(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos,
Cliquez sur l’image
Il m’amuse d’élire avec le seul génie Une ruine, par mille écumes bénie Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.
Cliquez sur l’image
Coure le froid avec ses silences de faulx, Je n’y hululerai pas de vide nénie
Cliquez sur la déploraison funèbre
Si ce très blanc ébat au ras du sol dénie À tout site l’honneur du paysage faux.
Ma faim qui d’aucuns fruits ici ne se régale Trouve dans leur docte manque une saveur égale : Qu’un éclate de chair humain et parfumant !
Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonne, Je pense plus longtemps peut-être éperdument À l’autre, au sein brûlé d’une antique amazone.
Cliquez sur l’image
Citations musicales :
Paphos : Rameau Pygmalion « Ouverture ». Paphos était un des deux enfants que Pygmalion avait eu avec sa sculpture, dont il était tombé amoureux.
L’hyacinte : Duparc, L’Invitation au voyage, mise en musique du poème de Baudelaire.
Vide nénie : Monteverdi Le couronnement de Poppée, « Non morir, Seneca » (la nénie est un chant funèbre de l’Antiquité)
Un éclate de chair humain : AboulkerDouce et Barbe-bleue. Qui d’autre que l’ogre Barbe-Bleue pour apprécier cette chair humaine et parfumée ?
Amazone : Rameau Hippolyte et Aricie, Duo Phèdre et Hippolyte « Ma fureur va tout entreprendre ». (Hippolyte était le fils de Théseé et d’une amazone).
Et si vous voulez lire ce poème sans être encombré par mes élucubrations musicales :
Après Marine, de Paul Verlaine, le poème « mis en musique » de ce mois est Mignonne, allons voir si la rose (1545) extrait de l’Ode à Cassandre de Pierre de Ronsard.
(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Mignonne, allons voir si la rose
Cliquez sur l’image
Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée
Cliquez sur l’image
Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d’espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu’une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !
Cliquez sur l’image
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Cliquez sur l’image
Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
Le « poème mis en musique » de ce mois est un poème de Paul Verlaine, Marine.
(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Le « poème mis en musique » de ce mois est un poème de Louise Labé, dite « la Belle Cordière », née avant 1524 et morte en 1566.
(Rappel du principe de ces « mises en musique » : je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Ô beaux yeux bruns, ô regards destournez,
Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
Cliquez sur la larme furtive de Roberto
Ô noires nuits vainement atendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Cliquez sur le jour luisant cédant la place à la noire nuit
Le poème de ce mois sera un sonnet de jeunesse de Jean Racine, sonnet auquel l’auteur était attaché, nonobstant le fait qu’il ait été jugé peu convenable par les penseurs de Port-Royal.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Il est temps que la nuit termine sa carrière :
Cliquez sur l’hymne à la nuit
Un astre tout nouveau vient de naître en ces lieux ;
Le haïkaï (ou haïku) est une forme de poésie japonaise visant à évoquer en quelques mots l’essence des choses. Il se compose, dans notre alphabet occidental, de 3 vers de cinq, sept et cinq pieds.
Après la sixième série consacrée à des haïkaïs wagnériens, voici donc une septième livraison de haïkaïs, dont certains écrits par vous (merci, merci, merci.)
John Duff :
Tiens, un haïku. Cela fait bien trop longtemps Qu’on en avait eu.
D’après Gibulène :
Le choix des musiques Avec le pouvoir des mots L’oreille apprécie.
En ce 1er mai, jour de la fête internationale du travail, j’ai choisi pour mon poème mensuel Temps perdu de Jacques Prévert, où on voit un ouvrier interpellé par le soleil s’arrêter à la porte de l’usine.
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Devant la porte de l’usine le travailleur soudain s’arrête
Cliquez sur l’ouvrier arrêté
le beau temps l’a tiré par la veste et comme il se retourne et regarde le soleil tout rouge tout rond
Cliquez sur le soleil tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb il cligne de l’œil familièrement Dis donc camarade Soleil
Cliquez sur l’image
tu ne trouves pas que c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ?
Cliquez sur Nemorino
Citations musicales :
Devant la porte de l’usine : Dans son ballet le Pas d’acier écrit en 1925 pour les ballets russes de Diaghilev, Prokofiev nous offre ce tableau « l’Usine ».
Le soleil tout rouge tout rond : Dans le tableau « les Incas du Pérou » des Indes galantes, Rameau nous offre ce « Brillant soleil ».
Camarade soleil : Dans son Hymne au soleil (An die Sonne), Schubert interpelle familièrement son camarade soleil.
