Compositrices, Elle voulait qu'on l'appelle..., Grandes villes

ELLE VOULAIT QU’ON L’APPELLE LEIPZIG…

… comme ne l’a pas chanté Julien CLERC.

Leipzig est une ville de Saxe (Allemagne) qui a un très riche passé musical.

Elle est d’abord connue pour celui qu’on a surnommé le Cantor de Leipzig, J.-S. BACH. Johann Sebastian Bach, né à Eisenach en 1685, est mort à Leipzig en 1750 après 27 ans passés dans cette ville, où il était Maître de musique et Cantor de l’église Saint-Thomas, pour laquelle il écrivit plusieurs centaines de cantates (une par dimanche) ainsi que des œuvres de dimensions plus importantes comme des messes, des passions ou des oratorios.

Bach J.S. Lobet den Herrn, alle HeidenCliquez sur l’image

Mais avant Jean-Sébastien, il y avait eu Georges Friedrich TELEMANN (1681 – 1767). C’est lui qui, lors de ses études de droit à Leipzig, a fondé le Collegium Musicum, un orchestre qui sera dirigé après lui par Bach.

Telemann concerto pour trompetteCliquez sur l’image

Leipzig est aussi la ville qui a le plus ancien orchestre en activité, le Gewandhausorchester. L’origine de cet orchestre remonte à 1743, sous le nom de Concert Grosses, et son nom actuel date de 1781, quand la municipalité l’a installé dans les locaux du Gewandhaus, le bâtiment des marchands en textile.

Au XIXe siècle, la tradition musicale se perpétue. Le 22 mai 1813 naissait à Leipzig Richard WAGNER. Une de ses toutes premières œuvres, rarement jouée, est sa Symphonie en Ut majeur, créée à Leipzig en 1932 (Wagner avait 19 ans).

Wagner Symphonie en Do majeur (1er mvt)Cliquez sur l’image

En 1819, naissait le 13 septembre 1819 Clara WIECK, fille d’un professeur de piano et future pianiste virtuose. L’histoire retiendra d’elle qu’elle aura été la femme de Robert SCHUMANN.

Clara Schumann Abendfeier in VenedigCliquez sur l’image

Un des amis de Robert et Clara Schumann était Félix MENDELSSOHN.

Mendelssohn Concerto pour violon mvt 1 (Furtwängler Menuhin)Cliquez sur le violoniste

Né à Berlin en 1809, Félix se fixe à Leipzig en 1835, où il dirige le fameux orchestre du Gewandhaus, avec lequel il fera redécouvrir les partitions de J.-S. Bach, telles que la Passion selon Saint-Matthieu. Il assurera également la création posthume de la Neuvième symphonie de SCHUBERT.

Bach J.S Matthaus Passion chœur d'ouvertureCliquez sur le chœur d’ouverture

Schubert Symphonie n 9 mvt 2Cliquez sur l’image

Mendelssohn meurt à Leipzig le 4 novembre 1847, quelques mois après sa sœur Fanny.

Retrouvez une autre grande ville musicale avec Rome.

Divers, Histoire de l'opéra, Instruments

SONNEZ TROMPETTES

J’aurais pu appeler ce billet « TROMPEZ SONNETTES », mais je serais arrivé à un tout autre texte, déplorant la dérive journalistique observée depuis quelques années, où l’important n’est plus d’informer, mais de faire coûte que coûte du buzz, et ceci au mépris de la vérité et de l’information.

Eh bien, il ne sera ici question ni de sonnettes ni de sornettes mais bel et bien de trompettes.

La trompette est certainement un des instruments de musique les plus anciens, avec la flûte (à partir d’os ou de roseaux), et les percussions.

L’Égypte antique en attribue l’invention au dieu Osiris, les Hébreux la font dériver du schofar, une corne de bélier où l’on soufflait à l’approche des ennemis. Plus tard, ils en réservent l’usage à leurs prêtres. Chez les Romains ou les Grecs, c’est l’aspect martial qui prédomine, pour mener les armées au combat.

Tout d’abord, et ce n’est pas anodin, je vous propose la toccata d’ouverture de l’Orfeo de MONTEVERDI, le premier opéra de l’histoire (1607).

monteverdi orfeo savallCliquez sur l’image

Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’antique instrument commence à ressembler à celui que l’on connaît aujourd’hui.

La musique baroque nous apporte ainsi de très beaux concertos pour trompette (et même pour deux, voire quatre trompettes).

Ainsi de celui de VIVALDI (pour deux trompettes.)

Vivaldi concerto pour 2 trompettesCliquez sur l’image

Ou de celui de CORELLI (pour 4 trompettes.)

Corelli Concerto pour 4 trompettesCliquez sur l’image

On peut aussi noter l’air, accompagné de la trompette, du Messie de HAENDEL « The Trumpet shall sound ».

Haendel Messiah The Trumpet shall soundCliquez sur le trompettiste

Quoi de mieux que la trompette pour ouvrir un Te Deum (une œuvre d’action de grâces jouée pour célébrer un événement, mariage ou victoire militaire).

Charpentier (Marc-Antoine) Te DeumCliquez sur l’ouverture du Te Deum de M.-A. CHARPENTIER et reconnaissez un air connu.

Au début du XIXe siècle, la trompette se dote de pistons, qui permettent toute une gamme de sons supplémentaires.

Hummel concerto pour trompetteCliquez sur l’image

Dans notre musique classique, les trompettes peuvent aussi représenter le Jugement dernier, et c’est l’usage que l’on trouve dans certains Requiems notamment dans les « Tuba mirum ».

