck que Gounod (Philémon et Baucis [1860]).

Gounod Philémon et Beaucis O riante natureCliquez sur l’image

Ovide nous narre ensuite le mythe d’Orphée que l’on trouve aux livres X et XI. Je ne reviendrai pas dessus ici, puisque ce mythe qui sert de déclencheur à l’opéra, avec l’Orfeo de Monteverdi a donné lieu à un des tout premiers billets de ce blog.

Et pour en savoir un peu plus sur Ovide et son œuvre, cliquez donc sur ce lien.

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« SES PURS ONGLES TRÈS HAUT DÉDIANT LEUR ONYX », de MALLARMÉ

Après Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi dans le riche corpus mallarméen. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images de ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Pour ce billet, rêvons ensemble avec le sonnet en « ix ».

 

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,

Auber Gustave III minuitCliquez sur la pochette du disque

Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix

Que ne recueille pas de cinéraire amphore.

 

Sur les crédences, au salon vide, nul ptyx

Aboli bibelot d’inanité sonore,

(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx,

avec ce seul objet dont le néant s’honore.)

Lully Alceste il faut passer tôt ou tardCliquez sur l’image

 

Mais proche la croisée au nord vacante un or

Agonise selon peut-être le décor

Des licornes ruant du feu contre une nixe.

Wagner Crépuscule finalCliquez sur l’image

 

Elle défunte nue en le miroir encor

Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe

Des scintillations sitôt le septuor.

Beethoven Septuor op. 20Cliquez sur le septuor

 

Citations :

Ce minuit : Dans Gustave III, roi de Suède, d’AUBER, une scène se passe à minuit au pied d’un gibet où il faut cueillir une herbe magique capable d’arrêter les amours fatales.

Des pleurs au Styx : Extrait d’Alceste, de LULLY, « Il faut passer tôt ou tard, il faut passer dedans ma barque », Air de Carron (ou Charron) qui fait passer le fleuve Styx aux morts pour les conduire aux Enfers.

Du feu contre une nixe : À la fin du Crépuscule des dieux de WAGNER, Brünnhilde dresse un bûcher funéraire pour le corps de Siegfried, ce qui fait monter l’eau du Rhin et les filles du Rhin (des nixes donc) peuvent récupérer leur or.

Sitôt le septuor : J’ai choisi pour illustrer ce septuor mallarméen le Septuor opus 20 de BEETHOVEN.

 

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LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (2)

On l’a vu dans le premier billet consacré aux Métamorphoses d’OVIDE, il s’agit d’un long poème écrit au premier siècle de notre ère et reprenant les contes et légendes de cette époque, et les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Le livre III commence par le destin de Cadmos parti chercher sa sœur Europe, enlevée par Zeus. Après différentes péripéties, il fonde la ville de Thèbes et reçoit de Zeus son épouse, Harmonie, fille d’Arès et d’Athéna. La version latine de cette légende a servi au livret du premier opéra de LULLY, Cadmus et Hermione. (1673). (Eh oui, Hermione = Harmonie, et donc dans une version grecque de Harry POTTER, Hermione GRANGER se serait appelée Harmonie Granger.)

Lully Cadmus et Hermione finalCliquez sur l’image

On retrouve ensuite Cadmos, et sa fille Sémélé, dont Jupiter tombe amoureux. Pour venger cet outrage Junon, qui a pris l’apparence de sa nourrice Béroé, conseille à Sémélé de vérfier la déïté de son amant en lui conseillant de demander à Jupiter de se présenter devant elle sous son apparence divine. Bien évidemment, quand ceci arrive, Sémélé est brûlée vive par la vue du porteur de la foudre divine. Cette légende a été abondamment mise en musique, notamment par Haendel dans son « operatorio » Sémélé.

Cliquez sur Sémélé

Le livre se poursuit avec la légende de Diane et Actéon. Le chasseur Actéon, petit-fils de Cadmus, surprend un jour Diane prenant son bain, nue. Pour le punir, Diane le métamorphose en cerf et le pauvre Actéon finit dévoré par sa propre meute ! Marc-Antoine Charpentier a écrit un opéra (une pastorale) sur le thème d’Actéon.

Charpentier Actéon air de DianeCliquez sur Diane s’apprêtant à prendre son bain loin du bruit et du monde

On retrouve ensuite Tirésias, celui des Mamelles de Tirésias de Guillaume APOLLINAIRE. Il a connu une aventure proche de celle d’Actéon. Alors qu’il avait surpris l’accouplement de deux serpents dans une forêt, ce qui lui valut d’être transformé en femme, ce qu’il resta pendant sept ans.