C’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron : Au début de L’Élixir d’amour de Donizetti, les ouvriers des champs se reposent pendant l’heure du midi et son soleil accablant. Nemorino, qui est secrètement amoureux de sa patronne en profite pour chanter l’air « Quanto e bella, quanto e cara ».
Et si vous aimez les bonus surprises, en voici un :
Cliquez donc sur le bonus surprise si vous aimez ça !
Étienne Mallarmé, dit Stéphane, naît le 18 mars 1842 à Paris. Son père était employé à l’administration de l’Enregistrement et des Domaines. En 1844 naît sa sœur Maria (qui mourra à l’âge de 13 ans). Stéphane perd sa mère en 1847 et son père se remarie l’année suivante.
En 1850, Stéphane entre en pension à Auteuil. Ses études sont assez médiocres. Ses premiers écrits connus datent de 1854, et en 1855, il est renvoyé de la pension de Passy. Stéphane part alors en pension à Sens.
En 1860, il entre comme surnuméraire à l’administration des enregistrements à Sens, ce qu’il appelle « ses premiers pas dans l’abrutissement ».
En 1862, Mallarmé publie pour la première fois : des articles ainsi que son poème Placet (Placet futile). Il courtise Christina (Maria), une jeune Allemande avec qui il s’installe à Londres en fin d’année.
En 1863, il se marie à Londres avec Maria. Mallarmé obtient son certificat d’aptitude à l’enseignement de l’anglais, et est nommé professeur à Tournon, en Ardèche.
En 1864, il commence une œuvre qui l’occupera toute sa vie, Hérodiade. 1864 est aussi l’année de la naissance de sa fille, Geneviève.
En 1865, il écrit Faune (première version du Prélude à l’après-midi d’un faune) et Sainte.
En 1866, des poèmes de Mallarmé paraissent dans le Parnasse contemporain. Après la parution de ces poèmes, il est renvoyé du lycée de Tournon sous la pression des parents d’élèves. Il est alors nommé au lycée de Besançon. Cette année-là, il rencontre « le néant » qui le lancera dans sa recherche vers l’absolu. Vers la fin de l’année, il commence une correspondance avec Verlaine.
En 1871, c’est la naissance de son fils Anatole. La mort d’Anatole à l’âge de 8 ans marquera profondément Mallarmé.
En 1872, lors d’un « dîner des Vilains Bonshommes », Mallarmé côtoie Rimbaud.
En 1874, Mallarmé se lance dans une aventure originale : il lance La dernière Mode, un journal de mode pour femmes dont il écrit tous les articles, et qui aura 8 numéros !
En 1875, il traduit des poèmes de Poe, dont le fameux Corbeau, qui paraîtra avec un frontispice de son ami Manet. Mallarmé s’installe rue de Rome, à Paris. C’est là que se tiendront ses fameux « mardis ».
En 1876, il fait paraître le Prélude à l’après-midi d’un faune, illustré par Manet, ainsi que le Tombeau d’Edgar Poe (Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change.)
En 1884, son ami Debussy met en musique le poème Apparition. C’est cette même année que Mallarmé fait allusion à son amie Méry Laurent.
Cliquez sur l’image
Mallarmé faisait partie du cercle des premiers admirateurs français de Wagner (mort en 1883). À la demande de « la Revue wagnérienne », il salue sa mémoire dans le poème Hommage (« Le silence déjà funèbre d’une moire »).
En 1891, à l’occasion d’un de ses « mardis », il rencontre Oscar Wilde qui écrira, sur le même sujet qu’Hérodiade, Salomé. Salomé sera adapté à l’opéra par Richard Strauss.
En 1892, Debussy commence la mise en musique du Prélude à l’après-midi d’un faune.
Cliquez sur l’image
En 1893, Mallarmé fait valoir ses droits à la retraite. En 1894, il donne deux conférences sur « la Musique et les Lettres » à Oxford et à Cambridge.
En 1896, il travaille sur Un coup de dés jamais, pour lequel son éditeur a le projet du « plus beau livre du monde ».
Mallarmé meurt le 9 septembre 1898 à Valvins, à l’âge de 56 ans. Hérodiade reste définitivement inachevée.
Ses poèmes ont également inspiré Ravel (trois poèmes de Mallarmé) ou encore Boulez (Pli selon pli) et Graciane Finzi (Un coup de dés jamais n’abolira le hasard).
Cliquez sur l’image
Cliquez sur l’image
(source principale : la chronologie des Œuvres complètes dans la bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1998.)