Berlioz requiem tuba mirumCliquez sur les trompettes du jugement dernier (version Berlioz)

Verdi Requiem Tuba mirumCliquez sur les trompettes du Jugement dernier (version Verdi)

À l’opéra, on entend souvent les trompettes quand il y a une fanfare ou un défilé militaire. Les plus célèbres sont celles d’Aïda de VERDI.

aida illustr 2Cliquez sur la célèbre marche triomphale de l’armée égyptienne au son des trompettes

WAGNER confie aux trompettes le puissant motif de la Foi dans son drame sacré Parsifal.

Wagner Parsifal Ouverture la FoiCliquez sur le leitmotiv de la Foi dans l’ouverture de Parsifal

Peut-être sont-ce ces trompettes tout haut d’or pâmées sur le vélin que chante Mallarmé dans son Hommage à Richard Wagner, mais bien plus probablement sont-ce ces appels de fanfares qui appellent le public quand la représentation va commencer. (À Bayreuth, ce n’est pas une bête sonnerie qui avertit le public qu’il doit rejoindre ses places, mais une fanfare de l’orchestre, qui joue les principaux thèmes qui seront joués.)

Wagner Parsifal fanfare de BayreuthCliquez sur les cuivres de l’orchestre du Festival de Bayreuth

Au XXe siècle, on écrit encore pour la trompette, notamment JANACEK qui glisse 14 trompettes dans l’instrumentation de sa Sinfonietta.

Janacek SinfoniettaCliquez sur la vidéo

André JOLIVET a écrit son Concertino pour trompette en 1948.

Jolivet Concertino pour trompetteCliquez sur la partition

Bien entendu, la trompette est aussi un instrument important dans le jazz, de Louis ARMSTRONG à Winston MARSALIS, ou de Miles DAVIS à Ibrahim MAALOUF, mais il y aurait un billet à écrire rien que pour cette thématique.

Et si vous voulez encore un peu de trompette, cliquez donc sur le bonus mystère.

point-dinterrogationCliquez donc sur le bonus mystère si vous voulez encore un peu de trompette

Et si vous avez aimé la trompette, peut-être aimerez-vous la flûte ?

Compositeurs, Compositrices

Robert SCHUMANN (1810 – 1856)

Robert SCHUMANN est né le 8 juin 1810 à Zwickau, dans la Saxe. Son père, libraire et écrivain, l’inscrit dans une école privée où il peut apprendre le latin, le grec et le français.

Robert apprend le piano auprès de l’organiste de la cathédrale, et il n’a que 12 ans quand il compose sa première pièce musicale.

À 18 ans, il part étudier le droit à l’université de Leipzig. C’est là qu’il rencontre Friedrich WIECK, facteur de piano et professeur. Robert décide alors de parfaire sa formation musicale auprès de Wieck. À 20 ans, il écrit à sa mère son souhait d’abandonner le droit pour se consacrer à la musique.

Il s’installe chez les Wieck, ce qui lui donne l’occasion de fréquenter la jeune Clara, de 9 ans plus jeune que lui, et pour qui son père a les plus hautes ambitions concernant sa carrière de pianiste virtuose. C’est l’époque où Robert publie ses opus 1 (Variations sur le nom d’Abegg) et 2 (Papillons). Au cours de ces années d’apprentissage, il « invente » un appareil lui bloquant un doigt afin d’améliorer sa virtuosité, malheureusement, le résultat en sera une quasi-paralysie de ce doigt, ruinant ses espoirs de devenir pianiste virtuose.

Critique musical, il lance en 1831 lors de l’arrivée sur la scène européenne du jeune CHOPIN, âgé de tout juste vingt ans, son fameux « Chapeau bas, messieurs, un génie ! »

En 1834, il publie un journal musical, la Neue Zeitschrift für Muzik, où il oppose les tenants de l’ancienne musique, les « Philistins », aux tenants d’une musique plus moderne, les « Compagnons de David ». Parmi ces modernes figurent les Wieck père et fille, et bien évidemment Robert, qui apparaît sous les traits contrastés d’Eusebius le rêveur et de Florestan le passionné. Ce sont là les premiers signes de la dualité qui habitait Schumann. Les « Compagnons de David » (Davidsbund) ont été mis en musique dans les Davidsbündlertänze (1837) de l’opus 6.

Schumann (Robert) DavidbündlertänzeCliquez sur le pianiste

Entre-temps, la petite Clara a grandi et un amour tout ce qu’il y a de plus romantique naît entre les jeunes gens. Seulement voilà, il y a le père, Friedrich Wieck, qui ne voit pas du tout le pauvre Robert comme gendre, pensant qu’il serait incapable d’apporter à sa fille les revenus suffisants pour la faire vivre sur un train digne de son talent. Il s’oppose donc par tous les moyens, y compris la calomnie et le tribunal à tout rapprochement entre Robert Schumann et Clara Wieck.

Clara Schumann Adrian Mercure 2021Cliquez sur Clara Wieck-Schumann

En 1838, Robert part pour Vienne, où il rencontre le frère de Franz SCHUBERT qui lui remet un certain nombre de partitions, et une copie de la neuvième symphonie, dite la Grande. C’est ainsi que de retour à Leipzig, il peut faire créer sous la direction de son ami Félix MENDELSSOHN une des œuvres majeures de l’univers symphonique (tiens, il faudra que je vous parle un jour des neuvièmes symphonies célèbres, n’oubliez pas de m’y faire penser).

En 1839, les deux tourtereaux en viennent à faire un procès au père pour abus de pouvoir, et suite à ce procès gagné, ils peuvent enfin se marier, le 12 septembre 1840.