Suivent les amours d’Écho pour Narcisse, qui seront mises en musique, elles, par GLUCK. Narcisse était un éphèbe d’une beauté exceptionnelle, dont la nymphe Écho était amoureuse. Dédaignée par Narcisse, elle en appelle au ciel qui la venge. Un jour, alors qu’il buvait dans une source, il tombe amoureux de son reflet (il a enfin trouvé quelqu’un digne de sa beauté), mais ne réussit pas à s’en faire aimer. Dès lors, il dépérit en contemplant son image, sous les yeux d’Écho qui répète la fin de ses phrases. Après sa mort, on retrouva à sa place les fleurs blanches qui porteront désormais son nom de Narcisse.

Gluck Écho et Narcisse finalCliquez sur l’image

Dans le livre IV, outre les innombrables coucheries et jalousies entre dieux et déesses, on trouve la légende de Pyrame et Thisbé, un archétype du mythe moderne de Roméo et Juliette. Deux jeunes gens s’aiment malgré l’opposition de leurs parents. Une nuit où ils se sont donné rendez-vous sous un mûrier, Thisbé arrivée la première doit s’enfuir à la vue d’une lionne à la gueule ensanglantée. Elle laisse tomber son voile que la lionne alors salit. Pyrame arrivant, et trouvant le voile de Thisbé ensanglantée se suicide de désespoir. Quand Thisbé revient et voit le corps de son amant sans vie, elle se suicide à son tour.

Il existe de nombreuses adaptations lyriques de ce drame. Je vous propose ici celle de HASSE, Piramo e Tisbe (1768).

Hasse Piramo e TisbeCliquez sur Pyrame et Thisbé

Le livre IV nous présente aussi, outre les célèbres mythes de Tantale et de Sisyphe, les aventures de Persée.

Persée était chargé de tuer la Méduse. Son exploit accompli, grâce notamment à un casque d’invisibilité (eh oui, si Harry Potter s’était passé dans la Grèce antique, il n’aurait pas eu une cape d’invisibilité, mais un casque d’invisibilité) et sur le chemin du retour, il délivre la princesse Andromède, qui devait être livrée à un monstre marin, et l’épouse.

On retrouve à nouveau Lully qui a écrit son opéra Persée en 1682.

Lully Persée finalCliquez sur Persée et Andromède

On trouve aussi Persée dans le Benvenuto Cellini de BERLIOZ, puisque cet opéra se passe pendant que le génial sculpteur/orfèvre travaille à cette statue, une commande du pape.

Persée Cellini berlioz

Berlioz Benvenuto Cellini ouverture du Carnaval romainCliquez sur l’image

Et pour finir sur une note plus légère, voici une version alternative de la légende de Narcisse et Écho par les Frères Jacques.

Les Frères Jacques Écho et NarcisseCliquez sur les Frères Jacques

Ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des aventures des Métamorphoses d’Ovide.

Contes et légendes, littérature, Mallarmé, Mythologie, Poésie

LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE (1)

Les Métamorphoses est le titre d’un long poème, découpé en quinze livres, écrit au premier siècle de notre ère par le poète latin OVIDE. Il s’agit d’un recueil des contes et légendes de cette époque, reprenant les métamorphoses que les dieux ont pu infliger, en bien ou en mal, à des humains ou des nymphes qu’ils voulaient récompenser ou punir après leur mort.

Aux temps premiers de l’Opéra, les sujets étaient majoritairement pris dans ces légendes, et il est tout à fait normal de retrouver dans les livrets des sujets issus des Métamorphoses.

Le livre I est consacré à l’origine du monde est aux premiers âges de l’humanité. On y trouve une évocation du déluge où Jupiter, voulant punir la race humaine, décide de noyer la terre sous les flots. (Je vous rassure, il trouvera deux humains qui, par leur piété envers les dieux, seront jugés dignes d’être sauvés.)

falvetti il diluvio universaleCliquez sur l’extraordinaire « Diluvio Universale » de FALVETTI

Plus loin, Ovide nous raconte l’histoire d’Apollon et de Daphné. Apollon s’est moqué de Cupidon qui, pour le punir, lui envoie une flèche qui le fait tomber amoureux de la nymphe Daphné. Daphné résiste à ses avances avant qu’elle ne soit transformée en laurier par son père.

De nombreux opéras nous content cette légende, dont le proto-opéra Daphné (1598) de Jacopo PERI, celui malheureusement perdu de Heinrich SCHÜTZ (1627) et plus près de nous celui de Richard STRAUSS en 1938.

Strauss Daphné scène finaleCliquez vite sur Daphné avant qu’elle ne soit transformée en laurier

Vers la fin du livre I, Ovide nous raconte la légende de Pan et la naïade Syrinx qui, pour se sauver des avances de Pan, se transforme en roseau. Dès lors Pan, coupant une brassée de roseaux, inventa la Flûte de Pan.