Cet article est une refonte complète d’un de mes tout premiers articles, que vous pouvez retrouver ici : « Mallarmé et la musique« .
Retrouvez ci-dessous des liens vers quelques poèmes mallarméens illustrés sur ce blog :
(Rappel du principe, je prends un poème parmi mes préférés, et j’illustre les images évoquées par ce poème par des citations musicales en rapport [pour moi] avec ces images.)
Aujourd’hui donc, en voici une version beethovenisée.
La musique souvent me prend comme une mer !
Cliquez sur l’image
Vers ma pâle étoile, Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther, Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés Comme de la toile, J’escalade le dos des flots amoncelés Que la nuit me voile ;
Cliquez sur l’image
Je sens vibrer en moi toutes les passions D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Cliquez sur le pianiste
Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir De mon désespoir !
Cliquez sur l’image
Citations musicales :
Comme une mer : Beethoven Mer calme et heureux voyage.
Les poumons gonflés : Beethoven, Fidelio, chœur des prisonniers
La tempête : Beethoven sonate n° 17 – la tempête
Me bercent : Beethoven Sonate n° 14 Clair de Lune (Quasi una fantasia)
Ce mois-ci, c’est Tout l’opéra (ou presque) (c’est moi) qui organise l’Agenda Ironique. Et qu’est-ce que je demande, me demandé-je, ce mois-ci, eh bien voilà :
Le thème principal sera « les créatures fantastiques ». Je vous propose donc de nous proposer un texte mettant en scène des créatures fantastiques telles que dragons (avec ou sans pommes), licornes, chat qui disparaît ne laissant derrière lui que son sourire ou autres sirènes (liste non limitative).
En contrainte supplémentaire, que diriez-vous d’utiliser des mots tels que calenture, dictame ou phénakistiscope ? Je vous laisse libre du choix de la forme : pièce de théâtre (avec ou sans didascalie), opéra, nouvelles, poème ou toute autre forme qu’il vous plaira d’utiliser.
Quand j’étais jeune, je collectionnais les mots rares, ceux qui étaient sortis des dictionnaires courants. Et comme les profs de français n’avaient pas réussi à me dégoûter de Baudelaire, de temps en temps je tombais chez ce poète sur de tels mots rares, comme calenture ou dictame. (En fait, je suis injuste quand j’écris cela, car j’ai eu de bons professeurs de français. C’est seulement quand j’ai passé l’oral du bac, sur un poème de Baudelaire justement (« l’Invitation au voyage »), que je suis tombé sur une véritable harpie, qui voulait me faire tuer ce poème en le disséquant dans une analyse mot à mot. (Les harpies étaient des divinités grecques de la vengeance divine, au corps d’oiseau et à la tête de femme. À la différence des sirènes, leur chant n’était pas du tout mélodieux.)
Mais, pour revenir à mes mots rares mémorables, on trouve dans le Vin des amants ce quatrain :
Comme deux anges que torture Une implacable calenture, Dans le bleu cristal du matin Suivons le mirage lointain !
Cliquez sur le mirage lointain
Baudelaire, fumeur d’opium, considère sa drogue comme un puissant dictame. On en trouve un dans « La Pipe » :
Et je roule un puissant dictame Qui charme son cœur et guérit De ses fatigues son esprit.
Ou encore dans l’extraordinaire « Tout entière » :
Quel est le plus doux. » – Ô mon âme ! Tu répondis à l’Abhorré : » Puisqu’en Elle tout est dictame, Rien ne peut être préféré.
Et que dire encore du poème « une Gravure fantastique » inspiré par une gravure de Hayhnes représentant un des quatre cavaliers de l’Apocalypse, Death on a pale horse.
Cliquez sur le quatuor pour la fin du temps (l’Apocalypse)
Ce spectre singulier n’a pour toute toilette, Grotesquement campé sur son front de squelette, Qu’un diadème affreux sentant le carnaval. Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval, Fantôme comme lui, rosse apocalyptique Qui bave des naseaux comme un épileptique. Au travers de l’espace ils s’enfoncent tous deux,
Aux fêtes, saviez-vous que Baudelaire était ami avec Félix Tournachon, dit Nadar, et que ce dernier a pris de nombreux clichés photographiques de Baudelaire ?
Eh bien, si vous collez les différents portraits de Baudelaire sur le pourtour d’un cylindre que vous ferez tourner autour de son axe, et que vous observez les photos défiler devant une fente que vous aurez pratiquée à cet effet, vous obtiendrez ainsi l’illusion du mouvement, et au passage, vous aurez réinventé le phénakistiscope !