1840 est aussi un changement dans le style musical de Schumann. Jusqu’alors, il avait écrit pour le piano. Désormais, il se consacre au lied (à la mélodie), et il écrit, notamment, les Liederkreis et les Amours du poète, sur des textes de HEINE ou encore le cycle l’Amour et la vie d’une femme.

Schumann (Robert) LiederkreisCliquez sur l’alto

Le couple mène désormais une vie conjugale traditionnelle. Monsieur travaille à sa musique et à son journal musical pendant que madame s’occupe du ménage et des enfants.

Après les lieder de 1840, Robert aborde en 1841 le genre symphonique, avec sa première symphonie, dite le Printemps, et l’ébauche de son concerto pour piano.

Schumann (Robert) Symphonie 1 1er mvtCliquez sur l’image

1842 sera l’année de la musique de chambre, avec les 3 quatuors de l’opus 21, le quintette avec piano opus 44 et le quatuor avec piano opus 47.

Schumann (Robert) quintette opus 44Cliquez sur le quintette

En 1843, nouveau changement avec l’oratorio pour orchestre chœur et soliste le Paradis et la Péri. Robert se met à la direction d’orchestre, mais son caractère trop pusillanime ne lui permet pas de s’imposer dans ce domaine.

Bien que le succès, et donc les revenus financiers, soit au rendez-vous, tout cela ne suffit pas à couvrir les frais du ménage et l’éducation des nombreux enfants. Clara doit donc, même si elle a (pour le moment) renoncé à ses talents de compositrice, repartir en tournée pour assurer ses concerts.

Fin 1844, le couple s’installe à Dresde, capitale de la Saxe. Robert accompagne Clara dans ses tournées.

En 1845, il termine son concerto pour piano, qui sera créé à la fin de l’année, avec Clara au piano.

Schumann (Robert) Concerto pour pianoCliquez sur la célèbre pianiste chinoise

En 1847, ils sont affectés par la mort de leurs amis, Fanny et Félix Mendelssohn.

1848 sera l’année de son seul opéra, Genoveva, ainsi que de Manfred, un mélodrame d’après l’œuvre de Lord BYRON.

Schumann (Robert) GenovevaCliquez sur l’image

En 1849, à l’occasion du centenaire de la naissance de GOETHE, Schumann termine les Scènes de Faust qu’il avait commencées quelques années plus tôt.

Schumann (Robert) Faust SzenenCliquez sur l’image

En 1850, la ville de Düsseldorf lui propose la place de directeur musical de son orchestre et la famille déménage pour cette ville, ce qui donne l’occasion à Clara de reprendre son activité de pianiste. Robert peut ainsi créer début 1851 sa troisième symphonie, appelée Rhénane, mais très vite des conflits naissent entre l’orchestre et le chœur et leur directeur. Il réussit encore à jouer sa quatrième symphonie en 1853, mais sans grand succès. À l’occasion d’un concert en hommage à BEETHOVEN, le couple fait la connaissance du violoniste JOACHIM, qui deviendra vite un ami.

Un jeune homme vient frapper à leur porte pour leur présenter sa musique. Il s’agit de Johannes BRAHMS, et les Schumann apprécient tout de suite son génie. Lui aussi deviendra un de leurs plus fidèles amis. Fin 1854, Schumann démissionne de son poste de directeur de la musique.

Schumann, qui avait depuis longtemps de graves problèmes de santé mentale se jette dans le Rhin. On le sauve et il est alors placé dans un asile dont il ne sortira plus avant sa mort, le 29 juillet 1856.

Outre ses œuvres pour piano, ses lieders, son œuvre symphonique, sa musique de chambre, Schumann a également écrit des œuvres chorales, dont ce Zigeunerleben (la vie des Tziganes), une de mes préférées.

Schumann (Robert) ZigeunerlebenCliquez sur une de mes œuvres chorales préférées

Divers, Histoire de l'opéra, Mallarmé

LE SILENCE EN MUSIQUE

« Le silence déjà funèbre d’une moire » ainsi commence l’hommage à Richard WAGNER que MALLARMÉ a composé en 1865.

Liszt la gondole funèbreCliquez sur la gondole

En solfège, le silence représente une pause dans la musique, un moment où aucune note n’est jouée, pause qui prend la valeur d’une ronde. Il existe des subdivisions du silence, dont le soupir dont la valeur correspond à une noire, soit le quart d’un silence.

De tout temps donc, le silence est consubstantiel à la musique. Il faut laisser des pauses pour laisser résonner la musique précédemment jouée.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’aphorisme de Sacha GUITRY, quand il déclarait « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de MOZART, le silence qui lui succède est encore de Mozart« .

Mozart Requiem LacrimosaCliquez sur l’image

Selon Wladimir JANKELEVITCH dans la Musique et l’ineffable, l’évolution musicale de LISZT va du tumulte romantique des années de sa jeunesse à un effacement progressif : C’est ainsi que l’œuvre de Liszt, toute bruissante d’héroïsme, d’épopées et d’éclats triomphants, se voit aux approches de la vieillesse envahie peu à peu par le silence… de longues pauses viennent interrompre le récitatif, des mesures blanches espacent et raréfient les notes: la musique de la Messe basse, des Valses oubliées, de la Gondole funèbre et du poème symphonique Du berceau à la tombe devient de plus en plus discontinue, les sables du néant envahissent la mélodie et en tarissent la verve.