Syrinx (1913) est le titre d’une œuvre pour flûte seule de DEBUSSY, qui avait déjà mis en musique le Prélude à l’après-midi d’un faune de MALLARMÉ. (« Ces nymphes, je les veux perpétuer… »)

Debussy SyrinxCliquez sur le flûtiste

La fin du livre I et le début du livre II nous racontent les malheurs de Phaéton, fils du soleil, qui obtient de son père de conduire le char solaire. Phaéton en perd le contrôle et son père Phoebus est obligé de l’abattre en plein vol pour sauver la Terre. Phaéton (1683) est le titre d’un opéra de LULLY.

Lully Phaéton ouvertureCliquez sur Phaéton conduisant le char de son père

C’est aussi le titre d’un poème symphonique écrit presque deux siècles plus tard, en 1873 par SAINT-SAËNS.

Saint-Saëns PhaétonCliquez sur l’image

Le livre II se poursuit avec le mythe de la nymphe Callisto, une suivante de Diane. Jupiter en tombe amoureux en la voyant et la viole. Callisto est alors chassée par Diane quand celle-ci s’aperçoit qu’elle n’est plus vierge. La malheureuse nymphe finira par être transformée en ourse par Junon, la jalouse femme de Jupiter.

La Calisto est un opéra de CAVALLI créé à Venise en 1651.

Cavalli CalistoCliquez sur Callisto

Je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui, mais ne manquez pas prochainement sur ce blog la suite des métamorphoses musicales des Métamorphoses d’Ovide.

Fantaisie, littérature, Mythologie, Poésie

QUELQUES HAÏKUS (1)

Le haïkaï (ou haïku) est une forme de poésie japonaise visant à évoquer en quelques mots l’essence des choses. Il se compose, dans notre alphabet occidental, de 3 vers de cinq, sept et cinq pieds.

En voici quelques-uns créés pour vous sur le thème de l’opéra.

Les Métamorphoses

OVIDE raconte ces histoires

De transformations.

Charpentier ActéonCliquez sur l’image

(P.S. je reviendrai abondamment ultérieurement sur les Métamorphoses d’Ovide, qui ont donné lieu à d’innombrables sujets d’opéra.)

La légende de Faust

Racontée par le grand Goeth’

Pauvre Marguerite !

Gounod Faust Anges purs anges radieuxCliquez sur l’image

Le Vaisseau fantôme

Un opéra de Wagner

Amour rédempteur.

Wagner Vaisseau fantôme ballade de SentaCliquez sur cette malheureuse Senta

Amants de Vérone,

Séparés par leurs familles

Roméo, Juliette

Prokofiev Roméo et JulietteCliquez sur le ballet de Prokofiev

Götterdammerung

Fin de la tétralogie

Le Crépuscule des dieux

Wagner Götterdammerung Marche funèbreCliquez sur le disque

The Turn of the Screw

Opéra écrit par BRITTEN

Les pauvres enfants.

Britten The turn of the screw résuméCliquez sur le résumé en musique de cet opéra

Voilà pour cette première livraison. Si cela vous a plu, et si vous me le demandez gentiment, je vous en écrirais d’autres. Vous pouvez aussi me soumettre vos haïkus pour alimenter un prochain billet.

littérature, Oulipo, Poésie

« LE SONNET DES VOYELLES », de RIMBAUD

Après Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change, je vous propose un autre poème traité à la sauce OuLiPo, choisi parmi mes poèmes préférés. (Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images que m’évoque ce poème par des citations musicales en rapport avec ces images.)

Aujourd’hui, j’ai donc choisi d’illustrer le fameux Sonnet des Voyelles de Rimbaud. (Arthur Arc-en-Ciel pour les Anglos-Saxons.)

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Offenbach duo de la mouche

Cliquez sur la mouche

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes;

Berlioz Les Troyens Nuit d'ivresse

Cliquez sur Didon et Enée

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux;

Berlioz Dmnation de Faust Le vieil hiver

Cliquez sur l’image

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,

Bizet Carmen clairons qui sonnent la retraite

Cliquez sur les clairons qui sonnent la retraite

Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Citations :

Mouches éclatantes : Dans Orphée aux enfers (1858) d’OFFENBACH, Zeus se transforme en mouche pour mieux séduire.

Les ivresses : À l’acte IV de ses Troyens, BERLIOZ nous gratifie du très beau duo « Nuit d’ivresse et d’extase infinie » entre Didon et Enée.

L’alchimie imprime aux grands fronts studieux : Au début de La Damnation de Faust du même Berlioz, l’alchimiste Faust revient sur sa vie passée à la recherche.

Clairon : Dans Carmen (1875) de BIZET, alors que Carmen danse pour Don José, celui-ci entend les clairons qui sonnent la retraite et veut la quitter.