Liszt Valse oubliée n° 3Cliquez sur l’image

L’étape suivante de la néantisation de la musique est signée Alphonse ALLAIS. Déjà inventeur, bien avant MALEVITCH, des monochromes, comme ses tableaux Combat de nègres pendant la nuit (1882) ou Première communion de jeunes filles par temps de neige (1883), il a aussi composé la première musique entièrement silencieuse, avec sa Marche funèbre composée pour les funérailles pour un grand homme sourd (1897).

Allais Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourdCliquez sur la partition

Il faudra attendre presque 70 ans pour que ce concept soit repris par John CAGE avec sa pièce pour piano en trois mouvements intitulée 4 mn 33 s. En fait, Cage avait eu l’occasion de visiter une chambre anéchoïde, c’est à dire qui absorbe tous les bruits extérieurs, et s’attendait à trouver le silence absolu. Il avait été frappé de se trouver confronté à tous les bruits provoqués par son propre corps, des battements de cœur au souffle de sa respiration. Et donc la musique sous-tendue par 4 mn 33s, durée pendant laquelle le pianiste ne produit pas une seule note, est en fait le bruit provoqué par le public même, et par le pianiste, pendant cette attente interminable de 4 minutes et 33 secondes. Il existe des transcriptions de cette œuvre pour orchestre ou pour chœur. Vous ayant déjà présenté ce morceau par ailleurs, c’est la version orchestrale que je choisis de vous faire entendre aujourd’hui.

Cage 4 mn 33 s version pour orchestreCliquez sur l’image

« Musicienne du silence », ainsi se termine le poème Sainte, écrit par Mallarmé en 1886 sur un vitrail représentant Sainte Cécile, patronne des musiciens.

Gounod Messe de Sainte Cécile Sanctus (Alagna)Cliquez sur le Sanctus de la messe de Saint Cécile de GOUNOD

Et pour prolonger le son du silence, je vous propose de cliquer sur le bonus surprise.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus surprise si vous voulez prolonger le son du silence.

Agenda Ironique

PIQUE-NIQUE TRAGIQUE EN CAROLINE DU SUD

Ce mois-ci, c’est « le Retour du Flying bum » qui nous propose l’Agenda Ironique, avec les consignes exposées ci-après :

C’est à mon tour de vous accueillir ce mois-ci dans ce merveilleux rendez-vous littéraire et amical. Comme juin inaugure notre été, nous qui habitons l’hémisphère nord, quoi de mieux pour sujet qu’un des petits bonheurs par excellence de la belle saison et j’ai nommé le pique-nique. Ce sera le thème pour juin. Mais, pas de pique-nique sans les enquiquineuses comme les fourmis et autres insectes piqueurs ou suceurs, cette fois-ci ce seront des mots bien singuliers qui devront coûte que coûte s’inviter au pique-nique : flavescent, amphigourique, sycophante et nidoreux. Sans toutefois gâcher le pique-nique quand même. Et tant qu’aller pique-niquer en région, pourquoi ne pas y ajouter aussi un régionalisme ou deux?

On se donne jusqu’à la Saint-Jean (24 juin) pour déposer un lien vers son texte, en commentaire sur le présent blogue, et ensuite, on votera jusqu’au 30 juin, heure de Paris.

À vos nappes, sandwiches, crayons, plumes, claviers, c’est un départ !

Ce jour-là, la communauté noire d’une petite ville de Caroline du Sud avait décidé de partir en pique-nique sur l’île. Il y avait là Porgy et Bess, les enfants de GERSHWIN, avec Clara, Sporting Life le dealer, Serena, Crown… Toute la communauté, vous dis-je.

Le pique-nique venait tout juste de commencer quand le dealer, surnommé la guêpe à cause des piqûres qu’il faisait à ses clients pour refiler sa came nidoreuse, s’approcha de Bess.

Gershwin Porgy and Bess It ain't necessarily soCliquez sur l’image

Après sa piqûre, elle se sentit partir dans un sommeil artificiel.

The Who Tommy The Acid QueenCliquez sur l’image

Soudain, elle se réveilla, en voyant un lapin blanc coiffé d’un chapeau haut de forme courir en regardant sa montre de gousset, et plonger dans un terrier.

Dans un état second, elle sauta dans le trou où s’était engouffré le lapin et se retrouva dans une grotte flavescente, quand soudain elle se retrouva face à la Dame de Pique de TCHAÏKOVSKI.

dame de pique comtesseCliquez sur la Dame de pique

« Espèce de sycophante, hurla celle-ci, tu es venue nous espionner, mais tu n’as rien faire dans notre monde. Il faut te couper la tête. »

Heureusement, l’orage qui menaçait depuis quelque temps déjà éclata à ce moment, tirant Bess de son état second et de la situation critique où elle était engagée.

Beethoven Symphonie Pastorale (Fantasia l'orage)Cliquez sur le terrifique orage

Elle se réveilla, pour de bon cette fois, pour voir tout le monde ranger les restes des victuailles dans les paniers et se diriger vers le bateau qui devait les ramener dans leur petite ville.

Elle chercha alors à raconter ce qui lui était arrivé à Porgy :

« Il était grilheure; les slictueux toves sur l’alloinde gyraient et vriblaient; tout frivoleux étaient les borogoves, les vergons fourgus bourniflaient.« 

Mais devant le résultat amphigourique de ses efforts, elle cessa vite d’essayer de s’expliquer.

Quelques références :

Gershwin : Porgy and Bess

Tchaïkovski : La Dame de Pique

The Who : Tommy

BEETHOVEN : Symphonie pastorale – l’orage.

Lewis CARROLL : Jabberwocky.

Et retrouvez ici ma participation précédente à l’A.I.

Écrivains

Pierre LOTI (1850 – 1923)

Pierre LOTI est un écrivain français, né à Rochefort le 14 janvier 1850 et mort à Hendaye le 10 juin 1923.

De son vrai nom Julien VIAUD, il fait des études classiques avant d’entrer à l’école Navale en 1867. Dès lors, sa carrière d’officier de marine le mène à naviguer partout autour du globe, une expérience qui nourrira ses livres.

En 1872, lors d’une escale à Tahiti, la reine lui donne le nom d’une fleur tropicale, la loti. C’est le nom qu’il adoptera pour signer ses récits de voyage et ses romans. C’est de cette époque que date son premier roman autobiographique, le Mariage de Loti, qui sera porté à la scène par Reynaldo HAHN, sous le titre l’Île du rêve (1898).

Hahn l'Île du rêve Ô pays de Bora-BoraCliquez sur l’image

En 1877, en Turquie, il rencontre Hatice, une belle jeune femme qui appartenait au harem d’un dignitaire turc, et avec qui il vivra une grande histoire d’amour.

C’est en 1881 qu’il publie son premier roman sous son nom de plume : le Roman d’un spahi. Ce roman fera l’objet d’une transposition à l’opéra par Lucien LAMBERT en 1897.

Lors d’un voyage au Japon en 1885, signe un contrat de mariage avec une jeune japonaise, valable un mois et renouvelable. Au bout de quelques mois, il quitte le Japon, et sa femme. Il relatera cette histoire dans Madame Chrysanthème, livre qui sera porté à la scène par André MESSAGER en 1893,

Messager Madame Chrysanthème Le jour sous le soleil béniNe cliquez pas sur l’image

et surtout par PUCCINI dans son fameux Madame Butterfly (1904).

En 1886, il signe un autre de ses grands succès, Pêcheur d’Islande, qui inspirera un opéra à Guy ROPARTZ en 1891.

Ropartz Pêcheur d'Islande la Mer d'IslandeCliquez sur l’image

1886 est aussi l’année de son mariage avec Jeanne FRANC de FERRIÈRE. Ils auront deux enfants, dont un mort-né.

En 1891, il entre à l’Académie française.

En 1894, il rencontre une jeune femme d’origine basque, qui deviendra sa maîtresse et lui donnera quatre enfants. Cet attachement au Pays basque lui fournira la matière d’un autre de ses succès, Ramuntcho (1897), qui sera adapté au théâtre par Loti lui-même, en 1908. La musique de scène est signée Gabriel PIERNÉ.

Pierné RamuntchoCliquez sur Gabriel Pierné

Après sa mise à la retraite de la marine nationale, il partage son temps entre la France et l’Orient.

Pierre Loti meurt le 10 juin 1923 à Hendaye.

Mes opéras préférés

GUSTAVE III OU LE BAL MASQUÉ, de AUBER (1833)

Gustave III, ou le Bal masqué est un opéra de D.F.E. AUBER datant de 1833 et écrit sur un livret de SCRIBE. Le livret est emprunté à l’histoire récente puisque le roi de Suède Gustave III a réellement été tué lors d’un Bal masqué en 1792. Ce même livret resservira à VERDI pour Un Ballo in Maschera (Un Bal masqué). Gustave III, qui a fondé le genre Grand opéra à la Française (GoF), a eu un grand succès dans toute l’Europe. On l’a encore donné à Vienne en 1871, sous le nom d’Un Bal Masqué. À la création, le ballet du cinquième acte était dansé par plus de cent danseurs avec un luxe jamais vu dans les décors.

Suivant la classification de G.B. SHAW, nous sommes ici en présence de la formule (T+S/B), puisqu’un ténor (Gustave) aime une soprano (Amélie) alors que la basse (Ankastrom) ne veut pas.

Ouverture :

Auber Gustave III OuvertureCliquez sur l’ouverure

Acte I : Alors que le peuple chante les louanges du roi Gustave III de Suède, Ribbing et Dehorn, deux conjurés, appellent à la vengeance contre le tyran, que son goût pour les arts détourne des affaires de l’État. Le roi entre, et commence par saluer les artistes de sa cour (Air : « Oh, vous par qui ma vie… »)

Auber Gustave III Oh, vous par qui ma vieCliquez sur l’image

Ses ministres viennent lui parler de ses devoirs, la guerre, la justice, mais il ne s’occupe que des préparatifs du bal du lendemain. Un page lui tend la liste des invités au bal. Au nom de la comtesse Ankastrom, il se trouble et se ravit à l’idée de voir la comtesse. Il demande à être seul, mais son ministre et meilleur ami, Ankastrom, arrive pour lui parler. (Duo : « Un amour qui l’offense ») le roi croit qu’Ankastrom sait qu’il aime sa femme alors qu’Ankastrom est venu lui parler d’un complot qui se trame contre lui. Une fois le quiproquo levé, ils se mettent d’accord pour marcher sur les Moscovites qui veulent envahir la Suède. Oscar annonce l’arrivée du surintendant du bal masqué, et du maître de ballet. Après la répétition des ballets du lendemain, on tend au roi des papiers à signer. Parmi eux figure un ordre d’exil. Ankastrom explique qu’il s’agit de celui d’une devineresse nommée Arvedson. Oscar, en homme du peuple, défend la devineresse, car elle prédit l’avenir et chez elle tout le monde se presse. Il faut lui faire grâce (Air : « Allons chez la devineresse »). Gustave hésite. Pour savoir la vérité, il a l’idée de se rendre déguisé chez la sibylle. Tout le monde approuve, y compris Dehorn et Ribbing qui voient là une occasion de se débarrasser du roi. Tout le monde se donne rendez-vous, masqués, chez la sibylle (Air et ensemble : « D’honneur, c’est charmant »).

Acte II : Le roi Gustave arrive le premier chez Arvedson. Il se cache pour observer. Arvedson invoque Belzébuth (Chœur : « Silence amis, il faut nous taire ».) Arrive Christian, un matelot, qui veut savoir s’il sera un jour récompensé pour son dévouement au service du roi. Arvedson voit pour lui un beau grade et une forte somme. Ému, Gustave glisse discrètement dans la poche de Christian un rouleau d’or sur lequel il griffonne quelques mots. Quand Christian met la main à la poche pour payer Arvedson, il découvre l’or et lit le billet, où il voit qu’il obtient le grade d’officier. Vient ensuite Amélie, la femme d’Ankastrom. La sibylle devine qu’elle vient à cause d’un chagrin d’amour. Le roi est intéressé par ce qui va se dire. Arvedson donne rendez-vous à Amélie à minuit au pied du gibet, pour y cueillir une plante maléfique, qui lui permettra de se défaire de son amour coupable. Gustave se promet d’y être aussi.

Auber Gustave III trio de l'acte IICliquez sur l’image

La troupe des courtisans arrive alors qu’Amélie sort. Gustave se présente à son tour, déguisé en matelot. Il veut savoir si ses amours seront bonnes. Prenant sa main, Arvedson lui annonce qu’il va bientôt mourir assassiné. Le roi demande par qui, et la sibylle précise que ce sera par la première personne à qui il serrera la main. Ankastrom arrive, en retard, et Gustave se précipite pour lui serrer la main, persuadé que la sibylle est dans l’erreur. Alors que tous s’apprêtent à partir, Dehorn et Ribbing veulent en profiter pour frapper le roi, mais le peuple, acclamant son souverain, les en empêche. Gustave dit à Ankastrom, qui cherche à le protéger, que sa meilleure protection, c’est ce peuple qu’il rend heureux (ensemble et chœur : Ah, quand mon peuple heureux ».)

auber gustave IIICliquez sur l’image

Acte III : À minuit, Amélie vient à son rendez-vous, les traits cachés. Elle hésite, mais au moment de cueillir la plante maudite (Air : « C’est l’heure où ma main tremblante ».) Gustave intervient.

Auber Gustave III minuitCliquez sur le minuit lugubre

Il est prêt à tout abandonner pour l’amour d’Amélie. Amélie résiste. Survient Ankastrom, veillant toujours sur le roi, et qui a appris que celui-ci est sorti seul de Stockholm, alors que des conspirateurs sont sur sa trace. Ankastrom lui propose un déguisement pour quitter les lieux. Gustave veut bien partir avec Amélie. Pour le convaincre de partir seul, Amélie menace d’ôter son voile, révélant ainsi à Ankastrom qui est la femme qui était en compagnie du roi cette nuit. Gustave finit par accepter, mais il fait promettre à Ankastrom de raccompagner la dame à Stockholm, sans chercher à savoir qui elle est. Les conjurés arrivent, mais au lieu du roi, c’est Ankastrom qu’ils trouvent en compagnie d’une femme. Ils veulent savoir qui se cache sous le voile, et celui-ci tombant, ils découvrent qu’il s’agit d’Amélie. Les conjurés trouvent l’affaire très drôle (Chœur : « Ah, ah, ah » !), Ankastrom beaucoup moins. Se croyant trahi il décide de se joindre au complot, et donne rendez-vous à Dehorn et Ribbing le lendemain chez lui.

Acte IV : Amélie et Ankastrom sont chez eux. Ankastrom projette de se venger de l’adultère en tuant sa femme. Puis, il accepte de l’épargner si elle avoue sa faute. Mais Amélie n’avoue pas, et pour cause. Avant de mourir, Amélie demande à voir une dernière fois ses enfants (Air : « Oui, je vous implore »). Ému par sa prière, Ankastrom laisse la vie sauve à sa femme. C’est un autre qui périra sous ses coups. Dehorn et Ribbing entrent. Ankastrom leur annonce qu’il est au courant de leur complot, et qu’il veut se joindre à eux. Ils se disputent l’honneur de tuer le roi. Pour se départager, ils tireront le nom au sort. Amélie entre : un page a apporté un écrit du roi. On demande à Amélie de tirer le nom de l’assassin dans un chapeau. C’est celui d’Ankastrom qui sort. Amélie devine leur sinistre projet. Oscar, le maître de cérémonie, arrive alors pour inviter les Ankastrom au bal, qui sera un bal masqué. La scène se termine par un très beau quintette, où Amélie exprime sa crainte, Oscar sa joie à l’idée des fastes du bal, et le trio des conjurés leur serment de faire mourir le roi.

Auber Gustave III Acye IV quintetteCliquez sur le très beau quintette

Acte V : Le lendemain, le roi, revenant à la raison, décide de nommer Ankastrom gouverneur de Finlande, pour éloigner Amélie de sa cour. (Air : « Sainte amitié, que j’offense »).

Auber Gustave III Acte V Sainte amitié que j'offenseCliquez sur l’image

Un chambellan arrive porteur d’un petit mot de billet qu’une dame inconnue lui a remis. On l’y avertit de ne pas aller au bal, que sa vie est menacée. On ouvre le bal (Chœur : « Plaisir, amour, ivresse »). Ankastrom rejoint Dehorn et Ribbing. Oscar paraît et finit par révéler aux conjurés le déguisement du roi. La danse reprend. Amélie et le roi se retrouvent face à face. Amélie supplie Gustave de partir. Gustave apprend à Amélie qu’elle quittera la Suède le lendemain avec son époux, mais Ankastrom arrive et Gustave meurt sous ses coups.

Auber Gustave III finalCliquez sur le final

(Source principale : le livret et les représentations au Théâtre impérial de Compiègne de 1991, production dans laquelle j’ai eu le bonheur de chanter.)

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littérature, Mallarmé, Maria Callas, Oulipo, Poésie

« LE CORBEAU (THE RAVEN), d’Edgar Allan POE » (1845)

Le Corbeau est un long poème (18 sizains) écrit par Edgar Allan POE, et publié pour la première fois en 1845. En France, on le connaît par les traductions de BAUDELAIRE et de MALLARMÉ. Si j’apprécie celle de Baudelaire, qu’il me soit permis de préférer celle de mon pote Mallarmuche.

C’est donc des extraits de cette traduction que je vais « mettre en musique » par association d’idées, entre les images poétiques et les remémorations musicales que ces images peuvent faire surgir chez moi.

Une fois, par un minuit lugubre,

Auber Gustave III minuit

tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié,

Berlioz la Damnation de Faust Sans regretsCliquez sur le docteur Faust méditant sur maint curieux et bizarre volume de savoir

— tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre, — cela seul et rien de plus.

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour ; — vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore, — de nom ! pour elle ici, non, jamais plus !

Beethoven Ouverture de Léonore n 3Cliquez sur l’image

Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté « Lénore ! » Je le chuchotai — et un écho murmura de retour le mot « Lénore ! » purement cela et rien de plus.

Gluck Écho et Narcisse finalCliquez sur l’image

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre, — se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre — se percha, siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit — dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. »

Gluck Alceste divinités du StyxCliquez sur l’image

Le Corbeau dit : « Jamais plus. »

Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : « Sans doute, dis-je, ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de : « Jamais — jamais plus. »

Purcell Musique pour les funérailles de la reine MaryCliquez sur l’image

L’air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l’étoffe du parquet. « Misérable ! m’écriai-je, ton Dieu t’a prêté — il t’a envoyé, par ces anges le répit — le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit », hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, — siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera — jamais plus.

Citations musicales :

un minuit lugubre : Quel minuit plus lugubre que cette scène de Gustave III roi de Suède de AUBER, où la devineresse a donné rendez-vous à la jeune Amélie pour cueillir à minuit des plantes maléfiques au pied d’un gibet destinées à faire un philtre.

Sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié : BERLIOZ début de la Damnation de Faust, quand Faust se rend compte qu’il a passé sa vie à l’étude de vieux livres, mais peut-être en passant à côté des joies simples de la vie et de l’amour.

Lénore : BEETHOVEN, Ouverture n° 3 de Léonore (premier nom de son opéra Fidelio.)

un écho : GLUCK final de l’opéra Narcisse et Écho.

le rivage plutonien de nuit : GLUCK Alceste « Divinités du Styx ».

les chants funèbres : PURCELL Musique funèbre pour l’enterrement de la reine Mary.

Retrouvez le texte complet du Corbeau, en anglais et en français, avec les illustrations de MANET, sur le site de la BNF.

Maria Callas, Publicité

QUAND LEO DELIBES INSPIRE LES RÉCLAMIERS (La musique classique dans la pub – 7e série)

Le compositeur français Léo Delibes (1836 – 1891) est connu pour ses quelques œuvres phares que sont l’opéra Lakmé et les ballets Sylvia et Coppelia. C’est bien maigre, me direz-vous, mais c’est bien suffisant pour les réclamiers qui ne se privent pas d’utiliser ces quelques tubes pour vendre toutes sortes de produits.

De l’opéra Lakmé (1883), on connaît surtout le duo dit « des fleurs ».

delibes lakmé duo des fleursCliquez sur le duo des fleurs

Ce duo a ainsi inspiré une réclame pour une compagnie d’aviation britannique.

Delibes duo des fleurs (British Airways)Cliquez sur la pub pour une compagnie d’aviation britannique

Pour une marque d’agendas :

Delibes duo des fleurs (Exacompta)Cliquez sur la pub

Pour une grosse ouature :

Delibes duo des fleurs (Peugeot)Cliquez sur la grosse ouature

Pour un site de ventes privées (sic) :

Delibes duo des fleurs (Bazarchic)Cliquez sur la pub pour un site de ventes privées (sic)

Pour un parfum :

Cliquez sur la réclame pour un parfum

Pub pour la Matmut

Cliquez sur la pub

Un autre air connu de Lakmé est l’air des clochettes.

Delibes Lakmé Air des clochettes (Callas)Cliquez sur l’image

On le retrouve dans la réclame d’une marque de voiture ayant un célèbre mannequin allemand comme égérie.

Delibes Lakmé air des clochettes XsraCliquez sur la ouature

Sylvia ou la nymphe de Diane est un ballet créé en 1876. Le mouvement le plus connu en est « Pizzicato ».

Delibes Sylvia PizzicatoCliquez sur le chef aux belles moustaches

Ce mouvement a servi pour des pubs pour une chaîne de restauration rapide :

Delibes Sylvia Pizzicato Burger KingCliquez sur l’image

Pour une chaîne de magasins dont le modèle économique est une réduction drastique des coûts.

Delibes Sylvia Pizzicato AldiCliquez sur l’image

Pour une assurance santé pour les animaux de compagnie :

Delibes Sylvia Pizzicato SantévetCliquez sur l’image

Coppélia est un ballet datant de 1870, tiré d’un conte d’Hoffmann. Sa valse lente est relativement connue et n’a pas manqué d’inspirer les gens de la pub.

Delibes Coppélia Valse lenteCliquez sur l’image

Par exemple, pour une marque de préparations culinaires à base de volaille.

Delibes Coppelia Vale lente (Père Dodu)Cliquez sur le patineur

Et si vous voulez encore un peu de Delibes, il vous est loisible de cliquer sur le bonus mystère.

point-dinterrogationCliquez sur le bonus mystère si vous voulez encore un peu de Delibes

Et retrouvez mon article précédent traitant de la musique classique dans la publicité.

Cinéma, littérature, Théâtre

Patrice CHÉREAU ET L’OPÉRA

Alors que le film Les Amandiers de Valeria BRUNI-TEDESCHI vient d’être présenté à Cannes, film où il est question de la promotion d’acteurs sous la direction de Patrice CHÉREAU, il m’a semblé intéressant de raconter quel grand metteur en scène d’opéras Chéreau a été.

Patrice CHÉREAU (1944-2013) était un homme de scène complet. Acteur, metteur en scène de théâtre et d’opéra, scénariste et réalisateur de films.

Son goût pour le théâtre s’est manifesté très tôt puisqu’il date de ses années de lycéens où, jouant dans la troupe du lycée, il se met très vite à la mise en scène et à la direction d’acteurs.

Il prend la direction du théâtre de Sartrouville en 1996, à seulement 22 ans. C’est à Sartrouville qu’il rencontrera le décorateur Richard PEDUZZI, avec qui il signera quelques-uns de ses plus beaux spectacles.

En 1969, il part au piccolo théâtre de Milan, où il a l’occasion de travailler avec Giorgio STRELER, en qui il reconnaîtra un maître.

De 1971 à 1977, il dirige le TNP de Villeurbanne avec Roger PLANCHON.

De 1982 à 1990, il dirige le théâtre des Amandiers à Nanterre.

Il réalise son premier film, la Chair de l’orchidée d’après J.H.CHASE, en 1974. Suivront d’autres films comme la Reine Margot (1994) ou Ceux qui m’aiment prendront le train (1998).

Son travail de metteur en scène d’opéra commence dès 1969 avec l’Italienne à Alger de ROSSINI, suivi quelques années plus tard par les Contes d’Hoffmann. Mais son grand « truc », celui qui le fera connaître dans le monde entier, c’est le Ring de WAGNER, monté à Bayreuth en 1976, pour le centième anniversaire du festival voulu par Wagner pour la représentation de ses œuvres. C’est Pierre BOULEZ qui l’a appelé pour cette production, où Chéreau transpose l’action dans l’Allemagne industrielle du début du XIXe siècle. Cette production a causé un immense scandale dans le milieu plutôt conservateur qui fréquentait le festival. Au lever de rideau du dernier acte du Crépuscule des dieux, le public s’est mis à siffler et à hurler, couvrant complètement l’orchestre ! Boulez ne s’est pas démonté, et a continué à diriger, et au bout de quelques minutes, on a pu entendre la musique qui s’élevait de la fosse d’orchestre. (Il m’en souvient parfaitement, j’assistais en direct à ce brouhaha qui était retransmis dans le monde entier, et sur France Musique pour la France.) En raison des coûts importants, les productions sont souvent jouées plusieurs années de suite. C’était le cas pour le Ring, qui a été monté de 1976 à 1980. Cinq ans plus tard, le public s’était habitué à cette mise en scène, certes non conventionnelle, mais très respectueuse du texte, et en 1980, pour la dernière représentation, l’équipe artistique a eu droit à 101 levers de rideau et 85 minutes de rappel !

image Patrice ChéreauCliquez sur Chéreau racontant son expérience à Bayreuth

Wagner Rheingold prélude BoulezCliquez sur le prélude de l’Or du Rhin

En 1979, l’Opéra de Paris confie à Boulez la direction de la version intégrale de Lulu de BERG. (Lulu est une œuvre laissée inachevée à sa mort par son auteur, et c’est un autre compositeur, Friedrich SERRA, qui a terminé le 3e acte.) Tout naturellement, c’est à Chéreau que Boulez pense pour cet événement.

Berg Lulu PrologueCliquez sur le prologue de Lulu

En 1992, il monte Wozzeck de Berg sous la direction de BARENBOÏM pour le théâtre du Châtelet à Paris, production qui sera reprise à Berlin et à Tokyo.

Berg Wozzeck le CapitaineCliquez sur Wozzeck et le capitaine

De MOZART, il monte Don Giovanni, toujours avec Barenboïm et un Cosi fan Tutte extraordinaire d’intelligence avec Daniel Harding à la direction pour le festival d’Aix-en-Provence.

Mozart Cosi fan Tutte E amore un ladroncelloCliquez sur Dorabella

En 2007, il travaille de nouveau avec Boulez pour de la Maison des morts de JANACEK à Vienne et Aix, et avec Barenboïm pour Tristan und Isolde de Wagner à la Scala de Milan.

Janacek De la maison des morts acte I arrivé de GorantchovCliquez sur les prisonniers

Wagner Tristan und Isolde (Chéreau)

Sa dernière mise en scène (last but not Liszt comme disent les musiciens) est celle d’Elektra de STRAUSS à Aix-en-Provence.

Strauss Elektra AlleinCliquez sur Elektra

Pour être un peu plus complet, Chéreau a également mis en scène l’opéra de jeunesse Lucio Silla, de Mozart, mais je n’en ai pas trouvé trace sur le net.